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Full text of "Le Conservateur"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


Iittp://www.arcliive.org/details/leconservateur02leno 


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/  Le  Roi ,  lii  Charte  et  les  Honnêtes  Gens.  ^^ 

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.l.nivicr  l'^i»). 


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AVIS  DE  L'ÉDITEUR. 

Les  Personnes  qui  7i' ont  souscrit  que  pour  le  pre- 
mier volume  composé  de  treize  Livraisons,  et  qui  sont 
dans  Vintention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume,  sont  invitées  à  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible ,  si  elles 
veulent  éviter  tout  retard  dans  Venvoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont  aussi 
priés,  pour  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement ,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier ,  comme  cela  est  arrivé  plusieurs 
fois  ,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d  un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  \l\fr.  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  V argent  doivent  être  adressés ,  franc 
df.  port,  à  M.  Le  Normant ,  fds ,  Editeur  du  Con- 
servateur, rue  de  Seine,  n°  8,  F.  S.  G. 


Le  Conserpateur  paroit  par  Livraison  de  trois  feuilles  d'im- 
pression. 

"On  peut  souscrire  pour  un,  deux  ou  (jualre  volumes,  com- 
posés chacun  de  treize  Livraisons  <^jui  seront  publiées  à  des 
époques  indélerminées. 

Les  demandes  cl  envois  rclalifs  à  cet  Ouvrage  doivent  êlre 
adressés  francs  de  port  au  Directeur  du  Conseivu/enr,  rue  de 
Seine  ,  n"  8. 


On  souscrit  aussi  tlu'z  les  L 

Abbeville,  chez  Grnre. 

y\gen,  Noubel. 

Alençon,  boiivoust. 

.  t  Fourricr-^Ianie. 

Angers ,       {  u     • 
o  (  ravie. 

Argentan  .  Lcrresne. 
Avignon  ,  Sej;uiti  aine. 
liayeux,  Gi-oolt. 

TT        „  S  Koniom. 

liavonne  ,    {  <- 

Besançon,  Girard. 

u      j  \   ^  '  Bergerel. 

liordeaux,     '    ..   ,  •    ," 

n      .     \  Lcfournier  et  Despcriers 

'  (    Mirliel. 
('aen  ,  îManoury  aine, 
("nmbrai ,  liertoiil. 
Chàlons-siir-Saôno ,  DejuSsieu. 
Charleville  ,  Cli.  Uaucourt. 
Chartres,  Mervc. 
CIcrmont  -  Ferrand  ,    Tliiliaull- 

Lnndriot. 
Dijon,  Cliquet. 

Douai,  Tarlicr.  | 

(Irenoblc.  Durand.  1 

Laval,    Grandpré.  I 

Lille,  Vanackere.  ( 

Limoges,  liarbou-Desrouricrcs        j 
l  Liehauv.  | 


Ibraires  ci-desspus  désignes 

■./,         i,        I   Camoin  frères. 
Marseille,    '.   ,1  . 

'    t   Masverl. 

AI«lz,  chez  Dcvilly. 
ÎMontauban,  La  Forf^iie. 
■41      .     if  i   Seguin. 

Montpellier,  j  y.  £)urvi!Ic. 

Nanti,  Ve  Houloux. 

Nantes,     j  B"^^«-"i.|  •?i"^- 
l  busseui!  )cune. 

Nimes ,  Gaude  fils. 

Niort,  IMme  K.  Orillat. 

NiiT-es,  iMelquiond. 

Orléans.  ÎNlonrcau. 

Perpignan,  AIzine. 

Poitiers,  Barbier. 

Quimper,  Cliapnlain. 

r  >II1«  Blouet. 

Rennes.    '   iVI'"'^  v'  l-'rout. 


r  .U"e  lilouet 
;    ^Imn  v'  l-'ro 

*  M"'^  Valar. 


Lyon , 


Au  Mans, 


La  Rochelle,  Pavie. 

Rodez,  Carrére. 

T>  \  Frère  aini'. 

/  Kenaull. 
Saumur,  Dcgony  aîné. 
Strasbourg.  Levrault. 
Saint- Brieuc,  Prudliomme. 

iScnac. 
Prunct. 
I>lanavit. 
Fr.  \  icusseui. 
Tours,  4\Lime. 
^'alcn^e.  INIarc-Aurcl. 
Versailles,  Auge. 
N'ilIcneuvc-sur-Lol,  Croslllies. 

Pays  èlranf^iTS  : 
Mons  ,  Leroux. 
Londres  .  Dulnu  et  Comp. 
Naples,  Borel. 
Turin ,   Bocca. 


Maire. 

Pc'iisse  frères.  1 

Ru^and.  j 

)  Belon.  I 

I  Peso  h  e.  | 

Libraires  dans  les 

Berlin  .  Schlesingcr.  1 

Hriiïcllcs.  Lc'charlier.  | 

Gaiid  ,  llouiliii.  I 

Geucvc,  P.'isrhoiid.  | 

Bruxcllej,  Morgiiiès  Renier.  | 

LIVRES  NOUVEAUX. 

Iic('ènrrtiti*<ii  tir  la  A'aliiiv  l'vi^i-laU- ,  ou  Rcrhcrrhi-s  .sur  les  AloyenS 
de  rrrrcer  dan*  tous  li-s  rliniat>,  les  anciennes  températures  et  la  ré- 
gularitr  dfs  sriisons ,  par  des  pl.iulalions  raisouni-cs,  appuyées  de 
<|uc-li|iirs  vues  sur  le  ministère  que  l.i  nature  vi'gt'iab'  >einblf  av(>ir  .i 
remplir  dans  rii.irinonic  des  èlènicns  Deux  v«>l.  in-S"^.  Prix  :  10  fr.  à 
Paris,  et  13  fr.  franc  de  port. 

jInnuaiiY  ili-  la  Société  i>/it7ant/ir<npi(/iic  .  contenant  l'indication  des 
meilleurs  moyens  cjui  existent  a  l'aris,  de  soul.iger  l'humanité  soiiffranto 
et  d'exercer  ulilemcnt  la  liienfai>anre.  In  vol.  iii-13.  l'rix  :  .j  (r.  avec 
figures,  a  fr.  .'><>  r.  sans  figures.  Janvier  iSiq.  —  Se  vend  au  profil  des 
pauvres  ,  chez  M.  Banni,  commissaire  de  l.i  .Sociale  ,  rue  des  Petils- 
Auguslins,  n"  30;  c  liti  M™'  Muiard,  libraire,  rue  de  l'Fperon- 
Saint- Aiidié-des- An  s,  n"  7.  — Ce.s  deux  oiivra;;fs  ic  trouvent  aussi 
chez  le  Nornianl,  ru<-  «le  .Seine,  n"  8;  et  «juai  Conti,  u"  5. 

Sout    i>rcste ,  -yotir  l'itrinlit   dam   Us  tic  piTiniitt  mois  de  ta  présente 
tiniuw ,  «liez  le  Normanl,  rue  de  .Seine,  n"  8  : 


ffiilnire^de  /'Yance ^  par  Jacqijcj-Corenlin  Royon. 
'minrra  si'pt  .i  huit  »ol.  in-H". 


Cet  ouvra;;ç 
I 


■rtfe  rie    t^ane^    tyë>  "  ô'^ 

(    -y^/ /■  Aoar  a/i-  voia?/ie. 
^rZ^eÂ?ùx: ae  JOiùjcf'iÂàon  cjâ ae     \     ^7 /■   j/    aeaa:      la. 


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r/f/a//'e     ai. 


7 


,^ej    (^nancoiJ   eà^.euvoàt  ^^e/aZ/Af  a   ceà  oavraMe^ 
aoife/iâ  e/re   aa^'^eJj    /ca?ic   e/e  Aor/,    aa^    t9o(t'?^au   far, 
wo?z<ierva/^ur-,    rae   ae    fLyetne^    -^^  "  c9. 


^e   /  rJ)///A/'{jftCJUc   ae    .^ e    ty£cy/'//ia///. 


LE 


CONSEPiVATEUR 


Le  Koi  ,  la  Charte,  et  les  Honnêtes  Cent. 


TOME  DEUXIEME. 


PARIS , 


AU   BtREAU   DU  CONSEhVATEUR, 
CHIiZ  LE  NORMANT  FILS,  ÊDITEUM , 

nU£   OZ   iEINE,    14"  8. 
M    DCCC.  XIX 


IMPRIMERIE  DE  LE  NORMANT,  RUE  DE  SEINE. 


VW.XVVWVWkW.-AVKV     VV.««XVXXX.»V    VX»\VX\VVW    V>  X  VV  .>.V  »\  V  >  V  V  X  \WX«\'»«V%.WVV* 


LE  CONSERVATEUR. 


E\POSlTIO^ 
DES  DROITS  DE  LÉGLISE  CATHOLIQUE. 

JNoTRE  siccio  scia  cité  pour  ses  mallicurs,  il  lo. 
stirn.  encore  ])0!ir  roii;u(*il  de  son  ignorance.  Il 
.semble  aujourd'hui  que  le  poxivoir  de  tout  diiv 
dépende  du  droit  de  n'avoir  rien  appris.  On  par- 
donne volonliers  à  un  évêcpie  de  tracer  des  plans 
<le  eainpatjne  pour  les  indépendans  du  iNouAcau- 
Monde,  aux  oflitiers  -  <;én(-rau\  de  disctiter  les 
aflaires  du  cl!M'g<*;  par<lonneroit-on  à  tin  ecclé- 
siaslifjue  d('  parler  des  droils  de  l'Eglise  ?  Ses 
rellevious  s'adressent  moins  à  l'esprit  qu'au  bon 
sens  :  s  il  se  trompe  .  fjuon  le  réfute  5  s'il  expose  la 
vérité,  fju'on  «m  priilit*'. 

Qu'est-ce  <p)e  riCt;lise  calliolitjut  .^  C'est,  répond 
Bossuet ,  f  assemblée  de  Julilcs  ,  unis  par  la  même 
foi  ^   les  mômes  sncrrmcns  ,  et  soumis  aux  mêmes 
pa\fru/\  .•:oii'i  un  ehef  visible  qui  est  le  Pnpr. 

Cljar^'éi'  d'un*'  mission  divine  ,  l'Eglise  demande 
à  passer  sur  la  terre,  imn  pour  en  posséder  les 
lionneui*s  et  les  biens,  mais  pour  y  lormer  des 
lidries,  et  les  guider  \er.s  un  royaume  qui  n'est 
■pas  <b:  c('  monde.  Son  fondateur  l'enNova  comme 
une  ét!an",ére,  de  céleste  oriijine  ,  marquer  d'un 
siijne  surnaturel  tous  les  enlans  des  hommes. 
Lojsqu'elli'  apparut  a  la  (iréce  et  à  l'Italie  ,  elK-  ne 
leur  demanda  (pu-  quelques  gouttes  d'eau  pour 
son  bautérap  ,  un  peu  <\v  pain  et  de  \'\i\  pour  son 
«acrilice,  les  ruines  de  <pi)-|(|iie  vieux  monument 
pour  V  parler  du  ciel  ,  <•!  si  l'on  veut,  des  ignorans 
a  instruire  ,  des  miilh(.'uruux  à  consoler,  des  pauvres 


(  4  j  ^ 

;i  noiinlr.  Ce  (juelcslois  de  l'hospllaiité  accordLiit 
aux  élia)i2;(  rs  suffit  à  son  olalilisscnieut. 

Pour  remplir  sa  mission  de  tous  les  temps  et  de 
tous  lès  lieux  ,  il  lui  falloit  une  constitution  à 
l'épreuve  des  années,  invariable  au  milieu  des 
A'ariations  de  l'esprit  humain,  au-dessus  des  at- 
teintes de  toute  puissance  ennemie;  il  lui  ialloit 
un  gouvernement  ou  étranger  au  monde  ,  ou  sus»- 
ceptible  d'être  combiné  avec  les  formes  de  gou- 
vernement reeues  parmi  les  hommes 5  un  culte, 
enfin,  assez  simple  pour  trouver  au  désert  ^es 
pompes ,  et  assez  noble  poiir  étonner  les  peuples 
civilisés  par  sa  magniiicence.  Aussi,  comme  .^ociétéy 
l'Eglise  j)uise  en  son  auteur  et  en  elle-même  sa 
hiérarchie,  son  administration,  ses  droits  et  ses 
devoirs  :  comme  société  de fidllcs ,  elle  ne  ressemble 
en  rien  à  ces  réunions  d  hommes  qu'on  nomme 
peuples.  Qu'ils  parlent  des  langues  différentes , 
qu'ils  naissent  républicains  ou  sujets  dun  despote , 
qu'ils  soient  soumis  aux  lois  humaines  de  Lvcurgue 
ou  de  jNuma,  de  Dracon  ou  de  Buonapartc ,  les 
hommes  qui  on^  la  même  foi ,  les  mêmes  pasteurs 
et  le  pape  pour  chef  visible  ,  forment  cette  Eglise 
catholique  toujours  une,  et  par  conséquent  tou- 
jours indépendante. 

Car  de  quel  droit  le  monarque,  qui  compte 
quelques  millions  de  calholic[ues  au  nombre  de 
ses  sujets,  étendroit-il  son  sceptre  sur  une  consti- 
tution qui  régit  tous  les  catholiques  du  monde? 
L'unité  de  dogme ,  de  culte  et  de  ministère  résist» 
à  tout  changement  partiel  ;  et  puisque  l'Eglise  esl 
fondée  sur  cette  unité,  les  princes  seroient  obligés 
de  l'anéantir  dans  leurs  Etals  pour  avoir  droit  de 
la  gouverner. 

Lt  d'ailleurs  d'où  >iendroit  à  la  puissance  tem- 
porelle la  jurisdiclion  sur  les  choses  spirituelles? 
La  foi  seroil-elle  réglée  par  des  ordonnances  hu- 
maines?  Les   pasteurs   releveroicnt  -  ils  par  leuî' 


(  ^"  ) 

sacerdoce  d'un  autre  maître  que  de  crlui  rjui 
leur  a  dit ,  allez  ,  baptisez  toutes  les  nations  ;  et  le 
culte,  expression  de  la  loi  nu  mode  d'administra- 
tion des  sacrcincns  ,  appai-ticndroit-il  au  dt-parle- 
nuMit  de  l'intérieur  ou  de  la  police? 

Sans  doute,  en  devenant  catUolique  ,  riiouimc 
ne  cesse  point  d'être  citoyen.  Sesnouvellesohiiga- 
tions  ne  l'ont  ([ue  pevl'tctionner  ses  devoirs  naturels 
<t  ti\ils,  Mais,  de  nirnie  qu'il  ne  dépend  point  des 
membres  de  1  Eglise  de  s'arracher  à  r<tnpirf  légi- 
liiue  du  pouvoir  et  des  lois  sociales,  de  même  il  ne 
dépend  ])oint  de  ce  pouvoir  et  de  ces  lois  d'attenter 
aux  droits  île  l'Ej^lise ,  afin  de  l'y  soustraire.  Auriez- 
vous  «'iitendu  parler  des  sénatns-considtes  ou  des 
édits  impériaux  qui  dél'cndoient ,  avant  les  tyrans 
persécuteurs,  de  verser  de  l'eau  sur  la  tête  des 
nouveau -nés,  d'imposer  les  mains  aux  hommes 
d'un  âge  mûr,  d'expliquer  un  livre  de  philosophie 
morale,  de  rompre  un  pain  sanctifié,  d'oindre  le 
front  <!l  la  T>oilrin<' des  infirmes  d'un»'  huile  hénite 
]).ir  nu  \ieiilard,  d'avouer  si'!>  fautes  à  un  ami  ?  Et 
cependant  changez  les  noms,  voilà  l'Ej^lise  tout 
entière.  Le  l>on  sens  ne  justifiera  donc  jamais 
1  inter\ention  forcée  de  la  puissance  hun>;iine  dans 
un  pan-il  ordre  de  choses? 

J.a  c(jnversion  (générale  i\vs  peuples  et  «les  rois 
au  christianisme  n'akérera  point  sa  di\ine  consti- 
tuliun.  Le  jour  de  sou  tritimph»;  ne  pouvoit  être 
le  commencement  de  son  eselavapfc  :  en  héritant 
de  «rs  prédécesseurs  Constantin  ne  trou\a  point 
dans  Ifur  succession  des  droits  i[u'ils  n(.'  possédoient 
])as.  Sa  qualité  de  fils  de  l'Eglise  l'a vertissoit  <ju'il 
n'<ii  éloit  point  devenu  Ir  maître.  S  imafriner  qu'il 
|)ur.sn  dans  son  haptéme  l'étrange  privilège  d'as- 
ser\ir  |a  sociélé»dont  on  le  faisoit  nuMuhre,  ce  se- 
roil  croire  «pie  les  mères  ton  hent  sous  la  tuielle 
fie  leurs  enlans.  à  l'iiistanl  même  oii  elle<  \'-^ 
niellent  au  monde. 


(6  ) 

D'où  vient  Jonc  que,  depuis  le  ciuquièrae  siècle, 
les  princes  clivctiens  ont  eu  tant  de  part  aux  afiaires 
ecclésiastiques,  et  que  l'Eglise  a  exercé  une  si 
grande  influence  sur  les  choses  tempoi-elles?  Le 
problème  n'est  pas  difïicile  à  résoudre. 

Lorsque  les  peuples  du  Nord  inondèrent  l'Occi- 
dent, les  sciences",  les  letti-es  et  la  civilisation 
prirent  la  fuite  devant  les  barbares  :  l'Eglise  seule 
conserva  les  étincelles  du  feu  sacré,  et  ses  pasteurs 
jetèrent  encore  de  l'éclat  au  sein  d'une  nuit  pro- 
fonde. Les  chefs  de  ces  nations  de  fer  qui  écra- 
sèrent l'empire  romain,  furent  témoins  de  la  véné- 
ration profonde  qu'inspiroient  les  prêtres  et  les 
évêques.,  et  de  l'ascendant  que  donnoit  un  carac- 
tère sacré  sur  les  hommes  les  plus  féroces.  Des 
guerriers  avoient  pu  jusque-là  gouverner  avec  le 
glaive  des  hordes  avides  de  carnage  5  mais  des  lé- 
gislateurs pouvoient  seuls  civiliser  des  peuples 
chargés  de  dépouilles  et  tranquilles  possesseurs 
des  provinces  devenues  leur  proie.  La  politique 
naissante  des  rois  porta  naturellement  les  veux 
vers  la  constitution  de  l'Eglise,  restée  debout  au 
milieu  des  ruines  des  anciennes  institutions  , 
comme  le  phare  sur  un  rocher  entouré  des  débris 
delà  tempête.  Elle  appela  les  gardiens  et  les  in- 
terprètes de  cette  constitution  au  secours  de  son 
ignorance  j  les  priïiccs  les  admirent  dans  leurs 
conseils,  les  placèrent  à  la  tête  des  administrations 
dont  ils  avoiout  tracé  le  plan,  et  les  lii^eirt  entrer 
dans  la  hiéi^archie  des  fonctionntiires  publics. 
Tous  les  règlemcns  ecclésiastiques  susceptibles 
d'être  transformés  en  lois  civiles  deviennent  lois 
de  l'Etat.  Les  cliarges  affectées  au  clergé  le  mettent 
en  possession  des  honneuis  et  des  biens  qui  en 
sont  l'apanage;  le  pape  prend  un  rang  parmi 
les  souverains.  ïunt  de  bienfaits  réclamoient  eu 
échange  les  faveurs  les  plus  signalées.  L'Eglise  se 
hâte  de  proclamer  les  rois  les  évêques  cxtcricmo^ 


(  7  )  ^ 
cl  d'appnvcr  leur  autorité  d'une  sanction  reli- 
gieuse ;  l'evcrcice  de  sa  puissance  leur  est  oflert 
pour  le  bien  des  peuples  5  elle  partage  avec  eux 
ce  que  sou  adininistraliuu  n'a  pas  d'essentiel- 
lement divin  ,  et  là  commence  ,  pour  elle  et  pour 
l'Etat,  une  nouvelle  manière  d'être,  fondement 
de  l'accord  et  de  la  distinction  des  deux  puissances , 
source  de  tant  de  biens  et  de  tant  de  maux. 

Dès  ce  moment  les  èvèques  paroissent  revêtus 
d'un  double  caractère  :  ils  appartiennent  à  l'Fglise 
t(unme  pasteurs  j  ils  appartiennent  à  l'Etat  comme 
ordre  politique  et  corps  administratif  du  royaume. 
Dès  lors  aussi  les  curés  et  l^s  vicaires  dépendent  de 
l'Eglise  comme  prêtres,  et  de  l'Etat  comme  officiers 
ci\ils.  i.es  diocèses  ne  sont  plus  simplement  des 
communautés  s])irituclles,  ils  prennent  la  forme 
des  gouveruemens  tempoiels  :  1  administration  des 
cures  ])articipe  des  deux  autorités.  Si  les  pasteurs 
ne  sont  justiciables  que  de  l'Eglise  en  leur  qualité 
d'évéïuM's  e(  de  prêtres,  ilsni'sonl  justiciables  que 
<!«•  I  Etal  en  1  eu i" (pi alité  de  fonctionnaires  publics. 
Ils  obéissent  à  deuv  maîli'es  difl'ertrs  ,  mais  égale- 
ment légitimes.  Tant  que  cliac^ue  puissance  Icscn- 
visagei-a  sous  le  rapport  tjui  la  concerne,  la  j)aix 
sera  le  fruit  de  l'alliance.  Mais  si  le  prince  V(  ut  do- 
minei-  l'évêque,  parce  qu'il  commandr  au  seigneur  ; 
si  le  (  Irrgé  prétend  soustraire  le  mngisfi-at  à  l'auto- 
rité du  prince  ,  jiarce  que  ré\cque  lui  apparli>'nt , 
la  lutte  s'engage  ;  des  personnes  elle  descend  aux 
cliose.s.  De  là  c<vs  \aiues  fpiestions,  si  l'Eglise  est 
<Ians  rF!lal  ,  09  l'Etat  dans  l'Eglise  :'  Delà  ces  pré- 
tentions exagérées  ,  ces  iuvasians  réciproques  •  de  )4 
enfin  ,  tant  de  problèmes  dont  on  cliercnoit  inuli- 
lenunt  la  solution  dansia  nature  desdeux  pouvoirs. 
Je  dis  inutilement  j  car  les  deux  pouNoirs  étant 
étrangers  par  leur  nature  ,  de  leur  iudépeiidrrncr 

fjosée  en  principe,  il  étoil  im])ossible  de  coulure 
eur  mutuel  assnjellisseiucnt.  Il  n  y  a  donc  rien  Je 


(8) 
nécessairement  mixte  entre  les  deuK  puissancf;.>, 
ï^es  d'oits  qu'elles  exercent  l'une  sur  l'antre  pren- 
nent donc  naissance  dans  un  contrat ,  et  ce  contrat 
n'a  rl'autre  matière  que  les  faveurs  spirituelles  ac- 
C01  dées  aux  Rois  par  l'Eglise  ,  et  les  Lienfaiis  tem- 
porels pccordésà  l'Kglise  par  les  Rois.  Il  dure  au- 
tant q»i  les  concessions  sur  lesquelles  on  l'a  fondes 
Si  jaTnaisl'Eglise  etTEtatretiroient  ces  concessions, 
s'ils  rorapoient  leur  accord  par  un  divorce  ,  ils  se- 
roient  rendus  à  leur  liberté  première  ,  en  reprenant 
lis  Liens  qu'ils  avoient  apportes  à  la  communauté. 
Supposez  un événementimprévTT.dcpioraLle,  après 
lequel  les  évéques  ne  soient  plus  dans  l'Etat  que  des 
évêques,  les  curés  et  les  vicaires  que  dos  prêtres^ 
dan?  cette  livpotlièse,  on  peut  affirmer  sans  crainte 
qu'il  n'y  a  plus  rien  de  mixte  entre  les  deux  pou- 
voirs. Le  gouvernement  pi;isoit  sa  juridiction  sur 
les  ecclésiastiques,  dans  le  litre  d'adminislralcurs 
et  d'officiers  civils  qu'il  leiir  avoit  conféré  ,  et  cet 
événement  les  a  dépouillés  de  ce  titre  j  le  clergé 
intei  venoit  dansles  affaires  de  l'Etat  comme  ordre- 
politique;  et  cet  événement  ,  je  le  suppose  en- 
core ,  lui  ravit  son  rang  et  ses  dignités.  Que 
reste-t-il  alors  de  temporel  à  l'Eglise ,  par  où 
le  gouvernement  ait  droit  d'intervenir  dans  sa 
hiérarcliie,  dans  son  culte  et  dans  son  ministère? 
Les  fonctions  pastorales ,  dégagées  de  ce  qu'elles 
avoient  de  teri-estre  ,  échappent  à  l'action  de  la 
puissance  liumaine  :  l'Eglise  est  maîtresse  aLsoliu- 
de  sa  constitution  et  de  son  régime  :  les  diocèses  et 
les  paroisses  ne  forment  plus  qu'une  assemblée  de 
fidèles.  Citoyens  dans  l'Etatl,  les  pasteurs  sont  dans 
l'église  prêtres  et  pontifes.  Leur  vie  civile  ressort 
des  lois  civiles;  leur  ministère  ne  relève  que  de 
Dieu  seid.  Alors  les  dispenses  n'ont  pour  objet  que 
des  obstacles  ou  des  liens  spirituels  ;  les  bulles  ne 
constatent  qu'une  missioji  divine  :  le  registre  des 
naissances  se  change  en  registre  des  baptêmes;  les 


(91 
mariaees  sont  un  sacrement ,  etli.'£  funcraillos  Jo- 
viennent  une  cérémonie  religieuse. 

Je  vais  plus  loin  ,  et  j'admets  que  le  clergé  reroit 
un  liaUeuMiil  il<-  lElat  :  ce  traitement  ouNrira-t-il 
aux  a"ens  flu  nrlnce  l'entrée  de  l'administration 
t  cclésiastiquc  ?  JNon  ,sansdout<"  ,  puisque  le.slnnc- 
iion'^  auxquelles  on  l'aura  attaché  n'en  seront  pas 
moine  des  lonclions  spirituelles.  On  paie  le  clergé; 
donc  les  prêtres  rentrent  «lans  la  classe  des  l'on c- 
ti«jnnaires  publics.  Quelle  élraiifre  logi([ue  !  Si  , 
])(»ur  être  cliargé  d'une  loncliun  civile,  il  suffisoit 
de  recevoir  une  pension  du  gouvernement,  tous 
les  pensionnaires  de  l'Etat  seroient  des  adiniuis- 
tialcurs.  Qui  dit  i'ouetionuaiie  public,  dit  non  seu- 
louient  un  ciloven  salarié  ,  mai*;  encore  un  citoyen 
ap|)arleuant  à  une  îulminislialion  civile.  Ce  rai- 
soiineiuentseroitsans  réplif[ue,si  le  traitement tlu 
cl<;rgé  représenloit  «les  ])rt»priétés  <lont  (tnlaurtiit 
dépouillé  :  alors  il  s«-roil  moins  un  bi<'nfait  qu  un*- 
dette  ,  et  loin  fie  donner  d«'s  droits  ,  il  se  réduiioit 
il  raccoinplissemeiil  tl'un  di-voir. 

En  \ain  diroit-on  encore,  poJir  obtenir  des 
»!i-<»i|s  civils  sur  1  TVIisc  ,  que  la  religion  calholi(ju<! 
-l  lu  religion  de  l'Etal.  Cet  article  de  la  Charte 
M  établit  point  un  droit;  il  énonce  un  fait.  11  est 
bii  II  ci.'tir  <|ue  le  l'uii,  1»?  gouveni'iuent  «'I  la  presque 
(oin;  ilc  «les  l' lam  ais  sont  catliiilit|iies.  S  il  renlei- 
iiioil  autre  chose  ,  il  pnimellroil  di:s  laveurs  et  non 
de»  (er.s;  car,  prélemire  qu'en  vertu  de  cet  articK-* 
rEe!i'>e  soit  réunie  à  l'Etat  ,  comme  l'Italie  et  bi 
lli»lîaude  b-  lurent  à  l'Emjiire  jiar  lui  «lécret  di 
<|uel<|iics  lignes  ,  <:*r«t  confondre  toutes  les  notion>. 
«Si  II  lat  est  catholique  ,  il  adopte  donc)  Mglise  tell'- 
qu'elle  t-.st  eu  elb -mêine  el  non  telle  rni'clle  pour- 
»oil  être  organisée  par  .sesagens,  LU  dcjtpole  pu- 
l>lie  d«'s  im.s  Off^itiiif/nes  ,  comme  il  décrète  (|ue  I«;-i 
roiiibors  (iiii  <T.Hsé  <!«•  régmr  en  Espagne;  con- 
clut/ de  la  ,  si  vous  b*  poux  /,  ,  que  l'I  gli')e  est  lé- 


gitimement  asservie  ,  et  que  les  Bourbons  sont  jus- 
tcjTient  dcsliérités.  Je  me  résume. 

Sous  l'ancienne  monarchie  ,  les  évêques  de 
France  dépendoient  de  lEglise  comme  pastctirs  , 
ils  dépendoient  de  l'Etat  comme  ordre  politiqrie 
et  corps  administratif  du  royaume  :  eu  perdant 
leur  existence  temporelle  ,  ils  sont  rentrés  ,  par 
rapport  au  gouvernement,  dans  la  classe  commune 
des  citoycn<:.  Leurs  assemblées  ,  les  rapports  avec 
leur  troupeau  ,  leurs  correspondances,  toutes  leurs 
fonctions  épiscopales  ne  sont  plus  soumises  qu'aux 
lois  générales  d'ordre  et  de  svireté  publique  ,  et  on 
leur  parle  d'autrefois  ,  et  on  les  menace  des  parle- 
mrns  et  de  Louis  XIV, 

Sotis  l'ancienne  monarcliie,  le  clergé  du  troi- 
sième ordre  donnoit  à  l'Etat  des  officiers  civils  dans 
les  curés  et  les  vicaires  :  en  perdant  son  cari'actère 
civil ,  il  est  replacé  sous  la  juridiction  exclusive 
de  l'évéquc.  Missions  ,  prédications  ,  culte  ,  céré- 
monies .  tout  cela  ne  présente  qu'un  ensemble  de 
choses  spirituelles ,  ou  tout  au  plu';  qu'un  de  ces 
cultes  dont  les  lois  permettent  le  libre  exercice. 
Les  maires  et  les  préfets  s'arrogent-ils  le  pouvoir 
de  nous  régenter  dans  notre  ministère?  Autant 
vaudroit-iî  que  l'Institut  créât  une  commission  de 
poètes  pour  régler  le  personnel  de  l'armée.  jNous 
devons  baptiser,  marier,  prêcher,  enterrer,  selon 
notre  rituel  et  les  ordres  de  nos  supérieurs  ecclé- 
siastiques. L'agent  du  gouvernement ,  fùt-il  ml- 
nlstic  ,  (jui  prcscriroit  à  un  curé  d'ensc.elir  un 
mort,  prendroit  le  prêtre  qui  récite  des  j.rîèrcs 
pour  le  fossoveur  qui  creuse  la  tombe,  et  rap- 
pelleroit  ce  visir  qui  défendit  aux  rabbins  juiis  de 
dire  la  messe  au  Saint-Sépulcre. 

En  un  mot ,  tous  les  pouvoirs  d'un  évéque  ,  son 
j'ang  et  ses  honneurs  découlent  aujourdhni  du 
cnactève  de  premier  pasteur  que  l'Eglise  seule  lui 
confère.  Le  ministère  du  curé  prend  uniquement 


(  •'  ) 

.sa  source  dans  limposilion  des  mains  et  la  juri- 
dicliou  qu'il  rcroit  de  son  évoque  :  l'un  et  l'autre 
sont  en  France,  ce  qu'ils  seroient  aux  missions 
étrangères,  justiciables  de  l'Eglise  seule.  Je  nie 
tj-onipe;  il  y  a  cette  difl'rrencc  :  Les  rois  païens 
exilent  ou  condamnent  à  mort  1rs  ministres  d'une 
religion  inconnue,  et  nos  lois  accordent  une  égale 
protection  aux  ministres  de  toutes  les  religions. 

Les  j)rérogativesde  l'Eglise  sont  donc  évidentes, 
il  suflll  de-  les  exposer  pour  montrer  combien  se- 
loit  faux  un  ordre  de  clios«!S  dans  Icipiel  on  \ou- 
druil  les  méconnoîlre.  Toujours  jiréle  à  des  sacri- 
tlces  volontaires,  toujours  disposée  à  entrer  dans 
des  voies  conciliatrices,  elle  réclamera  toujours 
conlic  la  violation  de  si^s  droits  divins.  Hommes 
«1  un  jour!  vous  ne  sauriez  vainci'c  cette  fille  du 
(..ici.  \  ous  ]>assez  j  elle  demeure:  et  vous  ne  la 
eoinbaltiz  (jii'en  passant.  Prenez-y  garde  :  Plus 
>ous  voulez,  la  soumettre  à  votre  suprématie,  plus 
»  lie  s'en  isole  ;  plus  vous  croyez  l'assei'vir,  plus  clic 
gagne  de  liberté  :  on  la  voit  se  retirer  à  mesure 
<|ue  \ous  étendez  la  main  pour  la  saisir,  se  replier 
sur  elb'-méme  ,  s  ;*ttacliei'  fortement  à  fon  chef, 
et  braver  entre  s(>biMs,  les  vaines  attaques  du 
fiiondi'.  J/abbé  Fayet. 


l.K  Co>spinA7lo.N  (/ilr  HovM.isrE  (It'niortti('-('J'af)ii- 
tfiise  t't  controiU'rc  par  rtnulniinuncc  dr.  mise  en 
pn'vfntion  et  /'anfotina'icc  nui  ranntillc.  — 
Obsnriuttinii.s  sur  le  rvfïi.s  de.  M .  le  firociirrtir 
central,  de  nommer  les  dcnon  ciuJturs .  Tro  i  si  è  me 
numéro  (i  ). 

(]<•  nouveau    Mémoire   ne   j)oinoil  manquer  de 
liver  a>ec  intéiél  lattention  pnbli(|ue.  INousallonj» 

(i)  Co  nuniero  rt  Ici  deux  nicrtJcii»  *«•  Irouvcnt  rh<:« 
I). util,  iiiipr  -lil»..  rue  «I<»  l'ilil.  \ii;;ii.stin\ .  ii'^  '>  ;  ri  au  t'ihis- 
Iki):»!  ;  et  blici  le  Nuiiuaut ,  i  m  tl>.-  Sciiu  ,  n"  9 ,  vl  «(imi  C>iiti  « 


(  I'^  ) 

ce])eli(lanl  nous  borner  à  rendre  compte  de  la 
seconde  partie,  plutôt  que  de  retracer,  dans  un 
rapide  exposé  ,  des  laits  déjà  connus;  ils  seroient 
d'ailleurs  peu  susceptibles  d'analyse. 

MM.  le  baron  Canuel ,  le  vicomte  de  Chappc- 
delaine  ,  le  comte  de  Chauvigny  de  Blot ,  le  comte 
de  Bieux-Songy  et  D.  de  Romilly,  ont  demandé  » 
M.  le  procureur -générai  de  S.  M.  prés  la  cour 
royale  de  Paris  ,  de  leur  faire  connoître  ,  confor- 
mément à  Fart.  358  du  Code  d'instruction  crimi- 
nelle ,  les  noms ,  prénoms ,  qualités  et  demeures  des 
deux  dénonciateurs  entendus  comme  témoins  sous 
les  n°'  8  et  I  2  de  l'information  (i  ). 

M.  le  procureur  général  a  répondu  :  qu'iV  n'y  « 
lieu  d'accorder  aux  exposa/is  leur  demande  (2). 

Nous  allons  rapporter  les  motifs  de  ce  refus  ,  et 
placer  immédiatement  la  réponse  faite  à  cliaciui 
d'eux  par  le  Mémoire. 

I».  En  droit,  attendu,  due  l'art.  3j8  du  Code 
d'instruction  crinii/ie/le  fi'cst  pas  app/icable  ci  V es- 
pèce ;  que  cet  article  ne  donne  le  droit  de  requcrii 
la  déclaration  des  noms  des  dénonciateurs  qu'aux 
accusés  acquittés  par  les  Cours  d'assises ,  en  suite 
de  la  déclaration  du  jury  {^%). 

a  xVinsi ,  une  accusation  qui  aura  subi  les  deux 
épreuves  de  la  loi  ,  celle  de  la  préuention  ,  par  un 
Iribunal  de  première  instance  ,  et  celle  d'accusa- 
tion par  une  cour  souveraine;  une  dénonciation 
<{ui  aura  paru  successivement ,  à  deux  corps  judi- 
ciaires ,  fondi'u'  sur  des  indices  graves,  des  faits 
coiicordans  et  dcT  pièces  incriminantes;  une  dé- 
nonciation qui  n'aura  été  l'cietée  peut-éti'e  en 
dernier  ressort  devant  la  "Cour  d'assises,  cju'à  la 
majorité  d'une  seule  voix,  c'e'st  là  ,  d'après  la  ju- 


(1)  Txoquèfe  préseiit«:c  h  M.  le  procureur-général,  pag.  loc 
du  Mémoire. 

(2)  Réponse  de  M.  le  pi-ocureur-général,  pag.  io4  idciiï. 


(  i3  ) 
lisprudence  de  M.  le  procureur  général ,  un  aclt; 
impardonnable  et  irrémissihle  pour  son  auteur! 
M.  le  procureui-  f,fénéral  est  prêt  à  livrer  lui-même 
ce  grand  coupable  à  la  vindicte  de  l'accusé  ac- 
cpiitté  ! 

>y  Mais  une  dénonciation  qui  ne  sera  rien  autre 
chose  qu'une  fable  extravagante,  atrocement  in- 
ventée par  la  haine  ,  dénuée  de  vraisemblance  , 
<Jépnur\ue  de  pièces  et  de  témoignages,  n'ayant 
d'autre  appui  (|uela  corruption  et  une  ténébreuse 
intrigue  5  une  pareille  dénonciation,  qu'une  "Seule 
voix,  peut-être  aura  légèrement  accueillie  en  pre- 
mière instance  ,  mais  que  les  juges  ,  en  dernier 
ressort  ,  auront  repoussée  avec  une  indignation 
i:nanime  ,  c'est  là  un  acte  licite  et  légitime  !  A  la 
suite  de  cette  dénonciation  ,  cinrj  individus  in- 
noccns  auront  été  torturés  au  secret,  pendant 
quarante  à  cincpiante  jours  ,  confinés  en  prison  , 
et  diffamés  daiis  toute  l'Europe  jiendant  quatre 
mois;  tout  cela  est  naturel  et  dans  l'ordre  d'une 
saine  législation!  Rien,  «'n  pareil  cas,  ne  blesse 
les  droits  sacrés  fie  Ihu inanité  ;  mais  ce  qui  de- 
V  iendroit  de  la  pari  de  ta  loi  une  cuuauté  mani- 
feste (i  ),  ce  s«Toit  d'autoriser  l'homme  aussi  nao-7 
raicmcnt  assassiné,  à  poursuivre  son  assassin  !  (î»)»* 

•?o.  Que.  l'art.  !■{  h;  rigle  des  dt'-lais ,  ii/ic  urocc- 
dure  ,  une  conipr/c/ice  fini  supposent  des  accusés 
dans  cette  position  ;  que  nul  autre  article  du  nietne 
Code  ne  prescrit  au  procureur  central  la  déclara- 
tion des  dénonciateurs  ;  que  cette  distinction  ,  qui 
sort  de  la  recèle  de  la  loi ,  se  fonde  sur  des  con\i- 
dérations  de  la  plus  haute  importance  ;  qu'eti  effet 
tout  secret  de  la  procédure  criminelle  cesse  par  l(i 
mise  en  accusation ,  tandis  que  le  secret  de  la  pro- 
cédure continue  encore  après  la  relaxation   des 

h)  Expression  de  M.  le  procurcur-gcne'i il. 
^)   Pag*  55 


(  ^4  }  ^ 

près^e'mts  ;  et  que  ce  secret  même  ne  ponnoif.  être 
rompu  dans  Pititcrét  de  la  sociîté ,  puisque  la  re- 
laxation de  quelques  prévenus  n'empêche  pas , 
lorsque  F  arrêt  71a  pas  déclaré  quil  n'y  a  pas  de 
corps  de  délit,  qn-on  ne  puisse  poiirsuivre  d'autres 
individus  à  qjii  il  importe  que  les  charités  de  la 
procédure  ne  soient  pas  révélées  à  t avance. 

«Il  ne  s'agit  pas  de  nous  commimi(]uer  les 
charges  de  la  procédure  ;  il  ne  s"a<;it  pas  même  tic 
nous  donner  le  texte  des  dénonciations  ,  puiscpi  il 
est  tout  au  long  consigné  dans  l'ordonnance  de 
prévention  ,  dont  une  expédition  authentique  nous 
est  délivrée.  Il  s'agit  uniquement  de  nous  déclarer 
les  noms  et  qualités  de  nos  deux  dénonciateurs... 
La  cour  n'a  pas  déclaré  qu'il  n'y  avoit  point  de 
corps  de  délit  ;  mais  elle  n'a  pas  non  plus  déclaré 
quil  y  avoit  corps  de  délit  ;  et ,  de  bonne  foi ,  a-t-il 
pu  lui  venir  raisonnablement  à  la  pensée  de  faire 
une  pareille  déclaration?...  (i)» 

3°.  Que  d'ailleurs  tout  estjiui  pour  F  accusé  ac- 
quitté par  le  jury,  et  qu'ainsi  il  n'y  a  plus ,  quunt 
.  à  lui  i  nul  danger  de  lui  faire  connoître  toutes  les 
pièces  ou  de  certaines  pièces  de  l'instruction  ;  tan- 
dis qu'il  importe  de  ne  pas  les  faire  connaître  aux 
prévenus  relaxés  seulement  par  la  chambre  d'ac- 
cusation,  lesquels  peuvent,  aux  termes  de  l'ar- 
ticle 24*3  du  Code  d'instruction  criminelle ,  être 
toujours  poursidvis  pour  survenance  de  charges 
nouvelles ,  surtout  quand,  comme  dans  l'espèce, 
la  formule  de  l  arrêt  qui  les  relaxe  n'est  pas  qu'A 
n'v  a  nulUîs  charges,  mais  seulement  qu'il  n'y  a 
pas  charg<'s  suffisantes. 

«  Depuis  l'institution  du  jury  en  Franco,  la  loi  a 
placé  les  jurés  dans  l'alternative  rigoureuse  de 
déclarer  l'accusé  coupable  ,  ou  de  le  déclarer, 
innocent:  parce  que  la  présomption  est  de  droit 

(0  Pages  56  et  58. 


(  '5  ) 

pour  l'innocence,  quand  la  conMcllon  n'tsf  point 
aoijuise  pour  la  cuJj  abiiilé.  Quand  la  loi  sur  la 
mise  en  iu£renitnt  iepoii.s.se  toute  déclaration  dila- 

,..*■  ••'11  !•• 

toire  ,  intermédiaire  ou  miligec  de  laparldes  jures  , 
peut-on  supposer  qu'elle  l'autorise  sur  la  mise  en 
accusation  de  !a  part  des  cours  souveraines? 

»  Une  libération  motivée  sur  [^  in  suffisance  des 
cltarf^cs  n'est  qu'une  FonMctr.  banak-  usitée  au 
Palais  ,  équivalant  à  une  décharge  absolue. 

»  ^0!is  sommes  donc  fondés  à  nous  reconnoître 
définitivement  libérés  parla  Cour  royale  de  Paris; 
et ,  à  ce' titre  ,  rien  ne  peut  nous  enlever  le  droit  de 
poursuivre  nos  dénonciateurs  (i).  u 

4".  En  diitit encore ,  atLcndu  que  l'art.  3j8  n'est 
pas  applicable  aux  dénonciateurs  obliges;  ce  qui 
est  tclUnient  vrai ,  que  les  membres  des  autorités 
constituées ,  tenus,  par  leurs  fonctions  et  leurs  scr^ 
mens,  de  dénoncer,  sont  formellement  exceptés , 
par  l article  même,  du  nombre  de  ceux  dont  les 
noms  doivent  être  dcclart's  par  le  procureur  gêné' 
rai  ;  qu'à  plus  forte  raison  cet  article  n'est  pas  ap- 
plicable ii  ceux  qui ,  ayant  en  connoissance  de  com~ 
plots  formés  contre  la  sûreté  intérieure  de  V Etat  et 
la  personne  du  Hoi  j  les  ont  révélés,  puisque ,  faute 
de  cette  révélation ,  ils  encourroie/it  des  peines  fort 
graves. 

»(  Le  Code  pénal  punit  d'emprisonnement  et 
d'amende  quiconque  aura  fait  une  dénonciation 
i  aloninieuse  aux  ojfiiiers  de  justice ,  ou  de  police 
administrative  on  judiciaire  {ni\ .  •^'^^).  Kn  nous 
tundaiit  sur  cet  articb' ,  lions  tiisoii.s  <[ui' ,  d'a])rès 
l'ordonnance  de  prévention  ,  deux  dénonciations 
ont  été  souscrites  et  portées  contre  nous  :  l'une  à 
M,  le  procureur  du  Hoi  en  première  instance  ,  sous 
les  dates  succes<;i\rs  des  aa  ,  .i3  ,  J.^  ,  9,5  ,  ?.()  ,  V-Set 
3o  jnin  ;  l'autrr  à  S.  l-'.xt.  le  ministre  de  Tintérienr, 
nous  1h  date  «lu    -ç).  On  il  faut  ,  malgré  ranéldila 

(ij  P«g.  Co  ei6i. 


(  '^  ) 

Cour,  nous  déclarer  traîtres  et  parricides  ,  ou  l'ar- 
ticle 878  du  Code  pénal  doit  recevoir  son  applica- 
tion contre  nos  dénonciateurs  (i).  » 

5".  Quilj  aurait  j  de  la  y  art  de  la  loi^  itiic  cruauté, 
manifeste ,  de  placer  celui  qui  aie  malheur  d'nyoir 
cori/ioissance  d'une  consuiradon  ,  entre  robliga- 
tion  de  révéler  ^  sous  peitic  d'être  condamné  à  la 
réclusion  s'il  ne  révèle  pas ,  et  la  certitude  j  s'il  ré- 
vèle,  d'être  poursuivi  par  les  prévenus  en  dom- 
mages-intérêts,  dans  le  cas  ou  il  ne  s'élhveroit  pas 
des  charges  sujjisantes  ii  l'égard  de  ces  mêmes  pré- 
venus. 

((  La  loi  ne  contient  aucune  exception.  Tout 
homme  acquitté  d'un  crime  ,  cjucUe  cpi'en  soit  la 
nature,  quel  qu'il  soit,  a  le  droit  d'attaquer  son 
dénonciateur,  et  M.  le  procureur  général  est  tenu 
de  le  lui  nommer.  Sans  doute  notre  législation  pé- 
nale estLien  imparfaite;  mais  ce  seroit  l'avilir  (jue 
de  lui  supposer  une  disposition  qui  cousacreroi.t, 
dans  un  seul  cas,  l'impunité  du  calonmialeur...,. 
Que  le  dénonciateur  soit  circonspect  et  tTemMant 
lorsqu'il  voudi-a  dénoncer.  Qu'il  sache  Lien  qu'il 
le  fait  à  ses  risques;  que  sa  dénonciation,  pour 
qu'elle  soit  impunie  ,  a  Lesoin  de  sortir  intacte  des 
trois  épreuves  de  la  loi  (2).  w 

G".  Qu'ainsi  un  révélateur  n'est  pasim  dénon- 
ciateur ;  en  fait,  qii  en  appliquant  cette  distinction , 
il  n'j  a  pas ,  dans  l'affaire  dont  il  s'agit,  de  dénon- 
ciateur ;  dit  qu'il  n'y  a  pas  lieu  d'accorder,  etc. 

Après  avoir  rapporté  les  motifs  du  refus,  et  le.s 
moyens  qui  les  combattent,  c'est  aux  lecteurs  à 
prononcer.  Cependant,  nous  nous  permettrons, 
dans  un  intérêt  au.ssi  majeur,  quelques  réflexions. 

Il  nous  semble  que  ]M.  le  procureur-général  se 
méprendroitj  s'il  croyoilque  les  fonctionnaires  jni- 
bîics  sont  fornicllement  exceptés  du  nombre  des 

(0  Page  48.  (2)  Page  55. 


(  '7  )    _ 

Ornoncîrtlenrs  dont  les  noms  doivent  être  acclarés 
à  l'accM-sr.  Celui-ci  n'a  point,  il  est  vrai  ,  le  droit 
d'exercer  envers  eux  l'action  en  calomnie;  mais 
l'arlicie  AJU  du  Code  d'instruction  criminelle  lui 
accorde  à  leur  égard  ,  s'i/y  a  lien ,  la  prise  à  partie. 

Celte  faculté  seroit  illusoire  pour  lui,  s'il  ne 
devoit  pas  les  connoître. 

Une  autre  erreur  à  nos  veux  ,  ce  seroit  la  dis- 
tinction de  M.  le  procureur-général  ,  entre  le 
dénonciateur  et  le  rcvé/ateiir. 

Pour  que  cette  distinction  f»*t  admissible  ,  il 
fauuroitque  la  loi  eût  entendu  favoriser  la  délation 
contre  la  maxinie  :  turpe  est  Jelatoris  iiomcn .  Mais 
M.  Bruneaii  de  Beaumez  ,  membre  de  la  commis- 
sion de  lé<^'ishilion,  qui  fut  chargée  d'examiner  le 
Code  pénal ,  nous  atteste  le  contraire.  Il  dit ,  dons 
son  rapport  au  Corps  -  Législatif ,  séance  du  iJ 
février  i.Sio:  Pour  (ju'ils  soient  fjiinissabti's ,  le 
projet  actuel  exige  (jue  ceux  qui  n'ont  pas  révélé 
aient  eu  connaissance  des  crimes  de  lèse-majcsli 
ou  de  haute-trahison  ;  ce  qui  suppose ,  on  plutôt  ce 
qui  établit  la  nécessité  d'une  connoissance  vÉni- 
TAisLR  ,  d'une  connoissance  ui':eli,e,  d'une  connois- 
sance,  enfin  ,  tt  île  que  la  raison  la  conçoit ,  et  qua 
le  jn^e  peut  f exiger. 

Or,  dans  resj)èce ,  une  pareille  connoissance 
n'existoil  ni  ne  pouvoit  exister. 

J.es  ré\élateurs  sont  donc  passibles  de  l'action 
«•n  cnloiiinie  ;  M.  le  j>rocureur-généraj  est  con- 
«é<piemnwiit  ol)ligé  de  les  iiomiuer;  car  il  ne  peut 
pas  f.iire  entr'eux  et  les  di'-nonciateurs  ,  une  <lis* 
tincliuu  que  la  loi  n'a  point  faite. 

Au  reste  ,  l'obligation  de  révéler  n'est  point 
jiouvelle.  .Notre  ancienne  législatif)n  la  j)rescrivoit 
«ous  peine  de  mort  j  mais  elle  réservoil  h  l'accusa- 
teur le  même  sui)plice,  s'il  ne  juouvoil  point  son 
accusation.  Ainsi,  en  1617,  le  sieur<le  (iigné  eut  la 
léle  tranché»' ,  \nn\T  avoir  dit  sans  fondoment  i^xxeXe 

TOMI  IL  —  14*   LtVHAI»^.  Sk 


(^8  ) 
duc  de  Vendôme  vouloit  allenter  à  la  personne  du 
Roi.  Cette  peine  de  mort  étoit  également  infli- 
gée ♦  ceux  qui  donnoient  de  faux  awis^eu  matière 
de  crime  de  lèse  -  majesté  ;  témoin  ce  garde-du- 
corps  au  Roi  que  le  parlement  de  Paris  ,  par  arrêt 
du  1  ""^  février  i  ^65  ,  condamna  à  être  pendu  ,  pour 
avoir  faussement  assuré  qu'on  vouloit  attenter  aux 
jours  de  Louis  XV  (i). 

C*est  donc  une  jurisprudence  constante  qu'il 
n'existe  nulle  différence ,  dans  l'intérêt  de  l'accusé  , 
entre  le  délateur  et  le  dénonciateur  calomnieux. 
S'il  en  eût  existé  quelqu'une  autrefois  ,  le  sieur 
de  Gigné  et  le  garde-du-corps,  dont  je  viens  de 
rapporter  la  condamnation ,  u'auroient  pas  man- 
qué de  l'invoquer  pour  leur  garantie.  J'ajoute 
qu'ils  seroient  même  restés  inconnus,  si  les  gens 
du  Roi ,  tenus,  comme  aujourdhui,  de  nommer 
e?i  Jin  de  cause  les  accusateurs,  avoient  dû  ,  dans 
l'accomplissement  de  cette  obligation,  excepter 
un  révélateur. 

Mais  Aoulez-vous  sentir  encore  mieux  à  quel 
poini  linnocence  se  trouvoit  alors  rassurée  contre 
la  calomnie,  et  par  la  rigueur  des  lois  ,  et  par  la 

sévérité  protectrice  de  nos  Cours  .'iouveraiues? 

Ecoutez. 

jM.  Julien  Taboue,  procureur  général  du  Roi 
au  parlement  de  Chambérv  ,  intenta  une  accusa- 
tion de  faux  conti'e  JMM.  Pélisson,  président,  de 
Roissonné  prêtre  ,  Gausserant ,  dit  du  Rozet-Lay  , 
Ci'aftins  et  autres  conseillers  en  cette  Cour. 

Le  Parlement  de  Rourgogne  ,  à  qui  la  connois- 
«ance  de  l'afTaire  fut  déférée  par  le  Roi,  déclara 
les  accusés  coupables  et  les  condamna.  M.  Crafflns 
n'appela  point  de  la  sentence  j  mais  ]\t!M .  Pêîisson  , 
Boissonne  et  Rozet  sollicitèrent  et  obtinrent  de 
Sa  Majesté  une  révision  commi»e  au  Parlement  de 

(i)  yid,  le  Répertoire  uniyersel  de  Jurisprudence ,  v»  Icse- 
mafesté.  ' 


^        (/9) 
Paris.  Là,  les  arrêts  de  Dijon  furent  d'aLorJ  déclaré* 
nuls;  ensuite  une  instruction  nouvelle  commença, 
liialgr»'-  leî   représentations  des  premiers    juges. 

Eniin,  par  ai'rêt  du   ii  octobre  i.3j(>,  les  pré- 
venus sont  absous  des  faussetés  à  eux  imputées  ,  et 
.M.  TaLoué  se  trouve  condamné  ,  pour  réparation 
de   ces  fausses  et   calomnieuses  accusations ,    «  à 
N  faire  amende  honorable  au  parquet  de  la  Cour, 
)»  jour  de  plaidové  et  audience,  à  huis  ouverts, 
)»  nuds  pieds  et  teste,  à  'genoux,  en   chemise,  la 
»  corde  au  col ,  tenant  en  ses  mains  une  torche  de 
>»  cire  ardente  du  poids  de  deux  livres;  et  illec 
))  dire  et  déclarer  à  haute  et  intelligible  voix  ,  que 
»  faussement,  malicieusement,  calomnieusement  , 
va  tort,   et  contre  vérité,   il    a   accusé  et   chargé 
w  lesdits.... ,  desditvs  fauss^-tés,  crimes  et  délits, 
>»  dont  il  s'en  répend,  et  en   requiert  pardon  et 
»  merci  à  Dieu  ,  au  Koi  ,  à  justice  ,  et  auxdiU....  ; 
»  et  a  ordonné  et  ordonne  (jue  lesremonslranceset 
»•  d(»léanc«"s  par  Irdit  l'aboué  présentées  au   Pioi, 
"ensemble  les   moytnis  de   taux  par    lui    baillés, 
«seront  lacérés  et  rompus  en   sa  présence;   et  ce 
M  fait ,  être  mené  en  l'état  que  dessus ,  par  les  huis- 
M  siers  de  ladite  Cour,  sur  le  penon  et  pierre  de 
»  marbre  étant  au  bout  des  grands  degrés  du  Pa- 
N  lais,  et  illec  faire  paixille  amende  honorable  :  et 
M  du  tlil  lieu  ,  mis  en  une  charrette  et  conduit  an 
»  pilori  des  halles  de  la  ^illede  Paris,  parl'evécu- 
»  leur  de  la  haute  justice ,  pour  y  être  tourné  trois 
M  tours,  et  aprèr  ramené  en  la  conciergerie  du  dit 
w  Palais  (  I  ).  » 

•M.  Taboue  fut  d'ailleurs  condamné  à  fijire  pa- 
reille am<'nde  hon«)j-able  au  parlement  de  (Gre- 
noble cil  il  dut  être  mené  sous  bonn<>  et  srtre 
garde;  à  élre  perpétuellement  confiné  au  prns  «le 

— ^ 

(i)  yUl.  If  Hpjufil  J';irrèls  iiotiihlcs  ite*  Cours  suuvcrainrs 
«le  Fritirc,  par  J.  I'a|iun  ,  loni.  II,  pn^.  i  loa.  On  trt^UTs 
a  la  >uilc  d«  judicicute»  rtiflexioa»  <ur  cet  arri'. 


(    -^o   ) 
Savoye;  à  deux  mille  livres  pavi.sis  d'amende  en- 
vers ie  Koi ,  et  l'on  déxlara  ses  biens  confisqués. 

Cependant,  hâtous-nous  de  tinir  :  c'est  assez 
démontrer,  comme  l'a  dit  Montesquieu,  que  la 
liberté  des  citoyens  dépend  surtrtut  de  la  bonté 
des  lois  criminelles  5  et  MM.  Canuel,  Chauvi<>nv 
de  Blot ,  de  Pioinilly  et  de  Piieux-Son.o^v  en  seroient 
apparemment  bien  convaincus,  quand  l'expérience 
qu'ils  viennent  de  faire  n'auroit  pas  été  si  cruelle. 
Et  qui  ne  frémit  d'envisager  à  quel  point  la  liberté 
individuelle  se  trouve  de  nos  jours  dépourvue  de 
garanlies^Tous  les  esprits  se  troublent  et  s'alarment 
avec  raison  devant  cette  idée  terrible  que  la  sécTi- 
rité  des  bommes  les  plus  irréprochables  dépend 
incessamment,  parmi  nous,  de  l'audace  d'un 
lâche  ,  on  de  l'avidité  d'un  mercenaire;  et  soudain 
l'intérêt  particulier  devient  l'intérêt  général.  C'est 
donc  la  société  tout  entière  qui  demande  avec  ins- 
tance aujourd'hui  qv.e  notre  législation  crimint;lle 
soit  au  moins  rendue  équitable.  ' 

Eh  quoi  !  l'intention  du  législateur  fut  de  l'amé- 
liorer, en  conférant  aux  Cours  souveraines  elles- 
mêmes  le  soin  de  statuer  sur  le  sort  des  pré%enus. 
Il  crut ,  rendus  par  elles  ta  la  société,  qu  ils  y  rej)a- 
roîtroient/Ja/'^-  ^  et  non  eoinmects  coupables  adroits, 
et  quelquefois  favorisés ,  dont  la  tache  lï" est  point 
effacée  dans  lopin iou  publique  (i)  ;  et  néanmoins 
l'arrêt  qui  les  absout  n'aHesîeroitpas  sans  réplique 
leur  innocence  ,  quoiqu'il  soit  motivé  ,  selon  les 
termes  de  la  loi,  sur  le  défaut  de  charges  suffi- 
santes de  culpabilité  ! 

Ainsi,  la  procédure  n'a  pu  servir  de  fondement  à 
l'accusation  ;  et  cependant  les  prévenus  resteroient 
encore  exposés",  pendant  dix  années,  à  la  sur^-e- 
uance  de  7iouuelles  charges  .' 


(i)  nd.  le  Rapport  de  la  Comiiiis.sion  de  législation  au  Corps 
Législatif,  se'ance  du  9  de'cembre  1808. 


Mais  si  ces  dix  aus  s'écoulent  sans  avoir  produit 
d'autres  preuves  ,  la  justificalion  des  pvéveiius  ne 
stra  donc  jamais  ahwlue? 

Les  maj^islrats  les  croient  ])Ourtant  ventres,  car 
ils  ont  satisfait  à  icuv  conscience  en  les  rendant  à  la 
liberté}  mais  ï'cxistence,  mais  cette  liberté ,  tout 
cela  peut-il  être  un  bien  ,  après  qn^on  s'est  trouvé 
sous  le  poids  d  nn(.'  accusation  horrible  ,  si  llion- 
neur  ne  sort  point  de  cette  épreuve,  plus  éclatant 
encore  à  tous  les  veux  .' 

Quoi  I  la  sentence  de  leur  libération  à  la  main  , 
ces  prévenus  demand<;roient  vainement  qu'on  leur 
fasse  connoîlre  brurs  délateurs  !  et  ce  refus  barbare  , 
il  seroit  aussi  le  partapje  de  ceux  qui  n'ont  pas 
même  été  conslilnés  eu  j)riK'cntion  ! 

^on,ct  ma  conliancc  ne  sera  point  ^aine,  n'eût- 
rlle  d'appui  i\\\ç  M .  le  procureur  général  lui-même, 
dont  i'iionore  et  le  caractère  et  l'intégrité  :  non  , 
ce  finicst(î  amas  d'anxiétés  et  d'injustices  ne  résid- 
tera  point  d«*  nos  lois  !  La  dignité  desConrs  souve- 
raines, dans  r«'vercie<'  de  la  parti»;  la  plu*;  iinpor- 
tiintedc  leurs  altjibulioiis  ,  ne  sera  pas  abaissée  au- 
dessous  de  notre  ancien  jurv  d'accusation}  et  les 
prcvciiiLx ,  aussi  bien  que  les  hommes  qui  n'ont  pas 
été  mis  en  f>rr\>eiitinn  ,  pourront  exercer  l'action 
en  ealomnii"  contre  letirs  (lélat<'urs,  â  l'éqal  de  Fac- 
fusr  (mjuilfc.  Wxi  ntùt ,  eulin  ,  grâces  à  la  justice  pn- 
teruelb-  du  Roi  ,  la  torture  du  secret,  dȔt-<*lle  ne 
jamstis  peser ipiie  sur  ties  coupables  ,  sera  ravie  sans 
i«-lonr  an  caprice  dt;  l'arbitiaire.  Ah  !  du  moins  , 
rquès  ces  améliorations  dont  uns  Clianibres  ne  snu- 
ruieiit  éli'e  assez  procliaineincnl  appelées  à  s'oc- 
cuper, la  fttrf'fctihiltfr  i\v  ce  (ju'on  appelle  a\ec 
tant  d"«trgueil  le  siècle  des  lumières  ,  n«:  sera  jdus  , 
en  matière  rriniinelle,  l'eflroi  de  l'innocence  el  le 
^caudale  Af  l'iuipuniti^ 

Il  I V  Ks,  As^ocal-sta^iairc.  a  lu  Cottr  roj  aie 
ih'  Paris. 


(  ^^  )■ 

REVUE  D'ÉTRENISES. 

Si  les  incrédules  osent  encore  révoquer  en  doute 
les  hunicres  du  siècle,  ils  ne  peuvent  du  moins 
nier  sa  gcncrosité.  Son  prédécesseur,  surtout  vers 
sa  fin,  étoit  un  peu  enclin  à  prendre.  Bien  diffé- 
rent, celui-ci  aime  à  donner.  Comme  unLonpére  , 
il  met  sa  joie  à  partager  ses  trésors  entre  ses  enfans. 
On  diroit  qu'il  ne  les  a  amassés   que  pour  eux. 
Gloire  ,  plaisirs  ,  richesses  acquises  ,  recettes  pour 
en  acquérir,  métliodes  pour  les  conserver,  svstèraes 
presque  neufs,  constitutions  variées,  renomnwrs 
de  toutes  sortes ,  immortalités  à  bail  ou  à  vie ,  rien 
ne  lui  coûte  pour  satisfaire  nos  moindres  capi'ices. 
^lais  c'est  particulièrement  aux  approches  du  jour 
de  l'an  que  la  miniificence  du  siècle  éclate.  II  ofîVc 
des  étrennes  à  foison.  Toutes,  il  est  vrai ,  ne  sont 
pas  gratis,  ce  qui  seroit  encore  plus  généreux; 
mais  seroit-il  raisonnable  d'exiger  qu'il  se  ruinât 
pour  nous?    C'est   beaucoup  qu'il  prodigue   son 
esprit  à  varier  de  mille  manières  les  cadeaux  qu'il 
nous  cède  à  si  bas  prix;  et  il  y  en  a  pour  tous  b  s 
goûts  ,  toutes  les  positions,  tous  les  partis ,  excepté 
toutefois  pour  ces  pauvres  royalistes  que  le  Siècle 
néglige  un  peu  dans  la  distribution  des  grâces  ; 
mais  ces  bonnes  gens  sont  en  si  petit  nombre  qu'il 
€st  assez  naturel  qu'on  les  oublie. 

Nous  allons,  imitant  les  caprices  de  sa  bienfai- 
sance, passer  une  revue  oii  nous  mêlerons,  sans 
égard  ])our  les  rangs,  les  objets  tels  qu'ils  se  pré- 
senteront à  notre  mémoire;  comme  dans  ces  ma- 
gasins à  la  mode  (qui  sont  aussi  une  création  du 
siècle  )  on  voit  la  bagatelle  sans  valeur  briller  sur  le 
même  ravon  quelebijou  duplushautprix,  et  jouir 
de  cette  cgalité  absolue  que  ce  bon  siècle  n'a  pas 
encore  pu  établir  ailleurs. 

Et^  pour  commencer  ])ar  l'une  de  ses  plus  belles 
igonceptions,  adfljirons  combien  les  feuilles  indé- 


(    23) 

pendantes  ont  redoublé  dr  7»lc  pour  végalrv  di- 
Ujnemrnt  leurs  abonnés!  Les  derniers  numéros 
oflrenl,  dans  une  merveilleuse  progression  démo- 
cratique, toute  la  kviiellc  des  mots  magi(pies  du 
hou  tcnt])s,  A  chaque  page,  on  lit  :  InLîréls  révo- 
lutionnaires,    Droits  des  peuples j   Devoirs  des 

Bois j  liherlc ,  cp/ilitc ,  fraternitc (Ou  la  mout 

n'a  ])as  encore  paru  ;  c'est  sans  doute  pour  l'année 
j»roclinine  :  on  ne  peut  pas  tout  donner  en  un 
jour.)  Ces  termes  d'argot  rehaussent  admirable- 
ment les  pensées  et  maximes  de  92,  rafraîchies  à 
l'usage  (\v.  1819,  en  conservant  à  leur  nouvelle 
publication  un  je  ne  sais  quel  air  de  vétusté  qui 
les  rend  h)ut-à-i"ait  respectables.  A  vrai  dire,  il 
s'y  mêle  de  temps  en  temps  de  légères  nuances, 
selon  le  vent  qtii  souffle  ,  le  l)ruit  (jui  court.  Dans 
la  dernière  quinzaint»  de  décembre  ,  on  y  a  remar- 
qué une  certaine  audace  suppliante,  une  forfan- 
terie elVravée  ,  qui ,  auv  Irois  couleurs  d'h'^bitude , 
en  ajoutoit  une  (jualriéme  très-pi Itoresfjue.  De- 
puis le  jour  de  l'an  ,  elle  a  disparu  ,  et  les  trois 
premières  ont  triplé  de  vivacité.  IMaintenant  elles 
•sont  éclatantes  :  on  diroit  qu'un  marché  a  étéi 
passé  avec  u/i  triufiin'rr  pour  les  remeltn;  à  neuf. 
Dm  reste  ,  rien  n'<vsl  négligi*  pour  satisfaire  les  pi  us 
difficiles.  On  trouve  deux  lois  j)lus  d'obscurité 
spéciale  que  de  coutume  dans  les  amphigouris 
politiques  de  monsieur  B.  C.  5  la  prose  légère  de 
monsieur  K....  a  pins  de  poids  rpu-  jamais.  Tel 
autre  a  re«l(Miblé  d'outrages  contre  le  gothi([ue 
sens-commun  et  d'injurf's  contre  la  vieille  gi-ani- 
maire  :  c'est  un  luxe  insob-nt.  Si  l'on  n<'  connois- 
soit  les  ressources  de  ces  messieurs,  ce  seroit  4 
craimlre  une  faillite. 

D'autres  journaux  ,  avec  urn^  olistinntion  'h* 
désintéressement  bien  méritoire  ,  continuent  tlir- 
<lresser  leurs  numéros  ou  radeaux  à  dlionnétes 
gens  qui  les  re«;oiveut  à  leur  corps  défendant ^ 
iQais  qui  ne  les  lis4-nt  pas,  mRlgrt'  le  bon  niarchû. 


(  ^4  ) 

Or,  puisqu'il  e^ft  prouvé  que  nu'iue  tenvoi  gratis 
ne  réussit  pas  aux  rédacteur.-.^  ne  pourroient-ils 
pas  sahonncr  pour  avoir  drs  lecteurs?  L'appât 
du  gain  est  bien  puissant.  A  leur  place,  il  n'est 
pas  de  sacrifice  que  je  ne  voulusse  faire  pour  dôft- 
per  enfin  un  peu  de  publicité  à  ma  leuiile  pu- 
bliqne. 

Un  \o\\x\\?ii  fran cais ,  imprimé  en  anglais  en  An- 
gleterre ,  et  qu'on  noramt*  Je  Moruiiig-Chroiiicle ^ 
avoit  aussi  voulu  donner  des  étrennesàsesleçteui-s 
insulaires  et  autres.  En  conséquence,  il  ayoit  fait 
une  magnifique  commande  sur  le  continent.  Il  at-? 
tendoilune  bonne  conspiralion.  L'Espagne  devoit 
fournir  la  maliere  preini'tre ^  et  un  rovaume  voisirj 
se  charger  de  iajaçon .  Il  ne  s'agissoit  de  rien  moins 
que  de  mettre  le  roi  Ferdinand  en  fuite  ou  en  pri- 
son ,  de  pendre  tous  ses  ministres  (ce  qui  eût  été 
pourtant  d'un  dangereux  exemple),  de  brûler  toute 
l'inquisition  ,  qui ,  comme  on  sait ,  brûle  chaque 
jour  tant  de  monde;  et  à  la  clarté  de  ce  feu  de 
joie 3  de  cette  illuininalion  philosopJdque  ^  de  pro- 
clamer le  Libéralisme  P>oi  des  Espagaes  et  pes 
Indes.  Malheureusement,  la  matière  première  a 
manqué.  jNos  ouvriers,  qui  ne  sont  pas  encore 
aussi  hal)iles  que  le  Créateur,  n'ont  rien  pu  faire 
avec  rien;  et  le  Morning-Clironicle  a  été  réduit  à 
jinnoncer  ai^x  deux  hémisphères  qu  il  s'étoit  livré 
trop  tôt  à  une  joie  pqnifjue ,  et  que  la  nouvelle 
était  trop  agréable  pour  être  vraie. 

ÏSospf'tits  théâtres,  qui  ne  se  piquentpasd'inv(>H5 
tion,  ont  pourtant  fait  une  découverte  qui  leur  per- 
nietde  donner  des  étrcnnes  chaque  jour  de  l'année. 
Ils  ont  avisé,  parmi  leurs  spectateurs,  surtout  parmi 
ceux  qu  on  no mmc  les  habitues  dit  lustre,  un  instinct 
d'héroïsme  martial  tju'on  n'avoit  jamais  soup- 
çonné cliez  ces  messieurs.  Depuis  que  la  paix  est 
faite,  c'est  leur  foible  :  aussi  ,  c'est  par  là  qu'on 
jes  prend.  Pour  assurer  le  succès  d'une  nouv<^auté  , 
il  suffit  d'y  jeter  à  tout  propos  ,  ou  même  hors  de 


(  ^5  )    . 

tout  propos  ,  un  couplet  dont  la^ensée  est  indif- 
férente ,  pourvu  qu'on  y  fasse  rimer  ^iiirricr»  et 
lanriets  j  et  que  la  flctoire  conduise  la  Gloire  au 
temple  de  Mémoire.  A  ces  mots,  l'euthousiasrae 
éclate  en  voeiférations ,  en  trépii;nemens  belli- 
queux  Cette  découv'erte  sera  fort  a\antageuse 

à  la  France  ;  car  bien  certainement  ,  ceux  qui ,  la 
veille  ,  aurolit  manifesté  au  théàti'e  des  sentimens 
aussi  i;uerricrs,  se  garderont  bien  ,  le  lendemain  , 
de  vouloir  éluder,  à  la  préfecture  ,1a  loi  du  recru- 
tement forcé. 

Les  grands  théâtres  traitent  moins  magnifique- 
nieut  leurs  lialjitués.  Les  Fraurais  dorment,  pour 
se  reposer  de  leurs  longs  voyages (i).  FeydeauoiTre 
au  public  des  premières  représentations  qui  en 
alLi'udent  de  secondes,  et  des  seconds  talens  qui 
en  alUndcnt  de  premiers.  L'Opéra,  depuis  que 
M.  Rouillv  adouué  sa  Jeux  Floraux  hM .  Aymon, 
et  que ,  pour  ne  pas  demeurer  en  reste  ,  M.  Aymon 
a  dvnné  ses  noies  à  M.l^ouillv,  l'Opéra  nous  doit 
toujours  un  (»u>riige,  puisqu'il  n«nis  avoit  [>romi.'» 
un  jMiéine  et  de  la  musique.  Ce  n'est  »|irun  retard. 
L'Odéan  use  des  droits  des  pauvres  gens;  il  ne 
donne  rien,  mais  il  reeoil.  iNL  ilv.  Prarlv  vient  de 
lui  adresser  une  brochure  (r>.)pleinc  d'observations 
justes,  de  raisonnemens  pressaus,  de  sévères  re- 
proches ,  et  (jui  oRVe  cela  de  singulier  ,  (ju'on  dit 
que  l'annonce  n'en  a  pas  été  peiinise  dans  diveis 
journanv.  L'Odéou  seroit-il  donc  aussi  une  puis- 
sance .'  In  tout  cas,  c"«vsl  lit  jiri'mière  (jui  manque 
de  <(>urlis;ins.  M.  de    Prarlv  n'en   CTi'ossira  pas  le 

(i)  ïj.t  |»rcfni«'r«-  re^ircicriljlion  di:  la  l'iltr,  tl' Honneur 
n'»y.int  éU-  donin'r  qur  !.•»  >cille  du  jour  Ae  l';in  .  rcUi'  (liécc 
n  .T  pu  ^(rc  une  ètmine  «|uc  nour  un  petit  noinbio  d'olut  ,  et 
iiuu»  n'en  i-Uons  pat.  D'unllLur»,  cet  oima^c  ,  p.ir  suit  c1«:im1uc 
«t  *on  kucrc*  ,  ne  ptul  ilre  exaiTiin<-  «l.ms  niic  re*uc  générale: 
U  Consrn'tilrtjr  en  rf  ndra  un  <  uniptc  p^rtirulirr. 

(a)  f.'nruitJ.-riUioriM  titr  tes  Thrtitn-i  ,  rt  <lr  la  Vectâfilt^  d'un 
tfconj  niiaite  l''runt;an  ;  imt  M.  de  Piarly.  lirortmic  in-8". 
A  i'ari»,  rlitrt  l)«i.iuiij)  ,  FalaM-Buy.<l  ;  cl  clu-i  Ir  MctiUJnt, 
ru«  ii«  Srinr,  ti"  8        ' 


_    (  -6  ) 

nombre.  Ses  conseils  pourront  paroître  niêine  un 
peu  amers  ;  et  s'il  les  lui  donne  pour  étrennes,  à 
coup  sue  ce  sont  fies  bonbons  fVattrape. 

En  rcvanclie ,  \u\  nouveau  théâtre  vient  de 
s'établir  dans  la  salie  du  Colléqe  royal  de  France. 
Ou  y  joue  la  tragédie  d^mc  façon  très-comique. 
La  troupe,  qui  n'est  pas  ricîie,  a  cru  pouvoir  se 
])a.sser  de  décorations  et  de  costumes.  Les  socic- 
tuires  débitent  leur  affaire  en  habit  bourgeois,  et, 
pour  .se  ménager,  ne  parois  eut  qu'ii//  à  un.  La 
plus  sage  économie  a  présidé  à  toutes  les  parties 
de  celle  entreprise  :  c'est  véritablement  un  thcdlre 
h  la  Ram  fard.  M.  Tissot.  pour  son  début,  a  donné 
à  lui  tout  seul ,  et  au  hcnêjice  de  la  Minerve,  une 
représentation  de  la  fameuse  scène,  de  la  scène 
unique  du  Bélisaire  de  ]\L  Jouv ,  son  camarade. 
Mais  soit  que  Isl.  Tissot  n'égale  pas  encore  son 
confrère  JNL  Talma  ,  soit  que  la  scène  partit  moins 
intéressante  que  celles  de  Warwick  et  auii'es 
pièces  où  elle  est  puisée  ,  Vautexir  et  l'acteur  n'ojit 
pas  eu  à  se  louer  du  public*.'  Il  est  dommage  que  , 
pour  regagner  ses  bonnes  gTaces  ,  on  ne  lui  ait  pas 
déclamé  à  la  suite  quelques  fragmens  de  1' Ultra  , 
ou  la  Manie  des  ténèbres,  comédie  en  un  acte,  en 
vers,  dont  la  représentation  na  pas  été  autorisée 
par  le  ministre  de  la  police  (  i  )  ,  mais  dont  il  paroît 
que  INL  le  procureur  du  Roi  a  autorisé  la  publica- 
tion et  la  vente.  C'étoit  déjà  une  double  ressem- 
blance avec  Bélisaire ,  qu'on  a  aussi  défendu  de 
jouer  et  permis  d'imprimer.  Pour  la  rendre  com- 
plète, il  eut  été  piquant  d'en  doniier  également 
un  échantillon  aux;  auditeurs  du  Collège  royal  ;  et 
tout  ]X)rte  à  croiie  que  la  Censure  ne  se  seroit  pas 
montrée   plus  récalcitrante  pour  lune  r^ut:'  pour 

(i)  Extrait  du  litre  de  l'ouvrage.  On  le  trouve  chez  l'Advo- 
cat,  libt-aire  au  Palais-Pioval.  11  se  vend  aussi  sur  le*  Boulevards, 
où  Fauteur  dje  cet  ailidc  l'a  pavé  soixante  centimes,  quoique 
le  prix  ordinaire  de  res  sortes  d'ouvra!;es  soit  de  25  sols;  niais 
le  bon  marche'  est  cliose  si  tentante  !  et  que  ne  feroil-on  pas 
pour  populariser  les  luiuieres  ! 


(  ^7  ) 
Vaiîtic  pitce.  Gracos  à  ellf  ,  le  pul)lic  eût  fait  con- 
noissaiice  n\cc  la  comtesse  des  Hiboux  elfe  niar- 
rjiiis  DF  L'ETF.iGNOin ,  vrntraiit  iliez  lui,  aiirès 
viiif^l-ciiiq  an.f  d'exil  en  Russie  et  ailleurs  ,  et  uont 
on  traci'  ainsi  le  portrait  : 

II  a  des  fredi'rirs  .  des  roubles,  des  couronnes  , 
Mais  pas  un  s<miI  louis  .  pas  vv  napoléon. 
S;ins  Classe  il  ni'cnln-tient  des  Cosaques  «lu  F3on  ; 
Jlconnnil  LA  CbimÉE,  et  sait  par  cœur  l'Ukraine. 

Il  nous  .st'îoWc  (£ue  la  Crimée  est  u-n  détail  de 
l/)ealilé  bien  étrangement  elioisi.  Il  laut  <|u  il  .''it 
écliajipé  à  Tallcnlion  de  M.  le  procun  ur  du  Pioi. 
Hlontinuon^  le  j)orlrait  : 

Intolérant  ,  rru»;! ,  despote  en  polîliqno  , 
il  veut  tout  mesurer  a  son  roinpns  étroit. 


Sa  plus  forte  manîe  est  toutefois  d'éteindre. . . 
Ah!  monsieur  le  marquis  a  manqué  son  métier. 
Il  auroit  fait,  sans  doute,  un  excellent  pompier. 

YA  ])1u.s  If  (in  : 

No.^  soUl.nls  n'aiment  pas  ces  ol)scurs  vi'téi'nns. 
()ni  ne  servir»  nt  point  au  milieu  de  leurs  rangs; 
Qui  comptent  leurs  aïeuv,  ii  défaut  de  bles>ure  : 
JU  U  feront  sauter  (  le  marqui.>  )  sur  une  cnm-erture. 

Cedcrnier  trait  est  tVun  atficisnic  clélicirux.  Enfin  . 

généralisant  la  peinture,  Tauteur  ajoute  : 

lis  sont  juçés  res  prcns,  de  loin  soufflant  Torapc  , 
Kirangcrs  a  iioj  ninMirs,  ninime  ;i  notre  courage, 
Kt  <|ui ,  nous  eonteslaiit  riidiineur  de  niit  combats, 
Se  rouvrent  de  laiiriirs  (|u'i!s  ne  cueilliienl  pas, 
<^)uoiqu'ils  aient ,  itar  ifeiir  fi>i(,  et  sans  prendre  la  fuite  . 
linl\tl,siu'(lcsJi>uty;ons,  d'une  |;loire —  à  la  suite  {t). 

C'est-à-dire  à  la  suite  t/u  liai.  Onr  je  ne  saelie  pas 
ipie  le.s  ro>alislcs  éan'fjrés,  qu'on  >eut  tiésit^nt-r 
ici  ,  se  soii-nt  jamais  mis  a  la  suite  de  per.sonne. 
An  fru  ,  ils  ont  toujours  été  ii  la  trie ^  vi  c«'ux  (pii 
•  le.s  ont  enriihaltuA  le  .vivent  l)icn.  (  Ir  n'e.st  (jue 
lorsque  Irui.s  l'rincrs,  rappelés  par  la  Franee , 
n'ont  plus  en  que  des  lénioi^'nat;es  d'amoiir  à  y 
recevoir,    (]iie    les    \aleur<Mi\    serviteurs  \   .sont 

(t)   Ces  truij  mois  sont  *ouli(;né<  d  ms  la  pièce. 


(   28  ) 
deux  fois  rentrés  derrière  eux.  Mais,  à  coup  «ûr, 
les  fourgons  sont  encore  de  trop  ici.  On  n'en  a  pas 
besoin  quand  on  ne   rapporte   que  son  épée ,  sa 
fidélité,   Foiibli   de    beaucoup   de   malheurs,    et 

peut-être  un  peu  dVspérance Car  alors,  ils  ne 

pré vo voient  pas  qu'on  laisseroit  railler  publique- 
ment ce  noble  et  touchant  cortège  des  Fils  de 
saint  Louis.  C'est  encore  là  une  distraction  de 
M.  le  procureur  du  Roi  :  mais  celle-ci  est  bien 
forte. 

On  pense  bien  que  l'auteur  n'a  pas  manqué  une 
occasion  si  opportune  d'injurier  les  moiues ,  les 
séminaires,  les  curés,  qu'il  ne  trouve  pas  même 
bons  pour  transmettre  au  pauvre  l'aumône  du 
riche.  La  Charte  elle-même  y  est  traitée  fort  ca- 
valièrement. Le  marquis,  après  avoir  ironique- 
ment répondu,  par  tj'ois  fois ,  aux  demandes 
extravacrantes  de  sa  maîtresse  : 

La  Charte  ne  dit  pas  un  mol  de  tout  cela , 
en  reçoit  pour  toute  réponse  : 

Elle  dit  ce  qu'os  veut.  Marquis,  commentons-la- 
Troisiènre  distraction  de  M.  le  procureur  du  Roi. 

Il  est  bon  d'observer  qu'une  partie  de  ces  dé- 
g^oûtantes  impertinences  sont  partagées  entre  un 
\alet,  et  un  maîti'e  encore  plus  valet,  jeune 
colonel ,  héros  de  l'auteur  et  de  l'ouvragé,  et  qui 
est  bien  le  révolutionnaire  le  plus  intrépidement 
grossier  que  les  successeurs  du  Père  Duchêne  aient 
encore  fait  parler.  C'est  en  outre  un  terrible  logi- 
cien. Quand  le  marquis  lui  dit  :  «  et  pour  quelle 
raison  insulter  ma  noblesse  ?•>•>  il  répond  :  a  Quelle 
raison  ?  mon  sabre  !  «  D'après  une  aussi  excellente 
a-aison  ,  on  ne  sera  pas  surpris  que  ce  colonel 
FRANÇAIS  vienne  en  France j  en  temps  de  paix, 
camper  militairement  avec  tout  son  régiment  dans 
la  cour  d'un  château  ,  dont  il  menace  sans  cesse  de 
raser  les  tourelles  ,  et  qu'on  finisse  par  mettre  le 
feu  à  ce  pauvre  château,   dénouement  qui  n'est 


(  ^9  ) 
pas  neuf,  mais  quî  déjà  a  fait  fortune.  Pour  cou- 
ronner   IVenvre ,    le   héros    dit,    eu    chassant    le 
marquis,  lequel  pourtant  n'est  pas  chez  le  citoyen 
colonel   : 

Vous  arcï  traJii  voirc  pairie  : 

Allez  porter  ailleurs  une  lèlejlétrie. 

Cela  s'accorde  avec  un  projet  (jue  certain  journal 
avoîl  laissé  entrevoir  de  niettrt;  une  certaine  classe 
d'hommes  hors  de  l'Etat.  Et  voilà  pourquoi  nous 
rc'jrettons  que  le  Professeur-sociétaire  du  Coliéffe 
royal  n  ait  pas  appuyé  sa  scène  tragique  de  cette 
scène  comique.  Pour  la  force  de  la  pensée,  la  ])U- 
reté  de  la  doclrine,  elle  valoil  bien  le  monologue 
de  la  représentation  suivante,  snrXv'i  Egarernetis 
de  1793  et  la  Terreur  de  iMi5,  et  elle  avoit  sur 
lui  l'avantage  du  style,  les  vers,  à  mérite  égal, 
devant  toujours  l'emportf-r  sur  la  prose. 

Hier  et  yiiijourdliui  (1  )  sont  des  étrcnnes  d'un 
genn*  Lien  diftVrent.  Celles-hi  ne  plairont  f[u'aux 
hommes  dr  goAt;  car  c«'  sont  des  satires  où  l'on 
trouve  de  la  malice  sans  méchanceté  ,  des  portraits 
sans  personnalités,  beaucoup  d'esprit ,  mais  aussi 
du  bon  sens,  pas' moins  de  politicjue  que  la  mode 
n'en  exige  ,  pas  plus  <|u«'  les  .Muses  en  permett<'nt. 
CeA  satires  sont  agréablemrnt  coupées  par  une 
pièce  de  vers,  dont  .M.  le  docteur  Ahbert,  homme 
d'esprit  à  qui  elle  est  adressée,  a  dû  être  fort  con- 
tent, Cliacun  des  morceaux  de  ce  joli  recueil  est 
«emé  de  vers  facih's,  naturels,  d'un  exc«'llerit  ton, 
et  tous  sont  r«>éliis  d  un  stvie  couslaïuuieul //vi/;- 
rais,  dans  la  drmble  acception  du  mot. 

Avant  de  cjuitter  les  hommes  de  goût,  faut-il 
les  avertir  que  !M.  de  Saint-Victor  vient  de  leur 
donner  potir  étrennes  la   troisième  édition  de  sou 

(i)  Hier  et  Âujourd'luii ,  saliro» ,  avec  ctVXf.  épi(;rapbe  : 

Nt  Qoiu  lullunt  doar  pAi  ^  vo^oiit  tAoi    iDilule(uc4 
L'tlat   dr  Qolrc  contrirurf 

l.>     KuliTAllll. 

Brorhure  in-8**.  Prii  ;  afr.  5o  rrnt.  A  Pari*,  chcx  Deiaanay, 
libraire,  au  I*alais-Ro)al  ;  cl  clici  le  Noriuaul,  rue  de  Seine 


_    (  30  ) 

Anacréon  (i)''  ^^^^^  tous  ue  la  possètlcnt-ils  pas 
déjà?  Sans  doute 5  ruais  tous  voudront  avoir  la 
nouvelle  verî.ion  ,  qun  l'auleur  a  trouvé  le  secirt 
de  rendre  plus  pari'ailo  encore.  Ces  erabellisst^mens 
nouveaux  sont  touc  ce  que  nous  pou\ons  leur 
annoncer.  Car  leur  parler  du  fond-de  cet  excellent 
ouvrag'e ,  du  mérite  de  celte  traduction  ,  si  liLre 
dans  sa  fidélité ,  si  à  son  aise  dans  son  obéissance 
au  texte  ,  qu'on  est  toujours  tenté  de  la  croire  une 
création;  leur  vanter  la  pureté,  la  grâce  ,  la  déli- 
catesse du  style,  en  un  mot  ce  sentiment  exquis 
de  riiarmonie,  qui  seul  dislingue  le  vrai  poète  du 
versiiicateur ,  ce  seroit  répéter  ce  que  tout  le  monde 
a  dit  dés  la  ])remiére  édition.  D'aillevirs  nous  ne 
vopJons  parler  ici  que  des  productions  du  dix- 
neuvième  siècle ,  et  quoique  celle-ci  en  porte  la 
date ,  tout  en  elle  semble  fixer  sa  place  parmi  les 
ouvrages  du  dix-septième. 

Signalons  eii  finissant  une  nouvelle  récolte  sur 
laquelle  nos  cultivateurs  ne  comptoient  pas.  hes 
Letlres  auoiijincs  ontbcaucoup  donné  celle  année. 
C  est  une  branche  de  commerce  cpii  fait  d'immenses 
progrès.  Pour  peu  qu'elle  s'étende  encore ,  il  fau- 
dra songer  à  la  metti'e  en  ré^ic ,  toute  grande 
entreprise  d'utilité  publique  devant  être  soumise  à 
l'inspection  de  l'autorité.  Alors,  le  Conservateur 
fera  valoir  ses  droits  à  une  part  du  produit  net; 
car  il  contribue  singulièrement  au  débouché  des 
denrées.  Chacune  de  ses  Livraisons  fait  cclore  une 
édition  manuscrite  d'épigrammes  en  prose  ,  de 
niaiseries  en  vers,  de  menaces,  d'invectives,  qui 
nont  pas  de  nom.  La  pacotille  est  distribuée  il 
domicile  aux  victimes  choisies  par  le  courage y^n/- 
dent  des  entrepreneurs.  Mais  les  vicliuu'S  voyant 

(i)   Odes  d'yinncrcon,  traduites  en  vers  sur  le  texte  de  tjrunck; 
par  J.-B.  de  Saint-Victor,  nvec  cette  épigraphe  : 

Kee,  si  guid  olim  lutit  Anacréon, 
Dc/i.it  rrtas.  Hokat. 

Troisième  édition  .  revue  et  corrig«'c.  Prix  :  9  f. ,  et  lo  i.  franco^ 
A  Paris,  chei  H.  ÎN'icoUe,  rue  de  Seine;  et  chez  1«  NorinanL 


(  3i  ) 
que,  depuis  trois  mois,  elles  ne  s'en  portent  que 
mieux,  préviennent  ici  que,  durant  tout  le  mois 
de  janvier,  elles  continueront  à  recevoir  ces 
primes  cieitcoura^eincnt  en  qualiié  de  lettres  de 
bonne  année ,  et  mèiue  de  Lon  aui^vire. 

Le  Comte  O'Mahony. 


DU  CONSERVATEUR. 
11  y  a  trois  mois  que  l'opinion  royaliste  étoit  la 
seule  en  France  qu».  n'eût  point  un  organe.  Les 
opinions  révolutionnaires  parvenoient  aux  deux 
bouts  du  rovaume  ,  f^vac-*;  à  une  multitude  de])am- 
phlets,  toi:S  })lus  ou  moins  démagogi({ues.  L'opi- 
nion ministérielle,  <(r^ce  à  la  censure,  niarclioil 
soutenue  par  toute  l'artillerie  de  ses  journaiix  ,  et 
parcouroit  rapidement  les  distances.  En  vain  ce- 
pendant clierclioit-elle  î»  s'établir  :  elle  Ijouvoit 
vépidsion  partout  ,  sapjmvant  tantôt  à  «lioite  , 
tantôt  à  jjauclie  ,  caressant  le  leudemain  ctWui 
t|u'elle  avoit  blessé  la  veille;  elle  n'in«piroit  nulle 
confiance,  et  restoil  toible,  parce  qu'il  y  a  toujours 
foiblesse  dans  une  position  fausse.  Cependant  , 
elle  pou\oit ,  ainsi  que  l'opinion  révtdutionnaire  , 
tirer  parti  du  .silcnte  des  royalistes,  p(»ur  ar- 
guer de  leur  petit  nombre  :  aussi  le  l'aisoit-elle  ; 
et  maint  journal  censuré  bornoit  les  royalistes  à 
quelques  exagérés;  maint  pamphlet  à  quelque 
lifjure  féodale  ;  aujourd'hui  ,  ceci  sera  un  peu 
changé.  Le  Comcnutti-iir  a  ouvert  une  porte  à 
tous  les  homme-s  monarchique;,  et  sui-le-eliamp  il 
a  reeu  de  tous  côtés  les  preuves  de  l'esprit  de  ro\a- 
lisme  (lui  domine. 

Son  but  est  devenu  le  but  «le  la  France.  L'apj)el 
qu'il  a  fait  a  été  partout  entendu,  et  chacun  s'<;st  rni- 
pressé  de  travailler  ri  de  coopérera  une  entreprise 
qui  aélé  unanTineiuent  regardée  comme  coii>erva- 
trice  deso|>iuions  iiionarchi({ues.Lesmatériaux  (|ui 
nous  ont  <.'t«i  euvo}  ««  ont  p1usqu«  sulli  au  travail  du 


(  32  ) 
Cônxervaleur ;  et  leur  aLondance  nous  a  souvent 
donné  un  regret,  celui  tl'j'tre  obliges  do  mettre  à 
l'écart  beaucoup  d'articles  remarcjuablcs  par 
leurs  .saines  doctrines  et  par  leur  bon  esprit. 
Nous  aimons  à  exprimer  ici  ce  regret  aux  per- 
sonnes dont  nous  n'avons  pu  signaler  le  zélé. 
C'est  ainsi  que  dans  peu  de  temps  le  Cotiser^ 
valeur  s'est  trouvé  réellement  à  la  tête  de  l'opi- 
nion royaliste.  Le  nombre  de  ses  abonnés  s'est  accru 
chaque  jour,  et  il  est  également  lu  par  le  foible 
pour  lequel  il  est  un  soutiin  ,  par  l'homme  de 
bonne  foi  qui  ne  demande  qu'à  être  éclairé  ,  et  par 
l'homme  ferme  que  les  trij)ulations  ne  font  point 
varier,  mais  qui  soupire  après  la  justice.  Et  ici, 
il  y  a  une  chose  bien  remarquable.  Le  succès  du 
Conservateur  ne  peut  être  dû,  ou  qu'à  l'esprit 
royaliste  se  trouvant  réellement  en  majorité,  ou 
au  talent  des  hommes  qui  concourent  à  sa  rédaction . 
Dans  les  deux  cas,  la  solution  seroit  également 
pénible  ])0ur  c^ux  qui  n  aiment  pas  les  royalistes. 
Car  si  l'opinion  royaliste  est  en  majorité,  quelle  est 
donc  la  force  de  l'opinion  ministérielle  ?  quelle  est 
celle  de  l'opinion  révolutionnaire?  pourquoi  par- 
fois soutient-on  l'une,  et  pourquoi  cherche-t-ou 
à  établir  l'autre,  si  le  royalisme  dévoué  sans  pré- 
tention ,  offre  au  gouvernement  le  vœu  de  la  ma- 
jorité ,  et  1  appui  de  tout  ce  qui  fut  fidèle  et  de  tout 
ce  qui  est  intéressé  à  la  paix  et  au  repos?  Si  le 
succès  du  Conservateur  est  dû  au  talent  de  ceux 
qui  y  ont  travaillé  (  ce  que  nous  ne  croyons  pas  ) , 
il  faudroit  donc  convenir  que  les  royalistes  ne  sont 
pas  des  imbécilles  ,  car  le  Conservateur  a  imprimé 
ce  qu'on  lui  envovoit  de  toutes  parts  ;  sa  rédaction 
n'est  point  confiée  à  ces  hommes  qui  ont  l'habitude 
de  diriger  des  ouvi'ages  politiques,  et  auxquels 
des  talens  reconnus  ont  acquis  depuis  long-temps 
des  droits  au  suffrage  du  public.  Or,  convenir  que 
les  royalistes  ont  de  l'esprit,  ne  seroit-ce  pas  une 
contre-révolution?  Accorder  que  le  royalisme  est 


(  33  ) 

en  majorité  en  France  ,  ne  seroit-ce  pas  un  retour 
à  toutes  les  idées  gothiques?  IN ous  laissons  la  solu- 
tion (11!  ce  dileniiiieà  ceslioinraes  habilesqui,  depuis 
vingt  ans  ,  eherclient  à  prou  ver  qu'il  est  jouiMpiand 
il  lait  nuit,  et  [>oui'les(jui*ls  les  cojitradictionslea 
plus  bizarres  n'ont  jamais  de  difljcullés.  Ft  remar- 
quez que  chez  un  peuple  où  les  idées  ré>olution- 
naires  auroient  un  emj)ire  réel,  /e  Coitsersatciir 
auroit  inutilement  tenté  la  propagation  de  sus 
priucij)fs  j  car,  par  leur  nature  même  ,  il  doit  frois- 
ser les  passions  ,  paroître  sévère  par  sa  pureté  ,  dé- 
masquer l'hvpocrisie,  flétrir  le  vice,  parler  religion, 
morale  ,  honneur  ,  et  certes  une  nation  corrompue 
se  refuseroità  entendre  un  tel  langage.  Le  désavan- 
tage d^  Consc/i'dtcur  seroit  donc  évident  dans 
celte  hypothèse ,  au]>ri's  des  ])ani])hlets  qui  chtr- 
chent  à  exalter  loules  les  passions,  à  enivrer  la 
jeunesse  par  de  pernicieuses  doctrines,  à  remuer 
toutes  les  ambitions,  à  ériger  le  vice  en  vertu  ,  et 
la  tolie  eu  sagesse'.  Son  succès  prouve  donc  évi- 
di-iiimcnl  <ju<:  la  France;  n'est  pas  UWc  que  les  ré- 
volutionnaires \eulenl  bien  la  dépt:indre.  Depuis 
qu'il  a  paru  ,  il  a  été  en  butte  à  des  attaques  coju- 
binées  :  les  journau.v  ministériels  ne  l'ont  cité  que 

fiour  faire  feu  sur  lui  ,  comme  les  pamphlets  révo- 
ulioniiaires.  Il  a  laissé  parler  les  uns  elles  autres  : 
il  n'a  j)as  à  renu.rcier  pour  des  louanges-  i:  ne  ré- 
pondia  pas  aux  injures.  Sa])Osition  le  lui  délend  ; 
il  auroit  tr(qj  d'a^antages  :  il  n'y  a  pas  de  gloire, 
par  exemple  ,  a  repousser  Jes  diatribes  de  tel  arle- 
quin polili([u«' ,  dont  timt  le  mérite*  consiste  a  avoir 
impudemment  porté  tontes  les  livrées,  honteuse- 
ment subi  toutes  les  ser\  i  Indes.  Il  va  ])eu  de. succès  à 
ne  Irionijther  <|uedu  ridicuie  on  de  la  ni  a  u  va  i  si'  toi. 
Ia'  Corism'utftir  n-  taira  donc.  Toulelois,  l'on  a 
répandu  un  bruil  au([uel  nous  \oulous  bien  ré- 
pondre ,  parce  que  /e  Conservateur  seul  n'est  pas 
intéressé  a  c«"  (|u'ii  soit  repousse.  On  a  dit  qu'une 

'ÏOMUL  II. —  14*^  LlYAAUOD.  i 


_(  ^4  ) 

■personne  avoit  pris  à  elle  seule  mille  ou  douze- 
cents  abonjitnicns.  Nous  invitons  ceux  qui  le 
croient  à  compulser  nos  registres  qui  leur  seront 
ouverts  :  ils  y  verront  plus  d'abonnemcns  peut- 
être  qu'ils  ne  voudroient  v  en  voirj  mais  ils 
n'y  en  verront  qu'un  par  individu.  Les  royalistes 
ne  sont  plus  assez  riches  ]jour  lutter  de  sacrifices 
d'argent  avec  les  hommes  de  la  révolution  :  mais  , 
comme  il  y  a  compensation  à  tout  dans  ce  monde, 
le  royaliste  n'cchanf^^eroit  pas  sa  pauvreté  contre 
mainte  opulence.  Elle  est  pour  lui  l'apanage  de  la 
fidélité  j  il  la  transmet  avec  orgueil  à  ses  fils;  et 
certain  qu'ils  ne  rougiront  pas  de  lui ,  il  emporte 
dans  la  tombe  l'assurance  que  ,  comme  lui  ,  ils 
mourront  fidèles  à  leur  Dieu  et  à  leur  Roi. 

Divers  ouvrages  s'annoncent  pour  marcher  sur 
les  traces  du  Cori<rer^atcia\  L'opinion  royaliste 
long-temps  comprimée,  et  maintenant  fortifiée 
par  lui ,  se  prononce,  et  Ton  nous  a  envoyé  difFé- 
rens  prospectus,  que  les  bornes  de  notre  Recueil 
ne  nous  permettent  pas  d'insérer,  mais  dont  nous 
donnerons  avec  plaisir  une  idée  à  nos  lecteur,»;, 

M.  Gide  fils  ,  libraire  ,  rue  Saint-Marc  ,  étoit 
éditeur  d'un  ouvrage  appelé  le  Correspondant  , 
écrit  dans  des  ide'es  religieuses  et  monarchiques. 
La  censure  n'en  permit  jamais  l'annonce  dans 
aucun  journal.  Le  plus  récalcitrant,  comme  le  plus 
servile  ,  ne  pe\it  parler  que  d'après  elle.  Ce  qu'elle 
trouve  mauvais,  il  faut  qu'il  le  blâme;  ce  qu'elle 
approuve  ,  il  faut  qu'il  Je  loue  :  et  si,  par  hasard  , 
quand  la  censure  improuve,le  blâme  n'estpas  à  côté 
de  la  chose  citée, le  journal  est  sévèrement  admo- 
nété  5  nous  serions  bien  tentés  de  croire  que  ce  inal- 
lieurest  arrivéà  la  Quotidienne ,  pour  avoir  eu  l'im- 
prudence d'annoncer  deux  ou  troisnumérosduCon- 
servatcur ,  sans  y  ajouter  de  commentaire.  Depuis  ce 
temps  ,  elle  est  muette  à  notre  égard,  INous  la  plai- 
gnons ,  car  Iç  silence  n'est  pas  une  chose  volon- 


(  3J  ) 

taire  chez  elle  ,  quand  il  s'agit  d'nne  cause  qu'elle 
a  toujours  bien  et  vaillamiuciit  (.léfendue. 

M.   (jidc   annonce   aujourd'liui  la  suite  de  son 
Corresjfo/i(/a/2t .  (jiii  parollra  en  un  volume  de  Joo 

f)af;es, divisé  en  plusieurs  livraisons.  Le  titre  pourra 
)ien  en  eflaronclier  quelques  personnes,  car  ils'iu- 
1  i  l  ulera  P  Ultra-Royaliste;  et  il  prétend  prou  ver  que 
i ulira -royalls.ne  se  compose  d'amour ,  de  resfject 
pour  lu  relif^ion  de  l'Etat ,  pour  la  vvtité,  pour  la. 
saine  morale  ,  pour  le  Roi  légitime  ,  pour  les  lois 
t-manées  de  son  propre  niomyement.  ,  et  pour  les 
pouvoirs  politiques  qu'il  a  créés.  Que  deviendrions- 
nous  ,  graud  Dieu  ,  si  tout  cela  alloit  s'établir? 
L'Ultra-Kovaliste  s'occupera  spécialement  desy^er- 
sonnes  et  dcsjaits.  Des  personnes ^  non  pour  les 
calomnier ,  mais  pour  les  protéger  contre  la  ca- 
lomnie ;  dos  faits ,  non  pour  les  exagérer  et  les  en- 
venimer,  mais  pour  les  réduire  à  leur  juste  valeur. 
Cet  ouvrage  sera  donc  plutôt  un  recueil  défaits  et 
tle  pièces  qu'un  ouvrage  polémique.  Toutefois  il 
ne  sera  étranger  à  rien  de  ce  qui  se  rattache  à  la 
polilicpie  :  <livisé  en  plusieurs  paragraphes  ,  il 
.s'occupera  aussi  de  l'instruction  publique,  de  la 
littérature,  et  d'une  revue  de  tous  les  journaux. 
Le  noui  de  ^L  Ciide  esi  déjà  la  l'ecouimandation 
desonou  vragr.  Vn  'h-  nos  correspondansdu  dépar- 
tement df  In  liautf'-Ciaronne  nous  envoie  aussi  le 
]>rospectns  d'un  journal  (jui  sera  intitulé  le  Journal 
des  Journaux ,  av<'c  cette  épigraphe  :  Un  chat  est 
un  chat  ,  cl  Rnllet  un  fripon.  Si  l'épigraphe  tient 
par(d»' ,  <pu'  (!<•  vérités  u'uiira  pas  à  dire  ce  j'humai  ' 
//'■  Consrr\'alrur  nuia  donc  svy\\  h  j)rouvfr  iino 
•\érilé  ,  qui  l'étoil  «ié|ii  depuis  |(iug-t<'nips  pour  tout 
homrne  qui  a  réfléchi  sui'  la  révolution,  et  qui  con- 
iioît  un  peu  la  France  j  c'est  que  le  royalisme  s'y 
trouve  appuvé  sur  des  bases  indestructibles  :  et 
(|uelle  forer  n'a  pas  une  opinion  <jui  a  résisté  et 
survécu  à  trente  annécA  d'orages  et  de  persécutions  ! 


(3G  ) 

Au  commencement  de  nos  troubles ,  on  pendoil 
les  royalistes  comme  aristocrates  5  depuis,  on  les 
a  traînes  sur  les  échalauds  ,  on  les  a  dépouillés  5 
aujourd'hui  on  les  repousse  5  auLesoin  même,  des 
correspondances  honteuses  les  signalent  comme 
des  conspirateurs  :  on  les  emprisonne  ,  n'importe  ■ 
pas  un  ne  cliange.  Pourquoi  ?  Parce  c£ue  leur  sen- 
timent s'appuie  sur  la  ioL,  sur  l'honneur  de  leurs 
pères  ,  sur  cette  religion  sainte  qui  unit  depuis  plus 
de  huit  siècles  la  faniide  des  Bourbons  à  la  grande 
famille.  Dépend-il  de  quelques  intiniment  petits  f 
qui  n'ont  de  puissance  que  celle  qu'on  leur  per- 
met d'avoir,  de  détruire  les  rapports  qui  firent  si 
long-temps  la  prospéri  té  de  notre  patrie  !  Le  jour  où 
on  voudra  soufiler  sur  euv ,  ils  disparoîtront ,  et  il 
ne  restera  rien  ni  de  leur  pouvoir,  ni  de  leurs  fausses 
doctrines.  Il  y  a  quelque  chose  de  plus  qu'humain 
dans  ce  sentiment ,  qui  fait  battre  le  coeur  d'un 
Français  au  cri  de  inue  le  Roi  !  Aussi ,  quoi  qu'on 
fasse  ,  on  ne  peut  avoir  de  repos  en  France  qu'avec 
la  royauté,  etla  royauté  ne  peuts'établir  qu'avecla 
légitimité.  Cette  vérité  doit  être  aussi  péni])le  pour 
les    révolutionnaires  ,    que    le     désappointement 
qu'ils  ont  éprouvé  en  voyant  la  fausseté  des  bruits 
qu'avoient  répandus  leui's  pamphlets  favoris  sur 
les  prétendus  troubles  qui  agitoient  l'Espagne.  Ces 
philauthrophes ,  qui  ne    parlent  que  d'humanité 
et  de  tolérance  ,  se  réjouissoient  de  voir  xn\  Koi 
fuyant  de  sa  capitale ,  et  tout  un  pays  en  feu  ])Our 
l'établissement  de  leurs  principes  chéris.  Les  mas- 
sacres ,  les  meurtres  qui  aiiroient  été  la  suite  d'un 
tel  mouvement,  auroient  été  le  développement 
des  idées  libérales  ,   et  on  sait  que  ,  quoi  (ju'elJes 
coûtent  ,  on  doit  les  trouver  à  bon  marche,  ^nc, 
les  révolutionnaires  en  prennent  cependant  leur 
parti  5  l'Espagne  est  tranquille    et  restera  tran- 
quille ;   mais  ils  ont  un   dédommagement  ;   une 
nouvelle  affliction  pèse  snr  un  Bourbon  ;  la  Bcine 
fl' Espagne  est  morte.  Jeune,  adorée  de  ses  sujets, 


(  37  ) 
rllc  laisse  do  s  vo  "frets  universels  :  son  pavs  est  eu 
deuil;  et  nous-,  nous  pleurons  sincèrement  avec 
le  monarque  qui  voit  ainsi  la  Providence  éprouvej- 
encore  sa  j)atience  et  sa  résignation.  Ce  ne  sont 
pas  les  rovalistes  qui  peuvent  rire  iuscnsibles  à  hi 
douleur  d'un  (ils  de   J.ouis  XIV,  M..  C. 


Paris,    ce  8  janvier  1819. 

L'époque  où  nous  vivons  est  essenliellement 
propre  à  l  Histoire  :  placés  entre  deux  Empires  dont 
l'un  finit  et  dom  l'autre  commence,  nous   pouvons 

forer  égilemeut  nos  reg  irds  sur  le  prisse  et  d.  ns 
avenir.  11  reste  encore  assez  de  monuuiens  de 
1  anL-ieune  monarcliie  pour  la  bien  connoîire ,  tan- 
dis que  les  monumens  de  la  monan  liie  qui  s'élève, 
nous  olVrent  au  milieu  des  ruines  ,  le  spectacle 
4  un  nouvel  univers.  INous-mémes  ,  avec  np .  mal- 
heurs et  nos  crimes  ,  nous  venons  nous  pl.icer  dans 
ce  tableau  ;  et  du  moins  ,  si  notre  siècle  est  pou  lé- 
i'und  en  ^raiuls  liouimes  et  en  grands  exemples,  il  est 
fertile  eu  gr.inds  évcnemeus  et  eu  yramles  leçons. 

Ku  atieud.iut  que  V IJisLoirc  fasse  de  nous  des 
persoMuayes,  les  Alcrnoircs  nous  ré^li.menl  pour 
des  porir.iiis  :  le  cardinal  de  Lez  peut  nous 
peiudre  avant  que  Tacite  nous  juge.  Ce  sera  un 
table  !U  curieux  que  celui  des  quinze  jours  qui 
viennent  de  s't-ioiiler.  Un  minislère  usé  dans  l'opi- 
ui(ju  ,  périssoil  par  ses  fautes  et  p.ir  ses  teuvres. 
L'Europe,  irompic  si  lony-temps  ,  s'ctonnoii  que 
l'eitpérieu' e  condamnât  un  système  jus(|u';dor.s  pré- 
conisé comme  un  cUef-d'ccuvrc  de  s  «gesse.  La 
Fr.'ure  s  elfrayoit  de  la  renaiss.m'e  des  principes  et 
des  liomnuvs  ré\(>lntionniires.  Ce  qu'on  asoit  prévu 
arrivoil  :  lc'>  deiis:  opinions  réelles  croissoieni , 
tandis  que  1  ojiinifju  mixte  alloit  disparoîire.  Ou 
assuruil  «[u'une  division  régnoit  dans  le  minis- 
tère ;  (ju'une  j)ariie  des  ministres  vouloit  soutenir 
l'jucien  sysiéme  ,  qu'une  autre  partie,  au  contraire. 


(  38  ) 
inrlioôit  à  un  changement  de  mesures  :  de  sorte  qu'il 
ne  s'sgissoit  pr.s  c!e  la  chuie  entière  des  ministres, 
mais  «e  li  retr -ite  de  quelques  uns  d'entr'eu\- ,  se- 
lon l'opinion  qui  prédomineroit  dans  le  conseil. 

A  cette  cause  ''e  dissolu  ion  se  nièloient  des  am- 
bitions p".r  i  iilicres  ,  s  il  est  vr.i  que  tel  minisire 
désirai  le  département  de  tel  autre.  La  session 
souvrit  au  milieu  de  ces  incertitudes.  Le  Lruit 
coui-oit  que  rîen  n'étoit  prêt.  Les  députes  fixoient 
leurs  reg  Tvîs  sur  un  ministère  divisé  dont  ou  an- 
nonçoit  le  changement  tous  les  quaris-d'heure  :  ils 
étoient  venus  pour  discu  er  des  lois  ;  ils  assis  oient 
à  des  querelles. 

Les  Chambres  donnèrent  dans  ce  moment  un 
exemple  de  bon  esprit  et  de  bonne  conduite.  Uni- 
quement oc(  up  s  du  bien  public,  les  hommes 
mon  rchlques  se  reunirent  pour  former  une  majo- 
rité à  tout  ministère  crui  voudroit  remédier  aux 
maux  de  la  patrie. 

Ici  l'on  s'apercevra  que  nous  ne  pouvons  ni  ne 
devons  eu  rer  d  ms  le^  détails.  Que  de  choses 
à  Li  fois  comiques  et  déplorables  l'avenir  nous 
apprendra  !  Quel  jour  jeté  sur  difïérens  Cc-ractères  ! 
Que  de  minis  ères  gagnés  et  perdus ,  faits  et  défaits  ? 
Que  de  conférences  inutiles  !  Que  de  discours  sin- 
guliers î  Que  de  combinaisons  bizarres  !  Coml)ien 
de  rôles  joués  par  un  même  homsne  !  Combien 
de  journées  des  Dupes  dans  un  seul  jour!  Com" 
bien  de  lâionnemens,  de  craintes,  de  désespoirs! 
Tout  cel  1  en  présence  de  la  France  à  peine  guérie 
des  blessures  de  la  révolution,  et  qui  remplie  des 
souvenirs  de  ses  gr.tndes  catastrophes,  atteudoit  ei; 
s'étonnant  l'issue  de  ces  petites  inîrigues. 

11  suffit  que -l'on  sache  qu'un  minisire  en  faveur 
a  été  sur  le  point  de  par  ir  pour  une  ambassade 
éloigné^,  et  que  différentes  combinaisons  de  minis- 
tère ont  eu  lieu.  La  haine  couire  les  royalistes,  la 
difficulté  d'avouer  qu'ils  avoient  eu  raison,  après  les 
avoir  accablés  de   c;domuicS;  la  foiblesse  des  uns, 


(  39  ) 
la  passion  des  autres,  li  ruse  de  ceuï-ci ,  l'audoce 
de  ceux-là.  la  frayeur  des  salariés  et  des  révoluiion- 
uaires,  ont  l.ùt  maui]uer  un  accord  qui  pouvoit  avoir 
pour  ia  France  les  suites  les  plus  importantes  cl  les 
j)lu6  lieureuses. 

Qnc  fau:-il  penser  du  nouvcnu  ministère?  Que 
peuveni  espérer  ou  craindre  de  lui  les  lionjiues  mo- 
ujr<  lii  [ues  i  C'est  ce  qu'il  convient  d'examiner. 

D'.d»ord ,  pour  ê  re  jusies,  remiirquons  qu'aucuu 
membre  du  conseil  ne  porte  la  tache  des  cent-jours  ; 
tous  les  ministi'es  actuels  doiwièrcnt  au  con  r.iireà  un9 
époque  dés.isireuse,  des  preuves  de  et  urage  et  de  dé- 
vouement.Us  pourront  donc  sans roui,'ir  p. :rler  de  fidé- 
lité, et  ne  seront  point  exposés  à  se  voir  Irjpperpar 
un  de  ces  mots  qui  précipitent  un  or. leur  de  U 
tribune.  Ce  n  est  pas  <[u'uiie  faute  noblement  re- 
«  oiinue  ne  puisse  porter  au  bien  une  ùme  , élevée  ; 
in..is  dans  une  unie  vulgaire,  une  première  erreur 
corrompt  toutes  les  actions  de  la  vie  :  ou  lait  mal, 
parce  qu'on  a  itiA  lait ,  et  l'on  hait  dans  les  autre» 
1.1  vt-riu  (ju'on  n'a  eu  l«;  cour.ige  ni  de  garder,  ni  de 
rcj>r('Mdre. 

Celle  pari  d'élof^os  faite  au  nouveau  j  ministère, 
il  faut  convenir  qu'il  se  présente  sous  un  aspect 
inquiétant. 

Sur  les  six  ministres  qui  composent  le  conseil 
responsable,  trois  smu  connus  p.  r  leur  adininisira- 
liou  j)réeétlente  :  il  est  probable  (jue  les  trois  autres 
snivroni  l'impulsion  de  teux  qui  seii.blent  être  le<> 
personnages  douiin.ns. 

lit  d'abord,  de  qtielle  manière  opérera-l-on  sur 
W-i  fou'ls  et  les  revenus  de  l'CCt  il':*  l.ors(|u  un  homme 
est  r-ppcl-i  à  dvs  fonciions  qn  il  a  déjà  exer.  ces ,  il 
c*t  n  lurcl  (|u  on  juife  de  ce  <{u'il  fer.»  par  ce  <]U  il 
a  fait.  De  là  les  sentimens  oj)posés  que  produit  sur 
les  esprits  la  non>inaiion  de  M.  le  ministre  des 
(inaiires  :  satisfaction  momentanée  cbez  les  S|iécula- 
teurs  sur  li  rente,  crainte  chez  les  conlribu.tblc-.  ;lei» 
unie  les  auires  >e  s<ujt  souvenus  du  budgetde  iSi/^. 


(  4o  ) 

les  reniimes  arlditiomicls  rcnir-lisés  .iu  Trc'sor  , 
et  por'ics  (le  trente-deux  à  cinquDnie ,  malgré  ia 
p  ix  ,  1.  al;,rd  rexcédant  des  rebelles  sur  les  dé- 
penses, exoédan  prouvép  ries  millions  queBuonn- 
parie  ro  iva  au  20  niar-.  d<.ns  nos  c;iisscs  publiques; 
1  iutcrê.  de  huit  pour  cent  concédé  ?ux  porteurs 
des  ob  igitions  d.i  Trésor,  auxquels  on  donnoit  ce- 
pendant en  g;.rantielrois  cent  mille  hectares  d  e  fbrêis, 
elles  biens  des  communes  ;  nos  dettes  portées  si  haiit 
d:!ns  les  inventaires,  que  ccïui-là  m»  me  qui  avoit 
contracté  ces  dei  es,  reconnut  quelques  mois  nprcs 
qu'elles  s'élev  oient  à  peine  à  la  moiiié  de  la  somme 
nddiiionuée  :  les  dépenses  évaluées  à  leur  maximvim, 
les  re  ettes  Icukes  à  leur  moindre  produit  :  telles 
furent  les  opérations  finrnrirres  de  1  ;  nuée  1814. 

Elles  amenèrent  leur  résultat  naturel.  Les  contri- 
buabl  s  qui  s'  Itendoient  à  un  flegrèv  ment,  s^  trou- 
V  nt  accablés  dimpôs,  sentirent  moins  le  blenf";iit 
de  II  rest  ::ur  tiou  ;  l.i  confusion  des  fonds  du  do- 
m;;ine  exir^-ordin  ire  ;'v.  c  les  fonds  du  Trésor,  jeta 
des  inquiétude;  d:  ns  F  rmée  acroulumée  à  rccevf  ir 
des  dot  lions  sur  le  doni  ine  ex  raordin:  ire  ;  des 
communes  dépouillée  s  de  le'.rs  biens  se  ]>l'i- 
gniren'  des  conseils  g'  nér  nx  privés  de  lenrs  attri- 
butions s  al  r'uèrent  :  ainsi  fut  ébranlt'e  li  foi  qu'on 
avoit  eue  ure  ourdel  j  stie  ^  cette  reine  de  l'.n- 
cienne  mon  t  hi"  ,  et  l'insép  r  .ble  comp- gne  de 
nos  llois.  Si  qiiclqu  s  faurs  domiucnf  l'époque  qui 
pré  éd '.  les  «eut-jours,  ce  furent  celles  qui  décou- 
lèrent de  notre  s^ystcme  de  iin  u  es. 

On  peut  do'iter  qu'il  fût  utile  de  s'attacher  aux 
jeux  de  1 1  Bourse,  et  de  trop  perdre  de  vue  1-^ 
intérêts  de  la  population  pav'^ntc  ,  les  propriétés 
communales,  les  libertés  administratives.  Au  mo- 
ment où  les  germes  de  prosp  -ritd  dont  la  France 
abonde,  rrlloicnt  se  développer  p:  r  l'influence  d'un 
règne  de  paix  et  de  liberté;  au  moment  où  l'on 
revenoit  aux  idées  si  nés  et  conservairices  ,  on  ne 
parut  occupé  en   finances  que  d'un  tour  de  force. 


(  4'  ; 

que  de  l'iflée  de  pnyer  les  oMig'^lions  du  Trésor 
ave<-  rcxcéiliint  des  receiies.  Iù(jii-<c  ;iu  vcritible 
crc'iit  (jiic  l  ou  f.àsoii  le  sacrilîce  d  iiuéréis  si  pré- 
cieux Mais  le  crédit  u'étoil-il  pas  g.'r  tili  par  la 
Su])<'Tiori  é  des  rc  et  es  sur  les  lépen^^es.  par  l'cnias- 
semeiudu  nuniér  ire  ,  p;:rLi  uon-uécessité  même  de 
ce  crédit,  pui'^iju'.iy.mt  i;  ut  d';;rj;eni  d'aviu  e,eisi 
peu  de  dépeuses  é  eniuclles,  aucune  occasion  de 
créilit  ne  se  présenioit.  Ccioit  donc  riuiéréi  des 
créanciers  de  1  arriéré  qui  primoit  les  au  res 
intorèis  :'  Mais  pourcjuoi  la  li^^uid  lion  des  litres 
de  t  esrré.'iuces  éprouvoi  -elle  lanldediificuliéi  dans 
les  bureaux':'  Pourquoi  l'init'r  t  des  créant  es  ne  cou- 
roi  -il  (jne  du  jour  où  1  ou  avoil  oliteuu  la  faveur 
delà  liqiiid  lion  Les  droits  des  crû  uciers  auxquels 
on  p  roissoit  vouloir  tout  accoriler,  se  irouvoieut 
p  r  le  t'.il  d  us  une  posiuon  défayor.ble. 

Ces  nîcsnrcs  liinn  iéres  de  i8i4  ne  sonip^s  d'un 
benreuv  augure.  Déjà  des  administrateurs  ont  c'ié 
chauijés;  drjà  ou  entend  p;  rler  de  ve^ies  de  foré  s  , 
«Jr  reprise  ti«s  biens  des  (  ommunes.  Cep,  iidanl  an- 
j<tnrii'i.ui ,  ces  de  rai  on  et  non  de  système  (|u'oii  a 
besoin  :  il  faut  ([ue  la  morale  entre?  jusipie  'ians  les 
fin.  iK  es.  La  vue  aussi  doii  être  étendue  :  (juand  on 
n'eiubnsse  pas  l'ensemble  des  obje  s  ,  on  se  rcn- 
icnnc  dans  une  spéi  i  iliié  qni  peut  loui  perdre  en 
poliiirjuc.  Des  convois  appurloient  l'or  à  la  lîan  :uc 
le  même  jour  où  d';.ulres  convois  emportoient  l'es- 
péran  e  ci  le  bonheur  de  la  p.ilrie.  Ce  n  éioi;  p.  s  la 
peine  «l'avoir  des  millions  en  «aisse  au  nmis  de 
ui.'rs  i8i5,  pour  û.rc  obligés  de  p.tycr  en  i8i8 
l'arriére  ïlù  aux  niusitiens  du  Champ-dc-i\L'i  (i). 

'I  ouielctis  ,  (]itelle  que  soit  la  cr.iinle  ou  l'espoir 
qu'inspire  dan>  ce  nioMU'ul  la  nominaiionde  ^i  le 
uiinistri'  des  (inanccs,  il  n'est  pas  certain  que  celte 
erainie  ou  cet  «'spoir  puisse  se  réaliser.  Les  impiSls 
M.)nl  tels  qu  il  <vsl  iuqiossible  de  les  ac<Toiire.,  et  la 

(i)  Le  r.iil  c»l  («.Il  t  :  nu  vioiil  ')u  p;iyer  rc  (|iii  ifli>il  Jù  jxie 
niu»*ii  icns  du  Ch.imp-df-Mai. 


(  4'^  ) 

candeur  de  noîrc  dette  publique  interdit  tout  nou- 
vel emprunt  au  moyen  duquel  on  chargeroit  l'ave- 
nir de  supporter  les  fautes  du  présent.  Ajoutons  qu'il 
existe  une  si  forte  masse  de  rentes  et  de  reconnois- 
sances  de  liqviidatioa  dans  les  mains  des  é  rangers  , 
que  les  mesures  (jui  lendroieni  à  e.v;igérer  fictive- 
ment le  coui's  des  fonds  publics,  ne  feroient  qu'auj- 
menter  la  sortie  de  notre  numér^iire. 
Passons  au  ministère  de  la  guerre. 
Les  affaires  de  ce  dép.irtement  étant  confiées  à 
l'ancien  ministre,  il  est  probable  que  le  ssstème 
militaire  actuel  sera  maintenu  dans  toute  sa  vigueur. 
On  sait  que  la  loi  de  recrutement  attaque  virtuelle- 
ment les  principes  de  la  mouarcbie.  Les  ordon- 
nances, conséc[uences  naturelles  de  cette  loi, frappent 
pariiculièrement  la  Garde  royale. 

L'ordonnance  du  2  août  révoque  pour  l'avenir 
le  rang  supérieur  des  officiers  de  la  Garde  ,  et  le 
conserve  à  ceujc  qui  faisoient  partie  de  la  Garde 
avant  la  loi  du  10  mars.  Mais  un  autre  article  do 
lordonnance  contredit  celte  disposidon  favorable, 
puisqu'il  décLre  les  fonctions  du  grade  inférieur 
incompatibles  avec  le  brevet  supérieur.  Des  circu' 
laires,  des  ordres  du  jour  obtenus  à  force  de  re- 
montrances ,  ont  d'abord  expliqué  et  p  llié  ce  te 
disposition.  Et  pourtant  une  instruction  ordonne  le 
classement  dans  la  Garde,  d'après  le  gi'ade  dont  on 
occupe  l'emploi  :  l'officier  brevesé  d'un  rang  supé- 
rieur ne  peut  reprendre  ce  rang  supérieur  que 
dans  la  ligne. 

On  a  fait  passer  les  officiers  delà  Ga'de  pirune 
espèce  de  progression  descendante  :  dans  les  com- 
men'-emens  un  capi  ;.ine  bi-eveté  chef  de  batiillon 
ou  d'escadron  ,  auroit  commandé  les  officiers  de  ce 
grade  effectif  dont  l  '  brevet  eCit  é;é  moins  nu  ien. 
Plus  tnrd ,  il  a  été  décidé  que  tout  capitaine  de  lu 
Garde  seroit  commandé,  quoique  breveté  du  grade 
supérieur,par  toutclief  de  bâtai  Hou  ou  d'escadron  de 
lu  ligne,  sans  ôgard  à  l'ancienneté,  ruais  qu'il  conli- 


(  4^.  ) 

TiUTeit  à  commander  tous  ios  c.ipititine»  àe  la  ligne. 
lit ,  m;  iiiicii.iu,oii  veut  (U  un  cnpiîiinedf  1 1  G;irde, 
quoique  breveté  cl>et'  de  bataillon,  soif  sous  1  s 
oiJres  d'un  simple  c.tpit  .ine  de  Ij  lit^ne,  si  ce.  offi- 
cier est  plus  an'-ien.  Ainsi  ,  par  tin'>  disposiiion  dont 
les  fostes  milil-ures  no'Tren'  point  d  exemple ,  à 
mesure  (|ue  les  ollî-  iers  de  1 1  G;irde  ont  v  quis  plus 
de  temps  de  services ,  leur  avan  ement  a  réirogpjdé. 
D:ins  i'eiai  aciufj  des  clioses  ,  il  r»'Sie  vrai, 
miijgré  les  représentai  ions  et  les  lettres  explica- 
liv<s,  qu'on  peut  chong  r  pn-scpie  d'un  seul  coup 
tous  les  oi'ticicrs  de  la  G.trdo,  en  les  obligeant  à 
prentlredu  service  dons  l.i  ligne,  .m  terme  de  l'or- 
donuTU  e  qui  déclare  les  t"on;;tions  du  gr.ide  infé- 
rirur  innoiupaiible  avec  le  brevet  supérieur.  On  .i 
déjà  mis  à  l'ordre  du  jour,  dans  plusieurs  régimens 
de  la  G  irde,  que  les  ofli  iers  (|ui  sv  irouvoicnt  n\oir 
accompli  les  années  légales  de  servi;  e  dans  leur 
grade,  pouvoient  demander  le  rmg  sup  rieur  dans 
les   légions. 

(>«'S  offiiicrs  n'ont  pas  voulu  quitter  la  G  .rde,  où 
ils  prélereni  ,  [)  ir  «lé  voue.neut ,  servir  d.uis  un  grade 
inférieur.  Mais, d'un  moment  à  l'autre, re  ([u'il»  n'ont 
p  s  voulu  f^ire  de  gré,  l'ordofmnnce  peut  les  con- 
tr.iindre  à  s'y  soumettre  de  force.  Passés  dans  la  ligne, 
Seroni-ils  aitarliés  aux  batnillotis  et  auv  rs<-adrons 
Kuppleinen  aires.  Mais  cis  bitailjo  is  cl  escailrons 
ne  sont  |^s  furmés  ;  ils  seront  peut-être  sup|>riniés  ; 
voilà  donc  ces  olliciers  hors  de  service.  I)e  plus  , 
comparez  le  nombre  des  capit.:incs  de  la  Garde  à 
relui  des  cliefs  de  b:itaillon  et  d't*scadron  de  l'ar- 
mée ;  comptez  Ions  les  ofiiciers  de  cette  armée  et 
ceux  on  non  a«  ti\iié  ([ui  cou;  our  nt  auv  emplois  , 
et  vous  verrez  si  les  oflicicrs  dr  la  Garde  peuvent 
concevoir  une  cspérmce  rai.sonntble  «l'être  promus 
activement  dans  la  ligne  au  gr.:do  dont  ils  ont  le 
brevet.  Les  obliger  de  sortir  de  lu  Ct  idi; ,  c'est  lc»s 
admciirc  à   une  sorte  de  n-fr.iiie. 

Ki.djlir  une  rotiiioti  ]ierniancntc  d  oQicicrs  de  !» 


(  44  ) 

Garde,  ce  seroit  porler  un  coup  nioviel  nu  corps  le 
plus  spc'cialemcnl  cliargé  de  la  défeuse  du  11  oi.  On 
assure  qu'une  ordonnance  a  été  proposée  dernière- 
ment pour  changer  les  officiers -généraux  de  la 
Garde;  ordonnance  qu'une  sagesse  supéx'ieure  au-  . 
roit ,  dii-on,  ajournée.         ^ 

IN'oublions  pas ,  puisque  nous  traitons  cette 
mati.re,de  parler  d'une  autre  concepiiou  siur 
gulière  par  ses  etî'ets.Tous  les  officiers-généraux  et 
officiers  de  grade  inférieur  qui  ont  Liuqu.nte-cinq 
années  d'âge,  sont  de  droit  mis  à  la  retrdite.  Ensuite, 
pour  roinposer  l'éLat-major  de  l'armée,  on  prend 
les  officiers-généraux  par  ancienneté  de  grade.  Ue 
sorte  qu'on  élimine  de  fait  tous  les  officiers  qui  ont 
servi  après  et  avant  la  révolution ,  c'est-à-dire  tous 
les  officiers  qui  ont  des  brevets  de  Louis  XVill  et 
de  Louis  XVJ.  C^est  ainsi  que  se  trouvent  exclus 
M. le  duc  d'Aumont  et  M.  le  général  Donadieu,  l'un 
qui  remit  un  dépar:ement  sous  l'obéissance  du  Roi 
a  l'époque  des  cent-jours,  lautrc  qui  sauva  Gre- 
noble ;  encore  le  général  Donadieu  a-t-il  en  sa  fa- 
veur un  arlicle  de  cette  même  ordonnance  qui  le  fait 
sortir  d'une  armée,  dans  les  l'angs  de  laquelle  il  versa 
son  sang  pour  la  France.  Autrefois  les  services  u'a- 
voient  point  d'âge  :  ils  ne  pouvoient  être  ni  irop 
vieux  ni  trop  jeunes  ,pui-qu  ils  étoient  immortalisés 
par  la  reconnoissance  publicjue. 

Le  même  esprit  cjui  a  dicté  ces  mesures  fait  que 
l'on  acquitte  aujourd'lmi  une  gratification  égale  à  un 
mois  de  solde,  laquelle  Buonaparle  accordoit  aux 
individus  de  sa  garde  le  jour  de  sa  fê:e.  Cette  gra- 
tification étoit  connue  sous  le  nom  de  mois  Napo- 
léon. Assez  exactement  payée  dans  les  années  pros- 
pères ,  elle  cessa  de  Têti'e  en  i8i  J.  Sous  les  Bour- 
bons en  1818,  on  a  cru  devoir  pa jcv  l'arriéré  du 
mois  Napoléon  ,  et  l'on  a  donné  à  qui  de  droil  la  gra- 
tification d'un  mois  de  solde  à  l'occasion  de  la  loto 
du  i5  août.  Il  nous  seiiible  que  la  Saiiu-rNapoléon 
^st  assez  près  de  la  Saint- Louis,  et  qu'on  auroit  pu, 


C45  ) 

sous  la  monii'f lue  li*i,'iiime,  roni])ter  à  des  militaires 
le  moi.s-Iîoiirbon  uu  lieu  <Ju  muis-INapoléon.  Nous 
sentons  tout  ce  que  celle  proposition  a  de  téméraire, 
einous  prions  de  la  pardonnera  l'excès  de  notre  zèle. 
•Voilà  pourtant,  où  nous  soiimes  iirrivcs!  INous  lou- 
<:lions  i'.i  une  des  grandes  pLies  de  l'administralion 
actuelle;  il  inporic  d'en  surveiller  les  progrès. 

Avant  de  finir  tel  important  sujet,  nous  ferons 
remarquer  comment  la  loi  du  recru'ement  es*  sus- 
ceptible de  se  combiner  avec  celle  des  élections: 
la  loi  des  éle  lions  doit  amener,  selon  son  prin- 
cipe dcmo  r..ti(jue ,  des  lioinmes  démocratiques; 
la  loi  de  recru  ement  esi  imjirégnée  du  même  mal , 
et  dépouille  la  couronne  d'une  partie  de  sa  préro- 
gative La  g.irde,  travaillée  par  des  ordonnances,  me- 
nacée de  perdre  à  tous  iDomens  ses  ofliciers,  envoyée 
en  palic  aux  frontières,  ne  pourroil-elle  pas  voir 
altérer  son  mord  et  le  bon  esprit  qui  l'animef*  Alors 
qu'une  Cbambre  devenue  démocra  iquc  par  l'ellet 
tl'une  loi ,  veuille  uiiaquer  la  <  ouronne  ,  ne  seroit-il 
p  is  à  criin  're  qu'une  arm:'e  démo  Tatisée  par  une 
autre  loi  ,  n'obéir,  comme  en  178;),  à  une  assem- 
blée popul  lire  î*  Si  d.tns  te  nnimeir  eni  ore  toutes  les 
administrations  se  trouvoient  jniryt'es  de  tous  les 
royalistes,  qu'arriveroii-ilî*  Cliacun  peut  répondre. 
Si  du  dépariemeni  de  la  guerre  nous  venons 
au  <lépariemeiit  de  I  intérieur  ,  nous  irouvei'ons 
qu'il  reste  cm  ore  quinze  ou  \ingt  préfets  et  plu- 
sieurs sous-pr. Tels  de  1  opinion  royaliste.  iVl.  le 
minisire  de  l'intérieur  va-i-il  les  clumger  i*  On  le 
cr.iint.  Oucr.inl  surtout  l'inilneure  des  subalternes 
qui  ac  glissent  d  .ns  les  administrations  :  un  liomnic 
d  Liai  se  doit  bien  giraïuir  de  ces  idens  méditx  rts 
<]ni  preiMieiit  les  irritations  de  leyr  amour-propre 
pour  les  besoins  de  la  société,  leurs  prétentions 
pour  des  |)rin<'ipes  ,  et  l'envie  pour  la  polititpie. 

Le  niinisit  re  (ju'on  avoii  un  motneni  espéré  éloit 
résolu  à  proj)oser  le  ('l).,n^ement  de  la  loi  lics  éle  - 
liuu>  ;  il   usl  donc  probable  (^uc  le  ministère  (|ui  n 


(  46  ; 

pris  sn  plare,  ne  veut  pas  cbnngcr  celte  loi.  D.'.ns  ce 
cas,  que  deviendrons-nous  ou  mois  de  sepienjbi'e  ? 
On  parle  rie  jdissondre  la  Chambre  ,  afin  d'écarter 
l'opposiiion  de  droi  e  et  celle  de  g;  ucbe,  et  d'ob- 
tenir des  députes  purement  ministériels. 

8i  Ton  craint  des  élections  ];artielles  ,  com- 
nient  oscra-t-on  se  jeter  dans  des  élections  géné- 
rales? L'opinion  dcmocraticpie  prévaiTtlra  dans 
les  collèges  électoraux  5  rien  ïie  sauroil  empê- 
cher la  loi  des  élections  de  porter  son  Iruit.  On 
ne  ponrroit  lutter  contre  L^  mauvais  esprit  de  cette 
loi  qu'avec  l'opinion  rovaiiste  5  mais  si  on  écarte 
les  royalistes  de  toutes  les  administrations;  si  on 
les  combat  dans  les  collèges  électoraux;  si  eiix-* 
mêmes  iatignés  de  tant  d'injustices,  ne  se  pré- 
sentent pas  à  ces  collèges  ,  ce  ne  sont  ni  les  préfets 
ministéaieis  ,  ni  l'opinion  ministérielle  qui  repous- 
seront le  torrent  démocratique.  Allons  plt\s  loiii. 

Supposons  que  tous  los  préfets  ,  que.  tons  les 
commissaires  d^'  la  police  supprimée  ou  non  sup- 
primée, que  tontes  les  places  promises  ou  donné»\<, 
que  toutes  les  pifîtentes  ,  que  toutes  les  cartes  d'é- 
lecteurs ,  qu€  tous  les  rôles  de  ces  électeurs  nlus  ou 
moins  vérifiés,  que  toutes  les  caresses  et  toutes  les 
menaces,  que  tout  l'argent  et  toutesles  destitutions, 
produisent  une  Chambre  ministérielle ,  c'est-à- 
dire  nne  Chambre  livrée  au  pouvoir  du  moment , 
nous  disons  que  Ton  tombe  ici  dans  un  autre  abîme. 

On  petit  exercer  sur  quelques  départ('m<'ns  des 
influences  directes;  ces  influences  se  perdent  dans 
la  masse  ô.cs  élections  libres;  mais  croit-on  que  si 
l'on  parvenoit  à  faire  d'un  bout  de  la  France  à 
l'autre  des  élections  fictives  :  que  si  deux  opinions 
puissantes  ,  les  seules  réelles  ;  que  si  ces  deux  opi- 
nionsoppriniéespar  desmovens  illégaux,  venoient 
à  élever  la  voix  ,  croit-on  qu'on  pût  tenir  à  une  pa- 
reille clameur?  jN'y  auroit-il  pas  un  mouvement 
d'indignation  contre  ceux  qui  aui'oient  osé  avilir 
nos  institutions,  ^ioler  la  Charte,  rendre  déri- 


(  4;  ) 

soire  le  pins  cher  comme  le  plus  sacré  de  nos  droits  ? 
A  moins  dancantir  toute  librrl«'  de  la  presse  ,  de 
détruire  tous  les  journaux  ,  toutes  les  brocliures, 
tous  les  livres,  une  opinion  lormidaLle  se  forme- 
roil,  et  rmporteioit  ])eut-être  par  sa  réaction  les 
choses  et  les  hommes.  Et  si  la  pr»  sse  se  taisoit,  pour- 
roil-on  étoufler  la  voix  de  la  CliaiuLre  des  Pairs? 

Le  ministère  voit-il  le  danf,HT  de  la  position  oii 
il  se  trouve?  >e  va-t-il  pas  s\ndormir,  l;icher  de 
passer  la  session  tellement  quell«:ment ,  sans  pré- 
senter de  lois  susc'-ptibles  de  grande  controverse? 
ISe  sonf^e-t-il  pas  iiième  à  une  prorof^atiou  des 
(Chambres;  et,  content  d'avoir  vécu  saus  com- 
battre avec  une  majorité  flottante,  ne  croira-t-il 
1)as  lavoir  Irioujphé?  iMais  alors  qu'il  sera  cruel- 
ement  réveillé  .  Voit  -  il  au  contraire  le  dan- 
fjer?  il  peut  s'en  tirer,  et  se  laire  un  immortel 
lonneu)*,  en  ]»ioposaiit  le  ciian^enuMit  de'  la  loi 
des  élections.  Preudra-t-il  ce  parti?  Uien  n'est 
moins  probable.  Il  sera  entraîné  par  les  hommes 
sur  les(^uels  il  s'est  appuvé  :  il  faudra  t^u'il  leuv 
accorde  et  b'S  places  et  les  lois,  consé(luences 
forcées  de  celte  union. 

Sa  suret*'  ne  sei-a  j)as  Ion'2^-temj)s  sans  être  com- 
proniise.  S'il  n*-  veut  pas  tout  céder  à  ses  amis, 
s'il  tient  même,  comme  aujourd'hui,  <le  bons 
propos,  il  deviendra  suspect  au  parti  qui  le  porte, 
ij'un  autre  côté  s'il  abonde  dans  l'opposilifin  de 
gauche,  il  ira  loin  par  cette;  roul<'.  1  es  amis  (ju'il 
s  e-st  adjoints  ,  nous  découvrent  ses  sentiniens.  J.es 
esprits  niodrrés  craignent  que  les  communes  et  lu» 
déparlemeus  ne  soient  pas  infiniment  rassurés  par 
ceux  (jiii  ,  depuis  un  an  ,  ne  ces.sent  de  proclamer 
leur  haine  contre  les  rovalistes  et  leur  admiration 
pour  la  loi  des  électicjns. 

F.n  résumant  c«?  que  nous  venons  de  dire  :  le 
nouveau  ministère  se  montre  avec  nn  système  de 
linanccs,  «pii  pourra  enj^loutir  les  derniènrs  pro- 
priété* natioiialesj  avec  une  loi    de  recrutement 


(48) 
qui  ronj][e  la  gai'de  et  rarmée  ;  avec  une  loi  d'élec- 
tions qu'on  u"a  plus  qu'un  seul  moment  pour  chan- 
ger 5  avec  une  administration  qui  tend  àexclure  des 
places  jusqu'au  dernier  royaliste.  Il  a  pour  parti- 
sans les  hommes  démocratiques  ,  pour  défenseurs 
les  corresnoudans  privés  ,  et  pour  journal  officieux 
la  Miner ^'e  (  i  ) , 

iNous  avons- exposé  avec  sincérité  et  sans  amer- 
tume ce  que  nous  pensons  du  nouveau  ministère. 
JNousci'Oyons  qu'il  ne  se  soutiendra  pas  long-temps 
tel  qu'il,  est  :  c'est  avec  regret  que  nous  venons 
troubler,  par  de  funestes  présages,  la  joie  qu'il 
doit  éprouver  des  éloges  dont  il  est  aujourd'hui 
l'objet.  Jouruaux:  censurés  ,  feuilles  indépen- 
dantes, tout  est  devenu  ministériel  :  la  blebis 
égarée  retourne  au  bercail ,  et  la  prospérité  par- 
donnant une  infidélité  passagère  ,  rappeLe  ses 
hôtes  à  ses  banquets.  Le  Couservateiir  est  de- 
meuré seul  inébranlable  :  il  garde  ainsi  le  carac- 
tère de  l'opinion  dont  il  est  l'organe  5  opinion 
que  rien  n'effraie ,  que  rien  ne  séduit ,  qui  ne 
se  rend  qu'à  la  conviction  du  bien,  qui  résiste  à 
tout  ce  qui  ne  lui  présente  pas  l'idée  de  l'ordre. 
C'est  une  chose  admirable  que  l'immobilité  des 
hommes  monarchiques  :  le  monde  a  beau  changer 
autour  d'eux,  ils  restent  les  mêmes.  Ils  voient 
aujourd'hui  passer  les  iuti'igues  comme  ils  ont  vu 
passer  les  échafauds.  On  ne  les  trompe  ni  ne  les 
épouvante  :  souvent  victimes  ,  jamais  dupes-,  après 
trente  ans  de  proscriptions,  ils  sont  ce  qu'ils  ont 
été.  Piovalistes  de  toutes  les  classes  ,  nous  vous  le 
répétons  :  vous  êtesles  plus  forts  et  les  plus  habiles. 
11  faudra  que  l'on  revienne  à  vous  ,  ou  que  la 
monarchie  périsse.  Vous  avez  lassé  le  temps  et  les 
bourreaux  :  vous  triompherez  de  l'injustice  et  de 
la  calomnie.  Le  Cokseiivateuu. 


(i)   Voyez  les  derniers  nunie'ros  du  Times  ,  et  l't'Ioge  com- 
plet des  minisires  daus  la  dernière  livraison  de  la  JUinene. 


Tome  IL 


Quinzicnie  Lh 'raison . 


AVIS  DE  L'EDITEUR. 

Les  Personnes  qui  n'ont  souscrit  que  pour  le  pre- 
mier volume  coTuposé  de  treize  Livraisons^  et  qui  sont 
dans  lintention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume,  sont  invitées  à  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible,  si  elles 
veulent  éviter  tout  retard  dans  Venvoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  dépariemens  sont  aussi 
priés ,  pour  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier,  comme  cela  est  aj-rivé  plusieurs 
fois ,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d  un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  i/j.  //'.  pour  la 
souscription . 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés  ,  franc 
de  port,  à  M.  Le  Normant,fds,  Ed'teur  du  Con- 
servateur ,  7'ue  de  Seine,  w^  S,  F.  S.  G. 


Le  Conservateur  paroît  par  Livraison  de  trois  feuilles  dim- 
pression. 

On  peut  sonscrire  pour  un,  doux  ou  quatre  volumes,  com- 
posés chacun  de  treize  Livraisons  qui  seront  publiées  à  des 
époques  indéterminées. 

Les  demandes  et  envois  relatifs  à  cet  Ouvrage  doivent  élro 
adresses  francs  de  port  au  Directeur  du  Conscnniteiir ,  rue  de 
vSei/ie  ,  n°  8. 


On  souscrit  aussi  chez  les  Libraires  ci-dessous  désignés 

Marseil 


Abbeville,  rlier  Grare. 

Acen,  Noubel. 

Alençon,  Bonvoust. 

._,  (  Fourrier-Manne. 

Angers.     ^  p^^;^ 

Argentan.  Lecresne. 

Avignon ,  Seguin  aine. 

Bayeux,  Groult. 

u  S  Bonzora. 

Bayonne,     ]  ^^^^^ 

Besançon,  Girard. 

Bi  1  y*  Berirerel. 

ordeaux,    {  ^       ■    ,^ 

Brest    J  '^'•'urnier  et  Despt'riers. 

'  (  Michel. 
Cacn,  Manoury  aîné. 
Canibr.-ii,  Kertoul. 
Chàloni-sur-vSaùnc ,  Dej   ssieu. 
Chati»'vilic.  Ch.  Haucourt. 
Chartres .   Hervé. 
Clermoiit  -  Ferrand  ,    Thlbault- 

Landri(>t. 
Dijon,  Crqiiet. 
J^uai  ,  Tarlicr. 
Grenoble,  Durand. 
Laval ,  Grandpré. 
Ville,  Vanackcre. 
Limoges ,  liai  boii-Dcscouricres. 

ÎLiel>aux. 
Maire. 
Feriise  frères. 
Rusand. 

à.      -«.t  \  Beion. 

.\u  Mans,     '  „      ■ 


\  C  a  moin  frères. 

)  Masvert. 

Meli,  cliez  Devilly. 

^lonlauban,  La  Forgue. 

•VI      I     11-         \  Scfiuin. 
.Munl,.en,<.r,    )  vo'',j„^.|,|ç, 

Nanci,  V  Bonloiix. 

v      .  \  Busseui!  aine'. 

iNantes  ,    ',  u  -i  ■ 

'    t  nusseuil  jeune. 

Nimes.   Gaude  fils. 

Niort,  M™«  E.  Orillaf. 

Niuies.  Melciuiond. 

Orléans,  Monceau. 

Perpignan,  Aliine. 

Poitiers  ,  H.irbier. 

Quimper,  Chapulain. 

M"«  Bioiiet. 


i  iM""  liioiiei. 
Rennes,    <  M>'>o  vp  Frou 
'  M"«  Vatar. 


La  Rochelle,  Pavic. 
I     Rodez ,  Carrèrc. 

li  4  Frère  aîné. 

I     ï^°"*^°'    !  Renault. 
I     .Saumur  ,  De"ouy  aîné. 
1     Strasbourg ,   Levrault. 
I     Saint-Iirieuc.  Prudhonimc. 


1     Toulouse, 


/  Senar. 
;  Prunel. 


INLinavil. 
[  Fr.  Vicusseux. 
Tours,  ^Limc.  0 

N'alonce,  Marc-Aurel. 
Versailles,  Ange. 
Viiieneuve-sur-Lot,  Crosillies. 


Libraires  dans  les  Pays  l'trangers  : 


Berlin.  Sclilesingcr. 
Bruxe!le>.  Lecliarlicr. 
Gand,   liitudin. 
Grnevr,  P.i.m  lioud- 
Uruxelle»,  (lorgnit-s  Renif 


I     Mons .  LcrouY. 
I 


Londres,  Diilau  cl  Coinp. 
Naples,  liorel. 
Turin  ,  Kocca. 


LIVKES  NOUVEAUX. 

Leçon*  Francaitti  Je  LiUrratiire  et  de  Morale ,  au  Recueil ,  vn  iirosi* 
elcn  vers,  di-s  plut  beaux  Morceaux  de  noirf  Langue  dans  la  l-iltt  rature 
dcsdtMU  dcTnicr^ïierlcs;  mivragr  i  îassicpna  l'usage  de  tous  les  Ktabiissr- 
mrn%  d'instnuti<Mi ,  pul>!irs  ei  p.irlii  ulitrs ,  tic  I  un  et  de  l'aulri-  s«  xe 
par  .M.  Noi-I ,  (licvalier  d<>  la  Lègion-d'Ilonncur  ,  insfiei  rcur-gtMi<  r.d 
de  l'L'nivrrsilé  ro\.ile  de  Franrt*  ;  et  M.  de  la  Pl.uo  .  professeur  d'rlo- 
ijiii  nre  latine  a  la  Faculté  de»  Lettres  de  1' A(ad<'uiie  de  Pari»,  lluilii-nic 
édition     Avec  relie  «-pi^iaplic  : 

Lerloreni  deicclando  pariirripic  nioncndo. 

IloRAl      ./»/./*(«•/. 

Drut  vol.  in-8».  Prix  ;   la  fr.,  et  i6  fr    par  la  poslp. 

Journal  (le\  f  <>yat(e%,  /),'cttu<^ertet ,  et<  ;  i*  cahier,  conienani,  entre 
aulrri  arlicbM  inti-res\an»,  un  Mèmnirr  »«/•  la  (ii-oi;raphif  c/unoisr,  un 
/'n'cLt  des  AtU'i^iitinris  erilrxi>nsr$  finur  tlt-roiifiir  un  uojuatie  au  nord  de 
l'.^mrritjue,  le  i\',iu(hii(f  de  tafn'uute  l'^lreste,  etc.  etr!  —  Le  prix  de 
r.dxinneuient ,  pour  i  :i  cahier*,  est  de  33  Ir.  pour  les  dérnrtemen»,  et 
de  3.1  fr.  piiur  Pari*,  ou  Ion  luuscril  rhci  (xdnct,  libnirc  ,  quai 
Malaf]uai,  u"  9;  cl  le  Norinaul,  1  ue  de  Seine,  u"  b. 


//o(fr   an^    aaùz:    ou    aaei/re    ^•auimejj   conmodcj    c/iauin 
c/e  -/S  ut'raùJO?U ,    affc   /^aral/ronâ  a   (/fu    e/ioat/cj  e/u/c- 

eâ  c/fez   /oiM   /ej  /i9'{?iaÂaefa>  ^//'/rarej  ae    France  <f/ 
«2fe  côaro/ie. 


■/^  r.  /i  'fr  a?i  vo/i/??te. 


1     oo  /.  jj    aua/rc    i(/. 


ao(-ve/fâ  c/?'e    ac/r^cj^  /yM?f.c  ae  /<??'/,    au    f9(jureaft^    cuf 
l^onJe/^va/e/fr,    7<ue  ao    t7ci?ic,     f^ô  °  S.  \ 


XL)e  /  'ym/tra/it  y/c  i/e   ^-c   'yôa?'.>//u/.'/'. 


>^>»vv%»»»<(y»\%vvv\\x\\v  \  wi  *  v\\  \*v>*\  **w  Vk  vw  w**\\v>v»v%*  \'vvv^^>^v\  •%%  t\\  vwr«v* 


LE  CONSERVATEUR 


Sur  le  Changement  de  Ministère. 


A  rinstaiil  (jiio  la  guerre  s\Moignoit  de  Jios  froji- 
lières,  la  diMsion  éclatoit  dans  le  sein  du  mluîs- 
tèrc.  Les  étraiigi^rs  lélicituicut  notre  aduxinlstia- 
tion  de  la  marche  qu'elle  avoit  sui\ie,  et  notre 
adraiiiistratiou  fll(;-iuênic  juçeoit  que  cette  niarciie 
ii'étoit  pas  la  plus  sure,  puisqu'elle  |)roj)Osoit  un-e 
idacé  ciutueule  dans  une  adjuinislration  a  un  dé- 
put«:  connu  parla  constance  <t' la  i'ermcté  de  son 
opposition  a  ranciennc. 

r)ans  une  monarchie  indépcnTÎante  ,  un  chan- 
^M.'inent  de  ministère  est  une  intrij:^ue5  sotis  un 
gouvernenunt  lepi-csenlatil   il  est  un  .s\stèiu«'. 

CujnineJc  ministère  est  olnigé  ,  dan*  ces  ê^ou- 
rernemeus,  de  marcher  sur  une  li^uc  mathéma- 
tique,  une;  lifi;^ne. sans  largeur  entre  la  coJiÇtilution 
ro\  aie  et  la  constitution  jiojjulaiie  ,  et  fj?ie  tandis 
qu  il  tient  les  rênes  ,  d'autres  pousstait  aux  roues 
avec  dos  lorces  nécessaircîuent  inégales  et  \«ria- 
Lle-s  ,  il  est  entraîné  en  derà  ou  au  d<-ià  àv  la  lii;n<: 
constitutionnelle  ,  sans  (|u'il  puisSi:  s'irn  dciendre. 
Quand  il  n  trop  verso  d'un  côté  ,  il  faut  qu  il  im 
rejette  d«  l'aulr»'  ;  et  alor.s  un  changenunt  de  mi- 
ni>lère  doient  nécessaire  ,  j>arc«'  (ju'un  clianore- 
nu-nt  de  conduite  est  de  \  en  u  ineNÏtable.  On  vtiit 
suivre  une  autre  route,  H  ou  prend  d  autres  fluides. 

Dans  ces  sortes  d'Etats ,  on  regarde  (Oinnie  uti 
do£,'ine  ïiinifr  do  ministère  ,  et  a\t  »  raison,  parce 
"qu«-  h:  minisière  doit  être  un  ,  parlout  ui\  le»  priji- 
ToJir  JI  —  i.V  I.Ivn\lJf.^  ' 


(50) 

cipes  de  la  constitution  sont  deux ,  sons  peine  aux 
ministres  de  ne  pouvoir  marcher  ensemble  ;  et 
cependant  il  n'y  a  pas  de  gouvernement  où  il  soit 
plus  difficile  de  former  ou  de  maintenir  cette  unité. 
En  effet,  les  constitutions  représentatives  n'ayant 
rien  d'absolu  ,  et  n'étant  qu'une  combinaison  ar- 
tificielle et  plus  ou  moins  ingénieuse  de  notre 
esprit  et  de  nos  intérêts  personnels,  cliaque  mi- 
nistre ,  suivant  la  trempe  de  son  esprit  ou  de  son 
caractère,  entre  plus  ou  moins  dans  ce  système 
factice ,  et  prend  ou  laisse  plus  ou  moins  des  deux 
systèmes  opposés  dont  il  est  formé. 

C'est  là  l'histoire  et  la  raison  de  tous  les  chan- 
gemens  de  ministèr-e  en  Angleterre-  ministère 
tantôt  Wigh  et  tantôt  Tory,  et  souvent  aussi  difS- 
cile  à  former  d'élémens  compatibles  que  facile  à 
se  dissoudre  par  incompatibilité  d'élémens. 

Cette  forme  de  constitution,  devenue  l'unique 
pensée  de  l'Europe,  a  cependant  moins  de  dan- 
gers pour  le  ministère  anglais  que  pour  le 
nôti'e  ;  parce  que  leur  ministère  est  plus  à  l'aise 
dans  leur  système  ,  et  marche  d'un  pas  plus  as- 
suré dans  une  voie  plus  large.  Les  Anglais  n'ont 
pas  lait  leur  constitution  àp/*io/'i;  elle  a  pris  ra- 
cine dans  le  sein  d'une  royauté  souvent  même 
trop  arbitraire,  et  s'est  développée  à  l'aide  du 
temps  et  des  événemens.  Chez  eux  ,  la  monarchie 
est  1  aînée,  et  la  république  la  cadette  ;  et  l'une, 
avec  raison,  a  pris  jusqu'ici  le  pas  sur  l'autre.  Eu 
Fi'ance ,  nous  avons  écrit  notre  constitution  ,  et 
nous  nous  sommes  imposé  lanécessité  d'interpréter 
nous-mêmes  notre  écriture.  La  monarchie  nou- 
velle et  la  république  sont  nées  ensemble  de  la 
révolution;  et  ces  deux  jumelles,  comme  Jacob 
et  Esaù,  se  battent  dans  le  sein  de  leur  mère.  Le 
temps,  en  Angleterre,  explique  la  constitution 
et  la  modifie ,  pour  l'appHquer  aux  besoins  des 
liommes  :  en  France ,  les  hommes  l'expliquent  et 


(  5I  ) 

Î.1  motlifu-nl,  jiour  rappli«{urv  aux  n«'cc.ssiti's  dvs 
Uinjjs.  Or,  SI  I  un  peut  parli-r  ainsi,  le  temps  fait 
toujours  tout  à  temps,  et  lc5  honu-ics,  trop  sou- 
vent, font  tout  à  contre-temps. 

Prenons  pour  exemple,  cliez  ces  deux  peuples,  lo 
mode  des  élections.  Tout  bizarre  qu  il  est  t)U  paroît 
»'tre  en  Angleterre,  j'ose  dire  que  le  tem[»s,  et  le 
temps  tout  seul,  Ta  singulièrement  adapté  aux  cir- 
constances où  se  trouve  tout  peuple  puissant  et 
riche,  chez,  qui  dcprodigieuses  in«'^^ulitésdc  fortune 
j>euTeut  allumer  d'ardentes  cupidités  et  produire 
Je  jEjrands  bouleversemcns  de  propriétés.  Les  pro- 
priétaires et  le  gouvernement  v  sont  devenus,  de 
fait,  les  maîties  des  élections  j  et  s'il  en  résulte 
dans  quelques  lieux  de  ces  scènes  de  désordre,  que 
h.'  peuple  partout  prend  pour  de  la  liberté,  il  en 
.sort,  comme  eft'et  définitif  et  en  réalité,  une  sé- 
curité généiale  pour  les  propriétaires  ,  prenucrs 
intéressés  au  maintien  dt-  la  société  civile,  et  puTir 
la  propriété  qui  en  est  le  premier  intérêt.  Là  ,  on 
n  a  pa»  cru  avoir  besoin  de  patentés  à  cent  écus 
pour  représcnt<'r  et  garantir  la  propriété  mobi- 
iialre;  on  a  vu  des  [»roducteurs  dans  Ws  seuls  pro- 
j)riétaires  de  terres,  des  consommateurs  dans  tout 
le  r«'ste  ,  et  ou  a  cru  (|u'il  suflisoit  <\v.  garantir  la 
reproduction  pour  garantir  la  consommation. 

Kn  France,  nous  avons  fait  une  représentation 
parfaitement  adéquate  ,  unil'oiniétnPTil  flistribuée 
Mir  toute  la  surface  du  teri'iloire,  exactement  l'é- 
parlie  entre  bvs  possesseurs  de  capitaux  et  1rs  pro- 
jiiiéfaires  de  terre.  Kit  n  de  plus  régulier  «t  de  i)lus 
Uan({uille  que  nos  collèges  électoraui,  dont  nous 
avons  régie,  par  une  loi,  les  fonctions  les  plus 
minniicuses  ,  où  tout  est  fixé  avec  la  dernière  pré- 
cision ,  juscju  3  ri.«*'.!rc  des  séances  et  le  nombre 
Je  jours  (pi  elles  doivent  durer;  et  avec  cette  r«- 
gularitè  matérielle  nous  sentons  tous  ,  après  deux 
uu  troifi  ans  d'exécution  ,  le  vice  moral  de  |a  loi , 


(  5o^  ) 

ctqu'elle  cîoitnous  conduire  à  un  Loulcvei'sement 
total ,  pour  peu  que  l'autorité  sommeille ,  et  même 
quand  elle  auroit  les  yeux  ouverts  ,  et  nous  y  trou- 
vons tous  des  motifs  égaux  à  de  douloureuses 
craintes  ou  à  de  coupables  esnéranccs, . 

Ainsi,  cil  Angleterre,  la  loi  ou  plutôt  la  cou-» 
tnme  est  sage  dans  son  principe  ,  parce  qu'elle  est 
monarchique,  et  l'exécution  quelquefois  tumul- 
tueuse ^  en  France  la  loi  est  fausse  ,  parce  qu'elle 
est  démocratique  ,  et  son  exécution  j^aisible  <  t  ré- 
gulière. Je  sais  bien  qu'on  croit  eu  sauver  le  (lan- 
ger par  l'influence  que  peut  prendre  le  gouvcr- 
licraent  sur  les  élections.  En  Angleterre  aussi,  Jç 
gouvernement  se  sert  de  son  iniluence  pour  diri- 
ger les  choix.  Mais  li  ,  l'action  de  Fadrainistrat'on 
est  secondée  parla  loi  :  ici  elle  sera  toujours  con- 
trariée par  cilc  ,  et  ce  qui  contrarie  tou  ours  finit 
par  remporter. 

L  Etat  en  France  avoitdonc  beaucoup  trop  versé 
du  côté  populaire  :  le  danger  est  devenu  évident 
pour  ia  France  et  même  pour  l'Europe  j  et  il  a 
paru  nécessaire  de  sortir  de  l'ornière  pour  rega- 
gner le  milieu  du  pavé,  sauf  à  rctoniLer  bientôt 
du  même  côté  ;  car  c'est  toujours  à  gauche  que 
penche  la  voiture  ,  dont  tant  de  choses  depuis  trois 
i.ns  ont  dérangé  l'équilibre. 

L'ancien  ministère  s'est  donc  dissous ,  et  avec 
éclat.  Cette  uuilédc  ministère,  à  laquelle  on  avoit 
fait  depuis  trois  ans  tant  de  sacrifices,  n'a  pu  le 
«au ver  d'un  renouvellement  à  peu  près  total  5  et 
lelle  est  l'ingratitude  des  gouvernemens  ou  la  va- 
nité d<;  nos  admirations ,  (ju'il  ne  reste  plus  aujour- 
d  hui  à  la  t.éte  des  affaires  qu'un  seul  d{îs  ministres 
signataires  de  l'ordûîiJiatîce  du  5  scptem3;;e  ;  de 
cette  ordonnance  à  jamais  fameuse  qui  avoit,  dit- 
on,  sauvé  la  patrie  et  remis  à  flot  le  vaisseau  de 
lEtat  :  service  immense,  et  qui  auroit  di*i  assurer 
à  ses- auteurs  une  existence  au  ministère  ,  immor- 


(  53  .) 
t<  lie  comme  leur  gloire.  Tous  cependant,  hors  i\n 
seul,  ont  disparu  tic  la  .vcèno,  plus  regirttcs  pout- 
^•tre  de  ceuv  (\\û  avoiciil  souffert  de  celte  mesure 
t|ue  de  ceux  qui  en  a \  oient  profité. 

Cependant,  dans  le  dernier  changement,  les 
apparences  semblent  contredire  mon  opinion  sur 
la  rai.son  du  cliangement  lui-même  ,  pni.s«|u'il  pa- 
roît  qu<î  les  ministres  qu'on  pouvoit  eioii-c  plus 
vivement  lraj)j.és  du  danger  du  svstcme  suivi  jus- 
(ju'à  présent  j  ont  été  remplacés  jiar  d'antres.  A 
voir  même  le  ton  de  certains  journaux  et  la  jubi- 
lation de  quelques  hommt-s  ,  on  diroil  qu'ils  .se 
flattent  que  celte  révolutioj»  ministérielb-  ,  loin 
d'être  un  cliangemeul  de  système  ,  n'aura  été  qu'un 
moyen  de  marcher  plus  vite  et  ])Ius  avant  dans 
leur  système  favori  ,  et  déjà  ils  se  hâtent  «le  «om- 
promeltrele  ministère  par  leursespéranceset  leurs 
«•loges.  Quand  celaseroil  ,  il  v  auroiteudans  cette 
vevidulion  plus  de  système  <jue  d'intrigue  ,  et  ma 
remarque  sur  la  i-aison  des  changemens  de  minis- 
tère ([ui  a)ri\eHt  dans  les  gouvernemens  mixtes, 
subsisteroil  dans  toute  sa  torce. 

Mais  enfin  ,  où  veulent  nous  mener  les  partisans 
de  ce  système?  u  !Nous  voulons  la  Charte,  <lisenl- 
»)  ils,  toute  la  Charte  ,  et  rien  (jue  la  ('harte.  »  J'.; 
le  crois  :  mais  c'est  une  chose  lnvn  «ligne  de  re- 
raarfjue  «jue  les  difi'érentes  constitutions  «jue  la 
France  a  rerucs  de  sa  révolution  ont  toujours  été 
renversées  par  ceuxfjui  s'en  proclamoienl  h's  seuls 
amis  et  les  plus  ardens  dèienseurs  ,  el  «jui  les  ont 
perdues  à  force  d'exiger  «les  sûi'etés  et  «les  garan- 
ties; ù  peu  près  comme  \u\(.-  mère  l'oihle  ruine, 
avec  des  mèuagemen.s  excessifs,  la  sanlé  de  icnlant 
qu'elle  id«>latre. 

Je  ne  doute  pas  que  si  «l'honnéti'S  gens  avoient 
été  seuls  a[)pelès'i  «•xt'cnter,  dans  tout  ce  «jui  ètoit 
exécutable  ,  ces  «lillérenlts  constilulinns  «pi'ils 
u  ajtprouvuicul  cci  tain«mcnl   pus,    ils    n'eussent 


(  54  ) 

prolongé  leur  existence  bien  au-delà  du  ferme  on 
elles  ont  fini ,  et  ne  les  eussent  rendues  supporta- 
bles. C'est  que  les  honnêtes  gens  corrigent  par  la 
sas^esse ,  la  prudence  _,  la  probité  de  leur  conduite, 
et  leur  considération  personnelle  (premier  moven 
d'administration),  le  vice  des  plus  mauvaises 
constitutions,  semblables  à  d'habiles  marins,  qui 
soutiennent  sur  l'eau,  à  force  d'att  el  de  science  , 
le  bâfiment  mal  gréé  et  mal  équipé  dont  on  leur 
a  conJlé  le  commandement. 

On  a  regardé  l'ordonnance  du  5  septembre 
comme  le  salut  de  la  Charte  ,  et  je  crois  avec  une 
entière  sincérité  qu'elle  lui  aportéun  coup  funeste j, 
et ,  à  supposer  qu'elle  eût  des  ennemis,  ce  que  je 
n  accorde  pas,  cardes  censeurs  ne  sont  pas  des  enne- 
mis, mieux  eût  valu,  comme  dit  le  proverbe,  de 
sages  ennemis  que  d'indiscrets  amis. 

Elle  est  menacée  de  tomber  aux rnains  d'arais  ti-ès- 
exclusifs  qui  s'enrouent  à  crier  :  La  Charte,  toute  la 
Charte,  et  qui  s'offensent  comme  d'une  iniure  per- 
sonnelle du  moindre  défaut  remai-qué  dans' cette 
dame  de  leurs  pensées.  A  leurs  yeux, et  l'homme  qui 
condamne  avec  connoissance  de  cause  ,  et  l'homme 
moins  éclairé  qui  suspend  aon  jugement,  sont  au- 
tant d'ennemis  dominés  par  les  plus  viles  jjassions , 
et  ils  oublient  que  si  \e  T2il  adniirari  d'Horace, 
qui  signifie  aussi  bien  ne  s'engouer  de  rien  ,  que 
aie  rien  désirer,  fait  l'homme  heureux ,  il  fait  aussi 
presque  toujours  Ihomme  habile  et  l'hornuK^  d'es- 
prit. Aussi ,  dans  leur  ombrageuse  susceptibilité 
îrès-bien  calculée  d'ailleurs  pour  leurs  vues  per- 
sonnelles, en  même  temps  qu'ils  accusent  de  haïr 
la  Charte  les  hommes  qui  l'aiment  certainement 
plus  qu'eux-mêmes,  et  dont  ils  redoutent  la  con- 
currence aux  honneurs  et  aux  places  qu'elle  con- 
lère,  ils  ne  cessent  de  demander  au  gouvernement 
des  garanties  pour  les  avantages  qu'elle  assure,  et 
qu'il  ne  peut  leur  donner  sans  renverser  1»  Chaa-te. 


(55) 

Ainsi  la  f;;tTinlic  de  la  liberté  fie  tous  est  à  leurs 
yeux  la  licence  pour  env  et  l'oppression  pour 
tous  les  autres;  la  garantie  de  re^alité  est  l'éloi- 
gnemi'ut  de  tous  les  emplois,  de  tout  ce  qui  n'est 
pas  eii\  j  la  j2[aranlie  de  la  monarcliie  est  la  pros- 
cri[)tii>n  «le  la  noblesse  et  rétablissement  du  gou- 
v*M-iieinent  républicain;  la  garantie  de  la  légiti- 
jiiité  un  changement  de  dyuastic;  la  garantie  de 
la  liberté  des  cuU<'S  la  haine  du  clergé,  l'oppres- 
«ou  de  la  religion  de  l'Etat,  et  le  triomphe  des 
religions  dissidentes  ;  la  garantie  des  amnisties 
1  impunité  de  tous  les  coupables;^  et,  étendant 
leurs  craintes  jusque  sur  l'avenir,  ils  veulent , 
pour  ga l'an tie  des  scntimens  constitutioruiels  des 
générations  futures,  l'anéantissement  de  tout  sys- 
tème religieux  d'éducation  et  la  corruption  de 
toute  morale.  C  est  donc  réellement  le  sacrifice 
àv.  tout  ce  <pie  la  Charte  a  voulu  nous  donner  ([u'ils 
exigent  c<jmme  garantie  de  ce  qu'elle  donne. 

Le  Roi  a  voulu  faire  de  la  Chart*  un  baïune 
pour  adoucir  des  plaies  ,  et  ils  en  font  ua  causlif[ue 
pour  les  irriter;  et  ,  avec  tout  cela  ,  s'ils  savent  où 
ils  veulent  aller,  ils  ne  savent  pas  du  tout  où  ils 
Tont.  La  révolution  n'a  été  dans  tout  son  cours 
qu'une  suite  de  niyxtijications  ,  je  veux  dired'évé- 
jiemens  amenés  contre  les  vues  et  les  intérêts  de 
c«*ux  qui  crovoient  les  diriger,  d'effets  en  contra- 
diction avec  les  causes  apparentes  et  les  mcjvens 
connus,  devant  leirpiels  les  meneurs,  mi^me  les- 
plus  habiles  ,  sont  restés  muets  d'étonnement  et 
confondus  de  leur  imprévoyance.  Les  nôtres  ,. 
cepen<Iaiit ,  n'ont  lien  négligé  pour  assurer 
leurs  succès.  Comme  il  étoit  absurde  dans  le» 
termes  et  impossible  à  jiersuader  (jne  les  roya- 
listes ne  voulu  si-nt  pas  de  la  luotiarcliie ,  mémo 
constitutionntlh- ,  <|ui  leur  rendtut  le  Koi  et  s» 
famille,  jiremiers  objets  de  leurs  aftections  ,  ou 
que  les   lévolutiounaires  en  vouiusscul  siucére- 


(o6) 

mrnt,  ils  Ont,  d'un  coup  de  Laguelte,  fait  dispa- 
roître  les  uns  et  les  autres,  et  les  ont  métamor- 
phosés en  ultras  et  en  indcpeitclaiis ,  ayant  soin  de 
prendre  pour  eux-mêmes  le  nom  le  plus  .'lono- 
^'A^\cy  et  de  donner  aux  autres  un  nOm  do^^t  ils 
vouloient  faire  une  injure-  Les  ultras  ont  donc  été 
les  amis  trop  zélés  de  1^  monarchie,  les  indépen-^ 
dans  les  amis  sages  et  modérés  des  institutions 
vépuldicaines.  Chose  étrange  ,  assurément  I  La 
répubiiijue  une  et  indivisible  ne  vouloit  être  ser- 
vie que  par  des  enragés  ;  Buonaj>arte  ne  comptoit 
cjue  sur  des  hommes  dévoités  ;  et  on  sait  tout  ce 
cjïie  ce  mot  signitioit  dans  sa  bouche.  II  n  y  a  eu 
que  la  royauté,  cette  clef  de  la  voûte,  ce  lien  uni- 
versel de  la  société,  qui  dût  être  Tobjet  d'un  sen- 
timent bien  calme  et  bien  mesui'é  de  la  part  des 
uns,  et  d'indifférence  ou  de  support  de  la  part  des 
autres;  et  comme  l'administration  a  agi  en  consé- 
quence envers  ses  agens,  le  peuple  ,  natui'ellement 
exagéré ,  qui  ne  comprend  rien  au  reproche  d'exa- 
gération, a  dû  croire,  sur  des  exemples  bien  plus 
puissans  que  des  leçons,  que  l'attachement  au  Roi 
étoit  un  tort,   et  la  tidélité  une  duperie. 

Le  ministère  n"a  voulu  pour  lui-même  ni  d'un 
nom  injurieux,  ni  d'un  nom  suspect;  et,  pour  ne 
pas  être  ultra  on  indt-pcndant^  il  s'est  fait  minis- 
tériel ,  état,  je  l'avoue,  ou  situation  politique  que 
je  n'ai  jamais  comprise,  quoiqu'on  ait  pris  bien  des 
fois  la  peine  de  me  l'expliquer. 

Le  ministère  s'est  donc  désormais  condamné 
au  balancement,  comme  Ixion  à  sa  voue:  état 
d  équilibre  et  d'inc[uiétude  ,  qui  est  ce  qu'on, 
peut  imaginer  de  inoins  compatible  avec  l'idée 
qu'on  se  forme  de  la  fixité,  de  la  stabilité,  de  la 
fermeté  d'un  gouvernement;  état  périlleux  pour 
une  nation,  inquiétant  pour  le  ministère,  qui, 
dans  les  vicissitudes  de  sa  fortune,  assez  portée 
croire  que  la  société  ne  peut  lui  survivre  long-» 


(  ^7  ) 
fpmps  ,  «:«»  fintcflr  passera  son  snccesseur  Ta  socîélé 
«71//  vil  encore,   ci;iiute  qu'elle  ne  tinissc  dans  ses 
mains. 

Dans  cet  état  violent  de  tension  cl  d'cqnilibrR 
nii  se  trouve  le  corps  social  ,  le  moindre  évé- 
nement commnniffiie  nn  ébranlement  aux.  es- 
prits disposés  à  une  extrême  sensibilité.  Il  suf- 
fira donc  de  la  deMitution  ou  de  la  nomination 
<le  quehpies  a^jens  subordonnés,  pouré\eillcr  des 
craintes  ou  faire  naître  des  .espérances  :  et  le  nom 
*eid  des  hommes  placés  ou  déplacés  sera  comme 
l'aiiTuille  de  ces  cadrans  qui  mar<juent ,  dnns  cer- 
taines mécaniques,  l'intensité  et  la  direttion  du 
mouvement. 

Cet  état  habituel  d'oscillation  est  insupportable 
aux  forts  esprits  et  aux  caractères  décidés,  les  plus 
propres  cependant  au  gouvernement  des  empires  ; 
♦•t  c  est  ee  qui  fait  qu'en  Angleterre,  les  plus  grands 
hommes  d'Etat  ont  été  accusés,  et  je  crois  avec  rai- 
non  ,  de  vouloir  étendn*  la  prérof^ativc  roya/e ;  ce 
qui  signifie  cti  d'autres  termes.  li\er  I  es  balance- 
mens  du  pouvoir,  (]et  écjuilibre  entre  <bs  f<>rees  et 
«les  principes  opposés  den'.ande,  de  la  part  des  pre- 
»ni<'rs  agens  de  1  autorité  ,  d«'  ladresse,  de  la  ruse  , 
plus  de  connoissance  de  ce  qu'il  y  a  de  vicieux  et 
de  foihle  tlans  le  C(eur  de  l'homme  ,  que  de  ce. 
fju'il  y  a  de  fort  et  de  bon  ,  beaucoup  «l'art  enfin  , 
et  de  ce  «pi'on  appelle  de  Tesprif  vA  d«»i»  souples.se  , 
qui  deviennent  plus  roinintius  pai  mi  fmus  <jue  la 
|ore«'  du  caraeléie,  la  li\ile  «les  principes,  la  fran- 
chis»; des  sentimein;. 

Dans  CC«  gouvernemens  jamais  nn  repos  et 
tout  en  disrtissions  .  on  a  plus  besoin  d'hommes 
«ctils  (ju<'  d'hommes  forts,  pins  d«-  gens  qui  [tarlent 
que  de  gens  rnii  pens<'nl  ,  et  bs  ministres  sont  ex- 
posés à  prerulre  pour  du  talent  la  facilité  à  faire , 
vi  dc«  sopkismes  improvisés  pour  dc«  vérités  nié- 
d.itces. 


(  5&  ) 

L'.irtde  gouverner  dcviont  insensiblement  Fart 
d'intriguer  en  grand;  et  comme  rien  ne  tue  le 
génie  des  affaires  comme  l'esprit  d'intrigue,  les 
ministres  absorbés  déjà  par  le  courant  des  affaires 
particulières,  les  détails  journaliers  de  l'adminis- 
tration, les  bienséances  de  la  représentation,  ne 
peuvent  porter  dans  la  direction  générale  des  af- 
ïeiires,  ces  méditations  profoiH.les  ,  cette  attention 
soutenue  ,  cette  liberté  d'esprit  que  demandent 
d'aussi  grands  intérêts.  Ils  multiplient  autour  d'euK 
les  conseils  et  les  comités  pour  penser  à  leur  place  ; 
heureux  s'il  leur  reste  le  temps  de  signer  I  et  lad- 
niinistration  devient  a  la  fois  plus  dispendieuse  et 
moins  expéditive. 

Si  j'avûis  des  conseils  à  donner  au  ministère,  et 
il  pourroit  en  recevoir  de  moins  amis,  de  moins 
désintéressés  et  peut-être  de  moins  éclairés,  je  lui 
dirois  :  «  Toute  constitution  représentative  poKsse 
..  à  la  démocratie,  et  par  conséfjuent  aux  révolu- 
n  tions ,  puisqu'elle  adixiet  la  démocratie  comme 
a  élément  nécessaire  du  pouvoir.  C'est  un  ver 
»  placé  au  cœur  de  l'arbre  ;  il  est  inutile  de  le  dis- 
w  simuler,  et  il  tant  counoître  le  danger  pour  le 
•4»  combattre.  Mais^  quand  le  danger  vient  de  la 
^  constitution,  le  remède  ne  peut  êti'e  que  dans 
»  l'administration,  et  elle  doit  être  plus  monar- 
»  clu({ue  à  mesure  que  la  constitution  renfermera 
»  pîusde  démocratie.  C'est  par  là  que  l'Angleterre 
w  s  est  sauvée  jusqu'ici  d'un  péril  moins  grand 
•ù  tbez  elle  qu'il  ne  lest  aujourd'hui  en  France; 
»  car,  en  Aiigleterre  ,  la  constitution  est  moins 
:>  démocratique  qu'elle  ne  l'est  chez  nous,  préci- 
»  sèment  parce  qu'elle  est  moins  poùtiwe  ,  et  son 
»  administration  est  beaucoup  plus  monarchique 
»  que  la  uôire  ,  parce  qu'elle  ne  s'est  ressentie  en 
»  )  ien  des  cliangemens  survenus  à  la  constitution  , 
»  et  qu'elle  est  aujotird  hui  ce  qu'elle  étoit  sous 
»  les  Tiulor^  Mais  paatout  oii  les  institutions ,  fui- 


(  ^^9  ) 
■»  Lies  ou  absentes,  ne  sont  pas  on  ne  sont  lii.n, 
I)  les  iioinincs  sont  tout  ;  et  malgré  les  apparences, 
u  et  (pioifpie  le  Roi  confère  tous  les  eni])K)ls  ,  ac- 
»  cordr  toutes  les  grâces,  signe  tous  les  brevets, 
i)  et  intitule  de  son  nom  tous  les  jugemens,  toute 
•n  cette  monarchie  d'atlministratioii  ne  seroit  que 
M  du  papier  ,  si  ces  formes  royales  u'étoient  em- 
»  plovées  qu'à  décourager  l'esprit  monarchique 
>•  et  à  enhardir  l'esprit  po])uiaire.  Or,  voyez 
))  et  jugez.  Cependant,  il  ne  faut  pas  s'y  Irom- 
>»  per  ;  quand  la  France  tomboit  dans  la  dém<i- 
>»  cratie  ,  tout  ce  qui  a  voulu  s'opposer  à  celtf- 
»  tendance  a  clé  écrasé  sous  les  roues.  Quand  elle 
»  remonte  à  la  monarchie,  tout  ce  qui  voudroil 
>»  s'opposer  par  svstèine  à  cet  efTort  plus  irrcsis- 
1)  tible  ,  parce  qu<'  le  but  est  plus  natuviil ,  seroit 
)»  tôt  ou  lard  inlailliblement  écarté,  et  peut-êlve 
»  lie  fandroit-il  pas  remonter  bien  loin  pour  eu 
M  trouver  déjà  des  exemples.  In  vain  les  hommes 
)'  \eulent  gouverner  la  France  peureux,  et  leurs 
»  petits  intérêts  ;  elle  ne  peut  pas  même  être  gou- 
»  vernée  seulement  pour  elle,  et  elle  appartient  à 
»  toute  l'Europe.  LKiirope  f|ui  a  besoin  «les  blés 
''  de  la  Pologne  ,  de  soies  de  l'Espagne  et  des 
»  chanvres  de  la  Russie  ,  a  besoin  des  exemple.^ 
«  et  <les  lerDiis  <l(;  la  France  dont  les  doctrines 
>»  sont  les  doctrines  de  l'Europe,  ])uisquc  «a  langue 
)•  en  est  la  langue.  Or,  quels  exemples,  (juelles 
»  leron»  don ii»»iis-iious  depuis  trois  ans  à  1  Europt-  i* 
^'  J'entends  à  rFiirope  ehrélienne  et  monarclii<ju<', 
»  Quelles  ddiijeurs  ,  quidles  alarmes  n"a\  ons-nous 
»  pas  causées  a  nos  amis?  quelle  joie  à  nus  ennemis, 
«  si  nous  eu  avions  ?  et  combien  n'aurions-uous  pas 
w  servi  ou  de  grandes  ambitions,  s'il  s  vu  éloit 
M  montré  ,  ou  de  \ieux  ressentimens  ,  .s  il  v\\  [ùt 
»>  resté  ?  Des  gens  (pii  ont  llialiileU-  du  mal  et 
»  le  génie  du  désordre  ,  crient  aux  ministres  : 
'»  Kegardcii  de  ce  côté;  ne  p<;rd<'/  po»-  d--  \\*>-  nu 


(6o  ) 
»  seul  instant  les  royalistes  ,  leur  amLition  et 
»  leurs  projets;  et ,  pendant  ce  temps,  les  niéclians 
»  creusent  une  mine  sous  la  monarcliie,  la  char- 
»  gent,  et,  la  mèche  à  la  main,  ils  dii-ont  un  jour 
))  au  gouvernement  :  «  Livrez-nous  la  France  , 
))  ou  nous  allons  la   faire  sauter.  » 

De  BokAld. 


Des  Récompensc.<;  no.liona.les  qui  seroicnL  vôtres 
par  des  Chambres  Irsislatives  ic  des  Ministres 
congédies. 

Une  ordonnance  du  29  décembre  1818,  a 
appris  au  public  que  M.  le  duc  de  Richelieu  avoit 
cessé  ses  fonctions  ministérielles. 

Les  3o  et  3i  du  même  mois,  MM.  le  marquis 
de  Lallv-Tolendal  et  Benjamin  Delessert  ont  fait, 
l'un  à  la  Chambre  des  Pairs  ,  l'autre  à  celle  des 
Députés  ,  une  proposition  tendant  à  supplier  le 
Roi  de  présenter  un  projet  de  loi,  pour  décerner 
à  M.  le  duc  de  Richelieu  une  récompense  natio- 
nale. 

Je  me  propose  d'examiner  succcsùivcment  ici  , 
et  quels  sont  les  titres  de  M.  le  duc  de  R^ichelieu 
à  une  récompense  nationale,  et  quelle  convenance 
anroit  en  cette  occasion  l'initiative,  ou  même  le 
simple  concours  des  Chambres. 

M.  de  Richelieu  a  rempli  à  la  fois  en  France 
deux  fonctions  d'une  nature  assez  différente,  celle 
de  ministre  des  affaires  étrangères  ,  et  celle  de 
président  du  conseil  des  ministres. 

Comme  président  du  conseil  des  ministres ,  je 
dois  présumer  qu'il  a  sincèrement  désiré  le  bien 
de  son  pays  ;  mais  je  ne  pense  pas  qu'il  ait  réussi 
à  l'effectuer.   La  direction  de  l'opinion  publiquy 

Î>eut    être    raisonnablement    considérée    comme 
a  principale  affaire  du  conseil  des  ministres.  Ou 


a  VU  sons  la  présidence  de  M.  le  duc  de  Richelieu 
«eltc  opiniou  ])ti])litpie  s'altérer  d'une  niauicre 
an'ùt(  ne  .sauroit  niéconuoîlre.  Les  bonnes  inten- 
tions de  ÎNI.  de  Ricli(;licii,  conune  président  du 
conseil  des  ministres,  n'avoient  donc  j)as  encore 
i'ié  couronnées  de  succès  quand  il  a  quitté  le  mi- 
nistère. Or,  les  bonnes  intentions  ne  sont  point, 
Jiar  leur  nature,  assez  manifestes  pour  trouver 
cur  récompense  ailleurs  (jue  dans  la  .«eciéte  jouis- 
sance d'une  conscience  pure;  le  succès  seul  est 
visible  ,  et  c'est  à  lui  seul  qu'appartiennent ,  par 
eelk!   raison  ,  les  récompenses  pnl)li([ues. 

Je  vend  rois,  en  considérant  luainlenant  ]\[.  le 
duc  d(î  Richelieu  comme  ministre  des  aflaires 
étrangères  ,  pouvf)ir  ci'sser  aussitôt  de  le  consi- 
dérer comme  pvési<lent  du  cons<:il  des  ministres. 
Les  obstacles  tjui  ont  empêché  l'exécution  dn 
concordat  conclu  sous  sou  ministère,  me  forcent 
néanmoins  de  h?  considérer  à  la  lois,  en  cette 
fvccasion  ,  s»)us  l'un  et  l'autre  raj)p()rl.  Le  concor- 
dat ,  si^né  par  le  P.tpe  et  par  le  Koi  ,  a  été  soumis 
ensuite  à  la  déliljéralion  de  la  Chambre  des  Dé-r 
piltés;  par  là  ,  la  dijrnilé  du  Pape,  qui  avoit  dû 
croire  .sitjiier  un  traité  défiuilil;  par  là,  la  dignité 
etlautoritédu  Hoiont  été  coîn[)r.)mise.s.  l-nconsei.! 
des  ministres  doit  ci^nnoîlre  la  conslitutiiju  de  .s(jn 
pays,  dc»il  savoir  si  un  concordat  doit  ou  ne  doit 
i)os  être  soumis  à  la  délibéialiou  des  Chand>res 
Iét»i.slatives.  Dans  le  dernier  cas  ,  il  ne  l'ulloit  pas 
l'y  «oumellre  5  dans  le  pr<:mior  cas,  il  n'eut  pas 
fallu,  qu'a>Hut  (pi'il  y  fi*  t  soumis  comme  projet 
de  loi  ,  les  .sij;nalure.s  d\\  l'ape  et  du  Uoi  v  eussent 
été  appusé<'s  comme  à  un  traité  détinitif  que  le 
Pape  a  dû  croire  nu  lioi  le  pouvoir  de  conclure. 
On  alle^'ueroit  ici  niai  A  j)ropos  l'exemple  de  Buo- 
napartc.  C3elui-ci  ne  comj)i*()juetloit  pris  son  auto- 
rité en  paroissant  sounu  ttri;  un  concoidat  qu'il 
avoit  déjà  sifjné  au  cor|)s  léf;islalif.  (ieltc  souuiis,- 


sion  apparente  n'étoit  en  lui  qu'un  témoignage  da 
rinsolence  avec  laquelle  il  comptoit  sur  l'oLéis- 
sance  implicite  d'une  assemlilée  asservie. 

Je  quitte  volontiei^  le  sujet  du  concordat;  et, 
5ans  m'arrêter  au  détail  épineux  de  la  carrière 
diplomatique  de  M.  de  Richelieu,  je  me  plais  à 
n'y  considérer  que  l'heureux  événement  de  la 
libération  de  la  France,  par  lequel  elle  s'est  ter- 
minée. 

Si  donc  je  voyois  clairement  qu'à  M.  de  Riche- 
lieu seul  fût  due  la  libération  de  la  France,  et  si 
'c  seul  fait  de  l'avoir  procurée  pouvoit  être  entiè- 
rement séparé  du  reste  de  ses  fonctions  ministé- 
rielles ,  je  trouverois  sans  doute  qu'une  récom- 
pense nationale  appliquée  à  ce  seul  fait  seroit 
justement  appliquée. 

Mais,  d'une  part,  rien  ne  me  montre  l'influence 
de  M.  de  Richelieu  sur  la  détermination  des  puis- 
sances ;  leur  bon  sens  naturel  me  naroît  en  effet 
suffisant  pour  leur  avoir  fait  comprendre  qu'elles 
s'étoient  trompées  lorsqu'elles  avoieut  considéré 
l'occupation  de  nos  frontières  par  leurs  troupes  , 
comme  une  garantie  contre  le  retour  de  l'esprit 
révolutionnaire  qui  menace  l'Europe  quand  il 
agite  la  France. 

Si,  d'autre  part,  M.  de  Richelieu  leur  avoit  re- 
pi'ésenté  cet  esprit  révolutionnaire  comme  s'étant 
amorti  pendant  son  ministère  ,  il  les  auroit  induites 
en  une  palpable  erreur. 

Il  y  a  donc  de  la  difficulté  à  motiver  à  son  égard 
des  récompenses  nationales  d'une  manièi'e  claire  ,• 
et  la  difficulté  augmente  quand  on  réfléchit  que , 
quoique  ses  bons  et  loyaux  services  soient  loués 
dans  l'ordonnance  du  29  décembre  1818,  cepen- 
dant on  s'est  facilement  résigné  à  s'en  passer 
à  l'avenir. 

J'ai  parlé  jusqu'ici  dans  des  hypothèses  qui  ne 
pourroientconvenirqu'à  d'autres  constitutions  qu» 


(  6.3  ) 
celle  qui  notin  ré?it.  Sous  la  n6tre,rien  de  ce  que 
font  de  h'un  les  ministres  ne  leur  appartient,  ne 
leureVit  imputable  5  tout  ce  qu'ils  font  de  mal  n'est 
imputable  qu'à  euv-mémes,  tout  ce  qu  ils  font  d« 
bien  n'est  imputiible  qu'au  Roi. 

S(jus  noire  Constitution  ausi  les  Chambres 
It-gislatives  ne  paroissent  pas  nalurellenicnt  appe- 
lles à  proposer  des  r«'*compenses  nationales.  Pen- 
dant la  session  de  181 5,  les  exemples  de  la  réserve 
de  la  Chambre  des  Déjîutés  à  cet  égard  ne  man- 
quèrent pas.  Deux  propositions  de  ce  genre  lui 
furent  faitc's  ,  l'une  pour  voter  des  remerciemeûs 
à  M.  le  comte  de  \augiraud,  qui  .iVoit  conservé 
au  Roi  la  ]\Jaitinique  pendant  les  cent-^  jours, 
l'autre  pour  décerner  un  témoiejnagc  de  la  recon- 
noissance  |>tibli<{ue  anv  Français  (jui  avoient  dé- 
fendu la  rovaulé  lors  de  la  révolution  du  20  mars 
et  p(;ndant  Vint(;rrègne.  l.a  fidélité  à  la  monarchie 
Icgilinic  étoit  chère  à  la  Chambre  des  I)é-iuté:^  de 
iHi5,et  elle  eût  aimé  sans  doute  à  la  récompenser; 
mais  non  moins  fidèle  elle-même  aux  saines  doc- 
liûnes,  elle  sut  \ainc>.'  ses  afleclions,  et  écarta  des 
propositions  que,  dans  nr.l'c  (>oiisliliition ,  leur 
source  chérie  ne  mettoit  ])as  à  l'abri  du  reprcclic 
d'incompatibilité  avec  les  fuuclions  d'une  Cham- 
bre législative. 

Sa  résolution  d'écarter  la  dernière  de  ces  pro- 
positions lut  devancée  par  S.  A.  R.  Monsiexir,  à 
l'occasion  de  la  proposition  qui  venoit  d'être  faite 
ù  la  (>haml)re  d»'s  Pairs  ]>our  \oter  nu  témoignage 
d'admiration  et  de  respect  à  S.  A.  R.  !Nî«'  le  duc 
d'Angouléme.  Le  noble  père  du  héros  du  Midi  ne 
craignit  j)as  de  décliner  poui'  son  iils  un  honneur 
\jui  rappfloit  des  circonstances  trop  doulourruses 
à  tous  les  cirurN  fran«;ais.  11  orna  encore  la  gloire 
«le  ce  (ils  de  tout  ce  qu'a  de  touchant  la  modestie 
palca'ncllc  ;  et  la  Chambre  ,  émue  et  cntr'.îndepar 
uuu  >crtu  si  pure,   prit  au  mut,  a\ec  uu  tendre 


(64) 

regr<ît,  le  refus  du  plus  chéri  «les  princes  et  du 
plus  sincère  des  hommes  (i). 

Notre  Charte  est,  au  reste,  encore  récente,  et 
ne  peut  pas  fournir  des  précédens  nombreux.  Si 
nous  passons  do)ic  à  Texamt-n  des  principes  en. 
eux-mème-s,  comnu'nt  poui'rions-nous  méconnoî- 
tre  linconvenauce  de  l'initiative,  ou  même  de  la 
simple  association  gratuite,  des  Chambres  législa- 
tives pour  la  distribution  des  récompenses  natio- 
nales. 

Je  "ais  que,  suivant  l'article  XIX  de  la  Cliaite, 
n4es  Chambres  ont  la  faculté  de  supplier  le  Koi 
»  de  proposer  une  loi  sur  quelque  objet  que  ce 
)>soit,  et  d'indiquer  ce  qu'il  leur  paroît  convc- 
»  nable  que  la  loi  contienne.  »  •Mais  les  Chambres 
peuvent  user  de  cette  faculté  d'une  manière  plu.i 
ou  moins  raisonnable,  plus  ou  moins  discrète,  j)l«s 
ou  moins  salutaire,  plus  ou  moins  confoi'me  au 
sens  essentiel  de  la  Charte  à  laquelle  elles  doivent 
leur  existence.  Elles  en  useront  mal ,  si  elles  choi- 
sissent pour  objet  d'une  proposition  de  loi  uu 
objet  qui  soit  naturellement  du  ressort  de  la  puis- 
sance exécutive. 

Et  il  laut  remarquer  ici  que  let^ercice  méme-dî 
linitiative  royale  ne  disculpei'oit  pas  unpro;ct  de 

(i)  Dans  la  séance  de  la  Chambre  des  Pairs,  du  4  janviei* 
1819,  !\I.  de  Lallv  a  dit  que  le  motif  qui  avoil  éle  alk-gué  pour 
••carter  la  proposition  relative  à  S.  A.  R.  M'*"  'e  duc  d'Angou— 
Icme  lui  senil)ioit  le  plus  fort  ar;;umei»t  en  faveur  de  celle  qui 
est  relative  à  T>I-  le  duc  de  Richelieu.  Rappelant  qu'en  roiii- 
laltant  les  rebelles,  S.  A.  P.  avoil  eu  la  douleur  d'avoir  à- 
combatîi  e  des  ('  rançais,  il  a  ajoute  :  celle  fois ,  un  contraire .  c'est 
delà  délivrance  de  la  Irance  qu'il  s^  agit.  (Voyez  la  OuiHidierne 
du  7  janvier  i8ig.  )  Cette  phrase,  dans  la  bouche  d'un  Pair  de 
Fronce  cjui  a  été  ministre  du  Roi  .à  Gnnd,  a  un  son  étrange. 
Peu  aupnravanl  il  avoH.  dniks  le  cours  de  la  nième  discussion  , 
imputé,  bien  à  tort,  je  crois,  à  un  préopinanl  de  prétendre 
séparer  le  Roi  de  la  patrie.  Eli!  grand  Dieu,  comment  ne 
voit-ii  pas  combien  odlen^nieMl  il  les  sépare  lui-même,  lors- 
qu'il suppose  que  ce  n'étoit  pas  de  la  délivrance  de  la  Franc* 
qu'il  s'agissoit  dan»  la  g'oricuse  lutte  contre  l'usurpateur  ? 


(  <i5  ) 

loi  du  reproche  d'envahissement  de  la  jinissance 
executive  par  la  puissance  ié^islaîivc  ,  si  d'ailleurs 
ce  reproclie  étoit  t'audé.  Vu  R.)i  est  homme  ,  et 
cojnme  tel  peut  errer.  Il   jjcjurroil  ne  voir  dans 
quelque  sacrifice  de  la  plénitude  de  la  puissance 
executive  qu  un  sacriiice  personnel  -t  conséquem- 
ment  généreux.  Louis  \\  I  parut  avoir  cette  ver- 
tueuse ,  mais  funeste  erreur.  Ceux  de  ses  sujets  qui 
s'efforcèrent  de  la  combattre  mérittrent  bien  de 
leur  patrie.  Ils  comprirent  que  la  plénitude  de  la 
puissance  executive,  entre  les  mains  d'un  Roi  lé- 
gitime   telle  que  notre  Charte  la  confirme,  est  la 
plus  sûre  garantie  de  la  stabililé  sociale,  et  que 
cette  garantie,   conservée  dans  son  intégrité,  est 
bien  plus  encore  le  patrimoine  des  peuples  que 
celui  des  Rois. 

Or,  ce  seroit  bien  faussement  et  bien  ignoble- 
ment concevoir  l'institution  des  Chambres  légis- 
latives, qu<;  de  supposer  que  leur  .seule  destination 
dût  être  de  self M'cer  d'agrandir,  par  tous  les 
moyens,  leur  sphère  d'activité,  ou  que  leur  seule 
destination  légitime  j)ut  ne  pas  ^tre  de  s'efforcer, 
au  contraire,  de  la  fixer  dans  ses  justes  bornes, 
sans  la  resserrer  ni  léU'udre. 

Et  cependant  chncun  voit  sans  doute  7\.'~ez  clai- 
rement avec  tjuelle  iacilité  la  puissanoL'  législative 
envahiroit  par  degrés  successifs  toute  la  ptiissance 
executive,  s'il  étoit  convenu  qu'il  ne  fallût,  pour 
cela,  que  travestir  des  ordonnances  m  lois. 

Quant  aux  récompenses  nalionnlc-s  ,  l'erreur 
vil  lit  ,  si  )<•  ne  me  trompe,  fh-  cftt»' vitille  mépri":* 
par  l.iqutlle  OU  a  si  long-temps,  chez  nous,  con- 
fondu avec  la  nation  toutes  les  assemblées  aux- 
qurlles  il  a  plu  d»*  se  croire  ou  de  se  dire  la  nation 
ou  l.t  représentation  de  la  nation. 

Cette  vague  evpressi  ;n  de  représentation  natio- 
nal»- a  été  vaguement  transmise  d  une  assemblée 
Uj^islative  à   iruitre   par   une  sorte   de   lolérauce 
Tome  H  —  ij*  Liv»Ai»«?<  5 


(6G) 
tacite,  sans  que  personne  se  mît  en  peine,  ou 
liasardât,  de  la  détiniv.  Mais  nos  Chambres  légis- 
.  latives  actuelles,  n'ayant  pas  d'autre  origine  qm-la 
Charte,  n'ont  aucun  prétexte  pour  s'arroger  des 
pouvoirs  que  la  Charte  ne  leur  attribue  pas,  La 
Charte  leur  attribue  une  part  à  la  puissance  légis- 
lative, et  ne  leur  eu  attribue  aucune  à  la  puis- 
sance executive.  Elles  peuvent  donc  être  considé- 
rées comme  formant,  avec  le  Roi,  et  non  sans 
lui,  la  représentation  de  la  puissance  législative 
de  la  nation,  si  l'on  juge  à  propos  de  se  servir  de 
ce  mot  de  représentation.  Mais  quant  à  la  repré- 
sentation de  la  puissance  executive  de  cette  même 
nation,  il  est  bien  clair  que  les  Chambres  n'y  ont 
aucune  part,  et  que  cette  partie  de  la  ropréscïita- 
tion  nationale  est  exclusivement  concentrée  dans 
la  personne  seule  du  Roi. 

Pour  savoir  maintenant  quel  est  le  représentant 
de  la  nation  à  qui  appartient  la  fonction  de  dé- 
cerner des  récompenses  nationales  ,  il  ne  faut  plus 
qu'examiner  si  leur  distribution  est  naturellement 
du  domaine  de  la  puissance  législative  ou  de  celui 
de  la  puissance  executive.  Je  pense  qu'il  n'y  a 
point  de  doute  à  cet  égard.  A  C[uelque  degré  que 
des  assemblées  lég^islatives  usurpatrices  aient  abusé 
du  mot  de  loi,  elles  n'ont  pas  pu  néanmoins  en 
détruire  entièrement  1  idée  première,  elles  n'ont 
pas  pu  empêcher  que  ,  suivant  lacceptioii  com- 
mune ,  la  loi  ne  soit  une  chose  distincte  de  l'ap- 
Flication  de  la  loi.  Suivant  l'acception  commune, 
objet  des  lois  est  toujours  générai  5  la  loi  consi- 
dère les  sujets  en  corps  et  les  actions  comme  abs- 
traites ,  jamais  un  homme  comme  individu  ,  ni 
une  action  particulière.  Ainsi,  la  loi  pourroit  bien 
statuer  que  tels  services  rendus  à  la  patrie  seroient 
récompensés  par  des  récompenses  nationales  5  mais 
elle  ne  peut  nommer  tcis  et  tels  pour  les  lecevoir. 
JLa  désiguaiioii  des   individus  ,   ou  l'examen  de 


(^  ) 

leurs  services,  n'est  pas  la  loi,  mais  l'application 
de  la  loi.  Or,  rapplicfttiou  de  la  loi  n'appartient 
pas  à  la  puissance  législative  j  ipais,  sous  le  nom 
ac  décret  ou  d  ordonnance  ,  à  la  puissance  exe- 
cutive seulement. 

Ce  n'est  pas  qu'une  récompense  rpie  le  Roi  ju?e- 
roit  il  propos  tic  décerner  ne  pût  contenir  quei(£ue 
disposition  (jui  exigeât  le  concours  des  Chambres, 
notamment  si  c;'tte  récompenvSe  étoit  pécuniaire 
et  nécessitoit  l'établissement  de  quelque  nouvel 
impôt  5  mais  alors  le  mutit'  particulier  de  leur 
concotirs  cleviwjjt  ôtre  spccialeiaent  expiimé  ,  atin 
qu'on  ne  pût  pas  le  conibndrc  avec  un  cn\?hisse- 
ment  arbitraire  sur  le  droit  général  de  décerner 
des  récom[)enses  qui  appartient,  par  sa  nature  ^_à 
la  puissance  executive. 

(^tt  envahissement  d(!  la  puissance  législative 
«tir  le  droit  de  décerner  des  récompenses  auroit, 
l<M-sque  ces  récompenses  seroienl  destinées  a  uu 
ministre  congédié  ,  des  inconvéniens  particuliers 
dont  la  gravité  ne  doit  pas  être  dissimulée. 

Le  dangereux  exemple  de  voter  d'-s  remercîmens 
à  un  ministre  «lisgracié,  lut  donné  le  i3  juillet  i  ^89 
par  l'assemblée  qui  venoit  de  se  donner  séditieu- 
sementle  nom  d'assembice  nationale.  La  proposi- 
tion lui  en  avoit  été  i'aite  le  même  jour  par  Is 
même  orateur,  qui  vient  de  faire  à  la  Chambre 
des  Fairs  ia  proposition  tendanla  décerner  à  M.  le 
duc  de  Kiciiclit;!!  une  réconqiense  nationale.  Le 
lendemain  de  ce  i3  juillet,  la  Bastille  i'nt  prise 
par  des  révoltes  j  et  je  lis  dans  les  .Mémoires  de 
AL  Baîlly  (1),  que  /a  rvvolnlion  fut  opine  en  cette 
Joiu'fitie  nu  inniahlc.  On  sait  assez  quels  c'imes  y 
furent  commis  ,  v\  a\ec  quelle  indignilé  .\L\i.  de 
Loiniv  ri   (le    I   |e>;«elle.s  y    iurcut  Ul.lSSacrés.  PoUT 

(\)  Mfmoim  liv  Jra  i-SïL-ai i  DuiVy  (cli<-i  I  f\ uull ,  SdiutH 
«•l  coiiipaijriic ,  rue  Je  Stiiic,  »»y^  )  .  lome  II ,  p..|{c  j ^4. 

5. 


(68) 

arrêter  ces  atrocités,  les  électeurs  de  Paris  nom* 
mèrent ,  sans  aucun  droit  ,  en  la  personne  de 
MM.  Bailli  et  le  rnarquis  de  La  Fayette,  un  maire 
et  un  commandant  général  de  la  garde  nationale 
parisienne.  Celte  mesure  ne  produisit  point  les 
neureux  effets  dont  l'espérance  peuvoit  seule  pal- 
lier l'énormité  de  cette  usurpation  de  pouvoirs. 
Les  atrocités  ne  furent  point  arrêtées  ;  elles  furent 
renouvelées,  si  ce  n'est  surpassées  ,  par  les  meur- 
tres de  MM.  Foulon  et  Berthier  et  leurs  horribles 
circonstances.  Le  commandant  général  de  la  garde 
nationale  donna  sa  démission  ,  la  reprit  le  même 
jour  ,  et  ne  fit  punir  personne  (  i  ). 

Une  telle  mollesse  ou  une  telle  connivence  est  le 
plus  sûr  encouragement  à  commettre  de  nouveaux 
crimes.  Moins  de  trois  mois  après  ,  il  en  fut  en 
conséquence  commis,  pendant  la  nuit  du  5  au  6 
octobre,  de  bien  plus  atroces  encore  ,  qui,  favo- 
risés, dirai-je  par  l'étrange  ,  dii'ai-je  par  le  fatal 
sommeil  du  commandant  général  de  la  garde  na- 
tionale parisienne ,  ne  furent  pas  mieux  empêchés 
que  ceux  du  mois  de  juillet,  et  à  la  suite  desquels 
l'offre  de  sa  démission  ne  fut  pas  réitérée. 

L'orateur,  sur  la  proposition  duquel  avoientété 
YOtés  des  hommages  à  M.  Necker,  le  i3  juillet 
1789  ,  accompagna  le  Roi  à  Paris  le  t^  du  même 
înois.  Dans  la  harangue  qu'il  fît  en  cette  occasion 
à  l'Hôtel-de-Ville  ,  il  ne  parut  pas  trouver  que  le 
rappel  de  ce  ministre  fût  trop  chèrement  payé  par 
les  crimes  qui  s'étoient  commis  peu  de  jours  avant 
celui  011  il  parloit.  Il  ne  parut  pas  presseiitir  quels 
effets  dévoient  naturellement  produire  et  l'impu- 
nité de  ces  crimes,  et  le  renvoi  des  troupes néces- 


(0  On  lit,  dans  les  Mémoires  de  M.  Bailly  (t.  II  ,  p  3.3), 
que  M.  de  La  FayeUe  lui  avoit  dit,  qu'il éloït  bien  convaincu  que 
sa  (fc'mission  ne  serait  pas  accepice  ,  et  qu'il  n'endort  point  sericuse- 
'nrnt  le  dessein  de  gr  retirer. 


(  69  ) 
sairespour  proléger  la  sûreté  pnblitpie  ,  auquel  If 
Rois'étoil  cru  forcé  de  conscnlir,  et  le  raj)pel  non 
moins  contraint  du  ministre  que  ce  m^aie  Roi 
avoit ,  peu  de  jours  auparavant,  cru  nécessaire 
de  congédier,  et  la  substitution  de  MM.  Raillv  et 
de  La  Fayette  à  Louis  XVI  dans  l'exeicice  de  la 
puissance  executive.  C«*t  éloquent  orateur  ne  parut 
pas  apercevoir  que  tout  cela  ti-udoif  naturelleuient 
a  amener  à  sa  suite  de  plus  grands  attentats  encore. 
Lorsque  ceuv  des  5  et  ()  octobre  arrivèrent,  il 
téoioigna  contre  eux  une  honorable  indignation, 
qui  ne  Je  porta  pas  néanmoins  à  remontera  leur 
cause. 

Maintenant,  il  renouvelle  à  une  chambre  légis- 
lative la  propositio',1  de  voter  une  récompense 
nationale  à  un  ministre  qui  a  cessé  de  l'élre.  Il 
paroît  ainsi  avoir  peu  compris  les  conséquences 
d'un  tel  systùme. 

Chacun  voit  assez  que  ce  système  n'auroit  aucun 
danger  immédiat  dans  son  application  à  un  sujet 
aussi  fidèle  (jiM.'  M.  letluc  de  Kichilieu.  Les  insur- 
i-ections  ne  s(jul  point  la  route  par  laquelle  sont 
rappelés  au  ministèn;  des  sujets  fidèles. 

.  .Mais  l'evemple  n'euscroitpas  moinsdangereux. 
Le  ministère  peut  être  occupé  par  des  hommes  à 
qui  ,  s'ils  étoieut  congédiés  ,  tous  les  moyons 
seroient  bous  pour  s'y  rétablir  contre  le  gré  de 
leur  maître.  11  ne  faut  pas  ouvrir  de  nouveau  la 
roule  au\  bas  courtisans  d'une  aveuçle  faveur 
]>o]Milaire,  qui  s'en  voudroient  faire  une  arme 
perfide  jxinr  doniincr  «'l  «»j>priijier  leur  xtation 
cl  leur   iii»i. 

to  janvier  1819. 

L.  1  .  V .  DE  K  ER<;o»;i  A\  . 


PS.  Le  projet  de  loi  app  )rté  le  1 1  lauNier  181Q 


(  7«  ) 
à  la  Chambre  des   Députés  ,    étoit  impossible  à 
pre'voir. 

M.  le  duc  de  Richelieu,  par  sa  lettre  du  3  dn 
même  mois  ,  adressée  à  M.  le  président  de  la 
Chambre  des  De'piites  ,  avoit  décline  la  partie 
pécuniaire  de  la  récompense  qu'on  avoit  proposé 
aux  Chambres  de  lui  a  oter. 

Le  projet  de  loi  semble  faire  grâce  à  l'Etat  du 
fardf'au  qu'on  a^oit  voulu  lui  imposer.  Mais  ce 
fardeau  .  il  le  déverse  sur  la  couronne  dont  il 
propose  la  spoliation.  Il  invite  les  Chambres  à 
y  concourir. 

Il  leur  propose  à  cet  effet  d'aliéner  des  biens 
déclarés  inaliénables  et  imprescriptibles  par  l'ar- 
ticle 9  de  la  loi  du  8  noveml^re  iBi4,  relative  à 
la  liste  civile  et  à  la  dotation  de  la  couronne. 

Il  leur  propose  de  décerner  une  récompense , 
et  parla  de  faire  un  acte  qni  n'est  point  du  ressort 
naturel  de  la  puissance  législative  5  il  leur  propose 
de  casser  ainsi  implicitement  une  loi,  et  quelle 
loi  ?  Celle  qui  décîare  la  dotation  de  la  couronne 
inaliénable  et  imprescriptible. 

Cette  mesure  qui  ten droit  à  transformer  un  Roi 
en  président ,  et  une  couronne  héréditaire  en  une 
magistrature  élective  ,  ne  peut  faire  illusion  à  la 
fidélité  des  Chambres  ,  et  sans  doute  j\[.  de  Riche- 
lieu ne  se  prêtera  pas  à  servir  d'instrument  à  une 
combinaison  si  désastreuse. 

Il  lui  seroît  d'ailleurs  pénible  de  dérober  les 
épargnes  du  Roi  sur  sa  liste  civile  au  pieux  et  tou- 
chant usage  auc|uel  nous  les  avons  vues  jusqu'ici 
appliquées,  au  soulagement  des  infortunés  qui  ont 
versé  leur  sang  et  consumé  leurs  biens  pour  leur 
Roi  et  leur  mère-patrie.  Qui  pourroit,  sans  être 
soi-même  dans  le  besoin,  disputer  ces  secours  à 
une  veirtueuse  indigence  ? 

L.  F.  P.  DE  Kergoblay, 


C  7'  ) 

De  la  Marche  du  Ministère ,  et.  de  la  Charte  danv 
ses  rapports  a^ec  la  révolution  et  les  droits  d& 
la  royauté. 

Qu'à  la  stiite  d'une  longue  révolution  ,  qui  a 
déhiilc  par  des  sojjhismes  avant  de  se  tcrminei- 
par  le  sanjj,  il  se  rencontre  une  foule  de  gens  assez 
insensés  ou  assez  pervers  pour  repéter  sans  cesse 
autour  de  l'aulorilé  :  «  Prenez-v  garde,  la  pro- 
»  gression  des  lumières  est  gr.'.ide,  une  ère  nou- 
»  velle  a  commencé  pour  les  sociétés ,  connoisser 
î>  la  généralior»  avec  laquelle  vous  avez  afiaire, 
»  elle  lu'  v«'ul  décidément  entendre  parler  ni  de 
«  mi^ralr  ni  de  religion;  en  conséqniînce,  faites- 
»  lui  d»;3  lois  qui  ne  la  gênent  pas,  car  elle  est 
X  d'un  naturel  impatient;  tremj)ez-lui  des  soupes 
>»  économiques,  car  elle  est  nombreuse,  et  tenez- 
M  vous  tranquilles.  » 

Que  de  siMuhlahles  propos  émanent  des  mêmes 
hommes  qui  avisèr«Mit  en  Sj^  qu'une  monarchie  de 
quatorze  siècles  n'étoit  pas  constituée ,  et  qu'il 
lalloit  y  remédier  au  plus  vite;  cela  ne  m'étonne 
pas  :  il  est  des  st'ctes  qui  se  perpétuent  en  politique 
comme  d'autres  en  religion,  et  les  sophistes  sont' 
de  ce  nombre,  ou  plutôt  les  sophistes  sont  comme 
une  maladie  commune  à  tous  les  vieux  peuples  j 
ils  oui  dévoi'é  la  (jrèce,  ils  ont  dévoré  Rome  et" 
Bisance.  l/euuu(pic  rSarsès  les  redoutoit  plus  que 
les  (iétuirs  cl  les  lluns.  Ce  sont,  en  elFct ,  d<'  puis- 
sans  auxiliiiires  des  ualious  nou\  elles  ;  de  nos  jours, 
ils  ont  t.'tnl  lail  que  le  lîaskir  et  le  Tartare  d«'S  dé- 
serts de  l'Asie:  ont  visilt*  la  \illc  de  Henri  IV  et  de- 
Louis  XI \  ,  »;l  que  de.-»  chevaux  de  l'Ukraine  ont 
été  \us  attachés  aux  poteaux  du  vieux  Louvre. 

Mais   que-   de    tels  homiucs  et    leurs  docti-ines  , 
loul 'prou\  es  qu'ils  &uicut ,  u'uicnt  poiul  tlé  rc- 


(  70 
poussés,  c|u'ils  aient  encore  action  sur  le  gouver- 
nement, que  la  France  Soit  de  nouveau  livrée  à 
leurs  es5ais  politiques  :  c'est  ce  qui  ne  peut  se 
comprendre.  Que  suitout  les  ministres  d  un  Roi 
qui  a  bu  à  longs  traits  «  la  coupe  de  l'adversité,  et 
qui,  comme  Ulysse,  a  perte  long-temps  chez  les 
nations  étrangères  son  cfiadème  et  ses  vertus  ;  que 
ces  ministres,  dis-je,  agissent  aujourd'hui  comme 
si  la  France  etoit  toujours  jeune  pour  l'erreur,  et 
qu'elle  pût  allier  ensemble  de  vaines  illusions  et 
des  leçons  dont  elle  frémit  encore,  ou  que  ,  se 
croisant  les  bras  sans  a\oir  rien  fait  pour  arrêter  le 
mal ,  ils  proclament  les  premiers  sa  toute-puis- 
sance, et  semblent  dire  au  torrent  :  Roule  et  em- 
porte-nous dans  ton  cours;  comme  ce  nautonnier  en 
démence,  cpii ,  après  avoir  rejeté  son  lest  et  son 
ancre,  se  laisseroit  emmener  dans  la  haute-mer  à 
rapproche  d'un  gros  temps,  c'est  ce  qui  passe  toute 
croyance  ,  c'est  ce  qui  confond  toutes  les  idées  re- 
çues, c'est  ce  c[ui  achève  de  troubler  la  conscience 
des  peuples. 

Cepend;nt  notre  situation  est-elle  si  compliquée 
qu'elle  ne  puisse  être  définie  clairement?  Ah!  que 
si  laissant  ime  fois  tout  le  verbiage  de  l'école  et 
tous  les  mots  sacramentels  qui  n'en  imposent 
qu'aux  adeptes,  on  s'efForçoit  à  nous  parler  le  lan- 
gage de  la  raison  ,  et  qu'on  nous  dît  simplement  : 
Il  n'est  donné  ni  à  1  homme  ni  à  ses  ouvrages  de 
durer  éternellement  5  tout  est  enfin  changé  ou 
modifié  par  le  temps  ,  et  si ,  comme  l'a  dit  jNIon- 
tesquieu,  la  société  s'établit  parce  qu'un  enfant 
naît  auprès  de  son  père  et  s'y  tient,  elle  se  dérange 
aussi  parce  qu'il  vient  une  époque  ovi  l'enfant  né 
auprès  de  son  père  ne  s'y  Teut  plus  tenir;  il  ne 
s'agit  donc  pas  de  décider  si  ces  changemens  sont 
bons  ou  déplorables  en  eux-mêmes;  ce  sont  des 
nécessités;  quelles  qu'elles  soient,  subissez-les ,  car 
elles   sont  inévitables  comme  le  destin  ,   à  cette 


(  7n 

première  profession  de  loi  nous  prêterions  d'aborti 
une  oreillf  attentive,   et  pour  que,  nous  ffisaut 
grâce  de  la  siipiriorilc  de.  /'ôponiie ,  de  la  yerjcc- 
tibilitt'  indcfinie ,  du  jjii^^ics  des   lumières  et  de 
tant  d'autres  niaiseries  faites  pour  le  vulgaire  des 
crovans,  et  dont  les  grands  d«r\ielies  àv  la  secte 
rient  les  premiers  sous  leurs  barbes,    on    nous 
exposât  seulement  les  besoins  d'une  population 
phis  nombreuse ,  le  ijouveau  cours  des  idées  ,  1  al^ 
foiblissemcnt  des  préjugés  salutaires  sur  lesquels 
reposoit  l'ancit  n  ordre  d<-  choses,  et  i-nfin  tous  les 
intén'ls   nialéricls   nés  de  la   révolution,    alors  il 
seroil  facile  de  s'entendre  avec  nous,  et  le  terrain 
sur  lequel  nous  nous  réunirions  seroit  celui  de  la 
Charte,  la  Charte  a  fait  la  fiart  du  siècle  :  celle  de 
la   légitimité,   c<lle    des  j)rincipes  immuables   ne 
dép<'udoit   d'aucune  puissance    humaine  .   Le  Roi 
s'est  aperçu  que    vingt- cin((   ans  de   rcvolut  on 
avoicnl  ouvert  un  abîme  eflravant  entre  le  passé 
et  l'avenir  de  la  Franct-  ,  et  la  Charte  a  comblé  cet 
abîme  ,  semblable  à  cet  autel  ébvé  parles  Romains 
à  la  Concorde  sur  la  biiuchr  d'un  ;incien  gouflre. 
Mais  cette  (Charte,   volontairement  oclrovée  ,  ne 
peut  £'tj'e   considérée   comme   un   traité   de   paix 
entre  la  révolution  et  la  légitimité 5  cette  Charte 
est  féconde,   et   de    tous    les   élémens   divtrs   «lui 
peuvent  v  être  renfermés,  c'étoil  à  rh:d)ileté  des 
ministres  à  ne  laisser  sortir  <jue  la  monarchie  et  la 
liberté. 

La  révolution,  si  elle  éloit  s»  ule  chargée  de 
couimenter  la  (Charte,  pourroit  n'y  voir  que  les 
vent^  natiimale.s  garanties  ,  (jue  tous  les  pri\il<'ge.s 
abolis,  <  l  rnlin(ju«'  la  royauté  réduite  comme  l'est 
sou\ent  un  F.tat  après  un«'  guerre  malheuretj<ie. 
■Mais  lii  l-  ranceei)  niasse,  tpii  u'r.sl  pas  révolution- 
naire, et  à  la(|uelle  appartient  la  Charte,  a  t\\i  y 
voir  a\ant  tout  le.s  autels  à  jamais  relevés  et  affer- 
mis ,    nos  eulaat    rendue  au  -reuos   et   aux   saiucs 


C   74   .) 
doctriiK^s,  et  ces  lis,  si  chers  à  nos  pères,  assure's 
à  notre  postérité. 

Il  y  a  donc  dans  la  Charte  une  partie  quf  peut 
s'appeler  fîémocvalique,  c'est  celle  qui  a  stipulé 
pour  des  intérêts  particuliers  ou  géne'raux,  au  dé- 
triment des  anciennes  prorogatives  de  la  cou- 
ronne; mais  cette  partie  exceptée,  toute  la  Charte 
-est  dévolue  aux  intérêts  du  pouvoir  dont  elle  est 
émanée,  et  c'est  dans  toutes  les  institutions  qui  en 
sont  le  comple'ment ,  que  le  trône  a  dû  chercher 
ses  points  d'appui.  Mais  il  n'en  a  pas  été  ainsi  ;  on 
a  permis  que  la  révolution  ,  dont  la  part  étoit 
iaite,  et  qui  devoit  garder  le  silence  ,  parlât  plus 
haut  que  de  coutume  :  elle  a  dicté  la  loi  sur  les 
élections,  la  lui  sur  le  recrutement;  elle  est  venue 
s  asseoir  jusque  dans  le  conseil  des  ministres  sans 
qu  ils  la  reconnussent;  elle  a  rédigé  plus  d'une 
ordonnance;  et  la  royauté,  qui  avoit  donné  des 
sûretés  à  son  ennemie  ,  n'a  pas  cru  devoir  prendre 
les  siennes. 

Un  semblable  système  ne  pouvoit  être  suivi 
sans  obstacles,  sans  contradictions;  on  s'est  irrité 
d  en  rencontrer;  chose  singulière  !  on  vouloit  être 
despote,  même  en  faisant  de  la  dénroci'atie ,  et 
imposer  les  idées  libérales  comme  Buonaparte  im- 
posoit  la  servitude;  la  passion  de  l'arbitraire  fait 
naître  le  besoin  des  flatteurs,  on  n'a  bientôt  prisé 
qu'un  seul  mérite  ,  celui  de  la  docilité;  on  a  appelé 
<à  grands  frais  des  hommes  oubliés  qu'on  a  fait 
remonter  sur  la  scène ,  et  qui ,  tout  embarrassés 
entre  leurs  premiers  et  leurs  nouveaux  rôles  ,  ont 
été  surpris  balbutiant  à  la  fois  les  paroles  du  des- 
potisme et  de  la  liberté;  on  s'est  jeté  dans  des 
haines  et  dans  des  amitiés  égralement  extraordi- 
narres.  JJes  conjurations  ,  des  tentatives  a  maui 
armée  sont  survenues  ;  comme  elles  pouvoicnt 
compromettre  le  système  ,  et  que  la  raison  d'Etat 
Tcut  qu'on  soit  iulaillible  ,  ou  n'en  a  pas  vaulu. 


(75) 
davantage  aux  conspirateurs  qu'à  ceux  qui  avoicTit 
étouffé  la  conspiration  avec  trop  d'éclat,  pour 
ainsi  Jirc  avec  trop  de  brutalité;  on  a  laissé  les 
affaires  de  Lvou  comme  dans  un  nuaf(e  ,  aliu-que 
chacun  pût  v  voir  des  fantômes  au  ijré  de  srs  pas- 
sions, et  il  a  été  enjoint  à  tout  le  monde  de  triom- 
jiher  plus  niodestem<'nt  des  ennemis  du  Roi.  I.a 
révolution  ,  qui  avoit  un  échec  à  réparer,  a  voulu 
faii'e  expier  leur  audace  à  ceux  qiu*  fui  avoient  dé- 
fendu 1rs  |)(jrt<'s  fie  Grenoble  ri  de  Lyon,  l^ientôt , 
par  une  diversion  macliia\éliqnc  ,  ils  ont  élé  «ux- 
mémcs  trav«'stis  en  conspirateurs,  et  si  l'esprit 
railleur,  mais  équitable,  qin'  dicta  la  satire  Mé- 
HYppéc,  et  qui  n'abandonna  jamais  nos  j)éres, 
s  étoit  conservé  parmi  nous,  il  lums  entreprésenté 
sans  doute  la  révolution  li;!hillant  ellc^-ménie  les 
généraux  Canuel  et  Donadieu  des  dépoiiilh's  de 
quelques  chefs  de  bandes  du  Khôue  tt  de  l  Isère , 
et  traînant  ainsi  ces  nouveaux  accusés  devant  le 
juge  tlinscruction  ,  seuls  ,  sans  appui ,  méconnois- 
sables  à  tous,  et  éloignés  tous  deux  de  ces  rem- 
parts qu'il  leur  e*it  suffi  ,  comme  à  INIanlius,  de 
montrer  du  doigt  jxjur  se  faire  absoudre. 

Cependant, au  milieu  de  cette  lutte  funeste, enga- 
gée par  l'ancien  ministère  contre  ses  amis  naturels, 
le  iteuple  est  demeuré  long-temps  immobile  :  il 
oublie  nKjins  vile  fjne  nos  Lt  ureux  idiik»sophes  ; 
les  leçons  de  la  Pi-ovidenee  le  trouvent  plus  allen- 
lif,  J  es  événemens  de  linterrègne,  lîuonaparte 
jeté  comme  par  la  fatalité  de  l'î'e  d'F.lbe  à  Paris, 
elde  l*aris  aux  rochers  de  Sainte-Hélène,  les  dé- 
.«iaslns  du  Mont-Saint-Jeaii  ,  les  souffianees  de 
l'invasion,  et  surtout  l'inépni'^abh'  bouté  du  R(jÎ  , 
lui  avoient  laissé  une  profonde  isnpression;  qui 
sait  même  crqn  il  réservoil  à  ses.  séducteurs,  si  ou 
les  lui  eût  abandonnés?  Mais  il  senible  qu'on  ait 
pris  à  tâche  de  les  justifier,  oubliant  sans  doute 
que,  daa3  la  situation  où  se  Uouvoil  la  France, 


tout  le  monde  ne  pouvoit  pas  être  innocent,  et 
qu'il  est  des  crimes  que  ni  l'équité  ni  la  politique 
ne  permettent  de  déplacer. 

Le  premier  acte  qui ,  sous  le  Roi ,  fit  considérer 
les  royalistes  comme  un  parti,  fut  donc  un  pas  ré- 
trograde en  révolution.  Ceux  qui  a  voient  favt  le 
ao  mar^  saisirent  avidement  l'occasion  de  pei'sua- 
der  à  la  multitude  qu'eux  et  leurs  amis  n'a  voient 
conspiré  que  contre  le  trône,  mais  que  d'auti'es 
osoitnl  coiLspirer  contre  elle-même;  c'étoit  don- 
ner le  change  aux  ressentimens  populaires,  c'étoit 
se  couvrir  habilement  de  son  ennemi  pour  le  faire 
frapper  à  sa  place.  La  politique  éti*oite  qui  tenta 
d'isoler  le  trône  de  ses  appuis  naturels,  ne  s'aper- 
eut  pas  qu'elle  le  suspendoit  dans  le  vide  ;  elle  ne 
comprit  pas  que  le  pouvoir  disposoit  de  tout,  sauf 
les  liainrs  et  les  affections.  Eu  vain  les  faux  amis 
de  la  rovauté-lui  répétent-ils  sans  cesse  :  Désarmez- 
vous,  affoiblissez-vous ,  et  nous  vous  aimerons. 
La  force  est  la  première  vertu  des  Pvois ,  c'est  celle 
que  le  peuple ,  par  instinct  de  sa  conservation  . 
préfère  à  toutes  les  autres  ;  il  sait  gré ,  tôt  ou  tard  , 
dû  mal  qu'on  l'empêclie  de  faire  5  il  plie  ave< 
amour  sous  les  princes  qui  portent  dignement  leur 
couronne  ,  qui  croient  fermement  en  la  royauté  ; 
et  du  jour  où  il  i-emarqueroit  en  eux  quelque 
embarras,  quelques  remords  de  leur  supériorité, 
le  trône  ne  seroit  pas  renversé,  il  tomberoit  de 
sou  propre  ])oids.  Les  meurtriers  de  Louis  XYI 
lui  ont  eux-mêmes  reproché  sa  foiblesse  ;  n'a-t-on 
pas  entendu  ces  hommes  de  sang  accuser  la  main 
qui  ne  les  avoit  pas  anéantis ,  et  les  bourreaux  eux- 
mêmes  se  plaindre  de  l'extrême  résignation  de  la 
victime? 

Ce  n'est  donc  que  parce  que  le  gouvernement 
n'a  pas  été  soigneux  de  ses  intérêts ,  que  parce 
qu'on  a  laissé  déborder  la  démocratie  jusque  dans 
des  institutions  qui  dévoient  en  être   garanties. 


(  77  ) 
que  la  France  n'a  pas  encore  trouvé  le  repoÂ.  Par 
quelle  f;it;ilite  n'a-t-fjii  voulu  voir  daus  la  Charte 
que  les  concessions  iaites  par  la  couronne  ,  et  ut 
pas  V  voir  les  diûits  qu'eik  s'y  est  réservés?  Le 
siècle  qui  a,  dites-vous,  exigé  des  concessions, 
saura  bien  les  défendre;  quant  a  vous,  que  ne 
défendez-vous  c  qui  reste  à  la  loyauté?  sentinelle 
vigilante,  conservez-lui  des  préroîjativl'S  ijui  lé- 
poudei.t  de  notre  avenir;  que  u  avez-vojis  fait 
respecter  son  droit  de  nommera  tous  les  emplois? 
que  n'avcz-vous  déjà  fortiilé ,  par  tousles  moveus 
possibles,  devant  le  trône  le  rempart  de  la  pairie, 
et  le  remj)art  pins  inexpugnable  des  nueurs  et  «le 
la  religion?  Fn  un  mot,  <|ue  n'avez-vous  fait  en 
sorte  que  chacun  prît  dans  la  Charte  ce  qui  lui 
revient,  et  q»ie  personne  ne  s'y  fît  la  part  du  lion? 
La  tâche  est  difficile ,  sans  être  au-dessus  des  forces 
de  l'homme-,  mais  (jue  b's  dépositaires  du  pouvoir 
soient  bien  convaincus  qu  aujouicVhui  l'on  ne 
peut  plus  se  tromper,  et  nster  innocent.  Le  mal 
dont  la  société  est  tra\aillée  est  connu  ch'  tous,  et 
c'est  aimer  le  mal  que  ne  pas  savoir  l'arrêter.  Si 
«CUV  qui  ffouvernent  ne  se  rej)aissent  pas  de  chi- 
mères ,  s'ils  recherclu'iit  d'utiles  av<rî.is.semens . 
combien  ils  en  lrou>eront  dans  les  seulimcns  de 
leurs  ennemis ,  flans  leur  luuesie  joie,  et  surtout 
dans  b'urs  écrits!  Combien  il  a  fallu  que  l'opinion 
se  fût  déjà  pervertie  pour  que  naguère  U7ic  lemnie 
célèbre  non-seulement  se  soit  endormie  dti  der- 
nier sommeil  a\ec  toutes  ses  illusions  de  8q  ,  mais 
ait  cru  dexoir  nous  léguer  en  mourant  une  lon'«-uc 
apologie  de  la  révolution  .  où  les  scènes  qui  l'ou- 
vrirent sont  rapjielées  naïvement  comme  les  pre- 
miers jours  d'un  beau  vo\ajj'e,  et  où  les  charmc., 
ineflahlcs  de  la  popularité,  les  délices  de  l'inno- 
vation ,  l't  le  spectacle  si  majestueux'  d'un  pcrq>le 
qui   se  régénère* ,    sont  retr<<céa  avec  cette  même 


_    (  73  )   _ 
imae^inalion  qui  peignit  en  traits  de  feu  les  amours 
de  Corinne  et  le  beau  ciel  d'Italie  ! 

Le  peuple  n'a  pas  le  privilège  d'uu  si  long  dé- 
lire, il  ne  niarclie  pas  le  premier  aux  révolutions, 
il  n'en  revient  pas  le  dernier.  Quand  les  jours  de 
son  ivresse  soîit  passés,  quand  il  est  rendu  à  lui- 
même  ,"  il  l'est  bientôt  à  toutes  les  idées  d'ordre 
et  de  })aix  dont  la  Providence  lui  a  fait  un 
besoin.  C'est  pour  lui  que  l'on  doit  gouverner,  et 
non  pour  quelques  sophistes  qu  il  faudroit  relé- 
guer, comme  à  Rome,  dans  leurs  écoles  et  sous  le 
portique  des  académies.  Que  le  domaine  de  la 
pensée  suffise  à  leurs  spéculations.  La  morale  , 
premier  principe  de  toute  politique  ,  de  toute  lé- 
gislation ,  a  été  donnée  parlait*;  à  riiomme  ,  et  il 
ne  veut  pas  qu'on  déshonore  le  premier  de  tous 
les  dons  célestes  ,  en  l'assujétissanl  à  la  perfecti- 
bilité de  ses  arts;  la  société  n'adopte  pas  ceux 
dont  les  rêveries  ne  se  lient  pas  à  ses  besoins, L'expé- 
rience fait  sa  vie,  son  inrmortalité  5  elle  se  refuse 
en  frémissant  aux  téméraires  investigations  du  so- 
phiste ,  comme  un  corps  animé  se  réveilleroit  sous 
le  scapel  qui  ne  doit  interroger  que  sa  mort.  Il 
faut  donc  veiller  à  ce  que  la  vérité  reste  à  décou- 
vert au  milieu  des  hommes,  puisque  son  seul 
aspect  fait  pâlir  l'eri^eur  ,  comme  ii  suffit  de  la 
feimieté  pour  dissiper  les  factieux.  Il  laut  le  dire, 
c'est  la  fermeté  seule  qui  les  désef^père,  et  le  ttu'me 
de  leurs  espérances  est  le  commencement  du  repos 
public.  C'est  le  propre  des  grands  Piois  de  forcer 
les  factieux  de  mourir  paisibles  dans  leurs  lits  ;  si 
ÎMayeune  Huit  avec  tant  de  calme  et  de  douceur 
des  jours  si  agités,  il  le  dut  à  Henri  IV,  qui ,  non 
content  de  le  vaincre,  lui  ]»répara  peut-être  des 
remords  dans  l'impuissance  de  mal  laire. 

Après  avoir  considéré  cette  force  de  Henri  IV 
tempérée  par  tant  de  bonté,  nous  considérerons 


(  79  ) 
la  giancleur  si  Llen>ciilaute  de  LouisXIV,  ct,cii 
tlrpitclcsnovatturs,  uousdéinontrerons  combien  il 
nous  si'i'.i  lacilc  de  piouvevque  ce  ne  fut  point  un 
f;auverneaiciit  iiit'dit»cre  que  celui  qui  sut  calmer 
[«'.s  factions  sans  briser  leressort  des  caraclèrcs;nous 
rajjpeîlerons  (jue  si  Louis  XI\  ,  au  lieu  d'être  uu 
-raiid  roi,  n'eût  été  qu'un  despote,  il  eût  abruti 
la  nation  au  lieu  de  l'éclairer,  il  eût  eu  peur  de 
son  siécie  au  lien  d'en  être  fier  et  de  marcher  à  sa 
ir'iv.  Ia-  Gland  (^Otidé,  La  Rocln  foucauld  et  le  car- 
dinal de  lîrt/  vivant  en  bons  citoyens,  et  mourant 
en  chrétiens  après  tant  d'agitations  évanouies 
comnn*  un  rêve  ,  témoignent  hautement  en  faveur 
du  Monarque  qui  leur  imposa  le  repos  sans  attenter 
.sur  leur  gloire,  et  se  priver  de  leurs  talens. 

On  ne  remarquera  jamais  assez  combien  est 
dii^ne  d'admiration  et  de  reconnoissance  la  marche 
d'un  bon  gouvernement  api'és  des  ti'oubles  civils. 
Sévir  contre  les  individus  en  respectant  les  prin- 
cipes du  mal ,  n'est  que  trop  habituel  en  politique. 
Les  li-oubles  sont  apaisés  que  bien  souvent  les 
causes  ({ui  les  ont  amenés  leur  survivent  encore; 
ne  pas  les  perpétuer  dans  l'Etat,  se  déléndre  de  la 
séduction  des  idées  qu'on  a  soi-même  combattues , 
ne  pas  perdr»;  de  vue,  dans  le  choc  des  opinions 
qui  se  succèdent  et  varient  sans  cesse,  des  droits 
rt  des  devoirs  qui  ne  peuvent  changer  •  ne  pas  con- 
clure d»;  la  louj^iuHir  <'t  de  la  gravité  de  la  maladie  , 
qu'ellf  fut  en  elle-même  iné\  ilabU»  ou  salutaire  au 
torj»s  politique^  ne  pas  se  llatter  d'arrêter  les  fac- 
lions  ru  leur  cédant,  ni  les  tromper  en  les  caressant  ; 
les  forcer,  enlin  ,  à  marcher  sous  ses  bannières  au 
lieu  de  s'enrôler  sous  les  leurs  :  telles  sont  les  obli- 
gations d'un  ;;rand  prince  dans  une  telle  situation  ; 
nous  le  léjiéluMs,  telle  a  été  la  marche  de  Henri  IV 
ft  de  Louis  \  I  \  ,  éminemment  doués  tous  les  deux, 
par  la  l*i  ovidence  ,  des  «pialités  qui  ]>fiuvoii  ut  ti'r- 
liiinerlaLigue  elL  i  ronde. Telle  cil  la  marche  que 


(  «o  ) 
Louis  X\III  vient  Je  prescrire  à  ses  ministres  et 
aux  Chambres  dans  le  discours  d'ouverture.  Qu'elle 
soit  suivie,  et  la  France  ,  heureuse  et  forte  par  la 
sagesse  de  son  Roi  ,  oubliera  bientôt  ses  malheurs  , 
pour  se  livrer  toute  entière  au  sentiment  de  la 
reconnoissancc. 

Le  ^  icomte  de  Suleau. 


MELANGES. 

Tant  que  certains  pamphlets  portoient  la  cou- 
leur deFopposition,  oupouvoit  du  moins  supposer 
leurs  dûctiiues  frapjiées  d'anathème  ;  aujourd'hui 
que  par  une  métamorphose  peu  étonnante  ,  mais 
un  peuprompt(>  ,  ils  deviennent  les  apologistes  du 
nouveau  ministère,  on  peut  concevoir  quelque 
inquiétude  sur  la  progression  révolutionnaire  de 
leurs  principes.  Tout  ce  qui  fut  honorable  ,  tout 
ce  qui  fut  loyal ,  est  le  but  de  leurs  attaques  com- 
binées ;  tout  ce  qui  se  montra  religjieux  ,  tout  ce 
qui  fut  fidèle ,  n  est  pas  pour  eux  la  France.  Il  est 
surtout  une  contrée  dans  ce  beau  pays  dont  il 
iiiudroit ,  s'il  étoit  possible,  faire  disparoître  la 
mémoire,  et  la  patrie  desd'Elbecc,  desKonchamps, 
desLescure  ,dcs  Larochejacqueleiu,  n'est  pas  pour 
certains  hommes  une  patrie  commune.  Aies  enten- 
dre, cesi  une  assertion  hyperbolique  que  de  dire  que 
le  feu  sacré  de  l'amour  pour  le  Roi  et  pour  le  trône  a 
été  conservé  dans  ce  po-ys  par  une  fidélité  éminem- 
ment dévouée.  y4ux  premiers  jours  de  la  révolution 
en  1789^  l amour  pour  le  Roi  étoit  le  sentiment 
unanime  de  tous  les  Français, 

Personne  plus  que  nous  ne  croit  à  l'amour  des 
vrais  Fiançais  pour  les  Bourbons  j  personne  n'est 
plus  que  nous  convaincu  que  ,  de  tous  les  temps  , 


(  8i   )  ^ 

le   nombre  des  vrais   Fran<;als   fut  considérable. 
^lOtre  histoire  est  honorablement  remplie  de  traits 
de  dévouement  pour  nos  Rois,  et  les  pamphlets 
pouvoient   choisir;  il  est  bizarre  que  pour  prou- 
ver Innaiiimité  d'amour,   ils    citent  précisément 
l'aurore  de  la  révolution.  C'étoit  une  sincrulièit; 
iin.inimité   que    celle    qui   se   manife.stoit  par  les 
hommes  des  5   et  6   octobre.    Etrange   fidélité, 
que   celle  qui   emprisonna  ,   déposa  ,  et  lit   périr 
Louis  X\  [  !  Triste    assertion,  au  moment  où  le 
chant  des  morts  va  nous  appeler  sur  sa   tombe  ! 
Mais  telle  est  la  tacticjue  de  certains  hommes  :  il 
leur  importe  de  changer  la  natui-e   des  idées,  de 
donner  aux  mots  un  sens  qu'ils  n'eurent  jamais  ; 
alors  on  ne  s'entend  plus  ,  et  la  révolution  nous  a 
appris  où  peuvent  conduiie  le  désordre  et  la  confu- 
Rion  des  idées.  La  \  endée,  qui  conserva  l'amoui- 
delà  royauté  dans  toute  son  étendue  :  la  Vendée, 
([ui  se  leva   tout   entière  après  le   21    janvier;  qui 
ne  tut  pas  mise  en  mouvement  par  des  chefs,  mais 
qui  fut  les  prendre  chez  eux  ,  <'t  qui  les  mit  A  la 
tflte  de  ses  ph.ilanj^es  5  celte  Vendée  est  aujourd'hui 
méconnue  ,  calomniée  ;  et ,  pour  diminiier  le  prix 
de  son  courage  et  de  ses  elforls,  on  veut  attribuer 
ia  constance  et  ses  sacrifices  à  toute  autre  cause 
qu'à  celle  qui  l'immortalisera  dans  notre  histoire. 
Mais  cette  même  histoir»'  parle  :    la  postérité  ju- 
gera ,  non  d'apr«'sde  <;opliisti(]iies  assert  i«^)n«! ,  mais 
d'après  le  sang«jnia  («julé;  d  après  la   vérité,  qui 
cr'io.  an  fond  des  lombraux  :  Ja.'s  chefs ,  les  parti- 
sans f'cndt'cns  nvoietit-ils j  vous  i/it-o/i ,  prévu, 
pnjmrr,  ffiri^^  Ifs  t\>cncmens  tic  181  4  ?  Us  y  sont 
rlrfinf>ers .  Ainsi  donc,  lurent  étrangers  a  la  li})é- 
ration  de   Irni-  j)ays  ()0,o«)0  Espagnols  s'ensevelis- 
Attnt  sons  les  ruines  de  Sarragosse.   Ils  tombèrent 
donc  rmhh  gloir*'  et  sans  vertu  ,  puir«qu'ii   ne  Irnr 
étoit  jias  donné  de  voir  raffranchissiinent  de  leur 
patrie.  Misérable  conception  rjne  celle  qui  accor- 
ToME  11.-^  i!j' I-iv«Ai';»./>f.  £ 


(  ^2  ) 

deroit  au  succès  seul  le  caractère  tiu  dévouement , 
et  qui  réJuiroit  l'héroïsme  et  la  fidélité  à  n''etie 
comptés  que  par  les  faveurs  de  la  fortune  1  JNc 
^pouvant  justifier  les  horreurs  commises  contre  les 
Vendéens  ,  on  avance  alors  que  les  deux  partis  se 
le  disputèrent  de  cruauté  ;  on  crie  au  fanatisme  , 
et  on  oublie  qu'alors  que  tous  les  prisonniers  roya- 
listes étoient  fusillés  parles  républicains,  5ooode 
ces  derniers  se  trouvoient  prisonniers  à  Saint- 
Florent.  On  oublie  que  Bonchamps  ,  atteint  d'une 
blessure  mortelle  ,  exigea  de  ses  compagnons 
d'armes ,  au  nom  du  Dieu  ,  au  nom  du  Roi  pour 
lesquels  ils  combattoient  ,  la  grâce  de  ces  mêmes 
prisonniers.  L'histoire  dira  avec  quelle  religieuse 
obéissance  fut  exécutée  la  dernière  demande  du 
héros  5  elle  dira  aussi  quelle  fut  la  reconnoissance 
payée  au  bienfait(i). Ou  se  révolte  contre  les  regrets 
payés  aux  victimes  de  Quiberon.  Leur  élever  un 
vionumetit  étoit  déférer  un  culte  a  des  Français 
qui  ai'oient  aftaqué  le  territoire;  et  insulter  au 
courage,  accuser  ceux  qui  le  déjendirent .  Ils  at- 
taquoient  donc  le  territoire  ,  ceux  qiii  venoient , 
au  nom  du  Roi ,  essayer  de  planter  le  vieux  dra- 
peau blanc  sur  le  sol  de  la  France.  Ils  attaquoient 
le  territoire  ceux  qui  venoient  dire  :  Reconnoissez 
votre  Roi  légitime  ,  qui  ne  lait  point  d'acception 
d'un  Français  à  l'autre  ,  mais  qui  les  regarde  tous 
comme  ses  enfans.  Mon  respect  pour  la  personne 
sacrée  du  Roi  m'interdit  de  tirer  de  cette  assertion 
toutes  les  conséquences  qui  pourroient  en  dériver; 
mais  je  m'étonne  que  lorsque  le  gouvernement  des 
Bourbons  fait  le  bonheur  de  not  c  patrie  ,  on 
puisse  dire  qu'essayer  de  ie  rétablir  étoit  attaquer 
la  France.  Du  reste  ,  ce  langaee  ,  bien  clair,  est 
moins  dangereux  que  celui   qui  se   couvre  u  un 


(i)    T/armée    vendéenne     fut    poursuivie    par    les     moines 
lionnaesl  qu'elle  avoit  délivre's. 


(  83  ) 
voile;  et  Hous  serions  bien  tiauquilles  sur  notre 
avenir  si  toutes  les  doctrines  se  présentoient  clans 
leur  nudité.  Le  bon  sens  est  encore  dominant  en 
France  ;  et  les  amis  do  l'ordre  et  du  l'epos  ,  qui  y 
sont  aussi  en  majorilé,  n'en   déplaise  aux  révo- 
lutionnaires, savent  très-bien  en  qui  ils  doivent 
avoir  confiance.  On  craint,  en. outre,  qu'un  es- 
prit belliqueux  ne  s'entretienne  dans  la  \endce; 
on  veut  pour  elle  les  cliarmes  des  plaisirs  de  fa- 
mille; on  veut  y  répandre  1  instruction  (l'ensei- 
gnement mutuel ,  je  suppose)  ;  il  faut  désabuser  les 
f^endùens  des  rêveries  dont  on  les  berce.  Ah  !  qu'ils 
les  gardent,  au  contraire,  ces  rêveries,  si  c'est  à 
elles  qu'ils  «lurent  leur  inaltérable  courage';  qu'ils 
restent  dans  cette  ignorance,  qui  ne  leur  laissa 
connoître  que  la  nécessité  de  remplir  tous  les  de- 
voirs d'hommes  purs  et  de  sujets  fidèles  ;  la  vie  de 
leurs  aïeux  lut  pleine  de  foi  et  d'honneur;   leur 
mort  fut  glorieuse  ;  que  les  Vendéens  n'aillent  pas 
chercher  d'auties  exeuiples  ;  que  leurs  pères  soient 
leuivs  modèles  :  ils  leui-  léguèrent  leurs   vertus. 
Heureux  le  pays  dont  l'avenir  se  fonde  sur  un  tel 
héritage  ! 

Les  sentimens  (fu«;  nous  manifestons  ici  sont 
ceux  fie  toutes  les  nations  policé«;s.  .Monarchies, 
répiibli(|ues ,  tous  les  L'ouverncmens   s'accordent 

Î)Our  cultiver  et  ent'elenir  Icîs  vertus  par  qui  seules 
es  gouverncmens  existent.  Tous  reconnoissent  la 
fiddlilé;  tous  placent  l'iKHineur  au  rang  drs  droits 
les  plus  sacrés.  Lu  Sui.sse  vient  d  en  fournir  uu 
mémorahh'  e\»rnj)l<'.  (Chacun  se  rnpuelle  le  i  o  anAt, 
jour  de  lunesle  mémoire,  i  a  Dit  te  de  la  coiiiédé- 
ratiou  voulant  prouver  su  recpnnoissance  aux 
Suisses  qui,  a  cette  «-pnffue  ,  dci<udirenl  ';i  vttil- 
lamment  h-  lloi  dr  France,  a  dilibérd  qui!  d.it 
dudcvoirdc  la  Suisse,  rendue  à  rriitilre  jouissance 
de  sa  hbcrtr  el  de  son  i'id,  fjcndiince  ,  d  lionuri  r» 
après  un  silence  involontaire  de  aj  ans,  pur  un 

6. 


(  ^4  ) 

acte  pub Uc  de  recofuioissance  et  d' atfnii ratio n  j  ce 
que  lajùlcliiè  et  la  bravoure  suisses  ont  fait  dans  ce 
jour  pour  la  gloire  du  corps  helvétique.  Si  la  con- 
duite exemplaire  des  autres  régimens  qui  sei^voicJil 
alors  la  couronne  royale  de  France  acquit  h  ces 
tî'oupes  Un  honneur  éternel  qui  rejaillit  .wr  leur 
patrie  ,  toutefois  le  lo  août  1792,  oh  PaTicien  régi- 
ment des  gardes ,  en  défendant  avec  intrépidité  la 
7'oyaulé  légitime  ,  périt  glorieusement  après  une 
lutte  pleiîie  de  gloire  ,  et  sut  attacher  de  brillans 
souvenirs  a  une  catastrophe  déplorable  ;  ce  jour,  de 
l'aveu  de  la  confédération  entière,  est  le  plus  remar- 
quable dans  les  annales  modernes  militaires  de  la 
Si  us  se  ;  ^voulant  signaler  h  F  imitation  des  généra  - 
lions  futures,  cet  exemple  d'un  respect  inviolable 
pour  la  joi  des  sernicns  qui ,  à  une  époque  récente, 
a  servi  de  modèle  à  la  noble  conduite  de  nos  régi- 
mens  capitidés  ;  x^oulanl  surtout  célébrer  dignement 
aux  yeux  de  tous  les  Suisses  qid  se  nouent  au  ser- 
vice des  pinssances  amies ,  ou  à  la  défense  de  leur 
patjHe  ,  le  sacrifice  de  la  vie  pour  le  devoir  comme 
lapins  belle  illustration  d^un  peuple  brave,  comme 
la  loi  suprême  de  riionneur  militaire ,  la  Diète  a 
résolu  d'éterniser  par  un  monument  particulier, 
le  jour  ou  des  soldats  siiisscs ,  nos  contemporains  , 

se  sont  montrés  dans  tout  T éclat  de  ces  vertus 

En  conséquence ,  la  Diète  a  décrété  que  les  nomv 
des  Suisses  morts  au  10  août ,  ainsi  que  les  noms 
de  ceux  qui  vivent  encore  ,  seraient  recueillis  dans^ 
nn  registre  dont  l'archive  de  la  coifcdération  gar- 
dera soigneusement  le  dépôt. 

Tous  les  officiers  ,  sous -officiers  et  soldals^  de 
l'ancien  régiment  des  gardes  suisses  encore  vivans, 
qxd  se  sont  trouvés  le  lO  août  1792  au  combat  de- 
ç>ant  le  château  des  Tidlcries  ,  rece\Tont  au  nom 
de  la  Diète  une  décoration  particulière  ,  savoir  : 
une  médaille  de  fer  coulé ,  sur  laquelle  paroftra  , 
d'un  côté  ,  la  croix  dç  la  Confédciation  Suisse  , 


(  B5  ) 
avec  iah'^encicVintuiTt  ux  Honneur,  cl'^ilcr autre 
<in  lira  lu  simple  date  du  lo  août  '792. 

U'aniès  cette  délibération,  M.  de  tiady,  maré- 
chal (Je  cain|>  ,  premier  aidc-de-canip  suUse  de 
S.  A,  K.  MoNsituu,  lui  charijé  par  le  divectoix'q 
iédéral  de  la  Suisse,  des  diploines  et  des  uict 
dailles  décernes  par  la  llaule  -  Diète  aux  brave» 
anciens  gardes  suisses  ([ui  survécurent  à  l'aftairc 
<lu  10  auMt  I7f>'i-  Il  reiut  en  luèinc;  temps  la  llal- 
Ir'use  mission  de  dislribuei'  ces  récompenses  lui- 
li  la  ires. 

Arrivé  à  Paris,  il  lit  les  déinarclies  n«'cessaires 
pour  que  cette  distribution  pût  se  laireavec  quel- 
que solennité. 

J.e  (î  jauN  ier, /V)/j/-  des  Rui,  il  rassembla  cin- 
quante-sept odiciers,  soiis-olficiers  et  soldats  de 
Tujicien  régiment  des  i^ardes  suisses,  dont  vingt- 
six  sont  aux  Invalides,  ({ni  avoient  été  j)réseas  à 
la  funeste  calastropUc  «lu  10  août  i^iyi.  Celte  réu- 
nion eut  lieu  dans  une  -^v  uub;  salle,  au  iv/,-de- 
tïiaussée  «le  l  li«Slel  di-s  Invalides. 

En  remettant  a  ses  compatriotes  b  ur  nouvelle 
d<ko ration,  Al.  de  Ciady  leur  a  adressé  ces  nobles  et 
touchantes  paroles  :  C'est  au  nom  d«;  la  patrie  <:n- 
liére  que  je  vous  odre  le  gag^c  de.  son  adiniialion 
ri  <le  sa  reconnoissuiK;*'.  Dans  vos  co:urs  et  «lans  le 
tombeau  d«'  vos  lidèles  comjjagnons  d'armes  im- 
m«jlé«  ,  réside  le  siuicluaire  de  la  lidélitc  et  de 
rUér«»ÏMnc  suisse.  Les  pages  de  nolri;  histoire  na- 
li«>nale   «'n   transmelli-onl  le  souvrnir  auv  .'iges  les 

plus  n'cub's l)<';.i    la    Siiiss(î  ,    enoitjueillie    d<' 

votre  suhiMue  conduile,  lait  eng(!r  un  monument 
a  l.uei'rmî,  Oi\  vos  noms  seront  conservés  au  res- 
pect des  générations  lulures. 

Que  le  Dii'H  d«'  nos  pères  daigne  répandre  sur 
vous  s«s  pins  saintes  bénédictions,  en  récompense 
de  votre  lidélilé.... 

C'est  aux  cris  mille  fois  répétés  de  /  Vrc  le  Roi  ^ 


(  8^>  ^ 
'Vive  MoNSiEL'ïi,  notre  coJonel- général;  Vivent 
les  Bourbons ,  que  s'est  terminée  cette  auguste  cé- 
rémonie. Flie  n'a  pu  être  indifférente  aux  cœurs 
français;  et  je  plaindrois  celui  qui  n'auroitpas  été 
ému  en  voyant  ces  vétérans  de  l'honneur  et  du 
courage  recevoir,  avec  un  saint  respect  et  le  plus 
noble  enthousiasme,  le  prix  offert  à  leur  fidélité. 

—  Citer  des  malheureux,  c'est  citer  en  même 
temps  un  trait  de  bienfaisance  delà  famille  royale. 
Cette  vertu  estde  race  chez  les  Bourbons. Une  par- 
tie du  rocher  qui  domine  la  ville  de  Châtcaudun 
s'est  écroulé  le  i  ^  du  mois  dernier.  Quatre  maisons 
ontété  écrasées^  sept  personnes  ensevelies,  L'ébran« 
lement  donné  aux  maisons  adjacentes  a  mis  une 
partie  de  la  population  sans  asile,  dans  une  saison 
rigoureuse.  A  peine  Monsieur,  Mg'et  M"^  Duchesse 
d'AnsfOulème ,  IN^.s''  et  IMadame  la  duchesse  de 
Berrx  ont-ils  connu  ce  funeste  événement  qu  ils 
ont  fait  reineltre  à  M.  le  comte  de  Courtarvel, 
député  d'Fure  et  1  oir ,  la  somme  de  2600  fr.  pour 
être  distribuée ,  comme  secours,  aux  malheureuses 
victimes  de  cette  catastrophe. 

—  Jusants  ici  ,  il  y  avoit  eu  deux  natures  de 
Coricspondayiccs  yrivces  en  Angletei'rc  ;  une  Cor-- 
respondonce  privée  ministérielle,  une  Correspon- 
dance privée  indépendante.  Depuis  quelques  jours 
il  n'y  a  plus  de  nuances  entre  elles  ;  elles  s'accor- 
dent toutes,  et  sont  unanimes  pour  les  louanges. 
C'est  tout  simple  ;  et  le  ministère,  ayant  pour  lui 
la  Minerve  en  France,  doit  avoir  le  Morning- 
Çhronicle  en  Angleterre. 

Castelbajag. 


(B7) 

Paris  ,  le  i4  janvier  iSiQ, 

La  formation  du  nouveau  ministère  avoit  long- 
temps tenu  les  esprits  en  suspens;  à  cette  aj^itation 
cl»'  tiiirérens  intérêts  a  succéoé  une  espèce  de  calme 
<jui  ressemble  à  l'indillércnce.  Les  ministres  ont 
commencé  sans  éclat ,  et  plutôt  comme  disposés  à 
continuer  l'ouvrage  de  leurs  prédécesseurs  qu'à  se 
tracer  une  route  nouvelle  :  leur  marche  tient  plus 
de  l'incerlitufle  qr.e  de  la  lorce.  Dans  ses  rapports 
a\ecles  Chambres,  le  ministère  cherche  une  majo- 
rité dans  les  dilVerenles  nuances  d'opinions  auK- 
qut'lles  il  croit  pouvoir  s'allier ,  et  craint  de  risquer 
la  moindre  démarche  qui  le  compromettroit  au- 
près de  qnelques-uTies  ;  d'un  autre  côté,  les  sub- 
tlivisions  des  Cliambves  ,  incertaines  et  llottanie/:, 
att<'ndent  ]K)ur  tonner  une  ni;i,i()iilé  (jue  le  mir.i';- 
lère  trace  des  lignes  ])Ositivr.s;  il  lautbieu  qu'elles 
sachent  où  le  trouver  pour  le  secourir  ou  le  com- 
battre. 

Fn  attendant  que  ffurlqne  é>ènemenl  vienne 
roinpr»'  cet  é(jMilibii'  (Fineiii*'  ,  les  uns  et  les  autres 
évitent  de  se  ])rononcer  de  crainte;  tie  ne  pas  se* 
trouver  d'accord. 

Mais  on  jjcut  préilire  qu  il  n'y  aura  jamais  do 
majorité  lixe  cpie  là  où  il  y  aura  des  prinLi])es  cer- 
tains, des  docliines  positives  ,  un  but  a\oué  et  des 
moyens  toncordans. 

Ce  qui  peut  arriver  de  plus  heureux  au\  mi- 
nistres sera  de  traverser  la  session  <'u  rj'sserrant 
dans  un  cercle  étroit  le<i  opérations  des  Chambres, 
et  obtenant  des  majorités  artificielles,  par  difle- 
rcnles  condiinaisons  ,  sur  chaque  (jnrslion.  Mais» 
cetti"  marche  qui  pjut-éirtr  sauveroit  momentané- 
ment le  ministère,  cuntinueroil  certainement  à 
perdre  la  France. 

C'est  sûrement  dans  cet  intérêt  de  temporisation 


(88). 
que  les  ministre.-;  de  la  guerre  et  des  finances  ont 
pré.srutc  des  projets  de  loi  sur  le  monopole  dts 
poudres  et  salpêtres  ,  et  sur  celui  des  taLacs.  Quel- 
rni'iniportanles  que  soient  ces  questions  dans 
1  ordre  aduiinistiatif ,  elles  ne  produisent  pas 
d'effet  sur  les  divisions  politiqiies  ,  et  elles  n'aide- 
ront pas  à  déterminer  dans  quelles  lignes  le  minis- 
tère trouvera  ses  points  d'appui. 

C'est  un  malheur  des  temps  où  le  pouvoir  n'est 
pas  étaLli  et  placé  hors  d'atteinte  ,  que  les  ques- 
tions administratives,  celles  (jui  touchent  le  plus 
immédiatement  à  tous  les  intérêts  particuliers, 
tombent  dans  une  sorte  de  discrédit  et  paroissent 
d'une  importance  secondaire. 

Faute  de  documeus  plus  certains,  on  cherche 
à  cleviuer  les  ministres  dans  les  projets  de  loi 
qu/ils  ont  présentés.  Un  ouvrier  ne  peut  pas 
récîuser  le  téiuoiffnajTe  de  ses  œuvres.  On  nous 
avoit  ait  que  les  ministres  anciens  et  nouveaux 
réunis  étoient  constitutionnels  ,  et  qu'ils  pen- 
choîent  vers  le  libéralisme  ;  aujourd'hui  il  est 
évident  qu'on  s'est  tromj)é. 

D'abord  ils  ne  sont  pas  constitutionnels ,  car  : 
1°.  La  proposition  en  faveur  de  M.  de  Richelieu, 
est,  dans  la  forme  où  elle  a  été  présentée  ,  abso- 
lument inconstitutionnelle  ;  la  Charte  dit  :  art.  23, 
'(  la  liste  civile  est  fixée  pour  toute  la  durée  du 
»  règne  ,  par  la  première  législature  assemblée  de- 
))  puisravènement  du  Roi.  »  La  loi  du  8  novembi'e 
ï8i4  qui  fixe  la  liste  civile  dans  laquelle  se  trouve 
comprise  la  dotation  de  la  couronne,  s'exprime 
ainsi  :  ^.  1 1,  art.  9.  «  Les  biens  qui  forment  la  do- 
»  tation  de  la  couronne  sont  inaliénables  et.  im~ 
«  prescriptibles  ;  art.  10,  ces  biens  ne  peuvent 
"  être  engagés  ni  grei^és  d'brpolhèques  ou  d'autres 
»  charges;  art.  i3  ,  les  biens  de  la  couronne  ne 
u  sont  jamais  gres^és  des  dettes  du  Roi  décédé. 


(  «9  ) 
M  non  plus  que  des  pensions  qu'il  pourvoit  avoir 
»   accordées.  » 

La  illiarto  et  la  législalion  qui  en  est  décoiile'e 
pou^ oient-elles  êti'e  plus  positives.'  11  est  donc 
uijsuJuniL'jit  hors  du  ])oinoir  des  (Chambres  d«; 
délibérer  ,  dans  le  cours  du  règjne  ,  sur  cette  liste 
civile,  de  la  diminuer,  de  l'augmenter,  de  ht 
grever,  enlin  de  la  moditicr  de  quelque  manière 
que  ce  puisse  éti"e  :  le  Koi  ni  les  (Chambres  ne 
sauroitnt  aliéner  tout  ou  partie  des  domaines  de 
la  couronne  ;  enfin  la  chambre  de  \SiH  ne  sau- 
roit  imposer  une  obligation  quelconque  a  celle 
qui  aura  à  déterminer  la  liste  civile  du  prince  qui 
succédera  au  troue;  <:t  elle  doit  ,  à  cette  époque  , 
r<-trouver  intact  le  dépôt  des  domaines  qui  a  été 
lait  entre  les  mains  du  Roi,  comme  partie  inté- 
grant»; de  la  liste  civile.  De  tous  les  moyens  qu'on 
pouvoit  imaginer  pour  donner  cinquante  mille 
livres  d<r  rente  à  M.  de  Richelieu,  il  n'en  est. 
aucun  (jui  soit  plus  entaché  du  nIc».'  d  inconstilu- 
tionnalilé;  aussi  les  malxeillajjs  n'ont-ils  pas  man- 
(jue  de  dire  que  les  ministres  n'a\ oient  présenté 
ce  [>rojet,  sous  cette  Ibrme,  qur  'ians  l'intention 
de  le  laire  reluscr  j)ar  les  Chambr«'.s. 

2».  1-a  loi  par  laquelle  on  demande  à  la  Cliambre 
de  voler  riui|)ôt  pour  div-huit  mois  n'est  pas 
coMslifuliounelle  ,  car  la  Clharte  ,  comjne- le  sait  <'t 
le  dit  tit's-bien  M  .  le  ujinistre  des  tinMnc«;s  ,  porte  , 
urt.  4y  •  «  l-'impot  itincier  n'est  consenti  (jue  pour 
»  un  an  ;  »  et  cette  dispositioai  «ju'on  propose- 
d'i'nticindre  ,  est  \v  fjn//uiliuitn\i'.  toutes  N's  liber- 
tés du  pays.  Le.^  ministres  ont-ils  pu  ignorer 
(ju'il  e\i.sl;\t  d'autres  moyens  de  transj)ort<r  l'an- 
née linanciéie  au  i"  juillet,  plus  conlormes  à  l.i 
lettre  et  à  l'espiit  de  la  (>hnrte  ?  ^ 

Kn  voilà  bien  assez  pour  prouver  que  les  mi- 
ni«jli«"s  ntr  sont  pas  constitutionnels  ;  nous  allons 
^oir  ,  outre  cela  ,  <pi'ils  i»e  sont  pas  libéraux. 


(90) 
Si  nous  nous  connoissons  bien  en  libéralisme  , 

le  monopole  du  tabac  ,  celui  des  poudres  et  sal- 
pêtres ,  50ut  des  restrictions  inutiles  de  la  liberté 
du  citoyen,  des  entraves  pernicieuses  à  la  liberté 
du  commerce  ;  ce  sont  des  privilèges  qui  dérangent 
le  niveau  de  l'égalité.  Et  se  pourroit-il  que  les 
fiers  ennemis  des  privilèges  ne  pussent  aller  qu'a- 
vec des  monopoles  ? 

\oilà  donc  des  ministres  qui  se  présentent 
comme  constitutionnels  et  libéraux,  et  qui  ap- 
portent, en  deux  jovu'S  ,  quatre  lois  par  lesquelles 
ils  établissent  deux  iuconstitutionnalités  et  deux 
monopoles.  Cela  j)roraet. 

Cependant  pour  être  justes,  il  faut  observer  que 
si,  à  l'égard  des  monopoles,  les  ministres  n'ont 
pas  été  libéraux ,  au  moins  ils  ont  été  généreux , 
car  ils  les  demandent  non-seulement  pour  eux , 
mais  encore  pour  tous  leurs  successeurs  possibles 
pendant  cinq  afis. 

Mais  pendant  que  nous  observons  la  marche  im-^ 
perceptible  du  ministère, les  circonstances  plus  ou 
moins  importantes  passent  à  côté  de  nous.  La  crise 
financière  que  la  baisse  subite  des  fonds  avoit  ame- 
née les  mois  derniers  ,  semble  terminée  sans  avoir 
produit  des  effets  aussi  terribles  que  ceux  qu'on 
pouvoit  craindre  5  la  bonne  foi  a  faitpaver  ce  que 
i'ardeiirde  gagner  avoit  laitperdre.  On  a  même  vu, 
dans  ces  momcns  de  détresse,  des  preuves  de  désin- 
téressement et  de  sacrifices  dont  le  commerce  n'of- 
froitpas  de  modèle  ,  et  ils  ont  été  principalement 
dus  à  l'esprit  d'association  qui  a  produit  de  véri- 
tables miracles.  La  conduite  qu'a  tenue,  dans  ces 
circonstances  difficiles,  la  compagnie  des  agens- 
de-change  de- Paris  ,  est  à  la  lois  un  bel  exemple 
et  une  preuve  irrécusable  de  l'utilité  ,  de  la  né- 
cessité qu'il  y  a  de  réunir  et  d'associer  les  intérêts 
•semblables  par  des  liens  particuliers.  Les  amis  de 
l'égalité  absolue  qui  voient  des  privilèges  partout 


(  9'   ) 
GÙ  il  V  des  corps,  parviendront-ils  à  se  persuader 
que  1  Etal  ne  subsiste  ([u'au  movf  n  des  inégalités 
qui  se  sont  établies  malip'é  eux  ?  Faites-les  dispa- 
roître  ,  et  la  société  sera  dissoute. 

Un  j(jurnal  nous  apprend,  à  la  date  de  Paris, 
le  6  janvier,  qu'il  y  a  eu  à  Paris  des  alarmes  et 
même  de  \a^  stupeur  ;  qu'on-j)ariuit  do  coups  cV Etat, 
de  prison  et  cVexit,  Psous  demanderions  volontiers 
à  la  population  entière  de  la  ^ille  de  Paris  si  elle 
s'est  aperrue  un  seul  instant  de  ces  synij)tômcs 
d'agitation;  si  le  cours  des  affaires  et  desplaisirs  a 
été  un  seul  instant  interronijju.Ces  craintes,  si  elles 
étoient  vraies,  ne  seroient-elles  pas  un  aveu  de  la 
foiblesse  de  la  faction  et  de  la  timidité  des  auteurs 
respfmsidjlesfjui  en  son  lies  organes?  S'ils  sont  forts, 
comme  ilslpprétendi-nt.pourquoisonl-ilssiprompts 
à  prendre  l'eifroi.'  Ils  parlent  de perséculioiis ,  des 
vengeances  et  des  destitutions  que  l'on  craignoit. 
Cette  tactique  révolutionnaire  n'est  pas  nouvelle; 
mais  ceux  (jiii  s'en  servirent  avant  eux  n'avoient 
pas  i'impiideiu'  de  j)rovoquer,  dans  le  même  écrit 
et  pres(]ue  dans  la  même  page,  les  persécutions, 
les  vengeances  et  les  destitutions.  Le  ministère  nous 
doit  des f^arantie<! ,  disent  ces  impérieux  amis;  el 
ces  garanties  ne  sont  pas  ccWvs  des  institutions,  c[ui 
déjà  ne  leur  suffisent  j>lus  :  ce  sont  celles  di'S 
hommes.  Il  leur  faut  des  changemens  notables 
dans  le  personnel  de  t administration.  Ces  préten- 
tions ,  publiquement  avouées,  donnent  à  croire, 
que  ce  n'est  jias  à  loil  fpron  a  attribué  cetfe  plii'ase  ' 
à  un  ministre  :  <(  Ils  me  demandent  uiu'  saint  Bar- 
»  llwdemy  <le  préfets,  mais  il  faudra  <[u  ils  se  con- 
»  tentent  de  dix  ou  douze.  »  Ces  Messieurs  s'en 
contenteront-ifs  ? 

Les  journaux  nous  ont  appris,  il  y  a  trois  jours, 
que  ÎSI.  le  minislre  rie  l'init-rleur  avoit  l'er-n  avec 
^gard  et  intérêt  les  Frères  de  la  Doct  ri  ne  rli  rétienne, 
qui  réclament  contre  Irspcrscculions  dont  ils  sont 


(  nO 

victimes.  Le  lendemain,  le  Moniteur  nou^  a  an- 
noncé trois  destitutions  contresignées  par  [NI.  le 
ministre  de  l'intérieur.  Messieurs  Duhamel,  de 
Keresjxnis  et  de  Saint -Luc  sont  remplacés  ,  dans 
ieuis  préfectures,  par  Aiessieurs  Moreau  de  La 
Rocliette  ,  ilot,mat  et  Saiut-Aignan.  A  i'ëpocfue 
du  20  mai-s  ,  JNL  Duhau^el  étoit  préfet  des  Pyré- 
nées orientales.  Fidèle  jus([u'au  dernier  jour,  et 
encoi-e  après,  il  rejoignit  Me'"  duc  d'Angouléme 
en  Espagne,  rentra  avec  Sou  Altesse  Royale,  et 
tut  nommé  d'abord  préfet  de  la  Dordogne  ,  ensuite 
de  la  Vienne.  Messieurs  de  Kércsj)erts  et  de  Saint- 
Luc  ont  également  tenu  une  conduite  très-hono- 
l'able  à  l'époque  de  la  grande  épreuve,  et  ces  trois 
administrateurs  avoient  mérité  et  obtenu  au  plus 
haut  degré  la  confiance,  l'estime  et  l'attachement 
de  leurs  administrés.  Ils  emportent  dans  leur  re- 
traite ces  témuisrna^es  honorables  de  considération 
ffui  sont  le  but.  et,  pour  ainsi  dire,  la  couronne 
de  l'homme  public,  couronne  qu'on  n'e^t  pas 
toujours  sur  d'obtenir,  même  quand  on  exerce  un. 
plus  grand  pouvoir,  et  qu'on  le  conserve  plus 
long-temps. 

Ces  destitutions  continuelles,  qui  frappent  \es 
serviteurs  les  plus  zélés,  les  sujets  les  plus  iidèles  , 
ramènent  naturellement  à  une  phrase  du  discours 
prononcé  par  M.  le  président  du  conseil  des  mi- 
nistres, lorsqu'il  a  apporté  à  la  Chambre  des  Dé- 
putés le  projet  de  loi  en  faveur  de  M.  de  Riche- 
lieu. Le  ministre  a  dit  :  k  C'est  comme  Français 
)»  que  nous  venons,  au  nom  du  Roi  de  France  , 
»  vous  proposer  d'honorer,  par  une  récompense 
•n  nationale,  un  Français  c[ui  a  servi  sou  pays  et 
»  son  Roi  daiisdes  temps  difficiles  et  malheureux  ; 
»  de  tels  sev^'ices  j  Messieurs ,  rendus  en  de  telles 
xt  circonstances  j  ont  quelcjucfois  prouvé  plus  de 
»  mérite  et  de  vertu,  quils  n'ont  procuré  de  Ju" 
M  ^^cur  et  de  gloire,  »  Coiume  noits  ne  supposons  pas 


(  9^ 
cyuc  rintenliou  de  M.  \v  pvésiflent  dd  conseil  ail 
été  d'établir  que  l'ingratitude  doit  être  un  prin- 
cipe de  gouvernement,  nous  pensons,  au  con- 
traire, que  c'est  une  consolation  qu'il  a  voulu 
donner,  du  haut  dt  la  tribune  ,  aux  Français  qui 
ont  .vcri'i  leur  pars  cl  leur  Roi  dans  des  temps  dij- 
ficiles  cl  inalheurcux  ,  et  qui  n'ont  été  honorés 
d'auciinc  récompense.  Pénétrés  de  ce  qu'il  y  a  de 
délicat  dans  ces  evpressions  ,  nous  espérons  que 
M.  le  ministre  dos  affaires  étrangères  saisira  une 
nouvelle  occasion  pour  porter  des  paroles  conso- 
lantes à  ceux  (ju'il  désigne  si  bien  comme  avant 
rendu  de  t;rands  ser\ices  à  l  f.lat  et  au  Roi,  et 
«pli  ,  loin  d'en  avoir  été  récompensés,  eu  ont  été 
cruellement  punis. 

J.a  cour  rovale  de  ^■îm<^s  vient  do  recevoir  son 
iiisliluli<jn  :  on  a.ssure  que  ,  par  une  fatalité  difli- 
cile  à  coinpren<lr«; ,  le;  exclusions  ont  porté  uni- 
qu«'meiit  sur  les  mem})res  de  cette  Cour  qui  avoicnt 
courageusement  refusé  de  recounoître  le  gouver- 
nement usurpateur  :  ils  éprouvent  le  sort  qui  les 
altendoit  si  la  France  étoit  restée  veuve  cle  son 
Roi. 

On  s  occupe  avec  inquiétude  de  connoître  la 
liste  des  officiers  généraux  placés  sur  le  tableau 
tl'activité;  on  se  «leuiande  comment  Ai .  le  ministre 
de  la  guerre  enveloppe  de  tant  de  mystère  un  ar- 
ticle de  1  Alm.indcli  royal;  ces  t<'iièbres  peuvent 
cou  \  en  ira  un  despotisme  ombrageux  ;  mais  elles  ne 
sauro  ienl  s'accorder  avec  la  pu)  )1  ici  tel  jui  es  lie  carac- 
tère essentiel  d«;  notre?  gou>ernemeut;  il  sembh'roit 
qu'on  a  assez  d'avantages  quand  ou  peut  interpréter 
les  lois,  laiiu;  les  ordonnances,  établir  les  <')Lcep- 
tions  ,  h;s  appli«fuer  ensuite  à  volonl»-,  pour  ne 
pas  avoir  encore  le  besoin  de  cacher  les  résultats. 
On  parli:  aussi  d'une  mesure  i)ar  laquelle  le 
même  ministre  auroit  lait  demander  aux  officiers 
de  chaque   réglau-nl   de   la  garde    royale  ,    (juels 


(94  ) 
étoient  ceux   qui  seroit  disposés  à  quitter  leur.': 
corpsj  ou  leur  ialsoit  espérer  cl  être  employés  avec 
avantage  dans  les  régiracns  de  ligne. 

Si  nous  sommes  bien  instruits,   cet  appel  fait 
à  l'intérêt  a  été  généralement  i-epoussé  par  riiou- 
neur  :  quelques-uns  ont  cru  voira  travers  ces  dis- 
positions bienveillantes,  des  intentions  qui  l'au- 
Toient  été  moins  ;  et  on  assure  que  dans  un  de  ces 
braves  régimens  ,  les  officiers  ont  unanimement 
répondu,  que,  bien  loin  de  vouloir  quitter  leurs 
corps  ,  si  ,  par  telles  raisons  qu  ils  ne  sauroient 
prévoir  et  qu  ils  ne  cherclieroient  pas  à  pénétrer  , 
le  Roi  ne  les  jugeoit  plus  dignes   d  y  servir  dans 
leurs  grades,  ils  solliciteroient  l'honneur  d'y  rester 
comme   simples   soldats.    Ces  nobles  sentimcns , 
c[ui   font   aujourd'hui  notre  consolation  ,   feront 
peut-être  un  jour  notre  salut  \    ils  doivent  être 
partagés  comme  ils  seront  adm-irés  par  les  roya- 
listes de  tous  les  rangs  et  de  tous  les  états.    Les 
d?ésagrémens  ,   les  dégoûts  ,    les  mécontentemens 
doivent  se  taire  devant  le  sentiment  du  devoir;  et, 
dans  les  graves  circonstances  où  nous  sommes  ,  il 
n'est  permis  à  aucuns  de  ceux  qui  peuvent  servir 
le  Roi  et  leur  pays,  de  céder  à  leurs  goûts,  à  leurs 
intérêts    particuliers  ou  même  aux  resseutimens 
que  leur  inspire  Tin  justice.    Les  royalistes  souf- 
frent, mais  ils  ne  désertent  pas. 


(  9^'  ) 
—  On  avoit  distribué  déjà  quelques  milliers 
d'excmplairr.";  du  prospectus  de  YL'hra-Roya^ 
liste,  lursqui'  l'Editeur  a  appris  qu'un  ouvrage 
•emi-péviodique  venoit  d'«' tre  annoncé  sous  le  titre 
à' Ultra.  Dans  l'incertitude  du  droit  d'aînesse  ,  il 
nous  annonce  qu'il  lait  le.  sacriiice  de  ce  titre  en 
faveur  de  son  collègue  5  et  qu'il  adopte  celui  de 
Bibliothèque  Royaliste  (1) ,  qui  remplit  mieux  en 
efl'et  son  objet. 


Mémoires  historiques  sur  Louis  XT'II  (2)^  Roi  de 
France  et  de  jNavarre,  ornés  du  ]ioilrait  du 
jeune  Prince  et  de  celui  de  son  auguste  Sœxn-,  etc. 
Ordiésel  présentésàvS.  A.  R.  Madame,  Duchesse 
d'Angoulêmc,  par  .M.  Eckard  ,  chevalier  de  la 
Légion-d' Honneur. 

Ces  INFéinoires  sont  ujie  dette  payée  par  l'atiteur, 
pour  tous  les  vrais  Français  ,  à  l'héréditaire  ma- 
jesté de  nos  Rois.  Le  trône  de  Louis  XVII ,  il  est 
vrai ,  ne  fut  jamais  élevé  que  dans  le  cœur  des 
Français  restée  lîdéles  ;  mais  ses  droits  n'étoient-ils 
pas  ceux-là  même  ([ue  sa  mort,  si  prématurée  et 
si  déplorable,  a  transmis  au  Prince  f[Tii  nous  gou- 
verne aujourd'hui  ,  et  dont  le  nom  ordiual  rappelle 
sans  cesse  (jue  la  révolution  a  dévoré  plus  d  un 
Roi?  On  lu-   )»ttera  pas  sans  attendrissement  les 


(i)  On  sou.rril  rliot  CîlJc  fils ,  rue  Sainl-Marc-Feydeau  , 
n"  ao. 

(2)  l'n  vol.  in -8"  lie  pins  <Ic  5oo  pas*"'*  Pris  :  "  U.  A  Paris, 
chei  Nirollc,  libraire,  rue  de  Seine,  et  l«  Normanl ,  même 
rue .  n»  ^<. 


(  9'^  ) 
yeux  sur  ces  pages  dcslii>ées  à  combler  dan5  les 
faits  de  la  succession  royale  ,  une  lacune  dont  les 
droits  ne  furent  jamais  susceptibles. 

Les  deux  premières  éditions  des  Blémoires  his-^ 
toriques  ont  été  épuisées  rapidement;  la  troisième 
et  dernière  que  nous  annonrons,  est  auf^mentée 
de  morceaux  très-importans.  La  Commission 
royale  de  rinstmiction  publique  a  mis  cet  ouvrage 
au  nombre  de  ceux  à  distribuer  en  prix. 


Sermons  du  P.  Lenfant ,  ji'snîfe ,  prédicateur  du  Roi.  Hait 
vol.  in-i2.  Prix:  24  fr.  A  Paris,  cher  Urguet  de  Saint-OucB  ,  rue 
des  Poitevins,  n<*  3;  Grégoire,  quai  des  Augustins  ,  n"  3"; 
Laurens  j« ,  rue  du  Bouloi .  n''  4  ;  ■!•  B.  Sajou  ,  imprimeur  ,  rue 
de  la  Harpe  ,  n°  1 1  ;  et  le  Normant ,  rue  de  Seine  ,  n°  8. 

La  seconde  e'dition  du  poème  de  Charlema^ne  est  depuis 
quelque  temps  en  vente.  —  Deux  vol.  in-S".  Prix  :  10  fr. ,  et 
12  fr.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  le  Normant,  imprimeur- 
libraire,  rue  de  Seine,  n°  8,  et  quai  Conti,  n"  5  i  et  Denlu 
et  Delauna)'  ,  libraires  au  Palais-Royal. 


Portrait  erx  bnsfe  de  S.  A.  R.  JNToNSlEi»,  comte  d'Artois, 
peint  d'après  nature  ,  et  gravé  au  burin  par  P.  Audoin  ,  gra- 
veur ordinaire  du  Roi.  Ce  portrait  ,  dédie'  aux  gardes 
nationales  de  France  ,  fait  suite  à  ceux  de  Henri  IV ,  de 
S.  M.  Louis  X^'^l,  de  M.^dame.  duchesse  d'Angoulème,  et 
de  LL.  A  A.  RR.  les  ducs  d'Angoulème  et  de  Berry,  du  même 
auteur.  Prix,  e'preuve  avec  la  lettre  blanche,  20  fr.  ;  épreuve 
avec  la  lettre  grise  ,  10  fr.  A  Paris,  chez  P.  Audoin,  rue  de  la 
Mic.haudière  ,  u°  20.  —  On  est  prié  d'affranchir  les  lettres  et 
l'argent. 


IMPRIMERIE  DE  LE  FORMANT,  RUE  DE  SEINE. 


Tome  IL 


Seizième  Livr^aison. 


^^  Le  Roi ,  la  Cïiarte  et  les  Honnêtes  Gens,  m 

■  ■> 


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V 
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Janvier  i8n 


2>^ 


rue. 


i/e   L/eune.  J^ô"  S. 


"x^t(mm<smH 


AVIS  DE  L'ÉDITEUR. 


Les  Personnes  qui  n'ont  souscrit  que powh'  pre- 
mier  volume  composé  de  treize  Li^^raisons,  et  qui  sont 
dans  r intention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume  ^  sont  invitées  à  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible  ,  5/  elles 
veulent  éviter  tout  retard  dans  V envoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont  aussi 
priés,  pour  prévenir  toute  erreur <,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier ,  comme  cela  est  arrii'é  plusieurs 
fois ,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
seivis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d'un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  ^^fi'-  pou?-  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés ,  franc 
de  port ,  à  M.  Le  Normant ,  fus ,  Editeur  du  Con- 
servateur, rue  de  Seine,  n°  S,  F.  S.  G. 


On  souscrit  aussi  chez  les  Libraires  ci-dessous  designés 

ÎCamoin  frères. 
ïMasvcrt. 
Chnix. 


Abbeville,  chez  Grare. 
Agen,  Noubel. 
Alençon.  Bonvousl. 

.  i  Fourrier-AIame. 

Angers.       j  p^^.;^ 

Argentan  .  I-erresne. 
Avignon  .  Sef^uin  aîné. 
Bayeu\,  Groult. 

B\  Bonzom. 
avonne  ,    {  r- 

Besançon,  Girard 


Nantes. 


Bord 


j  A  '  Bergerel. 


eaux ,    \   n      •   . 
/   Gassiot 

T>       ,     S  l'Cfoiirnier  et  DesperierS-  | 

^'■"''  J    Michel.  I 

Caen ,  Manoury  aine'. 

Cambrai,  Berlout. 

Chàlons-sur-Saône.  DejuSsieu. 

Cliarleviilc  ,  Cli.  Kaucourt. 

Cliarlres,  Ilorve. 

Clerinont— Fcrrand  ,    Thibault- 

Landriot. 

Dijon ,  Coquet.  | 

Douai,  Tarlier.  | 

<irenobie.  Durand.  1 

l.aval,    Grandpré.  1 

l.ille,  Van.irkcTe.  | 

J.iinoges.  B.irbou-Dcscourièrc».       | 

i/ichaux.  I 

Maire.  | 

Lyon ,      \  Pc'risic  frères.  1 

Rusand.  | 

Bohairi'.  j 

>      ..  S  Beion.  I 

Au  Mans,      ',  n       i 

{  l'esche.  | 

Libraires  dans  les 

Berlin  .  Srhicsingf  r.  1 

Bruxelles.  I.rrharlier. 

(i;ind,  Iloudin.  | 

Genève  ,   l'.i^c  liond 

Bruxelles,  II< 


Rennes.  \  M" 
l  Ml 


TVIefz,  chez  Devilly. 
Montauban,  La  Forgue. 
ai      ■     w         S  Seguin. 
Montpellier,  J  y»  Durville. 

Nanci,  Ve  Bonloux. 

Busseuil  aîné. 

Busseuil  jeune. 
Nimes .  Gaude  fils. 
Niort,  M'"'=  E.  Orillat. 
Nimes,  Melquiond. 
Orle'ans,  Monceau. 
Perpignan,  AIzine. 
Poitiers,  Barbier. 
Quimper,  Cliapalain. 

M"»  Blouet. 

[me  v"^  Frout. 

M"=  Valar. 

fa  Rochelle.  Pavie. 

Rodez,  Carrcre. 

„  \  Frère  aine. 

1^°"*="'    /  Renault. 

Sauniiir,  Degouy  aine'. 

o.      ,  S  Levrault. 

Strasbourg,  jp^^.^j^j. 

Saint-Brleuc,  Prudhomine. 

iScnac. 
Prune  t. 
Manavit. 
Fr.  VieusseuT. 
Tours,  Marne. 
A'alence,  Marc-Aurel. 
Versailles,  Ange. 
VilIcneuve-sur-Lot,  Croslllies. 

Pays  èlranf^ers  : 
Mons ,  Leroux. 
Londres  .  Dulau  el  Cornp. 
Naplet,  Bore!, 
l'urin  ,   Bocca. 


rgnit^s  Renier. 

LIVRES  NOUVEAUX. 

Leçons  Francaiits  de  Littvraturc  t-t  tir  HfortiU ,  ou  Recueil,  en  prose 
el  en  vcrs.de*  plus  beaux  Morceaux  de  notre  Langue  dans  la  Lillt-ralurc 
des  deux  derniers  \ieclrs  ;  ouvrage  classique  à  l'usage  de  tous  lo  l'.tablisse- 
semens  d'instruction,  publics  et  particuliers,  de  l'un  et  de  l'autre  sexe; 
par  >L  Noël,  <lie\;ilier  de  l.i  L«'gion-d'Honnrui  ,  inspecteur-général 
de  rUniver»ilé  roxale  de  France  ;  et  M.  de  la  Place,  professeur  d'élo- 
quence latine  a  la  Faculté  de»  Lettre»  de  l'Acadenùe  de  Paris.  Huitième 
rdition.  Avec   celte  épigraphe  : 

Lectoreni  delectando  paritcniue  moncndo. 

IluRiT.  .-tri.  Poet. 
Deux  vol.   in-8".  Prix  :  ta  fr. ,  el  i6  fr.   par  la  poste. 

La  deuxième  édition  de  lu  CaroU'iJi-  de  ^L  le  vicomte  d'Arlinrourt 
vient  d'être  mise  eu  vente  chez  le  Norniaut  ,  rue  de  .Seine,  n"  H,  cl 
(|uai  (>i)nli.  n"  5.  Deux  vol.  in-8"  orné»  di-  gravures  et  d'un  plan  figu- 
ratif, etc.  Prix  :  lo  fr.,  cl  la  fr.  par  la  posle. 


Âour   uj! ,    c/eajr    ûO'    af/zi/re    valu?neJj    coni/ioàct   cu.ac/^'?i 

■r//c   ne    tyccne,    t^T^  "  éf, 

eâ  c/ieZ'  /ouj'  icj  /imia/iaaa!  ^w?'aircj   ^   ty^fcifice  eâ 
ae   courage. 

i     ^/:/  /.  Âwir  ar?   v(>cei??ie. 
^eÂrùT  f/e  JOifJcf'i/i/cojf  cj/ ne.     '•     3.y ^  ,,     e/<(U&x;      ici. 

'     âo  /.  ,,  ç//a^ro     ea. 


£^e  /  fi5^i/^tre?nerie  ae   ^e   t^èar/nanà. 


wvwwwvvv\wv\a\Wk\vwvs\vv\*v>^\>\v*v\\%A.\v\\\v\\v\v\\v\\\vxv\\\\\v\\\\w%\% 


LE  CONSErxVATEUR. 


LE  VI^GT-UN  JANVIER. 

Il  V  a  au  jouit]  hui  vingt-si\  ans! 

La  France  onpvcssée  voyoit  se  consommer  le 
déleslahlc  parricide.  Stupéfaite,  elle  le  \it  en 
silence!  La  mort  de  Louis  XVI  est  le  crime  de 
cjuel(|ues  uns  5  le  silence  fut  la  faute  de  tous.  La 
Providence  sembla  confier  aux  liommes  ses  droits 
de  vengeance  sur  le  crime,  et  se  cliargra  de])unir 
la  fatite  :  mémorable  et  terrible  leron  !  Le  joug  de 
l'oppresseur  devint  le  fléau  du  Dieu  qui  châtie. 

Lorsfjue  ,  entraînés  par  d'atroces  passions  ,  des 
sujets  jugent  leur  roi  5  lors([u"iJs  foiit])Ius,  lors- 
qu'ils exécutent  leurs  senU-nces  parricides,  J11..I- 
heur!  trois  fois  malheur  au  pays!  A  ingt-six  nus 
de  calamités  de  toute  nature  ne  pourront  expier 
un  tel  crime  ,  bien  (|u'il  ne  soit  que  celui  du  ])etit 
nombre.  Aussi,  je  leré|iète,  ces  calamités  n'ont 
pas  seulement  cliàtié  le  forfait ,  elb'S  ont  encore 
puni  le  silence.  La  France  dut  paver  le  jang  du 
juste,  tant  qu'il  ne  lut  pas  racheté,  et  Dieu  ne 
ratifia  pas  d'abord  tous  les  j)aidons  du  Saint. 

Mais  (|uan<l  la  colère  eél(  sie  fut  fiilin  apaisée, 
la  blanche  bannière  «les  Hourbons  \int  remplacer 
la  pourpre  ensanglantée  de  la  révolution.  Alors  la 
France  accusée  toute  entière  depuis  le  iatal 
ai  janvier  179Î,  accusée  d«'  son  silence  par  les 
peuples  contenrporains ,  put  rt'péler  au  Monde 
cette  phrase  prononcée  par  un  de  mes  honorables 
collègues  en  i8ij  (1)  : 

L')rs  (lu  jui^cmcnt  de  Louis  XVI ,  /'ajipci  au 
prujifr  fr(inrai<.  fut  rejett-  par  l(  s  h>tiirri  iiux. 

(1)   iM.  I)c>nicii;;i>ii  <lr  l<ruiuac. 

TuMS  II.  — itjc  LlvkAi)U.'<.  7 


(  ^^2  ) 

Jadis,  après  un  semblable  attentat ,  une  nation 
voisine  ,  cpii  )usc|u'à  nos  jours  n'avoit  point  de 
rivale  en  malheur,  osa  presque  exiger  de  son  roi 
un  exemple  sévère 5  la  France  implora  de  la  jus- 
tice du  sien  une  moins  sanglante  sévérité.  Caïn  , 
marqué  du  sceau  de  la  réprobation  ,  dut  au  moins 
fuir  des  champ?  témoins  du  meurtre  d'Abel  :  on 
obtint  que  le  parricide  iroit,  loin  de  la  terre  na- 
tale ,  porter  ou  ses  épouvantables  remords  ou  ses 
incorrigibles  fureurs  ,  clémence  dont  l'Ansrleterre 
refusa  l'exemple  au  INlonde  en  élevant  1  échafaud 
d'Harison. 

Ce  fut  eu  répétant,  en  implorant  le  nom  du 
Roi,  que  cette  Chambre,  depuis  tant  calomniée  , 
se  levant  toute  entière,  prononça  le  mémorable 
arrêt,  et  l'Europe  rendit  son  estime  à  la  France, 
désormais  soulagée  du  honteux  fardeau  que  la 
violence  lui  avoit  imposé  si  long-temps^  Séparés 
des  régicides,  les  Français  purent  aller  dans  les 
tenaples  invoquer  le  Fils  de  saint  Louis,  sans 
craindre  de  heurter  sur  la  l'oute  un  de  ses  assas- 
sins. 

Ivlais  je  parie  dn.  jugement  expiatoire  ;  je  parle 

'du  21  janvier....  Et  cette  année, ce  jour  même 

peut-étie ,  le  prêtre ,  en  lisant  le  Testament  de 
Louis  XVI ,  ne  sera-t-il  pas  troublé ,  en  voyant 
de  nouveau  le  régicide  eri'er~  autour  de  la  tombe 
du  Roi-Martyr? 

Le  Comt«  Humbert  de  Sesmatsons. 


(  83  ) 
Qucl(/itcs  iih'cs  sur  le  Crîdit. 

LariMitcs'cstrlcvéeàprcsde8o;  elle  rst  tomLc'e 
à  Go.  Losininîstrrsoiit  l'ait  praiid  Ijinildi'lr)  hausse 
des  louds;  ils  l'ont  slgiialcf  coniiin'  une  preuve  (j^ue 
laconliance  derEuropc  s'attachoit  à  leursystème. 
Au  plus  fort  de  ce  triomphe,  la  rente  a  éprouvé 
une  chute  rapide  qui  delruisoit  cet  échaiaudai^e 
d'amour  -  propre.'  Dans  l'ilTroi  qu'ils  en  ont 
éprouve  ,  les  ministres  oiît  cherche  ,  par  des 
interprétations,  adonner  le  change  sur  la  cause 
du  mal  ;  mais  ces  explications  étoîcnt  si  mala- 
droites, qu'elles  dévoient  accroître  la  dtîûauce  et 
produire  de  nouveaux  malheurs,  si  cette  fois  en- 
core la  raison  pul>lii[ue  ne  s'éloit  pas  moulre;î 
8up<?ri«*ure  à  la  gaucherie  des  interprèles  minis- 
tériels (t). 

Je  n'ai  pas  plus  envie  de  tvanfjuilliscr  les  mi- 
nistres, que  je  n'ai  de  pencliaul  à  louer  leur  sys- 
tème de  gouvcj'uemeiit  5  mais  pour  iaire  l'aequit 
de  ma  conscience,  je  dirai  <[ue  si  les  actes  minis- 
tériels (Hit  pu,  d'uue  manière  indirecte,  inlluer 
sur  la  vaî'iation  des  n^Ues  ,  les  ministres  ne  méri- 
tent aucun  éloge  poiir  la  hausse  ;  de  même  qu(*  ce 
n'est  j)oinl  à  cause  du  mou\u'menl  de  baisse  qu'ils 
sont  susceptibles  d'être  criti([ués. 

Je  ne  sauroîs  m'cngager  dans  celte  discussion  , 
•ans  examiner  ce  que  c'«'st  qi.'e  le  crédit  dont  mi 
«e  vante,  sans  cliercher  c<'  qu'il  a  de  réel  et  de 
fictif,  et  surtout  sans  considtrersi  ,  comme  on  l'a 
dit  avec  tant  d'enjphase  ,  une  ère  nouvelle  s'ou\re 


(t)  Voyex  le  Journal  des  DiibaU  du  G  novembre,  el  le  .Vo- 
iiitcur  du  7. 


(84) 

pour  la  France.  I-^'^ge  m'a  ,  je  l'avoue  ,  rendu  dif- 
ticilc  sur  la  conliance  qu'on  doit  accorder  à  toutes 
ces  époques  d'une  félicité  promise  depuis  trente 
ans  ,  et  jamais  obtenue.  L'engagement  que  prit  la 
première  assemblée  de  payer  intégralement  toutes 
les  dettes  de  l'Etat,  fut  suivi  d'une  banqueroute. 
L'ère  de  la  liberté ,  proclam.ée  par  la  Convention, 
a  donné  la  terreur ,  les  prisons  et  les  écbafauds. 
L'ère  dé  gloire  ,  commencée  avec  le  dix-neuvième 
siècle,  a  pour  résultat  deux  invasions  et  quinze 
cents  millions  de  charges  ;  enfin ,  l'ère  de  crédit 
dans  laquelle  n  ous  nous  trouvons  depuis  trois  ans , 
nous  procure  la  vente  de  toutes  nos  forêts  ,  des" 
emprunts  désastreux  ,  et  la  fluctuation  la  plus  dé- 
plorable dans  les  fonds  publics.  Ce  sont  autarjt  de 
motifs  d'incrédulité  dont  mon  expérience  a  peine 
à  se  défendre. 

Dans  ce  siècle  l'aisonneur  oti,  sous  le  vain  pré- 
texte de  perfectionner  la  science  du  gouvernement, 
on  n'a  fait  autre  cbose  que  de  substituer  au  bon. 
sens,  quelquefois  de  l'esprit  et  toujours  des  pas- 
sions ,  il  n'est  pas  surprenant  qu'on  ait  été  dupe 
de  ces  jongleries  j  mais,  après  tant  de  tristes  épreu- 
ves ,  on  devroit  bien  se  méfier  du  charlatanisme 
des  phrases  et  des  promesses.  Les  grands  mots 
expriment  rarement  de  bonnes  pensées. 

Un  nriuistre  qu'on  a  vu  diriger  les  finances  pen- 
dant i4ans,  vient  de  publier  un  écrit  (i)  dans  le- 
quel je  trouve  cette  phrase  remarquable  :Z«/brti//7e 
d-es  Etats  se  gouverne  par  les  mêmes  principes  que 
celle  des  pai'ticuliers .  11  en  résulte  que,  sans  être 
initié  dans  les  pi-étendus  mystères  de  la  science 
financière  ,  chacun  peut  apprécier  les  opérations 
publiques,  en  les  comparant  avec  l'eftc't  que  d^s 
opérationssemblablesproduiroieutdansl'adminis-» 

•  ■ 

-(i)  Notice,  historique  sur  les  Finances  de  France f  de  1800  k 
1814,  par  M.  le  duc  de  Gaëte.  1S18.  Page  i3. 


(  85  ) 
tratlon  de  sn  fortune.  Un  Etat  compte  par  millions, 
un  particulier  compte  par  raille  francs  ,  je  n'y  vois 
guère  d'autre  différence. 

Je  m'écarterai  peu  de  cette  hypothèse  ,  d'après 
laquelle  j'examinerai  notre  situation  financière, 

Ln  particulier  très-riche  en  propriétés  foncières 
se  trouve  inopinément  contraint  de  payer  des 
sommes  considérables.  Les  termes  d'échéance  sont 
courts,  les  créanciers  sont  pressans ,  il  faut  qu'il 
emprunte.  Les  spectateurs  de  cette  opération  n'y 
voient  pas  une  libération  ;  mais  ils  diseut  que  ce 
particulier  a  bien* fait  de  substituer  une  dette  à 
une  autre,  afin  d'avoir  des  créanciers  faciles  au 
lieu  de  ceux  qui  le  menaroicnt.  Si  l'emprunt  s'est 
fait  au  taux  lécfal  ,  ou  du  moins  avec  une  léojèrc 
différence  ,  on  pense  que  l'emprunteur  inspire  de 
la  confiance,  qu'il  a  du  crédit;  et  cette  opinion 
acquiert  encore  plus  de  poids  si  l'emprunteur, 
Ly])()tlié(jnant  ses  capitaux  sans  en  aliéner  aucun  ,. 
annonce  par  cela  seul  l'intention  de  se  libérer  .«^ur  • 
«es  revenus.  Dans  cette  position  ,si  quel(|^u'uu  des 
préteurs  ,  pressé  par  des  circonstances  imj)révues, 
cherche  à  transférer  l'obi ipjation  qu'il  a  rerue  ,  il 
trouve  de  h'arp^ent  avec  facilite* ,  j)arce  que  tou.T  les 
hommes  d'afîaires  ,  connoissant  la  solvabilité  de 
l'emprunteur  et  la  sagesse  de  ses  opérations  ,  ont 
une  confiauce  égale  dans  sa  richesse  et  dans  sa 
loyauté. 

Mais  si  ,  au  lieu  de  celte  conduite  mesurée  ,.Ie 
])ropriélnire  (jui  fait  l'objc  t  de  ma  sup|M).sili()n  , 
emprunte  à  jo  pour  1,00;  si  dans  1«;  même  temps 
il  exagère  le  prix  jlejses  ba^ix  et  tire  despoLs-de-via 
d(;  tous  sesTermiers;  enfin  ,  si  dans  uu  accès  d'em- 
portj'mtiit  plutôt  que  par  nécessité,  il  aliène;  ses 
propriétés  b  s  plus  j)récicusps  ,  les  spectateurs  nr 
verront  (l;»iisrk:l  lionime  «pi'un  infortuné  (jiii  court 
à  sa  j)erte.  Lier  de  l'éclat  dont  il  brille  un  instant,, 
il  aura  beau  s  écrier  «j[ii'/7  a  du  crcdit ,  personne 


(86) 
ne  voudra  le  croire.  Il  inspireras!  jjcu  de  confiance 
que  les  porteurs  de  ses  obligations  nepourrontles 
cchanç^er  qu'avec  perte  ;  et  l'emLarras  momentané 
dont  il  aura  voulu  se  tirer  par  des  opérations  dé- 
sastreuses, s'accroîtra  pour  consommer  sa  ruine  et 
celle  de  sa  famille. 

Le  sort  des  deux  individus  que  je  viens  démettre 
en  parallèle  ,  est  celui  de  tous  les  Etals  qui  se  troii- 
veront  dans  l'une  ou  l'autre  de  ces  positions.  Il  ne 
suffit  pas ,  pour  jouir  du  cre'dit ,  de  se  vanter  d'en 
•avoir,  parce  que  ce  n'est  pas  une  chose  qu'on 
puisse  se  donner  :  il  faut  le  recev'air  delà  confiance, 
et ,  cette  confiance ,  ce  n'est  qu'avec  le  temps  et  par 
Tin  ensemble  de  bonne  conduite  qu'on  l'obtient. 
Si,  fidèles  au  principe  d'abuser  [de  tous  les  mots 
pour  les  de'naturer,  les  partisans  trompeurs  ou 
dupes  du  système  adopté  veulent  que  le  mot  crcdit 
Jie  signifie  autre  chose  que  la  faculté  d'emprunter 
à  tous  prix,  je  conviendrai  que  nous  sommes  dans 
un  temps  très-prospère  \  mais  cette  prospérité  n'est 
pas  nouvelle.  Au  commencement  du  siècle  der- 
nier, il  y  eut  une  première  époque  de  crédit.  Dans 
l'enthousiasme  dont  on  étoit  saisi ,  chacun  conroit 
avec  fureur  échanger  son  or  contre  du  papier  : 
bientôt  après  ,  les  fiatleuscs  espérances  qu'on  avoit 
conçues  de  cette  conversion  se  dissipèrent  en  fu- 
mée ,  comme  les  billets  que  les  porteurs  désolés 
furent  réduits  à  livrer  aux  flammes. 

Une  seconde  époque  de  cre'dit  eut  lieu  sous  le 
premier  ministère  de  M.  INecker.  Les  divers  em- 
prunts qu'il  ouvrit  étoientsoumissionnés  d'avance; 
et,  quelques  jours  après  leur  promulgation,  les 
capitalistes  empressés  d'y  placer  des  fonds,  étoient 
obligés  de  payer  une  prime  qui  s'est  élevée  jusqu  à 
5  pour  loo.  li  seroit  difficile  de  soutenir  que  cette 
époque  de  crédit  n'ait  pas  été  des  plus  briilantesj 
je  doute  même  que  tous  les  efforts  de  la  prévention 
puissent  persuader  qu'elle  soit  surpassée  par  l'é- 


(  ^7  ) 
poqiiP  nctnellc  ,  malcjré  les  elogrs  pompeux  qu'on 
ne  cesse  de  lui  prodiguer.  Qu'en  est-il  résulté  c«^- 

Sendant  ?  Des  charges  lourdes  à  supporter,  le  g<»ût 
c  l'affiotage  et  la  révolution. 
L  épocjue  actuelle  qu  on  nous  a  présentée  comme 
étant  nouvelle  ,  quoiqu'elle  ne  soit  que  la  troisième 
en  d;ite  depuis  un  siècle  ,  aura-t-ellc  nuv  meilleure 
i^sue  que  ses  aînées?  C'est  le  temps  qui  l'appren- 
dra. ^  oyons,  en  attendant,  comment  elle  com- 
mence :  émission  d'un  nouveau  papier  sous  la 
dénOmiuaticm  de  bons  rovaux  ;  premières  ventes 
d'um,'  j)arlie  des  bois  de  l'Etat;  emprrmt  forcé  de 
cent  millions,  réparti  d'une  manière  insolite  et 
arbitraire;  accroissement  des  contributions;  créa- 
tion d'un  autre  papier  sous  le  nom  de  valeurs  de 
l'arriéré;  s'airrlice  total  des  fo)"éls  ,  eu  vertu  d'une 
loi  qui  en  autorise  la  vente  ;  emprunts  de  toute 
nature  ,  dont  le  résultat,  en  terme  moven  ,  donne 
trente  à  quarante  pour  cent  de  bénéfice  aux  pré- 
teurs; enfin,  encombrement  de  la  place,  ]tar 
l'énorme  (junntité  de  rentes  sans  propiiélnire  li- 
vrées au  trafic  doô  joueurs,  et  que  le  diclionnairt; 
nouveau  mentionne  sous  le  nom  iusiguitiant  de 
dette  flottante. 

Telles  sont  quelques  unes  des  opérations  Cnan- 
cièrt-'s  sous  l'auspice  descpielles  s'ouvre  notre  troi- 
sième époque  de  crédit.  Je  me  garderai  bien  de 
les  discuter  toutes,  parce  qu'il  y  auroit  trop  à 
dire.  L'encombrcmeiit  de  la  place  et  la  vente  des 
forêts  occuperont  seules  mon  attention. 

La  France  est  essentiellement  un  Klatacricol« 
et  manufacturier.  C'est  l'abondance  ot  la  variété 
des  productions  de  son  territoire  ,  c'est  l'industrie 
de  ses  liabitaris  qui  la  rendent  puissante  et  riche. 
Sully,  Colbert  connurc'nt  ces  sotirccs  de  prospé- 
l'ité  ,  els'occu|>èrentde  les  rendre  plus  abondantes. 
Les  ministres  qui  &c  sont  trouvés  dignes  de  succé- 
der à  ces  grands  hommes  ont  suivi  leur  exempU 


(  88  ) 
Avant  que  la  révolution  eût  détruit  notre  marine 
et  nos  colonies,  le  commerce  extérieui-  ajoutoit  à 
nos  mo}  cns  de  richesse 5  il  encourageoit  l'agricid- 
ture,  en  transportant  ses  produits /et  c^nfioit  à  sa 
patiente  sollicitude  les  végétaux  étrangers  qu'il 
jugeoit  susceptibles  de  s'acclimater  sur  iiotre  sol. 
Il  encourageoit  l'industrie,  en  lui  portant  des 
matières  premières  qu'il  rachetoit  chèrement  lors- 
qu'elles avoicnt  acquis  imc  plus  grande  valeur 
par  la  fabrication.  Enfin,  les  pêcheries  grandes 
et  petites  étoient  un  autre  moyen  de  prospérité 
d'aiitant  j^lus  précieux  que  la  nature  en  fait  les 
Irais,  et  que,  dans  ce  genre  d'industrie,  tout  se 
réduit  pour  l'homme  à  transporter  sur  la  tei're  une 
partie  des  richesses  inépuisables  que  la  mer  recèle 
dans  ses  gouffres.  C'est  ainsi  que  le  système  agri- 
cole, industriel  et  commercial  qui  convient  à  la 
France,  se  fondoit  sur  de?  rapports  intimes,  et 
(jne  la  prospérité  publique  résultoit  d'une  heu- 
reuse réciprocité. 

A  la  suite  de  ce  système  que  je  nommerai  de 
producdon  j  se  trouve  le  commerce  d'argent  qui 
n'est  pas  indispensable,  mais  qui  paroît  comme 
nn  auxiliaire  utile,  ponr  seconder  le  commerce 
de  production  dans  les  be^soins  momentanés  qu'il 
éprouve.  Ce  genre  de  commerce  est  de  tous  le 
plus  profitable  à  celui  qui  l'exerce,  parce  qu'il 
demande  peu  d'avance  et  qu'il  donne  de  grands 
produits;  mais  ])0ur  l'Etat  il  est  stérile.  Le  com- 
merce de  production  crée  des  valeurs;  le  com- 
merce d'argent  ne  fait  que  les  changer  de  place. 
Ce  virement  est  qucTquefois  utile  aux  individus  j 
il  l'est  toujours  à  celui  qui  le  fait.  L'Etat  ne  devroit 
jamais  en  avoir  besoin;  et  loi'sque,  par  une  suite 
de  fautes,  il  est  contraint dd recourir  à  des  moyens 
qui  sont  rarement  sans  danger  pour  les  particu- 
liers, c'est  toujours  à  son  détriment  qu'il  opère. 
S'il  parvient  momentanément  à  fasciuer  1  es  yeux 


(  89  ) 
d'uuc  mullllude  égarée,  la  plaie  cpi'il  s'est  faite 
n'en  est  pas  moins  profonde  ;  et  lorsque ,  après  une 
longue  suite  d'années,  quelque  événement  im- 
prévu force  à  la  découvrir,  ou  recule  d'effroi  en 
voyant  qu'elle  saigne  encore  comme  au  premier 
jour. 

L'exposé  ci-dessus  est  propre  à  servir  d'indica- 
tion pour  les  degrés  d'intérêt  que  les  divers  genres 
de  commerce  peuvent  inspirer  en  France,  et  par 
conséquent  ])our  déterminer  l'étendue  d'influence 
que  chacun  d'eux  doit  exercer  sur  les  actes  du 
gouvernement.  Et  qu'on  ne  se  flatte  pas  de  pou- 
voir impunément  substitjier  un  arbitraire  systé- 
matique à  la  niarclie  de  la  nature.  Le  châtiment 
snivroitde  j)r»'-s  la  faute.  Au  lieu  d'une  richesse 
réelle,  dont  une  concepli«>n  déplorable  auroit 
détruit  les  élémens,  on  n'auroit  qu'une  bouffissure 
tronqieuse.  Des  charlatans  la  ]>roposeroient  en 
\^in  à  l'aclmiration  pul)lifju(',  le  moindre  coup 
<i'é|iiiij^de  détruiia  1  illusion;  et  ([ue  resler;i-t-il  de 
ce  lauv  embonpoint?  un  sfjnelctle  décharné. 

Heureusement  que  nous  ne  sommes  pas  encore 
parvenus  à  ce  point  d<' détresse,  malgré  les  funestes 
efforts  de  ceux  qui,  poursuivant  un  crédit  imagi- 
naire, vouloient  (fue  tout  lui  fût  saciifié.  Dans 
leur  engouement  junir  cette  ch"  uère,  nous  avons 
entendu  d<'s  ministres  parler  du  grand -livre 
comjMe  du  fondement  de  toute  richesse,  et  blâmer 
bs  culli>al<'urs  d<*  ce  qu'ils  n'y  fout  pas  inscrire 
!••  m'iutant  de  leurs  épargnes  (i).  Un  instinct  de 
fagj'sse,  conservateur  des  peuples  (^ui  le  suivent, 
n  ius(|n'à  j»rés<'nt  dédaigné  ces  provocations" irre- 
lléchi<s,  et  fasse  le  ciel  qu'il  soit  assez  puissant 
])Our  les  dédaigner  toujours!  S'il  en  étoit  autrc- 
iuent  j  si  bvsculti\atiuis,  abandonnant  lesexemples 

(i)  Sé.ince  de»  Di'pult's  «tu  3  mars  i8i8.  S«fancc  de»  Pair» 
du  31  lujrs  de  la  iiièiiic  année. 


(  90  ) 
de  modération  qu'ils  reçurent  de  leurs  perce  , 
preroieut  l'habitude  de  ])lacer  leurs  épars^nes  à 
1  intérêt  de  8  et  9  pour  loo,  exempt  d'inii)ôts,  au 
lieu  de  se  contenter  du  modeste  produit  de  3  à  4 
pour  1 00  qu'ils  obtiennent  par  leurs  travaux,  l'agri- 
culture seroit  bientôt  anéantie.  De  même,  si  les 
manufacturiers  grands  et  petits,  pour  accroître 
leurs  bénéfices,  couroient  les  chances  périlleuses 
delà  hausse  et  de  la  baisse,  les  fabri^|aes  cesse- 
roient  d'exister.  C'est  alo^'s  que ,  privée  à  la  fois 
de  ses  richesses  agricoles  et  de  ses  richesses  in- 
dustrielles, la  France  se  trouveroit  dans  la  mal- 
heureuse situation  dont  j'ai  crayonné  le  sinistre 
tableau. 

Mais  en  quoi  consiste-t-il  donc  ce  crédit  dont 
en  se  vante?  Qu'a-t-il  d'assez  positif,  d'assez  avan- 
tageux pour  qu'il  faille  lui  sacrifier  jusqu'à  nos 
3'lcliesses  réelles?  Je  le  cherche,  et  je  n'en  aperçois 
pas  même  le  fantôme.  D'une  part,  ce  sont  des 
banquiers  étrangers  qui,  dans  l'espoir  d'un  béné- 
fice énorme  ,  font  une  spéculation  hostile  sur  nos 
fonds  j  de  l'autre,  ce  sont  des  banquiers  français 
qui  veulent  participer  aux  mêmes  avantages  5  ce 
sont  encore  les  uns  et  les  autres  qui ,  trouvant  les 
chances  trop  incertaines  pour  les  confier  à  l'ave- 
nir, s'empressent  de  réaliser  leurs  inscriptions 
sans  intervalle.  C'est  enfin  la  rente  qui  s'élève  ra- 
pidement tant  qu'elle  est  sous  l'influence  des  ven- 
deurs étrangers,  et  qui  tombe  avec  la  même  rapi- 
dité dès  qu'elle  est  abandonnée  à  ses  propres 
forces.  Ces  mouvemens  sont-ils  du  crédit?  Ps' on  , 
parce  que  rien  n'annonce  qu'il  y  ait  confiance, 
et  jamars  il  n'y  en  aura,  si,  continuant  à  tout 
intervertir,  on  sacrifie  encore  l'industrie  et  la 
propriété  à  l'agiotage.  jN'ai-je  pas  ouï  les  parti- 
sans de  la  nouvelle  doctrine  vanter  l'énormité 
des  emprunts  comme  une  preuve  de  richesses  ? 
Un  ministre ,  par  un  l'affinement  de  sagacité  qui 


(  9'  )  ;     ^ 

passe  les  bornes  de  ma  foible  intoîlîgence,  n'a-t-il 
pas  (lit  à  la  Iribiuie  des  Uépiités  cju'il  regrcttoit 
que  les  prêteurs  n'eussent  pas  l'ait  de  plus  pjvauds 
béuélic<'S  («)■?  Mais  a-t-on  du  jamais  croire  que 
la  niultij[>licilé  des  emprunts  dût  augmenter  natu- 
relleincut  la  valeur  des  fonds?  Se  croit-on  plus 
ricli»'  «n  devant  2Ô0  millions  de  rente  qu'on  7ie 
l'étoit  lorsiru'on  n'en  devoit  que  60?  En  vérité, 
cette  prévention  est  tellement  absurde  que,  dans 
l'étonaeraent  qu'elle  inspire,  on  n'ose  la  rejeter, 
parce  qu'on  suj)poseà  la  langue  des  gouvernemens 
un  sublime  caché  qui  ne  se  trouve  pi)int  dans  le 
laiigacje  des  pari  iciiliers.  Si  l'on  entcndoit  un  pro- 
priétaire dire  j'étois  pauvre  hier,  car  je  ne  devois 
rien;  mais  aujourd'hui  je  suis  riche,  car  je  dois 
5oo  mille  francs,  on  riroildt;  sa  démence.  Ungou- 
veriKMiunt  qui  se  glorifie  de  ses  dettes  est  dans  le 
même  cas. 

Si  l'on  examine  ensuite  les  combinaisons  du 
nouvtau  mode  d'emprunt,  pour  y  chercher  quel- 
que moyen  de  coin])enscr  ses  désavantages,  on  n'y 
Ir-oiive  qri'ime  interv(.'rsi(jn  de  mots  qui  ne  peut 
]):is  induire  en  erreur  sur  le  fonds  du  système.  Ou 
emprunte  en  créant  des  rentes,  c'est  là  ce  qu'on 
a  lait  dans  tous  les  temps.  Qu'on  parle  de  la  rente 
avant  de  j)arler  du  capital  ,  ou  qu'on  ])arlc  du 
capital  avant  de  parbr  de  la  rente,  cela  revient 
abAolutniiit  au  même.  Lu  exemple  choisi  dans  les 
traniactioii.s  de  la  vie  privée;,  rendra  ceci  plus 
sensible.  \Jn  propriétaire  a  besoin  de  100  mille 
francs;  s'il  les  trouve,  il  déclare  à  son  préteur 
«fti'il  reconnoît  lui  devoir  d'abord  le  capital ,  cn- 
aiiit»."  '000  Irancs  j)ar  an  pour  l'intérêt  légal,  cju'il 
lui  p.iicra  jns([u'au  jour  convenu  p(jur  le  ren- 
l)oursemenl.  Telle  est  la  marciic  usité<*.  ISos  tinan- 
'  lers  iiuidernes  ont  cru  faire  u!ie  grnnde  décou- 

(i)  Séance  (lu  aS  avril  1818. 


(90 
verte  en  changeant  cet  ordre  de  manière  f  faire 
dire  pai-  IVraprunteur  :  Je  me  constitue  votre  dé- 
biteur de  5ooo  francs  de  rente  pour  i  oomille  francs 
que  vous  me  donnerez.  S'il  y  a  quelque  différence, 
je  ne  la  conçois  pas 5  au  contraire,  ces  deux  ré- 
dactions me  paroissent  tellement  semblables  par 
leur  effet  ,  qu'il  m'est  impossible  d'admirer  la 
sublimité  de  lapins  nouvelle.  Jusque-là  du  moins 
il  y  a  similitude;  mais  si  l'on  disoit  :  Je  me  cons- 
titue votre  débiteur  de  0000  francs  de  rente,  pour 
60  mille  francs-  cjue  vous  me  donnerez  ,  tout 
change,  et,  loin  d'y  voir  une  preuve  d'ordre  et 
de  richesse,  je  me  rappelle  ces  marchés  usuraires 
que  de  jeunes  officiers  cpntractoient  à  Metz  ou  à 
Strasbourg,  et  que  leurs  parens  nepayoient  qu'a- 
près avoir  fait  mettre  l'imprudent  débiteur  eu 
prison. 

Quelle  que  soit,  au  surplus  ,  ropinion  qu^on 
puisse  se  former  sur  le  svstème  des  emprunts ,  il  y 
a  un  résultat  incontestable  :  c'est  que  la  création 
d'une  énorme  quantité  de  rentes  nouvelles  les  rend 
plus  abondantes  sur  la  place.  Or,  il  est  de  fait 
que  la  valeur  de  toute  denrée  est  toujours  propor- 
tionnée à  la  quantité  qu'on  en  trouve  au  marché, 
S  il  y  a  surabondance ,  le  prix  baisse  j  s'il  y  a  ra- 
reté ^  le  prix  s^élève.  Appliquant  ce  principe  aux 
rentes  ,  je  dirai  que  leur  multiplicité  doit  natui*el- 
lement  les  faire  incliner  à  la  baisse.  11  est  donc 
permis  de  croire  que  leur  élévation  extraordinaire 
résultoit  de  manœuvres  employées  habilementpar 
ceux  qui  vouloicnt  s^en  défaire ,  tandis  que  leur 
dépréciation  estreffet  naturel  de  leur  excès.  D'où 
je  conclus  que  la  hausse  ou  la  baisse  ne  prou\'«  rien, 
ni  pour  ni  contre  le  systùme  des  ministres;  et  dans 
la  vue  de  m'exprimer  plus  généralement,  que  le 
cours  des  effets  ne  doit  jamais,  en  France,  être 
considéré  comme  le  thermomètre  de  l'opinion.  Il 
peut  exprimer  la  pensée  des  joueurs,  mais  jamais 


(  93  ) 
celle  tlupuLlic.  TJnévcnement  qui  parott  très-grave 
à  la  Chaussée  d'Antin  ou  dans'  la  rue  Vivitnne, 
rst  inaperçu  dans  les  auhes  quartiers  de  Paris  :  il 
l'est  bien  plus  encore  dans  les  départemens.  Le 
cultivateur  provenral  s'intéresse  moins  à  la  valeur 
de  la  rente  qu'à  celle  des  huiles  ,  et  le  manufactu- 
rier de  Lyon  ,  de  Reiras  ou  de  Saint-Quentin,  lient 
plus  immédiatement ,  par  ses  rapports  de  fortune  , 
au  cours  de  la  soie  ,  de  la  laine  ou  du  coton ,  qu'à 
celui  des  effets  publics.  Qui  sont  donc  \cs  véri- 
tables ,  je  dirai  plus,  les  seuls  intéressés  dans  cette 
cause  ?  Les  joueurs. 

Il  y  a  dans  celte  capitale  trois  classes  d'individus 

3ui  confient  exclusivement  le  désir  de  iaire  ou 
"augmenter  leur  fortune  aux  chances  incertaines 
du  hasard.  Les  uns  tentent  le  sort  dans  les  tripots , 
\vs  autres  à  la  loterie,  et  les  plus  ambitieux  à  la 
Bourse.  Tous  sont  dans  la  méine  catégorie  :  opu- 
lens  et  fastueux  si  le  destin  les  seconde  ,  pauvr<'s 
et  désespérés  s'il  leur  est  contraire.  Leur  existence 
change  du  jour  au  lendemain  ;  quelquefois  du 
matin  au  soir.  Le  gouvernement  ne  s'est  jamais 
occupé  des  deux  premières  classes.  Jamais  il  n'a 
pensé  qu'il  dût  intervenir  pour  réparer  leurs 
pertes  :  pourquoi  montreroit-il  plus  de  .sollicitude 
pour  la  troisième,  qui,  politi({uement  parlant, 
n'est  pas  plus  utile  ?  Ces  joueurs,  peu  nombreux  , 
spéculent  sur  la  valeur  des  fonds  comme  les  autres 
spéculent  sur  la  faveur  des  cartes  ou  sur  la  sortie 
tfun  (piaterne  ,  et  dans  l«"nrs  diverses  positions 
on  aperroit encore  celle  similitude  ,  que  toutes  les 
fois  (ju'il  y  a  un  perdant ,  il  «e  trouve  quelqu'un 
poui'  profiter  de  son  infortune.  Au  jeu  ,  ce  sont  les 
pontes  qui  ruin<.'nt  le  bancjuier,  ou  c'est  le  ban- 
quier qui  ruine  les  pontes.  A  la  loterie  ,  le  gouver- 
nement, qui  csl  banquier,  jotie  à  coup  sûr.  A  la 
Bourse  ,  le'jourur  a  la  hausse  drj)ouilic  !<•  joueur 
à  U  baisse ,  uu  bien  il  «si  dépouillé  par  lui.  Daus 


a 


(  oi  )    .       .    . 

tout  coin  ,  je  ne  vois  que  la  loterie  qui  soit  fie  quel- 
irulilité  pour  l'Etat.  Mais  un  gouvcrncin<nt  , 
ira-t-on  ,  doit  toujours  désirer  de  souteuir  la 
vnleur  de  ses  fonds  :  cela  peut  être  dans  un  temps 
ordinaire  j  lorsque  tout  est  hors  de  mesure,  je 
i)'eu  vois  pas  la  ncccssilc.  Dans  notre  situation, 
j)ar  exemple  ,  oi\  devant  songer  à  nous  libçi'cr  au 
lieu  d'cm])ruuter,  nous  avons  une  caisse  d'amor- 
lisscmoiil  riclienient  dotée  ,  la  décroissance  de  la 
rente  est  un  avantage,  j)arce  que  la  caisse  d'amor- 
tissement avant  pour  destination  déteindre  suc- 
cessivement notre  dette  par  l'achat  des  rentes ,  elle 
v.n  achètera  d'autant  plus  (jue  le  prix  en  sera  moins 
clevé.  Si  le  bon  elî"et  de  ses  opérations,  continuées 
avecpcrsévérance,  diminue  la  (pianlité  des  vahnirs 
txpesécs  sur  la  place,  leur  rareté  soutiendra  leur 
prix,  et  la  rente  reprendi'a  naturellement  une  fa- 
veur que  leselï'iîrts  de  l'agiotage  tentent  vainement 
de  lui  procTirer.  Co^isidérée  sous  ce  rapport  ,  la 
dépréciation  actuelle  des  fonds  publics  n'a  rieii 
d'alarmant  pour  l'Etat.  îl  v  aura  des  pertes  ; 
quehpics  spéculateurs  souffriront  de  leur  im- 
pioidence;  mais  aucun  jeu  n'est  à  l'abri  de  ces 
chances,  et  ceux  qui  s'v  livrent  savent  d'avance 
que  la  fortune  est  inconstante,  et  que,  souvent 
prodigue  de  ses  bienfaits,  elle  les  retire  avec  la 
même  légèreté. 

Cette  llucttialion  peut-elle  influer  sur  le  crédit 
réel  de  la  France  ?  t.n  aucune  façon.  Si  quelques 
écrivains,  que  j'aime  à  croire  dérus,  ont  mala- 
droitement sonné  l'alaruH*  sur  une  crise  assez  iu- 
dillérent<*  en  soi  ,  je  ]>roclamerai  hauten\eïit  la 
doctriue  contraire.  Les  viais  propriétaires  de  la 
rente  ne  sont  pas  les  joueurs.  Cf;  sont  les  capita- 
listes ,  grands  ou  petits  ,  qui ,  achetant  des  rentes 
pour  y  placer"  leur  superflu  ou  leurs  épargnes, 
gardent  leurs  inscriptions,  et  consomment  l'in- 
tirct  qu'ils  en  rclirenl.    Ccuv-là   n  oui    ri«n  à 


(9-'  ) 
citiiuJre.  Le  revenu  qu'ils  ont  voulu  se  procurer 
est  d'autant  plus  certain  ,  que  la  valeur  des  fonds 
est  plus  cluirnéc  de  toute  exagération.  Leur  l'or- 
tune  est  b.vpothéqUcc  sur  la  vraie  richesse  de  la 
nation  ,  sur  lo  sol ,  sur  l'industrie  et  sur  la  foi  pu- 
Miquc.  Ce  sont  des  pirautirs  plus  solides  que  le 
charlatanisme  des  mots  et  que  des  illusions  tinan- 
cières. 

Conservons-les  donc  précieusement  ces  richesses 
que  nous  tenons  d'iuie  nature  bienfaisante  ,  et  qui 
ne  peuvent  être  anéanties  que  par  notre  faiite.  Que 
l'aÊ^ricuiture ,  que  l'industrie,  que  le  commerce 
soient  toujours  l'objet  d'une  protection  spéciale'. 
Qu'on  ne  s'égare  jamais  au  point  de  les  sacriticr  âf 
l'apiotaîie;  ce  seroit  consommer  notre  ruine,  et 
tuer  le  corps  social.  Qu  on  repousse  surtout  Ja 
pensée  coupable  de  vcudre  nos  forêts  pour  sou- 
tenir le  prix  de  la  rente. 

^os  for«;ts,  seul  l)ien  qui  nous  reste  de  tant  de 
propriétés  <jue  la  révolution  a  dévorées,  ont  été 
attaquées  dans  ces  derniers  temps  avec  un  achar- 
nement que  je  pourrois,  en  invoquant  comme 
nos  adversaires  le  langage  d<'  la  Convention , 
appeler  ullra-révolutioiitiairc .  Jamais  du  moins  il 
ne  lut  proposé ,  dans  cette  trop  funeste  assemblée, 
de  j)riter  1  I.tat  d'un  moven  aussi  puissant  de 
force  cl  de  richesse  :  elle  enq)loya ,  to.ut  au  con- 
traire ,  jusqu'à  l'injustice  ,  pour  accroître  cette  por- 
tion précieuse  du  domaine  public.  Son  exemple 
fut  suivi  par  le  dernier  couvcrnemcnt,  qui,  sub<;- 
tituant  en  celte  partie  1  ordre  à  la  confusion  ,  pril 
pour  base  de  son  administration  ces  belles  ordon- 
nances de  I.cniis  XiV,  chefs-trœuvre  d'un(>  sagesse 
supérieure  à  notre  perfectibilité  prétendue.  Les 
forêts  prospéroient  sous  ce  régime.  Salutaire  aux 
particuliers  avec  lesquels  le  gouvernement  n'en- 
Iroil  pf)i?it  dans  une  concurrence  accablante  ,  il 
mcnageolt  des  rcssoiuces  immenses  ù  notre  mt- 


(  96  ) 

rine ,  ainsi  qu'à  nos  constructions  civiles  et  milî' 
taijcs.  •Maintenant  nos  forêts  sont  en  vente.  Fonds, 
superlici'' ,  tout  est  en  pi-oie  à  la  déprédation.  Celte 
surabondance  de  denrée  mise  dans  le  commerce 
nuit  aux  particuliers,  qui  ne  trouvent  point  à 
vendre  leurs  coupes  annuelles,  ou  les  vendent  à 
vil  prix ,  pressés  qu'ils  sont  par  le  besoin  de  payer 
leurs  impôts  ;  et  tandis  qu'on  sacrifie  ainsi  tout  ce 
qui  existe,  on  prépare  de  loin  la  ruine  de  la  pos- 
térité. Lorsqu'elles  n'existeront  plus  ces  réserves 
formées  sous  la  protection  d'un  possesseur  qui  ne 
meurt  point  j  lorsqu'elles  seront  remplacées  spit 
par  des  taillis ,  soit  par  des  defricbemens ,  nous  ne 
pourrons  construire  ni  un  vaisseau  de  guerre,  ni 
un  vaisseau  de  commerce ,  sans  êti-e  triliutaires 
de  l'étranger!  iSous  serons  donc  réduits  ,  comme 
un  peuple  voisin,  à  porter  notre  numéraire  dans 
le  nord  de  l'Europe,  pour  v  acheter  des  flottes 
toutes  faites  !  Et  si  la  paix  qu'on  nous  présente 
comme  devant  être  éternelle,  trompoit  de  flatteuses 
espérances,  de  quelles  ressources  userions-nous 
pour  nous  faire  respecter,  lorsque  nous  aurions 
volontairement  sacrifié  nos  moyens  ?  Quoi  1  le 
génie  révolutionnaire  ne  s'arrêtera-t-il  jamais?  Ne 
suffit-il  pas  à  sa  rage  d'avoir  englouti  tant  de 
millions  d'hommes  et  tant  de  milliards?  Et  la  gé- 
nération  présente  ,  victime  de  tou^s  les  maux  ,  en 
proie  à  toutes  les  calamités,  sans  être  devenue  ni 
plus  sage  ni  plus  instruite,  adorant  toutes  les 
claimères,  s'enivrant  de  toutes  les  illosions,  ,dé- 
vouera-t-elle  au  malheur  jusqu'au  dernier  de  sQi 
descendaus  ? 

D'Herbocville. 


(  li-i  ) 

M.  DIMA^C1IE. 

C'est  un  bien  galant  liomine  fjiic  M.  Dimanche; 
il  seiiihle  que  le  spiiilucl  auteur  du  Aouweau  Jiiche 
et  le  Boufij^eois  de  Pans  (  i)  1  ait  j>ris  pour  modèle 
lorsqu'il  a  fait  sou  bon  monsieur  Jobin. 

M.  Dinianclie  rst  marchand  de  drap  de  pore  en 
fils,  rnc  Siiint-iMarliu  ,  tomme  M.  Jobin  1  est  rut 
Saiut-U«Mjls  :  ct)mme  M.  Jobin,  M.  Dimanche, 
cjui  a  assez  de  fortune  et  de  crédit  pour  se  décorer 
(lu  titre  de  fournisseur,  ou  pour  le  moins  de  corn- 
marrant,  a  conservé  la  qualiGcalion  modeste  de 
marchand  <ju  avoicnt  son  père  ,  son  i^raud-père  , 
son  bisaïeul ,  <'l  ainsi  de  suite  en  remontant  jusqu'à 
M.  Dimanche,  premier  du  nom  ,  le  même  dont  il 
est  question  dans  le  Festin  de  Pierre. 

M.  Dimanche  n'a  j)oint  transformé  saboutique 
en  magasiii  ;  il  pourroit  avoir  au-dessus  de  sa 
porte  une  enseij^ne  représentant  ([ueh|uc  sujet  tiré 
de  la  labh;  ,  du  vaudeville  ou  du  mélodrame;  il 
aime  mieux  garder  une  croix  d'or  qu'y  plara  le 
premier  des  Dimanche,  et  qlie  ses  successeurs  ont 
reliait; uscmcnt  respectée. 

Il  a  lait  juste  ce  qu  il  faut  d'éludés  pour  tenir 
pariaitement  ses  comptes  ,  comprendre  supérieu- 
rement le  latin  de  ses  Heures  et  causer  des  affaires 
du  temj)s  avec  une  raison  ,  un  bon  sens. que  l'on 
•eroit  bien  heureuv  de  trouver  dans  un  grand 
nombre  de  nos  jtoliliqnes.  .Margnilller  de  sa  pa- 
roi.v»»-' ,  à  laquelle  il  lait  l)eaucou[)  de  bien  ,  consi- 
déré de  ses  voisins,  estimé  de  ses  confréj'es ,  il  est 
aimé  de  sva  pratiques  ,  dont  j'ai  l'honneur  de  fair« 
partie. 

.M.  Dimanclie,  qui  tient  aux  anciins  usages, 
navoit  pas  tnan(|ue  ,  le  premier   jour  d(î   l'année 


(t)  Brorli.  iii-.V.  Prix  :  a  fr.  3.  r.,  et  i^  U  fianco;  clic* 
Docfiampi.  fueSoufnot,a«3,elle  Norinaul,  rue  d«Scine,u''{), 
cl  (]u:)i  (yonli ,   II"  S. 

.ÏUJI£  II.—  lâ<  LlVBAISOK.  8 


(114  ) 
ï8ir),  (le  venir  nie  la  souhaiter  bonne  et  licjncuse^. 
Une  politesse  en  vaut  une  autre  j  je  fus  lui  rentli-e 
sa  visite,  et  je  le  trouvai  en  grande  discussion  po- 
litique avec  un  de  ses  voisins.  Il  s'aeissoit  des  der- 
niers clianjoeniens  arrivés  au  ministère  5  fort  cu- 
rieux de  m'éclairer  sur  l'opinion  de  la  rue  Saint- 
jMartin  ,  je  priai  ces  messieurs  de  continuer  leur 
conversation  :  le  voisin,  qui  me  parut  un  des  ora- 
teurs indépendans  du  quartier,  ne  se  le  lit  pas  dire 
deux  fois,  et  il  s'établit  entre  eux  le  petit  dialogue 
suivant  : 

Le  P^oisîn(i).  —  Oui,  monsieur  Dimanche,  tout 
le  monde  est  enchanté  de  la  marche  du  gouverne- 
ment 5  les  antiques  salons  seuls  se  désolent ,  lahat- 
tenient  décompose  toutes  les  figures  féodales  ';  niais 
la  sérénité  règne  sur  toutes  lesjigujes  plébéiennes. 

M.  Dimanche.  —  Ma  foi ,  mon  voisin ,  ma  figura 
est,  je  crois,  tout  aussi  plébéienne  que  la  vôtre  ; 
et  je  vous  assure  que  je  ne  suis  nullement  satisfait 
lorsque  je  vois  Fabattenrent  sur  ce  que  vous  ap- 
pelez des  figures  féodales,  et  sur  ce  que  j'appelle, 
moi ,  des  faces  d'honnêtes  gens. 

Le  /^.—Comment,  vous  ne  remarquez  pasjjue 
les  changemens  du  ministère  sont  un  pas  de  plus 
dans  la  route  constitutionnelle ,  et  que  cest  un 
triomphe  des  idées  libérales  sur  les  espérances 
aristocratiques  ? 

M.  D.  — Mon  voisin,  je  ne  suis  pas  né  d'hier  ; 
chaque  fois  qu'en  89,  90,  91,  d'un  ministère 
constitutionnel  à  votre  manière  ,  on  tomboit  dans 
un  autre  qui  l'étoit  encore  davantage ,  les  gens  qui 
pensoient  alors  comme  vous  pensez  aujourd'hui , 
ne  manquoient  pas  de  dire  alors  ce  que  vous  dites 
aujourd'hui  ;  mais  les  ministres  qu'ils  appeloicnt 
un  jour  excellens,  ils  les  chassoientle  lendemain 

(i)  On  rcmarqueia  à  sa  conversation,  que  cet  Jionnéte  indé* 
pendant  est  nourri  de  la  lecture  des  Jjpus  auteur»  doOiiasire* 
•t  libéraux. 


(  ^^^  ) 

pour  en  placier  d'autres  qu'ils  tiT)uvo:eiit  encore 
Jiieillfurs;  et  c'est  ainsi  uuc  de  ministères  bons  en 
ministères  meilleurs ,  a  dégringolé  la  monarchie  : 
or,  moi  ,  je  liens  es3eatiellement  à  la  conservation 
de  la  monarchie. 

Li'  V.  —  i^ei-mettez -moi  de  vous  observer, 
IM.  Dimanche  ,  que  vous  n'êtes  pas  noljle  ,  et  qiw/ 
n'y  a  (jitc  les  nobles  qui  aient  véritablement  in- 
têpèt 

M.  [).  —  Permettez- -  moi ,  mon  voisin,  de. 
n'êtrtî  nullement  de  votre  avis  :  lorsque  h  lévo- 
lulit-in  coMiineura  ,  les  o;ens  dont  je  vous  parlois 
nous  dirent  aussi  qu'elle  n'éloit  dirigée  que  contre 
les  nobles,  et  que  nous  autres  bourgeois  nous  de- 
vions beaucoup  y  gagner.  Savez-vous,  moi,  ce 
que  j'y  ai  gagné?  D'abord,  j'y  ai  p<;rdu  mes  pra- 
tiques ,  vu  qu'on  bannissoit  les  uiies  et  qu'on  guil- 
îolinoil  les  autres;  peiidant  quatre  a?is  je  n'ai  pas 
vendu  quatre  aunes  de  drnp,  parce  que  la  mode 
étoil  de  porter  dçs  carmqgnoles  et  d'être  sans-cU" 
lottes  ;  j'.d  man(jué  d'être  ruiné  de  fond  en  comble 
par  le  miniuiuiii  du  niuxiinuni  et  des  assignats  ;  les 
philosophes  du  district  ont  piUé  ma  boutique,  à 
cause  (le  mon  enseigne  ii  la  Croix  d'or;  les  in- 
dcpendans  de  la  seetion  ont  voulu  m'accrocher 
comme  accapareur ,  au  réverbère  qui  est  devant 
ma  porte;  eulin  ,  il  m'a  fallu  toute  i,uon  industrie 
ri  tfjut  1(;  sang-lVoid  (pie  vous  me  connoisse/.,  pour 
eu  être  quitte  au  piix  d'une  soivanlaine  de  mille 
trancs,d'unccentaine  de  cnupsdebrancUes  (ïarbre 
de  la  Liberté ,  et  de  deuv  ans  ([uatrc  mois  et  dix- 
sept  jours  de  prisiwu  ^lon  père,  mon  grand-père 
ei  mon  bisaïeul  ont,  au  contraire,  vécu  fort  tran- 
<juiilementsou«Louis\l  V  etJ.ouis  W  ;  jexoiidrois 
que  mes  enfans  en  Ossent  autant  sous  Louis  XVIII 
et  ses  successeurs  :  voilà  pourqnoi  je  souhaite  une 
monarchie  (jui  ne  finisse  pas  par  une  révolution. 
Le  /^.  —  Mais,  monsicui'  Dimanche,  le  peuyl^ 

9. 


(  ii6  ) 
doit  cependant  'beaucoup  à  cette  révolution ,  que 
0)0115  calomniez. 

M.  D.  —  Vous  mettez  toujours  le  peuple  en 
avant  j  et  ce  pauvre  peuple  ,  dont  j'ai  riionneur  de 
faire  partie ,  est  la  dupe  de  la  sollicitude  que  vous 
voulez  avoir  l'air  de  lui  témoigner.  Vous  ressem- 
blez à  ces  procureurs  qui  grugent  leurs  clienssous 
prétexte  de  les  servir  ;  et  il  ne  me  sera  pas  difficile 
de  vous  prouver  que  les  intérêts  de  ce  peuple  qu< 
vous  prétendez  défendre,  sont  étroitement  liés  à 
ceux  de  l'aristocratie,  que  vous  attaquez  sans  cesse. 
Faites-moi  le  plaisir,  d'abord ,  de  me  citer  quel- 
ques uns  des  bienfaits' de  votre  révolution. 

Le  K.  —L'égalité  des  citovens  devant  la  loi ,  ie 
droit  de  parvenir  à  tous  les  emplois  civils  et  mi- 
litaires. 

M.  D.  —  Si  c'est  là  tout  ce  que  nous  lui  de- 
vons ,  je  crains  bien  qu'elle  n'ait,  comme  on  dit, 
enfoncé  que  di?s  portes  ouvertes.  AAant  elle  ,  lors- 
qu'un grand  seigneur  ni;  me  pavoit  pas  son  mé- 
moire, je  le  faisois  assigner;  si  je  conviens  avec 
vous  quemalgré cela queiqucsbons gentilshommes 
trouvoicnt  moyen  de  ne  pas  solder,  vous  convien- 
drez avec  moi  que  les  gros  banquiers  ne  iaisoient 

oint  tant  de  banqueroutes;  et,  pertes  pour  pertes  , 
es  bilans  delà  finance  nous  coûtent  plus  cber  que 
ne  coûtoient  à  nos  pères  les  dettes  de  la  noblesse. 
Quant  aux  emplois  civils  et  militaires,  cela  m'est 
fort  égal ,  à  moi  ;  car  je  veux  que  mou  fils  reste 
marcliand  :  si  ses  enfans  sont  assez  fous  pour  dé- 
daigner un  état  dans  lequel  s'est  honorée  leur  fa- 
millfe,  j'ai  entendu  dire  que  IM.  Fléchicr  l'évêque 
étoit  fils  d'un  fabricant  de  chandelles;  que  M.  de 
Golbertle  ministre  avoit  été  commis  à  1 200  francs; 
([ue  INI.  Jean  ^art  le  chef  d'escadre  avoit  été  ma- 
telot ;  que  M.  Rose  le  lieutenant-général,  etiant 
d'autres,  avoient  été  soldats  :  je  conclus  de  là  que 
les  petits  Dimanche,  s'ils  avoient  eu  du  talent. 


l 


(  't;  ) 

auToicDt  po  ,  sans  la  révolution  ,  devenir  ôêques, 
miuistrts  ,  chefs  d'escadre  ou  lieutcnans-généraux. 
11  est  possible  que  maintenant  cela  leur  soit  encore 
plus  iacile  ;  tant  mieux  :  mais  étoil-il  absolument 
nécessaire  de  f^uillotiner  mes  pratiques  ,  de  me 
piller,  de  me  rosser,  de  me  mettre  en  prison, 
j)0ur  en  arriver  là  ?  Souffrez  donc  qxic  je  ne  sache 
aucun  ç^vc  à  votre  révolution  d'avoir  fait  verser  des 
tlots  de  sanf,f ,  d'avoir  bouleversé  la  France  et 
l'Europe,  pour  me  donner  ce  que  j'avois  ou  ce  que 
je  pouvois  avoir  sans  elle. 

Le  V.  —  Mais  cependant ,  vous  seriez  fâché  de 
voir  aux  nobles  des  privilèges  qui  les  mettroient 
au-dessus  de  vous? 

M.  D.  —  Soyez  assez  bon  ,  mon  voisin  ,  pour 

me  dire  quels  seroient  ,   s'il  n'y  avoit  po  nt  de 

nobles,  les  premiers  pcrsonnap^es  de  l'Etat? 

Le  y,  —r  Les  avocats  et  les  banquiers. 

M.  D.  —  C'est  fort  bien  pour  vous ,  mon  voisin  ; 

vous  êtes  baufjuier,   et  M.  votre  frère  est  avocat  ; 

mais  lor'ifjue   vous  aurez  pris  la  première  place  , 

les  marchands  en  gros  ,  comme  moi,  n'auront-ils 

pas  le  droit  de  vous  en  chasser  comme  vous  en 

aurez   chassé  les  nobles-  car  enfin,  l'égalité  que 

vous  proclamez  est  ,   je  le  suppose  ,   pour  tout  le 

monclr;  les  marchands  en  détail  seront  autorisés 

à  me  chasser  à  leur  tour  ;  ils  seront  renvoyés  par 

les  garrons  de    bouti([ue  ,    qui    le   seront  par  les 

eus   sans   état,    et   enîin,   les  premiers   rangs   de 

a  société  se  trouveront  occupés  par  les  argousins 

d»'.<  bagnes  ,  à  moins  toutefois  que  les  galériens  ne 

Irur  disputent  la  place,  car  ils  en  auroiept  aussi 

le  droit. 

Le  r.  —  Ah!  Monsieur  Dimanche,  voilà  des 
exagérations  ! 

M.  /).  —  C'est  si  peu  exagéré,  que'c'est  exac- 
tement ce  (|ue  nous  avons  vu  :  maintenant,  mon 
voisin  ,  vous  devez  concevoir,  qu  avant  de  cher- 


l 


(  lïs  ) 

cher  à  déplacer  ceux  qui  sont  au-dessus  de  moi , 
je  son-i-eà  ceux  qui  sont  au-dessous.  Si  je  d^ire 
que  la  noblesse  conserve  le  peu  qu'elle  a  sauvé 
du  naufrage  ,  c'est  que  je  sais  fort  bien  que  sa 
chute  entraîmeroit  la  mienne,  que  la  mienne  en- 
traîneroit  celle  des  marchands  en  détail ,  et  ainsi 
de  suite,  jusqu'à  l'entière  dissolution  du  corps 
social. 

L-e  V .  —  IMaJs  vous  raisonnez  dans  l'hypothèse 
qu?  nous  voulons  une  révolution  telle  qu'elle  a 
dé 'à  eu  lieu,  et  vous  êtes  dans  l'erreur. 

Ht] .  D.  —  Serez-vous  les  maîtres  d'arrêter  le 
torrent  quand  vous  aurez  rompu  les  digues  ? 
Vous  n'avez  ni  plus  de  talens  ,  ni  plus  de  courage 
que  les  girondins  :  ils  ont  comïnencé  comme  vous, 
tremblez  de  finir  comme  eux.  Pour  votre  intérêt 
comme  pour  le  mien  ,  je  m  afflige  à  chaque  pas 
qu'oii  vous  laisse  faire  en  avant.  Je  suis  persuadé 
que  le  bonheur  de  la  France  ne  peut  c.'cistcr  sans 
stabilité  ;  il  m'est  démontré  que  cette  stabilité 
n'auïa  jamais  lieu  que  sous  une  monarchie  légi- 
time ,.  et  tous  les  raisonnemens  du  monde  ne 
peuvent  mé  faire  c.oncpvoir  qu'on  fas^se  des  mo- 
narchies lég"Himes  av^c  des  idées  réj)ublicaines. 

Le  r.  —  Moiictrcbies  légitimes  !  idées  républi- 
caines !  Mais,  mou  cher  monsieur  Dimanche  ,  il 
ne  s'agit  point  ici  de  république  ,  et  encore  moins 
de  monarchies  ;  il  nous  faut  un  gouvernement  ra- 
tion el-relaîif.. 

M.  D.  —  Rationel-relatif .  !  Mon  voisin,  si 
"VOUS  voulez  que  je  vous  entende  ,  parlez-moi 
fran^a^s. 

Le  V ^  -^  Puisque  vous  n'êtes  pas  à  la  hauteur 
du  slyîe  du  siècle,  il  nous  faut  un  gouvernement 
fondé  sur  les  principes  de  la  Charte. 

31.  D.  — A  la  bonne  heure  5  je  commence  à 
vous  comprendre  :  mais  alors,  pourquoi  dans  vos 
iliscours ,  dans  vos  écrits  iasinuez-yous   que  le. 


(  M9  ) 
J^oi  n'avoit  pas  le  {Iroit  de  vous  la  donner  celt« 
CÎMite  ? 

Le  V.  —  C'est  qu'eu  effet ,  ce  de\>oit  être  un 
pacte  proposé  par  une  des  parties  ,  et  consenti  par 
taiLtri'. 

M.  if.  —  Là-d( 'ssHs,  mofï  voisin  ,  permettez-moi 
mu*  uclile  coinj>arMison.  Un  horanit;  lait  son  tes- 
tanu-nt  :  tous  les  héritiers  en  sont  conlens  ;  un 
5»>u]  ,  qui  d'abord  en  a  paru  enchanté  ,  prouve 
»in  i<»iirqnp  le  testateur  n'^avoit  pas  droit  de  tester, 
t>\  lacU',  <[uelqu'en  règle  qu'il  soit  du  reste,  est 
annulé  j)ar  ce  lait. 

Voudriez  -vous  traiter,  la  Charte  de  même  ? 
Comnir;  de  la  première  constitution  que  vous  avez 
rerue  de  l'infortuné  Loui;  XVI,  vous  en  tirez  tout 
ce  ({ui  est  à  votre  ava^ltacJe  ,  mais  en  vous  ména- 
geant des  moyens  préjudiciels  ,  des  réserves  contre 
cHe,  afin  de  l'attafjuer  en  cassation ,.  si  cela  devient 
nécessaire  à  vos  intérêts.* 

Le  T^.  —Je  vous  jure  ,  monsieur  DJmartche....^ 

M.  D.  —  Pas  de  serment,  mon  voisin  ,  je  sais 
tomme  vous  les  tenez  :  on  ne  m'attrape  pas  deux 
fois-  je  ne  suis  ni  un<;  dupe,  ni  un  ministre  ;  i,e 
ne  croirai  donc  à  votre  attacliement  pour  la  Charité 

3ûe  lorsque  vous  reconnoîtrez  cj^c  !«  Koi  avoit  le 
roit  de  vous  i'octro\  «'i-. 

(  Cp  mot  Gl  faire  une  giiinare  «'pouvonlnhlc  au  libéral,  eue 
ifi'ient  l»  som'eraineté  du  fteuple  ?  dll-il  entre  sus  dents).  M.  l)i— 
manclie  continua  : 

Si  l'on  vous  permet  de  prouver  le  conti'aire  , 
la  constitution  sera  nitlJ»'  ;  il  faudra  que  vous  en 
fassiez  une  autre  ,  ([ui  dtirera  jusqu'à  ce  (iii'on 
vous  protive  à  vous,  (pic  vous  n'a\i4'Z  pas  le  droit 
fie  la  l.iiie.  Or,  depuis  tpii'  les  libéraux  se  mêlent 
ilr  politique  ,  j'ai  vu  quinze  ou  viuj^i  constitu- 
tions, autant  de  pouveriJiineii5  ,  et  ji;  commence 
à  en  avoir  assez. 

Le  /'.  —  Mais,  ruCLUsicur  Dimaiiclie,  ritnmcnsc 


(     Ï20    ) 

majoritc  n'est  pas  de  votre  avis,  et  il  a  bien  fallu 
changer  le  ministère  selon  nos  vues,  et  non  point 
5elon  les  vôtres  5  car,  f^ans  la  vatin-e  de  notre 
gouvernemevt ,  le  pouvoir  est  ohli^é  de  consulter 
r opinion  publique  i  et  T^piniofi  publique  est  pour 
nous. 

AI.  D.  —  C'est  vous  qni  le  dites,  mon  voisin; 
mais  il  en  est  de  cela  comme  de  vos  prétentions 
exclusives  à  l'esprit  et  à  la  bravoure.  Apprenez 
que  l'opinion  publique  est  ce  qu'on  la  fait  ou  ce 
qu'on  la  laisse  faire.  Si  l'on  ferme. les  yeux  sur 
toutes  vos  sottises,  si  le  ministère  recule  tou*^ 
jours  devant  vingt  ou  trente  bavards ,  trente  on 
quarante  écrivassiers,  il  est  tiès-possible  que  vous 
preniez  un  jour  plus  d'aplomb  que  vous  n'en  avez  : 
mais,  giiâce  au  ciel!  nous  n'en  sommes  pas  encore 
là.  Vous  prétendez  que  l'immense  majorité  est 
pour  vous;  vous  voulez  parler  sans  doute  de  l'im- 
mense majorité  de  vos  connois<^anccs;  mais  moi 
qui  ne  fréquente  que  des  royalistes ,  je  puis  avoir 
une  tout  autre  idée  de  notre  pays. 

Le    V.    —   Cependant,  les    élections   de    1818 
prouvent  évidemment  que  la  France  désire.... 

M.  D.  —  La  France  désire  la  tranquillité  et  la 
diminution  des  impôts;  le  reste  lui  est  fort  é^^al. 
Si  les  élections  ont  été  démocratiques  en  1818, 
elles  ont  été  monarchiques  en  i8i5  :  pourquoi? 
C'est  que  la  loi  étoit  monarchique  en  1810,  et 
démocratique  en  181 8.  Soyez  sûr  que  les  rova- 
listes  sont  en  grand 'nombre  dans  tous  les  rangs, 
dans  toutes  les  classes;  car  les  gens  honnêtes  et 
raisonnables  de  tous  les  raûgs,  de  toutes  les 
classes,  ont  intéi'êt  à  ne  pas  revoir  une  révolu- 
tion. Par  la  même  raison  qu'il  y  a  des  gentils- 
hommes, et  même  des  ducs  et  pairs  qui  sont  de 
fieffés  jacobins,  il  y  a  des  banquiers,  des  gens  de 
robe,  de  plume,  d'épée ,  des  médecins,  des  mar- 
chands, des  porteurs  d'eau,  qui  sont  de  bous  et 


(  151  ) 

d'cTccllcns  ultva>,  puisque  t'est  aaisi  que  voii<! 
appeliez  ceux  f|ui  aiment  véritalilement  leur  Roi 
et  leur  pavs.  Si  >os  nouveauv  minisires  ne  sont 
point  persuadés  de  cette  vérité  5  s'ils  font  sans  cesse 
des  concessions  à  une  minorité  à  laquelle  il  suffit 
de  f;iire  peur  pour  la  vendre  nulle,  je  plains  la 
France,  et  je  les  plains  eux-mêmes.  Avec  tous 
les  moyens  de  réussir,  ils  perdront  le.... 

(  En  re  moment ,  une  voix  se  fit  entendre  dans  une  piècr. 
voisjiie;  l'indépendant  sauta  sur  son  chapeau,  nous 
salua,   et  sortit   précipitamment.    Pour  peu   que    cela 

fiuisse  Atre  agréable  aux  aboiine's  du  Conservateur ,  je 
eur  ramnlcrai  ,  dans  une  nuire  Livraison,  ce  qui  nut 
en  fuite  le  voisin  de  M.  Dimanche.) 

Saint-Marcellik  . 


VARILTLS. 

Jusqu'à  présrnt  nous  avmis  fait  counoître  les 
débats  nuxquels  a  donné  lieu  devant  le  tribunal 
de  police  covrecliounclle  ,  la  plainte  en  calomnie 
portée  par  M.  le  lieutenant-général  Canuel  contre 
MM.  de  Sainneville  ctFabvier.  Voici  maintenant 
le  jtif^rment  vendu  hier  sur  celte  afl'aire. 

«(  Le  tri4)unal  ,  sans  s'arrêter  à  r<'vce])tion  d'in- 
compétence, non  plus  qu'aux  fins  dv  non-recevoir 
jiroposées; 

»  Déclare  Fabvier,  Sainneville  et  Canliel  cou- 
pables du  délit  prévu  par  l'art.  .U^-^  du  Code  pénal^ 
♦•t  puni  par  l'art,  .{ji  du  même  Oïde  • 

(  Ici  Si.  le  président  adonnélcclure  de  ces  Jeu\ 
articles. ) 

»  Fl  cependant,  usant  de  la  faculté  accordée 
]>ar  l'art.  /^^)^  du  même  Code,  et  .'\tleïidu  les  cir- 
coMsIaiices  atléniiaiites  précédemment  énoncées, 
modérant  la  peine  ,  condamne  Fabvier  en  100  fr. 


(    ^2S.) 

d'amende;  Sainnetille  et  Canuel  cKacunrn  oofr. 
d'amende-  ordonne  que  les  trois  bi-ochures  qui 
donné  lieu  au  procès ,  seront  et  demeureront  sup- 
pi'imées  5 

D  Condamne  FaLvier  aux  dépens  envers  Canuel 
pour  tous  dommages  et  intérêts  5 

»  Condamne  SainneviJle  aux,  dépens  envers  la 
Veuve  et  rhéritier.  du  capitaine  Ledoux,  égalemen.t 
pour  tous  dommages  et  intérêts  ; 

»  Tons    dommages  -  intérêts   et   dépf'ns  entre 
Sainneville  et  Canuel  compensés, 
i.    ))  Sur  les  autres  demandes  ^  fins  et  conclusions 
Hes  parties  ,  les  met  hors  de  cause.  » 

Si  ce  jugement  est  déféré  à  la  Cour  rovale  par 
l'une  ou  l'autre  des  parties,  nous  examinerons- 
les  motifs  qui  l'ont  dicté  et  les  principes  qu'il 
consacre. 

—  II  avoit  été  d'abord  défendu  aux  journaux  de 
rendre  compte  des  scènes  de  désordre  qui  viennent 
d'avoir  lieu  au  colle'ge  de  Loiiis-le-Grand.  Depuis 
plusieurs  jours  l'insubordination  se  faisoit. sentir 
dans  cette  maison;  elle  éclata  dans  la  soirée  de 
dimanche  dernier.  Le  proviseur  avoit  ordonné  de 
ne  laisser  rentrer  qu'un  à  un  plusieurs  élèves  qui^ 
dans  la  matinée ,  s'étoient  fait  ouvrir  les  portes  ;  ils 
se  présentèrent,  à  la  chute  du  jour,  en  assez  grand 
nombre,  au  concierge  qui  refusa  de  leur  ouvrir; 
quelques  uns  étoient  dans  un  état  d'ivresse  :  une 
lutte  s'engagea.  Pendant  ce  temps,  des  élèves 
restés  au  dedans  ouvrireutles  portes.  Le  tumulte 
alors  fut  généi'al  :  tous  les  ordres  furent  mccoiir- 
Jius,  des  vociférations  répondirent  aux  remonr 
traneesj  des  professeurs  furent  outragés  et  frappés, 
les  meubles  et  les  croisées  furent  brisés.  Le  conir 
missaire  de  police  se  présenta  en  vain  pour  réta- 
blir le  calme  j  on  fut  obligé  d'envoyer  chercher 
la  gendarmerie.  Les  plus  mutins  ont  été  conduits 
à  la  Préfecture  de  police.  L'un  d'eux,   nommé 


e 


(  io3  ) 

M*****  ,  s'écria  ,  au  moment  où  on  l'arrêtoft,  que 
c'étoit  uu(;  vio/afion  de  la  liberté  indis'iduelle. 

PhiMiMirs  jiorsonnos  croient  (jiic  ce  mouvement 
a  été  excité  liors  de  la  maison-  Je.s  plus  détestables 
pamphlets  circulent  dans  les  mains  des  élèves;  le 
déso'dre  se  fait  surtout  reinartp.icr  dans  cet  éta- 
blissement depuis  que  ]M.  lepr()\iseur  a  publié, 
au  sujet  de  î>rétendues  souscriptions  pour  le 
Champ  d'Asile,  une  lettre  pleine  de  fermeté, 
danslarfuelle  il  rappeloit  ses  élèves  à  leurs  devoirs. 

Le  collénjc  est  terme  en  vertu  d'un  arrêté  pris 
lundi  jîar  la  Commission  de  l'iuslruclion  pu- 
blique. 


Paris,  ce  2i  janvier  1819- 

C'est  aujourd'hui  le  jour  du  grand  sacrifice;  il 
semble  que  la  mort  redouble  d'activité  pour  aug^- 
menler  la  pompe  de  sa  fête.  Elle  vient  de  frnpper 
quatre  reines;  elle  continue  parmi  nous  sa  moisson. 
M.  Hue,  aprtVs  avoir  partai^é  la  captivité  du  Roi 
martvr,  est  allé  le  rejoindre  auv  pieds  de  ce  sou- 
^er.-^iu  arbitre  qui  casse  les  sentences  iniques,  et 
punit  bs  juges  prévaricateurs.  L'oraison  lunèbi'e 
de  M.  liue  est  prononcée  aniourd'liui  dans  touft-s 
les  éjjlises  de  France  :  c'est  Louis  X\  I  lui-même 
qui  l'a  faite,  en  écrivant  dans  son  testament  le 
non»df  son  fidèle  serviteur. 

M.  Hue  est  sorti^de  la  vie  avec  un  compagnon 
'ligne  de  lui,  1\L  l'abbé  Le  (Iris-I^uval.  ("e  d(  r- 
tiier  a  voit  voulu  accompagner  Louis  X\  I  à  l'écha- 
Jaud  ,  comme  le  premier  1  avoit  servi  dans  les  fers. 
A  xïn  vrai  talent  pour  la  jiarole,  INL  Le  Gris-Duval 
|)i^noit  la  «rhaiite  la  plus  active,  le  caractère  le 
|>lus  doux  ,  les  vertus  les  phis  modestes  :  il  est  <les- 
icndu  de  la  chaire  de  >iLMilé  dans  la  tombe  où 
toutes  les  vérités  chr(Jticune«  t;-Quvcul  leu^a 
j)rçuvcs. 


■  "  'W 


(  1-4  ) 

Ces  deux  hommes  dont  la  conduite ,  les  discours 
et  les  écrits  avoient  combattu  les  doctrines  mo- 
dernes, n'ont  été  devai>cés  que,de  quelques  jours 
dans  un  autre  monde  par  le  dernier  des  amis  de 
Voltaire  ,  et  le  dernier  des  encyclopédistes. 
M.  l'abbé  ÎMorellet  avoit  aidé  à  poser  les  pre- 
mières pierres  de  la  moderne  Babel  :  il  a  été 
témoin  de  la  confusion  des  langues  et  de  la  disper- 
sion des  peuples.  Il  s'en  est  allé  ([uand  il  ne  rcstoit 
plus  rien  de  cette  antique  société  qu'une  fausse 
philosophie  a  détruite. 

Rejj.iésentant  d'un  autre  siècle  parmi  nous  , 
M.  l'abbé  ?\lorellet  avoit  connu  Montesquieu . 
Voltaire,  Bnffon  et  Houssrau.  Il  aimoit  à  nous 
raconîer  leur  «gloire ,  com-ne  ces  vieux  soldats , 
qui,  restés  seuls  kn  milieu  de-  cfér.érations  nou- 
velles, se  plaisent  à  parler  d.;.s  géuérauï  illustres 
sous  lesquels  ils  ont  combattu. 

On  remar:[ue  dans  les  écrits  de  ^l.  l'abbé  •NIo- 
rellet  de  la  lecture,  de  la  perspicacité',  de  saines 
doctrines  littéraires.  Ses  derniers  otivra:i[cs  ne  ren- 
ferment peut-être  pas  des  iugemensd'une  impartia- 
lité rig-oureuse  ;  mais  l'écrivain  qu'il  a  critiqué  avec 
le  plus  d  amertume  ,  aime  à  reconuoître  ce  qu'il  lui 
<^it,  et  le  profit  qu'il  a  tiré  de  la  leçon.  Il  faut 
convenir,  d'ailleurs,  que  la  peinture  d'un  amour 
et  dune  nature  sauvages,  dev(;it  paroîlre  étrange 
à  un  homme  qui  avoit  passé  sa  vie  dans  les  déserts 
d'Auteuil  et  dans  le  salon  de  M"*  Geoffrin. 

Au  reste  ,  les  bonnes  actions  valent  mieux  que 
les  bons  livres.  On  se  rappellera  toujours  que 
31.  l'abbé  Morellet  a  plaidé  et  gagné  la  cause  des 
eufans  des  condamnés.  Aujourd'hui,  n'aurions- 
nous  pas  encore  besoin  de  son  éloquence  ?  Le 
temps  des  victimes  est-il  passé  sans  retour?  C'est 
avec  une  peine  réelle  que  nous  voyons  ainsi  dis- 
paroîlrc  les  véritables  gens  de  lettres  5  car  on  ne 
peut  plus  appeler  de  ce  nom  ces  littérateurs  sans 


(     125    ) 

études,  commis  le  matin,  hommes  du  monde  le 
«oir,  portant  dans  les  afl'aires,  avec  la  présomption 
de  l'ignorance  ,  les  sentimens  de  haine  et  d'envie , 
qui  sont  comme  les  remords,  ou  la  conscience  de 
la  médiocrité. 

C«*s  esprits  foihles  qui  se  nomment  entre  euM 
des  hommes  forts,  sont  depuis  la  restauration  le 
véritalile  fléau  des  ministères.  Ils  font  partager  aux 
hommes  d'Etat  leurs  petites  passions  ,  leurs  basses 
venj^cances  d'amour-propre  ,  leur  faux  système  de 
politique.  Le  ministère  nouveau  n'a  point  échappé 
a  l'influence  des  apprentis-ministres  :  c'est  la  co- 
terie qui  a  triomjmd.  Or,  ouvrez  tes' ouvrages  et* 
les  journaux  île  la  coterie  ,  vous  v  verrez  partout 
haine  des  royalistes,  doctrines  anti-monarchiques, 
admiration  de  la  plupart  des  erreurs  révolution- 
naires. 

Et  pourtant  les  génies  spéciaux  qui  fournissent 
au  ministère  ses  inspirations,  n'ont  pu  rt-diger  un 
projet  de  loi  constitutionnel  et  raisonnable.  La  loi 
p(jur  la  récompense  nati(male  à  décerner  à  M.  le 
duc  de  Richelieu  ,  attaque  à  la  fois  la  couronne  et 
Ja  Charte.  Si  l'on  peut  déj)ouiller  aujourd'hui  la 
liste  civile  ,  on  pourra  la  dépouiller  demain.  Voilà 
pourquoi  les  Ijommes  démoi  rati<|ues  qui  n'ai- 
ment certes  pas  l'ancien  président  du  Conseil  , 
<ont  néanmoins  lavorables  au  projet  de  récom- 
pense nationale  :  ils  sentent  qu'ils  ont  tout  à 
;^af;ner  en  laissant  entamer  la  liste  civile.  Tel 
qui  bénissoit  l'ordonnance  du  J  sei)tembre , 
loinme  nous  renfermant  strict<'ment  dans  la 
Charte,  crie  ;ni  jotird'hui ,  quand  on  lui  objecte 
.  eltc  même  (^liarte  ,  rjiie  les  trois  pouvoirs  ont 
le  droit  <le  changer  et  la  Charte  et  les  lois.  Les 
indépendans,  quittant  la  ligne  constitutionnelle, 
se  font  aussi  les  champions  fie  la  loi-Kichelieu.  Ilf 
sont  ,  au  foiiil  ,  très-conséquens  à  leurs  principes, 
tout  en  a^  ant  l'air  de  lei  aLaudonner. 


(  l'-^e  ) 

Quant  à  la  loi  sur  le  changement  de  l'année 
financière,  comment  n'a -t -on  pas  vu  qu'il  y 
avoit  un  moyen  bien  simple  de  trancher  la  dif- 
ficulté sans  violer  la  Charte  ?  Faites  faire  sur-le- 
champ  le  budget  de  l'année  actuelle  ;  fermez  la 
session  au  mois  d'avril;  convoquez  les  collèges  élec- 
toraux au  mois  de  mai;  rassemblez  les  Chambres 
au  mois  de  juin  pour  discuter  le  budget  de  1820, 
et  vous  reutrez  ainsi  dans  l'ordre  du  temps  sans 
porter  une  loi ,  sans  exposer  la  France  à  rester 
dix-huit  mois  sous  la  dictatui'e  ministérielle. 

Mais  des  élections  au  meis  de  mai  !  s'écrie- 
t-on  ;  seront  -•  elles  moins  dangereuses  au  mois 
d'octobre  ?  Vous  êtes  donc  effrayés  des  élections  ? 
Commept  soutenez-vous  alors  que  la  loi  des  élec- 
tions est  parfaite  ?  Si  elle  est  défectueuse ,  au  con- 
traire ,  qrie  ne  la  changez-vous  ?  Avec  de  la  bonne 
foi ,  avec  un  désir  sincère  de  réconciliation  et  de 
paix  ,  tout  seroit  facile;  tout  est  difficile  avec  des 
systèmes  ,  des  passions  et  des  vanités. 

Lorsque  dans  la  première  Livraison  du  second 
volume  du  Conseivateur,  nous  fûmes  forcés  de 
parler  du  ministère  ,  nous  nous  exprimâmes  avec 
une  mesure  que  commandoient  également  le  bon 
sens  et  la  justice.  Ce  ministère  nous  étoiten  partie 
inconnu  ;  nous  n'étions  pas  sans  ci'ainte  sur  la 
marche  qu'il  alloit  suivre  ;  mais  nous  trouvions 
aussi  dans  les  intérêts  même  de  ce  ministère  ,  quel- 
ques motifs  d'espérance.  En  eftet ,  n'étoit-il  pas 
présumable  qu'on  apercevroitles  fautes  qui  avoient 
pei'du  l'ancienne  atiministration?  Si  celle-ci  étoit 
tombée  ;  si  elle  avoit  mis  la  France  en  péril  pour 
avoir  trop  incliné  aux  principes  démocratiques , 
ne  pouvoit-on  pas  croire  qu'on  sentiroit  la  né- 
cessité d^ abandonner  ces  principes  ?  Comment  s'i- 
maginer que  des  hommes  nouvellement  arrivés  au 
pouvoir,  continueroicnt  de  gaieté  de  cœur  à  pour- 
suivre les  royalistes ,  avec  lesquels  ils  n'avoieut  en- 


(  '^7  ) 
core  eu  aucun   sujet  de  division?   En  politîf[ue 
comme  en  religion,  faire  des  martyrs  est  un  moyen 
t£ui  n'a  réussi  à  personne. 

Noire  espoir  a  été  trompé  ;  la  modération  Lien 
connue  du  président  du  conseil ,  son  espi  it  lia  ,  son 
caractère  conciliant,  n'ont  pu  arrêter  le  mal.  Nous 
annoin'ons  avec  doideur  à  la  France  royaliste, 
que  le  nouveau  ministère  n'est  que  le  continuateur 
des  fautes  du  ministère  qu'il  a  remplacé.  Avec 
moins  d  éclat,  il  semble  avoir  plus  de  violence. 
Il  tâtonne.,  il  craint  j  il  cherche  une  majorité  qui 
ne  lui  est  pas  assurée,  et  pourtant  ses  actes  ont 
quelque  chose  de  décidé.  La  Charte  l'arrélo 
peu  :  du  premier  coup  il  apporte  dcu\  Joisincon- 
itilutionnelles,  Inceitain  ddiis  sa  marche,  il  pai'oît 
a\oir  un  but  j  indécis  dans  ses  projets,  il  est  fixé 
dans  sa  doctrine. 

Ce  que  nous  avions  prévu  des  nouvelles  opé- 
rations ministérielles  commence  ù  se  réaliser. 
L'ii\i.s  in.séré  dans  le  Moniteur  du  i3  janvier  est  la 
preuve  du  peHchant  irrésistible  qui  entraîne  le 
ministère  actuel  des  finances  à  s'occuper  des  inté- 
rêts de  la  bourse,  sans  trop  songera  c<;ux  des 
coutribtuibles.  Par  cet  avis  ,  le  ministre  fait  cou- 
noîlre  aux  porteurs  d<î  rentes  que  le  trésor  leur 
paiera  ,  à  dater  du  18  de  ce  mois,  le  semestre  qui 
ne  leur  sera  du  tjue  le  22  mars,  et  qui  u'auroit 
C-tépayéà  jjusicurs  quele  i'2  avril.  Qi'<->ique  cette 
avance  soit  laile*  lous  l'e.scomjjtc  dt;  3  pour  joo 
l'année  ,  nous  devrions  la  regarder  comme  des 
éùcwics ,  ou  comuie  la  joyeuse  entrée  de  M.  le 
ministre  des  finances,  si  cette  avanc<r  ne  devoit 
«n  définitive  être  payée  parle  trésor  public,  c'est- 
à-dire  par  \vi  contribuables. 

Sans  parler  de  l'idée  assez  bizarre  de  transfor- 
mer ie  trésor  public  en  une  espèce  de  caifise  d'es- 
compte, ou  pourruilcleoiaudcr  à  quel  taux  M.  le 


t  iâ8  ) 

ministre  des  finances  emprunte  lui-même  les  ca- 
pitaux qu'il  va  prêter  à  5  pour  loo. 

Dira-t-on  qu'il  n'emprunte  pas?  Mais  n'cxiste- 
roit-il  point  un  traité  avec  les  receveurs-ejénéraux, 
qui  obligeroit  ■M.  le  ministre  des  finances  à  rece- 
voir au  trésor  tout  l'argent  qu'ils  voudroient  y 
vei'ser  d'avance ,  en  leur  tenant  compte  des  inte'- 
rêts  à  6  pour  lOO,  et  leur  allouant  en  outre  un 
droit  de  commission?  M.  le  ministre  des  finances 
n'emprunte-t-il  pas  de  fait  à  tons  les  porteurs  de 
ses  bon»  royaux  et  de  la  caisse  de  service?  n'em- 
prunte-t-il pas  en  faisant  escompter  les  effets  à 
terme  que  lui  produisent  les  douanes  et  les 
coupes  de  Lois?  Il  emprunte  réellement  tous  les 
jours  par  mille  opérations  diverses,  et  le  taux  de 
ses  emprunts  est  toujours  au-dessus  de  6  p.  loo. 

Ainsi,  à  moins  que  M.  le  ministre  des  finances 
n'ait  remboursé  à  la  fois  tousles  fonds  particuliers 
des  receveurs  généraux,  tous  les  bons  royaux, 
tous  les  billets  de  la  caisse  de  service,  etc. ,  etc.  5 
à  moins  qu'il  ne  doive  rien  à  personne  5  à  moins 
qu'il  ne  possède  aujourd'hui  en  numéraire  ^o  ou 
80  millions,  lesquels  n'aient  et  ne  puissent  avoir 
aucun  autre  emploi,  il  est  évident  quil  grève  le 
trésor  de  toute  la  différence  de  l'intérêt  supe'rieur 
qu'il  paie  à  l'intérêt  inférieur  qu'il  reçoit  pour 
escompter  5  il  est  évident  qu'en  cliargeant  le  tré- 
sor, il  charge  les  contribuables  ,  qu'il  les  ch?a-ge  , 
disons-nous,  inutilement,  inégalement,  incons- 
titutionellemeut. 

Les  principes  constitutionnels  ne  sont-ils  pas 
violés,  si  un  ministre  peut,  à  sa  volonté,  dis- 
poser de  l'argent  du  trésor,  en  changer  l'appli- 
cation, ou  pour  les  sommes  ou  pour  le  teiu|^îs 
des  paiemens?  L'Etat  ne  seroit-il  pas  compromis, 
si  un  événement  imprévu  survenoit  dans.l'inter- 
Talle  de  la  distraction  des  fonds  ,  etreudoit  néces- 
saire un  autre  emploi  de  ces  mêmes  fonds  ?  liullu , 


(    '29    )       ^ 

comment  se  faît-il  |^qu'une  détermination  aussi 
considérable  ne  soit  motivée  sur  aucune  loi,  ni 
même  autorisée  par  une  ordonnance  royale?  Que 
devient  la  responsabilité  du  ministère,  lorsqu'un 
simple  avis ,  sans  signature ,  prescrit  l'emploi  d'une 
partie  de  la  fortune  publique?  De  grands  dangers 
sont  attaches  à  dépareilles  mesures j  et  un  mi- 
nistre des  linances  qui  paie  ce  (ju'il  ne  doit  pas, 
fait  toujours  craindre  un  ministre  des  tinance* 
qui  ne  p.tiera  pas  ce  qu'il  doit. 

Au  reste,  pour  soutenir  ces  jeux  débourse,  il 
faudra  bien  en  venir  à  la  vente  de  nos  forêts.  On 
parle  déjà  d'un  projet  d'ordonnance  qui  remon- 
teroit  à  une  date  de  dix  ou  douze  jours.  Quand  la 
France  sera  dépouillée ,  que  nous  restera-t-il  ?  Lue 
réponse  horrible  a  été  faite  à  cette  question  par  un 
révolutionnaire  :  «  Scjjt  ceiil  mille  soldats  payés 
y>  par  la  conjifcation  des  biens  de  l'ingt  mille  fu' 
«  milles.  I» 

Heureusement  ,  les  soldats  de  la  légiliïuilé  ne 
Comb;illcnt  que  les  ennemis  et  ne  dépouillent 
point  les  Franrais.  Kspérons  ([ue  notre  armée 
conservera  le  bon  esprit  qui  l'anime.  Cependant , 
la  loi  de  recrutement  et  les  ordonnances  qu'elle 
a  ])roduiles  fout  un  grand  mal.  Dans  l'avant-der- 
nièie  livraison  du  Conscn'afeiir,  nous  a^ions  dit  : 
«  Les  officiers  n'uni  pas  voulu  quitter  la  garde, 
»  où  ils  préfèrent  ,  par  dévouement,  servir  dans 
>»  un  grade  inférieur,  INIaisd'un  moment  à  l'autre  , 
•)»  ce  iju'ils  n'ont  pas  >o\ilu  faire  de  gré,  l'ordon- 
»  nançe  peut  les  contraindre  à  s'y  soumettre  de 
»  force.  M 

L'événement  a  suivi  de  prés  la  prophétie.  iNL  le 
vicomte  lîerthier  de  Sainignv  réclame  dans  ce 
moment  auprès  du  ministre  de  la  guerre,  pour 
rester  simple  colonel  de  son  ancien  régiment  de  la 
garde,  en  reimn»  ant  à  l'emploi  de  maréelul-de- 
camp  qu'où  lui  donne  dans  l'armée.  Lu  ordre  du 
Tour.  JI.  -»  iC  LiVBAliov.  a 


(  i3o  ) 

jour  du  C>  octobre  j8i8  sembloit  permettre  ce 
choix  à  ÎNJ.  ie  vicomte  Berthier  (i).  OLtiendia- 
t-il  sa  modeste  demande  ?  Lui  pardonnera-t-ou 
l*ambition  de  descendre  ?  Croira-t-on  toujours 
récompenser  en  lui  et  les  malheurs  de  sa  l'amilie 
et  sa  noble  fidélité ,  en  l'éloignant  de  son  maître  ? 
Il  faut  croire  que  ]M.  Berthier  n'a  pas  été  heu- 
reux dans  ses  sollicitations  ,  à  en  jugei*  par  cet 
ordre  du  jour  si  loyal  et  si  touchant,  en  date  du 
ig  janvier  : 

31.  le  vicomte  Berthier  à  MM.  les  officiers  ,  sovs^ 
officiers  et  soldats  du  3^  régiment  d'injanteric 
de  la  garde, 

«  Appelé  par  lesTaontés  du  roi  à  d'autres  fonc- 
tions, et  cessant  aujourd'hui  celles  de  colonel  dans 
le  3"=  régiment  de  sa  garde,  je  suis  obligé  de  pro- 
noncer ce  mot  d'adieu  si  déchirant.  Que  de  sou- 
venirs il  me  rappelle  :  tous  les  excellens  services, 
la  bravoure  et  le  dévouement  de  iMM.  les  officiei's, 
le  zèle  infatigable,  l'activité  avec  lesquels  officiers 
et  sous-officiers  ont  rivalisé  pour  m'aidera  former 
avec  promptitude  un  corps  aussi  nombreux,  aussi 
beau  ,  aussi  instruit  !  Pour  les  soldats,  je  dois  me 
rappeler  leur  docilité  ,  leurs  senti  mens  de  fidélité 
au  lloi ,  cet  honneur  que  je  puis  remarquer  avec 
orgueil  jusque  dans  les  derniers  rangs  de  cette 
brave  troupe.  Que  n'ai-je  pu  être  assez  heureux 
pour  la  conduire  au  danger  ! 

»  Conservez,  mes  amis,  ce  feu  sacré  qui  von? 
anime  et  vous  unit;  qu'à  jamais  le  nom  du  3«soit 
svnonvme  de  dévoué  ,  à  la  vie  et  <àla  mort ,  au  Roi 


(i)  Les  ofilciers ,  porte  cet  ordre  du  jour,  seront  siiccesswe- 
menl  (à  moins  qu'ils  ne  prcierent  rester  dans  la  garde)  portes 
fiux  einplois  de  ce  grade  supérieur  dont  ils  n'ont  point  encore 
exerce  les  fonctions. 


(  I.ll  ) 

et  à  toute  son  au£fiisle  l'amille-  coiiservrz  celte  sou- 
mission {«rotonde  h  vos  nouveaux  chefs  qui  nic- 
vitcnt  voire  coiitiauce,  conirniî  ils  ont  celltMlu  Roi! 
Associez-moi  dans  votre  pensée  aux  premiers  pé- 
rils que  vous  trouverez  ,  à  la  première  gloire  que 
vous  acqu<*rrez  ,  et  dites-vous ,  avec  vérité  :  «  Notre 
générai  est  mal LeurpUK;  il  n't^sl  pas  avec  nous.  » 

«  Je  seus  toute  la  puissance  de  ce  lien  de  frater- 
tiilé  d  armes,  qui  tut  respecté  de  nos  ancéti'es;  et 
je  sens  qu'à  jamais  mon  cœur  battra  lorsque  je 
verrai  un  de  vous.  J'arrivai  au  milieu  des  premiers 
hommes  réunis  sous  qes  drapeaux  aux  cris  de  vive 
le  Jioi!  je  ne  puis  les  quitter  qu'en  criant  encore 
vive  le  Jioi  !  » 

Il  faut  avoir  le  courage  de  le  dire  :  le  dé[)la- 
cement  de  M.  le  vicomte  Berlhier  est  la  pre- 
mière brèche  faite  à  la  garde.  Qu'en  théorie  ou 
avance  qiK?  les  ofTioiers  de  la  lij^ne  doivent  tour 
à  tour  passer  d.tns  la  garde  ,  comme  moyeu 
démulaliou,  comme  olijet  de  récompense:  tout 
sysléjne  peut  sr  soutenir  5  mais  ce  n'est  pas  là  la 
question.  Aujourd'hui  vous  avez  une  loi  démocra- 
tique d'élections,  <jiii  lot  ou  lard  vous  amènera 
une  .Chambi'i;  dérnocrHliijue  j  aujourd'hui  >olr(; 
système  d'administration  dl oigne  de  tous  les  em- 
plois les  honunes  monarchiijues;  aujourd'hui  une 
opinion  dangereuse  qu'on  a  favorisée  ,  proclame 
SCS  succès  et  aiinonci;  sa  victoire  :  convient-il  , 
dans  ce  niomrnl  ,  d'èbraidcr  une  des  barrières  du 
trAnc  I*  faut-il  .  m  tléco(ir;tg(.';int  la  gai-de  ,  en  lui 
enlevant  sesoflicicrs,  lui  doiifMM'  la  crainte  de  plus 
grands  changemeni  pour  l'avenir?  tjon  esprit  à 
présent  est  admirable  :  les  révolutionnaires  le  sa* 
vjMit  bien;  ils  savent  que  tandis  que  telle  garde 
existe  telle  qu'elle  vsl ,  il  n'y  u  rien  à  fuuc.  Aussi^ 
remarquez  comme?  ils  applaudissent  à  tout  ce  qui 
paroît  dtvoir  afloiblir  ce  dernier  rempart  de  la 
royauté^  comme  ils  poussent  aux  mesures  (|ui  Icn- 

9- 


(  i32  ) 
dent  à  ce  Lut;  comme  ils  favorisent  un  système 
dont  ils  espèrent  profiter  un  jour. 

3N 'allons  pas  nous  i-assurer,  parce  qu'on  rem- 
place un  officier  royaliste,  par  un  officier  rovalistc. 
Pouvons-nous  être  certains  que  le  moment  ne 
viendra  pas  ori  l'on  profitera  de  l'eKemple  donné 
pour  faire  des  choix  d'une  tout  autre  nature? 
Avec  l'esprit  démocratique  qui  nous  envahit , 
rien  ne  peut  nous  répondre  que  nous  éviterons 
toujours  un  ministère  démocratique.  Notre  pen- 
chant au  sommeil  est  déplorable  :  on  disoit,  il  y 
a  quelque  ternps  :  «  Si  l'on  touche  à  la  garde  ,  c'est 
n  alors  que  nous  serons  persuadés  du  danger  du 
»  système  »  On  touche  à  la  garde ,  et  l'on  dit  : 
»  Mais  les  remplacemens  sont  bons  ;  mais  l'ordon- 
w  nance  qui  devoit  renouveler  tous  les  officiers 
j#  généraux  de  la  garde  est  ajournée  à  sis  mois; 
»  mais  il  n'v  aura  pas  à  présent  d  autres  change- 
»  mens  de  colonels  ;  l'éloignement  de  M.  Eerthier 
»  tient  à  une  cause  particulière.  Par  le  temps  qui 
M  court ,  quand  on  a  six  mois  devant  soi  on  est 
»  bien  fort  :  dormons  en  paiv.  »  —  Et  la  monar- 
chie? Comme  il  plaira  à  Dieu  ! 

Nous  avons  à  combattre  un  système  qui  ne 
brise  pas  toujours  l'obstacle  qu'il  rencontre,  mais 
qui  tourne  la  difficulté  ,  et  ne  fait  un  pas  en 
arrière  que  pour  avancer  de  nouveau.  Quand  on 
jette  un  regard  sur  le  chemin  parcouru  ,  on  ne 
peut  s'empêcher  de  remarquer  la  rapidité  de  la 
course.  Depuis  l'ordonnance  du  5  septembre, 
vitigt-quatre  préfets  ont  été  destitués.  Ce  sont 
MM.  de  Kersaint,  de  la  Vieuville,  Trouvé,  d'Ar- 
baud-Jouques  ,  de  Taillevrand  ,  de  Monturcux, 
Bacot,  de  Carrère ,  de  Curz.ay ,  d'Arbelles,  de 
Sarliges,  de  Maussion,  de  Floirac  ,  de  Fressac , 
de  Berlhier,  de  Chabrol ,  d'Allonville ,  de  la  Salle , 
de  Scey ,  de  Villeneuve ,  de  Guér,  de  KeveSpert,  de 
Saiat-Luc,  Duhamel.  Quelques-uns  de  ces  préfets 


(.33) 
•nt  été  replacés ,  puis  tltstitués  encore.  Quatre  ont 
été  mis  à  la  rrtraitc  (JMM.  de  Kersaint ,  de  IMaus- 
sion  ,  de  Floirac  ,  de  Frcssac);  un  seul  a  donné 
sa  démission  (M.  le  comte  Berthier,  frère  du 
colonel  de  la  ^arde ,  (jui  vient  de  perdre  son  régi- 
mont  ).  La  plupart  de  C(  s  administrateurs  avoient 
r<'ndu  de.s  services  iinportan*;  à  la  monarchie  avant 
et  après  les  cent-jonrs  :  ÎMM.  de  ^illtneTlve  et 
Duhamel  étoient  les  deux  seuls  préfets  qui  eussent 
suivi  eu  Espagne  ÎM.  le  duc  dAngoulème. 

L'es  thangemens  arriAc's  dans  les  tribunaux 
n  ont  pas  été  moins  rrniar(|uablf.s  :  à  Montpellier, 
par  e>L.eraple  ,  les  magistrats  ([ui  avoient  velusc  de 
prêter  serment  à  Buonaparte,  après  le  20  mars, 
se  ti-ouvent  éloignés  p;iv  une  fatalité  iiiexp.icable. 
La  Cour  de  r>>îmes  vient  dètre  instituée  par  une 
ord'^nnance  du  8  décembre  dernier.  Parmi  les 
magistrats  qui  composoi«Mit  celte  Cour,  sept  con- 
seillers avoient  eu  le  noble  courage  dans  les  cent- 
)oursde  refuserle  s<'rment  exigé  par  lUsurpateur. 
Un  seul  de  ces  dignes  cnns<'illers  a  gardé  sa  place. 

Les  conseillers-audiU'urs  ,  h  l'exceplion  d'un 
seul,  avoient  sui\i  ce  bel  exemple.  Il  en  restoit 
cinq  lors  de  l'installation  :  Tun  d'eux  a  été  éli- 
miné ;  un  antre  a  été  transféré  à  Montpellier,  en 
qualité  de  substitut  du  procureur-général  ;  les 
deux  plus  an«i«*ns  ont  été  l;iissé.s  dans  leurs  fonc- 
tions d'ituditt-nrs  •  uu  seul  a  été  élevé  à  celles  de 
conseiller  eu  litre,  it  c'est  celui  cpii  avoil  prêté 
serment  à  Bunnaparte. 

Même  chose  est  arrivée  dans  l'ordre  militaire. 
D'une  autre  part  ,  les  hommes  des  rent-jours  ont 
été  appelés  dr  prélérence  aux  emplois;  de  sorte 
que,  dans  If  svstéme,  non  sculeuunl  la  lidelité 
n*a  compté  pour  rien  ,  mais  elle  semble  avoir  nui 
à  ceux  ([ni  la  tinrent  pourquebinc  chose. 

Nous  <ntrn<lous  répéter  qu  on  en  agît  ainsi 
sous  Henri  i\  .  Il  faut  redresser  cette  mauvais  foi 


ou  cette  ignorance.  L'exemple  vseroit  mal  choisi 
pour  justifier  le  svstùme  ,  puiscpi'entin  Henri  IV 
fut  assassiné  par  Jean  Clîutcl  depuis  son  abjuralion, 
f  t  qu'il  finit  par  tomber  sous  le  poignard  d'un 
fanatique  imbu  des  maximes  de  la  Ligue.  On 
l'avoit  averti  en  prose  et  en  vers  de  se  défier  de  sa 
trop  grande  clémence. 

Antèyfiiit  ducibus  magnîs  clementia  i>{rtus  : 
Post  ,juà  hœc  uirtus ,  extinçto  Çœsa  e ,  crimen. 

Ensuite  ,  il  n'est  pas  vrai  que  le  ministère  de 
Sully  suivit  les  mesures  qu  adopte  aujourd'hui 
notre  ministère  ;  il  n'est  pas  vrai  qu'on  renvoyât 
tous  les  rovalistes,  pour  donner  leurs  places  aux 
ligueurs.  On  n'érigea  point  l'ingratiiude  eu  sys- 
tème de  politi([ue.  Les  partisans  de  i't'nion  à  qui 
Ton  accorda  de^;  honneujs  et  des  emplois ,  ne  les 
obtinrenl  point  au  dctiiment  des  amis  d'Henri  IV. 
Il  y  eut  partage  5  il  n'y  eut  point  exclusion. 

De  plus,  la  France  ne  fut  point  remise  tout 
çntière  et  tout  à  la  fois  entre  ]es  mains  de 
son  prince  légitime.  Il  fut  obligé  d'eii  faire  la 
conquête  pied' à  pied;  et  les  commanJans  des 
places  ne  lui  ouvroicnt  leurs  poî  tes  qu'après  des 
capitulations  qu'il  étoit  obligé  de  tenir  :  cettç 
position  explique  les  concessions  d'Henri  IV. 

Enfin,  Henri  IV,  en  embrassant  la  religion 
catholique,  se  réunit  aux  deux  premiers  ordres 
de  l'Etat ,  au  clergé  et  à  la  noblesse  5  à  l'archevêque 
de  Lyon,  aux  évéques  de  Paris,  de  Cl  pirtres,  de 
Reims,  etc.;  à  MM,  de  Mayenne,  de  Nemours, 
de  Mercœur  ,  d'Aumale,  d'Harcourt,  de  Brissac^ 
de  Viileroi ,  de  Givri  et  à  mille  autres.  C'est-rà-dire 
qu'il  abandonna  le  parti  républicain  où  il  s'étoii 
trouvé  comme  général,  poiir  pfisser  pomme  roi 
dans  le  parti  inoïiarchique. 

Aujoujd'hui,  au  contraire;,  le  systèinp  ministériel 
tend  4  faire  sortir  la  royauté  de  l'opinion  monar- 


(  i3J  ) 

cliifjue,  pour  la  faire  mirer  dans  l'opiuion  vtpiw 
Llicaine  :  contre-sens  qni  s«,roil  pervers,  s'il  n'éloit 
slnpide.  Ce  populaire  Hcn-  i  IV  se  joignit  donc 
aui  aristocrates.  Il  savoil  bien  qu'il  a»*  pouvoit 
être  roi  avec  des  rcligionuaires  qui  se  croyoient. 
eu  droit  d'examiner  les  titres  de  ia  souve- 
raineté politique,  comme  de  scruter  les  prin- 
cipes de  la  puissance  spirituelle,  et  avec  d  Aii- 
lii;^néqui  rê\oit  une  républicjiie  fédéralive.  Même 
dans  le  parti  monarchique  où  il  se  plaça  et  dut  se 
placer,  son  induli^eucc  ne  passa  pas  certaines 
l)fjines  :  l'édil  de  Paris,  du  28  mais  lôç)]  ,  exclut 
de  l'amnistie  frrncrale  ceux,  qui  auroient  lrenij)é 
d.ins  l'assassinat  du  i"oi  Ilenii  III.  El  l'article  5  du 
tiailé  de  Folembray  (janvier  1096),  répète  la 
niéuie  exclusion  en  ces  termes  ;  «  Youlous  que 
"des  choses  dessusdites  rieu  soit  excepté,  lors 
')  i  assassinat  du  feu  roi,  nolie  très  honoré  sei- 
)'  pneur  <'t  frère.  » 

Ainsi  donc,  l'exemjjle  dont  on  veut  s'appuyer 
tst  nul,  et  nos  ministres  peuvent  reclamer  la 
gloire  d'être  les  inventeurs  de  leur  système  :  ils 
n'ont  rien  de  commun  avec  Sidlv.  Ce  svstème  , 
ils  ont  cru  sans  doute  le  maîtriser  en  s'y  jetant; 
•  iieur  de  vanité  commun»;  à  tous  les  hommes. 
.\!.:is  qu'ils  sont  «.'mporttis  loin  de  ce  <ju  ils  vou- 
ioieut  peut-être!  INous  allons  leur  montrer  pac 
un  exemple  combirn  ils  dill'èi<nt  déjà  d'eux- 
mêmes. 

J.orsquj'l.i  Ciliamhre  de  181  Jeul  pj'onouiéhhan- 
uissement  d  une  cert.iine  classe  «le  convt'ntionuel.s 
Al.  le  <Uic  d(r  Richelii'u  témoif^na  à  la  Chambre. 
dvs  Pairs,  sénnce  dup  janvier  1H16,  la  satisfaction 
que  le  ministère  éj)rouvoil  de  cette  me«ui-e  :  •  Mes- 
M  sieurs,  dit-il  ,  une  clio.s<.'  f;iit  enjir»;  n  .S;i  i\fai<Hté 
»  tjue  la  jusiic*'  divine  se  fait  entendre  paj*  la  voix, 
u  Je  son  p<  iiidc  ,  c'est  que  l'oxprrsffion  de  ce  vo'u 
i)  a  été  dan.s  la  "Chambre  des  Uépulils  le  siguul  île 


C  i36  ) 
»  la  concorde ,  et  que  de  ce  moment  ont  cessé  même 
aies  dissentimens  d'opinions  qui  avoient  éclaté 
5»  dans  les  discussions.  Témoins  de  Télan  de  toutes 
»  les  âine.s  dans  la  séance  du  6  janvier,  nous  croyons 
»  potivoîr  dire  que  ce  jour-là  la  Chambre  des 
i>  De'putés  a  offert  un  spectacle  digne  des  plus 
»  beaux  temps  de  la  monarchie.  » 

M.  le  ministre  actuel  de  l'intérieur  étoit  alors 
ministre  de  la  police.  Il  s' e'toit  prononcé  lui-même 
avec  éueroie  pour  les  mesures  répressives.  Le  i8 
octobre  i8i5,  en  présentant  à  la  Chambre  des 
Députés  ,  le  projet  de  loi  sur  les  cris  séditieux,  il 
prononça  ces  paroles^remarquables  : 

«  Cette  loi  a  pour  objet  de  donner  à  l'action  de 
»  Tautorité  chargée  de  veiller  aux  intérêts  les  plus 
M  sacrés  de  la  société,  la  st^reté  de  l'Etat  et  du 
5)  trône  ,  toute  la  force  qui  lui  est  nécessaire  pour 
M  déjouer  les  trames  coupables  et  prévenir  les 
M  attentats  de  ces  hommes  étrangers  aux  remords, 
»  que  le  pardon  ne  peut  attendrir ,  que  la  clé- 
»  mence  offense  ,  que  rien  ne  peut  rassurer ,  parce 
»  qu'il  est  des  consciences  qui  ne  sauroient  et  qui 
>j  ne  veulent  pas  êti'e  rassurées.  » 

liC  a4  décembi'e  dernier,  ce  même  ministre, 
aujourd'hui  ministre  de  l'intérieur  ,  soumit  à 
l'approbation  de  Sa  Majesté  un  rapport  con- 
cei'uant  l'exécution  de  l'article  7  de  la  loi  du  j  2 
janvier  i8i5.  Voici  l'extrait  de  ce  rapport;  il 
prouvera  que  l'indulgence  pour  les  ex-convention- 
nels s'est  accrue  en  raison  de  la  rigueur  contre  les 
serviteurs  du  Roi. 

Extrait  d'un  Rapport  soumis  le  a 4  décembre  18x8  à 
l'approbation  de  S.  M. ,  concernant  l'exécution  de 
f  article  7  de  la  loi  du  12  jan^^ier  18 iG. 

•    •••^»    ....•• •    ....    ..« 

«  D'après  ces  observations,  j'ai  l'honneur  de 
proposer  à  S.  M.  qu'elle  veuille  bien,  conformé- 


(  '37  ) 
ment  aux  décisions  partielles  déjà  émanées  d'elle 
en  son  conseil ,  consaciPr  en  principe  que  les  dis- 
positions pénales  de  l'ait.  7  de  la  loi  du  12  iéviier 
1816  ne  paioissent  pas  d<voirctre  applicables: 

»  I*.  A  ceuK  des  e\-convenliouni'ls  déjà  frappés 
par  des  mesures  individuellts  ,  cjiii  n'ont  pas  sous- 
crit de  leurs  mains  à  l'acte  additionnel ,  et  dont  les 
noms  ont  seulement  été  inscrits  d'oftice  par  le  dé- 
positaire du  reijistre  ouvert  à  cet  effet. 

'.i*.  A  ceux  qui  n'ont  que  continué  d'exercer  des 
fonctions  qu'ils  n voient  rcrues  en  1 81 4  de  Sa  Ma- 
jesté ,  et  dont  ils  étoient  pourvus  à  l'époque  de 
l'usurpation  du  20  mars. 

»  3«».  A  ceux  qui  n'ont  rempli  de  fonctions  que 
dans  un  inléiêt  de  salubrité  publique  ,  d'enseigne- 
ment ou  de  cliHjité. 

»  4".  A  ceux  qui  n'ont  occupé  que  des  fonctions 
de  membres  de  conseils  municipaux  d'ai-rondisse- 
ment  et  de  département ,  ou  toutes  autres  fonc- 
tions municipales  non  salariéi-s  ,  et  dont  la  nomi- 
nation n'étojl  pas  fait<"  par  l'usurpatenr. 

»  J°.  A  ceux  enlin  qui  n'aurui«i)t  que  .sié^é  au 
Champ-de-Mai  ou  au  collège  de  leur  departementj 
ce  dernier  acte  constituant  l'existence  d'un  droit, 
mais  non  pas  l'acceptation  de  fonctions  publiques. 

»  Une  considération  générale  vient  appuver  la 
justice  de  ces  décisions  ,  c'est  i\i\<'  pour  en  assurei' 
lebirnfail  aux  indiv idus  compris  dans  ce>diverses 
catégories,  il  est  nécessaire  qu'ils  n'aient  pas 
«igné  l'acte  additionnel  ,  tircruistance  qui  proinc 

Î[ue  leur  présence  d.'in.s.c<"s  collér^es  i'\iiltoil  de  l;i 
orte  de  leur  position  personnelle  ,  «  i  non  de  la 
nature  <\i'.  sentimens  hostiles  contre^.  RI.  et  contre 
la  CI  use  royale. 

»  Si  Votre  Majesté  daigne  donner  son  assenti- 
ment à  ces  ])ropositions  ,  j'ose  la  prirr  de  vouloir 
bien  le  témoigner  en  ajiprouvant  l<'  [)iésent  rnp- 
porl ,  alJu  de  me  mettre  en  mesure  de   donner 


(  i38  ) 
connoissance  à  mes  collègues  ,  chacun  en  ce  qui 
concerne  son  département,  des  dispositions  adop- 
tées par  S.  M.  » 


Tableau  collectif  des  N^ms  des  ex-conventionnels  auxquels  S.  M, 
a  daigné ,  par  des  décisions  paHielles ,  accorder  la  remise  pleine 
et  entière  des  peines  prononcées  par  l'article  7  de  la  loi  du  12 
janw.r  1816,  ou  a  l'égard  desquels  elle  a  bien  voulu  déclarer 
dans  son  conseil  que  les  dispositions  dudit  article  n'étaient  pas 
applicables. 


]MM. 

Alquier. 

Bernard. 

Bouchereau. 

Bonnesœur. 

Bertrand. 

Cambacérès, 

Chedaneau. 

Corbel. 

Campmas. 

Delbret. 

Dubois. 

Escudier. 

Ferry. 

Gamon. 

Gl«eizal. 


Gouzy. 

Isore'. 

Johannof. 

Laurence  de  Villedleu. 

Michaud. 

Moulin. 

Plat-Beaupre- 

Rabaut. 

Richard. 

Saint-Prix. 

Serveau. 

Taveau. 

Thomas. 

PouUain-Grandprey. 

Yerinon. 


Noms  des  ex-com'cntionnels  auxquels  S.  M.  a  daigné  accorder  un 
sursis  indéfini  aux  dispositions  pénales  de  l'article  7  de  la  loi 
du  12  janvier  181 6,  en  faveur  desquels  elle  veut  bien  déclarer 
que  ce  sursis  s' étend  pareillement  aux  effets  civils  dudit  article. 


MM. 

Bonnet. 

Chasset. 

Chaudron-Rousseau. 

Cliazaud. 

Cledel. 

Finot  d'AvroUes. 

Granet. 

Gnillerault. 

Havin. 

Jaurand. 

Laloy. 

Lamanjue. 

Martineau. 


Monnot. 

Noël  Pointe. 

Panis. 

Pelletier. 

Perrin. 

Pons. 

Precy. 

Projeai?, 

Real. 

Sallengros. 

Talliea, 

Vinet. 


(  i39  ) 
Cc(l(."  pièce  rsl  oxtrèiniMncut  curieuse  ;  elle 
montre  à  la  France  le  point  juste  oà  noussom-mes 
parvenus,  les  progrès  sensibles  du  système  mi- 
nistériel. Il  y  aiiroit  un  long  commentaire  à  faire 
sur  le  texte  du  rapport^  et  uu  aube  encore  jdus 
ample  h  iaire  sur  les  noms  (i).  ]Nousnous  conteu- 


CO  Voici  les  votes  des  individus  rappelës.  Quand  les  noms  se 
sont  trou vrs  Houljles  ,  crainte-  d 'erreur  ,  nous  avons  cite  les  votes 
altaclies  a  chacun  de  ces  doubles  noms  : 


JPremîère  Liste. 


I.  Alquier.  La  mort  avec  sur- 
sis. (Seine  et  Oise.  ) 

3-  licrnard.  La  mort  ^in^ç.  sur- 
sit.  (Seine  et  Marne  ) 

Bernard.  La  mort.  (Charente- 
Inférieure.) 
"S.  Bouchcreau.  La  m.  (Aisne.) 

4-  Bomneseeitr.  La  ranrt ,  avec 
sursis  lUsifu'a  I'ex|>ul>ton  des 
Capets.   (  Manche.  ) 

5.  Bertrand.  La  niorl.  (Orne.) 

6.  Camburrrrs.  La  inorl  avec 
sursis  iu.-i(|u  à  la  [>ai\.  Alors 
f.onimiitalioi!.  Ex«-rution 
dans  les  vingl-qwalre  heures 
eri  cas  d'iuvasion.  (Hérault.) 

7.  Chfdaarau.  La  mort  avec 
sur^U.  (  Charente.  ) 

H.   6o/"^<:/.  I^a détention  comme 

(ilaKe.  (  Morbihan.  ) 
<).  (Zampinas .  L.i  inorl.  (Tarn.) 
10.  Ddkret.  lia  inorl  avec  sur- 

»i».   (  Lot.) 

II.  Dulois.  La  dé'cnlion,ot 
plut  l.ird  .  le  banni»«erncnl. 
(  Mjul-Khin.  ) 

lai  Jisrudicr.  Ija  mort.  (V'ar.) 

|3.  Ffrry.  La  m    (  Ardenncs  ) 

l.^.  Ciimon.  L.1  m'»itavecsur»i» 

jiis'|irjrinva>iuii.(  Ardrchc.) 

15.  (ilc.zal.  L.<  mort  avec  sur- 
•i-.  (  ArJeclir.  ) 

16.  Gouti .  La  mort  avec  sursis. 
(  Tarn.  ; 


17.  Isorê.  La  mort.  (Oise.) 
i!j.  Joliannat.    La  m.   (Haut- 
Rhin.) 
ig.  Laurence  de  Vi lied! eu.   La 
inoit  avec  sursis.  (  Mnnche.) 

20.  Michaiid.  La  m.  (  Douhs.  ) 

21 .  Moulin.  La  mort  avec  sursis. 
(  Rhône  et  lioire.  ) 

aa.  Plat-Beauprf.  La  mort  avec 
sursis.    (  ()rnr>.  ) 

23.  Baf>aut{,J.  P.  )  La  déten- 
tion .  bannissement  à  la  paix. 
(  Aube.  ) 

Jïabaiit.  La  mort  avec  sursis. 
(  Gard.  ) 

a.i.  Richard.  L^  morL(Sarlhe.  ) 

2J.  Saint-PriT.  L:i  mort  avec 
sursis.  (  Ardetlie.  ) 

e6-  Setweati.  La  mort  avec  sursis 
i  i.nu'àl  invasion. (Mayenne) 

27.  Ttn'eo'i  La  mort  avec  sursis. 
(  Cnl-  ados.  ) 

a8.     Thomas.  Ln  mort  en  ras 
d'invasion.   (  Orne.  ) 
Thomas.    Détention    jusi^u'a 
ht   paix  .  mort  en  cas  d'in- 
va-,ion.  (  Paris.  ) 

ag.  Poullain  -  GraaJprey.  1*3 
mort  avic  sursis  ,  cv«'cuiion 
en  cas  d'invasion.  (  Vosges) 

3o.  Vermun.  La  mort  a%ec  sur- 
sis ius/ju'a  l'invasiuii.  (  Ar- 
dcnnes.  ) 


(  i4a  ; 
terons  cinnc  seule  remarque  :  si  la  loi  du  t2 
JANVIER  i!^i6  ii'éloit  pas  appHcaLle  aux  individus 
desiçrnés  dans  le  rapport,  les  ministres  sont  bien 
coupables  d'avoir  été  si  lon^^  -  temps  à  le  re- 
connoître  ,  et  de  les  avoir  laisst-s  dans  l'exil  :  si  au 
contraire  la  loi  du  12  janvier  1816  frappoit  justc- 
ment  CCS  individus,  comment  un  ministre  a-t-il 


Deuxième  Liste. 


3i.  Bannet.  La  morf.  (Aude.) 
Bonnâf. ha  mort.  (Calvados.) 

32.  Classe/.  La  détention,  le 
bannissement  à  la  paix- 
(  Rhône  et  Loire.  ) 

33.  Chaudron  -  Rousseau.  La 
mort.  (  Haute-Marne.  ) 

34.  Chazaud.  La  mort  (  Cha- 
rente. ) 

35.  Cledel.  La  mort.  (Lot.  ) 
36    Finot.  La  mort.  (  Yonne.) 

37.  Granet.  La  n)ort  dans  les 
vingt-qualre  heures.  (  Bou- 
ches-du-Rhôi>e.  ) 

38.  Guillerault  La  mort.  (Niè- 
vre. ) 

Sg  Hai>in.\Amox\  (ÎNLinche.) 
^o'  Jaurand.ljdL  détention,  le 

bannissement     à     la     paix 

(  Creuse.  ) 

41.  Laloy  La  mort.  (  Haule- 
iVIarne.  ) 

42.  Lam-arçue.  La  mort.  (  Dor— 
dogne.  ) 


43.  Mar/ineaa,Tj3m.  (^'iennc.) 
/^^.  yio^no/  La  mort.(Doubs.) 
45.    Noël-  Pointe.    La    mort. 

(  Rhône  et  Loire.  )  (i). 
46  Panis.  La  mort.  (La  réclu- 
sion ou  la  déportation  .  a-t-il 
dit,  pourroit  égorger   ia   li- 
berté   naissante.    La    loi  ,  la 
justice  ,  I.T  patrie  :  voilà  mes 
raolifs.  (Paris.) 
4".  Pelletier.  La  mort,  (Cher.) 
48-  P'-rrin.  Lli  mort.  fN  osges.) 
4q.  Pons.  La  mort.  (  Meuse.  ) 
5o.  Precy.  La  mort  a\  ec  sursis. 

(  Yonne.  ) 
5i.  Prujean.  La  mort.  (Haute- 
Garonne.  ) 
bz.  Réul.  Détention  provisoire, 

sauf  à  commuer.  (  ls«re.  ) 
53.  Salli-ngros.  La  m.  (  Nord.) 
54   Tallien.  La  mort.  (Seine  et 

Oi.se. 
55.  Vinet.  La  mort.  (Charente- 
Inférieure.  ) 


(1I  II  a  (iit  :  '•  Quant  à  moi ,  qui  fas  tonionrs  l'ennemi  des  Rois,  parce  que  le* 
»■  Ro's  ne  furent  jamai<  les  amis  des  jieuples,  je  vous  dév;!3re  en  vrai  républicain, 
..que  si  le  son  de  Louis  Capel  dcpendoil  de  ma  seuie  opinion,  sa  vie  ne  scroit 
X  proloiigre  q.ic  pour  al!cr  du  Temple  à  la  place  de  Grève    ■• 

—  Le  député  Buzot  dl<oil,  dans  la  si'ance  du  19  -anvier  1795  :    •«  Citoyens,  ne 

>■  vous  T  trompez  pas  :  le  défaut  tie  formes  vous  .*era  reproché  un  jour F.»  ce 

>•  reprocho  qui  ne  vous  paroil  rien  au-ourd'hui,  vous  paroitra  teb.<iblb  lersque 
»  les  passions  du  momtnt  auron'  fait  plare  aux  maUtturs  qui,  néctssairemerU ,  juJ» 
•I  iront  celte  exécution ,  ce  jugement  reodn  à  une  simple  majorité  de  cinq  voix  .'  » 

(  Extrait  du  Journa'  des  D  bats  et  des  Décrets  de  la  Conven- 
tion nationale,  rédii^è.  depuis  le  lOaoùt  1792  ;parS.  H  Louvet, 
d'putè  de  France  à  ia  Coiiveiuion  ruiu'onale  par  le  département 
du  Loiret.) 


(  '4i  ) 

osé  proposer  de  violer  une  scrrtrncc  pvononc(*<? 
par  les  trois  pouvoirs  de  la  lee[islature,  et  de 
révoquer  une  loi  })ar  un  rapport?  S'il  eu  est 
ainsi,  tonte  loi  [)Ortée  par  Ir^  Chambres  et  sanc- 
tionntîe  par  le  Roi ,  est  illusoire  :  il  u'y  a  plu*:  de 
Charte  ,  il  n'y  a  plus  de  Conslitutiou. 

iSoii  :  la  Charte  restera 5  elle  sera  notre  sauve- 
garde. File  nous  mettra  à  l'abri  et  de  ceux  qui 
voudroiiMit  nous  ramener  le  despotisme  impérial, 
et  de  ceuv  qui  chorcheioient  :î  nous  replonger 
dans  la  république.  Les  honnêtes  |::;ens  linironl  par 
l'emporter;  ils  ne  se  découragent  pas;  ils  savent 
que  les  hommes  passent  et  que  la  laison  demeure. 
Combien  a-t-on  gc'ini  des  fautes  de  l'ancien  minis- 
tère? Ce  ministère  est  tombé;  celui-ci  tombera 
à  son  tour,  et  plus  vite  encore. 

Que  les  Correspondances  privées  le  vantent,  on 
sait  pourquoi  ;  que  tout  ministère  qui  succède  à 
un  ininislért'  soit  toujours  b*  plus  beau  et  le  meil- 
leur, c'est  dans  l'oi'dre;  qnr  la  France  ait  (rrmbléen 
appn-nant  qu'on  alloit  iormer  une  administration 
rovalisle,  on  connoîl  la  vérité  de  cett«*  assertion  : 
mais  on  sait  aussi  que  deux  lignes  du  discours  du 
Roi  avoient  abattu  ceux  qui ,  quelques  jours  après, 
ont  levé  si  lièr<'m«'nl  la  léte  ;  que  leur  peur  étoit 
risible  et  pitoyabb-;  que  l'espoir  de  voir  «mbrasser 
un  système  monarchique  avoit  répandu  la  joie  dans 
le  royaume. 

Quant  aux  royalistes,  comme  ils  sentent  leur 
fore»' ,  ils  ne  sont  point  du  tout  roiistcriu-s  de  ce 
qu'un  miuistèr»'  sv  forme  «lans  un*-  opinion  «liflfé- 
rcTit»-  de  la  Irur.  Fn  evaminant  l'étal  d<'S  partis, 
rien  ne  bs  effraie;  ils  n'aiment,  ni  n'estiuu;nt,  ni 
ne  craignent  les  révolutionnaires.  Ceux-ci  peuv«'nt 
«e  tenir  assurés  (ju'il  n'y  aura  plus  d'émigration. 
Les  partisans  tic  la  royauté  légitime  défendront 
leur  vie  et  leurs  fovers;  et, si  jamais  on  les  forcoit 
de  rentrer  dans  le  droit  naturel,  ou  les  trouveroit 


(,42)^ 

sur  les  cliamps  de-bataille,  mais  onne  les  traîneroit 
plus  à  l'échataud. 

Les  royalistes  savent  ensuite  que  la  coterie  qui 
pousse  le  ministère  se  réduit  à  une  centaine 
d'hommes.  Si  ces  hommes  sortent  des  places,  ils 
disparoîtrout  pour  toujours,  car  ils  ne  sont  rien 
par  eu^-mémes5  s'ils  gardent  ces  places,  ils  en 
descendront  l'un  après  l'autre,  parce  qu'ils  n'ont 
aucun  talent. 

Qu'une  feuille  indépendante  ait  donc  aban- 
donné ses  principes,  ou  que  nos  hommes  d'Etat 
aient  adopté  les  principes  de  la  feuille  indé- 
pendante; que  le  rédacteur  de  cette  feuille, 
nouveau  Mentor ,  prc'sente  le  nouveau  minis- 
tère à  la  France  et  à  l'Europe  5  qu'il  le  conduise 
par  la  main  ;  qu'il  lui  cfonne  des  conseils  5 
qu'il  lui  dise ,  comme  la  Minerve  de  Fénélon  à 
Télémaque  :  «  Ecoutez-moi  5  je  n'ai  instruit  aucun 
>»  mortel  avec  autant  de  soin  que  vous  5  je  vous  ai 
))  mené  par  la  maiit  au  travers  des  nautrages  .... 
M  Je  vous  ai  montré,  par  des  exp(rriences  scn^ 
•»  siblrs ,  les  >  raies  et  les  fausses  maximes  par  Ics- 
»  quelles  on  peut  régner ,    .   .    . 

))  Je  vous  quitte  ,  mais  ma  sagesse  ne  vous  quit- 
j)  tera  point,  pourvu  que  vous  sentiez  toujours 
»  que  vous  ne  pouvez  rien  sans  elle.  Il  est  temps 
»  que  vous  appreniez  à  jnarcher  toutseul  (i).  m  Ce 
mélange  de  ridicules  et  d'inconséquences;  ces  écarts 
d'une  coterie  qui  s'enivre  par  ses  succès,  nous  an- 
noncent sa  chute. 

Il  n'y  a  plus  rien  d'entier,  hors  l'opinion  monar- 
chique. La  Chambre  des  Députés  ,  brisée  en 
diverses  sections  ,  attend  ce  qui  doit  la  réujiir.  On 
se  dispute  le  malin  des  places  qu'on  doit  perdre  le 
soir.  Les  nouvelles  cleclions  nous  menacent  :  les 


(i)  Télémaque  ,  livre  XXIV. 


(  i43  ) 
affaires  de  la  religion  périclitent.  Les  collèges  sont 
en  proie  à  des  insurrections  ,  résultat  d'une  édu- 
cation qui  n'a  plus  la  religion  pour  guide.  Des 
écoliers  philosophes  veulent  être  indépendans  ,  et 
souscrire  pour  le  Champ -d'Asile.  On  terme  les 
ccolfsdes  Frères  delà  doctrine  chrétienne  ,  où  ré- 
gnoienlencorelasoumissiouetlapaix.  On  nomme, 

f)Our  instruire  la  jeunesse  ,  sous  les  Bourbons,  des 
lomincs  qui  ont  condamne  Louis  X\I  à  la  réclu- 
sion elau  bannissement,  etrejetél'appel  au  peuple, 
î^oucontent  d'a\oir  coi'rompu  lepassé,  onen  veut 
à  l'innoc*  nce  de  l'avenir,  et  l'on  empoisonne  les 
générations  dans  leur  source.  Toutes  ïvs  doctrines 
qui  nous  ont  jjerdus  sont  de  nouveau  préconisées  : 
on  cherche  ù  ranimer  les  haines  populaires  conli'c 
les  prêtres  et  les  nobles  j  ou  invente  des  conspi- 
rations royalistes.  Ceux  qui  rendirent  quelqu» 
ser\  ice  à  la  couronne  perdent  leurs  places ,  et  sont 
obligés  de  défendre  leur  honneur  devant  les  tri- 
bunaux. L<*  "Xi  janvier  voit  la  disgrâce  des  anciens 
srrvilrurs  d<'  1  oiiis  \\  I,  et  le  inppel  des  juges  de 
J.ouisWl.  Ou  .s'agit(;,  on  crie,  on  imprime  les 
choses  les  plus  abominables  :  eli  bien!  tout  cela 
pass<ja.  Plus  le  mal  paroît  grand,  plus  il  sera 
court  ;  si  gravis ,  hrcvis.  Ce  sont  les  derniers 
tlfoils  du  génie  révolutitinnaire.  Les  royalistes 
HMf'udrnt  vu  .silence,  les  veux  iixés  sur  \i^s  événe- 
mciis  lulurs.  Défenseurs  de  la  légitimité  ,  et  dépo- 
situircA  des  principes  monarchique»,  ils  se  sou- 
Nicnnrnt  (|u  ils  ont  deux  choses  a  .sauver  :  le  Roi 
et  la  i-rauce. 

Le  Cowsebvateur. 


(  i44  ) 

Considérations  sU7'  l'Etat  politique  et  commercial 
des  Puissances  européennes ,  depuis  la  JRtvoIu' 
tion  jusqu'au  Congres  d' Aix-la-Chapelle ,  par 
M.  Dorion  (i). 

Dans  cet  aperçu,  plein  de  profondeur  et  de 
sagacité  ,  Tauteur  passe  en  revue  les  différentes 
puissances  de  l'Europe,  leur  ancienne  balance, 
les  modifications  qu'elle  a  subies,  et  leurs  nou- 
veaux rappoi'ts  poiitiqups  et  commerciaux.  A  la 
rectitude  ue  ses  vues  et  à  la  lovauté  de  ses  scnti- 
mens,  on  reconnoît  l'honorable  diplomate  qui, 
de  tous  les  secrets  de  la  })olitique,  n'ignora  que 
celui  de  conserver  son  crédit  et  sa  fortune  aux 
dépens  de  son  opinion  et  do  ses  serraeus. 


On  vient  de  mettre  en  vente  chez  le  Normant, 
rue  de  Seine ,  n**  8  ,  et  quai  Conti ,  n**'5 ,  un  ouvrage 
intitulé  :  Leçons  Lafines  tnodernes  de  Littéralurc 
et  de  Morale ,  ou  Recueil ,  en  prose  et  en  vers , 
des  plus  beaux  Morceaux  des  auteurs  les  plus  esti- 
més, qui  ont  écrit  en  cette  langue,  depuis  la  re- 
naissance des  lettres  (2).  Par  M.  INoèl ,  chevalier 
de  la  Légion-d'Honneur ,  inspccteur-g('néral  de 
l'Université  roAalc  de  France;  et  M.  de  la  Place, 

Î>rofesseur   d'éloquence    latine   à   la    faculté   des 
ettres  de  l'académie  de  Paris. 


(1)  Un  vol.  in-8«.  Prix  :  3  fr  78  c.  par  la  poste.  A  Paris, 
cbcz  Dentu,  libraire  au  Pa'ais- Royal  ;  et  chez  le  Normant, 
rue  de  Seine-,  n°  8,  et  quai  Conti ,  n°  5. 

(2)  Deux  vol.  in-8\  Prix  :  12  fr. ,  et  i5  fr.  a5  c.  par  la  poste. 


IMPRIMERIE  DE  LE  NORMANT,  RUE  DE  SEINE. 


|j?  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  floiuietes  Gens. 

i 


i 


^> 


Janvier  1819. 


/Ut'-  c/^i    t/<'fn* ,    t^Ô    S. 


>^>5ô^&«iîS^^iS€^:e€C<-liS 


AVIS  DE  L  EDITEUR. 


Les  Personnes  qui  n'ont  souscrit  que  pour  le  pre^ 
mier  volume  composé  de  treize  Lii>raisons ^  et  qui  sont 
dans  l'intention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume ,  sont  invitées  à  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  renouvelleimnt  le  plus  tôt  possible ^  si  elles 
veulent  éviter  t^^  retard  dans  Venvoi  de  leurs 
Livj^aisons.  " 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont  aussi 
priés  5  pour  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement,  et  suj'tout 
de  ne  pas  oublier  y  comme  cela  est  arrivé  plusie<Xrs 
fois,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d'un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  1 4  fr.  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés ,  franc 
de  port,  à  M.  Le  Normant,Jilsy  Editeur  du  Con- 
servateur ,  rwe  de  Seine,  n^  8 ^  F.  S.  G. 


On  souscrit  aussi  chez  les  Libraires  ci-dessous  désignes 

f  t'.inioiii  lieras. 
Marseille,     {  Misvirl. 

j  Chr.ix. 
iVlelz,  riiez  l 'evjlly. 
Montaubaii,  I,a  Forpue. 

MonlpellKT,   j   ve°i)„^.^ji;e. 
Nanri ,  V*  Bon!o!ix. 

^^^^"'"'    1  l'.us^eull  jeuue. 
Niiiies.   Gnude  (ils. 
Niort.  >]«>'  E.  Orillat. 
Ninies.  Melquiond. 
Orléans,  Monceau, 
Perpii»[inn,   Alpine. 
Poitiers  ,  Barbier. 
Quimpci',  Chop  ilain. 

1  M'Ic  IJIouel. 
Rennes,    l  M""=  \"  Frout, 

'M"'  Vatar. 

I.a  Rochelle,  Pavie. 

RoJez  ,  Carière. 

r>  \  Frcre  aine. 

'    /  Kenauif. 

Saumur  .  Dej'Oiiy  aine. 

c.      1  ll.ovrault. 

StrasI.ours.  jp,.^.,.;,,. 

Saint-Brieuc .  Prndhomme. 
/  Senar. 

Toulouse,  <^,;,n^,.j,. 

(  Fr.  Vieusseux. 
Tours,  Alaine. 
N'.ilcnre.  iSKirr— Aurel. 
^'<-■rsailles,  A  npe. 
^'illc^ellve-su^-Lol ,  Crosillie*. 

Pli  y  S  i'i'r(>r>p/  rs  : 

INIons.  Leroux. 

I  ondrcs,  Dulau  cl  Comp* 

Naples,  Borel. 

Turin  ,  Hocca. 


Al-bevilie,  riiez  Gi-are. 
Aeci.,  Noiibcl. 
Aleuçon,  Honvoust. 

.  s  Fourrier-Marne. 

Angers,     ^  p^^j^ 

Arçenlan.  Lecresne. 

Avignon ,  .Seguin  aine. 

Bayeux,  Groult. 

„  \  Bonzom. 

Bayonne,    J  ^^^^^ 

Besançon,  Girard. 

,*  \  \  *  Bergeret. 

Bordeaux.   )  Gassiul? 

_  \  Lefournier  et  Despe'riers 

B"-^^»'  î  Michel. 
Caen,  Manoury  aine. 
C.niihrai,  licrtout. 
Chàlon»-!.ur-Saùne,  Deji.ssieu. 
Charleville.   Ch.  4laucourt. 
Cliarlrts,   Hervé. 
Clermonf  -  Ferrand  ,   Thibault- 

Landriot. 
Dijon,  C<'<]ucl. 
Douai  ,  Tarlier. 
Grenoble,  Durand. 
Laval .  Grand  pré. 
LiUc,  ^  anackere. 
Lu  lOge»,  Barljou-Desrourières. 

{  Lieliaux. 

I  Maire. 

<  Périsic  frères. 

i  U.Mand. 

\  Bol. aire. 
Belon. 
l'psche. 

î.ibruircs  dans 


Lyoo , 


Au  Mans, 


les 


■  ■'-rlin  .  ?rh'esint;cr. 
Bruxe  les.  Lerliarlier. 
Gaiid,    llciudtn. 
(iPiii'v»-,  l^.irlioiid. 
Bruxelles,  Horgnii-s  Renier, 

LIVRES  ^OUVEAUX. 

Lrcrtns  Frattraites  Je  J.iUt'ralurr  ei  de  Morale,  ou  Rerueil ,  en  prose 
el  '•n  vrr»,  des  p'u»  \><  .lUx  Marteaux  d<;  noire  Laii;;ue  dans  la  I.itti'r.iture 
de 'deux  Hrriiirrs^ieclf»  ;  ouvra^je  rl,i>sii|uea  i'usa-'r  dr  touslp'»  Kl.ibiissc- 
nii  11»  «rifutnirtion .  pubtinel  partirulien ,  de  l'un  et  de  l'autre  >r\f  \ 
par  M.  Noi?  ,  «  beva'i^r  d<-  la  Lrj;ion  d' Ffunncur ,  iusperteur-péiii'ral 
de  rUnivM  ,il.'  roy.ile  de  France  ;  et  M.  dr  la  Pl.ice  .  pofessiMir  d  i  lo- 
ii-ii  nce  latine  i  la  Vanillé  îles  Leitirs  de  ^.^l  adéiiiie  de  Parii.  Ilujticuu 
«tiitiuu     AvrcieMe  éniprapbe  : 

Lectorem  delrrtando  patilercp'e  tiionendo. 
lion  AT   An.  J'net. 
Deux  ▼©!.  in-b".  Prix  :  la  fr. ,  el  i6  fr    par  la  poste. 

Recueil  de  IW<its  dr  M''  F.  D.  L.  f.  \  n  vol.  in-i8.  Prix  :  a  fr.  ,  cl 
a  fr,  5*1  r.  p.»r  la  p(..te.  A  Paris,  chci  le  Noroiaut ,  rue  de  i)ciuc . 
n"  9,  cl  quai  Coiiti ,  u^  J. 


ae  '/J  ùv^a^jo/fJ^    (/(.^(^   Actrac//-o/iâ  a   do   eAo^f/cj  ///^/v- 

O'   ^arfjj   c/tez.   ^e   tyc:'o/'/naûd  Âm,    OcMcttr, 
7'f./.c  fie   t/ei^ie,   tyt-^  "  S^ 

<w   /  Oéc/'o/ie._ 

i'//f  /.  /lOiir  a?i  va/a/?ne. 


^^Gj  aeniancicj    eâ  c/it>oij    reûfù/j    t7    ce/   aiwt*a(. 
é Oft'fe'^'^i^ce/e/erj    ?'ue  ac    ty(u??e,     e^^  ^  à'. 


xue  c  t^/n/u'6?nt 


'f'/e  (ie    -;i!^<^    ^^uofV?iajfr 


VllV\VV\VVV*Vv%l\V\VkVV\\>VWV\N\v\V\VV\\V*V>AArtr>VVVVrtVVVVVVVVVV\»AA(VVV\VVV>\\*»A«X> 

LE  CONSERVATEUR. 


Sur  la  prétention  tJe  l' autorité  civkl-e  de  forcer  le 
Clcr^c,  à  concourir  à  l'inhumation  de  ceux  à 
qui  /es  /ois  de  /Eglise  dtjcndcrtt  d'accorder  la 
sépulture  ecclésiastique. 

Tous  les  peuples,  civilisés  ou  sauvages,  con- 
fièrent à  la  Kcligion  la  gardr  des  tombeaux.  Elle 
veilloit  .sur  les  généi'ations  éteintes ,  comme  une 
mère  veille  sur  ses  eiifans  endormis  j  elle  les  pro- 
tégeoil  contre  l'oubli ,  elle  les  environnoil  d'un 
picUx  respect.  Assis*  en  lace  de  l'avenir,  elle 
appeloit  1  esf)oir  près  des  ruines  d<;  l'iiommc  ,  et  le 
.sépubrc  de\en(>itune  sorte  de  sanctuaire  ,  aii  fond 
4lu(|uel  la  loi  Jécou>roit  un  giand  mystère  de  vie. 
Pour  nous  <|ui  aimons  mieux  ne  ^oir  dans  nos 
derniers  restes  qu'une  cendre  stérile^  au  culte 
sacré  des  morts  Jious  avons  substitué  des  rèide- 
mens  de  voirie^  et  chargé  la  police  de  jeter  dans 
la  m«^me  fosse  la  dépouille  de  l'homme  et  ses 
espérances. 

\\  n'y  a  rien  là  cjui  doive  étonner  :  une  philoso- 

I)hic  matérialiste  a  f»osé  les  principes,  la  loi  a  liié 
es  conséquences  ;  celfe  marche  est  naturelle, 
i^iiand  on  ne  .s'cstiin*'  pas  plus  que  les  anitranx 
«jne  prul-on  réclamer  dr  plus  «ju'euv  ?  ^os  j)hilo- 
«opher,-lrf;islat«urs  se  sont,  après  tout,  rendu 
ju-slice,  et  j«-  ne  \iens  pHs  leur  contester  le  mépiis 
qu'une  espèce  d'instinct  leur  inspiroit  pour  <  ux- 
nirmis.  Ce  que  je  lenr  demande  ,  c'est  d'être 
conièipinis  ;  c'est  qu'après  avoia\iolé  les  lois  de 
la  natiir»;  en  faisant  de  l'inhumation  un  acte  puie- 
mcnt  civil ,  \\s  n'exigent  pas  de  la  Religion  qu'elle 
«iule  &cs.}U'opres  loi«,  en  présidMnl  aux  obsèques 
de  ceux  quJ  l'ont  reniée  jusqu'm  demie»  moment. 
Tt.Jii  II.  —  17*  J  ivhAisoa.  10 


(  î4ô  ; 

11  importe  d  autant  plus  d'étaLlir  ses  droits  à 
cet  égard  ,  qu'une  administration  oppressive  saivif 
avec  empressement  toutes  les  occasions  de  les  atta-^ 
<Jlier,  Des  hommes  se  tuent ,  d'autres  s'obstinent 
à  lefustT  les  secours  de  l'Eglise,  et  meurent  en 
blasphémant;  l'Eglise,  à  son  tour,  leur  refuse  le« 
prières  qu'elle  accorde  aux  fidèles.  Quoi  de  plus 
juste?  Cependant,  le  ministère  intervient,  il 
adresse  aux  évêques  de  touchantes  homelieç  sur 
la  cliarité  et  le  véritable  esprit  évangéliqiie,  assai- 
sonnées de  menaces  contre  le  clergé  si  de  pareils 
refus  se  renouvellent.  11  fait  plus;  il  casse  uh 
maire  (i)  pour  n'avoir  pa.s ,  en  vertu  d'un  décret 
du  23  prairial  an  XII,  forcé  des  prêtres  à  profaner 
les  cérémonies  religieuses  en  faveur  d'un  suicidé  ! 

Qu'est-ce  donc  que  la  liberté  des  cultes,  si  un 
nainistre  peut  se  permettre  de  pareils  actes ,  si  le 
cleri>é  doit,  en  ce  qui  concerne  ses  fonctions  spi- 
rituelles ,  recevoir  des  ordres  des  derniers  agens 
de  l'autorité  séculière  ?  Qu  ils  fassent  enterrer 
comme  ils  l'entendront  un  suicidé ,  un  impie  j 
qu'ils  lui  rendent  tous  les  honneurs  civils ,  on  ne 
s'y  oppose  pas ,  puisque  la  police  des  ciraetièrCvC 
leur  appartient.  Ce  n  est  pas  la  sépultui'e  qu'au- 
jourd'hui l'on  demande  à  l'Eglise ,  mais  de* 
.prières,  mais  une  marque  extérieure  de  commu- 
nion ,  une  déclaration  publique  qu'elle  reconnoît 
pour  un  de  ses  membres  l'homme  dont  on  lui  pré- 
sente la  dépouille  mortelle.  Qu'y  a-t-il  là  qui  soit 
^u  ressort  du  pouvoir  temporel  7  L'Eglise  est  une 
société  :  elle  a  sa  constitution,  ses  lois,  ses  tribu- 
naux indépendans;  elle  seule  est  juge  dans  l'ordre 
spirituel;  ses  ministres  ne  peuvent  s'écarter  des 
.règles  qu'elle  leur  prescrit;  si ,  par  foiblesse,  ils  le» 
violent,  ils  n'exercent  pas  une  fonction,  ils  com- 
mettent un  sacrilège.  Or,  l'autorité  a-t-ellc  droit 
de  commander  un  sacrilège?  a-t-elle  droit  d  exiger 

..  —  ■     '  '       '  ■'       ■ * 

.  4.1)  Voyei  le  Moniteur  du  x''  novembre  dernier. 


(  '4;  ) 

d'un  pit^trc  le  sacrifice  de  ses  devoirs?  La  loi  de 
l'Ei^lise  est  formelle-  elle  déiend  à  ses  ministres 
de  concourir  aux  obsèques  de  ceux  qui  meurent 
dans  l'acte  du  crime  ,  ou  qui  n'ont  donné  aucun 
signe  de  repentir  :  à  qui  doivent-ils  obéir,  aux 
lois  invariables  de  l'Eglise,  ou  à  un  décret  rendu 
par  un  persécuteur  de  l'Eglise  ? 

Encore  devons-nous  observer  qu'on  abuse  évi- 
demment du  décret  de    Buonaparte.   Qu'on  lise 
l'art.    i(.)(i),    on  se  convaincra  qu'en  détendant 
aux  ministres  d'un  culte   quelconque  de  rcfuseP 
leur  nunistrre  pour  linliuniation  cl\'.n  corps,    il 
s'agit  unK|U('ment  de  l'inhurnalion  de  ceux  qui 
prolessoient  ce  cuite.  Or,  les  relus  dont  se  pLiint 
l'administration  ne  tombent  jamais  (juc  sur  des 
Uomme&^  ou  qui  ont  déclare  ne  vouloir  pas  pro* 
lesscr  le  culte  catholique  ,  ou  qui  ont  donné  le 
^caud.'de  d'un   grand  crime  sans  j-cpeutir.   S'il  est 
dit  qiK"  Vanfxjritf'  ciwi/c  cotnmcUra  un  nuire  ministre 
du  rHc'/nc  cuht'  povrrcntj)fir  vos  fondions ,  ce  Tûot 
comnwUrado'il  s'entendre  d'une  simple  invitation, 
pui.^qii'aucune  peine  n'est  portée  contre  cet  autre 
ministre  s'il  reluse  ,  ai)isi  que  le  premier,  ce  qu'oa 
dpniande  de  lui.  Il  «-st  impossible  que  ce  cas  n'ait 
point  <^lé  prévu,  et  dés  lois  il  est  renfermé  dans  Ift 
disposition   (inale  ,  qui   règle  qu<;  ,  dans  tous  les 
aas ,  l'antorité  civile  est  chai-gée  de  l'inhumnlion. 
L'iulerprétation   différente    que   l'on    prétend 
donner  à  ce  décret  répugne  au  Lon  s<n3  «t  à  lé» 
qiMté.  On  nv.  voudroil  pas,  et  avrc  inison  ,  oblige! 
ie»(|uifs  ,  les  protestans  ,  à  enterrer  un  calli<i.i,,m 
comme  u)i  ni«  inbrr  dr  le»ir  c(Miinniniori  :   i  t   loOi 


(i)  Art.  19.  «  Lf«)rf(|iie  le  miniilrc  d  un  1  ullc.  »oim  (rjelcju^ 
«prétexte  que  rc  >..il,  te  prrmellrj  tl<  rrfi^e-  »un  l'Mriitter* 
••  pAur  rinJiuiiialion  d'un  r.irp»  l'nuloiitr  riv  le  .  x-il  d'  "ffice, 
oftui^tur  la  r«r|ui>iii<in  de  la  faini'!r  .  runinii-(ir;«  un  »ulrc  mi— 
u  n'isUK  du  ibAtmc  rultf  pi»r  y  remplir  1  -s  f  m  li  iii>;  dnii-i  Uvl» 
»  les  rai ,  l'aiitoritt'  <  i»ile  e%l  rliai^ea  de  birc  porter,  pr.  scutcr, 
»  d«fpo»cr  et  iahumcr  l«k  rerp«.  •• 

le. 


(  '48  ) 
trouve  juste  de  forcer  les  catlioliques  cradoptcr, 
au  nom  de  leur  religion,  un  homme  qui  sei'a  mort 
dans  la  haine  de  cette  religion  ,  ou  en  violant  un 
de  SCS  premiers  et  de  ses  plus  importaiis  préceptes. 
D'où  vient  cette  différence,  ce  privilège  particu- 
lier d'oppression?  Qu'on  nous  le  dise,  quand  ce 
ne  seroit  que  pour  nous  apprendre  à  quoi  noua 
devons  nous  préparer. 

On  protège  des  calvinistes  qui  refusent  de  tendre 
le  devant  de  leirrs  maisons  sur  le  passage  du  Saint- 
Sacrement,  parce  que  leur  conscience,  disent-ils, 
V  répugne.  ÎNlais,  est-ce  que  les  catholiques  n'ont 
pas  aussi  une  conscience  ?  ou  cette  conscience  doit- 
elle  êti'e  moins  ménagée  que  celle  des  protestans  ? 
On  a  bonne  grâce  ,  assurément,  à  nous  prêcher  la 
tolérance  :  sans  cesse  nous  la  réclamons  et  ne  pou- 
vons l'obtenir.  De  quel  culte  troublons-nous  la 
liberté  ?  Qu'on  nous  donne  celle  du  nôtre  ,  nous 
ne  demandons  que  cela.  jNIais  on  ne  sait  que  nous 
dii'e  :  Sovez  tolérans  ;  et  ce  mot ,  dans  un  temps , 
signifie  laissez-vous  égorger 5  dans  un  autre,  lais- 
sez-vous enchaîner  et  avilir. 

PoTir  vaincre  la  résistance  du  clergé,  le  ministre 
daigne  lui  faire  des  leçons  de  théologie,  aussi  bien 
que  de  charité  chrétienne.  Il  cite  \es  rituels  qui 
permettent  d'accorder  les  prières  de  l'Eglise  quand 
le  suicide  a  été  la  suite  d'un  état  de  démence  ,  de 
délire  ou  de  folie  réelle  et  bien  constatée.  Soit  : 
mais  puisque  la  loi  distingue  différentes  sortes  de 
suicide  ,  et  prescrit  pour  chacune  des  règles  di né- 
rentes  de  conduite,  il  faut  donc  que  quelqu'un 
juge  de  la  nature  de  l'acte  pour  appliquer  la  loi. 
A  qui  ce  jugement  appartient-il  ?  Au  ministre,  qui 
veut  qu'on  ne  fasse  aucune  distinction  ,  qui  n'a 
aucune  autorité  dans  l'Eglise,  ou  à  ceux  que  l'Eglise 
elle-même  charge  d'exécuter  ses  lois?  Et  que  de- 
vient la  morale ,  si  l'on  déclare  que  se  tuer  est  toit- 
jours  un  acte  de  folie,  et  n'est  jamais  un  crime? 
Tarcc  que  la  loi  humaine  a  cessé  de  le  punir,  ce 


(  »49) 
cvimc,  faut -il  ne  cessa  iremrnt  lui  chercher  une 
«îxcuse  devant  la  loi  divine?  Faut-il  ensci'^nev aux 
hommes  à  attenter  à  leur  vie  av«>c  une  conscience 
calme,  à  ne  voir  dans  un  forfait  exécrable  c[u'un 
symptôme  de  maladie  ?  Et  trouve-t-on  qu  il  soit 
convenable  d'allermir  la  main  que  la  Religion  , 
compatissante  parce  qu'elle  est  sévère,  eût  fait 
trembler,  eût  arrêtée  peut -être  ? 

Quf  dirai-je  des  autres  prétextes  qu'on" allèjjjne? 
On  affecte  de  craindre  que  l'ordre  public  ne  soit 
trouble' parles  refus dinliuniaiiun.  L'ordre  public 
Ji'cst  jamais  troublé  que  par  la  faute  de  I  autorité 
chargée  de  le  maintenir;  mais  on  ne  maintient 
l'ordre  (ju'en  respectant  tous  les  droits.  I.e  tlroit 
de  l'Kglise  est  d'interpréter,  d'evécuter  ses  lois: 
contraindre  SCS  ministres  à  les  enfreindre  n'est  le 
droit  de  personne.  Si  quelqu'un  manifestoit  cette 
prétention  ,  la  favoriser  c'est  Iroubbjr  l'ordre  ;  la 
réprimer  c'est  le  maintenir.  Que  l'autorité  s<'  range 
du  côté  fies  devoirs  contre  les  ]);tssir>ns  ,  bientôt 
elle  n'entendra  j)lns  parler  des  tri.^les  querelles  (pii 
la  fatiguent;  toute  paix  comme  toute  force  dnraiile 
est  dans  la  justice  ;  (piand  on  ne  «ait  j)as  cela  ,  l'on 
♦•st  iiicaj)able  de  conduire  un  peuple;  on  reniue 
les  homiiMs,  on  ne  les  gomerne  pas. 

Ou  témoigne  une  grande  lendiessepourllionneur 
des  familles  :  seroit-ce  qu'on  regarde  une  mort 
impie  comme  un  déshonneur:'  J'approuve  ce  sen- 
timent, il  est  juste;  mais  (|ui  reiuse-t-on  d  inhu- 
luer?  Des  hommes  cjui  jusqu'à  la  lin  se  sont  fait 
j;l<»ir»;  de  lour  mépris,  d«-  leur  haine  pour  la  reli- 
puu  ;  :jui  ont  obstinément  repoussé  ses  2)rières, 
fces  cousoUllonis,  s»  .s  espérances;  qui  ont  voulu 
mourir  hors  du  sein  dir  ri^giise.  Sur  tpioi  juge-t-ou 
qu'elle  doiv«:  l'ulMiirà  hur  cadavif?  Il  est  liop 
tord  alois;  la  cjueslion  n  »'.st  jdus  de  la  terre  ;  \.\^u\ 
.sepaise  ailleurs  entre  Dieu  etl'honwne.  !.«'>  prière.s 
de  l'I'.glise  ne  seioient  qu'un  s(^u nd il e  ,  <ll<  -  !♦"■- 
jrcpiblciolciit  à  des  nuiU'uicliuus. 


(   i5o  ) 

Et  pourquoi  re^^pecteroit-on  plus  la  délicatesse 
d'une  famille  ,  ou  même  ses  caprices,  que  la  cons- 
cience d'un  prêtre  et  que  les  lois  de  la  religion? 
Elle  exerce  une  grande  justice  auv  portes  du  tom- 
beau 5  elle  dit  à  l'homme  qui  l'a  désavouée  :  Je  ne 
te  connojs  pas.  Que  ce  rnot  alarme ,  humilie  les 
parens  de  celui  qui  n'est  plus,  est-ce  une  raison 
pour  que  la  justice  éternelle  se  taise,  ou  pour  que 
ses  ministres  prévariquent?  Oseriez-vous  attendre 
de  vos  propres  trjhunaux  une  pareille  condescen- 
dance? Oseriez-vous  la  leur  commander?  Encore 
vos  juges,  en  prévariquant ,  peuvent  sauver  la  vie 
du  coupahle  5  mais  le  prélre  ,  que  peut-il  sauver? 

Si  vous  étiez  assez  malheureux  pour  parvenir 
à  contraindre  l'Eglise  de  ne  mettre  atîcupe  diffé- 
rence entre  ses  eiifans  et  ses  ennemis;  entre  la 
foiblesse  repentante  et  le  crime  impénitent;  entre 
le  fidèle  et  l'impie  dont  les  lèvres,  après  avoir 
proféré  un  dernier  blasphème,  se  sont  fermées 
pour  jamais ,  que  penseroit  le  peuple  ?  Quelle  con- 
séquence tireroitlil  de  cette  lâche  indulgence? 
Que  la  vérité  et  les  devoirs  ne  sont  que  de  vains 
mots;  que  TEglise  ne  croit  pas  elic-méme  ce 
qu'elle  enseigne  ;  qu  il  n'importe  comment  l'on  vive 
et  comment  l'on  meure  ,  puisque  la  religion  Lénit 
également  l'espérance  du  juste  et  le  dése^poit  du 
méchant.  Hommes  de  peu  de  prévoyance  ,  où  en 
seriez -vous,  si  ces  maximes prévaloient?  Garde^-^ 
vous  d'affoihlir  les  doctrines  qui  vous  protègent . 
et  ne  comptez  pas  tellement  sur  les  prisons  et  les 
échafauds ,  que'  vous  jugiez  inutile  de  donner  à  1^ 
société  d'autx'es  appuis. 

L'abbé  F.  De  La  Mpnjjais. 


jy'iin  Manifeste  des  Doctrinaires  (i). 
Qu'est-ce  que  les  partis?  demandoit  dernière-» 

(i)  Ce  manifeste  est  dans  le  17*^  Nume'ro  des  j4rchii^es philq" 
iophiques,  politiques  et  littéraires.  On  l'attribue  à  M-  GuTuoi.  ^ 


(  »5,  ) 

tuent  un  doctrinaire ,  et  il  s'est  hâté  de  dire  qu'il 
n  V  avoit  auf  deux  partis  vu  France  :  les  ultra*. 
libéraux  , libéraux ,  doctrinaires ,  constitutionnels , 
«■/<//  forment  une  seule  et  même  société ,  des  éma'- 
luitions  d'ufi  Acul  principe,  et  hors  de  cette  société  , 
les  royalistes  et  les  buonapartistes.  Cependant  le 
doctrinaire  ne  laisse  pas  long-temps  réunis  des 
lionimes  étonnés  de  se  trouver  ensemble,  et  il 
nous  apprend  un  peu  plus  loin  f|ue  tant  rjuc  les 
libéraux  croiront  avoir  bssoiu  des  buonapartistes, 
il  faudra  bien  qu'ils  acceptent  leur  aljiance.  Il  va 
jnéme  jusqu'àrecevoir  les  jacobins  pouv  auxiliaires 
de  sa  cause  ;  «Jacobins,  buonapartistes,  libé- 
j»  taux,  tout  paroîtra  bon  pour  la  déieudre  ,  tant 
))  qu'on  ne  la  croira  pas  gagnée  en  dernier  ressoi*t. 
»>  On  dira  aux  Fran«;ais  ({u'ils  se  trompent,  mais 
i>  qu'importe  ?  »  Ainsi  nous  voilà  délivrés  de 
nos  prétendus  amis.  Mais  qurlle  est  cette  cause  à 
gagner  contre  b's  royalistes?  Le  doctrinaire  ré- 
pi>iid  ;  /<;.»  principes  et  les  inlèréis  de  lu  révolu^ 
tioH.  C'est  là  l'ordre  nouvi-au  ,  l'ordre  légitime  ,  là 
«vst  la  France  nouvelle  qui  l'oji'ttc  de  son  sein  les 
incorrigibles  royalistes.  (>lnichons  donc  ({uels 
sont  les  principes  et  les  intéiéts  de  la  ré\<)lullon 
que -les  royalistes  atta({ucnt,  eux  qui  reçoivent  la 
monarchie  avec  la  rei>résentation  nationale ,  la 
liberté  de  la  ^esse  ,  la  liberté  individuelle,  l'égalu 
admissibilité  À  tous  les  emploie,  la  tolérance  ci^ile 
»les  religions. 

L'Assemblée  constituante  établit  en  principe 
la  souveraineté  du  peuple,  continua  ses  séances 
malgré  le  Roi  qui  avoit  le  droit  de  la  dissoudre, 
iléclara  la  possibilité  de  la  déchéance  ,  rompit 
l'unité  catholique  ,  et  détruisit  la  royauté  en  coin- 
servaat  le  nom  de  Roi. 

L'AMcmblee  législative  proscrivit  le»  nobles, 
déporta  le<  prêtres,  mit  la  rovauté  en  pigement  , 
et  appela  la  Convention  pour  organiser  la  France. 

La  Convention  abolit  le  ciUtc  catholique,  mi* 


(    l52    ) 

le  Roi  à  mort ,  donna  à  st-s  ai^ens  des  pouvoirs^sans 
limites,  lonha  l.i  vie  drs  citoyens  à  leurs  caurices, 
la  guei're  à  leurs  fureurs.  Elle  livra  aux  bourreauK 
tous  ceux  qu'elle  soupronna.  Sous  son  règne ,  le 
crime  fat  un  système  >  et  la  mort  ne  cîioisit  point. 

Le  Directoire  viola  les  principes  même  de  son 
existence  ,  et  ne  fit  d'autre  bien  par  son  impré- 
voyance que  de  ne  pouvoir  pas  empêcher  sa  chute. 

Le  Consulat  promit  tout  a  tous  les  partis  ,  et  vint 
finir  dans  l'Empire ,  qui  arma  et  ravagea  la  France 
et  l'Europe. 

Quels  sont ,  au  milieu  de  ce  despotisme  conti- 
nuel (i),  les  principes  et  les  intérêts  de  la  révo- 
lution ?  Je  vois  une  succession  de  doctrines  et  d'in- 
térêts qui  se  sont  disputé  la  victoire  ,  et  je  ne  vois 
que  la  rébellion  et  le  crime  qui  soient  fidèles  à  toutes 
les  époques.  Les  proscriptions  ,  la  révolte,  la  dé- 
chéance, le  régicide,  les  guerres  d'extermination  , 
voilà  toute  la  révolution.  Le  doctrinaire  repousse 
avec  horreur  le  régime  de  i  793,  qui  a  proscrit  tout 
ce  qui  avoit  du  talent  ,  de  la  considération  cl  des 
richesses;  mais  ,  selon  lui ,  i7  n'y  a  des  /acohins  que 
comme  il  y  a  des  menrt?'iers ,  et  il  ne  donne  ce  nom 
odieux  qu'à  ceux  qui  voudroicnt  du  système  de  hi 
terreur  dans  toute  son  ê'endue.  Il  s  ne  méritent  donc 
pas  ce  nom  ,  ceux  qui  réveroient  encore  une  liberté 
illimitée  ,  une  république  sans  anafc'iie.  «  Caries 
5)  fondateurs  de  la  république  ,  selon  M.  Benjamin 
)'  Con-taut,  n'ont  pas  été  les  sicaires  de  CoUot- 
5)  d  derboi  r;  ce  sont  les  hommes  qui  les  premiers 
■»  dis^éniiutrenten  Exauce  les  idées  républicaines; 
»  qui  en  1791  avouèrent  hautement  leur  attache- 
)>  ment  à  cette  forme  d'institution  qui  ,  pendant 
:;)  tout  le  cours  dfe  TAssemblée  législative  ,  s'élevè- 
))  rent  contiM:  la  perfide  inertie  de  la  cour  e-t  ren- 
î)  versèrent    la    constitution    .nonarchiquc    pour 


(i)  <v  La  révciution.   dit  M.  Carnot  qui  la  coniioissoit  bien,' 
w  n'a  «Jte  <|'i'uu  t'e*po(isiiie  continuel,  " 


(  i53  ) 
i.  sauvt'i  la  liLcrié,))  De  grands  pas  étoient  fl«'*ja 
fiits  flrpuis  17S9.  Alors  on  vcpoussoit  aussi  l'idée 
tiu  cvimc;  on  ne  le  conctvoit  mcmc  pas;  et  à  la 
veille  des  orages  on  proclanioit,  dans  «ne  pleine 
st'ciirité,  les  principes  «|ue  nous  relronvons  ici.  En 
i^ç)!,  on  parloit  comme  parle  notre  doctrinaire. 

rSoiis  allons  voir,  dans  son  nianifeslc",  la  souve- 
raineté du  peuple  clairement  établie. 

«  Il  n'v  a  rien  ,  dans  le  pouvoir,  d'indépendant 
»  du  caprice  des  hommes.  Que  les  gouverntmen«! 
»  ne  s*v  troinjK-nt  pas;  la  société  (le  parti  des  in- 
>i  térêts  de  la  révolution^,  la  société  qui  ne  leur  a 
»  jamais  appartenu  de  droit,  ne  leur  appartient 
»  plus  do  luit  j  à  leur  tour  ils  lui  appartiennent.  i> 

P.  Ç)«, 

<i  II  n'y  a  d'autre  légitimité  que  les  intérêts  (  i  ).  )> 
P.  90. 

»  iSuUc  dépendance  liors  de  la  raison  publique 
>♦  (proclamée  par  f(ui?)ne  sauroil  être  avouée.  >» 

Nous  reconnoîtrons  encore  mieux  l'amour  d<; 
CCS  principes  en  voyant  ce  qui  cause  aujourd'hui 
la  joie  du  m^me  doctrinaire. 

«  La  seule  «JinV-niice  qu'il  y  ait  entre  In  répii- 
»  blique  et  la  luonaiiliie  ,  c'est  l'infroduclian  du 
»  piiticip»'  de  ri»é:édité  au  trône.  >»  P.  c)i. 

H  Le  gouvernement  ,  en  tant  que  gouverne- 
»  ment,  ne  possède  pa«  la  millième  parlie  de  la 
»  force  nécessaire  à  fon  existence.  Isolé  et  réduit 
»  iilui-niêtne,  ses  faveur*  ne  lui  a'<smcioienl  pa< 
^  niém«î  ceux  (jui  les  recf\ruieul  de  lui.  P.  99.  » 

1S0U.S  venou'*  de  voir  le  sujet  de  son  triomphe  ; 
Tuici  in'n  conseils  : 

«Que  \r  gouvernement  rassure  pleinement  les 
»  inléiéls  de  In  révolution;  cpi'il  s'enfonce  dans  le 
r>  trrrain  dr5piincipr.'((jui  l'ont  laite;  (ju'il  se  melle 
»  à  la  tête  de  c.-  mouvement  social  ipii  emporte  à 

(1)  Dan»  un  uoim-l  ériit  qui  a  pour  litre  /e  Doctrtmiin- ,  on 
d'il  'ju'/V  'l'r  II  J'uiuic  ilrvii  que  Vhtetr:.  C'cU  le  »j»(t:uic  d'iicl  • 
»#'.iu<  appli(]UP  i*  1.1  p<:!iU<]U';. 


(  ï54  ) 
«  tout  risque  les  gouvernemens  et  les  peuples  ^ 
))  p.  98-  qu'il  accepte  le  parti  national  (le  parti 
»  révolutiounaire)  avec  tous  les  antécédens  qui 
»  l'ont  formé ,  toutes  les  conséquences  auxquelles 
»  il  aspire  et  dans  toute  leur  étendue.  » 

Ecoutons  ses  menaces  :  «  L'autorité  que  ce  parti 
V  reconnoîtra  sera  la  sienne  propre ,  et  le  jour  oii 
»  elle  cesseroit  d'être  la  sienne,  ou  le  verroit  usant 
»  de  son  indépendance  porter  ailleurs  sa  soumis- 
))  sion.  ))  P.  99. 

Elle  est  manifeste  pour  tout  homme  de  bonne 
foi  la  tendance  des  doctrinaires,  et  ils  avouent 
eux-mêmes  qu'ils  ne  forment  qu'un  parti  avec  tout 
ce  qui  n'est  pas  royaliste.  Ils  poussent  à  la  démo-« 
cratie ,  et  ils  semblent  vouloir  conserver  un  fan- 
tôme de  monarchie.  Aveugles  qui  se  remettentsur 
la  pente ,  afin  d'éprouver  s'ils  seront  assez  forts  pour 
ne  pas  retomber  dans  le  précipice.  La  monarchie 
légitime  se  trouve  aujourd'hui  dans  une  singulière 

fjosition.  On  voit  réunis  contre  elle  ceux  qui  veu- 
ent  du  despotisme  et  de  l'anarchie;  et  tous  tra- 
vaillent de  concerta  alFoibîir  la  force  de  la  grande 
propriété.  Ils  lui  ont  arraché  linfluence  dans  là  loi 
des  élections,  pour  la  mettre  pi  us  bas  ,  sachant  bien 
que  la  moyenne  région  renfermeles  tempêtes.  Tous 
s'achai'nent  contre  les  royalistes  ;  ils  ont  raison. 
Quand  les  grands  intérêts  de  la  société  sont  mena- 
cés ,  il  s'élève  des  partis  pour  les  défendre ,  comme 
la  justice  privée  apparoît  quand  Ifi  justice  publique 
ne  se  rend  plus,  Les  royalistes  signalent  l'écueU 
où  le  vaisseau  de  l'Etat  semble  encore  une  fois 
emporté.  Ils  crient  à  tous  ceux  qu'on  trompe  sui" 
leurs  intentions ,  que  le  danger  pe  vient  pas  d'eux  j 
qu'ils  veulent  tous  les  principes  et  les  intérêts  ga- 
rantis par. la  Charte;  que  ce  ne  sont  pas  là  le« 
principes  et  les  intérêts  que  leurs  eyinemis  veulent 
consacrer,  llss'inqutètepl  des  calomnies  répandue* 
contre  eux  comme  d'un  moyen  do  faire  diversi«>i|. 
sur  des  projets  sinistres.  Ils  cherchent  qui  ^  intévéi 


(  i65  ) 
de  diviser  encore  dans  un  pays  divisé  ;  ils  se  deman- 
dent <[ui  vt:ut  s  élever  en  les  perdant.  Mais  ils  n« 
se  di^sirnuloDt  pas  qu'on  veut  réduire  la   royauté 
à  n'être  plus  qu'une  fonction  amovible.  Alors  la 

Elace  seroit  vide  pour  l'usurpation  ou  la  répu- 
lique;  et  l'on  trouveroit  pour  appuis  de  ce  projet 
tous  les  ambitieux  qui  croient  avoir  une  égale  part 
4  un  pouvoir  qui  n'appartient  légitimement  à 
personne. 

Que   le  ministère  se   hâte  d'ôtcr  aux   opinions 
leur  incertitude.  Le  svstème  qu'on  suit  au  milieu 
de  tous  les  partis  a  les  iu'.onvéniens  de   tous  et 
n'aies  avantages  d'aucun.  Tous  les  jours  il  devient 
plus  facile  de  faire  le  mal ,  plus  difficile  de  faire 
le   bien.    On  pousse    le   gou\eruement  dans   une 
voie  d'oii  il  est  malaisé  de  revenir.  En  vain  re- 
]rteroit-on  les  conséquences  des  principes  qu  on 
clierche  à  établir.  La  révolution  renaîtra  tout  en- 
tière  des   principes  qui  l'ont   formée.    «Les  soi- 
))  divantrélorniateurs,  disoitdernièrementM.  Can- 
/)  ning  au    l'arlement   d'Angleterre,    nient   toute 
»  adhésiun  à  ces  movens  de  suicide  national.   Ils 
»  n'entendent  pasaller  si  loin.  Ils  n'entendent  pas? 
»  eh!  qu'importe  ce  qu'ils  entendent?  Ignorent-ils 
)i  que  ,  lorsqu'ils  auront  mis  le  rocher  en  mouvc- 
)i  ment ,  ils  ne  pourront  pas  arrêter  sa  force  impul- 
»  si\e-  qu'il  suivra  sa  route,  écrasant  tout  sur  son^ 
>»  passage  ,  écrasant  aussi ,  dès  ses  premiers  bonds, 
)»  les  réformateurs  eux-mêmes?  Espèrent-ils  diri- 
■»  ger  l'orage  qu'ils  auront  déchaîné  ,  et  ne  savent- 
M  ils  pas  que  des  esprits  plus  puissans  qu'eux  le* 
5)  surveillent  pour  s'empaicr  de  leur  a'uvre.  (i);* 

GtNOLDS. 


(i)  La  «toririn^  àr  la  souvcminet*'  du  peuple,  soutenue 
h'iulenient  ituicurd'hui ,  ramené  dt^ja  ses  rrsiiltalï.  Le  (^tviti^me 
i'rn  fst  e>iip;«r<'  ;  et,  dan»  une  brorliure  inliliil»'e  Je  la  Mani- 
feslatiot  Jr  /*/■  'pril  Je  vtrite,  on  lit  ■<  que  ni>ii»  s«)mmes  ton» 
»  prélro  ri  roi»;  qu'il  n'y  n  ni  niailrc ,  ni  pontifi» ,  ni  ordon-- 
"  naoc*-    humaine,    ni    iiiirmonirs  p-Mii-   le    \(<iil;tlilr  .vni    du 


s 


(  i56  ) 

Z)e  la  formation  a  un  ministère  dans  un  Gouver- 
nement représentatif. 

Un  avantage  important  A\x  gouvernptnont  re- 
résentatif  est  de  mettre  au  jour  des  hommes 
'Etat ,  et  de  les  faire  connoître  à  la  nation  avaiit 
que  sçs  intérêts  soient  remis  enti'e  leurs  mains;  de 
sorte  que  la  laveur  du  monarque  ne  fait  pour  ainsi 
dire  que  céder  à  la  confiance  des  peuples. 

Sous  un  gouvernement  entièrement  privé  de 
discussions  publiques,  le  clioiv  des  ministres  est 
plus  diûlcile  ,  parce  que  les  hommes  ne  sont  pas 
ostensiblement  mis  à  l'épreuve,  et  que  le  monarque 
n'est  pas  aidé  dans  sa  décision  par  1  assentiment 
des  gens  de  bien.  Il  est  vrai  qu'alors  le  ministère 
offre  moins  d'obstacles,  et  que  le  mot  Je  Teux  sim- 
plifie singulièrement  les  embarras  de  son  adminis- 
tration. Dans  un  gouvernement  représentatif,  au 
couti"aire ,  les  difficultés  renaissent  sans  cesse  :  le 
ministère  exige  de  pkis  fortes  conceptians ,  et  le 
caractère  du  ministre  forme  une  partie  très-essçn- 
tielle  de  sa  capacité. 

Dans  des  temps  difficiles,  la  connoissancc  des 
hommes  est  aussi  nécessaire  que  celle  dos  choses. 
La  manière  de  préparer  et  de  présenter  les  afiaires 
décide  souvent  de  leur- succès,  et,  sans  l'art  de  se 
faire  accueillir,  les  obstacles,  les  plus  futiles  en 
apparence,  dcv'enm'nt  insurmolitables  en  réalité. 
A  oilà  pourquoi,  dans  un  système  représentatif,  il 
est  essentiel  qu'une  partie  des  Chambres  s  identifie 
au  ïnini-stère  ,  qui  sans  cela  seroit  trop  incertain 
daTis  ses  .iclions  ;  mais  cela  ne  signifie  pas  que  les 
ministres  doivent  par  eux-mêmes  décider  des  in- 

'>  peuple;  qu'il  n'v  a  <ie  salut  pour  les  nations  que  dans  la  com— 
»  munaute  des  biens;  et  que  les  grands  et  les  riches  sont  en 
»  abominalion  à  Dieu.  »  Kîches  et  g;rands,  prenez-y  garde,  il 
ne  s'agit  déjà  plus  seulement  des  Rois,  des  prêlres  et  dts 
nobles  ! 


(  >57  ) 
t^ièts  de  la  propriété,  se  faire  des  amis  de  leurn 
llaltfurs  .  et  s'appuver  de  l'opinion  publique  ^e 
leurs  antichambres,  tandis  i^u'ils  ne  doivent  rc- 
«;onuoitre  ropiniou  que  par  l'organe  des  délégués 
de  la  nation, 

J.«'S  hommes  changent  j  les  intért^ls  de  la  pro- 
priélé  ne  changent  pas  ,  ou  si  des  troubles  extraor- 
'  diiiaiies  ont  rais  en  contradiction  les  rapports  des 
propriétaires,  dix  ans  de  plus  remettront  toutes 
t  lioses  dans  leur  véritable  position.  C'est  donc  l'in- 
térêt de  la  propriété  <jui  doit  servir  de  guide  aux 
liomnies  d'Etat,  ou  s'ils  cherchent  ailleîirs  ce  qu'on 
appelle  aujourdliui  l'opinion,  demain  il  faudra 
changer  de  svstème ,  parce  (ju'un  malheureux  ga- 
Ketiersans  bien  aura,  du  fond  d<'  son  gi-cnier,  fait 
retentir  l'Europe  du  cri  de  sa  misère,  qu'il  apjM'l- 
lera  l'opinion  publique.  Chaque  jour  amènera  de 
nouvelles  réclamations,  entraînera  de  nouveaux 
sacritices;  et  le  ministère,  cédant  à  son  inexpc- 
rifuce  ,  n'opéiera  que  la  confusion  de«  idées  et  le 
désordre  dr  la  société. 

Si  l'opinion  des  propi'iétaires  pris  en  masse,  si 
leur  intérêt  toujours  constant  devient  Ir  base  des 
opérations  ministérielles,  les  plans  du  ministère, 
mieux  préparés,  trouveront  pour  soutien  tout  ce 
qui  se  lie  a  ce  système,  dont  les  élémens  se  com- 
posent d'hommes  invariables  ,  qtioique  d'idées 
peut-être  diflércntes  ,  puisque  liniérêl  de  la  pro- 
priété ne  varie  jjas  ,  et  qu'il  tend  sans  cesse  à  rap- 
[irochcr  les  individus,  «-t  h  i  »'ndr<-  perpétuel  le 
gouvernement,  sauve-garde  de  leurs  fortunes. 

Mais  si  l'on  s'obstine  à  lire  dans  le  cœai*  de  cha- 
cun l'opinion  variable  des  individus  -  si  l'on  inter- 
roge les  coteries  du  moment,  la  feuille  du  matin; 
si  chaque  jour  ou  veut  être  l'idole  d'un  jienpbf  qui 
change  d' idole  •  si  l'on  calcule  sur  la  stabilité  dnne 
mer  qu'nu  seul  instaiit  rend  orageuse  ,  la  pL^nciie 
cède,  uu  parti  l'cnliaînc,  et  le  uu'uislve  est  dans 
l'aLîme. 


(  ^:>^  ) 

L  exemple  dcl  Angleterre  confirme  cette  asser- 
tion ;  pense-t-on  que  les  ministres  anglais  fussent 
en  droit  de  compter  sur  une  majorité  constante^ 
parmi  six  cents  membres  d'un  parlement  composé 
des  hommes  les  plus  riches  ,  et  par  conséquent  les 
plus  indépendans  de  l'Europe  ,  si  le  ministère  n'a- 
voit  pas  pour  point  d'appui  la  confiance  d'une  masse 
de  propriétaires  qui  ne  sont  point  des  salariés  ,  qui' 
n'ont  aucune  part  aux  grâces  du  gouvernement,  et 
qui  ne  lui  sont  attachés  que  par  le  désir  de  l'ordre 
public  ,  de  la  prospérité  nationale  et  de  la  sécurité 
de  leurs  fortunes  ? 

Croit-on ,  si  les  ministres  anglais  se  constituoient 
les  organes  de  l'opinion  publique  ,  et  s'ils  disoient 
aux  membres  du  parlement  :  «  Vous  êtes  des  ultra- 
»  propriétaires,  et  nous  savons  mieux  que  vous  ce 
»  qui  convient  à  vos  intérêts  5  «  croit-on,  dis-je, 
que  ces  ministres  ,  malgré  toutes  les  ressources  de 
la  prétendue  corruption  de  la  constitution  an- 
glaise ,  que  ces  pauvres  hommes  d'Etat  conserve- 
roient  assez  d'amis  pour  gouverner  huit  jouis  Ifes 
trois  royaumes?  Ils  tomberoient  dans  un  ridicule 
mortel  pour  leur  ambition. 

Quand  je  vois  des  hommes  riches  à  la  tête  des 
affaires  publ  ques,  je  me  sens  plus  tranquille  sur 
mes  droits  de  citoyen  et  de  propriétaire.  Quelles 
que  puissent  être,  par  exemple,  les  idées  d'hommes 
tels  que  M.  Pioy,  MM.  Perier,  Ternaux,  Lafitte , 
Delessert^et  autres  millionnaires,  jen'aurois  nullt; 
.répugnance  à  les  voir  participer  à  l'action  de  notr* 
gouvernement  représentatif.  Si  des  semences  dt 
division  ont  été  répandues  parmi  nous  ,  il  n'en  est 
pas  moins  vrai  que,  parvenus  à  certain  point  d'in- 
quiétude, nos  intérêts  seroientbientôt  semblables, 
et  du  mal  liaîtroit  le  remède.  Si  jusque  là  ces  mes- 
sieurs veulent  être  jaloux  de  mon  nom,  je  pui* 
avoir  l'égale  foiblesse  d'être  jaloux  de  leurs  ri- 
chesses; et  dans  le  fait  je  n'aime  pas  un  homme 
parce  qu'il  est  quinze  ou  vingt  fois  plus  riche  que 


(  i^9  ^ 
moi  5  mais  je  tUtondrai  sa  propii<5té,  parce  cjue 
c'est  déirndre  la  mienne,  parce  <|ue  c'est  établir 
l'ordre  social,  sans  lequel  il  n'y  a  point  de  proi- 
périlé  ptihliqiie ,  et  nulle  ioui?sance<^idans  la  pos- 
session d'aucune  fortune  privée. 

Mais  si  je  vois  des  ministres  chercher  leur  appui 
dans  les  cotenes  de  leurs  bureaux  j  s'ils  veulent 
s  isoler  de  la  masse,  dont  les  iutéréts  ne  varient 
pas,  pour  flatter  les  ambitions  qui  varient  sans 
cesse,  et  les  ambitieux  qu'on  n'a  jamais  fixés  ,  il 
est  évident  que,  leur  ministère  une  lois  étalili,  ses 
choix  une  fois  faits,  tout  ce  qui  se  flattoit  d'une 
carrière  brillante,  tout  ce  qui  sera  frustré  dans 
son  espérance,  tournera  contre  l'idole  de  la  veille. 
On  se  fera  libéral  ou  doctrinaire,  suivant  l'aspect 
de  la  tempêU;  ou  d'un  jour  incertain  ,  et  ce  minis- 
tère, mal  établi,  toujours  chancelant  entre  des 
écueil>i,  ne  vivra  que  pour  vivre,  et  non  pour  re- 
b'ver  l'éclat  du  nom  franrais  et  l'honneur  de  lu 
monarchie. 

Autrefois,  la  représentation  an<,daise  éloit  toute 
populaire  ;.ct  l'Angleterre  a  f(émip(.'udanlplusieurs 
.Niècles  sou- cet  insupportable  fléau  :  mais,  lorsque 
des  lois  plus  sages  eurent  exigé  des  membres  du 
Parlement  une  fortune  acc|uise  ;  lorscjue  l'usage 
et  la  désuétude  euicnl  formi-  ct'ltr  prétendue  cor- 
ruption aDgIaisr  qui  place  les  pi  us  riches  particu- 
liei-s  du  monde  u  lu  tèle  de  la  nation  la  plus 
industrieu.se  ,  tous  bvs  gernies  de  la  fortune  et  de 
la  prospi-rité  se  développèrent  à  la  foi»,  dans  cette 
île  jadis  >i  long-tenqi.s  «lesulée  pai-  le  fauatismc  et 
l'arrogance  d«-  la  médiocrité. 

Il  ebl  résulté  de  cette  précieuse  révolutiou 
qu  une  mass<-  d  individus  eonnoîl,  de  jeune  âge, 
la  carrière  fjii  file  doit  j»arcomir ;  ([u'elle  se  pré- 
pare <ie  bonne  heure  uu\  «liscuîsiou.s  politi([ues, 
et  qu'elle  n'iirrive  pas  a  qiMTran te  uns  a  la  repré*- 
seutution  nationale  avec  des  idées  impaifaites  et 


(  i6o  ) 

«3es  syslrmes  divergens.  Cette  masse  de  proprié- 
taires a  des  connoissances  positives  5  elle  ne  remet 
plus  en  doute  des  bases  de  conduite  établies  par 
une  mûre  expérience  :  et  les  jeunes  gens  cjui  par- 
viennent successivement  au  Parlement,  prennent 
l'esprit  du  corps,  sans  tenter  de  se  livrer  à  d'inu- 
tiles aLstractions.  Dès  Jors,  le  ministère,  en  sui- 
,  vaut  la  même  direction  d'id^^es,  peut  compter  sur, 
l'assentiment  de  la  grande  majorité  des  six  cents 
membres  du  Parlement,  sans  avoir  aucun  espoir 
de  les  sédtiire  à  son  profit,  et  de  les  tromper  sur 
leurs  intérêts. 

Depuis  trois  ans,  nous  avons  peu  profilé  de  cet 
exemplej  nous  avons  au  contraire  suivi,  dans  la 
formation  successive  de  plusieurs  ministères,  le 
contre-pied  de  ce  qui  se  passe,  avec  tant  d'avan- 
tage, dans  le  sciû  pays  qui  puisse  nous  servir  de 
modèle.  Le  ministère,  en  i8i5  ,  fut  accueilli  par 
une  bienveillance  assez  géne'rale.  La  probité  de 
M.  de  Richelieu  convenoil  à  tout  le  monde.  Le 
ministre  de  l'intérieur  avoit  été  préfet,  et  pouvoit 
faire  son  métier  avec  coiinoissaiice  de  cause.  Le 
garde  des  sceaux  étoit  un  magistrat  connu  par  son 
intégrité.  Le  ministre  de  la  marine  avoit  Tavan- 
tage  d  être  marin.  J.e  ministre  de  la  guerre  ajou- 
te it  à  la  longue  habitude  de  son  administration 
des  preuves  irrécusables  de  son  dévouement  à  la 
cause  rovale.  Le  ministre  des  finances  faisoit  ou- 
blier son  accent  étranger  par  son  esprit  de  conci- 
liation. Enfin,  le  ministre  de  la  police,  jeune 
magistrat  peu  connu,  méritoit  l'indulgence  des 
amis  de  la  monarchie ,  par  son  honorable  conduite 
au  9.0  mars.  Tout  donnoit  lieu  de  croire  qu'une 
semblable  réunion  de  ministres,  appuyée  par  deux 
Chambre*  composées  d'hommes  intéressés  aU 
maintien  de  l'ordre  public,  pourroit  fonder  un 
gouvernement  stable  ;  mais  l'union  des  idé€5 
inanquoit,  et  la  mésintelligence  se  mit  entre  ks 
gouvernans  à  mesure  que  les  intérêts  do  la  pro- 


(  i6i  ) 
priété  cédoient  à  des  considérations  d'intrigues 
et  de  vanité  personnelle. 

Bientôt,  les  esprits  s'échauffèrent  :  les  proposi- 
tions (le  lois  les  plus  mal  connues  lurent  soumises 
auv  Chambres j  les  discussions  les  plus  dauge- 
l'euses  V  furent  ouvertespar  la  timide  inexpérience 
des  juinistresj  la  contusion  se  mit  dans  le  çrouver- 
nement,  parce  qu'il  avoit  mis  la  confusion  dans 
les  Chambres 5  et  l'ordonnance  du  ô  septembre 
arrivn  bientôt  pour  propager  la  désunion,  et  pour 
le  triomph»'  d  une  coterie. 

C'est  alorsfpu"  le  ministère  tomba  dans  une  erreur 
funeste  ,  cpii  Irappe  aujourd'hui  dans  sa  base  notre 
système  représentatif  naissant.  Il  avoit  existé  dans 
le  gouvernement  des  querelles  de  famille,  et  les 
royalistes  en  général  n'étoient  pas  assez  au  courant 
des  discussions  de  la  tribune  pour  avoir  pu  prendre 
part  à  toutes  les  divisions  (|ue  ,  pendant  une  session 
si  mal  dirigée  ,  l'esprit  du  corps  et  la  rivalité  indivi- 
du'llc  pouvoient  avoir  engendrées  dans  {«-s  deiix 
Chambres.  .Mais,  au  lieu  d'isoler  des  individus  dans 
les([U4-ls  il  vuuloit  voir  des  ennemis  ;  au  lieu  de  les 
séparer  de  la  masse  di's  propriétaires  du  royaume  , 
le  ministère  lan<;a  ]>artout  ses  esj)ic)ns  ,  ses  faveurs  , 
ses  menaces.  Les  vertus  ,  les  qualités  les  plus  essen- 
tielles, les  hommes  les  plus  paisibles  et  les  plus 
ailectionnés  au  bien-être  de  leurs  campaguesfinx*nt 
confondus  dans  la  proscription  des  sous-ordres. 
Le  Journal  des  Maires,  rédigé  par  M.  iMirbel, 
aujourd'hui  serrétaire  gén»-ral  ou  ministère  de 
l'intérirur,  ré|)andit  j)arloul  la  haine  et  la  divi- 
sion ,  et  multiplia  de  tout<s  parts  les  ennemis  du 
ministère.  M.  \  illemain,  directeur  de  la  librai- 
rie, écrivit  contre  la  noblesse  une  diatriL«'  (i) 
qui    Iraea   la   roule   des  LcUns  NorniiinJts  et  de 


(i)   Lf  li'ii ,  la   C.h.iitr  et  ia  /l/iinarc/ue ,  par  M.  N'illcinain, 

fr(>Irk:>riir  ;i  l.i  F.n  iillr  il,»  LeMrei  Dr  l'inipi imeric  de  Fiiinia 
)idot.  Ouvrage  d'un  jeune  liuninir  dt  tfcicnt  r»  mus  cxj)é-. 
rtence.  / 


ToMK  II.  — 17e  LlTHAMON. 


(  iC-i  ) 
la  Minerve.  M.  Guizot,  aujourd'hui  directeur  de 
]a  plus  imporlaute  partie  du  niiuislère  de  l'inlé- 
ri(  ur,  lut  tait  conseiller  d'Etat  à  la  suite  d'un 
pamphlet  (i)  composé  dans  le  même  esprit  (mais 
celui  de  M.  Villeniain  étoit  écrit  avec  talent); 
et  tous  les  propriétaires  fonciers  de  la  France, 
.sous  le  nom  d'ultra-rovalistes,  de  Luonapartiste.s 
et  d'ultra-libérauv,  furent  sacritiés  à  la  vanité  de 
la  bureaucratie  prétentieuse.  Au  lieu  de  former 
une  nouvelle  Chambre,  si  facile  encore  à  bien 
recomposer,  on  voulut  commander  aux  élections. 
Les  bons  Français  s'indignèrent,  les  intrigans 
régnèrent  snr  nos  division*.,  et  le  ministère  se 
soutint  péniblement  sur  des  Mirbel  ,  des  Guizot, 
et  autres  subalternes,  au  lieu  d'être  supporté 
par  des  propriétaires 

C'est  à  partir  de  là  qrie  les  variations  dans  le 
ministère  se  multiplièrent,  et  devinrent  de  plus 
en  plus  contraires  à  la  ligne  naturelle  que  doit 
suivre  un  gouvernement  représentatif  dans  le 
choix  de  ses  agens  supérieurs.  Après  la  session  de 
i8i5,  le  ministre  de  l'intérieur  fut  remplacé  par 
M.  Laine,  homme  fort  recommandable ,  orateur 
plein  de  talent,  mais  de  la  minorité  de  la  Cham- 
bre, et  sans  habitude  d'administration.  Plus  tard, 
AL  Pascpuier,  qui,  dans  les  sessions  précédentes, a  voit 
montré  de  l'art  et  de  la  précision  ,  et  que  l'on  ju- 
geoit  propre  anx  détails  de  haute  administration, 
fut  mis  à  la  tète  de  la  magistrature,  fonction  au 
moins  étrangère  aux  emplois  qu'il  a  voit  remplis 
antérieurement.  Par  la  suite  ,  le  ministre  de  la  ma- 
rine, officier  de  marine,  se  trouve  remplacé  par  un 
ancien  grand-juge,  etle  ministre  delà  guerre,  qui, 
depuis  quinze  ans,  remplissoit  avec  activité  les 
fonctions  les  plus  compliquées,  nt  st  trouve  plus 


(i)  Du  Goul'ernement  représentalif  et  de  VElat  actuel  de  la 
France,  par  F.  Guiiot  .  mailrc  des  requète>  au  (>0)i.seil  d'Etat, 
et  professeur  d'hisloire  moderne  a  l'Ac^r^mie  de  Paru,  (àfaex 
Mai^adaxl.  i{$i6.  Ouvrage  cxtrémemeat  xuédiocrr. 


(  i6i) 

<:n  état  de  l'aire  uu  budget,  et  se  >oit  remplacé 
|>.ir  uu  gucn-ier  fort  reuommé  par  sa  haute  capa- 
cité sur  un  champ  de  Latailh-,  mais  connu  par  sou 
peu  d  attrait  pour  le  travail  des  bur'^aux.  i)n  doit 
se  demander  si  tous  ces  chois  étoient  en  rapport 
avec  le  système  représentatif ,  et  avec  le  vœu  de* 
Chambres,  qui  ne  doivent  pas  gouverner,  il  est 
vrai ,  mais  avec  lesquelles  il  faut  s  accorder.  Il  .s'en 
est  .luivi  que  des  lois  dangereuses  lurent  proposées 
par  les  ministres,  dans  1  csnoir  de  se  renforcer  des 
ioibles,  et  qu'à  force  de  promesses,  de  menaces 
et  de  subtilités  ils  parvinrent,  à  la   majorité  de 
trois  ou  quatre  voiv  ,  à  compromettie  le  sort  de  le 
monaichie,  parla  desti'uctiun  d'un  mode  d^lec- 
tio)i  contre  lequel  jamais  il  ne  s'étoit  éi»'ve  d  ob- 
jections, et  qui  ne  demandait  que  des  régulansa- 
tions  judicieuses.  La  plupart  de  ces  ministres  ont 
reconnu  ,  mais  ti'op  tard  ,  avec  une  raison  dont  il 
faut  leur  savoir  gré  ,  qu'ils  sétoîent  ouvert  une 
laussf  route,  vl  que  la  seule  marche  à  suivre  dans 
un  g()U\ernpnu;nt  représentatif,  est  celle  qui  lie 
b.s  ministres  aux.  hommes  essenti«;llenient  intéres- 
sés,   i>ar  leur  existence,   au  maintien  de   l'ordre 
oublie    et  de   l'houneur  et   de    la   prospérité    de 
'Ktat. 

M.  Roy,  qui  n'a  fait  <nie  traverser  le  ministère 
destiuanccs,  parce  qu'il  ne  put  pas  tenir,  ou  ne 
voulut  pas  céder  a  l'ascendant  d'une  coterie  j 
M.  Roy,  dis'jc ,  est,  à  mon  sens,  le  ministre 
nommé  jus.ju'a  ce  jour  qui  réunit  le  plus  des.  con- 
ditions voulues  dans  un  sv-téme  représentatif, 
(jiand  propriétaire,  orateur,  homme  lait  aux  af- 
faires, avant  re«;u  trois  ans  consécutifs  l'honuraljlc 
missi(m  de  discuter  les  lois  linancières  de  l'Ltat,  il 
arrivoit  au  ministère  par  la  route  qui  d>  vroit  tou- 
jours V  conduire,  lursqti'il  en  frit  évincé  bientôt 
avec  M  M.  Laine,  Mole  et  Pasquier,  et  nous  parois- 
Sons  encore  ibstines  a  recommenccretâ  subir  l'édu- 
caliou  politique  d'un  nouveau  ministère  naissant. 
Ce  u'cit  pas  âinii  que  nou^  «archerous  vers 


r 


it% 


(  i64  ) 
cette  prospérité  nationale  dont  nos  voisins  nous 
donnent  un  si  riche  exemple,  et  que  la  stabilité 
t)eut  seule  opérer.  C'est  par  un  système  naturel 
qu'il  faut  gouverner  la  France.  Il  ne  faut  plus  la 
diviser  pour    le   triomphe    des   coteries    de  nos 
iours.  11  faut  régner  par  l'union  qui  résulte  de 
l'identité  des  intérêts.  Lorsqu'un  ministère  comp- 
tera ,  non  sur  l'opinion  publique ,  souvent  incer- 
taine, mais  sur  la  propriété  pour  point  d'appui  de 
sa  force  5  lorsqu'il  honorera  par  sa  confiance  les 
Jiommes  de  bien  amis  de  l'ordre,  qui  parleurs  for- 
tunes se  trouvent  à  la  tête  de  la  société  ;  lorsqu'il 
reconnoîtra  qu'il  existe  une  morale  qui  n'est  pas 
celle  des  tribunaux,  et  qu'il  ne  suffit  pas  de  n'être 
pas  aux  galères  pour  avoir  droit  à  son  estime;  lors- 
qu'il traitera  les  Français  comme  un  peuple  déli- 
cat ,  facile  à  conduire  par  des  sentimens  généreux , 
mais  trop  pénétrant  pour  être  abusé:  lorsque  ce 
ministère  prouvera  par  ses  choix  qu'il    cherche 
exclusivement  le  bien  général ,  et  non  son  exis- 
tence   passagère,    alors,    mais    seulement   alors, 
l'union  renaîti'a  par  une  confiance  mutuelle.  Les 
propriétaires,  aidés  par  un  gouvernement  judi- 
cieux,   reprendront  l'influence  qui  leur    appar- 
tient ;   de  bons   choix  produiront  une  Chambre 
éclairée,  qui  formera  de  bons  ministres,  et  tout 
cimentera,  pour  la   gloire   de    l'Etat,    l'alliance 
naturelle  de  la  puissance  et  de  la  propriété. 

Le  Vicomte  Emmanuel  d'Harcourt. 


DU   CHAMP-D'ASILE. 

Le  peuple  français  est,  sans  contredit,  le  plus 
spirituel  de  l'univers ,  si  l'on  entend  ici  par  esprit 
cette  promptitude  d'instinct,  cette  finesse  de  tact 
qui  saisit  d'abord  le  côté  plaisant  des  hommes  et 
des  objets,  sous  quelque  voile  qu'ils  se  déguisent. 
Et  sans  doute  que  celte  qualité  est  bien  inhérente 
H  notre  nature,  puisqu'elle  «i  résisté  au  Siècle  des 


(  i65  ) 
lumières ,  qui ,  en  se  précipitant  mr  nous  avec  so» 
ion^  cortège  de  révolutions,  d'anarchies,  d'extra- 
vagances et  de  crimes  ,  a  eft'acé  de  notre  caractère 
tant  d'autres  traits  heureux  dont  en  vain  on  cher- 
chi  voit  aujourdhui  le  souvenir. 

Comment  donc  se  init-il  que  ce  peuple  si  fin, 
si  i-ailleur,  si  spirituel,  sfut  en  même  temps  le 
plus  facile  à  mystifier?  Cr  contraste,  que  l'élour- 
dcric  Iranrnisc  n'explique  qu'à  d(Mni ,  semble  im- 
pliquer contradiction  ;  et  cependant  il  est  notoire, 
et  mille  e\enq)les  l'atl»  stent.  Ne  s'est-il  pas  avisé  , 
ce  bon  peuph-,  après  (jualorze  cents  ans  de  bon- 
heur et  de  véritable  iuflépendance,  de  se  croire 
un  beau  jour  malheureux  et  esclave  ,  sur  la  parole 
des  auteurs  de  l'Encvclojïédie  ,  dont  il  n'avoitpas 
même  lu  le  Discours  prôtiiuinairc  -*  Bientôt  aj)rès  , 
n'a-t-il  pas  imaginé  cotxjuévir  la  lilmrtc ,  en  démo- 
lissant la  Bastille  de  Paris,  pour  ériger  la  France 
entière  en  une  vaste  maison  d'arrêt?  N'a-t-il  pas 
cru  à  l'égalité  y  en  voyant  monter  en  carrosse  des 
gens  qu'il  avoit  vtis  derrière  ou  devant,  sans  pren- 
flre  gnrdc  que  d<'vant  et  derrière  il  en  montoît 
rl'autres .  par  la  raison  bien  simple  que,  tant(iu'il 
y  aura  des  carrosses,  tout  le  monde  ne  pourra  pa»; 
être  dedans?  Ne  s'est-il  pas  cru  affranchi  de  la 
milice  par  la  conscription  ,  et  de  la  dîme  par  l'im- 
pôt foncier  et  les  droits  réunis?  Que  de  mvslifica- 

tions  1 Nous  n'«j(»ulei'ons  pas  celles  de  toutes 

sortes  «pie  le  Gr  \nd  MvsTiFir.ATEL'K  par  excellence 
a  fait  subir  à  ceux  cju'il  appelait  son  jjcujilt'.  Car, 
i'il  leur  a  <lonné  du  pouvoir  pour  de  la  grandeur, 
nu  corps  législatif  ])our  une  assem})lée  délibérante, 
des  volontés  pour  des  lois,  d<'  l'insolence  pour  de 
la  dignité,  des  mensonges  poui-  de  bt  politi({ue, 
coaime  il  a  eu  l'adresse  d'envelopper  tout  cela  de 
dan  a  lis  et  de  l'ictoircs ,  il  est  assez  naturel  (jiie 
des  Français  s'y  soient  laissés  prendre. 

A  son  d(-part  ,  le  rharlat^tn  inqtérial  nous  a 
laissé  «le  nombreux  élèves-  mais  il  n'a  pu  leur 
laisser  ni   vn:tvires  ni  dan  fie)  s  uyuv  dorer  leur» 


(  i66  ) 
jpiîuleS;,  ces  mes«ieur*  ayant  toujours  trop  crain% 
les  uns  pour  s'associer  aux  auties.  Il  leur  a  donc 
fellu  une  autre  recette,  et  ils  se  sont  jetés  dans  le 
sentiment.  Ayant  avisé  que  nçcx  Français  bannis 
^toieut  passés  en  Amérique  (  bi<m  qu'ils  pussent 
/demeurer  sur  nos  frontières  comme  tous  leurs- 
caraarades  )  ,  et  que  d'autres  Franrais  avoicnt 
entrepris,  de  leur  pi.eike  volonté,  le  même 
voyage  sentimental,  dans  l'es]  oir  de  gagner  de 
l'argent  qui  ne  porleroiL  pas  l' effigie  du  Roi  de 
France^  ils  ont  bâti ,  sur  cette  fragile  base,  le 
drame  le  plus  touchant  d  i  monde,  Quand  il  s'est 
agi  de  préciser  le  lieu  de  la  scène ,  on  prétend 
qu'un  archevêque,  diplomate-guerrier,  trts-versé 
dans  la  géographie  américaine  ,  a  été  consulté,  et 
que,  s'appuyant  de  son  proverbe  favori,  a  beau 
mentir  qui  vient  de  loin.  Sa  Grandeur  a  indiqué 
les  rives  du  Texas  comme  très-convenables  sous  le 
triple  rapport  de  la  distance,  du  site  favorable  aux 
décorateurs  lithographiques ^  et  surtout  du  nom, 
qui  J'ime  tant  bien  que  mal  avec  hélas  et  soldats , 
deux  mots  obligés  dans  les  complaintes  guerrières 
qui  d-evoient  servir  de  prologue  à  la  pièce.  Tout 
ainsi  préparé,  on  a  levé  la  toile,  etleCHAMP-o' Asile 
a  apparu  sortant  du  cerveau  de  Minerve ,  tout 
peuplé  des  innombrables  victimes  de  la  Terreur 
de  181 5,  et  resplendissant  de  Gloire,  d'Héroïsme 

et  de  Persécution! Il  faut  en  convenir  ,  cette 

nouvelle  mystijication  eut  un  ^uccès  complet,  et 
nous  en  souhaiterions  un  aussi  durable  et  aussi 
lucratif  à  nos  plus  belles  comédies  politiques. 
L'argent  a  plu  de  toutes  parts.  Des  hommes  de 
plume  ou  d'épée ,  des  femmes  de  lettres  ou  d'esprit, 
des  enfans  pleins  de  raison,  des  vieillards  en  en- 
fance, de  grands  Ivccesde  petits  garçons,  et  de  pe- 
tites j.ensions  de  grandes  demoiselles,  tous  se  sont 
empressés  de  payer  leur  billet  plus  ou  moins  géné- 
.  censément.  Il  y  avoit  queue  au  bureau  (disoit-on)  • 
c'étoit  encore  pis  c^v.'à  la  faille  d'honmur.  Ou  s'est 
Ht^endri^  ou  a  a^p'sudi  j  mais,  absorbé  par  l'intérêt 


(  i67  > 
du  drame,  personne,  malgré  Vusage,  n'avoit  en- 
core soiipé  à  demander  tailleur  (i).  C'est  donc  à 
noiisdr  1«'  taire,  de  rendre  à  César  ce  quiestàCësar; 
c'est-a-dire  auï  souscripteurs  leur  argent  et  aux 
inventeujs  l'honneur  ou  la  honte  de  l'invention. 
Le  tenais  est  venu  de  jeter  un  x'egard  sérieux  der-n 
rière  ccHc  funJasma^orie  philanthropique.  Il  faut 
enfin  que  l'on  sache  que  c< 's  illustres  victimes,  dont 
les  noms  nu' mes  sont  restés  à  l'ombre  d'un  mystère 
force  y  ne  sont  que  quelques  chercheurs  de  ior- 
tunCjhicn  ignorans,  sans  doute,  du  rôle  héroïque 
qu'en  leur  lait  jouer  ici^  qu'ils  n'ont  jamais  été 
proscrits  ni  dépouillés  ,  par  la  raison  que  pour- 
jouir  de  cet  honneur,  ce  n'est  pas  tout  d'en  avoir 
bonne  cn\i<',  il  l'aut  encore  des  actes  de  conjiscti-' 
rio/i  et  de  bannissement  ;  et  l'on  seroil  bien  em- 
barrass»'  d'en  citer  un  seul;  entin,  que  s'ils  sout 
allés  arborer  un  pa>illon  auv  lives  du  Texas, 
certes,  ce  n'est  pas  le  pavillon  blanc ^  à  l'ombre 
duquel  ils  russcut  Iroxivé,  aux  champs  de  leur 
patiie  ,  un  in>i()lablt'  asilr,  si  leurs  yeux,  faits  à 
d'autres  couleurs ,  avoitnt  pu  se  fixer  enfin  iur  le 
drnjieau  sans  tacUe  ! 

'l'elssont  pourtant  les  êti'es  réels  ou  imaginaires 
sur  lescpicls  on  a  (jsé  ,  depuis  six  mois,  appeler 
l'intérêt  de  la  Fj-.incel  La  ci'ainte  raêjue  du  ri- 
dicide  ,  frein  d'oj'dinaire  si  puissant  dans  ce  pays, 
a   cédé,   poiu"  cette    fois,    aux  efforts  d'un   parti 

2UC  rien  n'arrête,  rien  n'intimide,  si  ce  n'est  le 
anger.  Il  a  fait  un  appel  aux  ]>a»sions,  et  les  vas- 
sious  stiiii  accourues  a  cette  \<*ix  connue,  entraî- 
nant avec  elles  un  grand  nombre  d'esprits  abusés, 
qui ,  iwns  s'en  douter,  ont  publiquement  contribué 
de  leur  nom  et  d«'leur  bours»'  a  accrédi  ter  l'erreur 
du  peupb- ,  lequel  ,  par  une  coiiséquence  iuévi- 

(i)  Lorsfjnr  nous  .iront  rommrnct-  ret  niitrie,-  on  n'.^voit  prt. 
enuore  annoinr  (i(ruiullrin«iit  li  ili»|)tr>ioii  (li!%  twcrUnrtet;. 
cPoutrr-iiur.  I)rpiii%  .  \v  Jnuniul  tla  Dvh.Us  «-t  la  (Jitoln/icnnr  . 
dam  pliitiriK»  .ii-li«  l.-,  lri->-[iii|iianN,  ont  pria  sur  nous  i'inilWi- 
\Wc    Jlcurcux  si  nou»  ii'avoii*  »  lcL.r  c wJer  que  cul  avant.igc 


C  i68  ) 
table  ,  a  dû  passer  de  la  compassion  pour  les  souf- 
frances des  proscrits ,  à  des  murmures  contre  le 
gouvernement  pro.vcn'^jr^j/r.  Or,  c'étoitlà  l'unique 
but,  le  i[ïvand  résultat* qu'il  imjiortoit  d'obtenir , 
quelques  mensonges  ,  quelques  démentis  qu'il  pût 
en  coûter.  C'est  ce  que  vouloit,  avant  tout,  une  fac- 
tion qui  anommé  LouisXVIzm^y/'rt/ietBuonaparte 
le  père  du  peuple.  Calomnier  semi-périodiquetnent 
l'autorité  légitime,  en  échappant  à  la  police  cor- 
rectionnelle sous  le  voile  de  l'humanité ,  tel  est  le 
coup  de  maître  que  l'on  vient  d'exécuter.  Et  c'est 
ainsi  que  le  génie  révolutionnaire  qui  empoisonne 
tout  ce  qu'il  touche,  dénaturant  jusqu'aux  vertus 
qu'il  invoque,  a  trouvé  le  secret  de  fourvoyer  la 
Pitié  elle-même  ,  et  de  couronner  trente  années 
de  scandales  par  le  plus  étonnant  de  tous  :  le 
scandale  de  la  Bienfaisance  ! 

Dieu  merci ,  les  troupes  du  roi  d'Espagne  vien- 
nent d'en  marquer  le  terme.  Le  Champ- d'Asile 
n'est  plus!  et,  dès  aujourd'hui,  des  infortunes 
trop  réelles  pourront  hériter  des  dons  offerts  à 
des  malheurs  fantastiques.  Cela  contrariera  peut- 
être  un  peu  Messieurs  àela  Minerve.  Mais  ils  sont 
philosophes  ;  ils  savent  que  tout  finit  dans  ce 
inonde.  Leurs  romances,  leurs  pamphlets, 
leurs  gravures  ont  fait  leur  temps.  D'ailleurs,  on 
assure  que  ces  mystificateurs  coramenr.oient  à  se 
lasser  des  démentis  quotidiens  que  leui"  adres- 
soient,  des  quatre  coins  delà  France,  d'honuétcs 
gens  inscrits,  à  leur  insu^  parmi  les  pères  nour- 
riciers du  Champ -d' Asile.  Et  cependant  nous  en 
savons  qui  n'ont  pas  osé  suivre  ce  courageux 
<>xemple  et  protester  contre  la  perfide  liste.  Il  y  a 
d'étranges  positions  dans  la  vie  ;  et  voici  une 
anecdote  assez  gaie  qui  démontrera  dans  quelle 
perplexité  un  souscripteur  involoiitaire  pouvoit 
être  jeté  par  la  Minerve. 

Dernièrement,  un  notaire  de  la  ville  de  *** 
aperçoit  aussi,  à  sa  grande  surprise,  son  nom 
parmi  les  souscripteurs  du  Champ 'd'Asile.  Pour 


(  »69  ) 
bien  comprendre  son  embarras  à  cette  vue,  il 
faut  savoir  comme  lui  que  sa  petite  ville  est  un 
séjour  rlomi-^otliique,  peuplé  vn  partie  de  gens 
à  préjugés ,  qui ,  de  père  en  lils,  font  lu  charitc  aux 
pauvres  de  leur  paroisse,  mais  entendent  peu  la 
mr)àcTr\e.hieiifaisauce,  et  pas  du  tout  laphiloîilhro- 
pie.  Il  faut  savoir  comme  lui  (jue  le  Champ -d Asile 
n'y  a  pas  généi'alement  fait  fortune:  que  les  uns 
Tout  sérieusement  envisagé  comme  un  prétexte 
pour  calomnier  le  gouvernement  :  d'autres  plus 
gais,  comme  \\x\c  niYStiJicatioJï  libérale  :  hvci,  sa 
première  pensée  est  qu'on  so  moquera  de  lui,  ce  qui 
est  sensible  à  tout  le  monde,  et  plus  encore  à  un 
notaire,  qui  naturellement  doit  rire  grave.  Tout 
à  coup,  une  appréhension  plus  sérieuse  s'empare 
de  lui.  Il  sort  précipitamment  :  et,  sans  rien  an- 
noncer de  son  projet,  voilà  notre  homme  courant 
de  porte  en  porte  ,  entrant  cher,  tous  ses  cliens  de 
la  ville-\>ieiilc  ,  racontant  à  chacun  sa  mésaventure  , 
protestant  partout  de  son  innocence,  et  terminant 
toujours  sa  narration  par  :  Con^'Cioz  que  cela  est 
ajj'reitx  ;  mais  que  Jiiivf  ?  Kniiii ,  comme  ,  pour  la 
vingtième  fois ,  il  i-épétoit  :  Que  faire  ?  un  client 
interrogé  s'avisa  de  lui  répondre  :  «  Eh,  parbleu! 
»  une  lettre  rie  tiois  lignes.  L«'s  journaux,  fermés  à 
'beaucoup  de  chosr-s ,  .sont  encore  ouverts  aux 
démentis  de  certaines  choses.  Ne  les  voyez-vous 
)'  pas  pleins  de  réclamations  de  gens  dans  votre 
»  position  i  Fait<-s  comme  eux  :  démeiifez  lu  .^fi- 
»  nerve ,  elle  voii'i  lancera  une  gross<'  éjiigraoïmc, 
>»  et  vous  voilà  un  titicde  plusà  lestime  publique  !i» 
Ce  fut  un  Irait  de  lumière  pour  l'honnête  notaire. 
Il  saute  au  cou  du  client,  lui  oflVant  tous  ses  con- 
seils i^ralif ,  en  remercînient  du  .sien  ,  et  court  Ir 
mettre  a  profit,  ^ial'in 'ireusenu-nt .  comme  il  Ira- 
versoil  la  villc-iiexiye ,  il  rencontre  un  client  d  une- 
autre  espèce  ,  qui  tcnoilà  la  main  un  cahier  A/eK/i- 
//•(',  ouvert  a  la  dernière  page  .  et  qui ,  du  plti<  loin 
fju'il  l'ipei-roit,  preiul  \i\\  air  rayonnant^  le  pré- 
vient d'un  sourire  approbatif,  et ,  indiquant   rln 


C  ï7«  ) 
ijci«t  le  pliilanthropiqtic  caliier,  s'écrie  avec  ex^ 
plosion  :  «  Bravo  I  mon  ami ,  bravo  !  à  la  fin  vous 
»  vo-ci  des  nôtres!...  à  labonne  heure...  cela  sap- 
«  pelle  se  prononcer...  croyez  que  3Sod»  vous  en 
V  tiendrons  comMtp...  »  Le  pauvre  notaire,  étourdi, 
interloqTië,  eourb^  le  front  sous  l'éloge  accusa- 
teur, et  s'esquive  sans  oser  l'accepter  ni  le  refuser. 
Il  rentre  chez  lui  dans  une  contusion  d'idées  inex- 
primable. Le  conseil  de  la  'viUe-xneille ,  les  ap- 
plaudissemens  de  la  inlle~iieuve  se  croisoient  , 
s'entrechoquoient  dans  son  esprit,  naturellement 
ealme  et  peu  propre  aux  combats  intérieurs.  Il 
étoit  aux  abois.  —  «  8i  je  démens,  je  perds  la 
îj  cîientelle  de  la  ville-neiwe ,  c'est  clair  5  si  je  ne 
^  démens  pas,  je  perds  la  confiance  de  la  ville^. 
y^  vieille  ^  c'est  posLîif....  Que  faire? y>  Et  c'étoit 
bien  le  cas  de  le  demander.  Par  grand  bonheur, 
ia  qixestion  fut  entendue  du  maître  clerc  ,  homme 
de  sens,  qui,  instruit  de  l'affaire,  réfléchit  un 
moment,  puis  s'exprima  ainsi  :  «  Monsieur,  les 
yi  circousîariccs  sont  graves;  mais  il  faut  sortir 
j>  d'embarras,  et  vous  ji'y  parviendrez  qu'en  prc- 
»  nant  un  parti  franc,  décisif^  car  ce  qu'il  y  a  de 
«pis  en  politique,  c'est  de  prétendre  louvoyer: 
»  il  n'y  a  pas  de  plus  sûr  moyen  de  mécontenter 
»  tout  le  monde.  Et ,  pour  ne  s'appuyer  ni  à  droite 
j»  ni  à  gauche  ,  on  finit  par  se  trouver,  comme  dit 

»  le  proverbe tout  seul   au   nu  lieu  ;   ce   qui   a 

))  mauvaise  grâce,  outi'e  que  c'est  embarrassant. 
?)  Examinons  donc.  «  Il  dit 5  et  vidant  tous  les  car- 
tons de  l'étude,  il  dépose  les  papiers  sur  le  grand 
bureau;  ceux  de  la  ville-ineille  à  sa  droite  ,  ceux 
delà  ville-neuve  à  sa  gauche,  et  ceux  des  quartiers 
mitoyens  au  milieu.  Alors  commença  l'examen. 
D'abord,  irfeuilletii  Ws  liasses  du  centre,  et  ce  fut 
chose  bientôt  terminée.  Elles  se  bornoient  à  quel- 
ques transactions  faites,  tantôt  avec  Paul  de  la 
ville-neuve ,  tantôt  avec  Pierre  de  la  ville-vieille  y_ 
et  quelquefois  avec  Pierre  et  Paul  tout  ensemble; 
^îai-:pour  de  telles  vétilles,  qu'elles  ne  convoient 


'70 
•«ntrtr  en  compte.  Los  p.tpicrs  de  droite  ëloient 
bien  autitinent  iinporlaus  ,  et  néanmoins  pen 
volumineux.  D'anciens  titres  tle  propriété,  mais 
pvesrpie  sans  mutations;  des  baux  considéraLlcs , 
mais  à  si  long  terme,  que,  de  dix  ans,  il  n'y  avoil 
pas  de  reHOUvellemens  à  espérer^  des  hôpitaux 
dotes  à  perpoluité;  de*  fonds  placc.s  à  (iiu)  jiour 
cent,  sans  acte  subsidiaire  pour  porter  rinléiét  à 
douze-  pas  un  Lillet  protesté,  j>a3  le  plus  petit 
bilan... Sous  des  dates  plus  récentes,  des  compro- 
mis pour  éviter  un  i>rocrs  de  famille;  (piebpies 
contrats  de  mariage  sans  dots  i.i  floii.iircs;  des  tes- 
tamens  où  souvent  on  no  laissoilà  l'héritier  qu'un 
nom  honorable  à  porter,  un  noble  exemple  à 
«aivre,  une  croix  de  Saint-Louis  à  conserver,  et 
une  épée  pour  la  défendre....;  l'inventaire  fut 
}»ientôt  fait.  Dans  les  pap<Masses  de  gatiche  ,  quelle 
différence  !  Quel  luxe  d'écritures  î  Des  prOj)i-i(Més 
dp  pru  de  valrur,  il  erit  vrai  ,  et  paviint  •'•  p'i.ue 
frais  cents  francs  d'impositions,  mais  que  di'  lois 
vendues  ,  achetées  ,  revendues  !  Oue  de  traités 
d'union  ,  <Ie  commerce  I  Combi<'n  de  banqueroutes 
hier»  (•ni})rouilb'es ,  bien  habiles,  bien  lucratives! 
Ensuite  ^  les  châteaux  acquis  cit/rnin/is  ;  les  fermes 
payées  en  plomb  ibndu  ,  et  les  terres  en  ferrures, 
en  places,  et  en  boiseries;  enfin  ,  les  contrats  de 
mariage  enfantant  de  bons  divorces ,  f{uî ,  à  leur 
tour,  enfantoient  de  nouveaux  contrats  de  ma- 
riape  ;  et,  par  sjiitp  ,  les  enfaus  reconnus ,  niés  . 
adoptés  ,  rejelés  pardevant  notaire  ,  et  dans 
Joutes  les  formes...;  enfin  ,  cela  n'en  iinissoit  pa*. 
—  ((  Monsieur,  il  n'y  a  pas  à  balancer,  s'écria  le 
»  nutîlre  clerc,  ébloui  de  cette  encyclojx'die  judi- 
nciairc.  yi  droitt- ,  sont  1»  s  gravides  propri^-lés 
)i  Iciucii  le.s,  j'en  c«»n\iens;  n.ais  des  propriétés 
n  immobiles  ,  stériles  pour  le  fisc  et  lis  l'huies.  j4 
nfiaucfte^  au  contraii-e,  c'est  une  soïirc  inépui- 
il.sable  d'affaires,  de  mouvement,  iin«  >éntable 
n  manulacture  de  pnjjjer  liMil)ré.  Vo;is  ne  potivrz. 
>  hésiter,  il  faut  fnirtilcsaci iticede ift7*i/A;-^'t'-i<'V 


(  '7^  ; 
»  etaccepterraiiTtiône  que  la  Miner  \>e  vous  prête.  » 
-^  Le  notaire,  vaincu  par  Fimpérieuse  nécessité 
et  céaant  à  l'argument  irrésistible,  empocha  philo- 
sophiquement le  diplôme  de  Libéral -/fèera/,  et 
se  contenta  de  dire  â  i>oix  basse ,  avec  un  profond 
soupir  :  «  Il  est  pourtant  bien  douloureux  de  re- 
»  noncer  à  une  partie  de  ses  cliens,  parce  qu'il  a 
»  plu  à  la.  Minerve  de  mystifier  le  public  !....  Ah  ! 
»  si  du  moins  elle  avoit  excepté  les  notaires!  » 

Le  Comte  O'Mahonx. 


Paris ,  le  27  janvier  1819. 

Deux  projets  de  loi  ont  été  présentés  aux 
Chambres.  L'on  a  signalé  ce  qu'ils  nous  pa- 
roissoient  avoir  d'inconstitutionnel  ;  Ton  a  in- 
diqué lin  moyen  facile  de  faire  concorder  avec 
la  Charte  le  projet  de  loi  relatif  à  l'année  finan- 
cière. Nous  aimons  à  croire  que  nos  législateui's 
sentiront  le  danger  qu'il  v  auroit  de  déroger  à  la 
Charte  dans  ce  qu'il  v  a  de  plus  direct  dans  les 
franchises  qu'elle  nous  accorde,  le  vote  de  l'impôt. 
C'est  là  qu'est  la  véritable  garantie  de  la  France 
contre  l'arbitraire  ou  le  despotisme  ministériel. 
Cette  barri»" re  une  fois  ébranlée  ,  il  ne  pourroit  y 
avoir,  d'après  un  si  funeste  exemple ,  que  craintes 
pour  l'avenir  :  tous  les  inconvéniens  de  deux  ses- 
sions, plus  ou  moins  rapprochées  l'une  de  l'autre, 
ne  sont  rien  eu  comparaison  de  l'atteinte  qui  se- 
roit  portée  à  la  Charte^  et  l'ordonnance  du  o  sep- 
tembre, si  souvent  invoquée,  ne  perdra  pas ,  je 
suppose,  de  sa  valeur,  le  jour  où  l'application 
devra  en  être  laite  au  plus  précieux  de  nos  droits. 
A  voir  l'inaction  dans  laquelle  le  ministère  laisse 
les  Chambres  depuis  quelques  jours,  on  pourroit 
supposer  qu'il  attend  le  résultat  des  élections  qui 
doivent  avoir  lieu  dans  les  départemens  où  il 
l'esté  encore  des  députés  à  nommer,  pour  savoir 
<^ans  quel  sens  il  doit  présenter  les  pi-ojets  de  loi 


(  173  ) 
depuis  si  loiif^-tcinps  attendus,  relatifs  à  la  presse, 
au  régime  déparlcmeutal  et  municipal ,  à  l'ins- 
truction puUique,  à  la  responsabilité  ministé- 
rielle elr.  Si  cette  hvpûthèse  avoit  «pielf|iic  fon- 
dement, Ir  ministère  scrolt  réellement  à  plaindre  ; 
car  c'est  une  triste  chose,  pour  d<s  hommes  appe- 
lés à  gouverner,  que  de  niarcher  ainsi  sans  plan, 
et  de  vivre  au  jour  le  jour.  Le  propre  des  hommes 
d'F.tat  est  d'avoir  au  contraire  un  système  positif, 
d'aller  au-devant  d«'s  difficultés  ,  de  les  prévenir, 
au  lieu  d'être  réduit  à  les  résoudre,  et  d'inspirer 
au  moins ,  par  la  fixité  de  leurs  projets  ,  une  con- 
fiance politique,  lors  même  qu'il  ne  leur  seroit 
pas  donné  de  prétendre  à  cette  bienveillance  qui 
est  toujours  d'un  j^rand  secours  dans  l'opinion. 
Un  certain  parti  doit  toutefois  se  réjouir  de  ce 
qu'il  y  a  de  clair  jusqu'ici  dans  la  conduite  du 
ministère  :  les  destitutions  de  royalistes  se  multi- 
plient chaque  jour.  A  celles  que  nous  avions  déjà 
annoncées,  on  tloit  ajouter  aujourd'hui  l'exclu- 
sion de  plusieurs  conseillers  d  V^tat  dans  la  nou- 
velle organisation.  Dans  le  nombre  se  trouve 
M.  de  Blaire,  ancien  magistrat,  dont  la  révolu- 
tion a  englouti  toute  la  Ibrlune  :  recouimandablo 
par  sa  probité  et  ses  talens,  l'habitude  du  travail , 
un  esprit  pr(q)re  aux  affaires  le  rendoient  d'une 
grande  utilité  <lans  les  fonctions  qui  lui  avoieiit  été 
confiées;  M.  Dejuporte-Lalanue  est  Irère  et  digne 
frère  del'intenflanl  de  la  liste  civile  de  Louis  \  V  1, 
qui  péril  victime  de  sou  dé>ouement  pour  le  Itoi 
ù  une  épotjuc  où  lonuueneoient  à  iructifirr  les 

Srinci|)es  dont  les  révolutioiniaires  se  font  aujour-^ 
'hui  les  plus  ardens  panégyristes. 
M.  de  .Slalcor,  ancien  membre  du  Parlement^ 
avoit  suivi  le  Roi  dans  suu  exil,  et  Sa  Majesté, 
mainte  fois,  rHppeÎH  à  sfs  conseils.  .M.  le  vicomte 
l'abarié  est  roval<  ment  connu  par  sa  conduite  uux 
cent-)ours,  «t  p;»r  les  services  qu'il  n'a  t(  ssé  de 
îendre  depuis  dans  l'adininistralion  d<.-  la  gueire. 
:^l    de  Lubouillcrie  étoit  ditliu^uc  ,  dans  U  partie 


(  '74  ) 
des  finances,  par  son  intégrité,  ses  lumières,  et 
sou  attachement  à  la  cause  royale-  mais  ,  ainsi  que 
M.  dehonguève,  maître  des  requêtes,  il  faiscit 
Bialheureusement  partie  de  la  majorité  de  la 
Chambre  de  i8i 5, 

On  annonce  aussi  la  destitution  de  M.  d'Indy, 
préfet  de  l'Ardèche  ,  et  de  M.  de  Brcteuil ,  préfet 
d'Eure  et  Loir.  Certes,  je  ne  pense  pas  que  l'on 
puisse  nous  parler  davantage  aujourd'hui  du  sys- 
tème de  fusion,  si  souvent  invoqué  en  i8i5.  Il 
n'y  A  plus  qu'exclusion  pour  les  royalistes;  et, 
pour  peu  que  cela  dure  ou  aura  hientôt  fait  mai- 
son nette.  Si  lamonarcliie  peut  aller  comme  cela, 
les  royalistes  ne  se  plaindront  pa«;  mais  si  ce  mode 
fait  souffrir  la  monarchie,  en  assumant  sur  lui  une 
bien  grande  responsabilité,  le  ministère  fait,  à  ce 
qu'il  me  semble,  plus  de  mal  à  son  propre  sys- 
tème que  n'auroit  pu  lui  en  causer  la  prétendue 
exagération  royaliste  la  plus  étendue  ;  et  il  doune 
âson  successeur  une  leçon  bien  anti-libérale.  En 
faisant  un  rapprochement  des  royalistes  que  l'on 
<floigne  et  des  hommes  que  l'on  rappelle  ;  des  doc- 
trines que  l'on  propage  et  des  souvenirs  du  passé , 
on  peut  sans  être  bien  timide,  envisager  avec 
peine  l'avenir.  Les  progrès  que  nous  faisons 
vers  la  démocratie  sont  rapides  :  naguère  encore 
on  crut  nécessaire  ,  pour  attaquer  les  royalistes  j 
de  se  couvrir  de  l'apparence  d'une  sage  modé- 
ration, et  d'appuyer  ce  système  d'une  désigna- 
tion qui  eût  à  là  fois  une  couleur  exagérée  et 
un  côté  ridicule.  Pour  ne  pas  avoir  la  latigue 
d'inventer,  on  eut  recours  à  l'esprit  de  M.  Fou- 
ché  de  i>antes  ;  on  se  servit  du  mût  d'ultra. 
Aujourd'hui,  les  ménagemens  ne  sont  plus  de 
saison ,  et  les  révolutionnaires  n'ont  plus  besoiu 
de  cette  tactique.  Ils  attaquent  ouvertement  les 
hommes  monarchiques,  et,  soit  dit  en  passan, 
il  est  assez  ctonnaat  que  ce  soit  v.ettc  espèce 
d'hommes  que  l'on  trouve  déplaces  dins  une  rao- 
narchie.  Leur  immobilité  ^   c'cst-a-dire,  laçons- 


V  ^7^'  ) 

tance  de  leurs  opinions,  vst  une  chose  qtii  chofjue 
et  qui  attire  le  courroux;  ils  neniiirclient  pasa\ec 
le  siècle.  11  y  a  ici  une  petite  observation  à  faire 
aux  liomincs  qui  portent  la  ]»arole  au  nom  du 
siècle  ■•  c'est  qur  la  religion,  la  morale  ,  et  le  véri- 
table lionueur  sont  de  tous  les  siècles.  La  cons- 
cience de  l'iioinme  est  leur  ouvrage;  et  les  prin- 
cipes ijue  dicte  la  conscience  sont  iiivariables.  Ils 
ft«r  se  modifient  ni  par  l«s  temps,  ni  par  les  cir- 
constances, ni  j)ar  les  intérêts;  la  vertu  est  une 
cliose  réelle;  elle  acquiert  plus  de  lustre  encore 
ijuaud  elle  se  manliestc  au  milieu  de  la  corruption  ; 
et  la  fidélité  et  l'amciur  de  la  justice  sont  surtout 
recomniandables  alors  qu'ils  ont  le  mérite  de  la 
i)ersécution ,  et  tpi  ils  sont  frappés  de  l'anathéme 
du  vice.  Or,  comme  les  hommes  monarchiques 
prennent  leurs  opinions  dans  leurs  consciences, 
ces  opinions  doivent  être  fixes  ;  et  le  siècle  ,  dTit-il 
les  renier,  ils  rcsteroient  les  mêmes.  Mais  à  Dieu  ne 

{ilaiseque  l'on  puisse  supposer  que  la  France  renie 
es  lioinm<'s  uiouarchiques  ;  et  la  fureur  avec  la- 
quel  !«•  cirtiTius  pamphlets  cherchent  à  les  d<'cri«r, 
est  bien  plutôt  la  preuve  de  la  iorce  de  l'opinion 
monarchi<pic  que  celle  <ie  la  colère  du  siècle.  Ou 
n'attaque  que  ce  que  l'on  craint,  et  les  révolu- 
tionnait es  Savent  cela  tout  aussi  bien  que  nous. 

dette  vérité,  qui  nous  paroît  incontestable,  non» 
prouve  le  bien  qne  fait  ie  Consvrvateur  ^  aussi  est- 
il  tn  ]>roie  aux  attaqiies  ,  (»;raudes  etpelitei.  Taudi» 
f^ue  tes  artilleries  ministérielles  et  libérales  ie  fou* 
«lroi«'nt  a  qui  mieux  mieux  ,  ne  voilà-t-il  j>as  qu  il 
se  voit  poursuivi  jusque  dans  J'impiiiu<'rie  d« 
M.  le  IVonuant.  La  dejniéi-e  livraison  ii\T)it  ap- 
paremmeut  causé  plus  d'émoi  que  de  coutum» 
(elle  ofTroit  il  Mt  vrai  de  douloui*(>uv  rapproche-» 
niens)  ;  ausii  je  courroux  a-t-il  été  en  p'opoitiou. 
Au  moiiu-iit  ou  l'on  broclioit  les  Hm aidons  poul- 
ies ronfictionner,  pendant  que  le<  poil«urs  al- 
teuduient  pour  la  poste  ,  ou  «'est  tout  a  coup 
.■^pnna  de  la  disparu  lion  d'un  gracid  uuuibre  dt 


C  176  ) 
feuilles.  Fn  vam  a-t-on  cherché  à  eu  découvrir 
la  cause  5  loug-tcmps  les  recherches  ont  été  inu- 
tiles: ce  n'est  qu'à  la  longue  que  l'on  a  découvert 
dans  le  nombre  des  plieuses,  une  jeune  tille 
(étoit-elle  ministérielle?  étoit  -  elle  indépen- 
dante ?  )  qui  avoit  libéralement  déchiré  à  peu 
près  trois  mille  feuilles.  Prise  sur  le  lait,  elle  n'a 
pu  nierj  mais,  ferme  dans  sou  attitude,  résolue 
comme  un  enfant  du  siècle,  la  jeune  fille  n'a  point 
voulu  convenir  du  motif  qui  l'avoit  portée  à  cet  acte 
de  libéralisme  sur  la  propriété  de  M.  le  INormant  j 
et,  conduite  à  la  ])olice  ,  elle  n'a  renoncé  à  un  sys- 
tème de  dénégation  complet  que  pour  dire  :  Je  ne 
veux  pas  nommer.  Ce  petit  moyen,  réuni  à  l'inexac- 
titude des  postes  ,  à  laquelle  nous  ne  pouvons  rien, 
aura  retardé  la  réception  du  Consen^ateur  pour 
quelques  abonnés  ;  mais  cela  n'empêchera  pas 
qu'il  ne  parvienne,  qu'il  ne  dise  toutes  les  vérités 
utiles,  qu'il  ne  signale  tous  les  dangers.  Il  faut 
que  chacun  en  prenne  son  parti  :  tout  ce  qui 
paroîtra  bien  au  Consen^ateu?',  il  le  louera  5  tout 
ce  qui  lui  paroîtra  mal ,  il  le  dénoncera  à  l'opi- 
nion de  la  France;  il  parlera  sans  crainte  comme 
sans  aigi'eur  :  ministériels ,  révolutionnaires,  cha- 
cun doit  s'attendre  à  la  vérité  ,  quelque  pénible 
qu'elle  puisse  lui  paroître  ,  et  il  n'est  pas  de  con- 
sidération capable  de  modifier  ce  principe.  Aux 
diflerens  recueils  que  nous  avons  déjà  annoncés,  et 
qui  soutiennent  les  mêmes  doctrines  que  iious, 
nous  devons  ajouter  le  Drapeau  blanc,  rédigé  par 
M.  JVlartainville.  Il  ne  nous  appartient  pas  de  louer 
le  talent  de  quelqu'un  qui  a  travaillé  dans  le  Con- 
serwateur ;  mais  qu'on  lise  le  Drapeau  blanc  ,  on 
V  verra  que  la  cause  royale  y  est  soutenue  avec 
chaleur  et  vérité.  Plusieurs  départeinens  offrent 
encore  des  recueils  aussi  iutéressansparla  manière 
dont  ils  sont  écrits  ,  que  par  les  principes  tjuils 
professent.  La  Huche  d' Aquitaine  ,  qui  s'imprime 
a  Bordeaux,  est  également  remarquable  sous  ces 
deux  rapports  j   aiis«i  a-t-elle  sa  part  d'animad- 


{  ^::  ) 

version  dans  les  ccinls  iJvolutioTinaiie.s.  C'est  tout 
simple  :  /es  ':^iépes  de  181Ô  bourdonnent ,  dit-on  , 
aiUoiir  d'elles.  Il  y  a  loin  du  bourdonjieincut  de 
l'iiiîecU;  au  rugis-CiUeut  de  la  bcl«;  icroce  5  et  nous 
stîrious  bien  hcurcu>:  si  les  li^re;>d(.'  l'J'ji-S  n'avoiont 
iart  que  rugir.  Mais  que  la  Ruche  laisse  parler, 
elie  n'en  fera  pas  moins  de  bien;  car  on  sent  plus 
(jue  j  iiuai>  \e  besoin  de  la  prf»|rHi>;alîon  des  saines 
doctrines,  et  l'oj>iniou  iu\ali.slc  g;»-;ne  chaque 
j'>ur,  en  raison  de  ce  ([ue  perdent  dautrcs  opi- 
uion>5  lors^relies  se  modiiient,  non  d'après  les 
intérêts  du  siècle,  mais  d'après  des  intérêts  uioms 
généraux.  M.  C. 

DE  LA  CORRESPO^DA]SCE  PRIVÉE. 

Ln  f-r«.nd  empereur  disoit  :  Be\,*i>i.i  ce  que  tu  as 
vu  ,  si  tu  l'cux  ix'i'ivre.  On  peut  dire  avec  autant 
d»'  \ttrilé  :  Jicdis  ce  qvip  tu' as  dit  ,  si  tu  veux  pei'" 
suadcr.  r^ous  avons  plusieurs  lois  parlé  d*'  la 
Correspondance  priy^te y  mais  il  ne  faut  pas  nous 
lasser  de  dènonccï*  au  public  ce  manilrstc  que 
des  mauvais  Eranr-ai.s  publient  d.nis  les  journauri 
unifiais,  contre  leurs  compatiiolrs  rt  leur  pa\s. 
Cette  Corresj)on<lance  yriy^t'e,  nous  le  repétons, 
a  sa  source  daus  des  langs  élevés.  Elle  a  pour 
but  de'  tromper  l'Europe  sur  notre  véritable 
position,  et  de  ivpaudre  hors  de  Erimce  des 
nituson^cs  qu'«*ll«;  n  osfioil  pus  ptjblicr  ici.  Sou» 
un  s«-iil  rappoit  ,  e!lt  <'st  assez,  curieuse  :  cib;  l'rtit 
coi'uioîlre  «1  avance  les  proielji  de  nos  niinisti'cs. 
Doit-il  y  a\oir  des  deslituticmf ,  va-t-on  i-cmpia- 
cer  d*'.i  l•(t^•.'l listes  par  des  lioinmes  des  cent-jours  ? 
auâfiilAl  la  Correspondance  calouiuie  les  adminis-* 
trateurs  «pi'on  ren>oie,  et  l";iit  l'ebii^c  de  ceux 
qu'on  appelle  ;  elle  tache  d  amortir  ainsi  l'elîet  fie 
ces  hiesaros,  cherche  à  endormir  les  bons  esprits ^ 
et  péseiUe  cOramt*  dei  laits  isolés,  de«  «lèplao - 
mens  qui  ne  sont  (jue  raccumpliss^-inent  d'un 
ToMt  n.  —  17'  LivM\i»o>t.  ,ia 


(  i;8  ) 

syslèmc  génrral.  M.  Pilt  disoîL  que  la  Conveùtiûn 
mcttoit  SCS  Hottes  sous  la  protection  des  tempêtes  : 
le  svslème  que  soutient  la  Corresporitlatice  pri- 
vée,  veut  mettre  rEuro])e  sous  la  prolecliou  de 
la  révolution. 

ZVous  allons,  pour  la  première  fois,  traduire 
nne  lettre  de  la  Correspondance  privée  :  nous  la 
prenons  dans /e  limes  à\x  i5  janvier:  elle  a  été 
répétée  dans  le  Courrier  du  même  jour.  Nous  n'y 
i'erons  que  les  retrancliemens  qui  nous  sont  com- 
mandés par  des  bienséances  impérieuses.  INous 
ferons  ensuite  le  commentaire  du  texte. 

VExfrait  du  Times,    du  1 5  janvier . 

Paris  ,  1 1  janvier. 
«  Après  les  gi'ands  événcmens  ,  on  en  connoîl 
peu  à  peu  la  cause.  Tout  ce  que  j'ai  appris  sur  le 
demie*"  cliangemcnt  de  ministère  ,  prouve  que  Ife 
duc  de  Richelieu  a  résigné  la  présidence  de  notre 
ministère  de  la  manière  la  plus  spontanée,  d'après 
\cs  plus  milres  l'éflexions  ,  et  avec  la.  détermination 
la  plus  fixe  de  ne  plus  accepter  ce  poste  élevé  , 
quelque  pressé  qu'il  en  pût  être.  Il  a  cédé  uni» 
quement  au  sentiment  de  son  inhabileté  pour  la 
direction  des  affaires  (i).  ]Non  ,  certes  ,  à  défaut 
de  talent  ,  mais  parce  qu'il  a  voit  été  précipité 
dans  une  fausse  ronte  ,  par  les  faux  renseionemens 
qu  il  avoit  été  induit  à  écouter  depuis  son  retour 
d'Aix-la-Chapelle.  Il  n'a  pas  épargné  les  re* 
proches  à  quelques-uns  de  ses  correspondans  et  de 
ses  conseillers  ,  qui  ont  abusé-de  son  inexpérience- 
pratique  de  notre  situation  intérieure  (2)  ,  pour 
lui  inspirer  des  alarmes  exagérées  :  il  a  même, 
dit-o)i  ,    adressé    noblement    cette  déclaration  à 


(i)  Yielded  only  lo  the  feeliiig  of  his  inability  lo  direct 
aîfairs. 

(2)  NVlio  had  abused  liis  practlcal  inexpérience  of  oiir  inter- 
pal  situation. 


(  '79  ) 

l'Empereur  de  Kiissie  ,  pour  le  nicHre  sur  scâ 
gardes  coulre  les  sugejeslious  Iromjx'uses  que  l'on 
poui'roit  faire  parvenir  ju.s(jti'ù  Pélersbourg. 

»  Le  comte  de  JNesselrode,  qui  étoit  à  Paris 
a>ec  M.  Po7.7,o  di  Borgo ,  <'l  ([ui  a  ol)servé  avec 
lui  tout  ce  qui  s'vst  passé,  a  j)U  inlorruer  l'Empe- 
reur_,  son  maître,  de  toute  la  suil<*  de  cette 
aifaire  (  c  ).  Il.s  doivent  avoir  été  hi(ti\  convaincus  , 
])ar  l'cvideuce  de  leur  propre  sens  ,  qu'il  ctoit 
impossible  de  réaliser  les  chimères  que  l'ambi- 
lion  désespérée  des  ultra  proclamoit  dans  toute 
l'Europe. 

»  M.  Pozzo-di-Borgo  ,  au  yAw^  loi-t  de  la  crise, 
a  oblejui  une  audience  du  Boi.  Si  des  i-apjjorts 
fondés  sur  l'autorité  la  moins  douteuse  (ji)  doivent 
être  crus  ,  il  comnienra  par  (juelques  insinua- 
lions  sur  la  démission  n  )n  encore  divulguée  du 
duc  de  Kicbelii'u  ,  l(»rs(ju(^  S.  M.  ,  qui  parlici- 
poil  auv  ret^rets  que  lui  <'xprinioit  M.  l'ozzo  , 
Noidul  bien  lui  communitjuei-  un(;  lettre  de  M.  le 
duc  de  Richelieu  lui-méuie  ,  contenant  la  décla- 
ration que,  ni  les  ordi-es  Inrmr-ls  de  son  souve- 
rain ,  ui  les  vœux  de  toute  l'I^urope,  ne  le  décide- 
l'oienl  à  reprendre  uji  l'ardeau  sous  lequel  il  se 
sentuil  lui  -  même  prêt  à  succomber  (.>).  L'au- 
dience fut  ainsi  abî"<'»gée ,  et  demeura  sans  objet. 
»  Le  comt«;  de  iVesselrode  a  eu  également, 
avant  son  départ  ,  des  conierences  avec  certains 
d(*  nos  ministr's  :  il  paroit  »>()ir  applaudi,  ainsi 
que'  votre  ambassadeur  ,  au  choix  du  inaripiis  Dt-s- 
solle.  J/un  vi  l'autre  l'ont  connu  avant  sa  pre-, 
srnle  é|é\ali()n,  qui  ne  surprendra  pas  ceux  qui 
sont  iustruiLs  d<*s  evénemens  précedens  de  s.wvie, 
et  (pii   sont  cqctbles  d'apprécier  sa  juste  réputa- 


(i)  Of  ihfi  Wliolc  srri«'i  of  Iransariions. 
(a)    (Jii  llic  Mn»t  iui|ucblioiMb.tt  aiiUiurily. 
P)  Undcr  Nvliicli  lie  l-li  liinucl  reatJy  lo  tink. 


(   «So  ) 
tion  tic  talens  ,  de  caractère  et  de  fermeté  dans  les 
circonstances  les  plus  difficiles. 

»  Le  comte  de  iNesselrode  ,  en  particulier ,  con- 
noît  la  g^rande  estime  que  protesse  l'Empereur 
sou  maître  envers  notre  premier  ministre  ,  par- 
ticulièrement pour  SCS  principes  politiques,  que 
TEmpereur  Aleii^andre  a  eu  reccasion  d'appré- 
cier dans  plusieurs  conversations  confidentielles 
que  S.  M.  aime  à  provoquer  parce  qu'elle  est 
sûre  d'y  exceller. 

»  Quel  rare  Lonheur  produit  par  cette  chance 
inespérée  qui  a  appelé  à  la  tête  de  nos  affaires  , 
un  homme  également  estimé  en  Anelcterre  e  t  en 
Russie  ,  et  qui  est  digne  de  cette  estime  par  le 
double  mérite  d'une  impartialité  à  la  fois  poli- 
tique et  française  (i)  ! 

»  Nous  trouvons  une  nouvelle  preuve  de  cette 
estime  générale   dans   le   ton   de  la  plus  grande 

f>artie  de  vos  journaux  ,  et  dans  les  innombrables 
ettres  particulières  de  votre  pays  ,  dont  plusieurs 
sont  éci'ites  par  les  personnes  les  plus  distinguées 
parmi  vous.  INotre  tranquillité  intérieure  et  la 
paix  générale  ne  peuvent  que  gagner  à  ces  senti- 
mens  bienvcillans  et  à  l'estime  mutuelle  qui  est 
exprimée  par  les  organes  des  trois  plus  puissantes 
nations  de  l'Europe"  (2).  Qui ,  après  cela  ,  peut 
exciter  la  moindre  discordance  ,  ou  élever  la 
m.oindre  plainte  comme  sembleroit  lindiquer  un 
de  vos  correspondan.'^ ,  certainement  mal  "informé 
sur  ce  point?  S'il  s'élevoit  de  telles  plaintes  ,  elles 
ne  pouri'oient  résulter  que  des  calculs  intéressé* 
'de  quelques  prétentions  personnelles. 

a  ÎNe  croyez  pas  qu'il  ait  été  sérieusement 
question  du  prince  de  Talleyrand  dans  nos  combi- 


(i)  By  the  double  merlt  of  an  impailialify  at  once  polilical 
and  Frencli. 

^  (2)   Ry  the  organe  of  llie  three   most  powerful  nations  in 
Eui<  pe. 


nai.sons  ministérielles  ,   pei-sonne  tie  pense  à  lui. 


On  a  répandu  le  bruit  que  l'arrangement  de  notre 
cabinet  n  éloit  pas  conclu  ,  et  que  le  duc  d'Al- 
berfr  revenoit  de  Turin  pour  en  faire  partie*, 
quoicfue ,  dans  la  réalité  ,  cet  ambassadeur  ne  re- 
\ienne  qu'en  conséquence  d'un  congé  obtenu 
depuis  long-icnips  ,  et  sans  oncun  rapport  aux 
circonstances  actuelles  :  tout  ce  (jn'on  écrit  de 
contraire  est  une  pure  invention. 

»  ^  ous  êtes  peut-être  impatient  de  connoît  re 
l'opinion  de  nos  ullra  sur  notre  révolution  minis- 
térielle. Au  tond  ,  ils  n'aiment  ni  M.  de  Riche- 
lieu ,  ui  .M.  .Mole,  ni  même  I\I.  Laine  ,  auquel  ils 
ne  pourront  jamais  pardonner  à  cause  de  la  loi 
des  élections  ,  dont  il  a  été  le  plus  éloquent  dé- 
fenseur^ mais  ils  llaltoient  dernièrement  ces  trois 
ministres  dans  la  vue  de  les  détruire  (l).  Main- 
tenant ,  ils  montrent  fort  peu  d'intérêt  pour  ces 
anciens  ministres  ,  et  même  ils  les  accusent  de 
n'avoir  pas  eu  le  courage  de  marcher  dans  le  pé- 
rilleux sentier  où  ils  avoicnt  souffert  qu'on  les 
engageât,  /x*  Conservateur  ne  leur  accorde 
jias  le  moindre  regret ,  mais  il  lance  ses  foudres 
contiT  le  maréchal  (>OMvion-Snint-Cvr  <'t  le 
baron  Louis  ,  dont  il  eonuoil  l'intime  union,  et 
il  garde  le  silence  sur  leurs  collègues  dont  il  ne 
pvononc<'  pas  même  le  nom  :  petit  artifice  qui  ne 
j>eut  pas  produire  un  long  effet  ,  et  dont  la  seul»* 
vue  est  df  jeter  sïir  ics  .iiilrts  ministres  un  soup- 
çon qui  pourroit  iiHjuiélrr  les  libéjanx  ;  mais  re 
piège  est  trf)p  grossier  ,  et  personne  ne  s'y  prendra. 

»  Les  projets  de  loi  que  l'on  propose  dans  ce 
moment ,  et  les  changemens  qui  vont  avoir  lieu 
paimii  les  gens  en  ])lace  ,  fourniront  une  prompte 

(i)    In  ordcr  lo  «'cstrcv   lliriii. 


(  i82  ) 
réponse  à  ces  insinuations  ,  et  porteront  les  lûlra 
à  donner  un'"  pleine  carrière  à  cette  furie  que 
les  plus  politiques  cl'entr'eux  recommandent  de 
tenir  confinée  dans  les  salons  jusqu'à  nouvel 
ordre. 

))  Le  ministère  est  unanime  dans  le  sentiment 
que  le  premier  movcn  de  fortifier  son  aiitorité 
est  dans  l'obéissance  de  ses  agens  ,  et  dons  Tiden- 
tité  de  leurs  vues  avec  les  siennes.  Ainsi  il  est  ré- 
solu à  destituer  les  fonctionnaires  qui  manquent 
de  volonté  ou  d'habileté  pour  exécuter  les  ordres 
qu'ils  reçoivent;  et  il  y  en  a  beaucoup'' de  cette 
sorte.  Trois  préfets  ont  déjà  été  changés ,  ceux  de 
la  A  endée  ,  des  côtes  du  ]Nord  et  de  la  ^  ienne. 
jM.  Rognât ,  frère  du  général  de  ce  nom  ,  va  à 
Bourbon  -  Vendée  ,  quoique  cet  administrateur 
fût  préfet  durant  le. voyage  de  Gand  (i) 

»  Des  exclusions  de  cette  espèce  cesseront  lorsque 
tous  les  partis  montreront  le  même  désir  de  se 
rallier  autour  du  trône  pour  l'intérêt  général,  et 
qu'ils  manifesteront  l'oubli  du  passé  pour  garan- 
tir l'harmonie  du  présent. 

»  Il  est  question  de  rapporter  l'ordonnance  qui 
exclut  sans  formalité  de  la  Chambi'e  des  Pairs 
plusieurs  membres  que  le  Koi  y  a  voit  nommés 
pour  leur  vie.  Cela  garantira  l'existence  de  tout 
le  reste,  et  montrera  par  un  nouvel  exemple  que 
le  Roi  n'a  jamais  rien  promis  en  vain  ,  comme 
S.  M.  se  plaît  à  le  répéter  souvent,  m 

Reprenons  en  détail  cette  misérable  lettre  : 
Apres  les  grands  èvènemens  on  connaît  peu  à 
peu  leur  cause.  Tout  ce  que  j'ai  appris  sur  le  der- 
nier changement  du  ministère ,  prouve  que  le  duc 
de  Hichelieu  a  résigné  la  présidence  de  notre  min 
ni  store  de  la  manière  la  plus  spontanée  ,  d'après 
les  plus  mûres  7'é/lexions  ,  et  avec  la  détermiïia- 

fi)  Durins;  tlie  journey  lo  Ghenl. 


(  i83  ) 
tion  la  plusji.re  de  ne  plus  accepta  ce  poste  clevë , 
ffuelquc  presse  qu'il  en  put  être,  fl  a  cédé  unique- 
ment  au  sentiment  de  son  inhabileté  pour  lu  direc- 
tion des  affaires  ,    etc. 

Il  l'sl  tlifllcile  de  renicvmrv  dans  quelque  chose 
de  plus  vague,  un  plus  grand  iiomUn*  tVc  tausselés. 
On  va  voir,  parle  seul  ordre  des  dates  et  des  faits, 
si  la  rtiraite  de  ^I.  de  Kiclielieu  a  été  l'eflet  d'unLi 
résolution  spontanée  ,  ou  s'il  a  succtiuibé  aux  in- 
trigues de  ceuxf[ui  vouloieut  perpétuerlesyslènio 
dont  la  France  est  la  victime. 

Dès  le  I  -i  de  novembre  dernier,  avant  que  M.  le 
duc  de  Richelieu  lut  arrivé  d' Aiv-la-(^liapell<' ,  on 
comnicnra  à  taire  sonder  les  députés  de  la  minorité 
de  droite,  sur  leurs  dispositions  relativement  à  la 
loi  des  élections  ,  à  la  censure  et  même  à  la  liberté 
individuelle.  Ils  déclarèrent  qu'ils  désiroient  le 
changement  de  la  loi  des  'élections,  et  le  maintien 
<Ic  toutes  |(>s  libertés  constilulionuelles. 

i>e  i^  et  le  iH  du  même  mois,  dc^  négociations 
<>'ouvrircnl  entre  1rs  minorités  rovalisles  et  les 
royalistes  ministériels.  Le  aj  et  le  -itS  on  recul  des 
communications  plus  décisives.  Des  amis  de  queU 
tfiies  ministres  annoncèrent  que  ces  minisfreH 
éloient  disposés  à  j)roposer  le  changement  de  la 
loi  des  élections,  et  que  dans  ce  cas  les  ministres 
oj)posés  s<;  retireroieiit. 

Le  *2Îi  ,  le  président  du  conseil  arriva  à  l'aris.  Le 
bruit  courut  (|ue  ^L  le  ministre  de  l'intérieur  avoit 
oflerl  sa  démission. 

Le  •».(),  ch.ugeujent  d<;  scène  :  le  ministère  pa- 
roissoil  résolu  a  maiulrnir  la  loi  «les  élections  <,'t  à 
demnijder  M'ulement  le  re»ioiiv«'llemenl  intégral, 
projet  cpie  repoussoient  toutes  les  opiuious  des 
Chambres. 

L<*  I  •'  et  le  •>.  décenïbre,  des  mnliilions  de  uii- 
liistére  seinbb  rent  mettiT  d  ae»<ir<l  tous  les  n»i- 
uislics. 

Le  j  il  sursiiit  un   accident  :  on  parla  de  la  r'- . 


iraifp  cl  im  ministre  en  faveur.  Les  rovalistcs  en 
fureuf  informes. 

Le  6,  projet  de  ministère ,  qui  ne  réussit  pas  par 
l'opposition  d'un  ministre. 

Les  deux  minorités  royalistes  aclievèrent  de  se 
réunir  le  12,  et  montrèrent  le  i  ,^ ,  îe  J  4  ^t  le  1 5  , 
qu'elles  formoient,  par  celte  réunion,  une  majo- 
rité incontestable.  INlais  le  16,  une  démarche  qui 
ne  signitioit  rien  en  elle-même  (une  visite  de  M .  le 
duc  de  Richelieu  à  M.  le  comte  Decazes),  di^isa 
tin  moment  les  royalistes  ministériels,  et  rendit  la 
majorité  douteuse.  Ou  rentra  dans  les  anciennes 
perplexités. 

Le  J9,  on  reprit  1  idée  d'un  ministère  décidé  à 
proposer  le  changement  de  i«i  loi  des  élections. 

il  paroîtroit  que  ?d:M.  de  Richelieu,  Laine  et 
jMolé  offrirent  leur  démission  le  lundi  21  :  ces 
démissions  n'ayant  pas  ité,  <!it-ou,  acceptées,  on 
assure  qu'un  de  ces  trois  ministres  voulut  exiger 
des  deux  autres  qu'ils  ne  resteroient  au  ministère, 
qu'autant  que  fsl.  le  comte  Decazes  seroit  e'ioigué 
et  partlroit  pour  l'ainoassade  de  Pétershourg.  Ou 
io^nore  jusqu'où  ceite  mesure  a  été  poussée;  mais 
on  tient  pour  certain  que  M.  le  comte  Decazes 
travailla  sérieusement  à  sou  dépait. 

ISI.le  comte  Decazes  ne  partit  point;  et  le  jeudi 
24  ^*l-  ^^  ^^^^  ^^  Richelieu  parut  seul  chargé  de 
composer  un  nouveau  ministère.  MM.  Lanriston  , 
Moluen  ,  Siméon  et^  ilièle,  fur«'nt  simultauénient 
mandés  ie  jeudi  au  f^oir  chez  M.  le  duc  de  Riche- 
lieu :  il  paroît  que  le  premier  auroit  eu  le  porle- 
feuiile  de  la  guerre,  le  second  le  portefeuide  des 
finances,  îe  ti-oisième  le  portefeuille  de  la  juislice, 
et  le  quatrième  le  porteléiiille  de  la  marine,  i.iis 
ministres  désignes  se  trouvèrent  en  ])resence  les 
uns  des  atitres,  la  plupart  pour  ]apremièr<>fo)s.  Ils 
ne  m  entrèrent  tous  qu'un  sentiment,  celui  de  l'im- 
possibiliSé  d'établir  un  tel  lulnislèrc  dans  de  telles 
circonsîajiccs. 


(  '8Ô  ) 
Alors  et  seulement  alors,  et  point  du  toutsfjon- 
tanémentf  comme  on  le  voit,  M.  le  duc  fie  Kiche- 
lieu  songia  à  se  reliit-r  des  affaires.  Cependant  on 
parla  <'ncor('  de  la  composition  d'un  miui.slère  qui 
parc.'='=oit  devoir  tf>Jivenir  a  toutes  les  opinions, 
«•l  qui  auroit  mis  Gn  aux  inquiétudes  de  la  France. 
M.  le  dac  de  Richelieu  sevoit  resté  aux  affaire» 
«^tran:;ères,  M.  Laine  à  l'intérieur,  M.  Roy  aux 
iinances;  M.  Lauriston  auroit  pris  le  département 
de  la  ciierre,  et  M.  de  ^  illèlc  celui  de  la  marine. 
Ce  l'ut  le  samedi  2.G  qu'eut  li<'u  la  séance  de  la 
Chambre  des  Députés  dans  la([U(dlc  M.  Bcngnat 
fil  le  ra]>port  sur  la  demande  di's  six  douzièmes 
de  i'iiiîpôt.  Lopposilion  de  gauclie  demanda  la 
remise  de  relte  décisiou  au  niiirdi  :  celte  prop«>si- 
lion  lut  adoptée. 

Qui  poujToit  croire  qu'une  cIjosl  .\ussi  peu  im- 
porlauUîeu  soi,  a  l'ait  un  si  gjrand  mar?On  réjiandit 
siu  minislrrc  projité,  il  u'ohiieudroit  pas  le  vot<' 
contre  M.  le  duc  de  RichrJii'u  ;  «-l  que, s'il  s'arrétoif 
le  bruil  à  1  iitsiant  qut-  la  majorilé  se  promiucoif 
des  six  douriéuK's. 

A  cinq  iicun-s  du  soir,  \c  même  jour,  se  déclara 
cette  maladie  de  i\I.le  duc  de  Richelieu,  qui  a 
servi  de  préf<'xle  à  la  i'orinalion  du  nuuisiére  ac- 
tuel. Mais,  le  malin,  M.  Ir  présirlenf  du  conseil 
M"  portoit  à  nu'rvcille;  à  midi  ,  sa  sauté  étoit  par- 
laite^  à  ([ualre  lierres,  il  é4oit  Irés-hien  encor<>  : 
MToil-il  poRsihle  qu'il  se  trouvât  mal  tout  à  coup 
au  point  (|u'oM  auroit  craint  nour  sa  vie?  Quoi 
qu'il  en  soit  ,  on  "irolita  dr  vrt  accident  inattendu  . 
on  ])i-f>lita  de  redVt  produit  pai-  les  diflirultés 
i|U  avoil  épron\é(*s  ror:;ani.sklion  du  nou>eau  mi- 
nistère, et  par  la  remise  ilr  la  délil>oratioii  des 
Chambres  au  mardi  :  M.  leduc  tic  Hii  lu'lieu  (hmna 
K\  déuiission  ,  et  le  ministère  aduel  iul  nommé. 

Ainsi  rassc'ili4)M  d<*  la  Corrcxjunuiarur.  prii'ée 
«st  dénuée  de  tontr  Térité.  La  retr.iite  de  M.  le 
duc  «le  Richelieu  n'a  point  été  l'eUét  d'une  léjo- 


JiitiViii  >ponianée  ,  mais  le  résuUat  d'une  longue 
iniriiïue  par  laquelle  ceuK  qui  vouloient  conserver 
le  système  actuel  ont  fatjgué  cet  homme  bien  in- 
tentionné. jNous  ionorcms  si  ]M.  le  duc  de  Riche- 
lieu a  fait  des  reproches  à  ses  amis,  s'il  a  écrit  à 
l'empereur  de  Russie  y^ouy  le  tuettre  sur  ses  gardes  ; 
nous  ne  sommes  point  les  amis  du  noble  duc  ; 
mais  nous  croyons  qi>e  ses  amis  ne  l'ont  point 
trompé,  et  nous  pensons  aussi  que  M.  le  duc  de 
Piichelieu  est  trop  bon  Français  pour  rendre  compte 
au  cabinet  de  Saint-Pétersbour<^  des  alTaires  inté- 
rieures de  la  France.  La  Corresporic/afice  privée  a 
'-.es  raisons  pour  n'attribuer  la  formation  du  nou- 
\cau  ministère  qu'à  la  retraite  volontaire  de  ]M,  le 
duc  de  Richelieu,  et  à  l'aveu  qu'il  auroit  fait  de 
sa  propre  insuflisancc.  Elle  ne  veut  pas  avouer  que 
M.  le  duc  dentichelieu  sentoit  la  nécessité  d  aban- 
donner le  vieux  système  et  de  se  rapprocher  des 
lioiumes  monarchiques^  elle  craindroit,  p.-rr  cet 
aven  ,  de  donner  du  poids  à  Topinion  royaliste,  et 
de  condannner  le  système  du  ministère  actuel; 
elle  vient  au  devant  des  reproclies  de  l'Europe. 

Le  comte  de  Nesseirode  qui  était  ii  Paris  avec 
M.  Pozzo-di-Borgo ,  et  qui  a  observé  avec  lui 
tout  ce  qui  s'e^t  passé  ,  a  pu  informer  l'empereur  , 
son  maître ,  de  toute  la  suite  de  cette  affaire  ; 
ils  doivent  avoir  été  bien  convaincus  par  l'évidence 
de  leur  propre  sens  au  if  éloit  impossible  de  réta- 
blir les  chimères  que  l'ambition  désespérée  des 
Ultra  proclanioit  dans  toute  l\Eurnpe. 

M.  Pozzo-di-Borgo  ,  au.  plus  fort  de  la  crise  ,  a 
obtenu  une  audience  du  Roi.  Si  des  rapports  fon- 
dés sur  l'autorité  la  moi?is  doitteuse  doivent  être 
crus  ,  il  commença  par  quelques  insinuations  sur  la 
démission  non  encore  divulguée  du  duc  deliicheheu, 
lorsque  Sa  Majesté  ,  qui  participait  aux  regrets  que 
lui  erprimoii  31.  Pozzo ,  voulut  bien  lui  commu- 
niquer une  lettre  de  M.  du  Fdcheliea  lui-même  ,  etc. 

A  Dieu  ne  plaise  que  ces. ultra,  àonlV ambition' 


(  iB;  ) 
est  si  (irsesvt'rée y  fussent  jamais  partit'  d  un  nii- 
nistcH' lihrr  rpii  sappiiicroit  du  cicdit  d"un:iin- 
Lassadcur  i-lr.in^ar  !  Où  en  srrions-uous,  s  il  rloll 
vrai  que  des  ambassadeurs ,  de  quelque  uaJiou 
fju'ils  sciient  (loi'sque   nous  ne  sommes  plus  lies 

1)ar  des  traités,  lorsque  ces  traités  a«-(omplis  n<' 
aissent  au<uu  prélexlo  de  se  nu*l<'rde  uosafTaives 
intérieures);  où  vn  serions-nous,  s'il  éloit  vrai 
que  dts  ambassadeurs  se  crussent  avoir  le  droit 
de  d«-mander  compte  de  ce  qi}e  nous  faisons? 
Quelle  est  donc  /'autorité  c^ui  a  pu  apprendre  à  la 
Co/rcsj><>nt/anrc  pru'i'e  ce  qui  s'j-st  passé  entre  le 
Koi  tt  M.  P()7./o-di-Borf^ni'  Miséraldes  éerivî.ins 
salariés,  penseriez-vous  laire  eslimer  le  ministère 
actuel  ,  en  ayant  l'air  de  mendier  pour  lui  la 
bienveillance  de  l'Europe  d'une  manière  si  liou- 
teuse?  On  «lécouvre  flaus  vos  hVclirs  nj)ol(>i;i(s  «me 
vous  êtes  mal  assurés  :  ces  royalistes  <jiie  \oms 
insultez  sans  cesse,  ne  font  point  dé[)(  :idre  leur 
«ort  Cl  leur  opinion  du  retour  d'un  courri(  r. 

JVe  croyez  luis  qiiil  aitctc  scriejisemcntqiuw'inn 
fin  prince  de  TaUcyraiid  dans  nos  comhinaisons 
ministcrit'l/i's  ;  i>crsoiinc  ne  pense,  à  lui  ,  etc. 

Un  a  rèpainlu  le  hruit  que  l'arrrini^cnient  de 
noire  cuhinvl  n  (  loiL  ptis  conc/u  ,  et  t.'ue  le  duc 
d' yllherf^  re\>enoil  de  'Jurin  pour  en  faire  partie. 

INous  ne  savons  pas  réellement  s'il  a  été  (pu's- 
tioii  <le  M.  le  prince  de  'iallevrantl.  iSous  ne 
(erons  p(»inl  l'élof^e  de  cet  ancien  miuistl'*' ,  pai-  la 
raison  <pif  nou.s  a\  ons  su j>| trimé  les  outrat;es  ipie  1  ni 
adresse  la  Corresponda/nc  piii-if.  Mais  nous 
savons  que  ce  uvsl  ]>as  lui  qui  nous  a  donné  la  loi 
«les  )6lections  et  la  U>i  du  reciutcment  :  conq)are/, 
et  pesez  b-s  services. 

Quant  à  M,  le  duc  d'AIber^  #  nous  pensons  aussi 
(pi'il  n*a  pas  été  question  de  lui.  'J'oitl  le  >«»n{^ 
trançais  n'est  pas  épuisé,  et,  ^ràce  ù  Dieu,  i\  y 
encore  des  hommes  cb-  tnleiis  dans  noire ])atrie. 

/'t>//i  éte\ peut-être  impatient  de  connnitrr  l'ojn- 


C  ï88  ) 
nion  de   nos  xjltra  sut'  jioirc  rcvolulion  mwislc- 
rielle.  Au  fond  ^  ils  n'aiment  ni  31.  de  Hicfic/icji , 
ni  M.  Mole ,  ni  même   M.    Laine  auquel  ils  ne 
pourront  jamais  pardonner  la  loi  des  clectiofis 

Le  Conservateur  ne  leur  accorde  pas  le  moifidi'c 
regret  ,  etc. 

Ainsi  la  Correspondance  privée  soutient  la  loi 
des  élections;  elle  soutient  aussi  le  ministère  ac- 
tuel :  elle  sait  donc  que  la  loi  des  élections  ne  sera 
pas  changée.  Que  deviendra  la  France? 

Elle  prétend  qu'au  fend  les  royalistes  ne  re- 
grettent point  l'ancien  ministère;  elle  a  parfaite- 
ment raison.  Ils  ont  constamment  combattu  ce 
ministère;  ils  pensent  que  ce  ministère  a  fait  à  la 
France  un  mal  peut-être  irréparable.  Celane  veut 
pas  dire  qu'ils  ne  se  fussent  joints  de  tout  leur 
cœur  à  la  partie  du  ministère  ,  qui  vouloit  aban- 
donner uîi  système  funeste. 

On  voit  ici  la  Correspon dunce  privée  s'occuper 
du  Conservateur .  Et  comment  ce  Conservatexir , 
qui  ne  compte  pas  encore  quatre  mois  révolus, 
est-il  déjà  devenu  une  si  grande  puissance  ?  Com- 
ment la  Correspondance  privée  le  mêle-t-ellT'  aux 
premiers  intérêts  politiques  ,  à  la  chute  des  mi- 
nistères ,  aux  mouvemens  des  ambassadeurs,  aux 
dépêchiis  des  diplomates?  Il  faut  donc  que  ce 
Conservateur  soit  le  représentant  d'une  opinion 
prépondérante.  Idais ,  d'un  autre  côté,  la  Corres- 
pondance privée  assure  que  l'opinion  royaliste 
n'est  rien  en  France  :  voila  comme  les  hommes  de 
mauvaise  foi  se  coupent,  se  trahissent,  et  laissent 
malgi'é  eux  percer  la  vérité. 

Le  ministère  est  unanime  dans  le  sentiment  que 
le  premier  moyen  de  fortifier  son  autorité  est  dans 
l'obéissance  de  ses  agens ,  et  dans  l'identité  de 
leurs  vues  avec  les  siennes,  ylinsi ,  il  est  résolu  à 
destituer  les  fonctionnaires  qui  manquent  de  vo- 
lonté ou  d'habileté  pour  exécuter  les  ordres  qu'ils 


(  1^9  : 

reçoivent ,  et  il  y  eu  a  beaucoup  de  cette  sorte. 
Trois  prt'^eLs  ont  déjà  itê  êcliangvs ,  ceux  de  la 
Vendée  ,  des  Cotes -du-lSord  et  de  la  Vienne. 
M.  Jios^nat ,  fr'cre  du  général  de  ce  nom  ,  va  à 
Boiirbon~ Vendée  ,  quoique  cet  administrateur  J^ût 
préfet  vendant  le  i'oyage  de  (rand . 

La  Correspondance  privée  nous  annonce  donc 
<l(\s  destitutions?  En  rllet  elles  se  niultiplientsou>i 
nos  yeux.  Cela  ne  nous  surprend  j^ointj  il  y  a 
lonf;-t<Mnps  que  nous  les  avons  pixdites.  Quand 
toutes  les  autorités  administratives  ,  civiles,  poli- 
tiques, judiciaires  et  militaires  seront  changées. 
nu  verra  ce  qui  adviendra.  Keniarquons,  poui* 
l'instruction  de  nos  lecteurs  ,  celle  expression  ,  le 
voyage  de  (iand  :  Stupete  gentx »  !  Ce  sont  les 
hommes  qui  se  disent  les  amis  du  ministère^  ce 
sont  les  hommes  tpii  parois.-,ent  connoîlre  si  inti- 
mement ses  projets;  c'est  la  Correspondance  pri- 
\'i:c  qui  parle  ainsi  :  cela  nous  expli<jue  pourtpioi 
nou.s   Noyons  tant  de   voyageurs   dt:   l'île   d'Elbe. 

//  est  question  de.  rapporter  l'ordonnance  qui 
exclut,  sans Jormali tés  ,  de  la  Chambre  des  Pairs 
plusieurs  membres  que  le  Roi  j  avoit  nommés  pou/ 
leur  vie. 

Cette  ordonnanc<!,  dit-on,  est  japporlée.  Ou  pré- 
tend intime  que  les  Pairs  qui  sont  ou  qui  pourront 
«Hre  rappelés  entreroicnt  sur-le-chanq>  dans  la 
(^Jiamhre  d<'s  Pairs,  si  l'aneienne  minu'i'é  d<!  cette 
Chamhr<", devenue  majorité,  étoit  opposée  au  mi- 
Tiislérc.  Il  iaudroil  iaire  ici  «leiix  suppositions  inju- 
rieuses :  l'une  <jue  l'ancienne  minorité  de  la  Cham- 
lirc  des  l'airs  ,  nppuiei-oil  tous  les  actes  du  mini  - 
1ère  nouv«au  ,  quels  qu'ils  fussent ,  dans  la  crainte 
«le  voij  revenir  les  Pair»  exclus  par  l'ordonnance  • 
l'autre.  »|ue  les  Pair»  rappelés  auroient  en"ajjé 
leur  (>j»ininn  a»ix  ministr<-s.  jNous  nous  faisons  uiir 
plus  nolile  idée  d<'s.  Pairs  de  France  ;  tous  ceux 
(^ui  siègent  maintenant  dans  la  Chamiire  verront 
lonjours   ax'c    respect    d«*«   elmix    qui    tlépcndent 


l   '9^'  ) 
liuiqucmciil   de  la   puissauce  el  de  la  sagesse  du 
Hoi  :  ils  sont,  de  plus,  persuadés  que  tout  uou- 
\eaii  Pair   saura  conserver  la  dignité  et  l'indé- 
pendauce  de  son  opinion. 

Les  nations  voisines  se  laisseront-elles  berner 
encore  long-temps  par  la  Correspondance  privée^ 
Comment  peuvent'-elles  être  dupes  de  ces  récits, 
dont  il  leur  est  si  aisé  de  connoîlre  la  source?  Il 
n'y  a  pas  de  si  mince  individu  à  Paris  qui  ne  puisse 
nommer  Tauteur  de  la  Coj'respondance  privée  /  et 
les  cours  étrangères  ,  et  les  peuples  étrangers 
ignoreroient  ce  qui  est  en  Pranoe  le  secret  de  la 
comédie  1  L^Europe  croit  entendre  la  voix  de  la 
France  ,  et  elle  n'entend  que  la  voix  de  quelques 
hommes  intéressés  à  défendre  un  système  funeste, 
par  la  raison  que  ce  système  favorise  leurs  pas- 
sions ,  accroît  leurs  fortunes  ,  et  les  maintient 
dans  les  places  et  dans  les  honneurs. 

Mais  combien  ces  L.immes  eux-mêmes  sont 
imprévoyans  !  Pensent-ils  recueillir  les  derniers 
fruits  delà  moisson  qu'ils  ont  semée?  Illusions  1 
Poussés  par  une  faction  puissante,  quand  ils  se- 
roient  parvenus  à  chasser  tous  les  serviteurs  du 
Pvoi  ,  à  écarter  tous  les  hommes  monarchiques, 
iilois  ils  tomberoit'nt  eux-mêmes  victimes  de  leur 
aveugle  haine. 

Bientôt  la  faction  triomphante  seroit  elle-même 
trompée  dans  ses  calculs  ;  elle  se  diviseroit  en 
civile  et  en  militaii-c.  Les  démocrates  qui  auroient 
cru  parvenir  à  la  liberté  ,  arriveroient  encore  une 
fois  à  l'esclavagtî  :  un  sabre  remplaceroit  leur  con- 
stitution, et  les  généraux  ren>erroient  les  écri- 
vains in.dépendans  dans  les  bureaux  de  la  police. 

Ceux  qui  ont  lantrui  si  lon^-temps  sous  le  des- 
potisme  des  baïonnettes  ,  ne  craigncnt-iJs  pas  de 
V  oir  renaître  ce  despotisnie?  Espéreroil-on  trouver 
dans  la  puissance  militaire  im  abri  contre  la  dé- 
nioçralie?  Ce  ne  seroit  qu'un  nouveau  péril.  Nous 
errons  d'écucijs  eu  écueils  ,  pour  ne  pas  vouloii* 


(  ïfM  ) 
«uivio  la  roule  du  Lon  sons  ,  de  la  justice  el  delà 
véritable  liberté.  Nous  laissons  périr  la  morale  et 
]a  religion  ,  comme  pour  rendre  pos  maux  incu- 
rables. Buonaparte  avoit  tué  la  révolution,  nous 
Tavons  exhumée  ,  et  nous  ]jrGdi;<^nons  l'encens  à 
ses  restes  impurs.  Restaurateurs  de  sqs  œuvres  , 
propagateurs  de  ses  maximes  ,  nous  enlevons  la 
consolation  à  la  mort ,  l'innocence  à  la  jeunesse, 
11  semble  que  nous  prenions  surtout  un  soin 
particulier  d'empoisonner  les  g^énéralions  nou- 
velles :  nous  avons  raison.  Rendons  la  postérité 
complice  de  nos  opinions;  subornons  l'avenir: 
\vs  criminels  doivent  chercher  ;'i  cnvr<»ni]>re  leur 
juge,  l.E  Conservateur. 

Omissions  et  JRecliJications. 

Dans  notre  dernier  iirticle  (  scizil'inc  Lii-roison 
Ju  Conservateur)  nous  avons  donné  la  liste  des 
préfets  destitués.  Il  faut  ajouter  à  cette  liste 
Si  M,  dt*  Roussv  et  du  .Slesnil  ,  et  l'on  peut  y 
joindre  maintenant^  MM,  <Ie  Breteuil  ,  d'Indv 
et  de  Barrin  ,  jiréfets  d'F^ur<"  et  l.(u'r  ,  de  l'Ai-- 
déche  et  de  la  liaute-\  ienne. 

.Nous  a\T)ns  ([uj'lque  doute  sur  la  lecture  d'un 
des  noms  inscrits  sur  la  seconde  liste  ('.es  ex-con- 
ventionn<'ls  r:ip[K'lés,  Aous  ne  savons  s'il  faut  lire 
Piurin  ou  Pcniii  :  nous  avons  suivi  dans  nolic 
urticle  la  première  leron.  Mais  si  e'es|  Pépin 
uu'on  <loit  lire,  il  y  a\oil  un  «•x-convenlionnel 
de  ce  nom  du  département  de  l'Indrc.'.  Sou  vote 
étoit    :  la  détention;  la  déportation  à  1»  paiv. 

A  propos  de  ces  votes  pour  la  flétenJion  et  le 
})anni.sseuieut  ,  il  est  bon  de  faire  reuiaiijuer  <juo 
ceux  <{iii  le^  ont  émis  n'étoient  p;is  passibles  de  la 
loi  du  J2  janvier  i<'5i(),  lacpielle  loi  ne  frappe  que 
les  régicides  proprement  dits.  Comment  <lonc  se 
trouvent-ils  sur  la  liste  des  ex  -  conventionnels 
raypcfês  ,  puisqti  ils  i»'«jul  pas  dû  ùlm  Ijarrtis  ? 


(  '90 
L'article  7  de  la  loi  porte  :  «  Ceux  dcsré^iciflex 
»  qui ,  au  mépris  ci  une  clémence  presque  sans 
j)  bornes  ,  ont  voté  pour  l'acte  additionnel,  ou 
ij  accepté  des  fonctions  ou  emplois  de  Tusurpa- 
»  teur,  et  qui,  pa^"  là  ,  se  sont  déclarés  ennemis 
))  irréconciliables  de  la  France  etdu  gouvernement 
53  légitime,  sont  ex^clusà  perpétuité  du  rovpume, 
j>  et  sont  tenus  d'en  sortir  dans  le  délai  d'nn  mois, 
»  sous  la  peine  2J0rtee  par  Farticb;  33  du  Code 
;>  pénal:  ils  ne  pourront  y  jouir  d'aucun  droit 
;>  civil ,  y  posséder  aucun  bien  ,  titic  ni  nension  , 
1)  à  eux  concédés  à  titre  gratuit.  » 

Cet  article  n'est  donc  ap]>licable  qu'aux  cx- 
conventionnels  qui  ont  voté  la  niojt  du  P»oi.  Ce 
ii'étoit  pas  la  peine  de  tant  se  récrier  contre  la 
majorité  de  la  Chambre  de  1810  ,  pour  donner  à 
une  loi  pénale,  votée  par  cette  majorité,  une 
extension  que  cette  loi  n'a  pas.  L'incrovàbte  rap- 
port du  24  décembre  dernier  mériteroit  bien 
d'être  examiné  sérieusement  j)ar  (fui  de  droit. 

Celte  date  du  3.4-  décembre  nous  ibi  rnil  une 
observation  curieuse  :  le  24  décembre  dernier  se 
trouve  être  le  jour  même  où  le  public  a  générale- 
ment cru  que  M.  le  comte  Decazes  alloit  cesser 
d'êti'C  ministre.  Dans  ce  cas ,  le  rapport  auroit  été 
les  adieux  de  JNI.  le  ministre  de  la  police  à  la 
France. 

Remarquez  aussi  que  ce  même  rapport,  qui 
semble  rCHverser  toute  une  loi ,  n'est  pas  lait  au 
nom  collectif  du  ministère,  mais  au  nom  particu- 
lier de  M.  le  ministre  de  la  police  ,  qui  se  charge 
d'en  donne/'  connaissance  à  ses  colica^ues  ,  lors- 
qu'il aura  été  approuvé. 

Le  Conservateur. 


On  vient  fie  mettre  en  vente  la  quinzième  partie  de  In  Cor- 
respondance poLiiiauc  et  administrative  ,  pjr  M.  Fievee.  Un  vol. 
in-S".  Prix  :  2  fr. ,  et  3  fr.  p»r  ia  poste,  (jhez  le  Noruiaut,  rue 
de  Seine ,  n°  8 ,  et  quai  de  Conti ,  n"  5. 

IMPRIMERIE  DE  LE   NORMANT,  RUE  DE  SEINE. 


Tome  IL 


Dijc-liuilième  Livraison . 

LE()0 


"S?  Le  Jloi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens.  Sa 


^^ 


Février  1819. 


^1 


i 

^ 


c/trz,   J^r    r/^oz-f/itt/i/,  /tôt ,    L>r(//<ef/r,  ^ 


AVIS  DE  LÉDITEUR. 


Les  Personnes  qui  n'ont  souscrit  que  pour  le  pre- 
mier volume  cou/posé  de  treize  Livraisojis ,  et  qui  sont 
dans  Vintention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume,  sont  invitées  à  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  j^enouvellement  le  plus  tôt  possible,  si  elles 
veulent  éviter  tout  retai'd  dans  Venvoi  de  leurs 
LivraisoTis. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sojit  aussi 
priés  1  pour  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
jioms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement ,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier,  comme  cela  est  arrivé  plusieurs 
fois,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d'un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  \^  fr.  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doiçent  être  adressés  ,  franc 
de  port,  à  M.  Le  Normant,fds,  Editeur  du  Con- 
servateur ,  rue  de  Seine,  w^  S,  F.  S.  G. 


On  souscrit  aussi  chez  les  Libraires  ci-dessous  désignés 

Camoin  frères, 
j     Marseille,     l  Masverl. 


Abbevllle,  chez  Giare. 

Agen,  Noubel. 

AÎençon,  Bonvoust. 

.  l  Fourrier-Mame. 

^"6"*'     ÎPavie. 

Argentan,  Lecresne. 

Avignon ,  Seguin  aîné'. 

Bayeux,  Groull. 

„  \  Bonzom. 

Bayonne,     J  ç^^^^ 

Besançon,  Girard. 

I.     j  \  ^  •  Bergeret. 

Bordeaux,    j  (j^^^;^,^ 

„  l  Lefouinler  et  Despériers. 

«'•"»•  )  Michel. 
Caen,  Manoury  aine. 
Cambrai,  Bertout. 
Châlons-sur-Saône,  Dej'issieu. 
Charleville  .  Ch.  Raucourt. 
Chartres  ,   Hervé. 
Clermont  -  Ferraiid  ,    Thibaull- 

Landriot. 
Dijon,  CotiucL 
Douai ,  Tarlier. 
Grenoble,  Durand. 
Laval.  Grandpré. 
Lille,  Vanackt-re. 
Limoges,  Baibou-Descourières. 

t  Liebaux. 

\  Maire. 

\  Périise  frères. 

i  i\u^>and. 

\  Boliairc. 
)  Bclon. 
\  Fesche. 


f  l^amoir 
}  Masver 
(  Chaix. 


Lyon  , 


Au  Mans, 


Meli,  rhei  Deviliy. 
Monlauban,  La  Forgue. 

M.      ,,.  l    Seguin, 

ontpell.er,   ]  y»  Dur>ille. 

Nanci,  V*  Bonloux. 

«j      .  S  Busseuil  aine- 

INantes,    '.  „  •■  • 

'    t  iiusscuil  )eune. 

Nimes.  Gaude  fils. 

Niort,  ]Mn>«  E.  Orillat. 

Nimcs.  Melquiond. 

Orle'ans,  Monceau. 

Perpignan,   AIzine. 

Poitiers  ,  Barbier. 

Quiinper,  Cliapalain. 

I  M"-:  Blouet. 
Rennes,    {  M^e  y*  Frout. 

'  M"«  Valar. 

La  Rochelle,  Pavie. 

Rodez .  Carrère. 

T>  S  Frère  aîné. 

Rouen,    '  ^  ,. 

'    (  Renault. 

Saumur  ,  De^ouy  aine. 

e.       1  i  Levrault. 

Strasbourg.  ',  t- 

''    (  février. 

Saint-Brieuc .   Prudhomme. 

iSenar. 
Prunet. 
Manavit. 
Fr.  Vieusscux. 
Tours,  Maine. 
^'alellre.  Marc-Aurel. 
^'e^»ailles,  Ange. 
Villcneuve-sur-Lot,  Crosilhes.  ] 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers  : 


Berlin  .  Schlesinger. 
Bruxelles.  Lerharlier. 
Gaiid  ,    IIi)udin. 
Gti»fve,  P,i!>clioud. 
Bruxelles,  Horgnics  Renier. 


Mons .  Leroux. 
Londres,  Dulau  et__Conip. 
Naplcs,  FJorcl. 
Turin ,  Bocca. 


LIVRES  NOUVEAUX. 

Jtfatitul- GitiJf  lift  Coittnbuahlei  de  lu  lit-^ie  des  CotUribiitinns  iiidi- 
recteâ ,  ou  Becueii  dts  Lois,  Drcrels,  etc.  \  o\.  in-M"  l'e  8iio  paf»i'.s. 
Prix  :  7  fr.  5o  c,  et  lo  fr  par  la  postv.  A  Paris,  chez  Pillet  aiin' , 
imprimeur-libraire,  rue  Christine,  n"  5  ;  tl  le  Noruiant ,  rue  dr 
Seine  ,  n"  8. 

Cet  ouvrage,  r<*Hig»'  avec  une  l'gale  iniparli.iliU-  pour  \v<.  inttr^l!»  du 
fisr  et  pouiMcu»  du  roniribualile .  csl  l'ssriilii-llrinoiil  ulilr  aux  débi- 
tans,aiix  niarrh.mdi  «-ii  gros,  aux  (oiniiii^sidiiiiaires,  v\(  rtc,  et  inèiiie 
h  MNL  les  maires  appebs,  dans  (ertaiiis  ra«,  a  prniioiK  cr  entre  lciir.> 
.idmini^lrés  et  lr>  pu•p<l^es.  L'auteur  le  prr>enle  au  Puldic  avec  d'au- 
tant nlii»   de  roiifi.iiur.  iiii 'employé  dan*   l.i    Régie  des  r<'p(i(|ue  de   .\a 

(réalioM,    il    a  pu   en   m  ueillir  It-s   matériaux   avec  plus  de  soin  et   de 

méthode. 

De  l't{]utlibre  du  Poiuoir  en  Europe,  traduit  de  r.ingl.ii(  de  (»<>ulil 

Fraiiri*  Lrrkéi;,  par  >■%••♦.   l'n  vol    in-^".  Piix  :  6  fr. .  et  7  fr.  aj  • 

fi.inc    dr  port.     A     Pari">,   «lier.    .Marad:<n,    libraire,    rue   (jiiéiicgaud  . 

n"  y;  cl  le  Nuriiuiil  .  rue  de  .^c•ill^.•.  n     S,  lI  i|u  <i    Cuiili,  u**  5. 


I     ■//^r.  /lOéir  tf/v  va/u. 


on  /.  ^,    r/(/ah'c    fc/. 


l^cj   ac///a?t€iGJ    <f/  envofj    re/a///j    rr    ce/    Ofcvrcft/e^ 
aoive?iâ   e/re    ac/r^rj ,   Auinc   ae  //o^'^l],    om    f^u.refiu    r/u 
wo/Uef'tHi/ear,    7'ue  ae    fL^ei^iej    tyô  °  S. 


^e  CtyfnÂrcynef'ie  ae   ^e    tyc:o?'//>a/fià. 


V>/^V\\V\>^V\V\\V>.\\.V\\\%V\VvW%\W\^\»<V\V\VV^»»^WVW»%M<»M/»VV»W»VH\V>\\>WV.-< 


LE  CONSERVATEUR. 


De  V Essai  sur  l  Indifférence  (i). 

Des  hommes  se  rencontrèrent ,  dans  le  siècle 
dernier^  doués  à  un  degré  éminent  du  talent  dc 
séduire,  voulant  delà  gloire  à  tout  prix,  et  faisant 
de  la  destruction  \\\\  moyen  d'y  parvenir^  avides 
de    floiniunlion  ,  dévores  d'un  int^uiet  esprit   de 
désordre  ;  «  tvh  ,  enfin  ,  qu'ils  ne  manquent  jamais 
»  tVapparoitre  lorsque  le  ciel  veut  exercer  sur  les 
))  peuples  quelque  ff'and  châtiment.  »   i^QS  nations 
ne  vivent  qu<*  j)ar  les  croyances.  Ils  les  attarjui"^- 
rent  toutes;  ils  poursuivirent  partout  le  dépôt  de 
vérité  confié  à  la    soc  iété.    La    métaplivsique  ,    la 
politique,  la  poésie,    les   romans,  la    littérature 
tout  entière   lut  une  consj)iration  d'impiété.    Le 
christianisme    l'ut    voué   au  rirlicule.    Le   monde 
moral  alloit  succomber.  Mais  celui  qui  a  dit  aux 
flots  de  la  mer,  vous  viendrez  jusque-là ,   et  vous 
n'irez  pus  pita  loin,  a  marqiié  à  l'erreur  et  aux 
passions  d«'  riiotnme  un  terme  qu'elles  ne  peuvent 
i'ranchir.  Le  remérle  sort  de  Texv  es  du  mal  m/^me. 
Lt  alors  intervi<'Tit  celte  fjraifdc  loi   de  conserva- 
tion qui  ,  sans  violer  la  liberté  de  l'homme,  l'ar- 
rêt •  sur  les  bords  de  l'abîme  qu'il  s'est  creuse.  La 
France,  égarée  par  îles  sojjh'stes,  fut  abandounce 
à  elle-uiéine.  La  \érilé  n'y  régua  plus. 

«  Des  alliées  gouvertièreut  la  l-rance;  «  t  ,  dans 


(i)  Vol.  in-S»,  tomr  I".  Prix  :  6  fr.  So  r. ,  cl  8  fr.  pnr  I» 
prt»lr  A  l*.iris,  rhrt  l'oiirrint  hon  et  .S«'(;iiiii,  nu  de  Savoic^ii^ô]^ 
*l  flirt  ir  Nonnnni,  rue  île  Seinr,  n»  8,  et  quai  Conti  .  h'5. 

TuM»  Il    —  li'  I.iv;'  *'s  .T.  li 


(  194  ) 
»  l'espace  de  quelques  mois  ,  ils  y  accnmukh-rnt 
»  plus  de  l'uines  qu'une  armée  de  Tartares  n'en 
»  auroit  pu  laisser  en  Europe  après  div  années 
))  d'invasion.  Jamais ,  depuis  l'origine  du  Monde, 
))  une  telle  puissance   de  destruction  n'avoit   été 

))  donnée  à  l'homme On  oi-ganisa  la  mort  dans 

»  chaque  bourgade  ;  et.  achevant  avec  des  décrets 
))  ce  qu'on  avoit  commencé  avec  des  poignards  , 
))  on  voua  des  classes  entières  de  citoyens  à  l'exter- 
j)  minalion.  Cependant,  la  haine  de  l'ordre  ,  trop 
»  à  l'étroit  sur  ce  vaste  théâtre  de  destruction, 
)i  franchit  les  frontières  et  alla  menacer  sur  leurs 
w  trônestouslessouverairisdel'Europe.  L'athéisme 
w  eut  ses  apôtres  et  l'anarchie  ses  séides.  LaFrancc, 
»  couverte  de  débris,  ofiVoit  l'image  d'un  immense 
))  cimetière,  quand,  chose  étonnante!  voilà  qu'au 
»  milieu  de  ces  ruines  les  princes  même  du  dé- 
))  sordre,  saisis  d'une  terreur  soudaine,  reculent 
»  épouvantés,  comme  si  le  spectre  du  néant  leur 
i)  eût  apparu.  Sentant  qu'une  force  irrésistible  les 
»  entraîne  eux-mêmes  au  tombeau  ,  leur  orgueil 
»  fléchit  tout  à  coup.  Vaincus  d'effroi,  ils  procla- 
w  ment  en  hâte  l'existence  de  l'Etre-Suprême  et 
i)  Timmortalité  de  Tàme  ;  et ,  debout  sur  le  cadavre 
"  palpitant  de  la  société ,  ils  appellent  à  grands  cris 
i)  le  Dieu  qui  seul  peut  la  ranimer.  » 

Mais  la  haine  de  la  religion  catliolique  restoit 
dans  les  cœui*s.  On  continuoità  proscrire  les  mi- 
nistres de  son  culte  «  on  n'étoit  encore  revenu  que 
de  l'athéisme  et  de  l'anarchie.  Ce  tut  alors  que  pa- 
rurent la  Ihéorie  du  pouvoir  politique  eti'eli^ieux, 
la  Législation  primitive  et  le  Divorce.  Les  londe- 
raens  de  la  société  avoient  été  mis  à  nu  ;  M.  de 
Bonald  y  lut  écrite  en  caractères  de  sang  cette 
vérité  qu'une  phiiosophie  irreligieuse  détruit  la 
société,  et  que  la  religion  seule  peut  fixer  les 
hommes  dans  un  état  conlorme  à  la  nature  des 
^iifii..X&  philosophie   moderne  coniondoit  dans 


(  ^9^  ) 
rUomme  respiit  avec  les  organes,  dans  la  société 
Ir  souveraiti  avec  les  sujtls  ,  dans  runivers  Dieu 
iiuMUc  avec  la  nature,  cl  détruisoit  ainsi  tout 
ordre  général  tt particulier,  eu  ùtant  toutpouvoii* 
réel  à  rboiniue  sur  lui-même,  aux  clu  Is  cfes  Ftats 
sur  le  peuple,  à  Dieu  mt^ine  sur  l'univers.  M.  de 
lîonald  ,  ranieuant  panîii  nous  la  inélaplr  si  ue 
d«'.s  Platon  ,  des  Descartes,  des  Malebranche  ,  livs 
l.eihnit/.  ,  ct  la  politique  d-s  Bossuet ,  des  Do' -at , 
des  d'Aguosseau,  des  Féuelon,  plaça  de  nouv<  a:  la 
reli;;i()n  à  fci  léte  de  la  société  et  de  toutes  les  pensées 
de  1  hoininc.  Personne  mieux  (|ue  lui  n'a  prouvé 
l'union  intime  de  la  i'eii;.non  et  de  la  société}  ct , 
•  •n  métapli  vsicjiie  ,  ses  idées  sur  la  parole  jettent  les 
]>lus  grandes  hvmièi-es  sur  celte  science^  et  la  lient 
d'un  nœnd  indissoluble  a  la  révélation.  C'est  ainsi 
que  la  raison  éloquente  de  M.  de  BonaKl  vengeoit 
le  tatliolicismr;  de  In  politique  de  Rousseau  et  de 
la  mélapli\  sifjue  d'Helvelius. 

Mais  il  étoit  un  «jenre  d  attaque  plus  frivole,  ct 
par  con>'éq'ient  j)ius  lépandu.  \oltaire  dans  le 
de'niier  .%ii'cle  ,  Parnvau  c«mm''nccment  de  celui- 
ci,  et  une  troupe  d'écrivains  à  leur  Suite,  avoient 
j>ro«ligué  au  christianisme  leurs  insultes,  lenrS 
saicasmes  et  leurs  caloninies.  Pour  bi-aucoup 
d'esprits,  la  religion  ('-toit  une  vieille  et  triste 
superstition  ,  production  inTi^rrae  du  moyen, 
âgv  ,  dont  la  politi'jue  pouvoit  s'accomnioaer , 
mais  qui  n  étoit  lait<'  que  pour  le  peuple.  Le 
Ociiic  du   Chrisliainsinc  (i)  parut.    Alors   l'iiient 

(i)  l).in>  un  ouvrage  reripli  Je  toutes  les  coiilr.nlictiuns  et 
lie  tout  lc>  «  (>'ttrd»lc* .  pi(|UJiil  surtout  par  le  ]>raiid:i'<G,  ou  un 
orclitv(S|ue  vante  la  pliilo»uplii<-  ct  la  révolulioii ,  ilciirécie  le 
«icr'e  de  Ixiui»  XIV  et  Kossuet,  el  n-scrvc  son  adnilration  pour 
le  di-posie  dont  il  fut  l'.iuniùnKT,  on  n'est  pas  suipri*  de  voir 
une  rritiqiic  du  (rtnii-  du  Chrtiliaiiùme.  N  t-li>it-il  p.is  bien  évi'> 
dent,  ini^ne  av.uil  crUr  att;><|u<-.  que  le  (irnir  du  Ciiviilianisme 
'loit  lin  dr>  livres  <|iii  aboient  nui  le  plus  a  la  pliitosupliic  et  à 
\*  rcvoKiliou  ,   ct  que  ,M.   de   Chateaubriand  avoit  toujour*  été 

i3. 


(196) 
développées  ks  beautés  morales  et  portiques  du 
cla-islianisme  ;  alors  on  vit  ce  que  les  arts,  le 
génie,  les  lettres,  les  sciences  même,  dévoient  à 
une  religion  dont  Tobjet  est  le  perfectionnement 
de  l'homme  tout  entier.  M.  de  Chateaubriand 
s'attacha  à  montrer  ses  rapports  avec  l'imagination, 
le  sentiment,  et  toutes  les  facultés  de  Thonime,- 
et,  dans  un  stvle  plein  de  charme  et  brillant  d'i- 
mas^ination,  il  prouva  que  tout  tient  dans  l'homme 
au  sentiment  religieux,  et  que  Je  christianisme 
offre  ce  sentiment  dans  toute  sa  pureté. 

1  es  ennemis  du  christianisme  ne  s'avouèrent  pas 
vaincus;  ils  répondirent  à  INI.  de  Bonald  que  ses 
écrits  étoient  de  la  métaphysique.  Ils  dirent  à 
M.  de  Chateaubriand  qu'il  avoit  fait  de  la  mytho- 
logie ;  et,  abandonnant  les  systèmes  d'H(»lvétius 
et  les  sarcasmes  de  Voltaire ,  ils  se  réfugièrent 
dans  l'indifTércnce.  C'est  là  que  M.  de  La  INlcnnais 
vient  les  attaquer.  C'est  en  vain  qit'ils  voudroicnt 
s'arrêter  dans  ce  retranchement,  leur  redoutable 
adversaire  leur  enlève  cette  dernière  délènse. 
!Nous  allons  exposer  les  argumcns  de  sa  logique 
rigoureuse. 

M.  de  La  Mennais  reconnoît  deux  genres  d'in- 
différence :  l'une  qui  n'est  qu'insouciance  ,  oubli , 
entraînement,  dont  tous  les  siècles  offrent  des 
exemples,  et  contre  laquelle  les  prédicateurs  de 
tous  hs  temps  se  sont  élevés. 

L'autre  indifférence ,  qui  appartient  plus  parti- 


un  (les  plus  nobles  adversnires  de  la  t\rannic  cf  île  l'usurpation  ? 
î^ous  rappelons  à  M.  de  Pradt ,  qui  somble  croire  à  cela  un  peu 
«difficilement.  i]u  aucune  cirvnnstance  u'a  commande  le  Génie  du 
Christianisme ,  (]ue  ie  premier  volume  a  éle  imprimé  à  Londres 
dans  le  courant  de  l'année  l''99;  et  nous  regretterons  qu'en 
citant  la  lettre  de  INI.  de  Chateaubriand  au  premier  consul  . 
M.  de  Praiit  n'ait  pas  ajouté  qu'après  la  mort  de  lAI^''  le  dur 
d'Engliein,  elle  disparut  ce  toutes  les  éditions  du  Génie  du 
Christiauisfiir.  Seruit-ce  là  ce  qu'on  ne  pardonne  pas  plus  à 
M.  de  Chateaubriand  que  JBuonapartE  ne  le  lui  avoit  pardonné  ? 


(  »97  ) 
culièrrmriit à  ccsitxle,  «l  cju'onpourroit  nommer 
tlogiu.ilii{ir',  consiste  à  dire  (^ue  toutes  1rs  Aéiîtés, 
ou  un  certain  nonilirede  vérités,  sont  indiflfci'entcs 
en  soi,  ou  qu'on  p  uf  les  nier  ou  les  adm  ttre 
judinértMiiiiicnt  :  si  Dieu  existe  ou  non;  si  le  seul 
devoir  est  d'oljéir  à  ses  pcncliaus ,  ou  si  l'on  doit 
l«."s  replier,  ainsi  que  ses  crovance.s  sur  une  loi  fixe 
et  di\ine  ,  voilà  ce  dont  certains  hommes  ont  fait 
l'objet  de  leur  indilFérence.  Ce  n'est  point  une 
doctrine,  ce  n'est  pas  même  le  doute,  c'est ,  comme 
le  dit  .M.  de  J.a  Mcnnais,  une  ignorance  systéma- 
tique, un  sommeil  volontaire  de  l'âme,  un  en- 
gourdissement universel  des  i'acullés  morales.  Cet 
état  ne  sauroit  durer  sans  détruire  la  société  ,  parce 
que  les  doctrines  ont  la  plus  grande  influence  sur 
son  existence  ,  et  que  les  doctrines  sont  nécessai- 
rement vraies  ou  fausses,  et  ([ue  nécessairement 
files  produisent  le  bien  ou  le  mal,  car  l'circiir 
Ticic  et  la  vcriU' perfectionne.  Si  rien  n'est  indif- 
férent en  politique  et  en  morale  ,  à  plus  forte  rai- 
son rien  n'est  indiflérent  en  reliijion,  Ouel  délire 
traiisporle  donc  ces  indiflt-rens  svslémati<{UCs , 
qui,  à  force  d'avoir  entendu  réj)éter  <jue  toutes  les 
rtîligions  sunt  indifférentes,  les  méprisent  toutes 
sans  les  connoître  ,  et  refusent  d'examiner  s'il  en 
est  une  véritable  :*  M.  de  La  INIennais  réduit  à  trois 
systèmes  généraux  la  doctrine  des  hommes  qui 
refuseroient  d'admettre  la  vérité  catliolique  : 
atliéisme,  déisme  et  liéi'ésie.  L'iiérésie,  consiste  à 
choisir,  entre  les  vérités  révélées,  celles  dont  \a 
raison  se  contente  le  mieux  ,  et  à  rejeter  les 
autrej  comme  inutiles,  comme  douteuses,  ou 
comme  des  erreurs  certaines.  Là  commence  le 
désordre;  k  on  lait  de  la  raison '(£ui  doit  obéir 
»  le  j)ouvoir  rjui  doit  comurinder;  et,  translor- 
»  niant  la  religion  vn  pure  opinion,  on  détruit 
ï»  le  foudement  ni/lmc  des  vérités  (ju'on  retient.  » 
tji  l'homme  niube  d'écouler  i'Ltrlise,  parce  que 


c  '9^  ; 

sa  raîson  ne  compi'encl  pas,  il  refusera  bientôt 
«î'étouter  le  fondateur,  le  médiateur,  parce  rrup  sa 
raison  ne  ])Ourra  comprendre  j  il  refusera  Lîcntôt 
de  croire  la  tradition  universelle  du  genre  hu- 
main, qui  atteste  l'existence  de  Dieu,  parce  que 
sa  raison  ne  sauroit  comprendre  Dieu.  «  S«lôt 
■»  qu^on  meconnoîtla  règle  ,  il  faut  aller  jusque-là  : 
»  nul  moven  de  s'arrêter;  le  principe  entraîne, 
»  et ,  .lus  l'esprit  a  de  rigueur  et  de  rectitude, 
•»  plus  il  s'égare.  »  Ceux  qui  ont  dit  que  M.  de  La 
Mennais  appeloit  les  protestans  des  atlie'es  ou  des 
déistes  ne  l'ont  point  eaitendu.  M.  de  La  Mennais 
prouve  que  le  pi'incipe  d'indépendance  ,  qui  veut 
n'admettre  un  article  du  symbole  que  lorsque  la 
raison  l'a  compris  ,  conduit  à  nier  tout  ce  qui  est 
incompréhensible.  Dieu  et  l'î^omrae  même.  Il 
range  les  protestans  parmi  les  indifférens,  nom 
que  Luther  lui-même  donnoit  à  Zuingle  cpii 
n'étoit  point  indiffèrent  sur  la  divinité  de  Jésus- 
Christ,  mais  qui  l'étoit  sur  la  présence  réelle  5  et 
Luther  lui-même  étoit  indifférent  par  rapport  à 
la  primauté  du  pape  on  à  la  transsubstantiation, 
puisqu'il  declaroit  qu'on  ,pouvoit  ne  pas  croire 
ces  dogmes  et  être  chrétien. 

Tout  homme  ,  convaincu  qu'on  ne  peut  être  in- 
différent en  matière  de  religion,  sera  donc  forcé  de 
Frouver  qu'on  peut  raisonnablement  s'arrêter  dans 
un  des  trois  systèmes  qui  nient  soit  l'autorité  de 
l'Eglise,  soit  l'autorité  du  médiateur,  soit  l'auto- 
rité de  Dieu,  ou  qu'il  existe,  hors  de  la  religion 
catholique,,  un  quatrième  svslème.  Jusqu'à  ce 
qu'on  ait  fait  cela.  M.,  de  La  INIennais  a  droit  de 
conclure  de  cette  seule  partie  de  son  livre  qu'il  y  a 
déraison  partout  hors  de  la  religion  catholique, 
d'où  se  déduit  l'obligation  de  l'embrasser  pour 
tout  homme  qui  ne  veut  pas  rester  dans  l'indiffé- 
rence. 

M.  de  La  Mennais  montre  de  plus  que  les  trois 


(  '99  ) 
svslèmes  pc'-ncrauv  d'indifTrrnice  ,  rentrant  nécc.i- 
saiivnienl  l'un  clans  laulre  ,  aboutissent  à  rindiffé- 
rrnct'  rloi^matique  absolue  en  matière  de  religion  : 
il  suit  de  là  qu'en  nlulant  les  principes  sur  les- 
quels repose  celte  indifférence  orrnérale  ,  on  réfute 
en  même  temps  tous  les  svsiémes  parlicidiers 
d  iiidifléience.  Or,  lindiffércnce  absftlue  en  ma- 
lien- de  rrlîcrion  ne  peut  reposer  que  sur  la  non- 
iuiportancc  de  la  religion  ,  ou  ,  supposé  celte  ira- 
ptîi'tauce,  sur  l'impossibilité  de  discerner,  entre 
les  religions  diverses,  la  véritable.  Il  seroit  difB- 
cile  délablir  avec  plus  de  force  que  ne  l'a  fait 
l'aulcni-,  l'importance  infinie  de  la  religion  par 
rappoit  à  riiomme,  pi^r  rapport  à  la  société  ,  par 
rapport  à  Dieu  même.  Il  se  propose  de  publier 
un  second  volume  où  il  renvn-sera  la  seconde 
base  sur  laquelle  s'appuie  l'indifférence,  en  prou- 
vant <p»'il  existe  pour  tous  les  hommes  i\x\  moyen 
sôr  et  facile  de  distinguer  la  vraie  religion  de 
toutes  les  autres. 

I.e  litre  d<'  cet  ouvrage  est  lui  seul  un  trait  de 
lumière,  «"-t  il  c«t  au'ssi  bien  aj)proprié  à  ce  mo- 
m<-nt-ci  que  le  nom  cjue  donna  Bossuet  à  son 
Histoire  de  la  Réforme,  cjuand  il  l'appela  l'His- 
t<^)ire  d<'s  \  ririalinns.  L"in«liflèrence  doit  finir  par 
cela  si'id  fju'on  l'a  signab-e.  Aussi,  le  livre  de 
l'lndillVrenc<?  a-t-il  été  accueilli  avec  transport. 
La  (puitrième  édition  esl  presque  épuisée.  D'abord 
«ucun  blànu"  ne  s'est  mêlé  aux  louanges  qu'on  lui 
df)nn(»it  de  touti's  parts.  Ati|ourd'lnii,  le  reproche 
d'intolérance  est  dans  (juelques  bon<lies.  Ceux 
qui  accusent  M.  de  La  .Mennais  d  intolérance 
vantent  en  mfnie-tcmps  la  loléranc<'  de  Fénelon. 
Il  faut  s'entendre.  Si  l'on  appelle  tolérance,  ce 
«entiment  de  (  hariU''  qui  ne  demande  pas  compte 
du  Nice  nu  vicieux,  de  l'erreur  à  l'err.uit  ,  qii? 
distingue  toujfuirs  les  personnes  des  Djunions,  j( 
U    Irrtuve  pu  (oui  dans  l'ouvrage  de  M.    de    L^ 


(    200    ) 

JNIenftais  comme  dans  ceux  de  Fénelou.  Ce  n'est 
l'esprit  ni  de  l'un  ni  de  l'aulre,  c'est  l'esprit  du 
cîiiislianisme,  étions  deux  sont  clirétieus.  Sil'on 
appelle  intolérance  la  déclaration  franche  qu'où 
ne  peut  être  indifierent  à  la  vérité  ,  et  que  la  reli- 
gion calljolique  comprend  toute  la  vérité,  voici  ce 
que  ditFeneîon  dans  ses  Lettres  au  Duc  d'Orléans  : 
((  L'homme  n'a  ni  à  choisir  ni  à  délibérer,  tout 
■»  autre  cidte  que  le  catholique  n'est  point  nue 
3>  l'eligion.  »  Plus  loin,  ii  dit  ;  «  Qu'il  n'v  a  paa 
i>  de  milieu  entre  le  catholicisme  et  l'athéisnie, 
»  si  l'on  veut  être  conséqiunt.  »  M.  de  La  -ren- 
nais ne  prétend  pas  autre  chose.  jNoiis  ne  répon- 
drons rien  de  plus  à  ce  reproche  qui  tient  lieu  de 
raisonnement  à  ceux  qui  le  prononcent}  mais 
nous  crovons  que  la  lumière  est  intolérante  en  ce 
sens,  parce  que  partout  où  elle  est,  il  n'y  a  plus 
de  ténèbres  :  cette  accusation,  si  elle  étoit  répé- 
tée ,  ne  prouveroit  que  l'impuissance  de  répoudre. 
Disons-le  aujourd'hui ,  parce  que  cela  est  vrai:  de 
même  que  le  dernier  siécJe  a  offert  une  réunion 
effrayante  de  talens  contre  la  religion,  le  iç)^ 
siècle  commence  d'une  manière  toute  opposée. 
Des  hommes  doués  d'iui  véritable  <jénie  sont  tous 
pénétrés  de  l'importance  de  la  religion  et  de  sa 
vérité.  Le  Ciel  a  donc  des  vues  de  clémence  sur 
notre  patrie.  Malheur  à  nous  si  nous  refusions 
encore  la  lumière  ! 

Le  mérite  du  style,  dans  V Essai  sur  V Indiffé^ 
rence,  est  trop  remarquable  pour  qu'aucune  raison 
puisse  nous  dispenser  d'en  parlei .  Jamais,  depuis 
Pascal ,  on  ne  réunit  à  une  telle  profondeur  de 
pensée  une  telle  vigueur  de  coloris.  Il  y  a  ici 
cjuelque  chose  qui  ressemble  à  Tacite  et  à  Bossuet. 
Ce  style  piftore.sque ,  cette  diction  si  énergique, 
CCS  expressions  si  vives,  ces  traits  d'un  pathétique 
sombre,  cette  éloquence  si  pressante,  cette  ma- 
»ière  si  forte  d'embrasser  un  ensemble,  et  d  en 


C    '-^01     ) 

disposer  les  délailà  ,  voilà  bicu  qui  décèle  l'écvi- 
vain  supérieur.  L'ônidiliou  ia  plus  vaste  est  telle- 
ment  mêlée   auv  pensées  do   l'auteur,   qu'elle  y 
ioime  uu  tout  indestructible.  Nous  serions  embar- 
rassés df  citer,   tant  il  y  a  d<'  morcca--\  saillans  , 
rlapi  ri;us  heurenv    d'ob'-erNations  éti'Unantes  en 
])olitiquc,  en  morale,  en  hisloire.  Il  n'y  a  qu'une 
chose  que  nous  serions  tentés  de  reprendre  dans  cet 
ouvraf;e  :  c'est  (pielquefois  une  trop  grande  accu- 
mulation d'imai,M'S;  mais  un  gont  plus  sûrl'absou- 
droit  de  ce  reproche.  On  voitfpie  cétoit  ainsi  qu'il 
falloit  parler  à  un  siècle  indifférent,  'i  acite  n'a  pas 
écrit  riiistoiie  comme  Tile-Live,  «^ui  e'crivoil  dans 
des  temps  plus  calmes.  Il  v  a  un  ton  général  com- 
mande' j),ir  le  siècle  où  l'on  \il.  Clair,  précis,  pro- 
lond,  les  beautés  du  slNledelIssai  sont  de  l'ordre 
le  j>lus  élevé  ,  et  toul-u-lait  originales.  On  sent  que 
l'auteur  a  vu  très-jeune  l'aflrenx  spectacle  (jue  nous 
a\ons  donné  au  Monde.  Son  âme  a  frémi  5  il  en  a 
«.liercUé  la  cause  ,  et  il  Irémit  encore  ,  en  écrivant, 
^(ue  I«-s  mêmes  cau.ses  ne  raméneul  les  mêmes  ei- 
1(  Is.  Il  se  hâte',  parce  qu'il  laut  se  presser  parmi  les 
choses  soudaines  et  passagères.  Son  style  a  pris  la 
teinte  de  6a  j)OsiLion.  On  >oit,  à  ce  qu'il  y  a  dé 
sombre  et  de  singulièrement  énergique  ,  (|u  il  crai- 
gnoil   fouiour';  de  ne  pas  dire  assez  tôt  toutes  les 
vérités  <pi'il  ann«ince  ,  de  p«'Uj'  <pi  elles  ne  lussent 
trop  taiil  «  ntendues.    J/iiili  oduction ,  où  1  on  re- 
mai(]uc  surtout  cette  iiupiiétuile  ,  est  uu  morceau 
à  part  :  ce  sont  trente  ])ages  dignes  de  tout  ce  que 
l'éltxjuence  a  de  plus  brillant.  Les  suites  de  la  ré- 
lorme,    le    dé.<ordre    des   philosuphies    humaines 
n'ont    jamais    été  présentés  avec  plus  ilc    iorce  , 
même  par  Bos.suet.  iM.  de  La  IMennais  a  \u  ce  que 
ce  ]>uissant  géni<r  n'avuit  lait  que  prévoir.   1^'ou- 
viage  manque  jnul-élrc  de  morceaux  «pii  reposent 
l'urne.  J/anleur  vous  traîne  haletant  api  es  lui  ,  dr 
la  rclorme  à  rindillércuce  ;  là  ^  il  >ou.s  lail.soudei* 


^     202    ") 

1  ;iiiîiitc  ,  et  bientôt  il  vous  en  arrache  pour  vous 
faire  contempler  la  liantenr  de  la  religion  du  Ciel.. 
Son  géni€  plane  couîme  l'aigle.  Malehranclie  n'a 
pasdeplusLeau  chapitre  que  celui  de  l'Importance 
^e  la  Religion  par  rapporta  Dieu.  Les  élévations 
sur  les  Mystères  n'ont  rien  déplus  imposant.  M,  de 
La  Mennais  répand  des  flots  do  lumière  sur  les 
ffuestions  les  plus  incompréhensibles  pour  l'esprit 
humain.  Son  livre  restera  c&rame  un  monument 
de  cet  âge.  En  vain  on  voudroit  l'attaquer,  son 
succès  ira  toujours  croissant  :  il  aura  le  sort  des 
ouvrages  de  génie  venus  à  propos. 

Genoude, 


Méclaniatlon  de  l'Ordre  de  Malte  auprès   des 
Puissances  alliées. 

Il  vient  àe  nous  tomber  sous  la  main  un  exem- 
plaire de  la  rcclamation  soumise  à  la  fin  d'octobre 
dernier,  par  l'Ordre  de  Malte,  aux  puissances 
réunies  à  Aix-la-Chapelle,  dont  l'objet  est  àe 
faire  rétablir  sa  souveriiineîé  sur  un  point  de  la. 
IMéditerranée  où  il  puisse  continuer  ses  arméniens 
rés^uliers  contre  les  Barbaresques. 

Cet  écrit  n'^est  pas  moins  remarquable  par  la 
nolde  simplicité  de  sa  rédaction  ,  que  par  la  di- 
gnité delà  cause  qu'il  recommande  à  la  suprême 
justice  des  grandes  puissances,  etpa-rla  force  à.ts- 
arguRiens  dont  il  l'appuie. 

Il  n'y  a,  dans  les  annales  du  M&nde ,  aucun 
exemple  d'un  recours  aussi  imposant  sous  les  di- 
Tcrs  rapports  de  l'illnsferation  dé  la  partie  devenue 
suppliante,  de  la  grandeur  et  de  la  légitimité  de 
sa  supplique,  de  l'auguste  caractère  et  de  la  posi- 
tion grave  des  iMonanjues  dont  la  justice  est  i»-* 
plorée. 


(    203     ) 

Nommer  l'Ordre  souverain  des  cliovàlîers  de 
S.TÎut-Jcan  d<'  JtMusalcin  ,  c'est  rappeler  les  temps 
liéroujucsdelarelinfion,  ces lonp;Tiesséri<*.s d'exploits 
i)l«is  t'ciatans  les  uns  (jue  les  autres,  par  lesquels  la 
U()b;essc  chrétienne  s'est  successivement  immolée 
pouriad(*ténsedela  ville  sainte  ,  pour  le  triomphe 
du  vrai  culte  ou  pour  la  délivrance  des  personnes 
et  des  propriétés  tombées  au  pouvoir  des  hordes 
barbares(jues. 

Atteint  plus  d'une  fois  ,  dans  l'espace  de  sept 
siècles  ,  par  les  vicissitudes  humaines,  cet  Ordre  , 
obligé  de  céder  au  nombre  la  ville  de  Jérusalem  , 
(jui  avoit  été  son  berceau  ,  avoit  vu  sa  sublime 
institution  acquérir  dans  Riiodes  ,  et  y  conserver 
deux  cents  ans  les  honneurs  de  la  souveraineté; 
puis  ses  débris  échappés  des  luines,  quelque  temps 
épars  ,  tout  à  coup  i"<xueillis  et  lixés  à  Malte  par 
la  nuinilicence  «le  Chailes-Quint. 

A  Malte  !  que  rOi-dre  a  possédé,  enrichi ,  illustré 
pendant  trois  centsjins  cmme  dt»iuaine  {^fouverué 
j)ar  lui  .seul  5  à  Malte,  dont  la  possession  ne  lui  a 
élé  ravie  que  par  les  lâches  intrigues  d'un  révo- 
lutionnaire ,  avide  alors  de  ces  agitations,  de  ces 
Louleversemens  qu'il  médiloit,  comme  moyen 
«l'arriver  au  de'«j)Olisin<'. 

A  c«-tt<'  démai;ogi(pie  expulsion  n'a  succédé, 
«le  la  part  d«'  r()i'(lre,  aiidin  acte  par  lecpiel 
il  y  ait  souscrit,  même  implicitement-,  jamais 
de  cession  ni  «'vpre.ssé  ni  tacite  de  ses  droits  sou- 
\erains  et  él;d)!is8ein«'îis  d.'iis  Alalf". 

Tellj'inenJ  «|u<'  j)ar  !«'  lra.l«'  «l'Amiens,  l'auteiir 
iî<*  l'occMp.ifion  élran.'i'ère  de  cette  île,  aspirant  à 
une  ,sorl«'  <1«'  ré«)iî>anisalfon  sociale  ,  avoit  stipulé 
(ju'elîe  svrijit  rendue»  l'Ordre. 

Par>«'nu  ,  «nrnme  r«d)servr  In  .supjilifjue  ,  au 
terme  d«'s  iiieerliln<I«'s  pour  la  Iffj^iliinité,  l'Ordre 
(le  Snijil-.Iean  «|e  Jérusalem  n«'  p«'ut  pas  r«'ster  lu 
àcule  vittinie  dt >  .illeintes  qui  lui  nut  été  portées , 


(  ^o4  ) 

il  ne  peut  pas,  tandis  que  de  toutes  parts  les 
anciens  Etats  sont  relevés  par  la  sainte  alliance, 
demeurer  seul  anéanti  et  frustré  de  toute  com- 
pensation. 

Une  lésion  semblable,  si  elle  étoit  définitive, 
contrasteroit  d'autant  plus  fortement  avec  la  ma- 
gnanimité des  puissances  alliées,  qu'elle  seroit  leur 
propre  ouvrage. 

Ce  sont  elles  qui,  parle  traité  de  Paris,  en  i8i4, 
prenant  l'initiative  à  la  place  du  souverain  légitime 
de  Malte  non  consulté,  et  qui  a  par  conséquent 
gardé  le  silence ,  ont  consommé  diplomatiquement 
la  cession  de  ce  pays. 

Des  raisons  d'une  haute  politique  peuvent  avoir 
motive'  cette  cession  ,  contre  laquelle  l'Ordre  n'en- 
tend nullement  protester,  si  d'ailleurs  l'on  pour- 
voit à  son  indemnité  en  le  rétablissant  dans  une 
autre  île  de  la  Méditerranée  avec  les  mêmes  droits 
de  souveraineté. 

Il  répugne  à  la  majesté  des  dispensateurs  des 
biens  de  l'Ordre  ,  qu'ils  aient  fini  par  le  déshériter 
de  cette  succession  de  Charles-Qniut ,  qu'il  avoît 
si  noblement  recueillie  et  mise  en  valeur,  sans  que 
rien  en  compense  la  perte. 

Né  du  sein  d'uue  première  croisade  dirigée 
contre  les  ennemis  de  la  religion  ,  l'Ordre  ne  peut 
pas  j>érir  dans  les  combinaisons  d'une  seconde 
croisade  ,  non  moins  sainte-,  puisque  c'est  couti'e 
l'usurpation  qu'elle  fuL  armée. 

De  pareils  argumens  ,  nous  l'avouerons ,  nous 
semblent  devoir  être  tôt  ou  tard  d'un  poids  entraî- 
nant dans  la  balance  européenne  j  trop  de  sagesse  a 
présidé  au^:  dernières  délibérations  des  puissances, 
pour  n'être  pas  convaincu  qu'elles  feront  droit  à 
la  réclamation  de  l'Ordre  :  elles  ont  gravé  sur  les 
tables  de  la  postérité  des  principes  qui  ne  com- 
portent pas  d'exception. 


(  2o5  ) 

Il  n'est  pas  iicccssairc,  pour  le  succès  de  la  sup- 
plique, (l'eiiumércr  tous  les  avantages  attachés  au 
rétaiilissement  derOrclrc  et  (Icsa  puissance.  Cette 
puissance  evistoit;  elle  n'a  cessé  ni  par  le  sort  des 
armes  ni  par  rcfTet  d'aucune  abdication.  Dés  lors 
il  n'est  sur  la  terre  aucune  suprématie  qui  con- 
fère le  droit  de  l'anéantir. 

Et  si  l'on  veut  des  considérations  d'utilité  pour 
maintenir  une  possession  de  sept  cents  ans,  n'en 
est-il  pas  de  déteriuinantc  pour  la  «i.iinte  alliance 
dans  celte  corporation  religieuse,  militaire  et  sou- 
veraine qui  est  à  la  lois  une  pépinière  d'hommes 
d'Etat  et  de  grands  capitaines  formés  pour  les  di- 
vers pavsqui  les  Icroot  admettre  dans  l'Ordi-e  5  de 
missionnaires  atinés  contre  les  Barbarcsques  en- 
nemis de  toute  civilisation  j  de  sentinelles  avan- 
cées, de  sui'veillans  et  de  négociateurs  capables 
de  consolider  le  pacte  qui  désormais  unit  toute 
l'Europe  comme  un  peuple  de  frères? 


A  M.  L'ÉDITEUR  DU  CONSERVATEUR. 

aa  janvier  1819. 

Je  m'étois  proposé.  Monsieur,  de  vous  adresser 
quelques  idées  pour  faire  suite  a  un  article  sur  lu 
Situation  fies  Ministres  «juc  vous  avez  bien  voulu 
insérer  dans  vos  diviéme  et  onzième  I^ivraisons. 

Mais  quelques  antis  m'imposent  une  tAciie  que 
^c  n'eusse  osé  briguer,  r-t  i[\u:  je  m'honore  d'accep- 
ter.  Je  fais  passer  ce  soin  avant  tout  aufrr,  et  vais 
vous  «'ntrctenlr  un  moment  dedenv  homiues  dont 
ia  mort,  lionwée  d'un  tleuil  universel,  jjiouve 
qu'il  est  CDcorc  uu  culte  parmi  nous  pour  la  foi, 
1  honnetir  et  la  charité. 

Ces  deux  hommes  sont  .M.  Hue  ,  premier  vMel- 


(    2CG    ) 

«le-chambie  du  Roi,  rt  M.  l'aLbé  Lcgris-Duval , 
prédicateur  ordinaire  de  Sa  Majesté, 

Je  ne  puis  rien  dire  de  JNÎ.  Hue  que  la  France 
et  l'Europe  ne  connoissent.  La  fidélité  est  devenue 
une  vertii.  Peut-être  est-elle  assez  difficile  de  nos 
jours  pour  mériter  d'être  une  gloire.  Celle  de 
M.  Hue,  éprouvée  par  les  plus  grands  dangers, 
vouée  aux  plus  augustes  infortunes,  soutenue  par 
le  plus  noble  des  dévoueniens,  a  placé -son  nom 
près  du  nom  héroïque  de  JNÎaleslierLes.  Elle  a  plus 
faitj  elle  a  placé  ce  même  nom  dans  celte  œuvre 
de  royale  miséricorde  oii,  il  y  a  quelques  jours, 
nous  l'entendîmes  prononcer  encore  ,  tandis  qu'il 
îi'étoit  plus  pour  nous  qu'un  souvenir. 

Enfermé  volontairement  au  Temple,  bientôt 
séparé  de  son  Roi ,  jeté  dans  les  cachots,  arraché  , 
comme  par  miracle,  à  la  mort,  ne  recouvrant  la 
vie  que  pour  la  risquer  tous  les  jours  pour  ces 
maîtres  chéris  qu'il  ne  devoit  plus  revoir,  M.  Hue 
ne  se  sentit  sans  devoirs  en  France  que  quand  le 
noble  et  dernier  rejeton  de  ses  Rois  en  eut  dépassé 
les  frontières.  Alors  il  en  alla  chercher  de  nou- 
veaux, et  porter  dans  l'exil  cette  fidélité  qu'il  avoit 
portée  dans  les  fers  5  foi  simple  et  naturelle  d'un 
cœur  vertueux  qui  se  sent  appartenir  au  devoir  et 
au  malheur  sans  réflexion ,  sans  peine ,  et  qui 
passe  j  par  un  légitime  héritage ,  d'un  Roi  martyr  à 
un  Roi  exilé,  comme  un  débris  de  leur  fortune. 

M.  Hue  ne  revit  la  France  qu'avec  les  Bourbons. 
Cette  famille  auguste  étoit  devenue  sa  seule  patrie. 
Le  sort  fut  juste  en  le  laissant  vivre  pour  voir  re- 
lever le  trône  qu'il  avoit  vu  tomber,  et  finir  sa 
carrière  dans  le  palais  oii  il  l'avoit  commencée. 
Peut-être  eiit-il  été  plus  juste  encore  s'il  eût  per- 
mis à  ce  vieux  tenant  de  la  monarchie  de  vivre 
assez  pour  lai  revoir  dans  ses  jours  de  paix,  de 
fortune  et  de  gloire. 

Mais  n'oublions  pas  que  le  sort  des  chrétiens 


(  207  ) 
est  la  Providence  qui  est  toujours  équitable  ,   |a- 
mais  aveuglç ,  et  gardons-nous  de  plaindre  celui 
à  (jui  elle  hâte  les  récompenses,  et  peut-être  éco- 
nomise les  peines. 

Si  la  renommée  ne  m'a  rien  laissé  à  dire  de 
M.  Hue,  que  pourrai-je  dire  fie  l'abbé  Duval? 
l'eu  de  chose.  Des  plumes  plu«!  habiles  que  la 
mienne  raconteront  sa  \ie  à  la  postérité  :  pour  moi, 
je  ne  parlerai  qu'a  la  douleur,  et  je  lui  parlerai 
son  laHj;a<^e. 

La  vie  de  cet  homme  de  l)ien  semble  avoir  été 
jetée  par  le  Cit  1  dans  un  siècle  de  jrloires  vaines 
i)u  c<)Uj>ables  comme  une  grande  instruction  surla 
\raie  «-l  léLjilitne  gloire. 

Il  nafpiit  en  Bietagne  dans  une  famille  hor«o- 
rable,  mais  obscure.  L'aurore  de  la  révolution  le 
trouva  dans  sa  première  jeunesse.  Les  excès  aller- 
inireut  sa  vertu  ,  l'impiété  sa  religion  ,  la  persécu- 
tion en  lit  u:i  apotrc. 

(]«'  iiil  alo  s  (pi'il  brigua  le  périlleux  hojineur 
de  partager  et  de  consoler  la  captivité  de  son  Roi. 

Ri-lys»'  par  la  commune  de  Paris,  il  dévoua  ses 
jours  à  d<'s  malheureux  moins  illustres,  bravaht 
tous  les  dangers  pour  eux  ,  n'en  craignant  aucun 
pour  lui-même,  et  n'échappant  au  martyre  que 
pour  se  conserver  à  riniortune. 

(^uand  les  premiers  orag<  ♦  de  la  révolution 
turent  apaisés,  .M.  le  duc  <le~l}oiidt.'auville  eut  le 
bonheur  di*  rencontrer  cet  homnn*  rare,  et  lui 
eonlia  l'éducation  de  son  (ils.  Depuis  ce  jnjir,  de- 
venu !<•  père,  le  ^i-t're,  l'ami,  Vartffr  "ardicn  de 
rette  piense  et  noble  famille  ,  v  réjjandant  un 
«harme  toujours  noOvHau  ,  par  un  espril  j)lein  de 
grac<' ,  d  indulgence  et  d'aménité,  idenlilie,  enlin 
en  cpielquif  sorte,  arec  clic,  il  ne  s'en  est  séjviré 
qu  a  ce  moment  ou  Dieu  l'a  rappulé  dans  ^a  véi'i- 
Utide  patrie. 


(  2o8  ) 

Voilà  sans  Joute  une  bien  simple  liisloire  ,  et 
le  siècle  sourit  peut-être  de  m'entendre  ici  parler 
de  jfjloire. 

A  dii*e  vrai,  cependant,  consoler  des  mallieu- 
reux,  faire  le  bonheur  et  lapait  d'une  famille, 
remplir  sans  tache  une  pure  et  vertueuse  carrière, 
ces  choses  ne  sont  pas  toujours  sans  cfloire  aux 
yeux  de  celui  qui  pèse  toutes  les  gloires  du 
Monde. 

Mais  tout  cela  n'est  qu'un  point  dans  la  vie  de 
l'abbé  Duval. 

Cette  vie ,  à  la  fois  si  courte  et  si  pleine  ,  à  la  fois 
si  calme  ])ar  la  douceur  de  son  caractère,  et  si  ani- 
mée par  son  infatii^able  charité  j  cette  vie  a  compté 
beaucoup  plus  do.  bienfaits  qtie  de  jours.  Ceux 
qui  se  charg^eront  de  l'écrire  en  publieront  la 
touchante  histoire,  car  il  n'a  pu  les  cacher  tous. 
Pour  moi  ,  je  ne  puis  ici  qu'indiquer  ces  utiles 
institutions  qui  doivent  à  ses  soins  et  à  sa  parole 
leur  exist"nc(;  ou  leur  succès,  les  enfavs  délaisses  ^ 
les  prisonniers  pour  dettes  ,  les  petits  savoyards  , 
les  jeunes  voleurs  y  les  petits  séminaires,  les  missions 
de  France  et  celles  de  la  Chine...  Combien  d'autres 
chaires  ([ui  semblent  encore  retentir  de  cette  voix 
évangt'lique ,  de  cette  éloquence  harmonieuse^ 
suave,  et  en  même  temps  forte  et  victorieuse,  qui 
s'emparoit  des  cœurs,  et  pénétroit  tout  de  paix, 
d'amour  et  de  chfvité  1 

Quels  étoient ,  après  tant  de  peines,  les  délasse- 
mens  de  Tabbé  Duval  ? 

Le  bien  public  éloit  son  travail,  et  le  bien  srcrof 
son  repos.  Il  suffi-^oit  encore  à  une  successioii  con- 
tinuelle d'œuvres  modestes  auxquelles  les  familles 
devoientlenr  concoi'de,  les  malheureux  leurs  con- 
solations, la  jeunesse  ses  principes,  les  mourans 
leur  courage,  les  coupables  leur  repentir.  Enfin  , 
nul  fardeau  ne  fut  trop  pesant  pouf  cet  a])ôlre  ,  et 
cet  apôtre  étoit  Un  homme  débile,  d'une  santé 


(  209  ) 
frêle,  tVun  foîLlc  organe,  (jni  soutenoit  à  peine 
sa  propre  Nie  en  soutenant  celle  de  tant  d'autres. 

De  tous  les  travaux  évangéliques  il  ne  refusa 
crue  r«'|)iscopat ,  qui  eut  accru  ses  honneurs  sans 
pouvoir  accroître  ses  bonnes  œuvres. 

Consumé  par  son  zèle,  il  vient  de  s'«'tcindre 
dans  sa  cinquante-troisième  année.  ÎSous  avons  vu 
un  spectacle  nouveau,  un  spectacle  touchant  et 
mémorable  ,  toute  cette  grande  ville,  et  je  n'exa- 
gère point,  occupée  pendant  plusieurs  jours  d'une 
s«ule  chose,  ce  pauvre  prêtre  :  l'enfance,  la  vieil- 
lesse ,  les  rangs,  les j)artis  même  confondus,  de- 
mander sa  vii;  au  Ciel,  s'informer,  s'inquiéter, 
sentir  qu'une  calamité  menaroit  leur  pays  et  leurs 
familles.  INous  nous  sommes  rappelé  alors  la 
France  d'il  y  a  trente  ans  5  et ,  en  nous  demandant 
à  nous-ménu's  quelles  impressions  v  eût  ])roduites 
alorslamort  de  ce  juste,  nous  nous  disions  :  «Non, 
1.4  Ueligion  n'est  point  morte  ,  la  morale  n'est  point 
éteinte-  la  France  Nivra,  car  elle  a  recommencé  ù 
croire.  » 

l/incrédule  rjul  jx-ut  en  doTiter  n'a  jxunt  vu  ses 
obsèques.  S  il  v  lût  venu,  il  eût  cessé  de  l'élre.  On 
\ovoit  dans  l'église  des  INIissions  ,  une  foule  de 
personnes  également  à  plaindre  :  riches,  pauvres, 
grands,  petits  ,  veuves,  orphelins,  tout  ce  (ju'elle 
ponvoit  contj'iiii-,  «:nlin,  de  ceuv  qui  hii  dévoient 
qnelrpie  chose. 

I.a  ,  le  corps  de  ce  chrétien  étoit  couché  au. 
pied  de  cette  chaire  d'où  tant  de  fois  il  avoit  fait 
<lescenflre  la  voiv  du  ciel  5  et  les  sanglots  qu'on 
entendoil  ,  et  les  larmes  qu'on  vovoit  répandre, 
'iisoient  que  le  consolateur  de  toutes  les  peines 
n'i-toit  plus.  Autour  de  ce  cercueil  on  reniarcjuoit 
ce  que  la  France  compte  de  plus  élevé  parle  rarig', 
ies\ertns,  les  talens.  liélas!  et  à  cpii  <lonc  s'adres- 
soienttauld  hommage.s  .'  A  la  poussière  d'nn  simple 
pi  être  sans  dignité  ,  sans  rang,  sans  décoration  que 

TwMl  II.  l3«  LiVJlAlbOît.  i4 


(    2iO    ) 

ses  vertuSj.s&ns  éclat  que  ses  bonnes  œuvres  ;  qui 
naquit  obscur  ,  vécut  humble  ,  mourut  pauvre  , 
et  qui  ^  dénué  de  toutes  les  forces  humaines  ,  a 
conquis  des  millions  d'hommes  à  leur  Dieu,  àleixr 
Roi  et  à  leur  devoir.  Conquérans  de  la  terre  , 
n'est-ce  pas  aussi  là  de  la  gloire  ;  et  quand  à  votre 
tour  vous  serez  un  peu  de  poussière,  coulera-t-îl^ 
tant  de  larmes  à  votre  mort  pour  compenser  celles 
qu'a  coûté  votre  vie? 

A.  DE  Frenilly, 


Dêveloppemeîïs  des  Principes  royalistes  au 
0.O  janvier  1816  (1). 

(I"  Article;) 

i".  Nous  sommes  irréuooablement  attachés  an 
gouvernement  monarchique  et  à  la  succession  lé* 
gitimedans  la  maison  régnante  (2). 

«  Dieu  et  le  Roi,  le  Roi  et  les  Bourbons  :  »  c'est 
le  sentiment  de  cet  amour  inné  dans  les  cœurs 
français  5  c'est  ce  religieux  et  irrésistible  amour  qui 
a  fait  tomber  aux  pieds  du  premier  de  nos  princes 
qu'ait  revu  la  capitale,  sa  population  tout  en- 
tière. Le  nom  de  Français  couvroit  tout  :  tous  se 
précifitoient  au-devant  de  ses  pas;  tous  étoient 
affamés  de  revoir  un  prince  de  cette  auguste  et 
royale  famille  qui  pardonne  toujours. 

Il  n'y  eut  pas  douze  mois  d'intervalle  entre  cette 
journée  de  bonheur  et  la  désastreuse  nuit  du 
20  mars.  Le  Monarque  avoit  recueilli^  au  mois  de 
mai,  les  témoignages  de  l'allégresse  comme  un 
père  rendu  à  ses  enl'ans.  Au  20  mars,  forcé  de  les 
c^aittcr  i)av  la  plus  inconcevable  défection ,  comme  il 


(i)  Voyez  Journal  General,  25  mars  1816,  n°  572. 
[■j]  Prc-inier  §  Ue  la  Déclaratien  du  ao  janvi«r  lSi€> 


(     2H     ) 

l'a  dit  lui-même,  il  entendit  le  langage  des  larmes. 
Paris  surpris  ,  comme  Crémone  ,  par  ses  éijouts  , 
fut  et  dut  être  frappé  de  stupeur  :  le  tcnéhreux  , 
r  homme  de  nuit ,  liiomme  fatal,  qui  avoit  attendu 
le  soir  pour  revenir  occuper  le  palais  de  nos  maî- 
tres ,  se  garda  bien  de  prendre  pour  un  triomphe 
tant  de  doideursettant  de  regrets.  La  Providence 
a  permis  que  le  joug  impérial  fût  une  seconde?  fois 
brisé,  et  le  fût  pour  jamais;  elle  a  permis  que  le 
Monarque  ait  recouvré  une  seconde  foisThéritage 
desespères  :  il  est  encore  revenu  le  pardon  à  la 
bouche  et  l'oubli  dans  le  cœur. 

La  première  cntrcn;  du  Roi,  en  i8i4  ,  ne  peut 
»*tre  comparée  qu'aux  transports  de  joie  qui  ont 
accompagné  son  retour;  mais  il  est  utile  de  pein- 
dre en  opposition  les  eflorts  criminels  que  le  pré- 
tendu serviteur  de  son  Roi ,  le  soi-disant  ami  des 
Bourbuns,  le  régicide  Fouché  de  ISantes,  le  mi- 
nistre Fouché  ,  1*  ouché  ,  ducdOtiante,  fitinuti- 
b'mcntpour  arrêti'r,  poui'  comprimer,  pour  prohi- 
ber ces  trop  significatifs  transports.  Eu  vain  le  mi- 
nistre perfide,  Te  maître  des  fourberies  ,  déroba-t-il 
à  la  population  de  Paris  le  moment  de  l'entrée  :  les 
bariières  tenues  fermées  par  ses  ordres  furent 
franchies  j  la  vigilaji-ce  des  gardes  trompée  :  tous 
les  âges ,  tous  les  rangs,  tous  les  scx^is  passèrent 
la  nuit  au  bivouac  dans  les  plaines  d»- Sag rit-Denis, 
et  l'aurore  du  b-ndeinain  éclaira  aux  pieds  du  Koi 
rhommagf  de  leur  amour.  Dans  les  temples,  dans 
les  places  publi(pjes ,  chaque  cité  ,  chaque  village 
répondit  à  l'enthousiasme  delà  capitale;  ctil  n'est 
que  vrai  de  dire  que  la  1  rance  fidèle,  la  France 
presque  entitrc  )us(ju'aux  six  derniers  moi«  de 
lbi6,  reteiilissoit  des  cris  et  d«'s  témoignages  pu- 
blics qui  manile'stoient  l'assentimeiil  général^  et 
qui  proclanioirul  l'attachement  iriiuulablcau ^U' 
verncmcntmoiiat chique,  et  à  la  succession  Ui^itime 
fians  la  maison  rt^nante.  Le  petit  nombre  de  fac- 

>4. 


(     1412    ) 

lieux  se  talsoil  et  se  repentoitj  ils  étoiciit  ]iion 
éloignés  de  croire  qu'un  système  les  aj)pell('roit 
Lientôt  aux  récompenses  presque  exclusives. 

Il  appartenoit  au  système  ministériel,  à  ses 
^fondateurs  et  protecteurs,  de  manœuvrer  avec 
tant  d'ineptie  ou  de  perfidie  ,  que  ce  principe  sa- 
cré ,  règle  unique  de  tous  nos  devoirs,  condition 
nécessaire  de  notre  salut,  sauve-garde  de  notre 
avenir  ,  menace  de  dev^-nir  une  question,  et  d'être 
gudacieusement  mis  en  problème  :  il  est  temps 
que  j'ap]>orte  des  preuves. 

D'abord,  qu'on  se  rappelle  bien  que  c'est  le 
ministère  lui-même  ,  le  ministère  seul  qui  de- 
manda,  en  i8i5,  les  lois  d'exception  par  l'impé- 
rieux motif  (jue  de  grands  attentais  avaient  itè 
commis  ;  que  les  lois  avaient  été  mcconnucs  ,  et 
fjiie  les  lois  anciennes  et  nouvelles  ne  contiennent 
Cjiie  des  dispositions  suffisantes  pour  la  répression 
de  ces  délits  et  de  ces  crimes  dans  des  temps  de 
tranquillité  ,  et  lorsqu  aucune  circonstance  ex- 
traordinaire ne  trouble  l'ordre  et  la  marche  accou- 
tufuée  du gouverne7nenl.  (Paroles  du  ministre  de 
la  justice,    16  octobi'e  1810.  ) 

Lit  loi  sur  les  provocations  à  la  révolte  et  sur 
la  répression  des  cris  séditieux  fut  donc  accordée 
au  ministère  à  une  majorité  de  253  contre  69.  Il 
pensoit  alors  avec  nous  que  «  c'qstpar  la  calomnie, 
»  l'outrage  et  l'injure  qu'on  prélude  aux  révolu- 
M  lions  et  aux  trahisons,  qu'on  s'applique  à  dé- 
»  Iruire  le  respect  pour  miner  le  trône  ,  et  à  dimi- 
»  nuer  la  vénération  et  l'amour.  »  (  Paroles  de 
M.  le  ministre  de  la  justice,  16  octobre  181 5.  )  Il 
pensoit  alors  avec  nous_:  «  qu'un  syslème  sui\i  de 
))  calomnies  et  d'injures  prépare  insensibleinouf 
'>  les  esprits  au  développement  des  plus  abonii- 
»  nables  desseins.  »  (  Id.  ) 

Cette  loi  fui  suivie  de  la  loi  sur  la  liberté  indi- 
viduelle, présentée  le  7  décembre  181 5,  et  aec  p- 


(  2i3  ) 
!('m'  (le  confiance  et  do  conviction  à  la  majoritr  iW, 
vqj  voiv  contre  56.  I.e  ministre  de  la  police  dit 
alors  rjne  «  le  sacrifice  dn  droit  sacré  de  la  liberté 
»  in»li\  idiu'lle'esl  immense  ;  niais  f|ne  ,  commande 
»»  j)ar  lintérèt   et  la  s*ur<'té  de  l'Ktal,  il   n'en  sera 

>'  pas  un  ponr  les  citov<'ns  fidèles Il  ne  sera 

'<  nn  objet  de  terreur  ef  d'alarmes  (|ue  pour  les 
••  traîtres  dont  il  détruira  les  criminelles  cspé- 
>'  rances.  »  (  Paroles  du  minislre  de  la  police, 
i.S  octobre  iHi.ï.) 

On  n'a  pas  tardé  à  les  rassurer  :  par  une  pré- 
voyance que  le  laps  des  mois  a  proinptement  ca- 
ractérisée ,  l'adoption  de  la  loi  a  été  suivie  d'une 
circulaire  publi<pie  et  ivntente  doni  il  étoît  permis 
at\\  citoyiiisjidclcs  de  s'étonner  et  d<;  sinquiéler. 
Si  cette  circulaire  a  voit  été  adressée  secrètement 
aii\  ae«'nsde  l'autorité  ,  elle  auroit  pu  être  réputée 
louable;  mais  la  publicité  de  cette  circulaire  pou- 
voil-elle  avoir  d'autre  but  el  d'autre  eiiet  (pie  de 
])r(ni\er  aux  coupables  (jue  le  svslèiue  étoit  déjà 
de  les  ménaf;er  et  d'èlre  ai^réable  à  leurs  yeux?  Le 
système  ministériel  déjà  couru,  déjà  londé ,  rcm- 
plissoit  fidèlement  la  première  condition  imposée 
par  ses  auviliaires  ,  celle  di;  donner  des  garanties 
aux  ennemis  de  la  léiriliuiilé. 

Mais  bientôt  cette  sagesse  et  celle  cnunoissnnce 
lies  hommes  cpii  présidi.'ut  au-sy^'lème  ministériel  , 
ont  fait  jii|^er  (pic  chez  les  l''rau(;ais ,  nés  bouillan.i 
ri  démonslratiis  ,  raltacliemrnt  ati  j;ouvernenient 
monarclii([ue  et  à  la  successicm  lét^ilime  dans  la 
maison  régnante  se  maiiiiestoit  ,  depuis  le  retour 
ilu  Roi  ,  avec  trop  d'explosion.  On  s'est  «ouvcnu 
(pie  le  sort  des  grandes  émotions  vsl  do  n'être 
pas  durables  ,  et  on  a  léglé  (jue  désormais  cet  att.a- 
cljen»cnt-la  seroit  silencieux  ,  et  <|ue  h  s  gardes 
nationales  rassemblées  ne  cricrolent  plus  (pi'- 
buis  clos  :  vikt  le  Hoi  ,  vii'Cnt  /es  lioui hntis.  On 
■*  pensé  «pi'il    éloil  bien   de  ne   plus  oft'enser   le* 


(  2i4  ) 

.oreilles  de  quelques  malveillans  et  de  quelques 
mal  pensans  que  le  ministère  a  toujours  été  sûr  de 
ramener ,  ainsi  qu'on  a  pu  en  juger,  il  y  a  quelques 
semaines ,  par  les  chants  et  les  cris  d'affection 
vraiment  monarchiques  qui  ont  accompagné  les 
élections  et  la  conscription  à  Paris. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  ministère  sait  ou  doit  sa- 
voir que  les  dogmes  les  plus  sacrés  ont  besoin 
d'un  culte  extérieur,  parce  que  tous  les  hommes 
sont  dirigés  par  des  sens;  mais,  pour^oLéir  au 
système,  il  fait  semblant  de  croire  qu'on  peut 
porter  dans  son  cœur  attachement  inviolable  à  la 
jnonarchic  et  à  la  légitimité,  tout  en  professant, 
en  débitant,  en  écrivant  les  maximes  les  moins 
royades.  Cet  attachement  n'est  pointune  doctrine, 
c'est  un  dogme  :  tout  principe  contraire  ^  tout 
principe  équivoque  n'est  point  une  hérésie  ,  n'est 
point  une  erreur;  c'est  un  crime;  il  est  temps 
d'appeler  les  hommes  et  les  choses  par  leur  nom. 

Tous  les  gens  de  bien  ont  ce  principe  français 
écrit  au  fond  de  leur  âme,  dans  leurs  regards  et 
sur  leur  front.  En  est-il  ainsi  de  ces  patelins  ejx 
toges,  qui  ont  l'air  faux,  et  n'ont  que  cela  de 
vrai ,  et  qui ,  dès  qu'ils  ouvrent  la  bouche ,  nous 
rappellent  ce  bon  loup  qui  dévoroit  un  âne,  et 
qui  lui  disoit  :  a  Patience,  mon  ami  !  «  En  est-il 
ainsi  de  ces  jurés  peseurs  de  diphtongues  j  dont 
tout  Part  est  de  traiter  toutes  et  avec  toutes  les 
matières  ,  et  qui  débitent  avec  pruderie  que  «  la 
i>  légitimité,  c'est  Tordre  ?  )>  (  Monitew,  8  octobre 
i8ib.  )  En  est-il  ainsi  de  ces  hommes  admis  furti- 
vement dans  les  conseils  du  Prince,  et  qui  au- 
roient  osé  dire  que  «  si  les  Rourbons  ne  suivent 
î)  pas  leur  système,  ils  sauront  bien  leur  faire  ce 
»  qu'on  a  fait  aux  Stuart?  » 

Le  système  ministériel  de'fend ,  d'un  cote  ,  les 
cantiques  royaux ,  et  de  l'autre  ,  l'Europe  entière 
connoît  les  doctrines;,  les  vociférations,  les  cal ^- 


(  '^i5  ) 
nies  révolutionnaires  qu'on  approuve,  qu'on  auto- 
rise, qu'on  soudoie.  Quand  ûuira-t-ou  ce  jeu  qui  a 
puparoître  deux  ans  ridii  ule  et  absurde,  etqui,  de- 
venu atroce  et  impie,  commence  à  se  jouera  décou- 
vert ?  Il  finira  le  jour  niénae  où  Sa  Majesté  ,  «  dont 
»  la  bonté  a  été  si  (grande  ,  selon  les  paroles  de 
»  M,  le  ministre  de  la  police,  en  i8iâi,  qu'on  n* 
»  pas  craint  de  la  calomnier  ,  de  dire  qu'elle  dtoit 
»  au-d»^ssus  de  ses  devoirs  ,  au-dessus  de  ses  droits, 
>»  au-dtssiis  de  sa  justice.  »  (  Loi  surja  libcrtc  in- 
dividuelle): il  Cuira  le  jour  où  Sa  ]Majcsté  jettera  x\n 
regard  foudrovant  sur  les  hommes  perfides  qui 
cherchent  depuis  deux  ans  à  l'égarer,  et  qui  n'y 
parviendront  jamais. 

Les  droits  sacrés  de  la  monarchie  légitime  ne 
sont  rien  aux  yeux  d(\s  inventeurs,  des  protec- 
teurs, des  auxiliaires  du  système  dit  ministériel  ; 
ils  n'espèrent  pas  que  la  bonté  du  Roi  soit  long- 
temps ,  soit  toujours  au-dnxsus  de  ses  devoirs  t  au- 
dessus  de  ses  droits  y  au-dessus  de  sa  justice  y  ils 
captent,  surprcnuentet  cnn(|uèrent  des  garanties 
contre  la  |uslice,  les  rlroits  et  les  devoirs  de  leur 
souverain  légitime. 

Le  système  ministériel ,  disons  le  mot ,  il  n'y  a 
rien  à  cacher,  il  ne  trompe  ])lus  personne  j  le  sys- 
tème dit  ministériel  n  est  pas  constitutionnel,  il 
est  révolutionnaire  :  c'est  d'un  pouvoir  révolu- 
tionnaire ,  et  non  d'un  pouvoir  constitutionnel, 
que  les  puissances  révolutionnaires  de  tous  les 
ordres  tn  France  veulent;  et  c'est  de  lui  seul 
qu'elles  peuvent  et  doivent  vonloir.  Le  systèm<- 
veut  bit'u  composer  avec  la  monarchi»' ,  pourvu 
que  la  monarchie  se  soumette  à  laisser  régner  sou' 
son  nom  bs  révolutionnaires. 

Y  a-t-il  de  la  px-esomplion  à  établir  l'origine 
(lu  syslcme  dit  nunislériel?  Qu'on  me  permetlo 
de  l'essayer.  Dès  iHi.^,  le,<j  révolutionnaires  occu- 
poicnt  la  plui  alité  de  ces  places  dont  l  exercice  cous- 


(  2i6  ) 
tituele  gouvernement;  car  les  plus  actives,  les  plus 
dangereuses  parleur  influence,  ne  sont  pas  les  plus 
éminentes  dans  le  sens  absolu.  Ces  hommes  se  sont 
examinés  eux-mêmes  :  l'intérêt  personnel  et  la 
peur  lormèrcnt  non  pas  d'élémens  monarcliiq^ues  , 
mais  d'élémens  homogènes,  une  espèce  de  corps, 
ou  plutôt  une  condensation  d'atomes  remuans  qui 
reçurent  le  sobriquet  de  petit  niinisfhe.  C'est  dans 
son  sein  cjue  naquit  le  monstre  polilique  ,  aj)pelé 
système  ministériel  5  et  ,  grâce  aux  progrès  de  la 
verfectibilité  j  cet  enfant-là  a  marché  dès  le  pre- 
mier jour  de  sa  naissance.  Tous  les  initiés  firent 
le  serment  solidaire  de  fidélité  à  leurs  places  ,  et 
le  pacte  conservateur  d'employer  les  sophismes  , 
les  flatteries,  les  mensonges,  les  perfidies,  jus- 
qu'aux aLsurdite's,  pour  combattre  des  gens  de 
bien  qui  vouloient  la  Charte  qu'ils  avoient  jurée 
avecleurRoi  et  leurs  princes,  mais  qui  craiguoient 
les  Grecs ,  et  ne  vouloient  point  se  payer  de  mau- 
vaises raisons.  C'est'de  cet  arsenal  que  sont  sorties 
toutes  les  calomnies  à  l'aide  desrpiellcs  le  système 
s'efForce  depuis  si  long-temps  de  fasciner  les  yeux 
du  Monarque,  et  de  lui  persuader  qu'il  ul'  peut 
pas  régner  selon  ses  devoirs,  ses  droits  et  sa  justice. 

]N  on ,  le  règne  des  imposteurs  ne  pouvoit  pa-* 
durer  plus  long-temps.  La  session  p\j^scnte  atr;ilii 
leur  foiblesse,  et  va  montrer  à  nu  toute  leur  per- 
fidie. Lequel  durera  plus  de  joui's  à  présent  ,  du 
système  ministériel  ou  de  la  monarchie  ?  \  oilà  la 
question. 

Toute  la  France  veut  son  Roi  ;  elle  veut  son 
Roi  et  la  légitimité,  parce  que  toute  la  France 
veut  le  repos,  et  le  veut  pour  le  présent  et  pour 
l'avenir.  La  France  n'oubliera  jaiiiais  ces  paroles 
éminemment  françaises,  ni  l'homme  de  bien  qui 
dut  à  l'amour  de  so)i  pays  le  bonheiu'  et  la  gloire 
de  les  avoir  proférées  le  premier  dans  une  de  no* 
plus  mémorables  séances. 


Pour  apprendre  aux  races  humaines  le  chàti- 
luciil  que  iiirriteut  l'audace  ,  la  rébellion  et  l'ini- 
iii<té,  raiilifjiiilc  iVi};noil  do  croire  à  la  destinée 
d'i.iici'lade.  lia  justice  et  la  bonté  dn  Ciel  ont 
i>alisé  celte  ticlion  pour  le  repos  et  la  consolation 
<\r  la  France.  Dieu  lui-même  a  rei)lacé  le  trône 
d«  s  Hourbons  sur  le  corps  terrassé  (lu  géant  révo- 
lulioiiîiairr  ,  du  monstre  de  l'inipiéte  ,  de  l'anar- 
clii<'  et  du  despotisme.  Releveroit-il  la  tète,  si  le 
svs(èin<'  ministériel  ne  le  ]>volé£;«'oil  pas  V  Sans 
1  appui  (ju'il  leur  accorde  ,  sans  1  impunité  dmit  il 
IS  couvre,  le  nombre  de  ses  apôtres,  de  ses  dis- 
ci[)les  ,  de  ses  satellites  s'accroîlroit-il  tous  les 
jours?  Le  recrutement  ne  s'en  (ait-il  pas  à  école 
ouverte?  La  douleur  ]>ul)liqu('  s'alarme  d'un  tel 
scandale  ;  c'est  aux.  amis  de  la  monarchie  à  signa- 
ler le  danger  et  à  s'y  préparer. 

INlais,  aulieu  de  ces  sinistres  pronostics,  qui  n^ 
présentc'nt  aux  yeux  les  moins  clairvoyans  que 
dfs  scènes  d(î  iKmiïI  e|  tics  crdamités  ,  ouvrons  nos 
r(curs  ;"i  l'i-spér-iucc  d'un  prochain  et  meilleur  ave- 
nir, J>a  destinée  d<;  la  monarcliie  ,  cell'.'  de  tous 
les  gens  de  bien  ,  celle  de  tous  les  Français  est 
dans  les  mains  de  notre  auguste  Monarque  ;  il  n'a 
dit  (pi'un  seul  mot,  et  l'espoir  du  salut  et  delà 
prospérité  de  la  I"'iance  est  venu  fortifier  tous 
ceux  (pii  ont  eu  le  bonheur  de  Tcnlcndre  ;  «  V^ous 
»  avez  entendu  mon  cœur  tout  entier,  a-l-il  dit  ■ 
»  et  je  ne  dis  pas  j'espère  ,  mais  je  suis  sûr  d'avoir 
)<  entendu  tous  les  vôtres.  >»  Oui  ,  Sa  Majesté  a 
tout  entendu,  les  acclamations  dos  uns,  elmême 
le  silence  des  autres. 

i)yw  dis«'nt  en  elFel  tous  les  cceiirs  ,  non  pas  ceux 
deces  hommes  dont  «les  principes  pernicieux, 
)i  sou»  le  nias<|ue  «le  la  liberté,  veulent  atta({ucr 
»  de  nouve.iu  l'oi'tlre  social,  nous  recouduinr  par 
»  l'anarchie  au  pouvoir  absolu,  cl  dont  le  iunesle 
<•  succès  a  toute  ati  ni'Midc  lanl  de  sang  et  tant  de 


(  2iS  ) 
»  larmes  ?  »  Mais  que  dirent  tous  lesxiœuts  fran- 
çais ?  ils  dîsoicnt  autrelois ,  sous  tous  les  bons 
princes ,  sous  tous  les  Bourbons  :  «  Ah  !  si  le  Roi 
j)  le  savoit  !  »  Car  il  n'y  a  que  Dieu  que  les  médians 
ne  trompent  pas.  Tous  les  gens  de  bien  voient 
avec  nous  les  dangers  qui  menacent  la  monarchie 
des  Bourbons,  cette  paternelle  monarchie  qu'on 
voit  mourir  debout,  qu'on  voit  mourir  toute  vi- 
vante ;  tous  les  gens  de  bien  redoutent  ces  dan- 
gers ,  mais  les  jugent  comme  les  jugeoit  M.  le 
ministre  de  la  police  en  i8i5,  grands  nioùis  par 
le  nombre  des  factieux ,  que  par  leur  audace. 

La  monarchie  et  la  légitimité  seroHt  sauvées  le 
jour  oii  la  bonté  ne  suspendra  plus  l'exercice  de  la 

fmissance  royale;  elles  seront  sauvées  le  jour  où 
a  bonté  sera  lassée  de  n'avoir  produit  que  des  in- 
grats, des  ennemis  et  des  conspirateurs,  La  bonté 
n'a  pas  valu  un  seul  ami ,  n'a  j)as  réconcilié  un 
seul  cœur  pervers  à  la  monarchie  et  à  la  légiti- 
mité. Où  vous  montreriez-vous ,  poignée  de  mi- 
serables,  protecteurs,  protèges,  trésoriers,  sti- 
pendiés, satellites,  pamphlétaires,  presque  tous 
repris  de  la  justice  royale,  si  du  haut  de  son  trône, 
et  sa  Charte  à  la  main,  notre  auguste  Monarque, 
parlant  en  Roi ,  afin  que  vous  le  laissiez  régner  en 
père,  vous  disoit  demain,..,. 

Çuos  ego 

V1R6, 

S ALXBEKKY ,  Membre  de  la  Chambre 
des  Députés. 

(  La  suite  incessammeat.  )^ 


(    219    ) 


Comme  il  faut  être  Royaliste, 

Après  le  retour  des  Bourbons,  quanti  on  voit 
éloi^iuctr  les  royalistes  des  places  et  de  toute  in- 
fluence; quand  on  a  vu  ,  pour  soutenir  une  consti- 
tution donnée  par  le  Roi ,  courir  aux  élections  en 
criant  :  A  bas  les  Royalistes  !  quand  on  réflccliit 
que  les  deux  premiers  çfénérauv  qui  ont  pris  les 
jirmes  pour  détendre  l'autorité  royale  contre  des 
insurrections,  ont  été  traités  comme  de  vils  con- 
spirateurs; qHaud  on  se  rappelle  que  des  oflTiciers, 
qui  ont  suivi  le  Roi  à  Gand,  ont  eu  besoin  d'être 
amnistiés,  au  nom  du  Roi,  pour  avoir  quitté  les 
drapeaux  de  l'usurpateur;  quand  ou  voit  donner 
l'inslitulion  aux  ju^es  qui  ont  prêté  serment  au 
pouvoir  des  cent-jours,  et  renvoyer  tranquillement 
chez  eux  les  juges  qui,  à  la  même  cpocpie  ,  ont  cm 
(ju'ils  étoient  liés  par  le  serment  qu  ils  avoient  f«it 
au  Roi  ,  on  est  d'abord  tenté  de  croire  que  le  projet 
de  renverser  la  royauté  légitime  est  encore  une  fois 
formé  et  suivi  avec  persévérance.  On  se  Iromperoit 
cependant. 

Il  n'y  a  en  France  de  disputes  que  pour  des  mots 
qui  ne  sont  pas  définis.  Il  est  vrai  qu  en  attendant 
la  définition  ,  les  gouvernemens  périssent;  mais 
c'est  la  le  triomphe  <le  la  pcrfectibililé;  car  aussitôt 
qu'il  y  a  un  gouvrrnemmt  nouveau,  les  mots  |)oui 
lescjuels  on  se  disputoit  sous  le  gouverncm«"nt  qui 
vient  de  finir,  sont  irrévocablement  fixés,  l'ar 
«'xemple,  quand  on  pouvoit  tuer  les  royalisles 
comme  royalistes,  personne  îie  leur  conlestoit  la 
qualification  ;  (juaiid  ftii  j»ouvoil  pro^^dire  et  sptdier 
1rs  ('-migres,  on  ne  laisuit  aucune  diniculté  de  re- 
çonnoître  «p  c  les  propriclaires,  qui  n  avoient  pa« 
<|uitlé  la  France,  pouvoienl  être  inscrits  parmi  l<'fi 
çinigrr?.  I.rs  fait'  «b  liuiss'^Meul  Icj  mots-.  Pouvoir 


(     220     ) 

être  lue  révoliitîonnairement,c'étoilêlrcrovalis(<'; 
pouvoir  être  dépouillé  de  ses  biens  ,  c'étoit  être 
émigré.  La  conviction  à  cet  égard  étoit  si  géucval«> 
que  personne  ne  disputoit  :  c'est  ainsi  nne  la  vérité 
triomphe.  De  même  ,  dans  les  momens  de  repos  , 
il  seroit  impossible  de  définir  le  mot  accapareur  ; 
mais  qu'il  revienne  de  doctrine  publique  qu'on 
peut  se  venger  des  accapareurs  ,  et  les  banquiers  , 
les  négocians  ,  les  marchands  seront  jiilJés  sans 
contestation. 

Je  ne  sais  comment  seront  définis,  sous  peu  de 
temps  ,  les  mots  que  les  partisse  disent  aujourd'hui 
comme  des  injures;  mais  comme  je  crois  que  ceux 
qui  sont  chargés  d'affermir  la  restauration  §oiit 
trop  habiles  pour  se  tromper,  et  comme  ils  ont  ton- 
jours  été  trop  fidèles  à  tous  lesgouvememens  j>our 
qu'on  puisse  les  soupçonner  de  traliison,  j'en  ai 
conclu  qu'on  n'éloignoit  personne  «;ommc  roya- 
liste ,  mais  seulement  qu'on  n'étoitpas  d'accord  sur 
ce  que  c'est  qu'un  royaliste.  Dans  l'espoir  d'être 
utile  à  mon  pays  ,  après  avoir  bien  examiné  ce  qui 
se  passe  ,  après  avoir  bien  pesé  les  raisons  de  part 
et  d'autre,  j'ai  cru  devoir  présenter  le  portrait  d'un 
vrai  royaliste  dans  toutes  les  positions  ,  afin  que 
ceux  qui  déplairoient  au  ministère  ne  puissent  rien 
conclure,  de  la  conduite  qu'on  tient  avec  eux, 
Contre  la  pureté  des  moyens  qu'emploie  le  minis- 
tère pour  faire  triompher  la  royauté. 

Un  royaliste  député  doit  d'abord  se  persuader 
r[u'un  Français  qui  n'a  occupé  aucune  place  sous 
la  république  et  sous  l'empire  ,  ou  qui  n'a  pas  fait 
sa  fortune  au  milieu  de  la  confusion  générale,  est 
uli  sot ,  puisque  ,  s'il  avoit  eu  de  l'esprit ,  les  gou- 
vernemens  de  fait  l'aurolent  emplové  ,  et  que  ,  s'il 
avoit  eu  de  l'habileté,  il  seroit  devenu  riche.  Si 
le  député  royaliste  oppose  des  scrupules  de  cou- 
science,  il  confirmera  qu'il  n'est  qu'un  sot,  le 
siècle  n'admettant  pas  cette  excuse.  Dès  que   les 


(    221     ) 

motifs  tirés  de  la  conscience  sont  Jéclarca  nuls,  et 
qu'on  ne  peut  avoir  été  Gdèle  sans  manquer  d  es- 
prit, il  u  V  a  plus  de  raisons  pour  quuu  député 
royaliste  ne  \ote  pas  constammint  avec  le  minis- 
tère ,  même  lorsque  le  ministère  présente  des  pro- 
jets de  loi  dans  des  sens  différens,  et  qu'il  soutient 
l'un  de  ses  projets  par  des  argumens  opposés  à 
ceuK  qu'il  avoit  mis  en  avant  la  veille.  Lu  député 
rovaii-^te  ne  «loit  défendre  ni  la  liberté  des  pro- 
vinces, ni  l;i  liberté  des  communes  ,  ni  la  liberté 
de  la  presse  ,  ni  la  liberté  individuelle  ,  ni  les  pré- 
rogatives de  la  couronne.  Les  prérogatives  de  la 
couronne  apjjartienucnt  de  droit  au  ministère,  qui 
saitfort  Lien  ce  qu'il  veut  en  faire,  et  qui  n'eu  oftre 
jamais  If  sacrilice  sans  une  profonde  connoissance 
de  ce  fju'il  peut  v  gagner  dans  le  moment.  Toutes 
les  libertés  appartiennent  aux  commis;  et,  comme 
les  commis  sont  les  serviteurs  du  ministère,  parler 
en  faveur  des  libertés  publi([ues,  c'est  risquer  de 
faire  delà  peine  aux  ministres;  ce  qu'un  député 
royaliste  n<'  iloit  jamais  se  permettre.  Il  ne  doit 
pas  non  i)lus  appuyer  les  pétitions  des  victimes  de 
l'arbitraire.  Sans  arbitraire,  il  faudroit  beaucouj> 
de  talens  pour  administrer;  en  exiger,  c'est  s'expo- 
ser à  attaquer  les  ministres  du  Roi  ;  ce  que  ne  doit 
pas  faire  un  député  royaliste.  Il  peut  parler  ùToe- 
casiou  du  budget  ;  il  est  libre  de  blâmer  le  passé, 
mais  san<  jamais  demander  des  mesures  contre  les 
abus  accomplis  ;  au  contraire  ,  il  doit  constammeht 
présenter  1  oubli  à  cet  égard  comme  un  moyen  d« 
rassurer  contre  les  abus  permanens,  de  manière 
quclat'raiice  soiltoujours  émei\eillée  de  voir<iue 
la  connoissance  du  mal  n'entraîne  paa  la  possibilité 
d'y  porter  remède.  Parce  moyen,  personne  ne 
mettra  plus  d'intérêt  au  gouvernement  représen- 
tatif, et  la  roNauté  triomphera  ;  à  moins  cep«rulanL 
que  cène  soit  la  révolution  qui  tiiuniplie  de  nou- 
\eau.  Mais  un  députe  royaliilc  ne  duit  avoir  au- 


(    0.-22.    ) 

cune  inquiétude  à  cet  rgard  5  il  doit  s'en  rapporter 
au  ministère,  comme  lit  la  Chambre  de  i8i4,  qui 
en  apprenant  le  débarquement  de  Buona'parte  , 
confia  au  ministère  un  pouvoir  absolu  ;  ce  qui  pro- 
duisit un  grand  effet  et  ne  compromit  aucun  dé- 
puté. Aces  conditions  ,  on  ne  soupçonnera  plus  les 
députés  royalistes  de  vouloir  jeter  le  grappin  sur  les 
pavsnns  pour  les  attacher  à  la  glèbe  ,  autour  da 
l'arbre  delà  féodnlité  :  les  préfets  recevront  l'ordre 
d'employer  tout  ce  qu'ils  ont  de  crédit,  d'habileté, 
de  liai  diesse  constitutionnelle  pour  les  faire  réélire 
quand  leur  série  échoiera;  et  on  n'entendra  plus 
dire  cjue  les  ministres  d'un  roi  de  France  sont  en 
opposition  avec  les  royalistes  de  la  Chambre  j  ce 
qui  trouble  les  idées  des  bonnes  gens  qui  ne  savent 
pas  le  fond  Aos  choses. 

Un  royaliste  préfet  n'est  pas  obligé  de  connoître 
l'administration  :  il  lui  suffit,  selon  l'expression  de 
l'Ecriture-Sainté,  de  vivre  dans  la  crainte  conti- 
nuelle du  Seigneur j  c'est-à-dire,  du  ministre  en 
crédit.  Il  doit  être  bien  convaincu  qu'on  ne  l'en- 
voie pas  dans  un  départenient  pour  opérer  le  bien 
de  ce  département,  et  faire  aimer  l'autorité  royale  , 
en  prouvant  aux  administrés  que,  sous  so-n  égide, 
une  province  obtient  plus  de  prospérité  que  si 
elle  étoit  abandonnée  à  ses  propres  ress'oûrces.  Le 
bien  qu'il  ne  fait  pas,  il  doit  veiller  à  ce  que 
d'autres  ne  se  chargent  pas  de  le  faire  j  aussi  est-il 
de  son  devoir  de  déranger  ce  que  veulent  les 
maires,  assistés  des  principaux  propriétaires,  et 
les  conseils  d'arrondissement,  et  les  conseils  gé- 
néraux de  département.  Il  doit  porter  à  l'ensei- 
gnement mutuel  les  fonds  faits  librement  pour 
jropager  l'instruction  chrétienne  ,  et  ne  protéger 
es  ministres  de  la  religion  que  quand  cela  est  ù 
la  mode.  Puisqu'il  est  sur  les  lieux^  et  qu'il  lui 
est  facile  d'acquérir  des  connoissances  positives, 
qu'il  ne  fasse   jamais  rien  par  lui-même^  qu'an 


l 


<     253    ) 

contraire  il  écrive  ans  ministres  poiu' les  consultA: 
sur  tout ,  et  qu  il  attende  patiemment  la  re'ponse 
des  bureaux,  même  quand  il  y  auroit  urgence. 
Un  préfet  royaliste  ne  doit  pas  avoir  d'opinion  ; 
c'est  de  Paris  qu'il  doit  en  appeler  une.  Quand  il 
la  reroitpar  écrit,  qu'il  ait  constamment  cet  écrit 
sous  les  yeuK  pour  tn  faire  la  règle  de  ses  dis- 
cours ,  juscju'à  ce  qu  il  lui  parvienne  une  direc- 
tion contraire.  Alors  il  mettra  dans  le  carton  de 
la  correspondance  directe  avec  les  ministres  l'opi- 
nion qui  ne  sera  plus  la  sienne;  et  il  aura  grand 
soin  de  la  numéroter  ainsi  que  celles  qu'il  recevra 
parla  suite,  afin  de  les  retrouver  au  besoin,  si 
elles  reviennent  en  crédit.  Par  ce  moyen,  et  selon 
les  circonstances  toujours  variables  de  leur  nature, 
le  ministère  n'aura  qu'à  le  rappeler  à  l'opinion 
n*.  1  ,  n".  2,  n".  J,  etc.,  ce  qui  diminuera  beau- 
coup les  frais  de  bureau  ,  dans  le  cas  où  la 
Chambre  des  Députés  penseroit  sérieusement  à 
mettre  un  peu  d'ordre  dans  cette  partie.  Un  pré- 
fet rovaliste  ne  doit  pas  coanoître  le*  loisj  il  lui 
suffît  de  bii-n  étudier  les  instructions.  La  connois- 
s.ince  des  lois  pourroit  le  rendre  incertain  dans  sa 
marche,  ce  qu  il  faut  surtout  éviter.  Un  préfet 
royaliste  ne  peut  ignorer  ce  qu'il  y  a  de  mvs- 
térieuv  dans  le  jury  j  il  doit  au^i  savoir  faire  les 
élections  de  son  département,  sous  peine  de  des- 
titution; et,  afin  (juil  n'ait  pas  de  motif  pour 
hésiter,  on  l'avouera  de  tout  ce  qu'il  entrepren- 
dra; il  lui  sera  même  permis  <le  compromettre  le 
nom  du  Roi,  comme  on  l'a  fait  dans  le  départe- 
ment du  Gard,  avec  la  précaution  de  dire  «jue 
le  Roi  ne  commande  pas  les  élections  comme 
Roi,  mais  comme  père;  ce  qui  est  parfaitement 
dans  la  dignilé  royale  et  dans  le  sens  des  gouver- 
nemens  i-eprésentatifs.  A  ces  conditions,  les  pré- 
fets royalistes  ixiurront  déployer  autant  de  herté 
envers  leur*  aJinitiistrés  qu  ils  auront  moulré  d* 


(     224    ) 

soumission  au  miutstère ,  et  ils  ne  seront  dtslitué^^ 
que  lorsqu'on  aura  besoin  de  leur  place  pour  la 
donner  à  d'autres  royalistes;  carie  ministère  alors 
n'emploiera  que  des  royalistes. 

Lu  royaliste  conseiller  d'Etat  ne  doit  avoir  de 
lumières  que  pour  admirer  les  projets  de  loi  que 
les  ministres  soumettent  à  la  discussion  du  conseil 
d'Etat,  avant  de  les  porter  à  la  Chambre;  ce  qui 
fait  que  ces  projets  re'ussissent  si  Lion  auprès  des 
Députes  et  de  l'opinion  publique.  Si  ce  conseiller 
d'Etat  lait  partie  de  ce  qu'on  appelle  la  justice 
admiuislrative ,  il  n'oubliera  pas  que  cette  justice, 
n'étant  faite  que  pour  l'administration,  ne  doit 
profiter  qu'à  l'administration.  Aces  conditions, 
.son  nom  sera  conservé  cliaque  année  sur  le  ta- 
bleau ,  à  moins  qu'il  ne  soit  nécessaire  de  le 
rayer,  pour  y  placer  le  nom  de  quelque  pi-éfet 
qui  auroit  remporté  une  victoire  complète  sur  les 
électeurs.  La  Chambre  des  Députés  ne  paroissant 
pas  très-disposée  à  faire  des  fonds  pour  le  conseil 
d  Etal,  institution  inutile  dans  notre  régime  cons- 
titutionnel ,  les  destitutions  ne  prouveront  rien 
contre  les  opinions  des  destitués,  mai»  seulement 
qu'il  est  nécessaire  de  mettre  un  peu  d'économie 
dans  cette  dépense,  jusqu'à  ce  que  le  ministère 
soit  au-dessus  des  critiques. 

Un  royaliste  général,  s'il  commande  un  dépar- 
tement, ne  doit  croire  aux.  insurrections  à  main 
armée  qu'autant  que  le  commissaire  de  police  y 
aura  consenti.  Si  le  commissaire  de  police  est  ab- 
sent, le  général  royaliste  priera  les  insurgés  d'at- 
tendre qu'il  soit  de  retour.  Dans  le  cas  où  ifs 
r«;fuseroieut  d'obtempérer  à  la  demande,  et  où  il 
seroit  obligé  de  repousser  la  force  par  la  force 
afin  d'absurer  l'ordre  public,  il  doit  en  paroître 
bun)ilié,  ne  pas  dire  qu'il  a  servi  le  Roi,  ne  pas 
louer  les  troupes  du  Roi  d'avoir  fait  leur  devoir. 
Ee  plus  liaut  poiut  depeifectiou    seroit  de   de- 


(    2^5    ) 

mander  aussitôt  sa  destitution,  afin  de  se  faire 
])aidonncr  le  malheur  d'avoir  donné  une  preuve 
i\v  zrle  et  de  lîdélité.  A  ci'S  conclilions,  les  géné- 
raux rovalistes  n'auront  jamais  i'àgf  prévu  pai* 
les  ordonnances,  et  ils  seront  à  l'aLri  d'être  con- 
duits eu  prison  comme  prévenus.  Dans  le  cas  où 
<|uelques  bons  motifs  en^ageroient  à  attenter  à 
leur  liberté  ,  on  les  garantit  contre  les  horreurs  du 
cachot  et  les  conséquences  du  secret. 

Un  rovaliste ,  commis  d'une  administratiop 
royale,  peut  faire  des  chansons  et  des  epigrammes 
contre  le  gouvernement,  colporter  les  livres  les 
plus  dangereux  j  il  peut  même  dire  ce  qu'il  pense 
de  son  miiii>lrc-  mais  il  doit  être  très-réservé 
JorsqTi'il  parle  des  chefs  de  division,  et  dire  tou- 
jours du  bien  de  son  chef  de  bureau.  A  ces  condi- 
tions, il  restera  en  place  jusqu'à  l'année  qui  pré- 
ct-de  le  terme  où  il  a  droit  à  une  pension  sur  les 
retenues  faites  à  son  traitement;  et  quand  on  le 
congédiera,  ce  ne  sera  pas  comnif  royaliste  ,  mais 
afin  (in'ii  ivsiv  plus  d»-  fonds  disponibles  pour 
fixer  la  pension  des  chefs  dont  il  aura  fait  dix-ueuf 
ans  le  travail. 

Un  bourgeois  rovaliste  doit  tous  les  jours  se 
leveret  se  faire  coiffer  à  la  même  heure,  aller  régler 
sa  montre  sur  l'horloge  des  Tuileries ,  acquitter 
«es  contributidus  sans  réclamation,  estimer  ceux 
qui  vivent  de  la  trésorerie  Ix^aucoup  plus  que  ceux 
qui  l'alimcnti'ut,  ne  pas  souffrir  qu  on  parle  de  po- 
lili(jue  ilevîint  lui  ,  j)arce  (pie  cela  lui  lait  peur,  et 
ne  votei'  aux  élections  (pie  sur  la  liste  cjui  lui  sera 
remi.se  par  le  commissaire  de  police  de  sou  (piar- 
tier.  A  ces  conditions,  il  pouj'ra  rester  serg<Mit  de  la 
garde  nationale  .sans  craindre  d'être  destitué  ;  et 
il  lui  sera  permis  d'envoyer  ses  fils  dans  un  lycée 
pour  y  a|)prendre  les  pi-emiers  princijxs  de  Vin- 
8iii'rection  ,  <n  attendant  tniil  |)iiisse  fcur  acliutc^' 
des  rempla*  ans  pour  la  conscripliou. 

Tom  JI  —  iy«  LiVHAjioîf.  »5 


(   2a6  ) 

Un  écrivain  royaliste  doit  être  impartial,  ce  qui 
le  distinguera  nécessairement  dans  les  temps  de 
parti.  Il  peut,  sans  inconvénient,  louer  la  royauté 
en  comparant  le  règne  de  la  teiTeur  aux  bienfaits 
répandus  par  le  ministère ,  et  en  tirant  de  cette 
comparaison  si  glorieuse  une  raison  invincible 
pour  apprendre  aux  nations  qu'il  faut  obéir  aveu- 
glément aux  ministres.  Il  peut  encore  trouver  ex- 
traordinaire qu'on  reconnoissc  la  démocratie  dans 
la  commune  où  elle  est  naturellement,  pourvu 
qu'il  approuve  qu'on  la  mette  dans  les  lois  fonda- 
mentales de  la  monarchie ,  où  elle  fait  contraste 
jusqu'à  ce  qu'elle  fasse  explosion.  A  ces  condi- 
tions ,  ses  ouvrages  ne  sei'ont  pas  arrêtés  ■  les 
journaux  soumis. les  vanteront  ;  il  ne  sera  pas  mis 
en  jugement;  et  comme  le  ministère  est  assez  ins- 
truit pour  savoir  que  les  livres  de  ce  genre  n'ont 
pas  une  vogue  bien  déterminée  ,  il  prendra  un 
certain  nombre  d'exemplaires  qui  seront  envoyés 
à  ceux  qui  n'ont  pas  d'opinion  ,  afin  de  leur  ôter 
le  désir  d'en  adopter  une. 

Un    bancpiier  royaliste Mais   il  seroit  trop 

long  de  passer  en  revue  toutes  les  situations  so- 
ciales pour  montrer  qu'elles  peuvent  fort  bien 
s'accorder  avec  la  royauté ,  telle  que  l'entend  le 
ministère  :  il  sortiroit  d'un  examen  général  cette 
•vérité  consolante  ,  que  le  ministère  ne  liait  pas 
les  royalistes  positivement  parce  qu'ils  sont  roya- 
listes, mais  j)arce  qu'ils  ne  sont  pas  royalistes 
ministériels  ;  s'ils  vouîoient  être  indépendaus, 
le  ministère  seroit  à  leurs  pieds.  Ainsi ,  puisque 
les  royalistes  ont  deux  manières  de  s'attacher  le 
ministère,  soit  en  marchant  à  sa  suite,  soit  en 
le  traînant  après  eux ,  il  est  -incontestable  que  si 
les  royalistes  et  le  ministère  ne  vont  pas  en- 
semble ,  ce  n'est  pas  la  faute  du  ministère  ;  ce 
qu'il  falloit  prouver ,  pour  rassurer  ceux  qui  ne 
peuvent  comprendre  comment  il  y  a  division  entre 


(  2^^7  ) 
ics  (It'fcnsouvs  (lo  la   inouarcliie  et  les   ministrr 
d  un  Roi  de  Fiaiirf.  Fiévée. 


Pnris,  2  Cuvrier  1S19. 

Nous  avons  donné,  dans  la  sciziùnie  Livraison 
du  Conservateur,  l'ordiT  du  ji^nr  di'  iSI.le  vicomte 
Brrtliior.  On  a  voulu  faire  Ju  dé])laccnicnt  de 
M.  Berthier  une  allaire  particulière,  titi  aubère 
au  système  politique  des  ministres.  On  va  voir, 
par  l'extrait  d'un  autre  ordre  du  jour,  ce  qu'il  faut 
croire  «l'une  prc'-tendue  mésinlclliL;('nce  entre  lan- 
cien  colonel  et  1  ancien  lieutenant  -  coloiud  «l'.i 
3'  régiment  d  infanterie  de  la  (iaril(\ 

Extrait  d'un  ordre  du  jour  du  JC)  janvier  1819,  à  MM.  les 
ofjiriers  ,  sons-uffn  icrs  et  soldats  du  3*  régiment  d'in- 
Janterie  de  lu   Garde  royale. 

Les  rcf^rets  que  j'éprouve  Je  quiticr  le  réj»iment,  sont 
encore  de  beauroiip  augmentes  par  réIoi{;neinent  simul- 
tané de  M.  le  "énéral  llerlliier  ,  de  cb  chef  dont  le  zèle, 
la  rare  aeliviié,  cl  l'inlérèt  qu'il  portait  à  tous  les  indi- 
vidus de  ce  corps,  en  ont  fait  un  objet  d  admiration  ,  et 
ont  mérité  la  reconnoissance  de  tous  ceux  qui  le  com- 
posent. 

Vous  tous  qui  composez  le  répiment,  recevez  les  adieuv 
d'un  ami  et  d'un  fidèle  s^rN-iteur  du  Roi,  qui  ambitionne  et 
mérilcra  toujours  ces  dciix  titre».  Mon  attachement,  mes 
vœux  ,  mon  souvenir  et  ma  pensée  vous  suivront  partout. 

I..  d'Arcine. 

iSous  ajouterons  à  cet  orilre  du  jour  la  lettre 
suivante  : 

A  M.  l'Editeur  du  Conservateur. 

Courbcvoye  ,    19  janvier  18/9. 
Monsieur, 

Tous  mes  compagnons  d'armes  vous  prient  d'insérer  la 
note  suivante  dans  \otrc  prochaine  li\Taison. 

i5. 


(  '-'^^  ) 

Le  dévouement  à  la  cause  royale  ,  Peutière  soirmrssion 
aux  ordres  de  Sa  Majesté ,  dont  les  officiers  du  3=  régi- 
ment d'infanterie  de  la  Gardejoyale  sont  vivement  pé- 
nétrés, les  aident  à  supporter  les  pertes  qu'ils  viennent 
de  faire. 

Ces  senfiraens,  rattachement  et  la  confiance  qui  les 
unissoient  à  leurs  chefs  (  le  colonel  et  lieutenant-colonel  ) , 
ont  éclaté  dans  le  repas  qu'ils  ont  offert  hier  à  un  père,  à 
un  ami.  Après  les  santés  si  chères  à  la  France,  mille  cris 
de  owe  le  Roi  !  ont  sis;nalé  cette  pénible  séparation  ;  triste 
et  dernière  séparation  pour  un  corps  qui  n'est  plus  qu'une 
famille  affligée  !  hommage  digne  des  cœurs  généreux  qui 
emportent  leur^  regrets  et  toute  leur  affection  ! 
•  Le  3^  régiment  n'oubliera  jamais  ce  qu'il  doit  à  deux 
officiers  qui  ont  reçu  du  ciel  toutes  les  qualités  morales 
et  toutes  les  vertus  militaires  j  il  espère  conserver  toujours 
le  fruit  de  leurs  exemples  et  de  leurs  leçons.  A  jamais 
l'amour  du  Roi  l'animera.  A  jamais  aussi  M.  le  vicomte 
Berthier  de  Sauvigny  et  M.  d'Arcine  j  trouveront,  jusque 
dans  les  derniers  rangs,  une  tendresse  filiale  et  la  plus  vive 
reconnoissance. 

Jai  Ihonncur  d'être,  etc. 

Ua  officier  du  3^  régiment   d'infaiiferi« 
de  la  Garde  royale. 

Il  est  donc  évident,  par  les  pièces  qu'on  vient 
de  lire  ,  que  la  d.cstitution  de  M.  de  Bertliier  tient 
uniquement  au  système  adopté  :  il  se  poursuit  avec 
constance,  et  les  rangs  inférieurs  de  l'adminis- 
tration vont  bientôt  nous  en  fournir  aussi  la  triste 
preuve.  Clèry,  dont  le  nom  a  été  naguère  encore 
rappelé  à  la  France,  quand  elle  a  pleuré  au  pied 
des  autels  le  pins  grand  des  crimes  ;  Clery  avoif 
un  gendre  lieutenant  de  Roi  à  Boulogne  ,  père  de 
trois  enfans  ,  et  dont  le  frère  avoit  péri  avec 
Georges.  Ce  gendre,  nommé  M.  Gaillard,  est  âge 
de  quarante-deux  ans  j  il  a  vingt-deux  ans  de  ser- 
vice j  on  dit  qu'il  a  été  mis  à  la  retraite  sous  le 
prétexte  qu'ayant  fait  douze  campagnes  il  a  en 
effet  trente-six  ans  de  service.  INi  le  sang  de  sa 


(  229  ) 
famijlo,  ni  le  souvenir  «le  sftn  beau-père,  n'au- 
roient  donc  pu  suspeiiflre  la  mesure  prise  à  son 
^gavJ  ?  Sa  femme  seroit  venue  à  Paris  solliciter, 
réclamer  contre  ce  qui  lui  paroissoit  une  injus- 
tice ;  rlle  y  auroit   resté  dix   jours,  c{  elle  seroit 

repartie  sans  espérance le  ^i   janvier.  Où  nous 

conduit  le  système  âcs  ministres  ? 

M.  d»i  Hamel  ,  ])rél'et  destitué  de  la  Vienne  ,  a 
adressé  au  Conservateur  les  deux  lettres  suivantes. 
]Nous  nous  faisons  un  devoir  de  les  mettre  sous  les 
yeuv  de  nos  lecteuis. 

Monsieur, 

L'inférai  qu'on  a  bien  voulu  me  témoigner  au  sujet  de 
mon  remplacpmont  à  la  préfecture  de  la  Vienne,  a  fait 
iiaîlrc,  parmi  ceux  qui  ont  applaudi  à  ce  remplacement, 
i'odieuse  pensée  de  r^^iire  à  cet  inlcrét,  seule  et  suflisanle 
consolation  pour  l'homme  d'honneur  qui  n'a  rien  à  se  re- 
procher. Kn  conséquence,  des  motifs  absurdes  ont  été  in- 
ventés p  tr  la  médisance  et  répétés  par  l'oisiveté.  Conser- 
vateur des  prin(  ipes  des  lionimes  monarchiques,  vous 
l'êtes  é  aleitient  «le  leur  réputation.  Permettez,  que  je 
ronsi;;ne  dans  >^irc  honorable  Recueil,  le  démenti  la 
plus  formel  à  quiconque  seroit  assez  lâche  pour  inventer 
ou  répéter  d'autres  motifs  à  mon  remplacement  que  ceux 
contenus  dans  la  lettre  de  S.  Exe.  le  ministre  de  l'inté- 
rieur, dont  je  joins  ici  copie.  Essayer  de  nuire  à  quelqu'un 
qui  n'a  plus  sa  place  est  encore  plus  méprisable  que  de  la 
lui  faire  perdre.  Agréer,  etc. 

L.  DU  IIamel,  ancien  Fréftt  âe  la  Vienne. 
Paris,  aC  jan\icr   i8iy. 

Copie  de  la  lettre  de  S.  Exe.  le  ministre  de  V intérieur  <> 
M.  du  lïumel y  préfet  de  la  Vienne  ,  en  lui  annonçant 
.ion  rrmplai  errtent. 

M.  le  baron,  le  Roi,  en  rendant  justice  à  la  puirté  et 
fde  vos  intentions  rt  de  vos  sentmiens,  a  cru  utiU',  au  bien 
df  son  servit  e  ,  de  pourvoir  à  votre  remplaccmenc;  toute- 
fois Sa  Majcst»;  n'a  point  renonré  à  einplo^'er  voire  zMc  , 
«•t  m'»  ciiargé  de  nous  le  faire  connoitrc.  Je  saisirai  avec 


(   23o  ) 

pîaLsir  les  occasions  que  vous  me  fournirez  de  rappeler 
votre  nom  à  sa  bienveillance.  Agréez,  etc. 

Le  ministre  secre'taire  d'Etal  au  département 
de  l'intérieur.  Signé  \e  C'"  DE  GAZES. 

La  letti'C  que  nous  venons  de  citer  est  en  tout 
semblable  à  celle  riue  M.  de  Gazes  écrit  à  M.  de 
Saint-Luc,  et  nous  la  rapportons,  pour  que  l'on 
puisse  en  juger. 

Paris,  le  II  janvier  i8ig. 

»  Monsieur  le  comte ,  le  Roi ,  en.  rendant  justice  à  la 
))  pureté  et  de  vos  intentions  et  de  vos  sentimens,  a  cru 
»  utile ,  au  bien  de  son  service,  de  pourvoir  à  votre  rem- 
»  placement  ;  toutefois  Sa  Majesié  n'a  point  renoncé  à 
»  employer  croire  zèle  ^  et  m'a  charge  de  vous  le  j aire  con- 
»  noitre.  Je  saisirai  avec  plaisir  les  occasions  que  vous  me 
;)  fournirez,  de  rappeler  votre  nom  à  sa  bienveillance. 

j>  Agréez,  etc.  » 

Le  minis  re  secrétaire  d'Etat  au  département 
de  l'intérieur.  Signé  le  C'«  DE  GAZES. 

11  est  donc  de  toute  évidence  que  c'est  une 
espèce  de  circulaire  dont  la  forme  a  été  trouvée 
polie  ;  et ,  sous  ce  rapport,  nous  avons  fait  un  pas 
vers  la  civilité,  depuis  l'époque  où  les  fonction- 
naires de  tout  grade  n'appreaoient  leur  destitution 
qu'en  la  lisant  dans  le  Aloniteur.  Mais  puisque  le 
ministre  croit  nécessaire  ,  quel  qu'en  soit  le  motif, 
de  dire  que  le  Pvoi  rend  justice  à  la  pureté  des  sen- 
timens et  des  intentions ,  d'apporter  ainsi  à  un 
cœur  français  la  plus  douce  de  toutes  les  conso- 
lations, comment  se  fait-il  que  la  correspondance 
privée  ,  doiit  cliacun  connoît  la  source ,  se  plaise  à 
dire,  dans  un  article  du  19,  qu'on  a  destitué  les 
préfets  parce  qu'ils  apparteJioienl  à  des  sociétés 
secrètes  i  qu'ils  contrcirioient  les  intes  du  gouver- 
nement et  du  Roi,  etc.  ?  En  vérité  ,  il  scroit  temps 
qu'on  renonçât  à  ce  système  de  diffamation  j  pi- 
toyable ressource,  dont  l'avantage  est  nul  dès  que 
les  motifs  en  sont  connus  ,  et  qui  tourne  bien  plus 
h  la  bonne  ixiioiuaiéc  de  la  viclinie  quù  celle  de 


(  ^3i  ) 
ceux  cjui  emploient  tic  tels  moyens.  Quand  la  con- 
tradirlion  est  aussi  évidente,  la  calomnie  est  aussi 
inutile  que  basse. 

L.es  changeinens  annoncés  dans  la  ejarde  se  bor- 
nei'ont ,  dit-on,  à  celui  de  M.  de  Berthier;  et  on 
ajoute  que  des  assurances  à  cet  égard  ont  été  don- 
nées aux  chefs  de  corps.  rSous  désirons  sincèrement 
que  ce  soit  là  une  enose  fi>;e,  et  non  ])as  simple- 
ment une  suspension  momentanée  de  mesures  , 
complément  nécessaire  d'un  système  arrélé.  La 
garue  est  le  boulevard  du  trône,  les  factieux  le 
savent  :  esitérons  que  les  ininislres  du  Roi  le  sau- 
ront aussi  bien  ([u'eux  :  s'ils  pouvoient  l'ignorer 
ou  l'ouljlier,  nous  le  leur  rappellerions  sans  cesse; 
«t,  ue  fissent-elles  qu'entruver  quehjues  fausses 
mesures,  les  représentations  des  royalistes  auront 
toujours  produit  un  bien.  Nous  sommes  loin  , 
toutefois  ,  d'être  sans  sollicitude  pour  l'avenir. 
!^ous  rendrons  compte  des  cliangemens  qui  se  font 
dans  la  ligne  :  nous  les  voyons  avec  peine  j  car 
l'armée  étoit  bien  composée  ;  elle  ctoit  animée 
d'un  excellent  e.sj)rit  ;  elle  l'avoit  prouvé  :  il  y  avoit 
là  ,  à  ce  qu'il  semble  ,  de  qucn  être  tranquille  pour 
11-  Roi  et  pour  la  France.  Tout  nouveau  plan  peut 
donc  insj)irer  de  rincpiiéliule  aux  amis  de  la  mo- 
narchie ,  et  leur  iu([uiétude  doit  s'accroître  de 
toute  celle  ([ue  leur  présentent  d'autres  mesures. 

Les  cliangemens  projetés  par  le  ministre  de 
l'intérieur,  dans  son  administration,  ne  seroirnt 
pas  eneore  terminés,  si  Ton  «n  croit  les  o/t  dit. 
On  annonce  de  nou\elles  d«;.slitutions  de  préfets. 
Le  ministre  des  relations  extérieures  ne  \oudroil 
pas  non  plus,  si  l'on  en  croit  les  bruiLs  publics,  se 
trouver  en  reste  en  fuit  île  cliangemens,  et  il  vien- 
dj"oil  aussi  ollrir  son  contingent  «le  «lisliluticuis. 

Au  nonibif  dis  e,onserli*:rs  d'I.tat  dont  in>us 
av()n.s  donn«'  la  liste  dans  notre  dernière  Li\  raison  , 
il  faut  ajouter  AL  de  Chabrol,  ancien  ])réfet  du 
Lyon,  r^ous  n\n  avions  point  parlé,  parce  (|uc 


(    2^2    ) 

l'on  assuroit  encore  qu'il  devoit  être  conservé.  Ôil 
dit  même  à  cet  égard  qu'un  ministre  très-influent 
le  lui  avoit  promis,  et  qu'il  n'a  pu  l'emporter  au 
conseil.  Si  cela  est  vrai,  cela  donneroit  quelque 
poids  à  certains  bruits  qui  se  répandent.  On  dit 
qu'il  y  a  parfois  un  peu  de  mésiutelligence  dans  le 
ministère,  et  que  tout  n'y  va  pas  toujours  parfai- 
tement d'accord.  Il  y  auroit  du  mallieur,  il  faut 
en  convenir j  au  bout  de  si  peu  de  temps,  et  après 
tout  ce  que  nous  ont  dit  les  correspondances  pri- 
vées de  l'harmonie  à  laquelle  novis  devions  nous 
attendre.  Mais  là  correspondance  prwée  et  la  vé- 
rité, c'est  comme  le  feu  et  l'eau  5  l'un  éteint  l'autre* 
Et  à  propos  de  la  correspondance  privée ,  il  y  à 
Ime  cliose  remarquable  pour  les  hommes  qui  ont 
Tin  peu  de  mémoire  :  c'est  que,  sous  BuOnaparte,- 
il  nous  arrivoit  aussi  des  articles  de  Londres;  mais 
ceux-là  étoient  monarchiques.  Aujourd'hui,  sous 
les  ministres  du  Roi ,  les  articles  d'outrè-mer  housr 
conduisent  à  la  démocratie.  M.  SalHer,  ancien 
conseiller  au  parlement  de  Paris,  aussi  recom- 
jnandable  par  ses  connoissahccs  que  par  ses  opi- 
awons,  est  au  nombre  des  maîtres  des  requêtes 
destitués. 

En  faisant  connoîlre  à  nos  lecteurs  le  rapport 
de  M.  de  Gazes,  du  24  décembre  dernier,  /é 
Conservateur  n'avoit  pas  mis  en  regard  l'article 
de  la  loi  cmi  frappe  les  régicides;  il  y  a  suppléé 
dans  -  sa  derhièi'e  Livraison:  en  sorte  que  cha- 
cun a  été  à  même  d'en  apprécier  le  dispositif* 
!Nous  répéterons  ici  que  la  loi  n'excluoit  du 
xoyaume  que  les  régjlcides  qui  avoient,  dans  le;? 
cent-jours  ,  voté  pour  V acte  additionnel ,  ou  accepté 
des  fonctions  de  l'itsurpateur.  Tel  est  le  texte. 
Alors,  de  deux  choses  l'une  :  ou  la  loi  n'atleignoit 
pas  les  hommes  l'appelés  aujourd'hui,  el  alors  ce 
«ont  autant  de  victimes  d'une  inci'oyable  légèreté 
dans  l'application  de  la  loi  ;  ou  bien  ,  s'ils  éfoient 
frappés   par  elle,  il  n'éloit   au  pouvoir  d'aucu# 


(  233  ) 
ïwinîsti**  d'aniuilrr,  par  un  simple  rapport,  les 
elfets  cruiic  loi.  Ce  principe,  pour  cire  de  tonte 
vérité,  n'a  pas  même  Ix-soin  de  l'extension  qui  lui 
a  été  donnée  à  la  tribune  de  la  Chambre  des  Dé- 
putés ,  dans  la  séance  du  'a3  janvier  dernier  (i), 
par  M,  le  garde  de«j  sceaux,  lorsqu'il  a  dit  qu'il 
n'étoitpasau  pouvoir  des  minislr(\sdu  Roi  de  ])ro- 
poser  à  Sa  Majesté  le  rajq>ort  d'un  décr»  l  de  Buo- 
naparte.  Toutefois,  le  succès  qu'a  eu  le  rapport 
tlu'24  décj'inbre  notis  paroîl  donner  de  la  vogue  à 
cette  nonvf'Iie  manière  de  procéder  en  adminis- 
tration. \  ((ici  (juelqiies  détails  dont  la  >érilé  nous 
esta  peu  près  démontrée. 

Lorsque  les  bois  de  l'Etal  furent  afTtîctés  à  la 
caisse  d'amortissement  par  b;  budget ,  il  fut  dit  que 
i5o,oOO  hectares  de  ces  bois  seulement  seroicnt 
mis  en  vente  à  partir  d<'  iSiH,  nveclasage  ])récau- 
1  ion  de  ne  les  V(Midre(juesuccessivem(;nl  |)arsi\ièine 
n^)eu  près  chaque  année,  afin  d'olitenir  les  meil- 
leurs prix  possibles,  et  de  ne  ]ioinl  porter  préju- 
dice aux  autres  propriétés  de  l'Etal  et  des  particu- 
liers. Ea  (piotitéà  \endrep{)ur  iHiS  fut  donc  fixée 
à  9.5,000  hectares.  Ea  caisse  d'ainorlissement  <liri- 
gea  les  opérations  de  ces  ventes  dont  l'exécution 
étoit  confiée  à  la  régie  dvs  domaines  à  qui  l'on  ve- 
noit  d'attribuer  cncor<;  l'administration  des  forêts. 
A  la  fin  de  décembre  1S18,  il  n'avoit  été  vendu 
que  20,000  et  fjuriqncs  hectares  d»-  bois;  la  caisse 
n'amortissenjent  se  pro|.o.soit  tlachever  la  vente 
ties  y..>,oo(» ,  tl'en  ajouter  aï, 000  antres  p(>ur 
l'année  iHif),  et  de  ifndro  compte  «lu  tout  aux 
Chambres,  sauf  à  elles  à  chaivger  cette  détern\i- 
liation  par  le  prochain  budget,  selon  qu'elles  l'es- 
iimeroicnt  nécessaire.  Ers  ministr«s  comte  C(t»- 
Vetto  et  INl .  Hov  avoicnt  approuvé  cette  marche 
sage  <l  calculé*'  «le  la  caisse  d'amortissemenl.  J.e 
îiouvc.Mi  nifiii'tv  des  finances,  snns  la  «h'^approu- 

{t)  yojm.  le  /Tf'v.tiiiir. 


(  ^34  ) 

ver,  et  sous  prétexte  de  lever  des  entraves  qui 
n'existoieut  pas,  et  dont  l'amoi-lissement  ne  se 
plaignoit  pas  5  le  ministre  des  finances,  dis- je,  a 
soumis  à  Sa  ^lajesté,  le  8  janvier,  une  espèce  de 
rapport  ou  ex])0sé.  Par  ce  rapport,  il  est  dit  que  la 
caisse  d'amortissement  n"a  pas  assez  de  latitude 
pour  l'aliénation  des  bois  de  l'Etat ,  et  qu'il  con- 
vient de  la  dégager  des  limites  dans  lesquelles  elle 
se  croit  renfermée. 

Sur  ce  rapport,  le  directeur  général  des  domain«s 
a  adressé  une  instruction  nouvelle  à  tous  ses  agens  ; 
instruction  d'après  laquelle  ils  peuvent  vendre 
lai'gement ,  promptemcnt  dans  toute  la  France  , 
sans  que  la  caisse  d'amortissement  eu  soit  même 
informée.  La  commission  de  surveillance  n'eut 
connoissance  du  rapport  que  par  une  lettre  du 
16  janviei',  et  de  linstructiou,  que  par  une  autre 
lettre  du  26. 

Dès  le  17  janvier,  elle  prit  vme  délibération  par 
laquelle  le  directeur- général  de  l'amortissement 
fut  chargé  de  rappeler  le  directeur-général  de  la 
régie  à  1  observation  des  mesures  adoptées  et  jus- 
qu  alors  suivies  pour  raliéuatiou  des  bois,  avec 
recommaudation  de  ne  rien  innover. 

Mais  lorsque  la  commission  de  surveillance  fut 
informée,  dans  la  séance  du  2^  janvier,  de  Tins- 
tmction  adressée  par  le  dii'ecteur-général  de  la 
légie  à  ses  agens  dans  tout  le  rovaume ,  surprise 
de  cette  innovation  faiteàl'iusu  de  1  amortissement, 
effravce  des  conséquences,  elle  prit  une  nouvelle 
délibération  par  laquelle,  enpei'sistant  dans  la  pré- 
cédente ,  et  en  rappelant  à  l'observation  des  règles 
adoptées  de  concert  et  suivies  jusqu'alors,  elle 
improuve  expressément  l'instruction  donnée  par 
le  directeur-général  de  la  régie,  en  date  du  14  jan- 
vier 5  elle  déclare  que  l'aliénation  ne  doit,  quant 
à  présent,  être  portée  qu'à  cinquante  mille  bec- 
lares  pour  les  deux  années  ensemble  i8i8et  1819, 
sauf  a  la  puissance  législative   à   déterminer  une 


(  235  ) 
autre  quotité  ,  sauf  mcmc  à  la  caisse  damorlisse- 
incnt  à  prentlrc  par  la  suite  une  détermination  à 
cet  éjijara  ,  selon  que  les  circonstances  pourroient 
offrir  (le  l'avantage  pour  l'Etat  et  pour  l'amor- 
lissenient. 

La  commission  de  surveillance  avant  do  plus 
arrêté  qu'il  seroit  rendu  compte  aux  Chambres  de 
ces  faits  dans  son  prochain  rapport  ^  l'on  en  verra 
bientôt  l'importance.  En  attendant  ,  ilestcurienv 
de  savoir  si  l'amortissement,  à  l'insu  de  qui  on 
])rend  les  biens  affectés  à  ses  opérations,  sera  ga- 
ranti, par  la  délibération  de  la  commission  de  sur- 
veillance, des  ventes  précipitées,  excessives  et  pré- 
judiciables qu'elle  veut  empêcher ,  et  quels  seront 
les  résultats  de  cette  artiticieuse  tournure,  em- 
ployée pour  exproprier  l'Etat  plus  promptement, 
au  mépris  des  régies  sur  l'observation  desquelles  la 
commission  de  surveillance  a  le  droit  de  compter. 

En  taisant  abstraction  dr  ce  tju'il  sembleroit  y 

avoir  il'élran"»'  dans  1;>  conduite  dr  INI.  le  ministre 

n 

rirs  (înances,  il  srroit  ,  ji;  crois,  difTicik"  de  prouve)- 
l'avantagée  ciui  j>eut  résulter  pour  l'Etal  de  la  vente 
précipitée  de  iJO,ooo  hectares  de  bois.  Assuré- 
ment ces  bois  seront  moins  bien  vendus  qu'ils  ne 
l'auroient  été  av<'c  les  sages  précautions  adoptées 
par  la  caisse  d  amortissement.  Car  plus  il  v  a  d'un 
objft  qu«'lcon(jUL'  en  circulation,  moins  il  a  de  va- 
Irur;  plus  vous  vous  pressez  de  vendra,  et  moins 
■\()s  marchés  sont  bons.  Quant  aux  propriétés  par- 
ticulién's,  elles  ne  peuvent  (jue  suullrir  beaucoup 
de  tftte  prodigieuse  quantité  de  fonds  mis  simul- 
tanéiurnl  vn  vente,  et  la  valeur  teriitoriale ,  tout 
comme  les  r«'\euusdes  bois,  doivent  en  épr<»u\er 
un  sensible  dommage.  Voilà,  à  ce  qu'il  semble, 
ce  que  dit  le  simple  bun  sens  ;  mais  le  bon  sens  ,  en 
iinances  tout  comme  ailleurs,  ne  semble-t-il  pas 
être  mis  à  l'arriéré;* 

I. es  dernières  séances  des  Chambres  r)nt  ofiVrl 
un  intérêt  réel  dans  les  discussious  sur  l(|s  change- 


(  2^6  ) 
tttens  à  faire  au  règlement  pour  les  pétitions,  et 
sur  le  projet  de  loi  qui  tend  à  décerner  une  ré- 
compense nationale  à  M.  le  duc  de  Richelieu.  Ce 
dernier  projet  a  passé  aux  Députes  à  une  majorité 
de  cent  vingt- quatre  voix  contre  quatre- vingt- 
qTiinze.  Dans  la  séance  du  vendredi,  ]M.  de  Cor- 
bière a  donné  vme  nouvelle  preuve  de  la  profonde 
érudition  et  de  la  forte  logique  qui  caractérisent 
tous  ses  discours.  Il  a  improvisé  pendant  long- 
temps, et  il  a  soutenu  tout  l'intérêt  qu'il  est  ac- 
coutixmé  à  inspirer  j'c'est  de  lui  qu'on  peut  dire  ; 
f^ir  honus  clicendi  peritus. 

Nous  n'entrerons  pas  dans  le  détail  des  droits 
nue  pouvoit  avoir  ou  ne  pas  avoir  M.  le  dnc  de 
Biclielieu  à  une  récompense  nationale.  Ces  droits 
sont  horués ,  par  le  projet  de  loi ,  aux  services  qu'il 
fi  rendus  à  la  France  dans  les  conférences  d'Aix- 
la-Cîiapelle;  le  gouvernement  les  signale  comme 
grands.  Il  ne  nous  appartient  pas  de  les  faire  valoir^ 
n'ayant  aucun  document  pour  les  juger  5  nous 
n'aurions  pu  établir  une  opinion  que  dans  le  cas 
où  la  récompense  eût  porté  sur  \es  actes  de  son 
.^dministration.  Mais  ce  que  nous  avons  vu  se 
confirmer  avec  une  véritable  satisfaction  ,  c'est  ce 
que  nous  avions  annoncé  lorsque  nous  avions  dit 
que  la  Chambre  renfermoit  un  grand  nombre 
d'hommes  monarcliiques  ,  véritablement  attachés 
fin  gouvernement  qui  nous  a  été  octroyé  par 
le  Roi  ;  aussi  a-t-on  vu  la  Chambre  rejeter  à 
une  immense  majorité  ce  que  le  projet  de  loi 
])réscntoit  d'inconstitutionnel  ,  malgré  tout  i'ap- 
]tui  que  le  ministère  a  cherché  à  lui  donner,  et 
n'adopter  que  le  projet  ame/2c?c  parla  commission. 

Le  projet  de  loi  sur  la  responsabilité  ministc- 
jirlle  a  été  porté  à  la  Chambre  des  Députés.  Par 
quelle  fatalité  se  fait-il  que  tous  les  projets,  pré- 
vsentés  jusqu'ici  par  les  ministres,  aient  chacun  un 
côt(;  ({ui  soit  en  opposition  avec  la  Chaitc?  La 
voastitulionhalito  ne  devroi^-elle  pas  être  le  pre- 


(  23;  ) 
niicr  caractère  do  leurs  pro^)Osilions  ?  1. 1  Charte 
dit,  art.  56  :  Ils  (les  ministres)  ne  fjcm-'cnt  être 
accu.fés  qiie  votir  fuit  de  trahison  on  de  concussion. 
Des  lois  narticulu-res  spécijieront  cette  nature  de 
délits  ,  et  en  dcterniinerofit  la  poursuite.  Il  est  évi- 
dent, d  après  cet  article  ,  qu'une  lui  dcvroit  spè- 
cilier  la  nature  des  délits  ,  en  même  temps  qu'elle 
<levroit  détemiiner  le  mode  de  poursuite.  Or,  je 
vois  bi^n  ,  dans  le  projet  présenté,  le  mode  de 
poursuite  ,  mais  nulle  part  la  spécification  du 
délit.  Les  développemens  de  M.  le  garde  des  sceaux 
conduiroieut  même  à  penserque  cette  spéciiicaliou 
ne  se  fera  pas.  Ce  vice  du  projet  n  é(liNq)pera  sû- 
rement pas  à  la  Chambre,  -et  elle  a  prouvé^  dan.< 
la  discussion  du  projet  de  loi  relalità  M.  le  duc 
de  Pvichelieu,  i.[u'elle  tenoit  surtout  à  la  cousli- 
tutiounalité.  Comment  est-il  possible  que  les 
ministres  seuls  ne  s'aperroi  vent  pas  de  ce  qui  iraj)pe 
les  veux  du  public? 

Dans  un  moment  où  on  est  tout  occupé  de  ques- 
tions législatives,  il  est  important  de  rapj)oler  un 
ouvrage  où  1  ou  trouv»' dCxcelli-iis  ducumeus  dans 
ce  genre  ,  V Essai  liislorirjue  sur  les  clats -généraux 
de  la  province  du  Languedoc  ,  par  M.  Le  bamu 
Trouvé,  ancien  prij'ct  de  l'Aude  (i).  l.e  premier 
volume  lait  cbnnoîlre  Thisloire,  la  composition  et 
les  princij)es  de  la  plus  c('lèbre  de  nos  assemblées 
provinciales;  le  second, cpii  par<ul  dans  ce  momunl, 
décrit,  sous  tous  lesrap[>orLs  de  topographie,  d'his-t 
toire  uaturelU',  d  antiquités  ,  de  population  ,  d  a- 
griculture  ,  d'industrie  et  de  commerix  ,  un  dé- 
partement (pu.-  l'auteur  a  admiiiistré  pendant  (|ua- 
tora^"  ans.  iSous  re\iendrons  sur  cet  ouvrage,  ([ui 
a  été  présenté  au  Roi  et  uux  princes  ,  r-t  quj  s*-  re- 
commande tout  autant  par  les  conuoissancrs  pro- 
fondes de  l'auteur,  que  par  le  mérite  d  un  stvli: 
aussi  élégant  que  lacile.  INI.  (]. 

(i)   Dcax  vol.    111-4",  avec  raiii'f   tt  gravures.    Prix  :  4tt  fr. 
A  I'ams,w1icz  1«  ^jo^Iuaut,  ru«  de  Scidk,  u'  v5,  cl<iuaiCunti,  u°  S. 


(  ^38  ) 
MÉLANGES 

Le  public  a  vu  avec  grand  plaisir  que  M.  Pasquier,  en 
cessant  d'être  garde-des-sceaux,  vouloit  oublier  les  affaires 
de  ce  monde  ,  et  s'occuper  de  littérature,  comme  M.  de 
Lamoignon  ,  dans  sa  retraite  de  Bnville.  Dans  la  discussion 
sur  l'incroyable  récompense  à  décerner  à  M.  le  duc  de 
Richelieu,  sujet  que  les  orateurs  n'ont  agrandi  qu'en  en 
sortant,  M.  Pasquier  a  terminé  son  opinion  par  l'éloge  de 
la  monarchie  constitutionnelle;  et,  tout  rempli  de  ses 
nouvelles  études  littéraires  ,  il  lui  a  appliqué  des  vers  de 
Lefranc  de  Pompignan,  qu'il  a  déclamés  à  la  tribune 
avec  une  grâce  qui  rappeloit  la  manière  si  séduisante  de 
M^'^  Mars  : 

Le  Dieu  poursuivant  sa  carrière  , 
Verse  des  torrens  de  lumière 
Sur  ses  obscurs  blasphëmaleurs. 

Comme  il  n'y  a  plus  de  ministre  de  la  police,  on  ignore 
de  quel  Dieu  M.  Pasquier  a  voulu  parler.  Quant  aux  blas- 
phémateurs, M.  Manuel  a  cru  devoir  répondre.  Il  a  pris 
la  parole  pour  vanf erla  liberté ,  et  il  a  appliqué  tout  chaud, 
à  cette  déesse ,  d'un  ton  qui  rappeloit  la  manière  de  Talma , 
les  mêmes  vers  que  M.  Pasquier  venoit  de  citer.  Les  tri- 
bunes ont  applaudi ,  sans  doute  à  cause  de  la  nouveauté. 
Un  effet,  cela  devoit  être  fort  singulier.  Le  public  ,  qiii 
juge  et  qui  n'applaudit  pas,  a  conclu  de  cette  double 
scène  que  l'accord  entre  les  ministres  et  les  indépendans 
n'est  qu'un  accord  de  circonstance  et  non  de  principes , 
puisqu'il  y  a  une  distance  incommensurable  entre  la  mo- 
narchie constitutionnelle  telle  que  les  ministres  l'enten- 
dent, et  la  liberté  telle  que  l'entendent  les  indépendans. 
Ainsi  nous  pouvons  donner  comme  un  fait  positif  que 
les  ministres  et  les  indépendans  sont  d'accord  surtout  et 
partout,  excepté  sur  les  doctrines,  à  la  tribune  et  aux 
élections.  Cela  promet. 

Dans  cette  discussion,  deux  gardes-des-sceaux  cnt  saisi 
l'heureuse  occasion  de  montrer  à  la  France  qu'ils  ne  con- 
noissoient  pas  le  Code  civil ,  et  qu'ils  ignoroient  que  nous 
eussions  des  lois  sur  un  objet  atissi  important  que  les  subs- 
titutions. M.  de  Corbières,  qui  est  obligé  d'élre  instruit 
parce  qu'il  ne  court  pas  la  carrière  de  la  haute  adminis- 
tration, a  été  réduit  à  leur  donner  une  leçon  de  droit^  et 


(  239  ) 
M.  le  gardc-dcs-sccaux  en  exercice  en  a  remercie  M.  de 
Corbières  en  l'appelant  savant  jurisconsulte  ;  il  est  vrai 
qu'en  ce  rrionient  il  n'auroit  pu  appeler  M.  de  Corbières 
son  colli'5;uc  :  !a  distance  éioit  trop  grande. 

M.  le  comte  de  Sainl-Aulaire,  en  voulant  faire  des  rë- 
pulations,a  perdu  une  grande  partie  de  celle  qu'il  avoil 
autre  lois  dans  le  monde  comme  homme  d'esprit.  Il  avoit 
entrepris  la  lâche  difficile  de  faire  à  la  lois  l'éloge  de  M.  ie 
duc  de  Richelieu,  et  l'élof^e  de  M.  le  comte  de  Cazcs.  11  a 
dit  que  ce  qui  prouvoit  le  mérite  incomparable  de  M.  de 
Kichelieu,  c'est  que  personne  n'en  disoit  do  mal,  '•'J  que 
ce  qui  prouvoit  le  mérite  encore  incomparable  de  M.  de 
Caaes,  c'est  que  personne  n'en  disoit  de  bien.  On  peut 
choisir  entre  ces  deux  mani^res  d'obtenir  une  récompense 
nationale  et  de  quitter  le  ministère,  ou  de  garder  le  mi- 
nistère en  attendant  une  récompense  nationale.  M.  de 
Sainl-AuIaire  a  mêlé  à  tout  cela  des  détails  de  parenié  qui 
annoncent  un  bon  coeur,  et  des  honneurs  d'alliance  qui 
sentent  un  peu  la  vieille  cour;  mais  lorsqu'oubliant  que, 
comme  député  ,  il  n'avoit  aucun  motif  de  rappeler  qu'il 
et  Wcau-pèrc  de  M.  de  (^azcs,  il  y  a  cependant  conduit 
les  esprits,  les  auditeurs,  à  leur  tour,  se  sont  rappelé  ces 
mots  si  naïf  de  la  fable  du  Hibou  : 

Mes  iielils  sont  nii;;nons, 
n«>aux,  bien  Ijils  et  jolis  spr  tous  leurs  rompagnon5. 

Toute  cette  discussion  à  roccasion  d'une  récompense 
nationale,  demandée  en  faveur  d'un  ministre  par  ceux 
(]iii  se  sont  réjouis  de  son  éloigncment ,  n'a  offert  que 
<lfs  contrastes  que  M.  Comel-Dincourt  a  lait  ressortir 
avec  tant  de  finesse  et  tant  d  esprit  qu'on  peut  affirmer 
(|uc  Son  discours  durera  plus  qui!  le  majorât  de  .M.  de 
Uichelicu.  Il  est  le  dernier  de  son  nom  ,  et  on  ne  lui  a  pas 
accordé  la  faculté  de  «lésigner  un  héritier,  même  parmi 
.ses  neveux.  I  a  récompense  est  viagère  ;  ce  n'est  qu'une 
pension  assignée  sur  le  résidu  des  biens  nationaux;  résidu 
qui  dire  Sï'pt  ou  huit  cimetières,  quelques  églises  aban- 
données, quelques  meneaux  de  prés  «|uc  des  émigrés 
n'ont  pas  réclamés,  quelques  rentes  de  cinq  francs  ou  d« 
dix  francs  qui  nppailienncnt  aux  domaines  faulc  de  Irou- 
xcr  d'autres  possesseurs  ;  de  sorte  <pi"il  latitha  assigner  au 
doniiaire  une  vingtaine  de  déparleuiens  pour  lui  liaire  une 
somme  atmucllc  de  cinquante  mille  francs.  l'ist-cc  là  pos- 
séder? Ksi  ce  ainsi  fpie  l'Angleterre  accorde  des  récom- 
penses Dalionalcs?   Toute   récompense  donnée  au  nom 


(  24o  ) 

d'une  nation  a  pour  but  moral  !a  perpétuité.  Transmettre 
a  la  postérité  le  souvenir  et  la  reconnoissance  des  grandi 
services,  tel  doit  être  et  tel  a  toujours  été  l'objet  des  fon- 
dations ;  lorsqu'on  se  borne  au  viaj^er,  ue  sernble-t-ou 
pas  reconnoitre  que  les  services  rendus  ne  méritent  pas  de 
se  conserver  dans  la  mémoire  des  hommes  au-delà  de  la 
vie  de  celui  qu'on  récompense?  mais  il  est  tout  simple  que 
l'absence  de  lof;ique  fasse  se  remarquer  pajlo.ut  où  il  y 
a  absence  de  sincérité.  Dans  cette  al  faire  on  a  joué  pour 
amuser  la  galerie  ;  et,  d'après  les  correspondances  prii>ées  , 
la  galerie  n'est  pas  en  France. 

—  Nous  avons  parlé  de  la  première  in.surrection  des 
jeunes  citoyens  élèves  du  lycée  Louis-le-Grand.  Le  Jour- 
nal Je  Paris  avoit  reçu  l'ordre  d'arranger  un  récit  pour 
<]u'il  y  eût  de  1  exagération  dans  le  nôtre,  et  nous  pou- 
vions courir  le  rifque  d'être  attaqués  en  calomnie  pour 
avoir  défendu  le  pouvoir  des  maîtres.  Vendredi  dernier, 
on  sut  qu'il  devoit  y  avoir  une  nouvelle  insurrection  ;  elle 
éclata  en  elïet  à  minuit ,  avec  tous  les  accompagnemens 
nécessaires  pour  motiver  l'appel  d'un  commissaire  de 
police, et  de  ta  gendarmerie  3  ce  qui  a  toujours  bonne  mine 
dans  une  maison  d'éducation.  Celte  fois,  il  s'agissoit  du 
rappel  des  bannis  ;  rien  n'est  plus  dans  les  règles;  lintérêt 
pour  les  bannis  est  aujourd  hui  de  rigueur.  11  semble  que 
la  justice  divine  force  les  consciences  à  s'écrier  :  «  Nous 
i>  ne  valons  pas  mieux  les  uns  que  les  autres;  pourquoi 
»  donc  punir  quelques-uns?  »  il  paroit  que  la  tranquillité 
se  rétablira  dans  ce  lycée,  quand  les  élèves  seront  tous 
renvoyés  pour  une  cause,  et  les  maitrespour  la  cause  con- 
traire. Les  mesures  qui  ont  ete  prises  pour  apaiser  cette 
nouvelle  insurrection,  donnent  la  flatteuse  espérance 
que  bientôt  on  sentira  l'avantage  de  ne  faire  qu'un  seul 
corps  des  inspecteurs  de  gendarmerie  et  des  inspecteurs 
de  l'Université. 

ï-a  première  livraison  de  la  Bibliotiièque  Royaliste,  que 
nous  avons  dernièrement  annoncée  à  nos  lecteurs  ,  vient  da 
paroilre  ;  elle  justifie  l'idée  que  le  prospectus  faisoit  concevoir 
de  cet  ouvrage  ,  et  les  rirconstances  semblent  devoir  en  aug- 
menter chnque  jour  l'iutèrèt. 

Opinion  de  M  Cornet-Dincourt,  de'pute' de  Fa  Somme,  sur 
le  Projet  d'une  Récompense  nationale  en  faveur  de  M.  le  duc 
■de  Richelieu.  Prononcée  en  séance  publique  le  28  janvier  i-Siq. 
Prix  :  23  c.  A  Paris,  chez  Le  Normant .  rue  de  Seiue  .  n  ".  8; 
et  quai  Conti ,  n"  5,  entre  l'hôtel  des  Monnoies  et  le  Pont-Neuf. 

IMPRIMERIE  DE  LE  NORMAJNT,  RUE  DE  SEINE, 


Tome  II.  Dijc-Tteuvième  Livraison. 


^]J  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  nonnetes  Gens.  ^ 


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«^>y;S'Oi)^^o  00030  o  ccc^:^^€^e^eej» 


AVIS  DE  L  EDITEUR, 


Les  Personnes  (jui  n'ont  sousa-it  que poitr  le  pre- 
mier volume  composé  de  treize  Livraisons^  et  cpdsont 
dans  l'intention  de  recevoir  maintenant  le  second 
volume ,  sont  invitées  à  vouloir  bien  faille  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible^  si  elles 
veulent  éviter  tout  retard  dans  l'envoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  difpartemens  sont  aussi 
priés ,  pour  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement^  et  surtout 
de  ne  pas  oublier,  comme  cela  est  arrivé  plusieurs 
fois,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d'un 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  1 4  fr-  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés  ,  fi-nnc 
de  port,  à  M.  Le  Normant,fds,  Editeur  du  Con- 
servateur ,  rue  de  Seine,  //"  8,  F.  S.  G. 


On  souscrit  aussi  chez  les  Libraires  ci-dessous  désignés  ; 


Abbevllle,  chei  Giare. 
Acen,  Noubel. 
Aleiiçon,  lioiivoust. 

.  \  Fourni  er-Mame. 

Angers,     |  p^^-ig. 

Argentan,   l-errrsne. 

Avignon  ,  Seeuin  aioé. 

Bayeux,  Groult. 

-.  t  Ronzom. 

Bayonne.     ■  ^^^^^^ 

Besançon,  Girard. 

I,     j  )  ^  '  Bergeret. 

Bordeaux,    |  ^as^iol. 


I     Marseille 


f  ('.'imoiii  frci 

,      }   M,.svi;rt. 
I  Cli.iix. 


Brest, 


Lefournier  et  Desperiers.  | 

Michel.  I 

Cien,  Manoury  aîné.  | 

Cambrai ,  Hcrtout.  | 

Chà'.ons-iUr-Saône,  Dej  'ssieu.  | 

Ch;irleville  .   Cli.  Kaucourt.  | 
Chartres,    Hervé. 

Clermoiit  --  Ferr.md  ,    Thibault—  | 

Landii.-t.  I 

Dijon,  C  •<iiipt.  I 

Douai  ,  Tarlior.  | 

Grenoble,  Du'and.  j 

l.aval .  Graiiiipre.  | 

l.ilie.  Vanackere.  | 

Limoges,  Harbuu-Descourières.  ( 

(Lie!),iux.  I 

Mjirc.  I 

^   IVriise  frères.  | 

I  ll.i..nJ.  I 

'   l{oti;iirc.  I 

Au  Mans,     J  ,,^.^^.,,^^ 


Lyon  , 


MeU,  cher  l'evilly. 
Montauban.  I.a  lorpue. 

Montpellier,    j   vc'u^,,.;,,^. 

Nanci,  V*^  Bonto'.ix. 
,.,  \  Ijuiii  uil  aîné. 

Nantes,    j  H„.^^uil  jeune. 
Nimes.   Gaude  fils. 
Niort.  M""  K.  Orlilat. 
Nulles.  MeNjuiond. 
Oilcans,  Monceau, 
l'eipi^iian,   AIzine. 
PuiliLTS  .  IJ.irlt.cr. 
Quimpcr,  Cii.Tpilain. 

Rennes,     {  M""  v  Froul. 

'  M"«  \  atar. 
1.3  Rochelle,  Pavie. 
Rodez  .  Carrere. 

RI  Frrie  aîné', 
ou  en,    '   o  I, 

'    (  l\en.iult. 

Saumur  .  Df^coiiy  aine. 

«,       ,  ll.i  vr.iult. 

î>trasboiirR  .  {  c       •   _ 
"    f  r  evrier. 

Saint-Brieuc.  Prudliommc. 

IScnac, 
Prunet. 
.Manavit. 
Fr.  Vieusseux. 
Touri,  Alnine. 
\':ilencc.  Marc-Aurel. 
N'er>ailles,  Ange. 
V  ilIcneuve-sur-Lot,  Crosilhes. 


I.ilirnires  dans  les  Pays  ttrai!:rr5 


,  IVIoiis  ,  Ltroiix. 

I  l  ondres,  Dulau  et  Comp. 

I  Naples,  BorL'I. 

I  Turin .  IJocca. 


Berlin.   ^chlesinRcr. 
Bruxf  lei.  Lecharlier. 
Gand,    lloudin. 
Genève,  P.)-<lioud. 
Bruxelles,  Hor^nies  Renier. 

LIVRE  NOUVEAU. 

Kèmnirtt  liistonijnes  trlalijs  à  lu  l'onle  rt  h  /' /î/i'i-a/inn  de  la  Statue 
èqiiKilrv  tir  llrnti  li  sur  If  lerre-pL-in  du  Pnnl- \fuf\  n  Paris  ,  avec  d«  s 
gravure»  à  r«:iii  lorle  rcprc  si  nt;it)t  rancieiiiie  et  l.i  nnuvellf  Slaluc  ; 
drdies  ;*u  l^oi  par  AL  V,\\.  J.  Lato  ie ,  consci  %  .ilcur  ^i-s  nioiiunidis  pn- 
l>li(  i  de  Pai  i>  \x  rr  i  etic  épigraphe  :  Cii'ium  uictas  lYsiituit.  LU  vol.  in-h"» 
de  ^<y>  pa!;c»  .  bioihé.  Prix  :  8  fr.,  et  q  ("r  îio  t  .  franco.  A  Paris,  chci 
If  Nurni.iiil,  me  de  Seine,  n"  8    et  «juai  Coiili  .  n'  5. 

(^«•t  Oiivragr  ,  publié  p.ir  ordie  de  .S.  Exe.  le  ininiNire  secrétaire 
d'Elat  de  i'iilérii-ijr.  comprend  :  i".  une  Inlrodui  lion  ou  I  an  ifltc  un 
cuiiD^'<ril  rapidr  sur  larl  de  \s  Fonte  <  liei  les  jiiciens  sur  les  .Sl.itue:> 
anciennes  el  irio.l  rn<*s ,  .ivrc  un  .\per<u  «le  la  renaissance  de  l'jrl  en 
Italie;  a».  T  Histoire  «le  ia  première  .M.iliir  de  Henri  IV;  3"  enfin  celle 
du  Monument  ipii  a  été  di-rnieremenl  i  evé  a  i  «•  Piiine  par  le  \ct\i  et 
les  d'iii  de  tou>  les  Fr;«n(,,ii>.  —  L'Ouvrage  est  iuivi  d'un  \ppeiidi>e 
«|ui  rcii'erme  toutes  les  i'ifrrs  iifruielle,  relatives  a  la  S'<u>cripli.>n  .  à 
la  Fonte  et  à  l'hlc<valion  de  le  Monuivcnt  ,  ainsi  qu'aux  (^(fiénionio 
tloiil  il  a  éle  l'o(  c.isioii  11  e%l  termine  par  la  Lste  eéij  'raie  ,  par  Oépar- 
tement  et  par  orilrr  alph  die(ii|ue ,  de  tous  les  buuscripicurs  qui  out 
concouru  a  ion  rctablisseincnt. 


\    c/e   -/J  /ff?'af,Jo?U^    at/6    Aar<7Ûro?//r  a    dcj    e/foae/cj   au/c' 
I  r(    ^ar^jj    c//ez    ^e    ry&o?'/?ia?//^  n/j,    Ocù/car^ 


( 
\.e 


'     'jio  /.   , ,    r/f/a/,"c     ce/. 
/  /  • 


^^èt  cle^iafifùp  '  -eâ  eni'OùJ    re/a//r.J-  tr    ceâ   o^M'^'a'nc, 
aoùve?2â   e/f^    aare/ifif^   Âa?ic   ac  /wr/^    an    (9ocfrea(/'    aie 


&e  f'^nJi^'miene  (/e   ^c   ry^or?na9?â. 


«VVW^IWV\NV\VV^~.    W  .\V\\\V\>,    %»VV\V»V%V\\V%W\\\V\\V\\X>>l\\V\V*N\\\V\\\\<V\V\'» 


LE  CONSERVATEUR. 


Sur  les  Annales  Littéraires  (i), 
ou 

DE  LA  LITTÉRATURE  AVANT  ET  APRÈS 
LA  RESTAURATION. 

Nous  avons  parlé  do  la  mor.ilr  dca  int(?rêts  et  de 
rrlle  des  devoirs;  nousavons  (litqiie  lo  svslèine  mi- 
nistériel a  plus  corrompu  la  France  dans  rfuelqucs 
nnnccs  que  la  révolution  dans  un  quart  de  siècle  ; 
nous  avons  examiné  ce  système  dans  ses  ell'et>; 
j)olitiquc<  (\  moraux  :  que  seroit-ce  si  nons  l'eus- 
sions con.sidéré  rians  srs  rapports  avec  la  religion? 
11  est  si  naturellement  flcstrnclJUr  (jn'il  ét<n<l  5a 
inalit;ne  inllnence  |US(ju«'  sur  les  lettres  :  en  res'jus- 
citant  les  prinLi[)esde  la  révolution  ,  il  lait  revivre 
la  laufjue  révolution»aii'<'.  l'crba  rctn  xefjuenfiir. 

Lors«pie  la  France  ,  fati|:(uée  de  l'anarcliie.  chcr- 
clia  le  repos  dans  le  despotisme,  il  se  lorma  une 
«•spèce  de  lif^ie  des  hommes  de  t.detit  ]>our  nous 
ramener,  par  les  saines  doctrines  littéraii-es ,  aux* 
doctrines  conservatrices  t^-  la  société.  MM.  «le  La 
Harpe,  d«*  Fonfanes,  de  Bonald  ,  M.  l'ahbé  de 
^auxeiles,  .M.  (iuenau  de  Mtrssv  écrivoi«.'nt  dans 
/<■  Mcrcurr;  M.M.  Uussaidt  ,  Feletz,  Fiévée,  Sainl- 
\  ictor.  ndissoniinde,  Cnoflrov,  M.  l'.ddx'  delUm - 


{\)  Annnlf^  littrritrrt  ,  ou  C/init  chrrtrinùni^ufui'  (/!•■:  iinncifinii  r 
articles  lir  tiittriitiirr ,  int<-ri'5  par  M.  Dtissaull  il.ms  li*  Journal 
dti  Dt'bult.  (,)jalrf  vf»I.  in-.S».  Prit  :  u-S Jr.,  et  M}  f.  p.ir  la  posl». 
A  Par-s,  rhtz  M.ir.nl.in,  rur  Giv-nrf;.ii'i({ ,  n''g;  el  l«-  Noiiiiant  , 
rnc  d»"  Scinr.n^B,  et  iju:n  Cmili.   n' 

Tgxx  U.  —  19*  UvRAiso».  16 


(  24a  ) 
logne,  combattolent  dans /e  Journal  des  Débats. 
«  On  a  vu  ,  (lit  M.  Dussault  parlant  de  cette  époque 
0  si  reraarquaLle  poui-  les  lettres  5  on  a  vu  des 
'.  talens  du  premier  ordre  entrer  dans  cette  lice 
.-des  écrits  périodiques,  pour  y  comLattre  tous 
^des  faux  systèmes  ....    ; 

jTout  le  système  de  l'opinion  publique  étoit, 
))pour  ainsi  dire,  à  recréer.  Le  mauvais  sens  et 
j l'erreur  avoient  tout  infecté  en  politique,  en 
))morale,  en  littérature  5  les  vrais  principes  en 
;)tous  genres  étoient  méprisés,  proscrits,  oubliés- 
'}  tout  ce  qui  sert  de  garantie  et  de  lien  à  l'ordre 
).  social  étoil brisé,  et  les  règles  du  goût,  plus  unies 
»  qu'on  ne  pense  aux  autres  élémens  conservateurs 
■>  delà  société,  avoient  subi  la  destinée  commune.  » 

La  littérature  révolutionnaire  fut  foudroyée  , 
et  le  goût  reparut  dans  le  style  avec  l'ordre  dans 
l'Etat. 

Ruonaparte  favorisoit  cette  entreprise,  quoi- 
qu'il sût  bien  que  presque  tous  ceux  qui  la  soute- 
noient  étoient  ennemis  de  son  gouvernement.  Il 
Jisoit  un  jouràiM.  de  Fonfanes  :  h  II  y  a  deux  lit- 
w  tératures  en  France  :  la  petite  et  la  grande  ;  j'ai  la 
»  petite, maislagranden'estpaspourraoi.»  Etpour- 
tantillaissoit  faireà  cette  grande  littérature  qui ,  de 
son  aveu  ,  n'étoit  pas  pour  lui ,  mais  qui  recompo- 
soît  les  principes  de  la  monarchie,  en  détruisant 
ceux  de  la  révolution.  Or,  comme  il  vouloit  ré- 
gner, peu  lui  importoit  de  quelle  main  il  recevoit 
le  pouvoir.  Aujourd'hui  le  gouvernement  a  aussi 
pour  lui  la  petite  littérature  ;  la  grande  se  tait. 

Il  y  a  un  monument  précieux  de  l'état  de  la  lit- 
térature, sous  B'jonaparte,  c'est  le  recueil  que 
nous  avons  déjà  cité  plus  haut.  Si  on  écrivoit  aar 
jourd'hui  la  plupart  des  articles  qui  composent 
les  annales  huéraircs ,  non  seulement  on  cricroit 
au  gothicisme,  au  fanatisme,  à  la  réaction,  mais 
il  est  probable   que  ces  articles  ne  scroient  pa« 


(  243  ) 
Taimi-,  rt  la  coiisurc.  Quel  censeur,  pai'  exemple^ 
seroit  asscr  téméraire  pour  laisser  passer  le  inor- 
cean  suivant  ? 

«  Sans  cloute  nos  pnulens  penseurs ,  dît  l'auteur 
y^iics  yinnales  littcjàircs ,  ne  doivent  point  pro- 
>.  iToncer,  sans  un  secret  effi'oi ,  le  nom  de  Boileau. 
>)  \\s  d(ii\ent  craindre  qu'il  ne  sortît  de  ses  cendres 
)ipour  les  «léinasquer.  <)nelle  matière  en  efi'et  le 
),  siècle  dei-nier  n  auroil-il  pas  ollerl  à  sa  vcr\tr 
»  satirique  I  Combien  n'anroit-il  pas  trouvé,  sous 
))les  étendards  de  la  philosophie  ,  de  mauvais  écri- 
))  vains  à  railler,  de  charlatans  à  dévoiler,  de  pix-- 
»)leuti()Hs  à  coulbudre,  d'injustes  réputations  a 
),  iH-nverstr  î  De  quel  oiil  auvott^il  vu,  de  quels  trait* 
ï)dt!  ritlicule  aur<)i1*-il  marqué  un  l'héteiir  bonr- 
))  soufflé  comme  l'homas,  un  dt'xlamtiteur  Iréné- 
),  ti<[ue  couinie  Diderot,  un  bel  esprit  pincé 
K  comme  d'Alrndurt,  un  rêveur  de  systèmes  ridi- 
),  cnles  c«»mun-  Helvélius,  et  ces  auteurs  de  tragc- 
>,  di«;  à  la  Shak«'<;peai*c ,  et  ces  Valseurs  de  drames 
),  aussi  ennJiVetiK  (fue  lugubiTs ,  et  ces  marcliands 
),<le  comédies  à  la  pince,  et  cette  foule  d'intn'^aus 
)>  littéraires  de  toute  espèce,  qui  connoissoient  aussi 
),]»eu  l'ait  d'écrire  qu  ils  connoissoicnt  bivn  l'art 
>,  de  se  l«ire  <lts  réputations,  cette  lolde  de  Cot- 
>, tins  et  de  l*ellrtirrs  n(juv«'au\',  qui  s'cmparoicnt 
>,  subtilement  deTatlmiration  d'un  siècle  dont  ilsne 
))  méi-itt>i<i»t  q«je  le  mépris?  Mais,  puisque  la  nt\^ 
))lu*v  lie  prodit^ue  pa!^  les  hommes  tels  que  Boi» 
)/le«u,  et  puisqu'elle  ne  produit  pas  ordinairf*- 
).  Tnrut  deuk  tnlens  d«'  cette  lorce  dans  un  espace 
»)<le  temps  si  bortié,  qu'on  Se  figure  seulement 
5j  Voltaire,  avec  !r  rare  talent  qu'il  a\oit  pour  se 
>iwr\îr  de  larme  du  ridicule  ,  dont  il  a  tant  nbusé  , 
>)  loumr^nt  cff  ti"  ménir  arme  ,  si  redoutable  «iitrc 
)jses  main-^,  contre  ceux  dont  il  s'éloit  dcclat-e 
»  l'appui  et  le  chef  ,  et  8c  niO([nant  d'eux  tn. 
»puL!ic,  comme  il  *>'<  n  morpiuil  «juclquefovï  tH 

iC. 


(  M4  ) 

»srcret.  Croit-on  que  tout  cet  édifice  de  rcpul.1-- 
))  tions  factices,  bâties  sur  le  sable  et  sur  la  boue  , 
«auroit  pu  résister  aux  traits  rfu'il  auroit  su  lan- 
))cer?  S'il  avoit  seulement  dirigé  conti'C  la  fausse 
))et  dangereuse  pliilosopliie  de  son  siècle  la  moitié 
»  de  Tesprit  qu'il  a  prodigué  contre  les  institutions 
»lcs  plus  utiles  et  les  plus  sacrées,  c*en  étoit  fait 
»de  tant  de  beaux  systèmes,  de  tant  de  brillantes 
^renommées,  de  toute  cette  sublime  doctrine 
))dont  nous  avons  pu  appréci'cr  les  effets,  après 
»en  avoir  admiré  si  long-temps  et  si  stupidement 
)kles  tlrtîories.  » 

Nous  le  répétons ,  présentez  aujourd'hui  de  pa- 
reils articles  à  la  censure,  et  l'on  y  verra,  avec  une 
conspiration  contre  le  Roi ,  la  destruction  de  la 
Charte  ,  le  rappel  des  moines  et  le  l'etour  à  la  féo- 
dalité. 

Toutefois,  a  Tépoque  où  l'on  mauifestoit  ces 
pensées  ,  elles  sembloient  si  naturelles  à  chacun  , 
qu'elles  trouvoient  à  peine  des  contradicteurs, 
M.  de  Barente  ,  dans  un  ouvrage  remarquable 
sur  la  littérature  française  pendant  le  dix-neu- 
\>ienie  siirclè ,  ne  parie  pas  avec  plus  de  respect 
des  écrivains  de  cette  époque.  «  Ce  sout  ,  dit-il  , 
))  des  écrivains  vivant  au  milieu  d'une  société  fri- 
»  vole ,  animés  de  son  esprit ,  organes  de  ses  opi- 
»  nions ,  excitant  et  partageant  un  enthousiasme 
»  qui  s'appliquoit  à  la  fois  aux  choses  les  plu^  fu- 
»  tiles  et  aux  objets  les  plus  sérieux  ;  jugeant  de 
»  tout  avec  facilité,  conformément  à  des  impres- 
))  sions  rapides  et  momentanées  ;  s'enquérant  peu 
»  des  questions  qui  avoicnt  été  autrefois  débattues; 
»  dédaigneux  du  passé  et  de  l'érudition  ;  enclins  à 
»  un  doute  léger,  cjui  n'étoit  point  l'indécision 
V  philosophique  ,  mais  bien  plutôt  un  parti  pris 
»  d'avance  de  ne  point  croire  5  enfin,  le  nom  de 
»  philosophe  ne  fut  jamais  accordé  à  meilleur 
»  marché^  » 


Les  pliilosophes  (jni  avoiciit  accjiiis  leiir  nom  à 
si  bon  marché  ,  mcriloitnt  bien  d'être  démascjucs 
par  ccuv  qni  ont  été  les  victimes  de  leurs  prin- 
cipes. Fn  voyant  la  ligne  qui  s'étoit  iorniée  contre 
ces  premiers  auteurs  de  nos  maiiv  >  le  critique  à 
qui  nous  devons  les  A'ti^ci^î'^-,  se  croit  silr  du  triom- 
j)he.   K  Ouest  désal)U.>»é ,  dit-il ,   du  cîiarlafanisme 

»  littéraire  ,  delà  i'orrauterié  philosophique 

j)  Quel  singulier  spectacle  offroit  la  littérature 
»  liNinçaise  .  On  vit  jusqu'à  de  misérables  poètes  , 
»  qui  u'aN  oient  rien  dans  la  tète  que  quel(]ues  hé- 
»  misliclies  ;  des  laiseuvii  de  mauvaises  tragédies 
M  ])lcins  d'orgiuil  et  vides  d  idées;  de  petits  auteurs 
u  de  vers  galans  ,  bouffis  de  suffisance,  se  croire 

M  des  législateurs Q'est  un  public,  dit-on,  (jui 

»  manque  à  noire  littérature....  Oui,  sans  doute, 
>•  Messieurs  ,  il  nian(pi<'  un  public  à  voli-^  littéra- 
>»  turc  ,  et  ce  public  lui  ni;»n([uera  long-teuqjs  , 
M  parce  qu'on  est  aujourd'hui  pleinement  désabusé 
M  de  toutes  vos  folles  idées  ,  de  tous  vos  \aius  sys- 
>*  témes.  » 

Que  l'auteur  n*a-t-il  dit  la  vérité  \  jMais  pouvofl- 
il  j)révoir  que  ce-  doctrines  qui  sembloieut  à  ja- 
iii;iis  détruil<;s ,  éloient  si  prés  de  renaître?  pou- 
voit-il  devim-r  fjue  ces  filles  illégitiun's  de  nos 
malheurs  reparoîtroient  avec  la  légiliuiité  ? 

Veut-on  faire  nu  rapprochement  curieux?  qu'on 
lise  les  articles  des  yimutJi'i  /lUcraircf  ^  et  qu'on 
les  compare  à  ceux  ou  l'oM  jiréch»;  ouverlenu'nt  ht 
déuiocralir  rhius  no'j  journauv  censurés.  La  cen- 
sure impériale  ^ui  laissoit  j)asser  les  articles  mo- 
narchtque.s,  avrétoit  les  articles  démocratiqueu  : 
c'éloit  au  moins  du  bcJi  sens  dans  le  dcqjotisnie. 

Kn  parroumn»  le.s  Anitalcs  fitrrtairrs  ^  on  peut 
f-iirc  eHcore  «ne  autre  observation.  :  on  y  voit  p.ir- 
tout  annoncée  |;j  réimpres.sion  desauh'iu'S  du  siècle 
à*'.  Louis  A.1V^  miiiul"ii:»nt  ce  sont  Us  auteurs  i!r> 


('  ^6  ) 
siècle  de  Louis  XY  cju'on  rrimprîme  ;  ou  vouloit 
conserver  :  voudroil-on  détruire? 

Aujourd'hui  que  les  bonnes  études  s'en  vont 
avec  le  reste  ,  la  publication  des  ^Jlnnalcs  est  un 
véritable  service  r<'ndu  aux  lettres.  On  trouve  par- 
tout dans  ce  recueil ,  avec  la  tradition  des  saines 
doctrines,  ua  jugement  sûr,  un  goût  formé  à  la 
meilleure  école  ,  un  style  clair ,  cxceUent  surtout 
dans  le  se-rieux,  une  verve  de  critique,  et  un  talent 
qui  emprunte  delà  raison  une  naturelle  éloquence. 
Il  y  a  cependant  dans  les  Annales  un  principe  que 
nous  ne  pourrions  complètement  adopter.  L'au-. 
teur  pense  que  la  critique  n'étouffe  que  les  mauvais 
écrivains  ;  rinelle  nest  redoutable  quà  ta  méf/io- 
critê.  JNous  ne  sommes  pas  tout-à-lait  de  cet  avis. 

Il  étoit  utile,  sans  doute,  au  sortir-du  siècle  de 
la  fausse  philosoplue,  de  traiter  rigoureusement 
des  livres  et  des  hommes  qui  nous  ont  fait  tant  de 
mal,  de  réduire  ^  leur  juste  valeur  tant  de  répu- 
tations usurpées,  de-iaire  descendre  de  leur  pié- 
destal tant  d'idoles  qui  reçurent  notre  encens  en 
attendant  nos  pleui*s.  Mais  ne  scroit-il  pas  à 
craindre  que  cette  sévérité  continuelle  de  nos 
jugemens  ne  nous  fît  contracter  une  habitude 
d'humeur  dont  il  devicndroit  malaisé  de  nous 
dépouiller  ensuite?  Le  seul  moyen  d'empêcher 
que  cette  humeur  prenne  sur  nous  trop  d'empire  , 
seroit  peut-être  d'abandonner  la  petite  et  facile 
critique  des  défauts ,  pour  la  grande  et  difficile 
critique  des  beautés.  Les  anciens,  nos  maîtres, 
nous  ofTi-ent  en  cela  conime  en  tout,  leur  exemple 
à  suivre.  Arisiote  a  consacré  le  XXI V^  chapiti-e  de 
.■îa  Poétique  à  chercher  comment  on  peut  excuser 
.ertaines  fautes  d  Homère  ,  et  il  trouve  douze 
réponses,  ni  plus  ni  moins,,  à  faire  aux  censeurs; 
naïveté  chariiiaute  dans  uu  aussi  gi'and  homme. 
Horace  ,  t^ont  le  guiVt  étoil  si  délicat,  ne  veut  ])as 
loiFenser  de   quelques   taches   '   Jyoïi  ego  paucis 


(^47) 
offert cîar  maculis .  Quiatiiieu  trouve  à  louer  jr.sqKc 
dans  les  ccrivitins  <j^a  ii  conciaiajie  ^  et  s'il  blâme 
dans  Lucain  l'ail  du  poète,  il  lui  leconnoît  le 
mérite  de  l'oratcux'  :  Mugis  oratoribus  quàin yoetis 
enuineraïuius, 

Uue  censure,  lût-elle  excellente,  man:[uc  son, 
but  si  elle  est  trop  rude,  tu  voulant  corriger 
l'auteur,  elle  le  révolte,  et  par  cela  m -me  elle  le 
coniirmc  dans  ses  délauts  ou  le  décourage  j  véri- 
table malheur,  si  l'auteur  a  du  talent. 

11  semble  donc  que  1  on  doit  applaudir  avec 
franchise  à  ce  (pi'il  y  a  de  bon  dans  un  écrivaiu  , 
et  reprendre  ce  qu'il  y  a  de  mal  avec  ménagement 
et  politesse.  Racine,  modèle  di;  naturel  <t  de 
simplicité  dans  son  âge  niur,  n'étoit  pas  exempt 
d'ali'c'ctatiou  et  de  recherche  dans  sa  jeunesse. 
Boileau  eût-il  ramené  Racine  aux  principes  du 
^oût,s'il  n'avoit  fait  que  reprocher  durem<:ut  au 
jeune  poêle  les  vices  d<'  son  style?  Mais  vn  mi*m.e 
triups  qu'il  gourmaudnit  l'auteur  de  la  Tlubaulc , 
L'essoit  CCS  vers  èi  l'aulcur  de  PheJrc  : 


triups 
il  aarc 


Que  peut  contre  t«'s  vcii  une  ignorance  vaine? 

Le  Parn.nsse  fr.inçais,  ennobli  prir  In  veine. 

Contre  tous  ces  complots  saura  te  mninteair, 

Lt  soulever  pour  loi  IV-cjuitaMc  .ivenir. 

ï-li  !  oui ,  voyant  un  jour  I.»  douliMir  vertueuse 

I)e  Pliedre  ,  ina'pri*  <oi  pcrfulc,  iiiceslueuse. 

D'un  si  nolilu  Ir.ivail  jiutcinitnl  ctcinuc, 

N*  bt'nir.i  d'aboni  le  iirclc  fortune 

Oui,  rfiiilu  plui  Tiincux  p.ir  te»  illustres  veilles, 

^  it  naître  soin  ta  main  ces  pompeuses  merveilles  ! 

Bossuet  lut,  ilaii"»  sa  ieuuess(î,  un  des  bcau\- 
.•sprits  dr  rUoli'l  de  iiiiiuliouiilet.  l,e.s  premiers 
s^M'uions  (Jf  ce  premier  d*'s  orateurs,  sont  pleines 
dantithéHes,  d'images  incohérentes,  de  baltolo» 
«ie ,  d'exa^'ériilion ,  d'enflure  dt;  stylo.  Ici,  il 
h' écrie  :  luir  l' KternvU  lu,  il  .ippellc  les  eulan^ 
la  recrue,  conlinucllu  Ju  içciire  huiituini  il  tlit  <[ue 
Dieu  nous  rlouuv  (  pur  i^  moi  i  )  ou  appartement 


(  ^4«  ) 

dans  son  palais ,  en  attendant  la  réparation  de 
notre  ancien  édijice  ;  tantôt  cette  mort  est  un 
sou  [fie  languissant  ;  tantôt  nne  rature  qui  doit 
tout  effacer,  etc.  etc.  Si  la  critique,  ti'op  choquée 
de  ces  phrases  bizarres,  eût  harcelé  uu  homme 
aussi  ardent  que  l'évéque  de  INIeaux ,  croit-on 
qu'elle  l'eût  corrigé?  ]Non,  sans  doute.  Mais  ce 
génie  impétueux,  ne  trouvant  d'abord  que  bien- 
veillance et  admiration  ,  se  soumit  comme  de  lui- 
jnéme  à  cette  raison  qu'amènent  les  années.  Il 
s'épura  par  degré,  et  ne  tarda  pas  à  paroître  dans 
toute  sa  magnificence  :  semblable  à  un  fleuve 
qui,  en  s'éloignant  de  sa  source,  dépose  peu  à 
peu  le  limon  qui  tronbloit  son  eau,  et  devient 
aussi  limpide  vers  le  milieu  de  son  cours  qu'il  est 
profond  et  majestueux. 

Ceci  n'est  point  une  simple  figure  de  rhéto- 
rique; c'est  un  fait,  puisque  les  endroits  les  j^lus 
vicieux  des  Sermons  de  Bossuet  sont  devenus  les 
jnorceaux  les  plus  parfaits  des  Oraisons  funèbres. 
Si  Bossuet  ne  nous  étoit  connu  aujourd'hui  que 
par  les  Servions ,  serions-nous  assez  justes  pour  v 
l'emarquer  les  traits  que  nous  admirons  dans  les 
Oraisniis  fmùbres  ?  Le  mal  ne  nous  empécheroit- 
il  pas  de  voir  le  bien,  et  ne  confondrions-nous  pas 
dans  nos  de'eoûts  les  défauts  et  les  beautés  ? 

Une  critique  trop  rigoureuse  peut  encore  nuire 
d'une  autre  manière  à  un  écrivain  original.  11  y  a 
des  défauts  qui  sont  iuhérens  à  des  beautés,  et 
qui  forment,  pour  ainsi  dire,  la  nature  et  la  cons- 
titution de  certains  esprits.  Vous  obslinez-vous  à 
faire  disuaroître  les  uns  ,  vous  déti'uirez  les  autres. 
Otez  à  La  Fontaine  ses  incorrections,  il  perdra 
une  partie  de  sa  naïveté;  rendez  le  stvle  de  Cor- 
neille moins  familier,  il  deAiendra  moins  .sublime. 
Cela  ne  veut  pas  dire  qu'il  faille  être  inco;  rect  el 
sans  élégance}  cela  veut  dire  que,  dans  des  t.len^ 
du  premier  ordre  ,  rincorrectioB  ,  la  fniailvi^iit^  ©u 


(  '49  ) 
tout  autre  défaut ,  peuvent  tenir,  par  des  combi- 
naisons inexplicables,  à  des  qnalile's  «hnincnles. 
«  Qnand  je  vois,  dit  iMontaij^ne,  ces  braves 
»  formes  de  s'explif|uer ,  si  vives,  si  profondes, 
})  je  ne  dis  pas  que  c'est  bien  dire  ,  je  dis  que  c  est 
))■  bien  peuser.  »  Rubens  ,  pressé  par  la  critique  , 
voulut,  dans  (piel(|aes  uns  de  ses  tableaux,  des- 
sinuu  plus  savamment  :  que  lui  arriva-t-il  ?  Lue 
chose  remarcpuiblc;  il  nallcij^nit  j)as  la  pureté  du 
dessin  ,  et  il  perdit  1  éclat  de  la  couleur. 

Aiusi  donc ,  indulgence  ou  cvitif[ue  circons- 
pecte pour  les  vrais  talens  aussitôt  qu'ils  sont  re- 
connus. Celle  indulgence  est  d'aïUeurs  \\\\  foible 
dédommai^cmcnt  des  chaî;rins  sem«;s  dans  la  car- 
rière des  letlres.  Un  auteur  ne  jouit  pas  plutôt  de 
cette  renoniBiée  objet  de  tous  ses  désirs,  qu'elle 
lui  naroît  aussi  vide  qu'«'lle  l'est  en  eilet  pour  le 
boulu'ur  d»;  la  vie,  Pourroit-elle  le  consoler  du 
r<j)Os  qu'elle  lui  enlè\e:*  TarN  icndra-l-il  même 
jamais  à  savoir  si  celte  renommée  tient  à  1  esprit 
départi,  à  des  circonstances  parti«;u!iér<'ii ,  ou  si 
c'est  une  vériUiblc  {gloire  fondée  sur  des  h'irrs 
xé«'ls  ?  Tant  de  médians  livres  ont  eu  une  voj^'ue 
.-i  prodii;iense  1  qiul  prix  peut-on  altadierà  uno 
«élébrité  (jue  l'on  parlnge  souvent  avec  une  foule 
d'hommes  médiocres  ou  déshonorés?  Joignez  à 
r«»Ia  les  peines  secrètes  dont  les  Muses  se  plaisent  à 
aUliger  ceux  <jui  s»'  vouent  à  leur  culte ,  la  perle 
des  loisirs,  \v  dérangement  d(r  la  santé.  (^)ui  \o\\- 
droit  se  charger  de  tant  de  ujauv  pour  les  avan- 
tages incertains  d'une  réputation  «ju'oa  n'est  pas 
si^r  d'obtrnir,  (pi'on  vous  contcsteia  du  moins 
jiendant  votre  vie,  et  que  la  postérité  ne  confir- 
nirra  peut-être  |ias  après  votre  mort?  ('ar,  (luel 
que  s(jil  1  éclat  d'un  succès  ,  il  ne  peut  jamais  vous 
donner  la  cerlilude  de  votre  talent  ;  il  n'y  a  que  ht 
durée  de  ce  succès  (jui  vous  révèle  ce  que  vou9 
^les.  Mai"*,  autre  misère  :ie  temps  tpii  l«it  vivi<4 


(   2^o   ) 

l'ouvrage,  tue  l'auteur;  et  l'on  meurt  avant   de 
Savoir  qu'on  est  immortel. 

Si  l'on  croyoit  que  nous  voulons  rabaisser,  par 
ces  réflexions ,  la  gloire  fies  lettres ,  on  se  trom- 
peroil  :  c'estla  première  de  toutes  les  ç^loircs.  Dis- 
poser de  l'opinion  publique  ,  maîtriser  les  esprits, 
remuer  les  âmes ,  étendre  ce  pouvoir  à  tous  les 
lieux  ,  à  tous  les  temps  ,  il  n'y  a  point  d'empire 
comparable  à  celui-là.  On  peut  braver,  quand  on 
le  possède  ,  toutes  les  infortunes  de  la  vie  :  «  Epic- 
n  tète  „  dit  l'epitaphe  grecque,  boiteux,  esclave, 
»  pauvre  comme  Irns  ,  ètoit  pourtant  le  favori  des 
»  Dieux  !  »  Mais  combien  compte-t-on  de  ces 
génies  qui  naissent  rois,  et  à  qui  la  puissance  ap- 
partient par  droit  de  nature  ?  Sur  un  nombre  im- 
mense d'écrivains,  si  quelques  uns  settîemcnt  sont 
favorisés  du  ciel ,  faut-Il  que  les  autres  poursui- 
vent une  carrière  on  ,  inutiles  à  la  société  ,  ils  ne 
7encontrent  que  misère ,  oubli ,  ridicule ,  une 
cai'rière  où  l'amour-propre  blessé  peut  les  rendre 
les  plus  malheureux  ,  et  quelquefois  les  plus  mé- 
dians des  hommes?  La  chance  d'an  bon  billet 
sur  mille  mauv^ais,  est  trop  désavantageuse  pour 
la  tenter  : 

Soyons  plutôt  maçons. 

Il  nous  est  arrivé  d'aïuioncer  l'avenir  politique 
de  la  France  avec  assez  de  justesse  5  il  nous  est 
plus  facile  encore  de  prédire  son  avenir  littéraire  : 
l'espèce  d'impuissance  dont  nous  sommes  trappes 
aujourd'hui  par  le  svstème  stérile  de  notre  admi- 
nistration, est  un  accident  qui  passera  avec  ce 
système;  mais  il  restera  toujours  dans  nos  lettres 
l'infirmité  de  la  vieillesse  et  le  dépérissement  de 
la  caducité/  - 

Ce  n'est  donc  pas  inutilement  pour  sa  renom- 
mée ,  mais  inutilement  pour  nous,  que  M.  Dus- 
sault  est  venu  dans  ces  derniers  temps  ,  avec  MM.  de 


(  a5i  > 
Fontams  et  de  La  Harpe  ,  éclairev  uûtvc  littoxa-  « 
U»ic  y  il  u'apti  j(.t«v  (le  lomièio  que  sur  des  iuiH«<:  : 
api-ès  le  siicle  d  Aiu^usLc  ,  Qiilutilit'n  donna  de» 
leroii.s  de  goût  à  ceii>:  qui  ue  jioiivcnout  plus  en 
proUtcr  ;  ou  vit  au.s.si,  sau*»  AtUicu  ,  les  arts  repro- 
duire uu  montent  les  plu6  bk:auv  temps  d*;  la 
Grèce  : 

Quelquefois  un  peu  de  verdure 

lîif  sur  ta  place  ae  nos  champs  : 

£llc  console  la  nature; 

Mail  elle  scche  en  peu  de  Icmps. 

Nous  irons  aoos  cufonrant  de  plus  en  plus  dans- 
la  barbarie.  Tous  les  genres  sont  éjjuisésj  le^ 
vers,  on  ne  les  aime  pliis  j  les  chets-d'uMivrc  de  la 
scène  nous  «•nuuicront  bientôt;  et,  couinic  tou*^ 
les  .peuples  déijéiiéré.s,  nous  tinirous  par  préférer 
des  pantomimes  et  des  combats  de  bétes  aux 
spectacles  immortalisés  par  le  génie  de  Corneille, 
ae  Racine  et  de  Voltaire,  iSous  avons  vu  à  Athènes 
la  butte  d'un  Santon  sur  le  haut  d'une  corniche 
du  temple  de  Jupiter  olvmpjen  ;  à  Jérusalem,  le 
t'oit  d  un  cliévrie'r  parmi  les  ruines  du  temple  de 
Salomon  ;  à  Alexandrie,  la  teute  d'un  Hedouin 
au  pi<'d  de  la  colonne  de  Pompée;  àCarthage,  nn 
cimetière  des  .Maures  dans  les  débris  du  palais 
d<'    Didon    :   ainsi    Unissent  les    empires. 

^ous  l'avouerous  :  nouâ  nous  soiniu4's  arrêtés 
avec  un  plaisir  qui  n'étuit  pas  sans  un  mélange  de 
qiulque  peine,  aux  yluriales  /if/if  aires  ;  nous 
nuu.<i  .'«(^uniues  sojincuus  tb-s  ti'inps  ou  nous  coia- 
batlinns  nous-mêmes  en  tavt.-ur  d<'  la  m(»nai-chie 
a%cc  les  setdes  armes  qiii  u/kus  éloient  alors  per- 
mises, où  uuus  cherchions  à  réveiller  la  religion 
dans  le  eu;nr  d<:s  Français,  pour  leur  fair»?  |eter 
un  regard  sur  b  p.issé  ,  pour  les  (lis[)user  a  s'atten- 
drir MIL"  b;s  cendres  de  leui's  pères  ^  pour  leuj- 
j^ppi'iev  qu'il  existoil" encore  des  rejetons  de  ces 
&oa3  sous  lesqueb  la  France  avoit.  |oui  de  laiit  d'' 


(    202    ) 

bonheur  et  de  tant  de  gloire.  L'auteur  des  Annales 
annonra  ces  ouvrages,  fruit  du  malheur  plutôt 
que  du  talent  :  en  relisant  ce  qu'il  vouloit  bien 
dire  de  nous,  en  nous  reportant  à  ces  jours  de 
jeunesse,  d'amitié  et  d'étude,  nous  nous  surpre- 
nons à  les  regretter;  nous  en  étions  alors  à  l'espé- 
rance. Le  Vicomte  de  Chateaubriand  = 


T^xirait  des  Archives  politiques. 
(1"  Article.) 

Auras-ta  donc  toujours  des  y*uic  pour  ne  point  voir? 
Baci.ne  ,  Athake. 

Les    principes    les    plus    dangereux    sont    en 

âuelque  sorte  innocens  quand  ils  se  rencontrent 
ans  un  ouvrage  ignoré.  En  parler,  c'est  i  éveiller 
l'ennui  qui  dort.  Je  devrois  donc  abandonner  à 
«on  sort  un  jourHal  à  peu  près  inconnu,  qui, 
depuis  le  i*'  juillet  i8iy,  paroît  tous  les  mois  sous 
le  titre  à.' Archives  philosophiques ,  politiques  et 
littéraires.  Mais,  s'il  est  vrai  que  ce  recueil  est 
obscur  et  sans  renommée,  les  hommes  qui  lé 
dirigent  sont  en  lumière,  et  rien  n'approche  du 
bruit  qu'ils  font  :  si  leur  journal  n'a  point 
d'abonnés,  un  nombre  immense  de  souscriptions 
est  pavé  parle  ministère 5  enfin,  si  les  Archives 
ne  sont  point  demandées  ,  elles  sont  offertes» 
Les  écrivains  qui  les  composent  sont  à  la  tête  des 
premières  administrations  du  royaume  ,  et  les. 
agens  de  ces  administrations  sont  chargés  par 
leurs  chefs  de  colporter  et  do  répandre  leur  ou- 
vrage. Il  est  donc  utile  de  faii'c  conuoUre  quelle 
est  la  doctrine,  quels  sont  les  principes  et  les 
projets  à.*^.  ces  foactionnaires  éraîneus.  il  e*l  Ixon 


C  ^'^-  ) 

d'appvcndie  ail  ':^ouverncmcnt  comment  U  r.<;t 
servi  par  couv  qu'il  lioiiore  et  dont  il  soutic  îit 
l'cvistenoo  ,  et  comment  on  fait  tourner  contre 
lui  l'influcncf  que  donii«>nt  ses  propres  faveurs. 
Le  gouvernement,  qui  emploie  ces  hommes  forts-. 
Lien  moins  par  estime  que  par  crainte,  devroit, 
au  lieu  de  s'en  effraver,  leur  dire  une  bonne  fois, 
en  les  ahandonnant ,  ces  vcxs  si  profonds  et  si 
vrais  du  grand  Corneille  : 

Ta  fortune  est  bien  haut! 
Mni<  tti  fcrois  pilié,  même  à  ceux  qu'elle  irrite» 
Si  je  t'abnnJonnoi'i  à  Ion  propre  mt-rile. 
IVIa  faveur  fait  la  gloire,  et  ton  pouvoir  en  vient; 
Elle  seule  l'«-leve,  et  seule  te  soutient; 
C'est  elle  ((u'on  miore  et  non  pas  ta  personne; 
Tu  n'as  crédit,  ni  rang  (ju'autant  qu'elle  t'en  donne  ; 
Et  pour  te  f.iire  choir,  je  n'aurois  aujourd'hui 
Qu'à  retirer  la  main  qui  seule  est  ton  appui. 

En  elTct ,  <jue  des  suppôts  de  raiiarcliic,  que 
des  laelieuv  d«'xlius  ,  qu(>  des  politiques  imberbes, 
que  «les  écoliers  e\cit«'s  par  des  maîtres  séditieux, 
que  des  indépc.ndans  allâmes  écrasent  le  public 
éerAs  incendiaires,  on  s'afflige,  et  l'on  ne  s'étonjie 
point  de  pareils  excès.  Mais  (pic  (b-s  liomme.^  qui 
sont  njijx'k's  ,  de  si  loin  ,  dans  les  pliîs  hauts  ran|,'s 
de  ri.tat,  et  (pii  lui  doivent  leur  fortune,  qui  .<:(■ 
trouvent,  si  subitement,  placés  dans  les  conseils , 
qui  se  vantent  d'en  éti'e  l'àme  ,  et  se  disent  les 
guides  du  ministère;  que  ces  hommes  vienueut 
atta(j*.ier  tout  ce  (rii'il  v  a  de  vénérable,  et  le  siècle 
de  Louis  \IV  et  l'ancienne  monarchie:  oue  celle 
qui  existe  soit  pour  eu\  la  nouvelle,  et  ne  leur 
paroisse  (pi'une  conces.sion  qui  peut  ne  pas  durer  ; 

auir  le  clergé  soit  l'objet  de  leurs  in|ure«;  que  les 
roits  du  noi  sur  l'armée  et  même  sur  sa  liste 
civib'  ne  soient  pas  ù  l'abri  de  leur  irrévérence  j 
qn<'  la  lii)erlr  de  la  presse  ne  •^fiit  le  motif  de  tous 
leurs  cris,  qu  afin  de  répandre  plus  lacilemint 
d'ausïi    révoltuntej»  opinions,    vt  qu  ils   pous^icut 


:i 


(  254  ) 
i 'audace  jusqu'à  piétcïidre  avoir  des  {^i.âces  ,  h 
rendre  au  '20  mars! — c'est  ce  qui  ne  peut  ôti*' 
toléré,  et  lait  bouillirle  sang  d'indignation.  Mais, 
comme  il  laut  qiia  le  caractère  du  Français  se 
retrouve  pai'lout,  et  qu'il  s'égaie  encore  au  iniiieu 
doses  aillictions,  des  ridicules  qu'il  aperçoit  dans 
les  objets  les  plus  anonstrueux ,  il  nous  sera  per- 
mis, tout  en  détestant  les  coupables  déclamations 
des  ^rchu'es,  de  signaler,  pour  eu  rire,  la  morgue 
et  Tégoïsme  pédantesques ,  la  pesante  fatuité, 
l'obscurité  à  prétentiou  et  le  style  souvent  àrttii- 
sant  de  ces  Trissotins  démoerates.  ïput  bon 
Français  leur  adressera  ce  vers  énergique  de 
Juvénal  ; 

Quicnmque  aspexà ,  Ticlét  et  oâà. 

Mais  c'est  pour  l'un  d'entre  euv  surtout  que 
Molière  a  deviné  d'avance  le  portrait  si  ressem- 
blant qu'il  a  tracé  dans  ces  vers  : 

Je  vois,  tlans  le  fatras  des  écrits  qu'il  nous  donne, 
Ce  qu'étale  en  fous  lieux  sa  pédante  personne, 
La  ronslante  hauteur  de  sa  présomption. 
Cette  iiilré^iidité  de  bonne  opinion. 
Cet  indolent  état  de  confiance  extrême, 
Qui  1-  rend  en  tout  temps  si  content  de  soi-même, 
Qui  tait  qu'à  son  méiile  incessamment  il  rit. 
Qu'il  se  sait  si  bon  gré  de  tout  ce  qu'il  écrit, 
î^.t  qu'il  ne  voudroit  pas  clianger  sa  renommée 
Contre  tojis  les  honneurs  d'un  général  d'arm«. 

Tout  ce  qu'on  voit  est    inouï!  Nous  sommes, 
vraiment  un  monde  renversé.  Il  ne  faut  plus  dii-C 
avec  Virgile  : 

Çuid  donnnifucient ,  aiident  cùm  ialiajvres  ? 
On  doit  l'etourner  ce  vers,  et  dire,  en  préférant 
à  la  mesure  la  justesse  de  l'idée  : 

Quidjill'ësfitcient^  auclent  cùm  Uilitt  dontiki'? 

Que  ne  iéroiit  pas  les  valets  iutrigans,  puis* 
qu'on  voit  tout  oser  par  les  maîtres  de  la  politiqtio 
el  de  la  philosophie  ! 

Que  l'on  juge   :  \ç&  citations  sont  de  la  plu*; 


(  255  ) 

scrupult-UaC  exactitude.    Il    n'y    ^    VàS    un    mot 
d'ajouté.  J'ai  retranche  souvent  le  fatras  qui  sé- 

fiaroit  quelques  phrases.  Cela  n'augmente  point 
eur  lorce ,  et  ne  change  rien  à  leur  stns.  Les 
dévcloppemens  que  j'ai  cru  devoir  sup])rinier  ne 
M'rviroient,  au  contraire,  qu'à  mieux  prouver 
toute  l'eflVonterie  de  ce  recueil.  Je  conserve  au 
reste  l'eieuiplaire  où  j'ai  souligné  tout  ce  que  je 
rapporte.  Je  coniuience. 

^W5  aux  Souverains. 

u  Le  règne  de  Buonaparte  n'a  pas  été  inutile 

A  l'Furope.  Partout  où  ont  passé  les  armées  et  \g% 
.idniinistrations  françaises,  elles  ont  excité  l'amour 
Je  l'égalité,  et  ranimé  le  patriotisme.  Ces  senti- 
mens,  semés  dans  tant  de  pays  divers,  y  germent 
sans  doute,  quoiqu'inapcr<;us  encore,  et  hâteront 
le  jour  oii  des  Ijords  du  Volga  à  ceux  de  l'F.Lre  , 
doit  éclore  la  régénéiatiou  européenne.»  (jNov. 
1H18.  Tom.  V,  pag.  4'  •) 

«  L'injustice  «-t  l'absurdité  même,  quand  elles 
possèdent  l'rsjjrit  national,  imposent  au  gouvcr* 
uemenl  leurs  lois,  et  le  condamnent  à  les  adopter 
sous  peine  de  la  >ie.  »  (Août  181^.  Tom.  I", 
pag.  27J.) 

M  Les  principes  et  l'esprit  dt-mocratiqurs  me 
paroissent  dt-stinés  à  devenir  les  plus  solides,  je 
tlirai  volontiers  les  seuls  londemens  du  gouver- 
nement constitutionnel ,  et  la  source  de  sa  plus 
{;rande  vigueur.  »  (Tom,  11^  pag.  47^) 

.<  Ce  n'«'st  ni  aux  crimes  ni  aux  mallieurs  de  la 
révolution  <pie  nous  dr\onsla  Cliarte;  c'<v«!t  uni- 
quement a  ce  que  la  révolution  contenoit  de  l<gi' 
lime  et  de  sain  .  et  i  ce  que  sa  innrche  a  en  de 
noble  et  de  f;tnf'reiix.  >.  (  Aonl.  Tom.  I«%  p.  1.^8.) 

«  Avant  Ir  combat  ,  la  transaction  coiislilulion» 
nelleeût  pu  n'être  qu'une  justice;  après  le  mm» 
bat,  et  par  les  arrêts  de  la  force  ,  elle  s'est  trouvée 


c  2.;r)  ) 

contrainte  de  revêtir  le  caractère  d'une  nécessite, 
La  tran.-^action  est  faite,  elle  doit  être  définitive. 

))  Quel  est  le  fondement  de  cette  transaction? 
Des  principes  et  des  intérêts  vainqueurs ,  des 
principes  et  des  intérêts  vaincus,  La  transaction 
a  placé  la  monarchie  sur  le  terrain  de  la  victoire.  « 
(Tom.  î*""^,  pag.  i4o.) 

'<  Les  sociétés  politiques  ont  des  besoins  près- 
sans,  iles  besoins  résultent  des  opinions  domi- 
nantes :  avec  ceux-là,  nulle  composition  n'est 
possible,  nul  moyen  terme  n'est  soutenable;  il 
faut  que  le  gouvernement  s'y  accommode  sans 
réserve,  et  les  satisfasse  pleinement.  »  (Tom.  1". 
pag.  270.) 

«  Nul  doute  que  l'état  présent  des  peuples 
n'impose  aux  gouvernemens  des  devoirs  nou- 
veaux; nul  doute  que  tout  gouvernement  qui, 
par  opiniâtreté  ou  par  ignorance,  refusera  de 
s'accommoder  fianchement  et  pleinement  aux 
besoins  actuels  des  nations ,  ne  prépare  d'abord 
sa  foiblesse,  et  plus  lard  sa  ruine.»  (Tom.  I", 
pag.  377.) 

«  Le  siècle  est  impérieux.  Si  les  gouvernemens 
méconnoissent  et  les  nécessités  qui  les  prcssc;it, 
et  les  devoirs  qui  leur  sont  imposés  ,  les  peuples 
ne  tardcroient  pas  à  se  persuader  quils  sont  ca- 
pables de  faire  eiix-mêmes  ce  que  les  gouverne- 
mens refusent  à  tort.  »  (Tom.  P%  pag.  279.) 

«  L'esprit  nouveau  qui  agite  les  nations  euro- 
péennes aspire  ai^ec  viole?ice  vers  un  ordre  de 
choses  qu'il  doit  obtenir.  »  (Juillet.  Tom.  I*"^,  p.  8.) 
a  11  reste  à  la  France  ce  qui  restoit  à  Médéc 
après  ses  malheurs.  »  (Tom.  î"^,  pag.  i3.) 

(  Moi ,  moi  ,  dis-je  ,  et  cest  assez  ,  s'écriera  sans 
doute  le  fier  rédacteur  de  cet  article,  à  nioi/ts 
qu'il  ne  prétende  ,  en  citant  Médée,  nous  rappeler 
ses  poisons,  le  meurtre  de  ses  en/ans ,  P  incendie 


(  ^^7  ) 
ih'  son  \>aliiL;  .  ou  sa  manière  de  rajeunir  Pélias 
en  li-gor^canl.  ) 

Les  Prêtres. 

«  Enflammez  toutes  les  passions,  adrcssez-vOus 
a  tous  \vs  genres  de  ivssentimeus,  laites  appel  à 
toutes  les  sortes  de  fanatisme,  et  ensuite  dites 
sans  crainte  :  C'csf  nous  qui  sommes  le  Christ. 

»  Rien  à  demi.  Il  faut  que  vous  soyez  parmi 
les  hommes  un  parti  ennemi,  ou  une  portion, 
«'minemmenl  utile  de  la  société:  riches  du  mono- 
])ole  de  rij^norancc,  ou  infalie^ables  di.-pensateurs 
lie  tout  ce  (jui  peut  servir  aux.  projj;i«"s  du  genre 
humain  wva  le  bonheur  et  la  pertoction.  Une 
sainte  morille  est  encore  dans  vos  mains,  de 
])ieuses  habitudes  tournent  encore  les  yeux  vers 
vous;  il  ne  vous  falloit  que  l'amour  de  la  vérité, 
et  l'on  venoit  encore  vous  la  demander;  mais  vous 
lavez  re])oiissée  ,  >ous  l'aNez  combattue,  et  <'lle 
marche  sans  vous  ,  malgré  vous  et  contre  vous.  » 
(  .Novembre.  T  )m.  V,  l)ag.  ?.G.) 

Liberté  de  la  Presse. 

<r  Dans  toutes  les  lois  sur  la  pnvsse,  on  découvre 
cette  opinion  ,  que  les  goiiverneni<'ns  et  le* 
petipifs  s«Hil  de."»  euneinis   en  présence. 

»  Il  y  a  des  faits  in^incibl(ps.  Charjuc  siècle, 
rhaque  j^'ns,  cha<^pie  peu]de  a  eu  b-s  siens,  qui 
«int  été  aiif.mt  d«'  rondilioris  imposées  aux  gou- 
^ CI  DCfnens.  l.a  féod.dilé,  le  catlinlicisme ,  la  ré- 
iornie  ont,  dnns  leur  t«'nips,  renversé  et  fondé 
<lcs  trAn«s,  La  liberté  d«*  la  presse  n'est  ni  plus  ni 
ïnoins  forte.  Il  ne  lui  suflil  pas  de  se  déployer  de 
lait.  Sa  sécurité  «Ml  nécessaire  au  repos  des  nations 
qii'cib'  h;il»ilc  ;  confiante  ,  elle  porte  iin  flambeau  ; 
irxp.'iéte,  elle  vrcoue  des  torchts;  quand  une  fois 
elle  a  pris  pied  <(u<'Iqne  part,  la  question  n'est 
pln.s  de  savoir  si  m  définitive  «Ile  triomphera,  mais 

TuME  II.  —    l6»   LlVRAUO.-*.  l- 


(  258  ) 
l>ien   Je  savoir  si  son  triomphe   se   passera   à   la 
clarté   du   jour  ou    aux  lueurs    de    l'incendie.  » 
(Septembre.  Tom.  I",  pag.  282.) 

(  C'est  une  mejiace  aussi  positive  qui  doit  déci- 
der les  Itonunes  hoimétcs  à  réclamer  eux-nicmes 
la  liberté  de  la  presse,  puisque  ce  nest  quauec 
cdle  et  par  elle  qu'ils  peuverd  •  appeler  des  secours 
et  sonner  le  tocsin  contre  les  incendiaires.^ 

(  La  suite  à  la  prochaine  Livraison.) 


,La  Manifestation  de  l'Esprit  de  'vérité. 

Tel  est  le  titre  d'un  écrit  publié  récemment, 
sans  nom  de  lieu  ni  d'imprimeur.  Il  se  compose 
de  diftérentes  parties  intitulées  :  L'Esprit  de  vé- 
rité; • —  Le  vrai  Disciple  ;  —  Zc  vrai  Disciple  à  ses 
amis  ;  —  Les  Ecritures  ; —  Le  vrai  Disciple  aux  na- 
tions chrétiennes  : — L'accomplissement  de  P Evan- 
gile ; —  E Esprit  de  vérité  aux  hommes  frères;  — 
L'esprit  de  vérité  aux  politiques  ;  —  Za  Commu- 
nauté; —  L'esprit  etiscigtie  un  nouveau  temps. 
Chacun  de  ces  discours  i^st  signé  yllexis  Dumesnil. 

M,  Dumesnil  enseigne  une  doctrine  si  étrange :, 
u'à   moins  d'une  mission  particulière,  il  seroit 

fScile  d'excuser  le  zèle  qu'il  met  à  la  répandre  j 
iiussi  se  déclare-t-il  inspiré.  «  Après  m'avoir  ôté 
))  du  monde  ,  dit-il .  1  Esprit  m'a  conduit  dans 
»  toute  la  vérilé,  afin  que  je  puisse  ensuite  appeler 
))  les  hommes  à  leur  enseigner  ce  que  j'ai  appris 
H  moi-même.  Je  dis  ce  que  l'Esprit  me  révèle , 
»  et  je  ne  puis  dire  autre  chose.  » 

Or,  l'espnt  lui  a  révélé  que  les  riches  et  les 
grands  sont  en  abomination  devant  Dieu  ;  que  le. 
Cluist  étoif  pénétré  d'une  profonde  horreur  pour 


1' 


(  209  ) 
ies  ricfies  et  les  prêtres  ;  que  ia  parole  de  Dieu ,  en 
abolissant  Fesclavage  ,  a  ancanti  le  principe  même 
(le  la  propriété.  Là  où  Fort  peut  dire  ,    ce  champ 
est  à  moi ,  la  terre  m'appartient  ^  l'homme  n  est-il 
pas  i ennemi  de  r homme  ,  son  maître  et  son  tyran  ^-^ 
L'indépendance  et  Vénalité  en    sont  bannies,  et 
par  conséquent  la  justice.  Il  n'y  a   ni  maître  ,  ni 
pontife,    ni   ordonnances  humaines ,   ni  cérémo- 
nies, pour  le  disciple  de  la  vérité.  JSe  vous  étonnez 
donc  point  delà  haine  que  manifestent  actuellt- 
nient  les  peuples  contre  les  mœurs. et  les  institu- 
tions anciennes  ,  puisque  c'est  Feffet  même  de  la. 
parolede  vérité  et  raccomplissement  de  l  Evan^ilt  . 
Peuples  !  ne   craii^nez   point  d'entendre    toute   la 
•vérité i  la  vérité,    n'est-ce  pas  L>ieu  même  t^  yih  ! 
redoutez  plutôt  cet  esprit  d'erreur  qui  a  fait  les 
riches  ,  et  les  puissans  ,  et  le.t  prêtres  ,  et  qui  mène 
à   sa   suite  le  fanatisme  et  la  servitude.  Que  sert 
d' attaquer  un  mcnson;:^e  ,  quand  tout  est  mensoni^e  ; 
un    vice  ,  quand  fout  est  vice  et  corruption  .'   Ce 
sont  les  riches  et  les  superbes  ,  c'est  le  sacerdoce  , 
c'est  la  justice  du  monde  ,  c'est  le  monde  tout  entier 
que  réternelle  vérité  promet  d'anéantir.    Dieu  a 
condamné  le  monde,  et  moi  je   vous  le  montre 
oit  il  est  ,  dans  vos   lois ,  dans  vos  institutions. 
Toute  richesse  ,  toute   puissance   individuelle  est 
contraire  et  la  loi  de  Dieu.  Gouverner  aujourd'hui , 
c'cjt  détruire.    Si  vous  demandez  que   les  riches 
et  les  grands  soient  dctrmts  ,  ils  le  seront. 

Je  me  lasse  de  transcrire  ces  abominables  folio*. 
Il  est  bon  cependant  de  inoiiti'er  insqu'où  les 
«snril-s  s'emportent,  ijuand  iU  ont  brisé  leur  irejnj 
et  qu'ilb  ne  «  onnoisscnl  pbi'^  do  règle-^  Itois  d  <mi\- 
ruéiws.  Renversez  l'autorité,  aussitôt  l;i  r.-iiv»n 
s'«:tfint  ;  il  ne  reste  qu'un  aveugle  et  sombre  Intia- 
tisme.  Les  uns,  en  rejetant  rantnrilé  divine ,  dé- 
liui&ent  la  société  «-l  l'homnie  même  :  les  outres, 
^oiis  prétexte  ((<•  r»  )<i<n  l'autorité  bumaiuc ,  anéan- 


1' 


(   aOo   ) 

tissent  la  religion  ,  et  finissent  par  nier  toul,  mtme 
Dieu.  Les  clootrines  îes  plus  opposées  en  appa- 
rence se  confondent  dans  leurs  effets,  elles  s'allient 
pour  dévaster,  et  marchent  ensemble  contre  ia 
vérllé  qui  les  repousse  é^jalcmcnt.  Ainsi  la  coiii- 
jnunauté  des  biens,  ou  l'abolition  de  la  propriété, 
que  Diderot  et  Babœuf  préclioient  au  nom  de 
l'athéisme,  M.  Dumesuil  les  réclame  au  nom  de 
l'Evangile  et  de  Jésus-Christ. 

Et  parce  que  cet  liomnic  est  un  lusense,  il  ne 
faut  ]>as  croire  que  ses  maximes  soient  sans  con- 
séquence. D'autres  insensés  les  répandent  en  An- 
gleterre où  elles  font  des  progrès  parmi  le  peuple. 
IM^^Krudner  les  sème  en  AUemagnx^;  elles  y  ger- 
meront, qu'on  n'en  doute  pas,  et  porteront  un 
jour  des  fruits  sauglans.  Jamais  on  ne  provoqua 
vainement  les  passions  de  la  multitude. 

Des  fanatiques  d'un  autre  genre  se  noui'rissent 
d'idées  semblables;  elles  influent  sur  les  gouvcr- 
nemens  même,  elles  deviennentune  partie  de  leur 
politique.  L'ijidiffércnce  absolue  des  religions  éJa- 
blies  par  les  lois  tend  à  détruire  tout  culte.  Les 
principes  démocratiques,  introduits  dans  ces 
mêmes  lois  ,  tendent  à  détruire  toute  grandeur  so- 
ciale. D'immenses  confiscations  ont  ébranlé,  le 
droit  de  propriété,  et,  en  favorisante  l'excès  la 
division  des  tei'res ,  on  prépare  le  moment  où  , 
appartenant  à  tout  le  monde,  elles  n'appa)-tien^ 
dront  à  personne.  Plus  les  propriétés  sont  divisées-, 
plus  elles  changent  de  mains,  et  peut-être  ne  fau- 
droit-il  pas  morceler  le  sol  beaucoup  davantage  , 
pour  que,  les  droits  de  mutation  et  l'impôt  foncier 
absorbant  tous  les  revenus,  l'Etat  fût  par  le  fait 
seul  propriétaire. 

Les  passions  les  plus  exaltées  se  joignrnt  à  tant 
de  causes  de  désordre,  personnene  peut  dire  quels 
destins  Dieu  réserve  a  la  société.  Les  doctrines 
religieuses,  morales  et  politiques,  les  lois  et  les 


(  26i  ) 
insliUilions  qu'elles  avoient consacrées,  formoii-ut 
comme  uii  vaste  éditlce  ,  den^.eure  commune  do  la 
l^randc  lamille  européenne.  On  a  mis  le  leu  à  cet 
edilice.  Lfs  peuples  s'entre-reiiardent  à  la  lueur 
de  l'incendie  ,  et ,  aijilés  d'un  sentiment  incounu  , 
attendent  avec  anviétc  un  avenir  plus  inconnu 
encore. 


la  Quinzième  partie  de  la  Correspondance 
politique  et  ndnïinis{rati\>c  (i),  ])ar  M.  1  iévée , 
avant  paru  le  même  jour  que  la  dernière  Livini- 
son  du  Coiistr%<atenr ,  nous  n'avons  pti  ''an- 
noncer; mais,  ])0ur  cire  d'accord  av<'C  l'op' 'i.>n 
publique,  nous  devons  parler  avec  quelque  détail 
d'un  morceau  vraiment  historique,  ayant  pour 
litre  :  Conspiration  confre  les  reya//.îfr5  ,  dite 
Conspiration  des  royaUsU's. 

«(  Laissons  la  moral*',  dit  Tautrur  ,  avec  ceux 
M  qui  se  (croient  tjioire  de  n'rn  pfiint  avoir,  s'ils 
»  triomphoii-nt  ;  prouvons-leur  rpiils  n'ont  pas  !e 
1)  talent  de  faire  le  mal  5  c'est  l'unicjue  moyen  de 
w  les  rendre  modestes.  » 

Partons  d<'  cette  idée  :  à  l'evemple  de  Maclifa- 
vel  ,  M.  Fiévée  consent  à  compter  le  succès  poiir 
t<»iit;  il  établit  la  lliéorie  île  ^in^enlif»u  d<'s  cons- 
piratious  selon  la  forme  des  «^ouvernemens.  Il 
prend  pour  exemple,  dans  les  monarchies  consti- 
tutionnelles ,  la  fameuse  Con spiralion  des  catlio- 
Hijuis  en  Anj^leterrc  ;  et  il  re\pos<'  d'après  les 
Mémoires  du  chevaii«'r  <rAhvnq>le.  La  confor- 
tnilé  est  si  grande  «l.ins  les  accusations,  dajis  les 
expressions  m^me ,  qu'on  croii»oit  que  les  inven- 

(i)  Vol.  iii-b".  l'rix  :  a  fr.  5o  r.  ,  cl  S  fr.  pnr  l.i  noilc. 
A  Vari»  ,  chci  le  Noimant ,  rue  de  Sri  nr,  n»  &,  el  «jiiai  Ci>nt:. 


I'  262  ) 

tMirs  de  la  Conspiiation  des  royalistes  en  Fiance 
n'ont  fait  que  copier.  L'une  et  l'autre  n'étoit  j\ï 
vraie  ni  vraisemblable  ;  l'une  avoit  pont  but  de 
renverser  du  trône  la  famille  des  Stuarl ,  et  elle  a 
réussi.  Le  nom    de  son  in^entcur,  lord  Sliaftes- 
bury,  reste  à  jamais  célèbre  comme  un  génie  in- 
fernal. L'autre  conspiration  n'a  excité  que  la  risée 
publique.  A  quoi  tient  cette  différence?  C'est  ce 
que  ^L  Fiévée  explique  avec  une  grande  sagacité. 
Il  pose  en  principe  que,  dans  un  gouvernement 
représentatif,  tout  ce  qui  n'agite  pas  les  pouvoirs 
de  la  société  ne  peut  agiter  l'opinion,  et  que  toute 
fable  qui  ne  se  lie  pas  à  des  passions  publiqiies 
déjà  en  fermentation  n'inspire  aucune  crédulité. 
«  Ce  n'est  pas  dans  les  journaux  étrangers,  dit 
)) l'auteur,    que    Shaftesburj   sème  les    premiers 
:» bruits   de   la   conspiration   àv.s   catholiques  ;    ce 
»  n'est  point  par  la  molle  arrestation  de  quelques 
»  hommes  qu'il  commence  à  émouvoir  les  esprits  5 
))  ce  n'est  pas  dans  le  cabinet  d'un  jugc-instruc- 
5/ teur  et  sur  la  poussière  d'un  greffe  qu'il  trace 
wles  premières  accusations  :  c'est  dans  le  sein  du 
))pa]-lement   qu  il    jette  l'épouvante^    c'est  de   la 
»  tribune  nalionale  qu'il  se  sert  pour  se  faire  en- 
oj  tendre  de  toute  l'Angleterre,  et  l'engagement 
)) est  si  solennel ,  qu'il  faut  qu'il  périsse,  ou  que 
»ccnx    qu'il     désigne   tombent    sous    \<ds    coups 
«redoublés  qu'il  va  leur  porter..  » 

En  effet,  l'effroi  ou  la  rage  se  glisse  dans  toute 
les  âmes;  la  cour  fait  somblaiit  de  croire  à  la 
conspiration  pour  ne  pas  être  accusée  de  papisme  ; 
les  ministres  du  Roi  font  semblant  d'y  croive 
pour  détourner  sur  d'autres  la  sévérité  du  parle- 
ment; ceux  qui  craignent  d  être  compromis 
montrent  une  inquiétude  qui  semble  les  ajcuser  j 
le  reste  de  la  nation  s'exalte  ;  et  ceux  qui  auroienf 
douté  sont  entraînés  à  l'aspect  àos  échafand.s 
«pressés  pour  punir  les  coupable»:;  c-  car  Shaf(.çc- 


(  v^e^) 

•»  burv ,  aussi  (lépoiirvii  d'Iiunianitr  que  d'iion- 
»  neur,  autorisoit  ce  qu'il  avoit  in>enté  par  des 
»  procédures  juridiques ,  et  vovoit  sans  remords 
»  conduire  des  prisonniers  ù  l'écliafaud  sur  des 
>)  charges  qu'il  avoit  controuvées:  intéressanl  ainsi 
i>  jusqu'aux  passions  de  J'iirrvreur  et  de  l'élonne- 
)<  ment  pul)lics,  |HMir  rendre  croyables  des  chose* 
»  que  le  sang-froid  n'avoit  pas  ra^iuqué  de  veieter 
)>  comme  absurdes.  » 

Il  V  avoit  ni>«  noie  secrète  dans  la  coiispiralion 
des  cnlhoiiijues  en  Anj^leterre  ;  il  falloitbien  qu'il 
V  eût  une  noie  secrète  dans  la  conspiration  des 
rovalist«'s  en  France;  ce  rapprochentent  est  pré- 
senté comme  rnclion  principale  dans  la  proportion 
d'un  f^rand  drame  à  une  parodie  ridicule.  Bien  des 
gens  parlent  dv  la  note  secrète  sans  savoir  de  quoi 
A  est  question;  ils  ti'ouveront  dans  l'ouvrage;  de 
M.  Fi«''Aée  des  détails  (|ui  leur  apprendront  com- 
bien il  fut  absurde  de  vouloir  la  lier  à  un  piége  de 
conspiration.  En  efl'et ,  dans  l'inveittion  ne  Shal- 
tesburv,  chacjue  incident  augmenloit  la  chaleur 
des  passions  publiijiics;  dans  \v  plan  de  ses  imi- 
tateurs, cha([ite  incident  ébranloit  l 'échafaudage 
principal;  c'est  (ju'il  v  avoit  un  j)oiut  (l'unifé 
dans  la  fable  de  Shaftesburv,  et  ce  point  dunilé 
ct^t  le  renversement  de  la  famille  régnante;  au 
lieu  que  ,  dans  l'imitation  ,  le  point  d'unité 
n'existoit  pas,  piiN([u'on  ne  p(  ut  admettre,  sous 
un  gfHiv«'rnemenl  représentatif,  qu  on  soit  assez 
iinrl  pour  conspirer  à  main  armée  le  renversement 
d'un  ministre,  u  l)«ju\  hommes  d'esprit,  dit 
»  .M.  Ficvée,  en  feront  toujours  plus  à  cet  égard  , 
»  (^\\e  six  généraux.  -> 

Il  sembleroil  «pic  l'auteur  a  craint  qu'on  ne  \u{ 
reprochât  d'avoir  joué  avec  les  princip<'s  de  la 
morale  et  tl«"  la  justice,  pour  ne  s'attacher  qu'à 
poursuivre  le  ridicule  et  l'imptiissance  ;  aussi  se 
Mclève-t-il ,  à  la  (in  de  sou  ouvrage,  avccuncforce 


(  264  ) 
qui  protluit  iiHe  vive  impression.  Aplés  avcii'  posé 
en  principe  que,  sans  liberté  il  n'y  a  pas  de  pou- 
voir,   et  t[uc   sans   justice  il    n^y   auroit  plus  de 
société  ,  il  ajoute  : 

K  Je  veux  en  ofFrir  un  exemple  effrayant. 

»  Lorsque  Jacques  II  apprit  la  descente  du 
»  prince  d  Orange  en  Angleterre,  ses  yeux  s'ou- 
j)vrirentj  il  vit  de  suite  qu'il  y  alloit  de  sa  cou- 
i)ronne.  Ce  n'est  pas  l'image  de  l'homme  qui  lui 
»  avoil  fait  le  plus  de  mal,  de  Sliafteshury ,  qui 
»  s'offrit  à  sa  pensée  dans  ce  terrible  moment  ;  il 
»  s'écria  :  Jeffereyes!  Jefïerevesî 

»  Quel  étoit  cet  homme  si  important  qu'un  Pioi, 
))  sentant  crouler  son  trône ,  dût  d'abord  fixer  son 
»  attention  sur  lui?  C'étoit  le  grand  accusateur 
))  public  de  celte  époque  désastreuse,  celui  qui 
»  présidoit  à  toutes  les  arrestations ,  qui  poursui- 
»  voit  tous  les  jugemens,  qui  insultoit  comme  un 
»  lâche  à  ceux  qu'il  faisoit  juridiquement  assassi- 
))  ner,  qui  intei'prétoit  les  lois  pour  chaque  cir- 
»  constance;  homme  impie,  étranger  aux  saintes 
»  Ecritures  ,  et  f[ui  croyoit  de  bonne  foi  qu'on 
»  peut  affermir  le  pouvoir  des  Rois  en  troinpant 
))  la  iustrce.  Jacques  II,  éclairé  trop  tard,  avoua 
•»  qu'où  la  justice  a  cessé  de  régïîer,  il  n'y  a  jdus 
»  de  base  au  pouvoir  :  pardonnant  à  ses  ennemis  , 
))  pensant  au  salut  de  ses  amis ,  il  les  fit  avertir  de 
))  la  résolution  qu'il  avoit  prise  de  se  retirer  en 
»  France,  Pour  Jeû'ereves ,  il  l'abandonna  li  ses 
»  destinées  ;  il  fut  arrêté  et  mis  en  prison.  En 
))  horreur  à  tous  les  partis  ,  il  v  mourut  de  ses 
))  frayeurs  qu'il  prit  pour  des  remords  ,  comme  si 
»  Dieu  l'avoit  condamné  à  être  lui-même  son 
«propre  boui'reau,  afin  qu'aucune  idée  de  ven- 
»  gcance  ne  vînt  ti'onlder  les  idées  de  justice  qui 
>)  sollicitoient  la  punitioïi  de  ce  monstre. 

»  Cet  exemple  n'est  rien  auprès  de  ce  qui  me 
«reste  à  raconter;  car  on  a  vu  de  tous  temps  des 


(  265) 
»  juges  saiis  liumanilé  ,  sans  respect  pour  la  justico 
)*di\iue,  crovaut  que  Ji  s  l'ornies  coiivrout  loul  , 
»■%(  iidrc  leur  conscience  au  poixvoi''  du  jour,  et 
»  montrer  dan?  les  retours  de  Ibrtune  autant  de 
})  làclietc  qu'ils  avoicut  déployé  de  cruauté  lors- 
>•  qu'ils  se  croyoient  trioniphans.  Ce  qu'on  n'a 
))  jamais  vu  qu'une  l'ois,  ce  qui  déconcerte  toutes 
»  les  idées  politiques  et  in(»i'ales,  c'est  une  nation 
>i  entière  sacriGant  la  légitimité  du  trône  pour 
«sauver  ses  libertés  et  la  justice,  et  justifiée  par 
»  l'événement  depuis  ]>lus  de  deux  siècles.  Que 
»  ceux  qui  •^ouvemnit  les  hommes,  a  «lit  le  Dieu 
«d'Israël,  soient  justes  avant  tout.  On  présenta 
»  au  priifte  d'Oranj^e  un  a.vocat  âgé  de  quatre-» 
»  \  ini^t-dix  ans  :  Monsieur,  lui  dit  le  prince  ,  i^oiis 
y^avez  survécu  à  tons  les  f^ens  de  loi  de  votre 
y*  temps.  — Si  Votre  yiltesse  iiitoil  pas  venue  à 
)i  notre  secours,  répondit  le  vieillard,  jaurois 
n  survécu  menu-  uu.e  lois. 

»  De  tout  ce  que  j'ai  lu,  (aninis  mot  ne  m'a 
»  autant  Irappécjiu;  <.elui-ci.  Je  le  donne  a  méditer 
1)  ù  wux  (jui  nient  que  la  société  ait  ses  conditions 
.)  hors  de  la  puissance  den  hommes,  et  qui  croient 
»  (|u'on  peut  aOéimir  les  trônes  autrement  que 
>)  par  le  lespecl  le  |Jus  profond,  non  pour  les 
Martelés  jlnii  (iod*'  qu'on  interprète  à  volonté-, 
))  mais  poiii-  la  |ustiee  telle  <[ue  Dieu  l'a  placéo 
M  dans  le  e«.uur  de»  hommes,  et  dont  les  lois  ne 
.->  sont  que  1  expression,  w 


On  r.itoule  l'anecdote  suivante,  arrive  il  y  a 
peu  de  jours  au  laubourp  Saint-Germain. 

M.  A.  .  an<ien  avocat,  parde  national,  témoin 
dn  tM>tedeparl  de  la  nuit  du  K)  au  vto  murs  i  SlG, 
(  (Ir.ix  é  du  retour  noi  tnrne  tie  l'u'-Mrpateur  daus  la 
sojiée  du  -KO  ,  et  plus  encore  des  lunestes  consc- 
qu<'rices  d  une   pareille  catn'Irophe  ,  n'eut  pâs  la 


(  265  ) 
tête  assez  forte  pour  résister  à  ce  malheur.  Rentré 
chez,  lui ,  la  fièvre  le  saisit ,  et  le  paroxysme  fut  si 
violent ,  qu  il  resta  trois  ans  et  neuf  mois  entière- 
ment privé  de  ses  facultés  intellEctuelle.i.  Son  mé- 
decin n'est  papvenu  ,  dit-on  ,  a  le  guérir ,  qu'en 
oi'dounant  aux  personnes  qui  cntouroient  le  ma- 
lade ,  le  plus  scrupuleux  silence  sur  toute  espèce 
d'événemens  politiques. 

Revenu  à  la  raisou ,  le  convalescent  n'avoit 
d'autres  souvenirs  de  la  durée  de  sa  maladie  ,  que 
ceux  d'une  mauvaise  nuit  aji^itée  par  des  rêves  pé- 
nibles. Persuadé  qu  il  étoit  encore  au  mois  de 
mars  j8i5,  et  curieux  de  savoir  ce  qui  se  passoit 
dans  Paris  ,  le  bon  avocat  profita  d'une  absence 
momentanée  de  sa  qarde  pour  prendre  sa  lor- 
gnette et  gagner  le  quai  INlalaquais ,  près  duquel 
est  sa  maison. 

Arrivé  devant  le  ministère  de  l'inquisition  po- 
litique ,  il  vit  avec  plaisir,  par  l'inscription  placée 
au-dessus  de  la  porte  ,  ([ur  la  police  s'étoit  éloi- 
i^UHC  de  chez  lui.  Au  même  instant  une  voiture 
.sortit  de  la  cour  de  l'hôtel.  C'étoit  un  général  , 
dont  l'air  trioinpliant  pouvoit  donner  lieu  à  pen- 
ser qu'il  venoit  de  rend'c  compte  à  Carnot  de  sa 
glorieuse  cx])èdihon  de  Béthune ,  contre  1rs  dé- 
bris amnistiés  delex  maison  du  Roi.  Continuant 
a  suivre  le  quai,  M.  A.  reconnut,  parmi  plu- 
.sieurs  personnes  arrêtées  devant  un  marchand  d'es- 
tampes, l'arcliichanccliei'  donnant  le  bras  à  un 
ex-conventionnej  :  tou>  deux  étoienl  incognito  ,  et 
marchandolent  le  portrait  du  héro?;  des  3  et  ('• 
octobre.  Surpris  de:  voir  se  multiplier  en  ans'i 
grand  nombre  1  image  d  un  homme  pour  qui  Vin- 
surrection  est  le  p/n-s  saint  des  devoirs  ,  le  Ijon 
avt)cat  en  cherchoit  l'explication  dans  les  anire.'i 
gravures  •  mais  ce  fut  en  vain.  Il  trouva  au  milieu 

des  portraits  du  prince  M de  C ,  D , 

\j. ..._...,  etc.  .    un  porU'aif  du  Roi.  et  il  sut   bou 


(  ^6;  ) 
t(ré  au  marcbaud  de  s.t  liarjicsse.  Forffim  nt  1«  nté 
de  le  rtconiponscr,  il  se  pioniit  liini  de  voiiir  l'a- 
clirtiT  a  la  nuit  tomljantc.  Plu-;  loin  «'toicnt  rta- 
Ic't  s  ])lu.s  de  crut  gravures  rappelant  la  valeur  de 
rarmée  franeai.se  ;  raais  on  remarquoil  avec  peine, 
à  tûlé  de  CCS  glorieuv  souvenirs  .  des  snjc^ts  insul- 
tant giossièrcment  la  rj-li^ion  et  la  morale.  M.  iV. 
pensa  en  lui-nu*'me  que  M.  H...  avoit  tort  d»;  to- 
l<Mer  nu  pareil  abus.  Avant  de  Unir  son  iiispee- 
lion  ,  il  remarqua  un  dessin  qui  représentoit  ïmi 
vieux  niililaire  décoré,  forcé  de  ])aver  nn  verre 
de  vin  ,  tandi&qu'on  i'aisoit  crédit  à  un  soldat  dé- 
signé comme  bon  rriinrais  parce  qu'il  éloit  plus 
jeune.  jNe  comprenant  pas  le  sel  de  I  épigrammc  , 
il  deman<la  au  marchand  l'explication. 

C^csl ,  répoudil-il,  que  ce  lujicicr  est  un  de  noi 
hravcs  ,  cL  que  l'aulre  nest  quun  volù"cur  de 
Louis  XI F. 

M.  N.  ne  répondit  rien  ,  et  acheta  en  soupinuit 
nnr  \  ne  de  l'iiotel  dis  Invalides.  Arrivé  sur  Ir  pont^ 
i1  ne  put  traverser  la  lile  <les  voilures  qui  sortoient 
des  Tuileries.  Dans  la  première,  qu'on  assnroit 
être  celle  du  ministre  de  la  guerre,  il  reconnut. 
M.***  et  M.  ***.  I.ecjuel  des  deux  étoit  minisire? 
c'est  ce  (ju'il  ignoroit.  ÎNIème  incertitude  pour  J.i 

second<'.    M.   Al étoit  à   côté  de  INI.  j. .  .  .  . 

1  a  troisième  rrnlèrmoit  \u\  personnage  seul  <jin* 
M.  N.  prit  d'abord  pour  un  prince.  Mais  quel 
Tut  son  élonnenient  de  reconnoître  si //«/rt  mo///<' 
un  niinec  auditeur  qu'il  aM)il  souvent  vu  p::.«ser 
.1  pi«-d  de\ant  sa  porte,  lors(ju'il  demeni'Dit  rife 
Ciérutli  !    \rnoient    «-nsuite    une    grande     qunn- 

•  ité    de   dignitaires    tels  rpie    le  duc  tie    C , 

<ir....,P ,  le  grand-juge,  le  chambel- 
lan prèfj'l  de  l'aris,  enfin  beaucoup  de  généraux 
de  la  gar«b'. 

]^or.s<(ue  la  (île  interrompue  permit  .«  "SX.  A. 
d'univer  au  guielnl   ])our  savoir  si  U-  lever  ttoil 


(  268  ) 
fini ,  il  s'approcha  avec  précaution  du  factionnaire, 
et  ce  ne  futqne  sous  la  voûte  même  du  palais  qu'il 
aperçut  une  cocarde  Llanclie  attachée  au  bonnet 
d'un  vieux  grenadier.  Transporté  de  joie,  il  ne 
peut  en  croire  ses  yeux  ,  et  dit  à  ce  militaire  : 

—  Eh.  quoi!  mon  brave,  toujours  fidèle  au 
JRoi? 

—  Comme  à  ma  consigne. 

—  Mais^  notre  bon  Roi,  où  j^eut-il  être  ? 

—  Eh  ,  parbleu  !  ici , 

- —  Se  pourroit-il  1  Mais  comment? 

—  \ous  êtes  donc  fou?  Est-ce  que  la  garde 
royale  n'est  pas  là  ? 

Ce  colloque  fut  interrompu  pas  le  médecin  de 
M.  JY.,  qui,  s'étant  aperçu  de  son  évasion,  couroit 
après  luij  on  le  fit  monter  dans  un  fiacre,  et  l'on 
se  borna  à  lui  appi-endre  qu'il  sortoit  d'un  som- 
meil léthargique  de  plus  de  trois  ans;  que  pen- 
dant ce  temps  il  s'éloit  passé  bien  des  choses  ;  mais 
enfin  que  le  Roi,  replacé  surle  trône  de  ses  pères, 
vouloit  tout  oublier.  Ils  arrivèrent  dans  ce  mo- 
ment chez  le  convalescent,  qui  se  contenta  de 
dire  in  petto  :  Vive  le  Roi  ! 


«  11  faut  marcher  avec  le  siècle.  »  Tel  est  le 
grand  mot  du  jour  :  «  Vous  vous  opposez  aux 
n  idées  du  siècle.  »  Voilà  le  grand  reproche  fait 
aux  royalistes;  et  cet  anathème  une  fois  lancé 
contre  eux,  on  les  condamne ,  saijs  seidement  ins- 
truire leur  procès. 

En  rendant  hommage,  avec  un  orgueil  national, 
aux  progrès  que  les  sciences  et  les  arts  ont  lîuts^ 
pendant  ce  siècle ,  examinons  s'il  a  elfacé  la  gloire 


(^69) 
flc<  lomps  passés  ,  et  s'il  seroit  po<!si])le  de  le  citer 
pour  inotlt'le  auv  siècles  à  venir. 

Pour  cela,  divisons-le  en  trois  époques  : 

1°.   Avant  la  révolution  ; 

2".  Pendant  ies  fureurs  révolutionnaires,  et 
durant  le  despotisme; 

.i'.    Enlin  à  l'époque  à  laquelle  nous  sommes. 

Vovons  d'abord  ce  qu'étoieut  les  hommes  qui 
se  •"w-»)it  eilorcés  de  dirigev  la  marche  du  siècle. 

Incertains  sur  leurs  propres  doctrines,  ces  phi- 
loso])hes  nioient  toute  croyance  ,  et  ,  en  inspirant 
la  haine  et  le  mépris  de  tout  principe  et  de  toute 
autorité  ,  ils  cspéroicnt  arriver  à  un  athéisme  com- 
plet, et  à  l'oubli  fie  tous  les  devoirs. 

Ils  méconnurent  les  liensdu  sang  les  plus  sacrés, 
et  ils  parvinrent  à  égarer  l'esprit  de  l'homme  , 
après  avoir  corrompu  son  eo^ur,  MiftllVant  à  chaque 
âge  toutes  les  ressources  de  la  sédiicliou  et  du 
vice. 

Si  l'on  ouvre  les  Confessions  de  J.-J.  Rousseau , 
on  y  voit  toutes  lei  croyances  et  tous  les  sentimens 
également  méconnus  et  outragés  :  religion  ,  mo- 
rale ,  amitié,  reconnoissance ,  et  niêiue  amour, 

Cétoient  sur  fies  ruines  que  ces  philosophes 
comploieiit  se  flérlar<r  leschels  de  la  république 
qu'ils  vouloirul  ioiwb'r. 

Nos  républicains  d'aujourd'hui,  plus  humains 
sans  doute  ,  mais  moins  consé(juens  ,  rejette'ut  des 
rrsiiltals  qui  sont  inévitables,  vn  se  rattachant 
aux  mêmr-  prini  ipes. 

(Jes  prétendus  sflbges  marchoiciil  de  concrrt  vers 
une  dc'Jriiction  universelle;  il  attafjuoienl  la  fidé- 
lité pour  se  rendre  maîtres  du  j)ouvoir,  la  reli- 
gion, pour  ôter  à  l'autorité  son  seul  appui,  et'ils 
«•spéi .  rcnl  ,  m  (hitt.int  les  peuples,  leur  dérober 
U.s  chaînes  <ju  ils  lui  préitaroient . 

Pour  faire  de  ces  philosophes  du  siècle  des 
•"^1  <•(•'.  <Ie  nvijrlvrsdelcur  crovrincc,  il  laudroit  au 


(  ^:o  ) 

inoins  qu'ils  y  eussent  pcrsévcré;   mais  frappés  du 
celte   luiuière   qui    éclaire   l'homme   malgré  lui- 
même  ,  les  plus  belles  pages  de  leurs  ouvraocssont 
consacrées  à  louer  cette  éternelle  vérité  qu'ils  s'ef- 
l'orroient  de  dénaturer  5  et  le  remords  les  attendoit 
sur  le  seuil  de  la  vie.  Ceux  qui  ne  sont  pas  morts,  en 
désespérés,  ont  cherché  le  pardon  dans  un  repentir 
dont  la  religion  seule  a  pu  adoucir  l'amertume. 
Yoilà  les  hommes  qui  ont  fait  ce  siècle  ! 
Arrivons  à  la  seconde  époque  dont  j'ai  parlé. 
Tout  a  semblé  détruit  par  la  révolution  pour 
l'existence  du  monde  social. 

Elle  n'a  rien  respecté  ;  elle  a  également  méconnu 
la  religion  ,  "le  pouvoir,  rhonneur,la  vertu  ,  la 
morale,  l'iiumanité,  Dieu  hd-mcrne . 

Depuis^le  commencement  du  monde  jusqu'à  nos 
jours,  jamais  révolution  n'avoit  été  aussi  positi- 
vement dirigée  contre  le  Ciel. 

(c  Quand  l'athéismo  fut  professé  en  France  ,  dit 
))  Cauning;  quand  la  Convention  eut  déclaré, 
))  comme  la  seule  idée  raisonnable  ,  que  la  mort 
)>  est  un  sommeil  éternel ,  on  vit  les  s,uites  de  ces 
))  doctrines  insensées  ;  et  la  grande  nation,  privée 
»  de  sa  religion  et  de  sa  morale,  fut  en  mènie  temp« 
))  privée    des   armes    qui  pouvoient  la    défendre 

y>   coiîlre  l'anarchie Il  étoit  réservé  à  nos  mo- 

)i  dernes  rélbrmateurs  de  déraciner  du  cœur  de 
»  1  homme  tout  respect  pour  la  Divinité,  atin  de 
))  préparer  leurs  contemporains  à  devenir  des 
))  assassins  sans  remords.  » 

Les  crimes  de  la  révolution,  ses  seuls  enfant  lé- 
gitimes, effrayèrent  ceux  même  qui  avoient  prêché 
les  principes  de  ce  paganisme  révolutionnaii'e. 

L'intérêt  rangea  sous  les  drapeaux  du  despotisme 
les  admirateurs  d'une  libellé  insensée. 

Le  despotisme  pouvoit  s'en  faire  un  appui ,  en 
les  comprimant .;  mais  la  monarchie  légitime  ne 
tioavcvu  jaixiois  en  eux  de.s  amis. 


(  27'    ) 

Api^s  avoir  parcouru  lc5  deux  premières  tlivi- 
sious  du  siècle,  arrivons  enfin  à  la  troisième  époque. 

Quelle  confiance  pourroient  nous  inspirer  au- 
)<]iAirdMiui  des  hommes  qui  ])ropa£;cnt  des  «loctrines 
absolument  semblables  à  celles  (jui  ont  lait  la  ré- 
volution ?  et  la  comparaison  qu'ils  établissent  entre 
eux  et  les  royalistes  n'esl-eïle  pas  au  moins  une 
preuve  de  leur  délire? 

(c  Tantôt,  disent- ils,  les  royalistes  prennent 
))  les  mêmes  couleurs  que  nous  5  mais  leur  mau- 
))  vaise  foi  doit  engaccr  la  nation  à  se  méfier  de 
»  leurs  sentimens.  » 

Lallation  est  royaliste,  et  elle  ne  peut  se  méfier 
d'elle-même. 

La  vie  des  royalistes,  leurs  senlimens  ,  leurs 
principes,  et  surtout  la  morale  qu'ils  prolessent , 
devroient  répondri:  d<'leur  bonne  loi  ,  quand  leur 
intérêt  seul  ne  les  forceroit  j)as  à  être  conséquens. 

Ralliés  sous  le  drapeau  blanc,  ils  aperçoivent 
avec  sécurité  la  foiblesse  de  leurs  ennemis  ,  qui 
ne  sont  puissans  f[ue  quand  on  les  écoule,  et  qu'il 
fcullit  d<"  compter  pour  détriiiie. 

Le  discours  «lu  Roi,  entendu  par  lEurope  en- 
tière, lui  a  prouvé  quelles  sont  les  doctrines  que 
ce  Monarque  redoute  pour  le  bonheur  de  ses 
peuples,  et  sur  (|uels  homm<'s  il  croit  devoir  se 
reposer  pour  la  sûreté  du  trône. 

Après  aNoir  retracé  les  malheurs  du  siècle,  et 
montré  la  métiance  (pie  doit  inspirer  cette  nd nu- 
ration  exagérée  ^  après  a>oir  prouvé  précéd«;mmenL 
In  )nsl<.'  sécurité  que  les  royalistes  doivent  offrir  a 
ceux  (|ui  nous  gouvernent,  les  ministres  seroi<'nt 
inevcusables  d«;  ne  pas  voir  dc  quel  cê>le  se*  trouve 
la  majorité  dans  les  deux  Chambres  lÏM-écs  a 
elles-mêmes  :  c'est  bien  alors  seulcuK'nt  (ju'ils 
counoltroul  les  iutércLs  véritablement  monar- 
i,hi(jues  et  nationaux.' 

Placés  sur  la  ri  ve  d'un  torrent  ,  des  cullivatcuis 


(  272  ) 

îeroient  un  faux  calcul,  si,  pour  garanti i*  leurs 
propriétés  ,  ils  offroient  eux-mêmes  une  part 
à  ses  ravages  :  leurs  propriétés  seroient  bientôt 
envahies. 

Il  faut  opposer  à  uHe  foice  qui  entraîne  ,  une 
puissance  encore  plus  forte  qui  arrête. 

Il  faut  élever  une  clique  formidriLle,  condo  la- 
quelle tous  les  eft'orts  de  l'anarchie  viennent  se 
briser. 

Le  Vicomte  De  La  RocunFOcrAcLD. 


NECROLOGIE. 

M.  de  Saint-Marcellin,  à  peine  âgé  de  vingt- 
huit  ans,  blessé  à  mort  le  i*'  de  ce  mois  ,  a  expiré 
le  3  en\ve  neuf  et  dix  heures  du  soir.  Il  avoit  fait 
l'apprentissage  des  armes  dans  la  campagiie  de 
1812,  en  Russie.  Il  donna  les  premières  preuves 
^e  sa  valeur  dans  le  combat  qui  eut  pour  résultat 
la  prise  du  village  de  Borodino  et  de  la  grande 
redoute  qui  couvroit  le  centre  de  l'armée  russe. 
IjC  rapport  du  prince  Eugène  au  major-général 
sur  cette  journée,  se  termine  j^^r  cetle  phrase  : 
K  Mon  aide-de-camp  de  Sève  et  le  jeune  Fontanes 
w  de  Saint-Marcellin  méri  lent  d'être  cités  dans  ce 
)>  rapport.  » 

M.  de  Saint-Marcellin  s'étoit  précipité  dans  les 
retranchemens  de  l'ennemi,  et  avoit  eu  le  crâne 
fendu  de  trois  coups  de  sabre. 

Après  le  combat,  il  se  présenta  dans  cet  état  à 
un  hôpital  encombré  de  4ooo  blessés,  où  il  n'y 
avoit  que  trois  chirurgiens  dénués  de  linge,  de 
médicamens  et  de  charpie  :  il  ne  put  même  obtenir 
d'y  être  reçu.  Il  s'en  retournoit,  baigné  dans  son 
tang,  lorsqu'il  rencontra  Buonaparte.  «  Je  vais 
momir,lui  dit-il:  dccordez-moi  la  croix  d'hon- 


(  ^1^  ) 

neiiv,  non  pour  me  récompensai*,  mais  pour  con- 
soler ma  famille.  «Buonapartelui  donna  sa  propre 
croix. 

M.  (le  Saint-Marcellin  ,  jeté  sur  des  fourgons  , 
arriva  a  moitié  mort  à  Moscou  :  il  v  séjourna 
quelcjue  temps  ,  cl  lut  assez  heureux  poin-  trouver 
le  moyen  de  revenir  en  France,  où  nous  l'avons 
\u  ,  pendant  plus  de  div-luiil  mois,  porter  encore 
un»"  lar^f  Idessure  à  la  tête 

La  lia  II  ce  a\  ant  rapjiclé  son  Puji  irfiitimc,  M.  de 
Saint-.MarcelIin  lut  lidèle  au\  nouveaux  sermens 
cju'il  avoit  laits.  11  étoit  aidc-de-camp  du  général 
Dupont  à  réi)oque  du  20  mars.  Il  se  trouvoit  à 
Orléans  avec  son  général  ,  lorsque  les  soldats  sé- 
duits (juiltèiciit  la  cocarde  blanche  ;  M.  de 
Sainl-Marcellin  osa  la  garder  ;  circonstance  que 
peut  avoir  connue  M.  le  maréchal  Gouvion  de 
Saint-Cvr,  qui  fit  reprcndi'e  la  cocarde  blanche 
aux  troup«;s  égarées.  Rentré  à  Paris  ,  M.  de  Saint- 
!Marc<'llin  eut  nnv  altercation  politicfue  avec  un 
oflicier,  se  battit  ,  blessa  son  adversaire  ,  et  ])artit 
du  cliamp  clos  pour  aller  rejoindre  ceux  à  qui  il 
avoit  engagil  sa  loi. 

^ommé  capitaine  à  Gand  ,  il  sollicita  l'hon- 
iieur  d'accompaj^ner  le  généia]  Donadieu  ,  chargé 
pour  le  Roi  d  nue  mission  importante.  Débarqué 
.1  Bordeaux  ,  il  lut  arrêté  et  remis  aux  mains  de 
(b'ux  gendarmes  (jui  dévoient  le  conduire  à  Paris 
pour  y  /!tre  fusillé.  En  passant  par  Angoulême  , 
i\  échappa  à  ses  gardes,  excita  un  mouvement 
rovalistr  dans  la  ville  ,  et  rentra  dans  Paris  avec 
le'Roi. 

INI.  d«'  Saint-Marcellin  lut  alors  c-nvové  connue 
clnf  de  bataillon  dans  un  régiment  de  ligne  à 
Orléans:  blessé  de  nouveau  ,  il. fut  obligé  de  reve- 
nir à  Paris.  Drpuis  ce  moment  ,  il  consacra  svs 
loisiis  an\  lettres  :  il  avoit  <I<'  «pii  tenir.  Il  dnuna 
quel  q  nés  ou  v  rages  à  nos  dilléreuitLéàtrcs  lyriques. 
Tome  II.  — 19*  Liyraisov.  jQ 


•(  ^:4  ) 

Compris  cammc  chef  d'escadrou  dans  la  nouvelle 
organisation  de  Tétat-major  de  l'aiTnée  ,  il  avoit 
refusé  dernièrement  un  service  actif  c[ui  l'eût 
éloigné  de  Paris.  La  Providence  vouloit  le  rappeler 
à  elle.  Pour  des  raisons  faciles  à  deviner,  Tadrai- 
nistralion  avoit  subitement  ,  dit-on  ,  changé  eu 
rigueur  sa  bienveillance  politique.  On  assure  que 
M.  de  Saint-Marcellin  alloit  perdre  sa  place  de 
chef  d'escadron,  quand  la  mort  est  venue  épargner 
aux  ennemis  des  royalistes  une  destitution  de 
plus  ,  et  rayer  elle-même  ce  brave  militaire  du 
tableau  d'où  elle  efface  également  et  les  chefs  et 
les  soldats. 

M.  de  Saint-Marcellin  n'a  point  démenti, 
à  ses  derniers  momens  ,  ce  courage  français  qui 
porte  à  traiter  la  vie  comme  la  chose  la  plus 
indifférente  en  soi  ,  et  l'affaire  la  moins  impor- 
tante de  la  journée.  Il  ne  dit  ni  à  ses  parens  ni  à 
SCS  amis  qu'il  dcNoitse  battre  ,  et  il  s'occupa  tout 
le  matin  d  un  bal  qui  devoit  avoir  lieu  le  soir 
chez  jM.  le  marquis  de  Fonlaues,  A  trois  heures  , 
il  se  déroba  aui  apprêts  du  plaisir  pour  aller  à  la 
mort.  AiTivé  sur  le  champ  de  bataille  ,  le  sort 
ayant  donné  le  premier  feu  à  son  adversaire  ,  il  se 
met  tranquillement  au  blanc  ,  reçoit  le  coup  mor- 
tel, et  tombe  en  disant:  «  Je  devois  pourtant  danser 
))  ce  soir.  »  Rapporté  sans  connoissance  chez  AI.  de 
Fontanes,  on  sait  qu'il  y  rentra  à  la  lueur  des  flam- 
beaux déjà  allumés  pour  la  fête.  Lorsqu'il  re^int 
à'iui,  on  lui  demanda  le  nom  de  son  adversaire  ; 
»  Cela  ne  se  dit  pas  ,  répondit-il  en  souriant  ;  seu- 
))lement  c'est  un  homme  qui  tire  bien.  »  M.  de 
Saint-Marcellin  ne  se  fit  jamais  d'illusion  sur  son 
état  :  il  sentit  qu'il  étoit  perdu  ;  mais  iî  n'en  con- 
venoit  pas  ,  et  il  ne  cessoit  de  dire  à  ses  parens  et 
à  ses  amis  en  pleurs  :  «  Sovez  tranquilles,  ce  n  est 
»  rien.  »  Il  n'a  fait  entendre  aucunes  plaintes  5  il 
n'a  ténjoigoé  ,  ni  regrets  de  la  vie  ,  ni  haine  ,  ai 


(  ^1^  ) 

Ttrême  humcttr  conlie  celui  cjiii  la  lui  anaclioit  : 
il  est  mort  avec  le  saiif^-tioi<J  d'un  vieux  soldat  et 
la  lacilité  d'un  jeune  homme.  Ajoutons  qu'il  est 
mort  en  chrétien. 

Les  lettres  et  l'armée  pei-dent  dans  M.  deSaint- 
Marcellin  ,  une  de  leurs  plus  brillantes  espérances. 
On  remarque  daus  les  jjreniiers  essais  échopj)és  à 
sa  plume,  une  gaîté  de  bon  goût  appuvée  sur  un 
fond  de  raison,  etsur dessentimens  nobles.  Lors- 
qu'il parle  d'honneur  on  voit  qu'il  le  sent  ,  et 
quand  il  rit  on  s'apereoit  qu'il  méj)iise.  Sa  des- 
tinée j)aroissoit  devoir  être  heureuse  dans  un 
oi"dr<'aechos<s  diiVérentde  celui  qui  eviste  au  jour- 
d'hui  \  mais  aussitôt  tju'il  est  entré  dans  la  ligne 
des  devoiis  léoitimes  ,  il  a  été  atteint  par  cette  fa- 
talité ([ui  semble  s'attacher  auv  pas  de  tout  ce  qui 
est  d<;venu  ou  resté  lidèle.  F.st-ce  une  raison  pour 
renoncer  à  une  cause  sainte  et.  juste?  Bien  loin 
«le  là,  c'est  une  raison  pour  s'y  attacher  :  les 
hommes  généreux  sont  tentés  par  les  périls  ,  et 
riionncur  est  une  divinité  à  la(juellr  on  s'attache 
par  le.s  sacrifices  même  qu'on   lui    lait. 

Devons-nous  plaindre  ou  léliciter  M.  de  Saint- 
Marcellin  :'  11  n'éloit  jias  fait  pour  vivre  dans  ces 
temj)s  d'ingratitude  et  d'injustice.  Le  sang  lui 
bouilloit  dans  les  veines  5  son  cœur  se  révolloit 
quand  il  vovoit  récompenser  la  trahison  et  punir 
la  fidélité.  Son  indignation  avfjil  l'éclat  d<'  son 
courage,  et  il  n<*  l'aisoit  j)as  plus  de  difficulté  de 
montrer  ses  sentimens  que  de  tirej-son  épée  :,avec 
<ine  yjaj-eille  disposition  d  àme,  nous  ne  Veus-sions 
pas  gardé  long-temps.  D'ailleurs,  nous  marchons 
si  vite,  le  système  adoj)fé  nous  prépare  de  tels 
événemens  cpie  Sainf  -  Mar(  ellin  n'a  peut-être 
ix'rdu  ([ue  des  orages  :  il  s'est  hâté  d'arriver  au 
luni  de  son  repos  ,  et  du  moins  il  n'entend  jdus 
le  bruit  de  nos  divisions. 

Mille  raisons  nous  commaudoieut  de  payer  ce 


tribut  d'éloges  à  la  mémoire  de  Salnt-Marcèllin  j 
mais  il  y  en  a  surtout  une  qu'une  vieille  amrtié 
sentira.  Cette  amitié  a  été  éprouvée  par  la  bonne 
et  la  mauvaise  fortune  j  elle  nous  retrouveia 
toujours  ,  et  particidiùrement  quand  il  s'agii'a  de 
la  consoler  :  Ille  clies  ntramque  duxit  ruinant. 


Paris,  8  février  rSig, 

Il  y  à  long-temps  que  la  ville  de  Paris  n'avoiï 
présenté  un  aspect  aussi  triste  que  cette  année. 
Depuis  que  la  France  est  livrée  au  dissentiment 
des  opinions,  et  que  chaque  année  amène  de  nou- 
velles subdivisions ,  chaque  année  augmente  Tiso- 
lement ,  la  tristesse  et  l'ennui.  On  pourroit  dire 
qu'il  n'y  a  plus  d'intérêt  public,  même  dans  les 
événcraens  publics.  Quoique  îe  nouveau  ministère 
nous  fasse  affîi'mer  que,  de  son  triomphe,  date 
une  ère  nouvelle,  nous  trouvons  que  cela  res- 
semble si  bien  à  l'ère  ancienne,  que  nous  n'y 
voyons  pas  de  diffei'ence.  Les  indépendans  sont 
du  même  avis;  ils  menacent,  comme  s'ils  n'avoient 
rien  obtenu;  ils  grondent  INl.  de  Gazes,  comme 
s'il  avoit  pris  avec  eux  des  engagemens  qu'il  évitc- 
roit  de  remplir  pas.  C'est  une  querelle  de  famille 
dans  laquelle  nous  ne  voulons  pas  intervenir. 

Nous  croyons  qu'il  y  a  moins  d'accord  dans  ce 
ministère  que  dans  le  précédent,  parce  qu'il  s'est 
formé  à  la  suite  d'une  nouvelle  svibdivision  d'opi- 
nions, et  que  les  subdivisions  de  ce  genre  agissent 
sur  les  ministres  comme  sur  le  reste  de  la  société. 
Les  projets  de  loi  qu'on  porte  à  la  Chambre  an- 
noncent suffisamment  une  absence  de  système.  En 
effet,  dès  qu'il  n'y  a  pas,  dans  les  Chambres,  de 
majorité  fixe,  il  est  impossible  qu'il  y  ait  de  l'en- 
semble  djins  le  ministère.  En  vain  les  hommes  qui 


k  coraposentajoumeront  les  résolutions  qui  «igna- 
]»^roient  le  peu  d'accord  qui  règne  entre  eux ,  le 
public  en  aura  la  sensation;  et,  ]>our  ue  mécon- 
tenter personne  positivement,  ils  ne  satisferont 
|»as  même  ceuv  dont  ils  appellent  sans  cesse  le 
secours.  Tout  llérhil,  louL  lani;nitj  ce  ininistève 
paroît  dostiné  à  mourir  tle  l'ennui  général  qu'il 
jirocure.  Il  voudroil  bien  avoir  d<.'s  eiinemis  :  ses 
ll.ittetirs  le  bercent  de  l'esp^'-rance  d'enavoir^  mais 
il  faut  êlr(î  bien  grand  en  j^olitique  pour  inspiier 
de  la  lialuc.  On  ne  hait  pas  le  ministère  5  il  v  a  tel 
noiu  qu'(jn  cessera  biinlôl  de  prononcer,  parce 
qu'on  bâ  lie  en  se  demandant  jjourqiioi  ce  nom 
revient  plus  souvent  qu'un  autre. 

Dans  l'impossibilité  de  faire  mieuv  ou  plus  mal 
que  le  ministère  renversé,  dans  1  imj)ossibililé 
d  adopter  des  j)rincipes  et  de  les  suivre,  parce 
que  c'est  une  opération  de  l'esprit,  on  se  jette  sur 
les  hommes^  c'est  une  opération  toute  matérielle. 
On  destitue  dv.>  préfets;  on  les  fait  conrir  de  dé- 

f)ai-ti'm«'iit  en  «IrpHi-leiuenl  comme  des  eslatetles; 
e  tour  des  s<jiis-j)réfets  <'st,  tlit-on,  arri\é  ;  on  va 
eu  ollrir  quelques  douzaines  eu  holocauste  aux 
iudépendans,  alin  de  .conserver  leur  appui  une 
semaine  de  [ilus;  mais  cela  ne  les  satisfera  pas. 
Baron  se  plaignoit  à  un  gjand  seigneur  de  ce  <ju'ou 
a\oil  battu  ses  gens:  «Khi  mon  pauvre  Baron, 
>'  pour(|uoi  as-tu  des  gens?  »  fut  la  seule  satisfac- 
tion qu'il  obtint.  On  dira  bientôt  aux  administra- 
teurs d<'slilués  :  «Si  vous  aime?,  la  royauté  légi- 
«  tinie,  \ous  deviez,  ^tre  bien  las  du  métier  «^u'on 
»  vous  faisoit  faire;  si  vousaime-/.  la  Constitution  , 
)»  vi)us  (le\iez'élre  bi«:n  <'mbarrassés  du  rôb'  ([u On 
»  vf)us  faisoit  jouer  dans  les  élections;  si  vous  n'êtes 
)»  pas  serviles,  que  regrettez-vous  de  vos  places?  » 
Les  administrés  regardent  avec  une  secrète  joie  ces 
(léplaceniins  lontinnels;  ili  ne  s'attachent  plus  à 
Jcs  magistrats  qu'ils  n'ont  pas  le  temps  de  con- 


V  27H  ; 
noîlre,  dont  ils  ne  peuvent  rien  attendre,  qui 
sentent  qu'en  se  sacrifiant  au  bien-être  d'une  pro- 
vince ils  n'obtiendroient  pas  autant  de  crédit 
qu'eu  cédant  aux  caprices  dtts  bureaux  :  les  regards 
coinmencent  à  se  tourner  vers  l'administration 
collective,  indépendante  et  non  soMée.  C'est  ainsi 
q-ie  les  fnits  viennent  toujours  faire  dominer  une 
cloct'ine,  et  que  les  fautes  des  ministres  préparent 
d'^s  ch'r»n^f^m;'ns  qu'on  attribue  à  l'esprit  dinno- 
vaiion.  Il  tant  qu'une  province  soit  administrée 
ou  qu'eiie  s'administre:  il  nV  a  pas  de  terme 
m.jven,*  et  le  SA'stème  de  déplacement  pour  des^ 
opinions  est  incompatible  avec  une  adrainistratior^ 
rèc'iiiière.  . 

]NoK  ministres  n'ont  pas  besoin  des  leçons  de 
re\pé»'it'nce j  ils  poui'roient  cependant  jeter  un, 
coup  d'œii  sur  l'Europe,  poiîr  v  étudier  le  sys- 
tème d'cidrainistration  des  pays  libres,  comme 
nous  autres  Français  nous  lisons  ]es  journaux 
étrangers  pour  apprend  e,  dans  les  Coi'resvon  — 
dances  pvivc'-es ,  ce  qui  se  passe  en  France.  ]N'ous  y 
vovoiis  que  le  ministère  est  habile,  qu'il  jouit 
d'une  haute  considération  ,  qu'il  a  sauvé  la  patrie  , 
qu'il  ia  sauvera  bi«?n  des  fois  encore,  parce  qu'il  a 
réMni  les  cspT'ts.  S<^uîement,  il  ne  sait  comment 
s'y  preiidvt  avec  la  Chaml)rc  des  Députés;  mais, 
pour  la  Cha'nbro  des  Pairs  ^  il  va  l'augmenter  dans 
de  telles  propoi'tions  qu'<:ile  sera  plus  nombreuse 
que  la  Chambre  des  départemens;  ce  qui,  comme 
chacun  sait,  est  tout-à-fait  dans  la  nature  des 
choses  ,  et  dans  les  règles  du  gouverneruent  repré- 
senliitil..  11  Y  along-t(  mps  qu'on  menace  la  Fiance 
d'un  '•urcroît  de  pairs;  on  ne  devine  pas  pourquoi 
on  veut  nous  faiie  part  de  cette  augmentation.  Si 
l'opéiation  avoit  été  faite  l'année  dernière,  le.s 
trois  quarts  de  s  rappelés  ou  des  nouveaux  admis 
seroi»  ut  déjà  oppost's  au  n)ir.i.stère.  On  ne  voit  pas 
ce  qu'il  peut  gagner  à  cela.  11  doitbien'savoir  qu'il 


(  ^^:f>  )     . 

nV  a  pas  de  rcconnoissancc  qui  tienne  où  l'accord 
des  principes  n'existe  pas  entier j  et  que  tout 
homiur,  qui  n'a  plus  rien  à  prétendre  et  à  perdre, 
n'altiibuc  qu'à  son  mérite  ce  qu'il  a  obtenu.  A 
moins  de  pouvoir  destituer  les  Pairs  de  France 
comme  des  prélets  ,  l'auji^mentation  des  Pairs  n'a- 
joutera rien  aux  ressources  ministérielles,  et  affbi- 
blira  l'opinion  qu'on  devroit  avoir  de  la  pairie. 
Toutes  ces  petites  combinaisons  du  moment  ne 
servent  (jue  pour  un  jour,  et  nuisent  à  l'avenir. 

Si  les  tlestitutions,  les  apparitions  et  les  dispa- 
ritionsdes  préfets  n'intéressent  qu'en  songeant  que 
les  opinions  des  administrateurs  sont  une  garantie 
ou  un  danger  pour  la  royauté  j  il  n'en  est  pas  de 
même  des  grielsdont  se  plaignentles  mililairt-s  de 
tout  grade.  Ici ,  l'injustice  est  personnelle  ,  puisque 
le  bon  sens  de  tous  les  peuples  nvoit ,  bien  avant  les 
législations,  reconnu  que  les  services  militaires 
donnent  droit  à  des  égards.  On  avoif  dit  de  la 
nouvelle  loi,  qu'avec  elle  on  a  va  nceroi  t  légalement  • 
et  que,  malgré  elle,  on  t()nil)er()it  arbitrairenient. 
(A'Ia  s'est  réalisé  j  il  ne  lalbiit  pas  faire  tant  fie 
bruit  pour  aniver  à  ce  résultat.  Ce  n'est  pas  sans 
chagrin  qu'on  apprend  combien  de  braves  officiers 
ont  a  se  plaindn*  des  mouvcmens  et  dvs  cnntre- 
mouveniens({uionllie(i<lans  la  composition  del  ar- 
nme.  Le>  plaintes  se.  ninllipli<'nl  au  point  qu'on  vn 
éprouve  plus  de  lassitude  encore  i\nf  d'indigna- 
tion. On  évite  les  conver.satious  sur  ce  sujet;  et  il 
ne  reste  ,  pouroccnp(*r  les  Parisiens,  que  b' détail 
<bvs  maladies  niul ti[>lié«s  «ju'ou  d(jil  à  la  saison, 
1  annoncf  dvs  duels  du  jour,  les  banqueroutes,  les 
insurrections  universitaires,  lesclmils  «le  co\n* ,  la 
peste  en  Alricjue  ,  et,  dans  lluile  ,  1q  choiera- 
niorhus ,  «pii  ,  au  Hengale ,  a  enlevé  deux  cent 
vingt  mille  |><-rsonn<;s  dans  un<'  année  :  c'est  aussi 
une  manière  d<- deslitutiou  ;  mais  tout  cela  u'evt 
pas  [;,ii. 


(   2^0   ) 

Pour  parer  aux  banqueroutes  ,  à  la  gêne  que  le 
commerce é])rouve  surtouslespointsrlelaFrance  , 
M.  le  ministie  de  Tintéiieur  vient  de  rétablir  à 
Paris  l'exposition  des  produits  de  l'industi'ie  na- 
tionale. Les  manufacturiers  qui  se  distingueront , 
obtiendront  des  médailles.  On  doit  s'attendre  que 
cela  fera  singulièrement  prospérer  le  commerce. 
Les  négocians  voudroient  encore  que  i  intérêt  pro- 
duit par  la  rente  n'absorbât  pas  tous  les  cajjitaux  , 
et  que  les  hommes  industrieux  pussent  trouver  de 
l'argent  à  un  taux  raisonnable  j  mais  c'est  trop  exi- 
ger à  la  lois.  Il  est  plus  facile  de  leur  donner  des 
médailles.  On  ne  dit  pas  s'il  v  en  aura  pour  les 
banquiers  qui  se  distingueront  dans  les  opérations 
de  bourse  ;  il  est  vrai  que ,  dans  ce  genre  ,  l'indus- 
trie n'est  pas  toute  nationale  ,  et  qu'elle  porte  avec 
elle  sa  récompense  vulgairement  connue  sous  le 
nom  de  crédit  public  et  de  Irais  de  négociation. 

Si  M.  le  ministre  de  l'intérieur  pense  à  la  jiros- 
périié  du  commerce,  il  ne  faut  pas  croire  qu'il 
oublie  la  prospérité  de  l'agriculture.  Il  vient  de 
former  à  Paris  un  conseil  qui  lui  révélera  les 
bonnes  méthodes  de  culture,  et  les  movens  de 
les  répandre  ;  ce  conseil  pourra  avoir,  dans  chaque 
département,  un  correspondant  désigné  par  le 
préfet  5  ce  qui  certainement  doit  produire  un  in- 
calculable développement  de  richesses.  En  An- 
gleterre, on  riroit  si  l'administration  générale  se 
mêloit  de  pareils  détails  .  et  faisoit  de  l'agriculture 
près  du  pont  de  Westminster  :  mais  les  Anglais  sont 
bien  plus  gais  que  nous.  Voici  pourquoi.  Depuis 
long-temps  ils  ont  trouvé  un  étrange  moyen  de 
porter  au  plus  haut  point _^de  développement  les 
produits  territoriaux  j  c'est  de  fixer  d'une  manière 
immuable  la  contribution  foncière  ,  et  de  la  rendre 
presque  insensible.  Si  on  ajoute  à  cela  le  système 
des  grandes  propriétés  ,  lié  au  système  politique  , 
on  concevra   que   l'administration    générale    n'a 


(  "^^^  ) 

plus  qii  a  laisser  faire  dans  ce  pavs  ;  c'est  le  parti 
qu'elle  a  pris  ,  et  tout  le  mcnidc  s'en  trouve  l)ion. 
Mais  lorsqu'il  nous  a  été  annoncé,  même  avant 
la  présentation  du  budget ,  qu'il  n'y  auroit  pas 
de  diminution  sur  la  cnutriltutioti  foncière  ,  il 
ïious  est  fort  indifl'éreut  d'apprendre  <{u  il  \  aura 
à  Paris  un  conseil  d'aj:^ricnlture  auprès  de  M.  le 
ministre  de  l'intérieur.  Les  propriétaijes  ,  qui 
paient  un  peu  plus  que  le  quart  de  leur  revenu  , 
à  qui  il  ne  resîe  jamai:^  d'arfijeiit  pour  tenter  le 
moindre  essai  ,  savent  fort  bien  quil  y  a  plus  d'a- 
mélioratioirs  essentielles  à  faire  en  France  que 
dans  tout  autre  pays.  En  attendant  que  la  dimi- 
nution des  imj)ôls  leur  permette  de  les  tenter,  les 
[)ropriétés  se  divisent  à  l'infini  ;  il  est  probable 
que  la  bêche  de\  iendra  le  mo\en  général  de  cul- 
tivj.'r;  et  on  en|>;i<^e  MM.  du  conseil  à  diri^f(>r 
toutes  leurs  vues  sur  les  moyens  de  la  perfec- 
tionner. 

Les  missionnaires  ,  qui  préchentlaseule  relit;ion 
qui  exige  le  pai-don  des  injures,  excitent  depuis 
long-tem])s  l'animadversiou  des  hommes  qui  ont 
prêché  l'oubli  quand  ils  étoicul  les  pins  foibles  , 
et  <[ui  ne  veubut  rien  oublier  depuis  qu'ils  ont 
fait  croire  qu'ils  sont  les  ])lus  forts.  Lu  [>rélet , 
habile  à  deviner  d'oii  vient  le  vent,  a  trouvé, 
dans  b's  lois  de  Biionaparte  ,  un  ])etit  article 
aN<'c  lecpicl  il  a  arrêté  une  mission;  il  a  été  ha- 
bilement secondé  p.tr  le  maire  d<'  la  Nilleoùles 
missionnaires  étoi«*nt  an'ivés.  C'est  la  première 
fois  (|ue  ce  maire  désoblige  ses  administrés;  car, 
d<'puis  vinj^t-cinq  ans  qu'il  est  en  ])lace  ,  il  avoit 
trjiijours  montré  une  condescendance  si  grande 
pour  I  opinion  du  joui",  rpi  (m  j)OU>oil  rrnire  rpi'il 
ne  se  rappeloit  jamais  l'opinion  delà  v<ille,eî  ne 
prévo\oit  pas  celle  du  lendemain.  On  fait,  dans 
celle  ville  ,  des  l'éparations  à  la  salle  de  spectacle, 
poui-  des  baleleurb  tjtic  l'on  attend.   S»,  dans  uri 


(  58.  ; 
pavs  chrétien,  les  lois  s'opposent  à  la  propagation 
du  cliristianisme ,  il  faut  mettre  en  jugement  le 
ministère  qui  a  permis  les  missions  5  mais  si  les^ 
lois  ne  s'y  opposent  pas  ,  on  doit  demander  compte 
au  prcfet-ctau  maire  de  la  conduit* qu'ils  ont  te- 
nue. On  espère  que  M.  le  ministre  de  l'intérieur 
se  formera  bientôt  un  conseil  de  religion,  sauf -i 
le  composer  en  grande  partie ,  comme  son  conseil 
d'agiiculture  ,  des  membres  de  l'Institut. 

On  vient  de  mettre  en  vente  ,  cliez  un  libraire 
de  Paris  ,  des  Mémoires  de  M.  le  duc  d'Otranle , 
qui  ont  pour  but  de  prouver  que,  si  M.  Fouclié 
n'avoit  pas  fait  tout  ce  qu'il  a  fait  ,  la  France  au- 
roit  éprouvé  de  bien  grands  malheurs  depuis  Tan- 
née 1793.  Grâces  à  lui,  il  i\y  a  eu,  ni  terreur 
sous  la  Convention  ,  ni  foiblesse  sous  le  Direc- 
toire ,  ni  despotisme  sous  Buonaparte.  Les  malins 
observent  que  le  discours  prononcé  en  1810  ,  par 
M.  le  comte  de  Cases  ,  en  demandant  des  lois 
d'exception  contre  les  chauds  révolutionnaires  , 
n'est  que  la  copie  du  rapport  fait  au  Directoire, 
par  M.  Foiiché,  contre  les  anarchistes.  «  jN'espé- 
»  rez  pas  ,  dit-il ,  qu^'ls  se  corrigent.  Ce  qu'ils  en- 
»  treprcnncnt  pour  l'indépendance  de  leurs  pas- 
»  sions  est  pour  eux  vertu  et  liberté  :  les  moyens 
»  par  lesquels  ils  menacent  et  épouvantent  les 
))  Etats ,  leur  semblent  des  moyens  propres  à  en 
y  préparer  la  force  et  la  prospérité.  Leurs  remords 
j)  ne  peuvent  effacer  le  souvenir  des  homicides 
a  qu'ils  ont  commis.  La  nation  voit  toir'oui's  les 
»  assassinats  cpii  l'effraient  ,  et  ne  peut  lire  dans 
i}  leurs  Ames  les  remords  qui  pourroientia  rassu- 
M  rer.  »  Il  y  a  dans  les  pièces  qui  composent  ces 
Mémoires,  quelques  pensées  d'un  homme  qui 
entend  la  politique  :  celle-ci  est  suj'lout  remar- 
quable 5  elle  étoit  adressée  à  Murât,  occupant  le 
trône  de  ISaplcs  :  «  V  eiJlez  à  ne  remuer  que  les 
»  passions  que  vous  pourrez  satisfaire.  »  On  avoit 


;  .83  ) 
ouLlié  qiir»  If  mot  uftrà-roya/isfe  csi  dû  à  M.  Fou- 
ché  ;  st's  Mémoires  Ir  rappellent  :  ce  qui  confond  , 
c'est  que  M.  Fouclié  avoit  créé  ce  mot  par  oppo- 
sition aux  u/trà-réuo/nfionnaires  ,  contre  lesquels 
il  s'élève  souv^t  avec  indignation.  Quels  progrès 
nous  a\ons  laits  1  II  est  à  craindre  que  ce  livre  ne 
lasse  beaucoup  de  tort  à  M.  le  duc  d'Otr;tnte  ;  et, 
quoi({u  ij  s'excuse  aupiès  des  ulfrà-riK'ohition- 
naires  d'avoir  laciiité  le  retour  des  Bourbons  aprô 
le  20  mars  ,  ils  s'obstineront  à  lui  faire  un  re- 
proche de  n'être  pas  resté  pur. 

On  attend  toujouvsle  projet  de  loi  sur  la  liberté 
de  la  presse,  cpif  le  ministère  a  lait  annoncer 
comme  devant  donner  pleine  et  entière  salislac- 
tion  à  l'opinion  publique.  jNous  verrons.  Jusqu'ici 
ce  projet  n'a  été  communi([ué  conUdentiellement 
qu'aux  députés  qu'on  croit  disposés  à  faire  des 
concessions  5  les  doctrinaires  et  les  indépendnns 
le  connoissent  5  les  rovalistes  ne  le  coniioisseul 
pas. 

Le  projet  de  loi  sur  la  responsaliilité  des  mi- 
nistres n'a  pas  encore  saisi  b-s  esprits  5  c'est  sans 
doute  à  cause  de  la  nouveauté  du  procédé,  car 
ou  n'avoit  pas  encore  vu  ,  depuis  la  création  du 
monde,  présenter  un  Code  de  procéduie  pour 
réj;b*r  la  manière  de  poursuivre  des  crimes  et  des 
délits  qu'on  avoue  être  hors  d'état  de  spéciGer.  Il 
est  vrai  <ju"on  scroil  louibé  dans  ce  cju'on  nppelle 
b's  cnlv^niifs,  et  tout  le  monde  sait  qu'il  n'y  a 
rien  de  plus  horrible  <jue  des  c;«léy;ories.  On  n(r 
veut  pas,  en  France,  reconnoîtie  que  les  lois 
doivent  toujours  sortir  de  rnbservnlioû  des  faits. 
Par  exemple  ,  pour  spécifier  les  crim^'S  de,s  ]>re- 
mieis  a^e-ns  i{v  l'aulnrilé  ,  il  sulliroit  de  lire  l'His- 
toire de  France,  la  plume  a  la  junin  ^  d'inscrire 
dans  une  colonne  b*  nom  de  tout  ministre  (jui  a 
été  pendu  dej)tiis  la  fondation  de  la  monarchio, 
et  dan*  une  ( olonin'  eu  regard  la  quaiilicatioa  d'* 


(  284  ) 
crime  pour  lequel  il  a  été  pendu.  On  trouveroil  que 
toutes  les  manières  d'abuser  d'une  autorité  délé- 
guée se  sont  nécessairement  présentées  dans  une 
monarchie  vieille  de  quatorze  siècles  ,  et  la  spéci- 
fication sortiroit  naturellement  du  i^pprochement 
des  faits  accomplis.  Parmi  les  peines  infligées  aux 
ministres  ,  on  a   oublié   de  marquer  la  nécessité 
d'assister  à  la  discussion  qui  aura  lieu  sur  un  sujet 
aussi  scabreux.  Des  lois  spéciales  ,  faites  pour  sept 
personnes  ,  ont  l'inconvénient  inévitable  de  porter 
toutes  les  pensées  et  tous  les  regards  sur  ceux  qui 
possèdent  le  titre  en  vertu   duquel  on  peut  com- 
mettre des  crimes  et  des  délits  interdits  aux  vingt- 
siv  ou  vingt-sept  autres  millions  de  Français.  La 
commission  à  laquelle  est  ren\oyé   ce  projet  de 
loi  est  en  général  composée  d'hommes  forts  dans 
toutes  les  opinions  ;  c'est   une  preuve  de  l'intérêt 
qu'on  y  attache.    En  réfléchissant  sur  ce    qui  se 
passe  ,  on  se  demande  ,  dans  le  cas  où  la  loi  nou- 
velle auroit  existé,  si  les  ministres  qui  conduisoient 
si   bien   nos  affaires  avant  le   20  mars  ,   auroient 
été  responsables  de  cette  fatale  journée.  Si   la  loi 
nouvelle  ne  répond  pas  positivement  à  cette  ques- 
tion ,  elle  est  incomplète. 


YxiRIETES. 


Sur  7' Indépendance. 

Je  veux  bien  croire  que  c'est  une  belle  chose 
que  l'indépendance  dont  j'entends  beaucoup  par- 
ler depuis  quelques  années;  mais  je  voudrois 
qu'elle  fût  un  peu  mieux  définie.  Je  ne  la  com- 
prends pas  beaucoup  pour  mon  compte.  Je  vou- 
drois savoir  précisément  ce  que  c'est,  avant  de  m  y 
engager.  Je  n'ai  vu  jusqu'à  présent  que  des  indé- 


(  285  ) 

pendant  de  si  mauvaise  compagnie ,  qu'il  n'y  a 
pas  movcn  que  je  songe  à  leur  ressembler  en  rien 
ni  pour  rien. 

J'ai  vu ,  il  n'y  a  pas  bien  long-temps  encore , 
dans  un  dépa|femrnt  voisin  de  celui  que  j'habite, 
une  bande  dhomiucs  libres  qui  proclainoient  lin- 
dépendance  nationale  ,  en  sonnant  le  tocsin  •  du 
moins,  il  n'étoit  pas  question  de  ceWe  fies  noh/es 
et  des  prêtres,  car  il  s'agissoit  de  les  mettre  à  bas, 
c'est-à-dire  de  les  égorger.  Il  n'y  avoit  pas  moyen 
de  prendre  du  j^oût  pour  cette  indépendance ,  qui 
ne  ressembloit  point  du  tout  à  celle  dont  parlent 
Hobbcs  ,  Grolius  ,  Pufl'endorl'  et  les  publicisles  les 
plus  accrédités  dans  mon  esprit. 

J'ai  vu,  au  commencement  de  la  révolution  ,  un 
de  mes  amis  avoir  uir  enthousiasme  démesuré  pour 
une  certaine  indépendance  qn'il  apportoit  toute 
chaude  des  Etats-Unis  d'Amérique  ,  et  qui  devint 
tout  de  suite  à  la  mode  dans  les  Ktats  trés-pcu  w«/.ç 
qu'on  appeloit  les  Elats-Ciénéraux  en  France.  Ce 

f»auvreami  lut  peu  de  t.  inps  après  accroché  à  une 
anlerne.   Celte  déiinilion  n't'loit  point  claire  j   je 
ne  compris  encore  rien  a  l'indépt-ndance. 

A[)rcs  avoir  entendn  dire  ,  ])endant  vingt-cinq 
ans  et  j/lus,  que  nous  faisions  la  guerre  pour  Vin- 
dépendance  nationale,  j'ai  rencontré  un  beau 
matin  dans  ma  cuisine,  quatre  Talpaches  ,  deux 
Croates  ,  trois  Valaches  et  quelques  pandotirs  qui 
sont  venus  me  d<'niand<r  ma  soiq)»*  sans  comjjji- 
ment  ,'et  qui  m'ont  lait  l'honneur  de  prendre  un 
lit  chez,  moi  pendant  deux  mois  et  demi.  Environ 
un  an  après,  un  autre  beau  matin,  j'ai  retrouvé 
dans  ma  cuisine  le  même  nombre  de  Talpaches, 
de  Croates  ,  de  N'ajaches  et  de  pandours,  avant  le 
même  appétit  et  la  même  familiarité.  J'ai  «'u  avec 
eux  une  conversation  en  lan^ue  morte  :  de  hbcr^ 
tate  suis  legibus  \'ivt:ndi  »  aut  arbitratu  sito,  coin  rue 
dit  Cicéron.  Je  n'eus  à  cet  égard  aucuue  solution 


(  286  ) 
satisfaf sente.  Je  vis  qu'il  y  avoit  bien  du  loucKe 
dans  mon  indépendance ,   et  d'autant  mieux  que 
ie  n'étois  plus  le  maître  de  ma  cour  ni  de  mon 
grcniiT. 

J'ai  assislc  ,  plusieurs  fois  en  Fraace  ,  à  des  as- 
scmLlées  électorales.  J'ai  vainement  donné  ma 
loix  aux  hommes  que  je  croyois  les  plus  propres 
à  assurer  ma  liberté  parfaite  :  siiinma  lihertas.  Je 
n'ai  jamais  pu  voir  triompher  ma  voix,  et  j'ai  été 
dès-lors  sous  la  dépendance  absolue  de  ceux  qui 
ont  obtenu  la  majorité  ;  laquelle  majorité  m'a  mi> 
en  fuite  et  a  tenu  enfermés  pendant  quinze  mois 
presque  tous  mes  parens  et  aiuis  dans  une  maison 
d'arrêt.  Assuiément,  il  y  avoit  là  de  quoi  dérou- 
ter toute  ma  politique  sur  le  fameux  mot  en  ques- 
tion, et  je  ne  savois  qu'en  penser. 

J'entends  quelquefois  parler  à  de  certains  phi- 
losophes de  l'indépendance  naturelle  de  l'homme  : 
cependant,  je  suis  sujet  à  cinq  ou  six  cents  ma- 
ladies qui  peuvent  meretenir  dans  mon  lît,'quoique 
j'eusse  affaire  ailleurs.  Des  voleurs  en  veulent  à 
mes  propriétés  mobilières  j  mes  immeubles  sont  su- 
jets à  la  gi^'le,  aux  orages,  aux  gelées,  etc.  Peut- 
on  dire ,  en  bonne  conscience  ,  que  je  suis  un  êti-e 
indépendant  par  ma  nature? 

Je  vois,  à  la  vérité,  quelques  jeunes  gens  qui 
se  rendent  indépendans  de  l'autorité  paternelle, 
et  qui  se  moquent  de  leurs  père  et  mère  ;  qui 
portent  des  moustaches  ,  des^éperons  ,  et  qui  ont 
des  idées  libérales  ,  au  moyen  desquelles  ils  ont 
une  envie  démesurée  de  s'en  aller  affranchir  l'Eu- 
rope le  sabre  à  la  main.  Pensez-vous,  Messieurs, 
que  ces  jeunes  gens  aient  un  bon  genre  d'indé- 
pendance ?  du  moins  leurs  pères  et  leurs  mères  ne 
pensent  pas  ainsi,  ni  moi  non  plus. 

Une  demoiselle  de  ma  province  vient  de  quitter 
ses  parens,  et  s'est  enfuie  avec  son  amant.  Je  con- 
çois qu'elle  sera  un  moment  plus  libre    et  plus_ 


(  287  ) 
indépendante  avec  lui  5  mais  cette  fugue  n'est-ello. 
pas  un  pni  trop  leste  en  principe? 

M"'  ***  ne  veut  plus  dépendre  de  son  mari, 
et  elle  a  secoué  le  jouor  ^  aidée  d'un  jeune  homme 
on  ne  p.^ut  plus  aimable.  Mais  son  mari  est  uii 
peu  etouné  ,  comme  moi ,  et  il  ne  sait({ue  dire  de 
l'indrjK'ndance,  non  plus  que  d'une  Ibnle  d'autres 
mots  dont  notre  langue  s'est  enridii*' ,  ou  dont 
l'acception  a  changé,  pour  le  malheur  de  tous 
ceux  qui  tiennent  encore  aux  gothiques  déGni- 
lions  du  bon  sens. 


Odes  (T Horace ,  traduites  en  vers  français  par 
.M.  deVVaiilv,  j)ro\  iseur  du  collège  de  Henri  \\ . 
Deuxième  édition  ,  augmentée  du  troisième 
1  i  \  l'e . 

J.orsque  ,  l'année  dernière,  INI.  deWaiîlv  pu- 
blia sa  traduction  «'n  vers  des  deux  premiers  li\rcs 
des  Odes  d^ Hrrnee  ,  tous  b's  criti(pies  seiéunirent 
pour  louer  cet  ouvrage  ;  réternel  adversaire  des 
traductions  fut  mt^nie  un  de  ceux  qui  lui  accor- 
dèrent le  plus  d'éloges  ,  et  son  sentiment  se  trouve 
consigné  dans  le  recueil  qu«'  l'un  vient  <le  publier 
4tle  acs  princi[)aux  niiiiles.  Les  mêmes  louanges 
paroissent  deNoïi-  .s  ajjpliquer  au  troislvme  li\re 
que  M.  de  Waillv  donne  en  ce  moment  :  on  y  re- 
niarq'ue  la  même  sagesse  de  goilt ,  le  même  degré 
de  talent  ,  la  m^*me  supériorité  sur  tous  les  éci'i- 
vains  qui  ouf  précédé  le  nou\eau  traducteur  dans 
cette  carrière  (liflieile  ;  ce '^*  I,i\redes  Odes  d'Un- 


ix) Un  vol  in-iH  ,  «•dition  He  Didot.  Prix  :  4  t"r.  ,  et  4  '•■  60  g. 
par  la  poste.  Lt-  S'  Ijv.  »«-ul.  i  fr.  Sd  c  ,  ef  2  Tr.  par  l:i  poslc. 
A  Pans,  chit  I)i<l  .1  .liiir.  rue  du  Poiit-df  [.odi ,  u'  \i ,  cl  Ic 
Norjmiit,  ru«  de  S^iue,  u*  i,  et  <(iiai  C«uli ,  b°  5- 


(  288  ) 
race  pst  celui  où  ce  grand  poète  a  déployé  avec  le 
plus  de  magnificence  les  ressouixes  de  son  génie 
lyrique,  et  l'on  ne  s'aperçoit  pas  que  son  inter- 
prète ait  eu  de  plus  grandes  difficultés  à  vaincre  , 
pour  ne  pas  tomber  trop  au-dessous  de  l'original. 
]M.  de  Waillv  se  soutient  ici  à  la  hauteur  qu'il  a  su 
atteindre  dans  les  premiers  livres.  jN  eus  souhaitons 
qu'il  achève  promptement  de  compléter  cette  tra- 
duction ,  qui  peut  devenir  un  des  monumcns  de 
notre  langue  ;  et  nous  nous  félicitons  de  ce  qu'un 
litre  littéraire  d'une  telle  distinction  appartient 
à  un  écrivain  qui  ne  se  recommande  pas  moins 
par  la  pureté  de  ses  sentimens  et  la  bonté  de  ses 
opinions,  que  par  le  talent  même  dont  il  fait 
preuve. 

On  trôiive  chez  Dentu,  libraire,  au  Palais- 
Roval  et  rue  des  Petits- Augustins,  n"  5,  une 
brochure  d'environ  dix-neuf  pages ,  où  le  Mode 
cVai^aucemeiit  j'cg/c  par  la  loi  de  recrutement  du 
10  mars  i8i8,  est  examiné  d'une  manière  judi- 
cieuse ,  uniquement  sous  le  rapport  de  l'intérêt 
militaire. 


Journal  des  Voyages,  Découvertes,   etc.;  2«  cahier,  conte- 
nant, entre  autres  articles  intëressans,  un  Mémoire  sur  la  Géo- 


frégate   l'Alceite,  aie.   etc.  — Le  prix   de   I  abonnement ,    poL_ 
lacahiers,  est  de   33  fr.  pour  les  de'partemens  ,    et  de   3o  fr. 

Kour   Paris,    où   l'on,  souscrit    chez    Colnet,    libraire,    quai 
lalaquai ,  n°  9;  et  le  Normant,  rue  de  Seine .  n<»  8,  et  quai 
Coati,  n°  5. 

Nota.  C'est  par  erreur  qu'on  a  annonce  les  Sermons  du 
P.  Lenfant  à  2.!^  fr.  ,  pendant  que  son  prix  est  de  28  Tr.  pour 
Paris,  e(  38  fr.  par  la  poste.  A  Paris,  chez,  Urguet  deSaint-Ouen, 
rue  de  l'Ode'on,  prés  le  théâtre  ;  Grégoire  père  .  quai  des  Au- 
gustins  ,  n°  Sy  ;  Grégoire  fils,  même  quai,  n°  25;  Laurens  j«, 
rue  du  Bouloi ,  n"^  4  ;  J-  ^-  Sajou,  imprimeur,  rue  de  la  Harpe, 
n°  1 1  ;  et  le  Normant ,  me  de  Seine ,  n°  8. 

IMPRIMERIE  DE  LE  NORMANT,  RUE  DE  SEINE. 


Tome  II.  Vingtième  Livraison. 


Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Iloniictes  Gens.  \^ 


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lb^-»^a)goooosa^(tGCc(!:ceccgcc« 


ON  SOUSCRIT 


A  Paris,  chezLENORMANT  fils  ,  Ediieur,  rue  de  Seine    n«  8  • 
Et  chez  les  Libraires  des  Déparlemens,  ci-dessous  désignés  : 


Abbeville,  chez  Grare. 
Agei),  Noubil. 
•  Alençon,  Bonvoust. 

A „  \  Fourrier-Mame. 

Angers,     {  t,     • 

Argentan.  Lecresne. 
Auxerre,  Fr.  Fournier. 
Avignon ,  Seguin  aine. 
Bayeux,  Groult. 
D„„„„ S  Bonzom. 

Béarnais,        f^'"?"'^.'"- 
t  Uesjardms. 

Besançon,  Girard. 

Bordeaux,   |  ),'' Bergeret. 
t  (jassiot. 

Brest    \  ''^/°"''nieretDespe'riers. 

'  f  Michel. 
Caen,  Manoury  aîné. 
Cambrai,  Berfout. 
Chà!ons-sur-Saône,  Dej   ssieu. 
Charleville.  Ch.  Baucourt. 
Ciiartres.   Hervé. 
Clermont  -  Ferrand  ,    Thibault- 

Landriot. 
Dijon,  Coquet. 
Douai ,  Tarlier. 
Grenoble,  Durand. 
Lavai ,  Grandpre. 
Lille ,  ^'an^ckere. 
Limoges.  Batbou-Desrourières. 
Lons-le-SauInier,  Baliaud. 
/  Liebaux. 

Maire. 
Lvon  ,      \  Périsse  frères. 

Rusand. 

Bohaire. 


'1 


Au  Mans, 
Marseille , 


Nante 


Belon. 

Pesche. 

Camoin  frères. 

Mas  vert. 
(  Cliaix. 
Metz,  chez  Dcvilly. 
Monlauban,  La  Forgue. 

Montpellier,   |  p^^-^,,,^^ 

Nanci,  V*  Bontoux. 

Busseuil  aine. 

Busseuil  jeune. 
Nimes,  Gaude  fils. 
Niort .  M"'«  E.  Orillal. 
Nîmes,  Melquiond. 
Orléans,  JMonceau, 
Perpignan,  Alzine. 
Poitiers  ,  Barbier. 
Quimper,  Cbapalain. 

i  Mlle  Blouet. 
Rennes.    \  M^e.  ye  Frout. 

'  M'ie  Vatar. 
La  Rochelle,  Pavie. 
Rodez ,  Carrère. 

Rk  Frère  aîné^ 
ouen,    <  D  u 

'    t  Renault. 

Saumur  ,  Degouy  aîné. 

c.      I  \  f.evrault. 

Strasbourg ,  \ -p 

"    (  revrier. 

Saint-Brieuc.  Prudhomme. 

/  Senac. 

rr^      ,  )  Prunet. 

1  OulOUSe,    <   TVT  •. 

'    \  Manavit. 
(  Fr.  Vieusseux. 
Tours,  Maine. 
Valence.  Marc-AureL 
Versailles,  Ange. 
Villeneuve-sur-Lot,  Crosilhes. 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers  : 


Berlin.  Schlesinger. 
.l>ruxe:les.  Lecbarlier. 
Gand,    Iloudin. 
iieneve,  P;ischoud. 
Bruxelles,  liorgnies  Renier. 


Mons  ,  Leroux. 
Londres,  Dulau  et  Comp. 
Naples,  Borel. 
Turin ,  Bocca. 


AVIS  DE  L  ÉDITEUR. 


Lés  Personnes  qui  n'ont  soitscnt  que  pour  l^  pre- 
micr  K-olunw  cotnposè de  treize  Li\'niistms^  et  qiu  sont 
diins  l  inteiitiofi  de  rece\'oii'  m.iiiitenant  le  scu'iul 
volume ,  sont  invitées  à  vouloir  bien  ftUre  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible  ,  si  elles 
veulent  éviter  tout  relard  dans  l'envoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont  aussi 
priés  y  pour  prévenir  toute  cireur^  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement-,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier ,  comme  cela  est  arri^'é  plusieurs 
fois  j  d'indiquer  le  lii'u  de  poste  par  Uqucl  ils  sont 
se/vis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  d  un 
volume. 

Le  prijr  du  second  volume  est  de  i^  f''-  poui  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés  ,  franc 
•  II'  pnrt  ,  //  M.  Le  .\orniant  y  /ils.,  Editeur  du  (lon- 
.sLTvalfur,  rue  de  Seine,  //"  b,  /''.  S.  G. 


LIMVES  NOUVEAUX. 

Duenurt  lur  /toltin ,  par  A.  Ae  Riirarol.  Prit  :  a  fr.,  ri  afr.  3o  c.  par 
I  -  '  ^  l'jii».  clir»  A.  Kgron.  rup  ilc»  Noyrr*,  n"  87;  le  NomuDi , 
I  r  .  n"  8,  ri  qu:>i  («onli .  n"  5. 

J  ,fUf  it'linmcr.  IraUuil  (ur  llrnr.  Tcrmtéoo  ,  u^trc  \r  lnlr  fl 
cirt  r»niarc|urt,  lu  iH  Frit  :  1  fr. ,  ri  1  Ir.  a5  r.  par  la  pfivle.  A  l'jrtt , 
thrt  |)Mrr)i .  iibrairr  ,  quai  Art  AuKUtlio»,  n*  ai;  elle  Nfirmanl.ruc 
Jr   Srinr  ,  ti*  8,  ri  ijuji  Conli .   n"  a. 

Il  dfiil  lorotlrr  incrtvaminrnl  clin  Raltard.  Drnlu  ri  le  Nnrtnanl .  ri 
!«-•  piiiH  ipjut  niarthjiiilt  tir  iiiiikiiiur  .  un  litrr  qui  nr  prtil  inanc|Urr 
il'^lrr  d'iiiir  Krjndr  ulililt'  a  Ml^l.  In  iiiu»i<  irn»  ri  aniairur»  lia  pour 
lilrr  .luiiaUt  tir  Itt  Uu*niu*  ,  ou  ,4lmanarlt  miituti/  f*'Ur  fttn  iHl^; 
ronlenaiil  Ir»   t\rf>rrloirr*  lir»  ouviaer»  Jr  niu>it|ur   publié»  en  (raïKC 

r     '     ■  '  -      .•  r  -      ■     :    ■  -."      .  .   !    ••  -Ir» 

I  '     ..  ...,ut  .   ..!.■     1  .*lr 

I  ilr.    rn   I  >    ri  la  cirmrurr  de 

•  ♦  nurili.x                                                                 I  .    '>r.    Il    iiirr  «le 

!•  ur*  iiuvraur^;  in  l-^olrt  lir  niuiujur,  uiir   t^-  'i»lr%  de 

lou»  Ira  pj^«  .  arrr  Ir  lilrr  dr  Irur*  «u«afr*  rsn    ■  •  iiiriil  ; 

<lr»    F  phr  nirii<tr%   nioxair»,   prt*r*  dant    ''  ><t.    rir.    r!r.    ric. 

Oiivragr  Kriir  lin  porir  jil  dr  Iru  NkoIo.  I>  '  Nif  olo  M  «cu«c, 
par  un  amalcur.  l'rrtnirir  annrr.  Un  «ol    m    r^ 


c/e   ôQurf^ie. 

,^e/i?'ùz>  ae  ^oiijcri/i/con  €Jâ  ae     \    zy /:  ^,    aeica:      la. 

\     âo  /^  ^j  /7/faà^'c     ai. 

^L^Gi    (/e^/nanciej  eâ  e/woùj    reca/f/d  a^  ceâ  oiwrcige^ 
cu)ùve?z-â  eàre   ac//'^ej ^    /canr   c/e  Aor/,    ac/^    /Joccrea//'   cm 
W07tderv€i/eu^,   fu/e   c/e    t/ecne,    tyô  "  6\ 


^e   /^'^yniZ/re^nerie  c/e   ^e   3%ûrma//)'. 


\VV«MIVVVVVWvVVVVVVVVkM/VVVVVVVV\V\VVV\V\VVVVVVVVVVVVVVVV<AIVVV\VVVVVVVVVv'VVV\VVV'« 


LE  CONSERVATEUR. 


DE  LA  CHAMBRE  DE  i8i5. 

Que  la  Chambre  de  i8i5  soit  depuis  trois  ans  le 
but  des  attaques  d'un  certain  parti;  qu'il  ne  se 
passe  pas  une  semaine,  qu'il  ne  s'imprime  pas  un 
pamphlet  révolutionnaire  où  cette  Chambre  no 
trouve  sa  part  d'injures,  c'est  tout  simple  :  elle 
vouloit  réunir  lout  ce  qui  pouvoit  sou  tenir  le  trône; 
elle  tendoit  à  créer  toutes  les  institutions  qui  de- 
voientle  protéger  contre  une  révolution  nouvelle  ; 
en  un  mot ,  elle  étoit  monarchique  :  ce  n'étoitpas 
là  ce  qu'il  falloit  aux  révolutionnaires.  Mieux  que 
personne  ils  connoissent  le  bien  que  pouvoit  faire 
une  telle  Chambre  :  la  manière  dont  ils  la  poursui- 
vent en  est  la  preuve;  le  mal  qu^ils  en  disent  est 
son  plus  grand  éloge.  Aussi  n'est-ce  pas  à  eux  que 
s'adresse  le  précis  que  nous  allons  ti'acer  :  nous 
n'avons  rien  à  leur  apprendre.  Mais  il  est  des  per- 
sonnes qui  ont  pu  ou  ne  pas  suivre  les  discussions 
de  181 5,  ouïes  oublier,  et  qui,  induites  en  erreur 
par  de  journalières  déclamations  ,  ne  demandent 
pas  mieux  cependant  que  de  voir  la  vérité  où  elle 
est ,  et  qui  sont  faites  de  cœur  et  de  sentiment  poux*. 
penser  et  marcher  comme  les  hommes  dont  on  les 
éloigne  par  les  plus  absurdes  calomnies,  C'es't  ^  ces 
personnes  que  s'adresse  le  précis  des  actes  de  la 
Chambre  de  181 5.  L'impartialité  jugera  s'il  y  eut 
exagération  dans  cette  Chambre  ,  comme  on  le  ré- 
pète sans  cesse,  et  si  elle  mérita  le  blâme  ou  fut 
digne  de  l'estime. 

Pour  bien  éclairer  cette  question  ,  je  m'appuierai 
de  faits  donL  la  vériiication  est  à  la  portée  de  tout 
Tome  II.  —  aoe  I.iypaison.  19 


(  290  ) 

]e  mouJc.  Jo  ne  chercherai  de  torts  à  personne  ; 
je  citerai  ;  le  pnblic  sera  à  même  de  juger. 

Ce  fut  après  les  cent-jours,  quand  les  plaies  de 
cette  désastreuse  époque  étoient  encore  saignanles, 
que  la  Chambre  de  j8i5  fut  convoquée.  Elle  fut 
élue  par  les  collèges  électoraux  créés  par  Buona- 
parte  ,  et  le  vœu  delà  France,  pour  le  repos  et  l'af- 
fermissement du  trône  des  Bourbons  ,  étoit  tel- 
lement unanime,  que  ces  mêmes  collèges  élurent 
généralement  des  hommes  monarchiques,  dans  le 
moment  où  ces  hommes  venoieut  d'être  tout  ré- 
ç.emmentle  but  de  la  plus  cruelle  persécution  ;  et 
il  n'est  pashors  de  propos  de  remarquer  qu'il  y  eut 
très-peu  d'électeurs  absens  dans  les  collèges,  tan- 
dis que,  trois  mois  auparavant,  la  Chambre  des 
cent-iours  ai'avoit  été  élue,  dans  la  plupart  des 
collèges,  que  par  une  poignée  d'électeurs  (i),. 

L'ordonnance  du  i  3  juillet,  qui  couvoquoit  une 
Chambre  nouvelle,  aunonroit  ; 

((  Le  projet  de  modifier,  conformément  à  la  leçon  de 
»  l'expérience  et  au  vœu  bien  connu  de  la  nation,  plu— 
»  sieurs  articles  de  la  Charte  touchant  les  conditions  d'éli- 
»  gibilité,  le  nombre  des  députés  et  quelques  autres  dis- 
»  positions  relatives  à  la  formation  de  la  Chambre,  à 
»  l'initiative  des  lois ,  et  au  mode  de  ses  délibérations. 

»  Elle  déterminoit  en  conséquence  que  les  articles  16  , 
»  28,  o5,  36,  37,  38,  39,  40,  4i,  4^".  43,  44,  45 
rt  et  4.6,  seroient  soumis  à  la  révision  du  pouvoir  législa- 
»  tif  dans  la  prochaine  session  des  Chambres.   » 

Il  étoit  nécessaire  de  rappeler  ce  dispositif,  pour 
fixer  surla  valeur  de  l'accusation  faite  à  la  Chambre 


(i)  Sur  167  électeurs  dont  étoit  composé  le  collège  élecloral 
des  Basses-Alpes,  il  ne  s'y  en  trouva  que  35;  les  Bouches-du- 
Rhône  .  i3  sur  iio  électeurs;  la  Vendée  n'en  re'unil  que  .(3; 
le  Lot  et  Garonne.  55  sur  3oi  :  le  Var,  34  sur  2ii  ;  le  dépar- 
tement du  Nord,  6^  sur  278;  le  Calvados,  71  iiir  298;  le  Finis- 
tère, 86  sur  238;  la  Gironde.  29  sur  289;  "Hérau't,  35  sur 
233;  la  Manche,  71  sur  284;  la  Marthe,  bj  sur  211  ;  la  Haute- 
Garonne,  54  sur  ^43.  (  ^/</.  /<?  Monileuràu.  10  août  l8i5.  ) 


(  ^90 
cle  1 8 1 5  :  elle  a  voulu  ,  dit-on  ,  changer  certains  ar* 
ticles  de  la  Charte  ;  mais  Tordonnance  qui  la  con- 
\oquoit  l'appeloit  expressément  à  les  réviser:  en 
s'en  occupant ,  elle  ne  faisoit  donc  qu'exécuter  ce 
à  quoi  elle  étoit  appelée. 

L'article  i4  de  la  Charte,  qui  donne  au  Boi  le 
droit  défaire  les  régleniens  et  ordonnances  néces- 
saires pour  Vexécution  des  lois  et  la  sûreté  de 
l'Etat,  trouvoit  sa  place  après  les  cent-jours  ,  et 
tout  changenient  qui  seroit  dangereux  et  illégal 
dans  un  temps  ordinaire,  pouvoit  paroître  urgent 
après  une  aussi  funeste  crise, 

\  ouloir  donc  ou  modifier  ou  changer  alors  cer- 
tains articles  de  la  Charte,  étoit  utae  chose  très- 
possihle,  très  à  sa  plf^ce  pour  des  députés  convo- 
([ués  et  appelés  pour  cela. 

Examinons  maintenant  quels  ont  été  les  actes 
de  la  Chambre  de  i8i5. 

Dans  notre  forme  de  gouvernement,  deux  sortes 
d'actes  appartiennent  à  la  Chambre  des  Députés  : 
i".  ceux  qui  lui  sont  exclusivement  propres,  par 
l'exercice  du  droit  que  lui  donne  la  Charte  pour 
des  propositions  particulières  5  2*.  ceux  qui  résul- 
tent de  l'approbation  qu'elle  donne  aux  projets 
présentés  par  les  ministres.  INous  jugerons  la 
Chambre  de  181 5  sur  ces  deux  attributions  dif- 
férentes; mais  auparavant  il  est  nécessaire  de  poser 
quelques  principes,  que  je  ne  pense  pas  être  sujets 
à  contestation. 

Une  Chambre  de  Députés  ne  peut  être  respon- 
sable ,  ne  peut  être  traduite  au  tribunal  de  1  opi- 
nion que  pour  ce  qu'elle  a  décidé  à  la  majorité 
des  voix  :  l'attaquer  collectivement  en  masse ,  sur 
les  discours  de  quelques  uns  de  ses  membres,  se- 
roit de  la  plus  grande  injustice;  car  il  y  a  liberté 
entière  d'opinion  à  la  tribune ,  et  l'opinion  indi- 
viduelle de  quelques  hommes  ne  peut  constituer 
un  résultat,  là  où  une  majorité  est  forcément  né- 

ï9' 


(  292  ) 
'Ccssaive  pour    l'obtenir.    L'opinion  individuelle 
^'esL  donc  rien ,  et  l'opinion  de  la  majorité  peut 
seule  emporter  une  respoiisabilité. 

Une  Chambre  de  Députes  u'adounistre  point, 
ne  gouverae  point.  Ses  actes  n'ont  d'effet  hors  de 
la  Ckambre  qu'autant  qu'ils  deviennent  lois  ;  et, 
pour  qu'ils  deviennent  lois,  il  fout  qu'ils  soient 
approuvés  par  la  Chambre  d^s  Pairs  et  sanctionnés 
pai'le  Roi.  La  Chambre  des  Députés  ne  peut  donc 
rien  par  elle  seule  5  par  consérjucnt,  si  celle  de  1 8 1 5 
a  pu  faire  quelque  chose,  elle  ne  l'a  faitx  qu'ap- 
puyée, soutenue  par  une  Chambre  des  Pairs  de 
181 5,  et  par  ira  ministère  de  181 5  qui  auroit 
conseillé  au  Boi  de  sanctionner  «es  actes.  Dès  lors 
comment  la  Chambre  des  Pairs  n'a-t-elle  pas  sa 
part  dul)làme?  Comment  les  ministres,  qui  n'ont 
.pas  représente  au  Monarque  toutes  les  suites  des 
projets  qu'ils  l'engageoient  à  sanctionner,  ne  sont- 
ils  pas  responsables  des  conséquences?  Comment 
les  attribue-t-on  exclusivement  à  ces  hommes 
dont  ces  mêmes  ministres  sont  venus  solliciter  et 
réclamer  le  concours?  Quand  toutes  les  mesures  , 
qui  font  aujourd'hui  le  sujet  d'accusations  tant 
répétées ,  seroient  toutes  sorties  du  sein  de  la 
Chambre,  au  lieu  d'être  le  fait  du  ministère  ,  il  ne 
resteroit  aucune  excuse  pour  les  ministres  qui  les 
auroient  laissé  sanctionner  par  le  Roi-  car,  je  le 
répète ,  la  Chambre  des  De'putés  ne  peut  rien  par 
elle-même,  et  je  ne  connois  qu'une  circonstance 
où  ses  résolutions  pourroieat  peut-être  entraîner 
ou  chaKîrer  celles  d'un  ministère  :  ce  seroit  le  cas 
où  elles  seroient  l'expression  de  l'opinion  pu- 
blique bien  prononcée.  Je  ne  pense  pas  que  le 
ministère  soit  tenté  de  chercher  une  excuse  dans 
cette  hypothèse,  et  qu'il  veuille  convenir  que  ce 
fut  là  la  foret  de  la  Chambre  de  i8i5  :  les  con- 
séquences de  ce  principe  seroient  fâcheuses  pour 
le  système  cju'il  a  adopté  depuis. 


Actes  particuliers  a  la  Chambre  de  i8i5. 

Je  ne  parlerai  ici  que  des  propositions  C£ui  pou- 
voient  avoir  un  but  politique. 

M.  Hyde  de  Neuville  fit  uneproposition  (i)  ten- 
dante à  réduire  le  nombre  des  tribunaux,  et  à 
suspendre  pour  une  année  l'institution  royale  des 
juges.  Les  motifs  de  réduction  des  tribunaux  se 
tTOuvoient  dans  la  nécessité  de  faire  toutes  les  éco- 
nomies possibles,  et  dans  l'opinion  que  les  procès 
se  multiplient  à  raison  de  la  quantité  des  tribu- 
naux. 

La  suspension  momentanée  de  l'inamovibilité 
des  juges  avoit  pour  base  le  désir  de  donner  au 
Koi,  après  tant  de  troubles,  plus  àe  moyens  de 
distinguerles  bons  jugesdes  mauvais;  et,  en  cela, 
on  donnoit  au  Roi  une  augmentation  de  pouvoir 
également  avantageuse  au  Monarque  et  au  peuple  : 
avantageuse  au  Monarque ,  qui  a  le  pliis  grand 
intérêt  à  ce  que  le  d^p6t  de  sa  justice  soit  entre 
des  mains  pures;  avantageuse  au  peuple,  dont 
toutes  les  garanties  reposent  suy  l'intégrité  des 
magistrats. 

Cette  proposition,  accueillie  à  la  Chambre  àes 
Députés ,  fut  repoussée  à  la  Chambre  des  Pairs  , 
et  n'eut  ainsi  aucune  suite.  On  peut  en  conclure 
que  la  Chambre  des  Députés  ne  déterminoit  pas 
à  elle  seule  le  système  suivi  à  cette  époque  ;  et  on 
remarquera  que  le  ministèi'e ,  qui  s'opposa  alors 
à  ce  que  l'inamovibilité  des  juges  fût  suspendue 
pendant  un  an ,  n'a  lui-même  donné  l'instit-ulion. 
royale  à  difféi'ens  juges  qu^au  l>out  de  trois  ans,  et 
que  nous  vdyons  journellement,  dans  le  Moniteur^ 
la  nomination  de  cours  judiciaires  qui  n'avaient 
pas  encore  été  instituées. 

(i)  Séance  du  3  novembre  i8i5. 


(  294  ) 

Le  i4  flécembre,  M.  Michaud  fit  une  propo- 
sition tendante  à  voter  des  remercieniens  à  tous 
ceux  qid  avoient  défendu  le  Roi  et  la  î'oyauté  lors 
de  la  fatale  révolution  du  20  mars,  et  pendant 
l'interrègne .  ' 

La  Chan)bre  passa  à  l'ordi'e  du  jour,  motivé 
sur  ce  que,  S.  À.  R.  Monsieur  ayant  refusé  le 
témoignage  de  reconnoissance  et  de  respect  que 
la  Chambre  des  Pairs  se  proposoit  de  voter  à 
S.  A.  R.  Mgr  le  duc  d'Angoulême,  la  Cliambre 
des  Députés  ne  pouvoit  accorder  aucune  mention 
honorable  à  aucun  Français  ;  motivé  en  outre 
sur  ce  que  la  grande  majorité  des  Français  s'étant 
montrée  fidèle ,  la  Chambre  ne  pouvoit  men- 
tionner ceux  qui  avoient  fait  leur  devoir  pendant 
l'intei-règne. 

Le  21  décembre,  il  fut  fait  (i)  une  proposition 
tendante  à  ce  que  les  évéques  et  curés  fussent  au- 
torise's  à  recevoir  toutes  donations  qui  pourroient 
leur  être  faites  par  des  particuliers,  pour  l'entre- 
tien du  culte,  de  ses  ministres,  des  séminaires,  ou 
de  tout  autre  établissement  ecclésiastique. 

Accueillie  à  la  Chambre  des  Députes,  modifiée 
par  celle  des  pairs,  cette  proposition  donna  lieu  à 
une  loi. 

Le  22  décembre,  M.  de  Blangy  fit  une  propo- 
sition tendante  à  supplier  le  Roi  de  faire  proposer 
une  loi  pour  l'amélioration  du  sort  des  ecclésias- 
tiques, et  la  suspension  totale  de  toute  pension 
dont  pouvoient  jouir  des  prêtres  mariés,  et  ceux 
qui  avoient  volontairement  abandonné  le  sacer- 
doce. Cette  proposition ,  adoptée  à  la  Chambre 
des  Députés',  fut  approuvée  par  celle  des  Pairs j 
mais  elle  ne  donna  pas  lieti  à  une  loi. 

Le  26  décembre,  JM.  de  Bonald  fit  une  proposi- 
tion pour  l'abolition  du  divorce.  Approuvée  par 

(i)  Par  M.  Caslelbajac. 


(  293  ) 
les  deux  Chambres,  cette  proposition  fut  convertie 
en  loi  par  la  volonté  royale. 

Le  8  janvier  i8i6,M-  de  Laclièze-Murel  proposa 
de  supplier  le  Roi  de  rendre  aux  curés  et  desser- 
vans  la  tenue  des  registres  de  l'état-civil ,  tant 
dans  l'intérêt  des  mœurs  que  dans  celui  de  l'exis- 
tence des  particuliers.  Cette  proposition  n'eut  pas 
de  suite. 

M.  de  Ker^orlay  fit  une  proposition  relative  à 
la  responsabilité  des  ministres.  La  fin  delà  session 
empêcha  que  cette  proposition  fut  discutée.  Une 
commission  avoit  été  nommée  pour  en  faire  le 
rapport. 

Voilà  tous  les  actes  particuliers  à  la  Chambre 
de  i8i5,  qui  peuvent  avoir  quelque  importance 
politique,  les  seuls  dont  quelques  uns  ont  été 
portés  au  pied  du  trône.  Tout  homme  impartial 
jugera  facilement  si  c'est  pour  ces  actes  qu'elle 
mérite  l'anathèmtî  prononcé  contre  elle,  et  dé- 
cidera quelle  route  elle  devoit  suivre  pour  être 
approuvée. 

Après  vin^t-cinq  ans  de  troubles  et  de  déchire- 
mens,  une  Chambre  destinée,  en  apparence,  à 
cicatriser  les  maux  de  son  pays,  et  qui  en  appelle 
à  tous  les  sentimens  d'ordre ,  de  religion  et  d'hon- 
neur, peut-elle  êti'e  soupçonnée  d'avoir  agi  en  sens 
inverse  des  principes  qui  font  le  bonheur  des 
peuples?  En  cherchant,  parles  mêmes  moyens,  à 
consolider  le  trône,  à  donner  au  Roi  tout  l'appui 
que  le  gouvernement  réclamoit  d'elle ,  à  mainte- 
nir en  même  temps  toutes  les  libertés  publiques  , 
})eut-olle  être  accusée  d'avoir  porté  la  crainte  dans 
e  cœur  de  ses  compatriotes?  Elle  devoit  d'autant 
moins  le  redouter  que  toutes  les  mesures  qui 
vinrent  d'elle  furent  dictées  par  le  calme  et  la 
modération;  et  l'on  en  vitla  preuve  lorsque  ,  pré- 
eédemmentà  la  loi  d'amnistie,  elle  refusa  de  s'oc- 
cuper de  deux  propositions  de  même  nature,  qni 


(  ^96  ) 
lui  furent  faites  par  deux  membres  de  la  Chambre . 
Elle  crut  devoir,  dans  une  circonstance  de  cette 
importance,   attendre  que  le  gouvernement  lui- 
même  proposât  ce  qui  lui  paroîtroit  convenable. 

Mais,  rcpète-t  on  sans  cesse,  on  vovoit,  dans 
l'esprit,  dans  les  intentions  de  cette  Chambre,  le 
désir  ardent  que  toutes  les  administrations  fussent 
épurées  ;  et  cet  esprit  réformateur  a  porté  partout 
des  inquiétudes.  Que  la  bonne  foi  me  réponde  ; 
quel  est  le  Français,  dévoué  à  son  pays,  qui, 
après  Texpérience  du  20  mars,  pouvoit  ne  pas 
désirer  que  les  dépositaires  de  l'autorité  royale 
fussent  des  hommes  purs  et  intègres?  Quelle  ga- 
rantie un  système  contraire  pouvoit-il  ofTiir  au 
repos  de  la  France?  Et  si  ce  désir  d'épuration  * 
n'eût  pas  été  celui  de  la  Chambi'e,  elle  eût  appris 
que  c'ctoit  celui  delà  France,  parle  gouvernement 
lui-même,  lorsque  l'on  entendit  le  ministre  des 
relations  extérieures  s'exprimer  ainsi  à  la  tribune, 
dans  son  discours  sur  le  projet  de  loi  d'amnistie  : 

«  Tous  les  Français  seront  rassurés  quand  ils  verront 
fi  désormais  les  emplois  publics  confiés  à  des  hommes 
»  éprouvés  par  leur  intégrité,  leurs  lumières,  et  surtout 
»  leur  dévouement  au  Roi  et  à  la  patrie.  » 

Si  la  Chambre  fut  iri'éprochable  de  trop  d'ar- 
deur dans  les  actes  qui  lui  étoient  particvdiers , 
nous  allons  voir  si  elle  mérite  le  blâme  pour  ceux 
qui  lui  furent  demandés  par  le  riiinistère. 

Propositions  du  Ministère. 

Un  projet  de  loi  sur  la  Cour  des  comptes  fut 
apporté  par  M.  le  garde  des  sceaux.  La  Chambre 
en  démontra  les  vices 5  elle  crut  trouver  de  Tinu- 
tililé  dans  l'existence  de  la  Cour  des  comptes  :  le 
projet  de  loi  fut  rejeté. 

Le  ministère  vint  apporter  un  projet  de  loi 
d'amnistie.  Par  ce  projet,  la  Chambre  éloit  appelée 


(^97) 
à  décider  de  la  destinée  de  trcnte-lmit  personnes 
portées  sur  la  seconde  liste  de  l'ordonnance  du  24 
juillet.  Elle  refusa  de  se  constituer  juge  de  ces 
hommes  5  elle  déclara  ne  pouvoir  exercer  que  des 
fonctions  législatives,  et  qu'il  ne  Ivii  appartenoit 
pas  de  se  transformer  en  tribunal  pour  prononcer 
ou  un  jugement  d'exil ,  ou  même  une  déportation 
éventuelle,  pour  prononcer  une  peine  contre  des 
hommes  pour  la  plupart  à  '  lie  inconnus.  «  Qui  de 
»  nous,  s'écrioit  alors  M.  de  Bouville(i),  qui  de 
M  nous  ,  en  s'approcliant  de  l'urne  pour  y  déposer 
))  la  houle  fatale,  oseroif  prononcer  la  formule 
»  des  jures  :  Sur  mon  honneur  et  sur  ma  cons- 
))  cience ,  devant  Dieu  et  devant  les  hommes ,  oui, 
i)  les  trente-huit  individus  sont  coupables  ?  Quant 
»  à  moi ,  je  déclare,  sur  mon  honneur  ei  sur  ma 
))  conscience,  que  je  l'ignore.  »  Ce  sentiment  fut 
partagé  par  la  majorité  de  la  Chambre.  En  vain 
cette  opinion  fut  combattue  par  diflérens  orateurs 
qui  soutenoient  le  projet  du  gouvernement.  En 
vain  M.  Pasquier  disoit-il  : 

«  Je  conçois  (2)  que  des  hommes  éloignés  jusqu'ici  dos 
»  fonctions  auxquelles  ils  viennent  d'être  appelés,  ne  voient 
3>  pas  sans  effroi  s'élever  une  question  qui  peut  les  con- 
»  duire  à  prononcer  sur  le  sort  de  quelques  hommes  ; 
»  ils  craignent  de  juger,  parce  qu'ils  savent  qu'ils  n'en  ont 
»  pas  le  droit.  Je  respecte  ce  sentiment  et  ces  scrupules  j 
»  mais  je  demanderai  à  ceux  qui  les  expriment  et  les 
»  éprouvent ,  s'ils  ne  sont  pas  forcés  de  convenir  qu'il  est 
))  des  circonstances  où  il  faut  absolument  punir,  et  où, 
»  cependant,  il  est  rigoureusement  impossible  de  juger: 
n  tel  est  le  cas  où  nous  nous  trouvons.  C  'est  ici  une  mesure, 
»  ou  ,  si  l'on  veut  que  je  m'exprime  ainsi,  un  coup  iVEtat, 
»  Qui  le  portera?  Le  Roi  ou  les  Chambres?  ou  bien  le 
»  Roi  et  les  Chambres  réunis?  Ce  <jue  le  Roi  eût  pu  faire 
»  seul ,  par  un  seul  acte  de  sa  souveraineté  ,  lui  refuserez- 


(i)   Il  votoit  avec  la  majorité, 
(a)  Moniteur  du  4  janvier  ifJiS. 


(  298  ) 

))  vons  de  le  faire  conjointement  avec  les  Chambres,  lors- 
»  qu'il  les  admet  si  noblement  au  partage  de  cet  acte  de 
»  sa  magnanimité  toute  royale  ?  » 

La  majorité  de  la  Chambre  persista  à  se  décla- 
rer incorapétenle,  à  laisser  l'ordonnance  du  24 
juillet  entièrement  à  la  disposilion  du  Koi,  et  je 
ne  pense  pas  quelle  ait  été  guidée  par  un  grand 
esprit  d'aigreur  et  de  réaction  ,  en  s'en  rapportant 
à  Sa  Majesté  pour  la  «testinée  de  ceux  dont  on 
vouloit  la  rendre  juge. 

Il  fut  proposé  par  la  commission  un  amende- 
ment dont  je  devrois  peut-être  ne  point  parler, 
puisqu'il  ne  fut  pas  ado])té  par  la  Chambre.  Ce- 
pendant on  en  a  fait  une  ar^ne  si  puissante  contre 
elle,  on  a  tantpai-lé  des  catégories  ,  ce  mot  est  tel- 
lement devenu  un  mot  accusateur,  que  j'entrerai 
dans  quelques  explications  k  cet  égard. 

J'observerai  d'abord  (fue  la  morale  de  la  loi 
étoitbien  plutôt  le  but  des  aniendemens,  que  la 
mesure  pénale  et  la  quantité  d'hommes  que  l'on 
désiroit  atteindre  j  et  c'est  ici  qu'il  faut  écouter  le 
rapporteur  de  la  commission  lui-même,  dans  la 
séance  du  6  janvier  181  (3  ; 

«  La  première  classe  (  d'exception)  comprend  ceux  qui 
»  ont  été  complices  du  retour  de  l'usurpateur,  en  corres- 
j'  pondant  avec  lui  ou  ses  agens,  à  l'île  d'Elbe  ,  pour  lui 
»    en  faciliter  les  moyens. 

»  La  deuxième  et  la  troisième  classe  exceptent  ceux 
»  qui,  avant  le  ^J.'^  mars,  sont  venus  constituer  le  gou- 
»  vernement  de  l'usurpateur,  en  acceptant  de  lui  les  pre- 
»  mières  fonctions  civiles,  et  les  profels  nommé.s  par  le 
»  l\oi  qui  ont  reconnu  Biionaparf  e  avant  la  même  époque. 
»  On  nous  a  demandé  si  ces  hommes  étoient  plus  cou- 
»  pables  que  ceux  qui  avoient  cemmis  les  mêmes  crimes, 
»  ou  qui  avoient  eu  les  mêmes  foiblesses  depuis  le  jour 
»  que  nous  indiquons.  Messieurs,  c'est  le  Roi  lui-même, 
»  qui,  dans  la  déclaration  de  Cambrai,  a  fixé  cette  époque 
"  du  :>>  mars,  jour  où  il  a  quitté  Lille.  Cela  suffit  pour 
»»   nous  dispenser   de  toute  autre  explication  :  sa  haute 


(  ^99  ) 

H  sagesse  n'a  pas  besoin  de  notre  apologie.  Ses  motifs, 
M  d'ailleurs,  sont  palpables;  quant  à  nous  ,  nous  n'avons 
»  di\  que  'es  respecter. 

»  La  quatrième  classe  excepte  les  maréchaux  et  les  gé- 
»  néraux  commandan-î  uiie  division  ou  sous-division  mi- 
»  litpire  qui  s'^  soiV  dpcl  irés  pour  l'usurpateur  avant  son 
»    entrée  à  Paris. 

»  Pourquoi  une  autre  époque  que  pour  les  fonction- 
t>  naires  civils? Parce  que  les  m. litaires, habitués  à  l'obéis- 
»>  sance  passive  sont ,  non  pas  excusables ,  mais  moins  cou- 
»  pables  dans  leur  défection,  lorsqu'elle  n'a  eu  lieu  qu'a- 
»  près  l'occupation  de  la  capitale. 

»  La  cinquième  classe  regarde  les  généraux  en  chbf  qui 
»   ont  dirigé  leurs  forces  contre  les  armées  royales. 

»  Leur  crime  a  été,  dit-on,  de  reconnoîfre  Buonà— 
»  parle  j  après  cette  première  démarche  ils  n'aVoient  plus 
))  qu'à  obéir  :  ils  ne  sont  pas  plus  coupables  que  les 
»    autres. 

w  Contre  ces  futiles  excuses,  interrogez.  Messieurs,  la 
»>  conscience  de  tous  les  Français  *•  ils  vous  diront  que 
»  c'est  une  audace  indigne  de  pardon  d'avoir  tourné  les 
«  armes  françaises  contre  un  prince  dont  la  naissance  , 
»  les  malheurs  et  la  bravoure  dévoient  mériter  le  respect 
))  même  de  ses  ennemis.  Ils  vous  diront  qu'on  ne  peut 
n  juger  avec  la  même  sévéritc  ceux  qui  n'ont  combattu 
»  que  contre  les  armées  étrangères,  et  ceux  qui  ont  fait 
»   couler  le  sang  français. 

»  On  vous  avoit  d'abord  entretenus  de  l'excessive  rigueur 
31  de  nos  amendemens.  Seroit-ce  le  nombre  des  grands 
n  coupables  dont  nous  proposons  l'exception  ,  quidonne- 
»  roit  des  alarmes?  Il  seroit  facile  de  calculer  ce  nombre 
»  un  Moniteur  à  la  main  ,  et  en  déduisant  ceux  qui  se 
»  trouvent  déjà  portés  sur  les  deux  listes  (du  24  juillet.) 

»  Et  quelle  mesure  proposons-nous  contre  ces  hommes? 
j)  Celle  de  les  mettre  en  jugement,  parce  que  c'est  la  seule 
n  qui  soit  réservée  par  l'ordonnance  du  24  juillet ,  mais 
«  avec  cette  précaution  que  la  décision  du  lloi  précédera 
»  la  mise  en  jugement,  pour  apprécier  les  motifs  qui 
»  peuvent:  l'exiger  ou  qui  doivent  l'empêcher.  Il  est  fort 
j>  inutile ,  d'après  cela  ,  de  répéter  que  ,  parmi  les  hommes 
»  qui  se  trouveroicnt  compris  dans  ces  classes.,  il  peut 


(  3oo  )    ^ 

n  s'i'n  trouver  qui  ne  doivent  pas  être  punis ,  et  (Tautrps 

»  qui   ne  peuvent  plus  êire  juo;és.  Il  seroit  bien  étrange 

y  qu'on  reprochât, au  nom  du  Roi,  à  notre  amendement, 

>">  de  compromettre  des  hommes  qui  ne  doivent  pas  l'être, 

>i  lorsque  cet  ametidement  consiste  à  rendre  le  Roi  arbitre 

»  de  leur  sort.  Nous  ne  demandons  autre  chose,  sinon 

»  qu'ils  soient  livrés  à  riiidulD;enl  examen  du  Roi  ,  avant 

i'  de  l'être  aux  sévères  recherches  de  la  justice.  » 

A  oilà  quelles  étoient  les  catégories  dont  On  a 
tant  parlé,  et  la  manière  dont  elles  étoient  de- 
mandées 5  quant  au  uombre  d'individus  qui  pou- 
\ oient  être  atteints,  voici  ce  que  disoit  M.  Feuil- 
lant, dans  la  séance  du  5  janvier.  * 

«  Les  exceptions  dont  il  s'a2;if  désignent  avec  clarté,  et 
i)  désignent  un  très  petit  nombre  d'individus.  M.  le  ministre 
»  de  la  police  générale  a  fortifié  cette  assertion  en  vous 
»  déclarant,  à  cette  tribune,  que  le  nombre  des  personnes, 
»  atteintes  par  les  amendemens  delà  commission,  étoit 
»  moins  grand  qu'il  ne  le  seroit  en  adoptant  le  projet 
n  de  loi  tel  qu'il  est  présenté.  » 

Chacun,  d'après  cet  exposé  fidèle,  sera  à  même 
de  jnger  ce  qu'étoient  les  catégories^  si  elles 
furent  demandées  comme  vengeances,  ou  couimo 
désir  d'assurer  le  repos;  et  on  observera  encore, 
après  cela,  qu'elles  ne  reçurent  point  rassentiment 
de  la  majorité  de  la  Chambre  ,  et  qu'elles  furent 
rejetées  par  elle.  Que  la  bonne  foi  juge  et  pro- 
noiîce. 

On  demanda  le  bannissement  des  régicides, 
qui,  au  mépris  d'une  grande  clémence,  auroient 
.signé  l'acte  additionnel,  ou  pris  de  l'emploi  dans 
les  cent-jdurs.  Celte  demande  fut  adoptée.  Por- 
tée à  la  Chambre  des  Pairs,  ou  put  remarquer  la 
satisfaction  qu'en  éprouvoit  le  gouvernement  , 
d'après  la  manière  dont  s'exprima  le  ministère,  par 
l'organe  de  I>I.  le  duc  de  Richelieu ,  qui ,  d;ins  la 
.séance  du  9  janvier,  disoit  : 

«  Messieurs ,  une  eho^e  fait  croire  à  Sa  Majesté  que 


(  3oi  ) 
3»  ItK  justice  dhine  se  fait  entendre  par  la  voix  de  son 
»  peuple;  c'est  que  C ejtpression  de  ce  yttu  a  éié ,  dans  la 
»  Chambre  des  Députés,  le  signal  de  la  concorde^  ct(p.t:, 
»  de  ce  moment,  ont  cessé  même  les  dissenlimens  d'opi- 
n  nion  qui  iiooient  éclaté  dons  les  discussions.  Témuiu  ■ 
»  de  lélan  de  toutes  les  âmes  ,  dans  la  séance  du  G  jat.- 
»  vier,  nous  croyons  pouvoir  dire  que  ce  Jour-là  la  Chambre 
»•  des  députés  a  offert  un  spectacle  digne  des  plus  beaux 
»   temps  de  la  monarchie.  » 

Le  bannissement  des  régicides  ,  ap])i-ouvé  par 
la  ClianiLre^  dos  Pairs,  rer.Tit  la  sanction  royr.J;'. 
La  morale  des  nations  décidera  si  ceîte  inesurc  Tut 
juste;  leur  intérêt  déterminera  si  elle  étoit  ])oli- 
tique. 

Le  i6octol)re ,  -M.  le  garde  dessceaux  CM.  Barhé  - 
ÎMarLois  )  proposa  à  la  Cliamhre  un  projet  de  loi 
sur  la  répression  des  cris  séditieux  et  des  provo- 
cations à  la  révolte. 

«   Nos  lois  anciennes  et  nouvelles,  disoit  ^I.  le  garde- 

>i  des-sceaux, contiennent  des  dispositions  suffisantes  pour 

w  la  répression  de  ces  délits  et  de  ces   crimes,  dans  des 

w  temps  de  tranquillité,  et   lorsque   aucune  circonstance 

w  extraordinaire  ne  trouble  Tord,  e  et  la  marche  accoutu- 

»  mée  du  gouvernement.  Mais  si  de  jijrands  attentats  ont 

»  été  commis  ;  si  des  lois  ont  été  méconnues  ;  si  la  mul- 

»  titude   paisible   et  désarmée   a  dû  céder  à  la  violence 

»  et  aux  armes  ;  si  ,  pour  sa  propre  conservation ,  le  citoyen 

»  soumis  aux  lois  a  dû  demeurer  immobile   devant  des 

»  bandes  séditieuses,  sar.s  discipline,  sans  frein-,  réunies 

»  comme  dernier  soutien  dune  faction  au  désespoir;  si 

»  le  crime  a  joui,  pendant  quelque  temps,  de  ses  funestes 

»  triomphes  ,  les  calamités  se  prolongent,  même  quand  ses 

))  succès  ont  été  interrompus.  Alors  les  révoltés  veulent  a 

n  force  d  audace  reg-agner  Irurs  avantages  perdus  ;  les  sé- 

»  di'tieuv  s'' excitent  mutuellement,  se  chercheni ,  font  des 

»  efforts  pour  être  aperçus  en  tous  lieux,   à  toute  heure. 

>i  Comme  assur-s  d'une  nouvelle  victoire,  s' ils  parviennenl 

e  a  inspirer  l'épouvante  ,  ils  s'associent  tout  ce  q'ie  le.; 

»  armées  ont  relnité  avec  indignation ,  et  tous  les  ciïmi- 

»'  nels  que  leur  obscmilé  a  pu  aousiraire  à  raclicn  des  lois 


(     -^'^o     ) 

»  Si  la  force  puhlit^ue  arrête  le  cours  de  leurs  desseins  ils 
»  «'y  renoncent  point  encore  :  ils  ont  recuiij-s  aux  discours 
3)  injurieux,  aux  écrits  cnlomnieiiv,  ils  unt  leurs  signes 
»  leurs  mots  de  ralliement ,  et  plus  ils  sont  foihlespar  leur 
»  nombre  ,  plus  ils  veulent  paroilre  piiissuns  à  force  de 
D  hruit  et  de  mouvement.  L' impunité  les  encourage  ;  plu- 
»  sieurs  se  montrent  a  face  découverte  ;  et,  quoique  leur 
n  indiscrétion  même  trahisse  leur  foUdesse ,  il  iCen  est 
»  pus  moins  certain  que  leurs  pratiques  troublent  Fordre 
»  social,  et  Vinlérèt  piihlic  exi^e  que  leurs  desseins  tur- 
»  hulcns  et  leurs  détestables  entreprises  soient  efficacc- 
»    ment  réprimés. 

»  II  y  a  quelques  hommes  dont  Tunique  morale  est  la 
»  crainte  des  peines.  C'est  contre  des  coupables,  la  plu- 
»  part  de  cette  espèce,  que  nos  lois  actuelles  sont,  à  plu- 

»  sieurs  éprards  ,  impuissantes Les  peines  sont 

))  correctionnelles,  parce  qu'on  a  pensé  que  leur  applica- 
»>  tion  immédiate,  sans  nuire  à  la  justice,  seroit  encore 
»   plus  efficace  que  leur  gravité » 

M.  le  baron  Pasquier,  dans  son  rapport  sur  le 
projet  de  loi  relatit  à  la  répression  des  cris  sédi- 
tieux et  des  provocations  à  la  révolte,  disoit 
(séance  du  24  octobre  iSiô)  : 

«   Je  ne  remettrai  pas  sous  vos 

»  yeux  le  tableau  de  tout  ce  qu'ont  de  grave  et  de  puis- 
»  sant  les  motifs  qui  ont  décidé  à  vous  présenter  la  loi 
5)  que  vous  avez  à  examiner  :  M.  le  garde-des-sccaux  ne 
»  m'a  rien  laissé  à  dire  à  cet  égard.  L'utilité  ,  la  néces- 
j)  silé  de  lois  fortement  répressives,  est  généralement 
1)  sentie  :  tout  le  monde  voit  et  reconnoît  le  but  qu  il 
I)  importe  datteindre ,  et  il  ne  sauroit  y  avoir  de  discus- 
n  sion  que  sur  les  moyens  d'y  arriver  plus  promptement 
»  et  plus  sûrement.  —  Nous  vivons  dans  ces  temps  pour 
j)  lesquels  1  histoire  nous  apprend  qu'il  a  toujours  été 
»  indispensable  de  renforcer  la  législation  criminelle  et 
M  pénale.  A  la  suite  des  dissensions  civiles,  les  hommes 
»  accoutumés  aux  tentatives  hasardeuses,  nourris  despe- 
»>  rancestéméraires  que  n'ont  que  trop  souvent  justifiées  les 
»  succès  éphémères,  à  la  vérité ,  des  factions  les  plus  cou- 
u  pables ,  ne  peuvent  plus  être  maintenus  dans  la  ligne  du 


(  3o3  ) 
»  devoir,  par  ces  lois  douces  et  paternelles  exécutées  aver 
«  des  formes  lentes  et  timides  auxquelles,  dans  les  temps 
»  ordinaires,  on  sait  gré  de  la  protection  qu'elles  accor- 
»  dent  à  la  sûreté  individuelle.  Tem[)s  heureux  !  Alors 
»  la  société  entière  est  émue  pour  la  perte  d'un  seul  indi- 
»  vidu,  et  ne  croit  jamais  pouvoir  prendre  trop  de  pré- 
>>  cautions  pour  garantir  la  tête  même  la  plus  coupable  eu 
'>  apparence,  contre  l'erreur  qui  atteindroit  uniriuocent. 
))  Mais  il  n'en  est  plus  de  même  quand  la  société  tout 
»  entière  craint  pour  son  existence^  quand  les  crimes  de 
»  quelques  l'actieux  lui  ont  appris  que  l'impunité  d'un 
55  jour,  d'un  seul  individu,  pouvoit  quelquefois  enlrai- 
»  ner  la  perle  de  tout  un  empire.  Alors  tout  fait  un  devoir 
»  aux  dépositaires  de  l'autorité  publique,  de  cherclur 
»  tous  les  moyens  possibles  de  mettre  l'Etat  à  l'abri  d'un 
»  tel  péril.  11  faut  que  la  loi  veille  plus  assidûment  que  le 
»  crime  ;  il  faut  que  la  peine  soit  proportionnée  aux  dé- 
»>  lits  5  il  faut  surtout  que  la  promptitude  de  l'exemple 
»  inspire  un  efiroi  salutaire  à  ceux  qui  seroient  tentés 
»   d'imiter  le  coupable  qui  vient  de  porter  la  peine  de  son 

»    crime 

j>    N'est-il  pas  juste  en  effet  que  celui  qui 

»)  a  voulu  déchirer  le  sein  de  sa  patrie  ,  renverser  ses  ins- 
»  titutions  les  plus  sacrées,  ébranler  ce  trône  auguste  sur 
i>  lequel  reposent  toute  la  sécurité  présente  et  toutes  les 
»  espérances  à  venir,  soit  à  jamais  exclu  de  cette  terre 
»  sur  laquelle  il  est  indigne  de  vivre,  et  aille  consumer 
>»  sous  un  ciel  lointain  cette  vie  qui  ne  lui  a  été  donnée 
»  que  pour  le  malheur  de  sa  patrie  et  la  honte  des  siens  ?» 

Dans  la  se  an  ce  du  i8  octobre,  M.  de  Gazes,  mi- 
nistre de  la  police,  apporta  un  projet  de  loi  rela- 
tif à  des  mesures  de  siirelé  générale,  et  suspensif 
de  la  liberté  individuelle.  Pour  juger  de  la  néces- 
sité de  cette  loi,  laissons  parler  le  ministre  lui- 
niême. 

«  Cette  loi,  disoil-il,  a  pour  objet  de  donner  à  l'auto- 
»  rite  chargée  de  veiller  aux  intérêts  les  plus  saints  de  la 
»  société ,  à  la  sûreté  de  l'Etat  et  du  trône,  la  force  dont 
"  elle  a  besoin  pour  réprimer  les  grands  coupables  ;  pré- 
»   cenir  les  attentats  de  ces  hommes  aux(juels  le  remords 


(  3o4  ) 
n  est  e/ranger,  (/uc  le  pardon  ne  peut  ramener'^  que  la 
«  clémence  offense^  que  rien  ne  peut  rassurer^  parce  qu'il 
»  est  des  consciences  qui  ne  sauraient  l'être  ;  que  la  jus- 
>-  tice  ne  peut  atteindre  ,  parce  que  ses  formes  salutaires 
»  mais  lentes,  la  rendent  impuissante  pour  prévenir,  Irès- 
>•  souvent  même  pour  reprimer 

»  Nos  maux  ne  vous  sont-ils  pas  connus  ?  Faut-il  que  nous 
»  en  sondions  avec  vous  la  profondeur?  Ils  sont  grands, 
«  sans  doute  :  le  remède  doit  l'être  autant  qu'eux.  Ils  exi- 
»  gent  des  sacrifices  proportionnés  à  leur  étendue.  Celui 
>■  des  droits  sacrés  de  la  liberté  individuelle  est  immense  ; 
»  mais,  commandé  par  l'intérêt  et  la  sûreté  de  l'Etat,  il 
»  n'en  sera  pas  un  pour  les  citoj'ens  fidèles  qui  n'y  ver- 
»  ront  qu'une  {2:arantic  de  la  paix  publique,  sans  laquelle 
))  la  liberté  civile  est  illusoire  et  vaine. 

»  11  ne  sera  un  objet  d'horreur  et  d'alarme  que  pour  les 
n   factieux  dont  il  éteindra  les  criminelles  espérances. 

»  Celui  qui  ne  fut  qu'entraîné  abjurera  cette  fausse 
»  doctrine,  cette  illusion  fatale  qui  ne  place  la  liberté  que 
»»  dans  1  anarchie,  la  gloire  que  dans  les  ravages,  les  dé— 
»  vasfations ,  le  sang  et  les  larmes. 

»  Mais  en  mênie-lempsun  cri  d'alarme  vaêlre  jeté  par 
•)  ceux-là  qui  savent  bien  qu'eux  seuls  en  seront  frappés, 
»  mais  qui  s'elforceront  de  iaire  partager  leurs  fureurs  à 
»  tous  ceux  à  qui  ils  voudroient  Iaire  aussi  partager  leurs 
»   funestes  desseins. 

»  Tout  sera  perdu,  à  les  entendre,  lorsque  l'impunité 
»  ne  leur  sera  plus  assurée  ,  et  que  l'autorité  qui  \eille 
>•  sur  leurs  machinations  secrètes  voudra  percer  l'obscu- 
».  rilé  qui  les  environne.  Tout  sera  perdu  quand  l'Etat 
u   sera  sauvé , 

j)  Sans  doute,  Messi<^urs ,  la  bonté  du  Roi  est  infinie; 
•)  mais  son  peuple  ,  dont  il  est  l'amour  et  l'orgueil,  la 
»  réclame  tout  entière.  Peut -il  se  montrer  encore 
j)  compatissant  à  lexcès  apiès  tant  d'espérances  trom- 
»   pées  ":* 

j)  Il  a  promis  de  vouloir  tout  ce  que  veut  rinlérêt 
»  de  son  peuple.  Son  peuple  veut,  avant  tout,  être 
'1  sauvé 

"  Si  nous  n'ôxagcrons  pas  les  dangers  qui  nous  me- 
»  nacent,  nous  ne  devuns  pis  non  plus  les  dissimuler. 
«    Us  sont  bien  moindres  par  le  nombre  des  factieux  que 


(  3o5  ) 

»)  par  feiir  avdace.  Disons-le ,  toute  leur  force  rCesl  que 
>>  dans  leur  iiripuriHé  :  i/s  attaquent  le  troue  lui-même ^ 
n  ils  loiiL  voir  à  cello  portion  du  peuple,  trop  facile  à 
»  égaler,  lautoritt  du  Roi  incertaine  et  foible ,  hors 
n   délai  de  punir  ,  hors  d'éfat  d«  réprimer 

»  L'impuissance  à  laquelle  leur  rage  a  été  réduite  de- 
»  puis  la  chute  de  l'usurpateur,  loin  de  se  modérer,  n'a 
»)  fait  que  s'aocroifre  de  tout  ce  que  les  malheurs  publics 
M  et  privés  pouvoient  donner  de  force  à  leurs  déclama— 
»  lions.  Ces  mavix,  qu'ils  ont  seuls  appelés  sur  notre 
»  malheureuse  patrie,  dont  ils  furent  les  premiers  îiuleurs 
»  et  les  complices,  ils  les  exagèrent  et  en  t'ont  pressentir 
»  de  plus  grands  encore. 

»  11  ne  laul  pas  se  borner  <i  la  punition  des  coupables  , 
»>  mais  plus  particulièrement  einore  prévenir  ces  crimes, 
»  surtout  lorsqu'il  s'agit  des  intérêts  les  plus  chers  et  les 
»»  plus  sacrés.  Le  Roi ,  Messieurs  ,  a  voulu  suppléer  à 
»>  l'insuifisancc  des  lois  existantes  par  celle  dont  il  m'a 
»   chargé  de  vous  présenter  le  projet. 

>»  C'est  au  nom  de  la  Charte  constitutionnelle,  c'est  au 
»  nom  de  toutes  les  lois  et  de  celle  que  tous  les  peuples 
«  sont  accoutumés  à  regarder  comme  la  loi  suprême, 
i>  celle  du  salut  public  ,  que  cette  mesure  vous  est 
»  proposée. 

«  Oui,  Messieurs,  le  Roi  peut  sauver  et  l'Etat  et  le 
»  trône j  et  la  Charte,  étant  la  loi  qui  établit  la  liberté 
•»>  publique  et  la  liberté  privée  ,  lui  en  imposeroit  le  de- 
»  voir  :  il  ne  peut  le  faire  sans  votre  appui .  .  .  ^  .  Le  LUI 
n    BEFUSEREZ-VOUS  'r*   ». 

Le  rajjpoi  t  cîc  ]M.  Bcllart^  pour  raJopîion  du 
projet  de  iui,  finîssoiî.  aînsî  ; 

«'  Plusieurs  hommes  ne  manquerorvt  pas  dç^  gémir 
5)  hjpocriteiuent  sur  ce  qu'ils  appelh>ront  avec  emphase 
»  une  atteinte  portée  à  la  liberté  individuelle  ,  et  de  se 
»  jeter  dans  des  abstractions  métaphysiques  pour  calom- 
:>  nier  une  mesure  dont  il  n'c3t  pas  un  seul  hoP'me  de 
»  bien  qui  ne  senle  qu'elle  est   indispensable.    Que  ré- 

»)  pondre   à   ces  déclamateurs?  Rien Levez  les 

»i   yeux  sur  eux  seulement  :   on   peut  se  tenir  assuré    à 
»  l'avance  qu'on  n'y  trouvera  jaitiais  Un  ami  véritable  de 
Tome  IL  — ao^  LivnAisoN.  20 


(  3o6  ) 

»  la  Charte  ni  du  pays  :  on  y  reconnoîtra  toujours  l'un 

u  des  hommes  qui  ont  accepté  avec  tant  de  mansuétude  , 

w  ou  qui  ont  secondé  avec  tant  de  violence,  le  despotisme 

j>  sanglant  qu'on  vit  se  jouer  si  long-temps  de  tous   les 

>»  droits  des   Français.   Pourquoi  se  taisoient-ils  alors  , 

))  ou  pourquoi  rompent-ils  aujourd'hui  le  silence  ?  Est- 

»  ce   donc   sous   un   gouvernement  auquel,  certes,  il  y 

»  auroil  une  bien  atroce  injustice  de  reprocher  de  l'ex- 

M  ces  dans  ses  mesures,  que  les  prétendues  alarmes  qu'ils 

»  manifestent  peuvent  être  sincères?   Que  le  peuple  ne 

«  s'y  trompe  pas.  lis  ne  l'entreliennent  de  ses  maux  qn  a- 

»)  Qec  la  résolution  de  les  aggraver  ;  ils  tie  parlent  tant  de 

»  la  liherlé  que  pour  la  faire  périr ,  et  c'est  pour  C  étouffer 

»  qu'ils  feignent  si  tardii>ement  de  l'emôrasser.  Leur  pu— 

«  nition  sera  dans  le  spectacle  de  la  paix  publique  qu'ils 

»  n'auront  pu  troubler  ;  et  l'un  des  moyens  de  la  main- 

»  tenir  ,    c'est  l'adoption  du  projet  de  loi  tel  qu'il  a  été 

»  présenté.  » 

Tels  lurent  les  motifs  mis  en  avant  par  les  mi- 
nistres du  KoL,  tels  furent  les  rapports  des  com- 
missions; et  l'on  remarquera  que  ni  ISl.  de  Cazes, 
ni  les  rapporteurs  qixe  je  eile  ne  votoient  avec  la 
majorité  de  la  Chambre  de  i  8i  J.  Qu'on  se  reporte 
aux  circonstances  dans  lesquelles  on  se  trouvoit  : 
on  décidera  ce  que  devoit  faire  la  Chambre.  Les 
lob  demandées  ctoient  ou  nécessaires,  ou  inutiles. 
Si  elles  étoient  inutiles,  comment  le  ministère  en 
présentoit-il  les  projets?  comment  en  peignoit-il 
la  nécessité  avec  des  couleurs  si  énergiques?  com- 
ment la  Chamhre  des  Pairs  les  approuvoit-elle  ? 
Si  elles  étoient  nécessaires  ,  la  responsabilité  des 
Chambres  cesse  au  moment  oii  commence  celle 
d€s  ministres,  et  celle-ci  date  du  jour  où  l'exécu- 
tion des  lois  leur  est  confiée.  S'il  y  a  donc  eu  abus 
dans  Texécnt ion  des  lois,  ce  n'est  pas  aux  Chambres, 
mais  aux;  ministres  à  répondre. 

Le  8  novembre,  le  ministèi-e  proposa  im  projet 
de  loi  relatif  à  l'établissement  des  compaornirs  dé- 
partementales. Il  demanda  aussi  le  rétablissement 


(  3o7  ) 
iies  cours  pi'evôtales,  autorisé  par  l'art.  63  de  la 
Charte.  La  nécessité  des  circonstances  servit  en- 
core de  base  à  ces  deux  projets,  et,  le  caractère 
loyal  des  deux  ministres  qui  iui-ent  chargés  parle 
ministère  de  les  présentej-  à  la  Chambre,  oflrant 
une  garantie  de  sagesse  dans  leur  exécution,  ils 
furent  adoptés.  La  Chambre  des  Pairs  les  approuva 
de  même. 

Par  l'organe  de  ]M;  de  Vàublanc,  le  ministère 
apporta,  le  i8  décembre,  un  projet  de  loi  sur  le 
mode  d'élection,  et  ce  projet  lut  combattit  par 
les  hommes  même  auxquels  IVÏ.  de  Vàublanc  in- 
spiroit  le  plus  de  confiance.  On  s'éleva  contre  les 
électeurs  de  droite  contre  le  renouvellement  par 
cinquième.  Plusieurs  amcndemens  furent  proposés 
par  la  commission.  Son  rapporteur,  M.  de  \  illèle , 
démontra  qu'ils  étoient  bien  plus  en  harmonie  avec 
1-esélémens  d'un  gouvernement  représentatif,  bien 

J)lus  favorables  que  le  projet  du  ministère,  aux 
ibertés  publiques,  aux  droits  de  la  propriété  , 
aux  véritables  intérêts  du  peuple.  La  discussion 
fut  longue  5  les  amendemens  de  la  commission, 
adoptés ,  furent  portés  à  la  Chambre  des  Pairs , 
qui  les  rejeta. 

La  Cliambre  apprit  avec  douleur,  mais  avec 
calme ,  Ics  sacrifices  qui  étoient  imposés  à  la  France 
par  le  traité  de  paix.  Le  Roi  étoit  remonté  sur  sou 
trône  5  dès  lors  elle  crut  que  rien  ne  paroîtroit  pé- 
nible à  des  Français  :  elle  connoissoit  leur  amour 
pour  les  Bourbons.  Ce  fut  dans  cette  opinion  qu'elle 
attendit  le  projet  deloi  sur  les  finances.  Les  incon-*- 
veniens  en  furent  démontrés  avec  force.  Des  éco- 
nomies considérables  furent  réclamées  au  nom  de 
la  misère  de  tous*  Par  conscience  et  par  intérêt 
public  ,  on  se  refusa  à  Taliénation  des  bois  de 
l'Etat.  La  commission  présenta  de  nombreux  amen-- 
démens.  Le  ministère  se  retrancha  sur  l'impossi- 
lité  où  il  étoit  de  les  adopter,  Ses  protestations  à 

30. 


cet  égard  furent  répétées;  elles  cessèrent,  et  il 
accéda  au  plan  de  la  commission  le  jour  où  il  crut 
voir  ia  Clian\brc  déterminée  à  le  maintenir.  Ia-. 
projet,  amendé  par  les  députés,  fut  approuvé  à  la 
CLambre  des  Pairs. 

A  ia  lin  de  la  session,  iSl.  le  duc  de  Richelieu 
vint  demander  à  la  Chambre  un  crédit  de  6  millions 
de  rentes.  Le  seul  motif  (juil  jjrésenta  fut  la  pos- 
sibilité éventuelle  de  terminer  aiiisi  plus  tôt  quel- 
ques uns  des  engagemens  contractés  avec  les  étran- 
gers ;  il  ne  fonda  sa  demande  sur  aucune  base  posi- 
tive: il  ne  présenta  d'autre  garantie  que  celle  de 
6on  cai'actère  connu  :  le  crédit  lui  fut  sur-le-champ 
accordé. 

Cette  confiance  honorable  pour  le  ministre  quî 
l'inspiroit,  n'étoit-elle  pas  en  même  temps  la  plus 
forte  preuve  de  la  disposition  oùétoit  la  Chambre, 
de  ne  trouver  aucun  sacrifice  pénible  quand  il  s'a- 
gissoit  des  intérêts  de  son  pays  ? 

Voilà  les  faits.  Tout  homme  qui  aui'a  un  sens 
droit,  et  dont  le  cœur  sera  exempt  de  passions, 
pourra,  d'après  cela,  juger  la  Chambre  de  i8i5. 
Le  repos  de  la  Fi-ance  ,  raff(;rmissement  de  la 
royauté  légitime,  tel  fut  son  but  :  la  religion, 
l'honneur,  voilà  quels  furent  ses  moyens.  Tous 
ses  actes  tendirent  à  faire  resjiecter  le  nom  de 
Dieu  et  du  Roi,  à  renforcer  le  pouvoir  de  la 
couronne,  à  rétablir  des  principes  de  morale, 
à  maintenir  toutes  les  libertés  publiques^  et  à  gar- 
der la  foi  des  serraens  et  des  traités.  L'oubli  du 
passé,  le  véritable  oubli,  celui  qui  consiste  dans 
une  entière  abnégation  de  soi-même,  celui-là  lut 
hautement  professé  dans  celte  Chambre,  qui  réu- 
nissoit  dans  son  seiji  un  nombre  considérable  de 
victimes  de  la  révolution  ,  et  où  pas  une  voix  ne 
fut  eulmdue  à  laquelle  on  pût  i-eprocher  un  sou- 
venir personnel ,  un  relour  sur  le  passé ,  une  dou- 
leur qui  ne  lût  pas  celle  de  la  patrie. 


(  3o9  ) 

Cette  Clip.inLre  fut  exage'rèe,  dit-on.  L'exposé 
fidèle  que  je  viens  de  tracer  mettra  chacun  à  même 
tl'en  juger;  et  j'observerai  simplement  que,  pen- 
dant une  session  de  liuit  moî.s,  quand  il  ne  luri 
étoitpasdonné  de  faire  laire  l'opinion,  puisqu'elle 
n'avoit  aucun  pouvoir ,  qu'aucun  de  ses  membres 
n'étoit  dans  le  gouvernement ,  qu'aucun  d'eux  ne 
remplissoit  de  fonction  importante  dans  l'Etat, 
on  n'a  pas  entendu  de  plaintes  s'élever  conti-e  elle,^ 
et  la  tranquillité  de  la  France  n'a  pas  été  troublée. 
Je  dirai  encore  qu'ils  ne  furent  pas  jugés  exagérés 
par  leur  pays  ces  hommes  qui,  malgré  l'anathème 
dont  les  frappa  le  ministère  dans  de  nouvelles 
élections  ,  eu  dépit  de  tous  les  moyens  employés 
contre  eux ,  revinrent  une  seconde  fois  honorés 
du  suffrage  et  delà  confiance  de  leurs  concitoyens. 

J'ai  prouvé  que  les  lois  d'exception ,  qu'on  attri- 
bue sans  cesse  à  cette  Chambre,  sont  le  propre 
fait  du  ministère.  S'il  y  a  un  vice  au  sujet  de  ces- 
lois,  je  le  répète,  il  ne  peut  se  trouver  que  dans 
l'existence  même  delaloi  ou  dans  son  application. 
S'il  est  dans  l'existence  de  la  loi  ,  pourquoi  ïé 
ministre  la  demandoit-îl  au  nom  du  salut  de 
l'Etat?  En  quoi  la  Chambre  des  Pairs  est-elle 
moins  responsable  que  celle  des  Députés,  qui, 
comme  elle,  n'a  fait  qu'approuver  un  prejet  ]>ié-' 
sente  par  le  ministère?  S'il  n'y  a  pas  vice  dans 
l'existence  de  la  loi,  et  qu'il  ne  soit  que  dans  sou 
application,  certes,  c'est  encore  moins  auxCham-- 
bres  à  répondre  :  le  ministre  est  là;  c'est  lui  qui, 
sur  sa  demande  ,  fut  revêtu  d'un  gi'and  pouvoir; 
c'est  lui  qui  assuma  une  grande  responsabilité. 

Un  coup  d'œil  rapide  sur  ce  qui  s'est  passé  de- 
puis 1 8i  5 ,  sur  le  chemin  que  nous  avons  parcouru, 
depuis,  me  seroit  d'un  bien  grand  avantage,  si  je 
voulois  établir  une  discussion;  mais  il  n'entre 
dans  mon  plan  ni  de  l'écriminer ,  ni  d'aigrir  per- 
sonjie.  J'ai  cru  qu'il  étoit  bien  de  démontrer  la 


(  3io  ) 
fausseté  et  l'injustice  de  tant  de  vaines  déclama- 
tions. Pour  j  parvfînir,  \'^'i  exposé  les  faits  tels 
que  je  les  ai  vus;  cela  rae  suffit.  La  France  rendra 
un  jour  justice  à  qui  elle  est  due  ;  les  hommes 
qui  se  dévouèrent  pou  relie  ne  seront  pas  méconnus 
par  la  postérité.  La  cause  sainte  des  Bourbons 
survivra  aux  orales ^   à  des  jours  nébuleux  mou 

f)avs  verra  succéder  encore  de  beaux  joui's.  Il  est 
à  haut  une  puissance  du  bon  droit,  plus  forte  que 
l'incurie  ou  la  perhdie  des  hommes.  Elle  fait  sa 
part  à  chaque  positit>u  de  la  vie;  elle  ne  donne 
pas  toujours  le  bonheur  comme  récompense  d'uHO 
conduite  pure  ;  mais  elle  laisse  à  l'infortune  la 
paix  d'une  conscience  tranquille ,  le  courage  et 
iespérauce. 

Castelbajac, 


MELANGES. 

La  proposition  d'une  époque  nouvelle  pour 
Tannée  financière  a  confirmé  l'observation,  mille 
fois  faite,  que  le  ministère  n"a  des  idées  qu'une  à 
une,  et  que  la  Chambre  s'aiTciblit  en  ne  rattachant 
à  rien  ces  idées  éparses,  oflertes  à  sa  discussion 
comme  par  hasard.  En  effet,  le  discours  d'ouver- 
ture nous  annonce  qu'il  est  impossible  de  dimi- 
nuer l'impôt  pour  Tannée  1819;  on  nous  en  té- 
moigne des  regrets  qui  nous  attendrissent;  et, 
pour  nous  confirmer  la  douleur  que  le  ministère 
éprouve  des  charges  qui  pèsent  sur  la  France,  il 
vient  iious  proposer  d'alonger  de  six  mois  une 
année  sans  espérance  coiunie  sans  consolation.  Ja- 
mais on  n'a  témoigné  à  la  fois  plus  de  mépris  pour 
les  contribuables,  et  plus  d'insouciance  pour  les 
maux  qu'ils  souffrent.  Quelle  certitude  a-t-on  que 
deux  récoltes  à  venir  yous  permettront  de  payer 
l'impôt  tel  qu'il  est  fixé  aujourdhui?  Un  ininis- 


(  3ii   )       ^ 
tore ,  véritablement  jaloux  do  s'attirer  la  faveur 
populaire,  auroit  pu  proposer  en  même  temps  de 
diminuer  l'impôt  touciei-  de  dix  centiiues  ,  et  de 
fixer  le  budget  pour  dix-huit  mois;  tout  le  inonde 
^uroit  saisi  cette  marche  5  ce  qu'elle  a  d'inconsti- 
tutionnel auroit  été  couvert,  dans  les  esprits,  par 
un  bienfait  public  et  des  espérances  d'améliora- 
tion; et  la  France  n'auroit  pas  conçu  les  soupçons 
qui  naissent  naturellement  de  la   conduite  d'uJi 
ministère  qui  ne  voit  jamais  qiie  sa  propre  cnnve- 
naiice  dans  son  respect  ou  son  mépris  pour  le  te\^te 
de  la  Charte.  Au  reste,  si  le  ministère  s'isole  sans 
cevsse  des  intérêts  positifs  de  la  Franco,  la  France 
le  lui  rend  de  grand  cœur,  et  il  y  a  compensation. 
Tout  le  Tnonde  écoute  les  phi-ases  aujourd'hui; 
mais  personne  ne  s'en  paie  ;  c'est  ce  qu'oublient 
trop  légèrement  nos  politiques   du   jour.  Ce  que 
le  ministère    n'avoit   pas    fait   pour   rattacher   le 
changement    de    l'année    ilnancièi'e    à   un  intérêt 
public,  la  Chambre  n'auroit-elle  pas  dû  le  faire? 
Avant  de  discuter  le  comniodo  et  Y  incommoda  de 
ce  changement,  n'auroit-elle  ])as  pu  se  demander 
pourquoi  il  étoit  devenu  nécessaire  ?  Si  elle  avoit 
trouvé  que  sa  nécessité  tcnoit  à  ce  que  le  ministère 
assembloit  la  Chambre   trop  tard  ,    et  la   laissoit 
deux  mois  assemblée  sans  lui  présenter  de  travail, 
il  lui   eût  été  perjnis   de   mettre  le  ministère  en 
accusation,  et  de  n'accorder,  qu'après  cet  acte  de 
justice,  une  année  de  dix -huit  mois.  La  France 
auroit  du  moins  compris  que  cela  ne  se  reprodui- 
roit  plus;   au  lieu  que  personne  ne  peut  avoir  la 
co-nviction  que  le  ministère  fera  en  dix-huit  mois 
ce  qu'il  n'a  jamais  su  faii'e  eu  dour.e.  Les  longues 
années  n'augmentent  pas  la  capacité;  autrement, 
qui  manqueroit  de  capacité  en  France  où  les  an- 
nées ont  été  si  longues  depuis  xn\  quart  de  siècle? 
—  On  assure  que  les  élèves  des  lyeées,  qui  ont 
perdu  en  insurrections  le  temps  qu'ils  dévoient 


(  à^■l  ) 
cloiiiif^rà  leurs  drvoiis,  vont  adresser  an\CIiainI>rPS 
une]  "IJtion  ii  !'(  iTet  d'obleiiir  queTaniuîe  scolaire 
soit  dorénavant  de  div-huit  mois,  comme  l'année 
linancière.  Les  élèves  s'engagent  à  distrlliuer  le 
temps  de  la  manière  suivante:  ils  emploieront 
trois  mois  à  écouter,  d'un  aii-  disirait  et  dédai- 
gneux, les  leçons  de  leurs  maîtres,  et  les  quinze 
autres  mois  à  se  n\o<|ucr  des  maîtres,  des  lerons , 
et  des  promesses  qu'ils  auront  faites.  On  croit 
que,  par  le  respect  pour  les  privilèges  ni>nisté- 
riels,  les  Chambres  passeront  à  l'ordre  du  jour. 

—  On  donnoit,  devar.t  une  femme  âgée,  des 
détails  fort  circonstanciés  sur  les  diATtreiates  in- 
surrectious  qui  viennent  d'avoir  lieu  dans  le.s 
maisons  publiques  d'éducation.  «  Cela  ne  m"é- 
))  tonne  pas,  répondit-elle  ;  j'ai  toujours  reniar-^- 
))  que  que  c'est  par  les  eiifans  que  sont  trahis  les 
»  secrets  de  la  société.,  »  En  effet,  les  grands  tli- 
recteurs  affirment  qu'il  Y  a,  dans  ces  mouvemeus 
décoliers,  beaucoup  d'indiscrétion,  et  que,  si 
cela  continue  ,  de  graves  intérêts  pourroi.ent  être 
compromis, 

—L'Université  contiliue  à  tourmenter  l'es  Ecoles 
chrétiennes,  parce  qu'elle  veut  absolument  que 
les  Frères  igjioraniiiis  soient  membres  de  l'Uni- 
versité. Personnen'empêcheles membres  de  l'Uni- 
versité dr;  se  donner  ejitve  eux  le  titre  de  frères; 
le  public  se  chargera  de  l'épilhète.  Une  consulta- 
tion ,  signée  par  vingt-quatre  ju,risconsuites  qui 
font  autorité  au  barreau,  vient  de  prouver  que 
ce  que  JM.  Royer-Coilard  exige  des  Frères  des 
Ecoles  chrétiennes  est  contraire  aux  lois,,  aux  dé- 
crets et  à  la  pos;.session  acquise.  D.ins  un  pays  où 
ou  sauroit  ce  que  c'est  que  ia  liberté  ,  la  question 
seroit  décidée  :  oiilaloi  parle  ,  tout  le  monde  doit 
se  taire.  Mais  nos  passions  sont  devenues  bien  ba- 
vardes depuis  qu'elles  se  sont  appuyées  sur  ài;s 
doctrines  ;  c'est  de  là  qu'est  né  l'oidre  des  doctri- 


(  3i3  ) 
naïros ,  qui  veut  renverser  tout  ce  qui  n'est  pas  lui , 
et  qui  mourra  quand  il  n'aura  plus  rien  à  abattre. 
Les  livres  faits  en  faveur  des  prétentions  de  l'Uni- 
versité, prouvent,  d'une  manière  incontestable  , 
([ue  la  législation  qui  empêche  est  au  pouvoir  de, 
tout  le  monde  ,  et  que  Ja  législation  qui  crée  et 
raiaihtient  n'est  au  pouvoir  de  personne:  c'est  tou- 
jours comme  dans  le  bon  temps  de  la  révolution. 

—  Il  y  a  un  an,  la  plus  grande  prétention  éloit 
de  confondre  l'Europe  dans  un  seul  système  5  on 
faisoit  des  ouvrages  européens,  on  avoit  un  génie 
européen  qu'on  vouioit  appliquer  à  la  création 
d'une  politique  européenne.  JNos  idées  se  sont 
beaucoup  étendues,  et  les  quatre  parties  du  Monde 
paroissent  aujourd'hui  destinées  à  ue  faire  qu'une 
macédoine.  Nos  ministres  envoient  à  la  fois  des 
magistrats  sur  les  bords  de  la  Tamise  pour  y  ap- 
prendre la  législation  contre  la  liberté  de  la  presse, 
et  des  orientalistes  dans  le  petit  Tliibet  pour  en 
ramener  des  chèvres  dont  la  dépouille  soit  propre 
à  faire  des  étoffes  de  cachemire.  De  leur  côté,  les 
indépendans  expédient  des  souscriptions  pour  les 
rives  infortunées  du  Texas,  et  des  plans  de  répu- 
blique pour  le  Me\:ique  et  le  Pérou.  On  assure  que 
les  ministériels  ont  envoyé  à  Constantînople  pour 
apprendre  à  saluer  les  visirs,  à  adorer  leurs  fan- 
taisies et  bénir  leurs  caprices,  ce  qui  n'empêchera 
pas  que  l'Angletei're  ne  soit  souvent  citée  quand 
on  discutera  l'apparence  du  projet  de  loi  sur  la 
culpabilité  des  ministres.  Cette  admirable  confu- 
sion de  tous  les  systèmes,  cet  aimable  combat  de 
toutes  les  idées  est  ce  qu'on  appelle  l'esprit  du 
siècle  ,  et  prouve  en  effet  sa  pei-fectibilité. 

—  Eu  sortant  de  la  Chambre  des  députés,  il  y  a 
quelques  jours,  un  royaliste  disoit  à  un  indépen- 
dant :  «  Pourquoi  donc  poursuivez-vous  les  régi- 
»  mens  suisses?  Est-ce  à  cause  de  leur  fidélité 
»   connue  que  vous  voulez  les  éloigner  du  trône  ? 


(3,4  ) 
u   Oh  !  non,  répondit  l'indépendant  5  s'il  nes'agis- 
»   soit  que  d'éloigner  la  fidélité,  nous  laisserions 
))   faire  le  ministère.  —  Mais  vous  vous  réjouissez 
»   chaque  fois  (|u'un  royaliste  éprouve  une  injus- 

V  tice.  -T- Vous  vous  trompez,  nous  observons  5 
»  et ,  en  vovant  comme  on  traite  ceux  qui  vantent 
»  leur  soumission  ,  la  pureté  de  leurs  sentimens, 
M  leur  dévouement  sans  bornes,  nous  n'eu  sen- 
»  tons  que  mieux  la  nécessité  de  persister  dans  le 
M  système  que  nous  avons  adopté,  vSi  les  ministres 
»  étoient  les  maîtres  ,  comment  nous  traiteroient- 
))  ils  donc,  nous  qui  n'avons  à  faire  valoir  aucun 
»  service  en  faveur  delà  monarchie?  Lorsqu'ils 
))  croient   nous    gagner,    ils    ne  fout    que   nou« 

V  avertir,    m 


(  3i5  ) 

Paris,   !7  février  1819. 

Nous  marchons  :  si  l'on  pouvoit  se  désintéresser 
4e  la  patrie ,  se  mettre  à  l'écart ,  regarder  passer 
tous  ces  personnages  qui  courent  tête  baissée  à 
leurs  ruines ,  il  y  auroit  de  quoi  s'émerveiller  de 
leur  folie.  Leschoseseu  sont  venues  au  point  que, 
taudis  que  l'on  remarque  les  lautes  de  détails  , 
l'ensemLle  des  choses  périclite,  et  les  rouages  de 
la  machiue  menacent  de  se  briser  ou  de  s'arrêter 
à  la  l'ois.  Le  danger  n'est  plus  dans  tel  ou  tel  mi- 
uislère  en  particulier  5  l'opinion  n'est  plus  préci- 
sément dans  les  Chambres  5  ce  n'est  plus  une  loi  , 
un  d'scours,  qui  fixent  l'attention  ])nblique  :  on 
a  déjà  dépassé  tous  ces  intérêts,  et  l'on  en  est  à 
savoir  s'il  y  aura  ou  s'il  n'y  aura  pas  d'ordre  so- 
cial. 

Ceseroit  une  chose  inexplicable  ,  si  l'on  ne  con- 
noissoit  l'org'ieil  des  systèmes  et  les  fureurs  delà 
vanité,  que  devoir  tant  d'hommes  aujourd'hui 
eflrayés ,  tant  d'hommes  nlaintenant  éclairés  sur 
les  faux  principes  qui  nous  guident ,  ne  rien  faire 
néanmoins  pour  en  arrêter  les  cifels  :  loin  de  re- 
venir sur  îcnrs  pas,  les  dépositaires  du  pouvoir 
suivent  à  l'envi  la  route  tracée.  Ils  ont  beau  sou- 
tenir à  la  tribune,  dans  leurs  discours,  qu'ils  ïic 
veulent  semer  la  division  ni  dans  la  Garde  ni 
dans  r armée;  qu'ils  ne  favorisent  pas  Vagiotas;c, 
Leur  manière  même  de  se  défendre  prouve  qu'il?" 
font  ce  qu'ils  disent  qu'ils  ne  font  pas. 

Au  ministère  de  la  guerre  ,  les  premiers  plans 
ne  sont  point  abandonnés.  Leg  destitutions  conti- 
nuent ;  elles  tombent  presque  toutes  sur  des  offi- 
ciers qui  ont  anciennement  servi  dans  les  arniées 


(  3i6  ) 
royales,  ou  sur  des  jeunes  gens  qui  n'ont  élé  cm- 
jiloyés  que  depuis  la  restauration.  Une  série  d'or- 
donnances est  jetée  comme  un  filet  sur  l'armée, 
et  enlève  tour  à  tour  les  militaires  qui  ont  donné 
le  plus  de  gages  à  la  royauté  légitime.  Ces  ordon- 
nances sont  véritablement  un  clvel'-d'œnvre  :  il 
faut  les  étudier  pour  voir  avec  quelle  subtilité  elles 
expliquent  la  loi  du  recrutement  au  désavantage 
d(îs  royalistes,  et  au  détriment  de  la  prérogative 
royale.  Voici  une  remarf[ue  qui  en  vaut  la  peine  : 
Buonaparle  faisoit  tous  ses  efforts  })Our  obliger  les 
fils  de  famille  à  entrer  dans  son  armée  ;  il  les  pre- 
noit  de  force  5  il  leur  envovoit  des  l)revets  de  sous- 
licutenans  à  domicile  :  il  les  contraignoil  d'entrer 
dans  les  gardes  d'iionneiir  ;  il  vouloit  remplir  ses 
camps  de  propriétaires  et  d'homines  monai'cliiqTU's. 
Aujourd'hui ,  sous  l'autorité  légitime  ,  il  n'y  a  rien 
que  l'on  ne  fasse  pour  écarter  les  fils  de  famille 
qui  s'^empressent  de  solliciter  du  service  :  s'ils  y 
sont  entrés,  quoi  qu'on  ait  fait  pour  les  en  ex- 
clure, on  leur  dispute  leur  grade,  on  les  rejette  à 
la  queue  des  contrôles^  on  les  destitue  au  moindre 
prétexte,  et  à  force  de  dégoût  on  les  oblige  à  se 
retirer.  El  c'est  ainsi  qu'on  prétend  reconstruire 
la  monarchie  1 

Il  y  a  de  bonnes  gens  qui  s'endorment,  carpebat 
soinnos.  On  leur  dit  qu'on  ne  changera  plus  rien 
à  la  Garde  :  les  voilà  tout  satisfaits.  Oui;  mais  il 
y  a  des  ordonnances  préparées  5  mais  tôt  ou  tard 
elles  seront  mises  à  exécution.  On  prétend  même 
qu'on  va  changer  le  système  entier  Aes  légions, 
ce  qui  amèneroit  la  dislocation  des  cadres  des  olTi- 
ciers  et  la  refonte  totale  des  états-majors  de  l'ar- 
mée. Ou  avoit  voulu  faire  ])asser  l'éloignement  de 
la  Garde  de  MM.  Berthier  et  dArcine,  pour  la 
'îuitc  d'une  division  entre  ces  deux  officiers.  En 


(  3i7  ) 
puLliant  leurs  Ordres  du  jour,  nous  avions  montré 
que    cette    division  n'existoit  point,   et  que  leur 
déplacement  étoit  la  suite  d'un  syslènie  politique. 
Ce   témoignage  étoit  accablant.  ISe  pouvant  nous 
répondre  on  s'est  fâché  5  c'est  ce  qui  arrive  assez 
souvent    quand   on    manque    de  bonnes  raisons. 
M.  Bcrtliier,  qui  passoit  au   coilimandemcnt  du 
département   de   la   Corrèze ,    M.    d'Arcine ,   qui 
a\oit  été  nommé  colonel  de  la  légion  de  l'ïonne, 
ont  été  soudainement  réformés  :  on  leur  a  déclaré 
que  le  Koi  n'avoit  plus   besoin  de  leur  service. 
ISous  avons  parlé  plusieurs  fois  des   sei'vices  de 
M.  Berthier,  de  son  dévouement,    et  de  celui  de 
sa    famille  j    quant   à   M.    d'Arcine  ,    cet    officier 
compte  huit  campagnes  et  autant  de   blessures , 
des   grades   et   des    décorations     obtenus   sur    le 
champ  de  bataille.  C'est  ainsi  qu'un  mouvement 
d'Uuineur  brise  deux  officiers  supérieurs ,  comme 
on     n'auroit    pas    autrefois    chassé    deux    simples 
soldats.  ]Sous  devons  à  la  vérité  de  déclarer   que 
ni  M.  Berthier  ni  M.  d'Arcine  ne  nous   avoient 
envoyé   les    pièces    dont    nous    avons    fait    usage 
dans  le  Conservateur.  Ainsi  on  n'avoit  pas  même 
l'ombre  d'un  pi'étexle  pour  réformer  ces  braves 
militaires. 

Lorsqu'en  soutenant  la  loi  de  recrutement  on 
a  sacrilîéla  prérogative  royale,  que  disoit-on  pour 
motiver  ce  sacrifice?  On  disoit  que  l'armée  alloit 
acquérir,  par  le  nouveau  mode  d'avancement,  la 
iixité  des  emplois  j  et  voilà  que  l'on  efface  deii?c 
officiers  d'un  haut  rang  du  contrôle  actif  de  l'ar- 
mée,  sans  jugement  préalable,  sans  même  s'en- 
quérir jusqu'à  quel  point  ces  officiers  étoient  en- 
trés dans  la  chose  dont  on  fait  le  prétexte  de  leur 
■destitution!  Avant  la  révolution,  nul  officier  ne 
pouvoitperdre  son  gi^ade  que  parle  jugement  d'un 


(  3i8  ) 
conseil  de  guerre  5  et  c'est  ce  qui  existe  encore  dans 
toiislespavsmilitniresde  l'Europe.  Etmaintenant, 
sons  notre  oou.vernenient  constitutionnel ,  le  ca- 
price d'un  ministre,  peut-être  la  vengeance  d'un 
subalterne  j  pourra  priver  le  militaire  le  plus 
distingué  du  prix  de  son  sang  el  de  ses  longs  tra- 
vaux !  Il  est  vrai  (Jue  MM.  Bertliier  et  d' A  reine  ont 
une  tache  :  ils  sont  restes  tldèles  au  Roi  pendant 
les  cent-jours.  On  prêche  l'oubli  :  queles  royalistes 
en  place  seroient  lieuieux,  si  l'on  pouvoit  oublier 
leurs  services  ! 

On  a  beaucoup  répété  que  des  officiers  n'avoient 
pas  le  droil  de  faire  ceci,  de  faire  cela  (  i  )  :  pourquoi 
donc  ceux  qui  rai-onnent  de  la  sorte  nous  ont-ils 
tant  parlé  des  droits  des  soldais ,  à  l'ocoasion  de 
la  loi  du  recrutement?  Pourquoi  nous  ont-ils  fait 
entendie  que,  si  l'armcc  se  souleva  en  1  7B9,  c'est 
qu'on  avoit  méconnu  ces  di-oits  ?  Il  ne  convient 
pas  à  ceux  qui  ont  déj)Ouillé  la  prérogative  royale 
par  la  loi  du  recrutement,  qui  ont  établi  par 
cette  funeste  loi,  un  principe  démocratique  dans 
l'armée,  il  ne  leur  convient  pas  aujourd'hui  de 
nier  leurs  propres  principes.  Souvenons-nous  qud 
le  système  ministériel  est  surtout  dangereux  dans 
le  département  de  la  guerre.  Ce  n'est  pas  dans  ce 
département  une  chose  indifférente  que  des  des- 
titutions multipliées.  En  changeant  un  corps  d'of- 
ficiers, on  peut  cîiànger  en  trois  mois  l'esprit  de 
l'armée.  INous  ne  cesserons  point  de  signaler  ce 
péril  :  il  est  grand,  il  est  imminent.  Puisque,  tôt 


(1)  Un  ordre  du  jotir  défend  aux  officiers  de  la  Garde  de 
rien  publier  dans  les  feuilles  périodiques  et  seini-periodiques;  et 
cependant  on  remarque  que  des  officiers,  même  d'un  grade 
supérieur,  écrivent  tous  les  jours  dans  des  joarnaux  oppose's  à 
l'opiuloa  royaliste. 


(3i9) 
ou  tard,  nous  aurons,  avec  la  loi  des  élections^ 
une  CliamLre  des  Députés  démocratique,  tâchons 
du  moins  de  conserver  la  monarchie  dans  l'armée  : 
ue  donnons  pas  des  Lras  à  la  tête  révolutionnaire 
que  nous  avons  modelée  et  façonnée  de  nos  propres 
m'dins. 

Il  est  d'autant  plus  urgent  de  veilleî  à  ce  dan- 
ger, que  le  venin  démocratique  se  orlisse  dans 
toutes  les  autres  branches  de  l'administration  j 
partout  les  principes  de  la  monarchie  sont  mécon- 
nus. Dans  les  finances,  on  sacrifie  les  intérêts  de 
la  propriété  à  un  fol  esprit  d'agiotage.  La  tendresse 
de  M.  le  ministre  des  finances  pour  ses  enfans  de 
la  bourse,  lui  fait  rêveries  projets  les  plus  favo- 
rables à  leur  prospérité.  Il  veut  établir,  dans  tous 
les  chefs-lieux  de  département ,  un  petit  grand- 
livre  qui  menageroit  à  tout  propriétaire  la  faculté 
de  convertir  en  reutes  sur  l'Etat ,  sa  propriété  pa- 
trimoniale ,  sans  l'assujétir  à  l'obligation  défaire 
le  voyage  de  Paris ,  et  de  recourir  au  ministère 
toujours  onéreux,  et  quelquefois  inquiétant  d'un 
agent  de  change  ou  d'un  Marron.  Dans  ce  mo- 
ment on  se  trouve  un  peu  débarrassé  des  grosses 
masses  de  rentes  qui  pesoient  sur  la  place  de  Paris, 
II  paroîtroit  qu'il  existe  une  sorte  de  coalition 
entre  le  ministre  des  finances,  MM.  Baring,  Lafitte 
et  autres,  pour  ne  vendre  de  rente's  que  dans  une 
proportion  convenue  ,  jusqu'à  l'adoption  de  quel- 
que grande  mesure  financière.  Quelle  sera  cette 
mesure?  Apparemment  la  vente  des  forêts.  Tout 
notre  génie ,  depuis  trente  ans ,  consiste  à  nous 
dépouiller.  Mais  n'est-ce  pas  une  chose  inconce- 
vable qu'on  n'eût  pas  encore  remis  aux  Chambres 
les  comptes  qui  étoicnt  faits  il  v  a  deux  mois?  On 
les  refai.soit,  nous  dit-on.  S'il  eût  été  égal  aux 
ministres  de  refaire  la  monarchie  au  lieu  du  bud- 
get, on  se  seroit  aiTangé  après. 


(  320  ) 
Eii  attendant  les  comptes  faits  et  refaits  de  M.  le 
ministic  des  finances,  le  propriétaire  est  accablé 
d'impôts.  jN DUS  avons  sous  les  yeux:  un  document 
<j[ui  prouve  que  vingt-quatre  pièces  et  demie  de  vin 
commun ,  recueillies  sur  sept  arpcns  de  vignes  , 
auprès  de  Toulouse,  ont  été  imposées,  en  droits 
réunis  ou  octroi,  à  la  somme  de  S8o  francs.  Les 
mêmes  pièces  .de  vin  ,  eu  1788,  auroient  coûté, 
pour  tout  impôt,  29  livres  16  sous  :  nous  nous 
perfectionnons.  Au  reste,  quand  on  charge  le 
contribuable  ,  l'agioteur  doit  prospérer  5  quand  on 
craint  des  révolutions,  les  afl'aires  de  la  bourse 
sont  brillantes.  En  France  aujourd'hui  beaucoup 
de  propriétés  sont  à  vendre  5  chacun  veut  avoir 
sa  fortune  en  portefeuille.  INlalheur  au  ministre 
qui  verroit,  dans  la  hausse  des  fonds  produite  par 
cette  cause  ,  un  signe  de  prospérité  publique  ! 

Mais  c'est  au  ministère  de  Tiulérieur  que  tout 
s'agite,  s'échaufîe ,  se  remue.  On  assure  que  le 
chef  de  ce  dépai-ternent ,  accablé  du  poids  de  ses 
grandeurs,  ou  dédaignant  les  délices  du  pouvoir, 
a  partagé  sa  dépouille  entre  ses  amis  :  comme 
Alexandre-le-Grand  partant  pour  la  conquête  du 
monde  ,  il  ne  sest  réservé  que  l'espérance.  Aux  uns 
il  a  départi  les  Communes,  aux  autres  les  arts  et  la 
librairie  :  Ihéritage  du  IVère  du  Roi  a  été  donné  à 
un  ancien  sous-secrélaire  d'Etat  de  la  guerre,  en 
attendant  les  heureux  changemens  proposés  par 
M.  de  La  Fayette,  pour  remettre  la  garde  natio- 
nale telle  qu'il  la  commajidoit  en  1789. 

Il  est  résulté  du  démembrement  de  l'empire  de 
M.  le  comte  de  Gazes,  une  étrange  confusion  : 
entre  quatre  ou  cinq  demi-ministres,  on  ne  sait 
plus  à  qui  on.  a  affaire.  Chacune  de  ces  petites 
Ixceliences,  montre  la  ferveur  du  noviciat  ;  l'une 


(321) 

feit  jeter  à  ten-e  les  arbres  des  Champs-Elysées , 
l'autre  abat  des  préfets  et  des  sous-prét'ets  ,  l'autre 
destitue  les  professeurs  qui  se  sout  opposés  aux 
insurrections  des  collèges.  On  se  demande  com* 
ment  ces  insurrections  se  sont  propagées ,  com- 
ment la  jeunesse  a  manifesté  un  si  déplorable 
esprit?  A  Nantes,  le  tumulte  a  été  grand:  trois 
coups  de  pistolet  annoncèrent  à  minuit  le  sou- 
lèvement du  collège.  L'autorité  du  premier  m-a- 
gistrat  fut  méconnue:  il  fallut  attaquer  de  vive 
force  les  dortoirs,  les  salles  d'étude.  Ces  scènes, 
commencées  à  Paris,  se  sont  répétées  dans  plu- 
sieurs départemenSi  Un  homme  grave  répond  que 
cefa  doit  être ,  qne  ce/a  est  dans  l'ordre.  Il  est  inu- 
tile de  chercher  du  mystère  dans  cette  parole  pro- 
fonde ;  oui ,  cela  est  dans  l'Ordre ,  dans  l'ordre 
d'une  société  qui  se  détruit. 

Le  département  de  l'intérieur  est  particulière- 
ment en  proie  aux  ravages  de  la  bureauci'atie.  A 
quel  point  ne  peut-on  pas  tromper  le  ministre  le 
plus  probe  et  le  mieux  intentionné!  Il  ne  peut 
pas  tout  voir  par  lui-même  :  un  commis,  si  son 
opinion  n'est  pas  saine,  rédigeant  le  travail  qu'on 
lui  demande  dans  l'esprit  qui  l'anime  ,  trompe  à 
la  fois  le  soui  erain  et  la  nation  par  des  rapports 
infidèles  et  mutilés.  Si  l'on  examine ,  par  exemple, 
le  dernier  compte  rendu  des  votes  des  conseils- 
généraux,  ou  est  frappé  de  leur  étrange  inexacti- 
tude. 

Nous  ne  voyons  que  trente-un  départemens 
figurer  au  chapitre  intitulé  Culte.  Pourquoi  ne 
parle-t-on  pas  des  autres,  par  exemple,  de  celui 
du  Doubs,  dont  les  votes  sont  admirables  en  tout 
ce  qui  touche  la  morale  et  la  religion  5  de  celui 
de  la  Meurthe ,  qui,  malgré  la  pénurie  de  ses 
Tome  Ilr—  ao«  Livraison.  *i 


(32a) 

fonds  ,  a  voté  ceux  qui  ont  éfeé  jugés  nécessaires  à 
l'érection  d'une  chapelle  dans  les  prisons  de  la 
ville  de  ÏNancij  de  celui  de  la  Somme,  qui  a  voté 
des  secours  considérables  pour  le  clergé,  les  églises 
et  les  hôpitaux? 

Le  vote  du  conseil -général  du  département 
d'Indre  et  Loire  a  été  tout-à-fait  passé  sous  si- 
lence, en  ce  qui  touche  l'instruction  publique, 
malgi'é  ses  vues  bienfaisantes  et  ses  sages  observa- 
tions. 

On  ne  parle  point  des  votes  du  conseil-général 
du  déparlement  de  l'Eure  en  fav.eur  des  Frères  de 
la  Doctrine  chrétienne. 

Pour  le  département  de  la  Vienne,  l'analyse 
porte  :  le  conseil  demande  la  suppression  de  ta 
rétribution  universitaire  et  la  liberté  de  renseigne- 
ment. La  vérité  est  que,  dans  le  vœu  de  ce  conseil, 
on  rend  l'hommage  le  plus  éclatant  aux  heureux 
eil'ets  de  l'instruction  dirigée  par  les  Frères  delà 
Doctrine  chrétienne  ;  qu'il  n'est  question  que  de 
leurs  écoles  que  l'on  désire  voir  se  multiplier, 
pour  propager,  dit  le  coïiseil ,  l'instruction  morale 
et  religieuse  dans  les  en  fans  de  la  classe  du  peuple , 
et  répandre  parmi  elle  le  germe  des  bonnes  mœurs^ 
de  t amour  du  travail,  etles  sefitimens  de  religion  j, 
de  l'amour  du  Roi ,  et  du  dévouement  à  la  patrie. 
Le  conseil  n'ajoute  pas  un  mot  de  l'enseignement 
mutuel  ni  de  la  liberté  de  l'enseignement. 

Pour  le  département  delà  Gironde,  l'analyse 
rend  compte,  en  trois  lignes  et  demie,  des  votes  du 
conseil-général.  Ces  trois  lignes  et  demie  sont 
consacrées  à  nous  parler  de  l'enseignement  mutuel 
pour  les  jeunes  Jilles.  Pas  un  mot  de»  Frères  de  la 
Doctrine  chrétienne,  tandis  que  ce  département  a 


(  323  ) 
émis  le  vœu,  très-fortement  prononcé,  d'établir 
pour  ces  Frères  une  maison  de  noviciat  dans  la 
ville  de  Bordeaux  j  que  même  M.  le  préiet  a  été 
chargé,  expressément,  d'en  faire  la  demande  au 
gouvernement. 

M.  le  préfet  delà  Seine-Tnférieure  a  proposé  de 
voter  des  fonds  pour  les  écoles  à  la  Lancasti"e  ex- 
clusivement. Cette  demande  a  été  l'objet  d'une 
vive  discussion.  Le  conseil ,  après  avoir  voté  des 
fonds  pour  l'instruction  publique,  y  a  compris 
les  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne.  La  ville  de 
Rouen  a  cousacré  une  somme  de  18,000  fr.  pour 
ces  mêmes  frères  ,  de  préférence  fnixLancastJ'iens, 
en  faveur  desquels  on  avoit  la  plus  grande  envie 
d'appliquer  ces  i8,ûoofr. 

Les  votes  du  département  de  la  Seine-Inférieure 
ont  élé  passés  sous  silence  dans  les  chapitres  inti- 
tulés Ciihe  et  Instruction  publique. 

On  a  cru  rendre  compte  des  votes  du  conseil - 
général  du  département  du  Doubs  par  ce  peu  de 
mots  :  Supprimer  la  rétribution  universitaire ,  et 
recommander  à  la  bienveillance  du  gouvernement, 
les  religieuses  de  Besancon ,  qui  se  consacrent  à 
l'éducation  gratuite  des  jeunes  Jilles . 

Mais  pourquoi  ne  nous  dit-on  pas  que  le  con- 
seil-généi'al  a  demandé  l'exécution  du  concordat  5 
qu'il  a  i-efusé  les  2,000  fr^  qu'on  demandoit  avec 
instance  pour  les  Lancastres  ;  qu'il  a  fait  sentir 
les  inconvéniens  de  cette  méthode,  en  donnant 
des  éloges  à  celle  des  Frères  de  la  Doctrine  chré- 
tienne 5  et  qu'enfin  il  est  un  de  ceux  qui  ont  in- 
sisté pour  que  l'éducation  fût  particulièrem^îxt 
confiée  aux  corporations  religieuses  ? 

ai'. 


(  324  ) 
L'aiiahse  des  pTOcès -verLaiix  aniionco  que  le 
vœu  du  coiiseîl-général  dudcparteniciit  de  l'Yonne, 
relatif  à  l'instruction  publique,  est  (fadopter  un 
règlement  uniforme  pour  toutes /es  écoles  primaires 
du  royaume,  oii  Venseigjiement  soit  à  la  fois  clas- 
sique et  religieux  j  mais  on  a  supprimé  le  second 
paragraphe  par  lequel  le  conseil  désire  qu'il  soit 
établi,  dans  tous  les  chefs-lieux  d'arrondissement, 
des  écoles  dirigées  par  les  Frères  de  la  Doctrine 
chrétienne. 

On  nous  dit  seviïeinent  que  le  conseil-général 
du  département  de  la  Somme  persiste  dans  sa 
réclamation  en  faveur  du  collège  d'jibbeville. 
Nous  savons  néanra^oins  que  M.  le  préfet  auroit 
voulu  obtenir  des  fonds  pour  les  ë  coles  à  la  Lan- 
castre,  et  que  sa  demande  a  été  rcjctée  à  une  im- 
mense majorité.  La  ville  d'Amiens,  nonobstant 
des  sollicitations  d'une  autorité  supérieure ,  a 
écarté  toute  l'equête  en  faveur  de  l'enseignement 
mutuel ,  et  alloué  une  somme  considérable  aux 
Frères  de  la  Doctrine  chrétienne.  Le  conseil  d'ar- 
rondissement a  voté  dans  le  même  sens  que  le 
conseil  municipal  de  la  ville. 

Que  penser  de  tant  d'omissions?  La  France  s'est- 
clle  crue  éclairée  sur  les  vœux  de  ses  conseils  géné- 
raux, sur  un  rapport  aussi  inexact  ?  Si  l'on  a  pu 
tromper  un  ministre  si  patemment  sur  un  point, que 
penser  du  reste?  Ah!  que  cette  France  parleroil 
haut,  et  dans  un  langage  bien  difféi-ent  de  celui 
qu'on  lui  prête  ,  si  on  laissoit  un  libre  coursa  son 
opinion  ! 

Mais  l'ancien  ministre  de  l'intérieur  est  tombé- 
le  nouveau  poursuit  son  éclatante  carrière,  san,<; 
songer   au    néant  des  pro.spérités   humaines.   On 


(  3^5  ) 
croyoit  d'aLord  que  les  intérêts  du  système  minis- 
tériel avoient  seuls  déterminé  les  destitutions  des 
préfets  et  des  sous-pre'fcts ^  il  ])aroît  aujourd'hui 
que  des  intérêts  de  cceur  ont  guidé  jM.  le  ministre 
de  l'intérieur.  La  suppression  de  la  police  générale 
nécessitera,  dit-on,  une  réduction  de  4oo,ooo  fr. 
dans  le  budjet  de  cette  police.  Par  suite  de  cette 
réduction,   plusieurs  agens  se  trouveroient   sans 
place.  M.  le  comte  de  Gazes,   justement  pénétré 
de  recounoissance  pour  les  ért||nens  services  que 
lui  ont  rendus  ses  nombreux  collaborateurs,  u  a, 
dit-on,   trouvé   moyen  de  les   indemniser   qu'eu 
prononçant  la  vacance  d'un  nombre  suffisant  de 
préfectures   et  de   sous-préfectures.    En  efi'et,  si 
M.  de  Rosilv,    ancien    commissaire   de  police  à 
Brest,  est  le  même  que  INI.  de  Rosily  qui  vient 
d'être  nommé  à  la  sous-préfecture  de  cette  ville, 
le  bruit  dont  nous  parlons  ne  seroit  pas  sans  fon- 
dement^  il  paroît  du  moins  certain  que  M.  Babut , 
lieutenant   de  police  à  INIetz ,    est  nommé  sous- 
préfet-  à  Libourne  ,  et  que  M.  Vatout,  ci-devant 
chef  de  bureau  au  ministère  de  la  police  générale 
(étoit-ce  au  bureau  des  jeux?),  est  nommé  sous- 
préfet  de  Semur.  Des  administrateurs  élevés  à  l'é- 
cole de  l'arbitraire  ne  manqueront  pas  d'être  très- 
favorables  à  la  liberté.  Ici,  nous  allons  proposer 
un  problème  à  nos  lecteurs. 

Est-ce  le  ministère  de  la  police  qui  s'est  fondu 
dans  le  ministère  de  l'intérieur,  ou  le  ministère  de 
l'intérieur  qui  s'est  nové  dans  le  ministère  de  la 
police?  Le  secret  et  l'arbitraire  ,  qui  appartiennent 
essentiellement  à  celui-ci ,  out-ils  envalii  celui-là, 
ou  bien  la  publicité  et  la  constitutionnalité  du 
premier  ont-elles  passé  dans  le  second?  Le  minis- 
tère de  la  police  est  supprimé  de  nom  ;'  l'est-il  de 
fait?  Les  divisions  et  subdivisions  de  ce  ministère 


(  326  ) 
n'existent-elles  pas  encore?  ]N 'ont-elles  pas  a  leur 
tête  les  mêmes  hommes,  jouissant  des  mêmes 
appolnlcmens,  exerrant  les  mêmes  fonctions? 
^'y  a-t-il  pas  dans  les  départemens  des  commis- 
saires de  police  qui  correspondent,  comme  de 
coutume,  avec  leurs  anciens  chefs?  Si  cela  est^ 
n'est-ce  pas  une  chose  énorme,  une  chose  alar- 
mante pour  la  société  qu'un  homm^^e  se  trouve 
investi,  dans  une  monarchie  constitutionnelle, 
de  deux  ministères  lesquels  mettent  dans  sa  dé- 
pendance les  préfets,  sous-préfets,  conseillers  de 
préfecture,  maires,  adjoints,  conseils  généraux  , 
tous  les  agens  du  commerce,  tous  les  employés 
aux  mines,  aux  ponts  et  chaussées,  aux  arts  et  aux 
métiers,  toute  la  garde  nationale,  toute  la  gen- 
darmerie de  France,  tous  les  agens  publics  et 
secrets ,  et  tous  les  Ludgets  secrets  et  publics  de 
l'intérieur  et  de  la  police  ? 

D'une  autre  part,  quelle  doit  être  la  conduite 
du  citoyen?  dans  quel  rapport  se  trouve- 1 -il  avec 
une  police  dite  supprimée?  S'il  est  mandé  par  un 
commissaire  de  police,  doit-il  obéir?  De  quelle 
autorité  ce  commissaire  tien-t-il  ses  pouvoirs? 
Est-ce  du  ministre  de  l'intérieur  ou  du  ministre 
de  la  justice?  Quelqu'un  peut  avoir  à  se  plaindre 
d'un  acte  arbitraire  de  la  police  ;  qui  recevra  sa 
plainte?  quel  ministère  connoitra  du  délit?  Cette 
suppression  du  ministère  de  la  police  n'auroit- 
elle  servi  qu'à  créer  une  police  mystérieuse ,  plus 
dangereuse  cjpue  la  police  avoue'e,  parce  qu'on  ne 
connojt  point  sa  responsabilité  directe  ?  Les  com- 
missariats de  police  dans  les  départemens ,  devien- 
droirnt  donc  des  espèces  de  tribunaux  arbitraires, 
sous  la  direction  d'un  chef  invisible?  Rien  ne  seroit 
plus  dangereux  que  cet  état  de  choses.  Ou  la  police 
générale,  c'est  à-dire  la  pOlice  politique  ,  est  sup- 


(  3.7  ) 
primée ,  ou  elle  ne  l'est  pas.  Si  elle  est  supprimée, 
qu'on  détruise  promptement  tout  ce  qui  eu  carc<c- 
térise  l'existence;  si  elle  ne  l'est  pas  ,  rendons-lui 
un  chef  visible  qui  nous  réponde  sur  sa  tête  de 
la  liberté  des  citoyens. 

De  quelque  côté  qu'elle  arrive  ,  cette  police  est 
assez  singulière  sous  un  gouvernement  représen- 
tatif :  elle  se  pelisse  dans  nos  maisons,  elle  vient 
s  asseoir  à  nos  loyers  avec  une  simplicité  an- 
.  tique.  Des  hommes  qu'elle  ne  connoît  pas  sans 
doute  ,  et  qui  abusent  de  son  nom  respectable  , 
s'introduisent  à  sa  faveur  chez  des  habitans  pai- 
sibles. Ces  hommes,  pour  le  bien  des  maîtres, 
cherchent  à  corrompre  les  serviteurs,  les  invitent 
à  dérober  quelques  netils  papiers  inutiles.  iSous 
connoissohs  uJie  maison  où  deux  hôtes  de  cette 
espèce  s'étoient  établis  :  ils  s'adressèrent  malheu- 
reusement à  un  domestique  breton,  qui ,  n'enten- 
dant pas  le  français  ,  fit  part  à  son  maître  des  pro- 
positions des  deux  étrane^ers.  Le  maître  dit  à  son 
domestique  de  traiter  ces  gens  otîicieux  avec  toute* 
sortes  d'égards  ,  et  de  leur  donner  les  papiers  dont 
ilssembloient  si  friands.  En  conséquence,  on  leur 
remit  des  chiffons  dont  on  garda  la  note,  leur 
prometlaat  mieux  pour  l'avenir.  Ils  furent  si 
transportés  d'aise  qu'ils  promirent  au  domestique 
de  lui  faire  une  pension  de  5o  francs  par  mois ,  et , 
pour  lui  prouver  qu'ils  étoient  hommes  de  parole  ,. 
ils  voulurent  sur-le-champ  lui  donner  loo  francs 
de  gratification.  L'un  des  deux  étant  allé  à  la 
campagne  ,  écrivit  à  l'autre  touchant  cette  petite 
affaire,  ce  billet  dont  l'original  est  entre  nos 
mains.  INous  connoissons  de  plus  les  noms  et  les 
demeures  de  ces  deux  honnêtes  personnes  :  elles 
fréquentent  de  très-bons  lieux  5  elles  vont  souvent 
chez  M.  le  duc  de  Fitz-Jam.es  ,  pour  lequel  elles 


(  338  ) 

semLlent  avoir  un  attachement  tout  particulier. 
Voici  donc  le  Lilleten  question;  noussuj^priinons, 
par  charité,  les  noms  des  deux  correspondaus  : 

«  Je  vous  préviens  ,  mon  cher  T.. . ,  que  je  n'ar- 
M  riverai  que  demain  à  midi  à  Paris ,  et  je  descen- 
»  drai  chez  M.  R..  ,  où  j'ai  beaucoup  à  écrire.  Si 
»  vous  conaptez  avoir  quelque  chose  du  domes- 
»  tique  du  vicomte  Cha..  (i)  ,  vous  pourrai  alors 
>;  venir  me  trouver,  et  lui  dire  que  vous  lui  reinet- 
»  irai  les  papiers  qu'il  vous,  remettra  à  \heur  qu'il 
»  reviendra  avec  vous. 

»  Lui  avez-vous  donné  les  loo  francs  que  j'ai 
))  laissé  chez  vous  samedi  ?  » 

Qu'est-ce  que  ce  vicomte  Cha..?  Seroit-ce  un 
parent  ou  un  ami  du  Conservateur  ?  Un  homme 
qui  auroit  écrit  contre  la  police  trois  ou  quati'e 
chapitres  abominables  ?  Il  mériteroit  bien  qu'on 
lui  eût  acheté  secrètement  ces  vilains  chapitres 
avant  qu'ils  fussent  imprimés  :  il  y  auroit  gagné 
autant  que  la  police,  car  enfin  il  n'auroit  pas  été 
destitué  d'une  place  inamovible.  Si  ce  vicomte 
Cha..  avoit  voulu  continuer  ce  petit  commerce  de 
vieux  papiers,  son  domestique  auroit  reçu  d'un 
bienfaiteur  inconnu  une  innocente  pension  de 
5o  francs  par  mois,  no7i  compris  les  gratifications  5 
mais  c'est  un  homme  intraitable,  et  avec  lequel 
il  n'y  a  rien  à  faire. 

Après  un  pareil  document,  tout  autre  fait  p^^- 
roîtrpit  insipide.  Abandonnons  les  détails,  et  je- 
tons un  regard  sur  l'ensemble  de  notre  position. 


(i)  Ce  nom  est  ainsi  abrégé  dans  le  billet. 


(  329  ) 
Une  agitation  et  une  décomposition  singulière 
se  manifestent  dans  le  corps  social  ;la  jeunesse  sou- 
levée demande  l'indépendance  5  la  religion  sans 
appui  voit  ses  prêtres  à  la  cliarité  ;  neuf  évêques  et 
un  seul  archevêque  composent  tout  le  haut  clergé 
de  France  5  des  artisans  de  destruction  ne  dissi-. 
muleiit  point  le  projet  d'abolir  l'épiscopat,  et  de 
nous  amener  à  quelque  chose  de  moins  que  le 
proteslantisme;rimpiétéetlarépubliqueprêchent 
ouvertement  leurs  doctrines  dans  des  brochures 
révolutionnaires  5  des  bruits  absurdes  se  répandent 
dans  nos  campagnes.  Les  paysans  sont  d'autantplus 

Iîortés  à  croire  ces  bruits,  qu'ils  voient  rentrer  dans 
es  places  les  hommes  qui  occupoient  ces  places 
pendant  les  cent-jours,  et  qu'ils  se  souviennent  de 
ce  que  ces  hommes  disoient  alors  des  Bourbons, 
des  proclamations  qu'ils  faisoient  contje  cette 
auguste  Famille.  Puisque  ces  individus  sont  em- 
ployés de  nouveau,  le  bon  sens  du  peuple  en  con- 
clut qu'ils  avoient  raison  alors,  et  que  leur  retour 
annonce  quelque  catastrophe  prochaine.  D'un 
autre  côté ,  un  parti  puissant  pousse  à  la  domina- 
lion  militaire,  et  les  espérances  de  notre  révolu- 
tion cherchent  à  mettre  à  profit  les  souvenirs  de 
notre  gloire. 

INous  demandons  au  père  de  famille  qui  forme 
aujourd'hui  un  plan  pour  l'établissement  de  ses 
enfans  ,  si,  dans  les  chances  de  son  avenir,  il 
n'admet  pas  les  terribles  chances  d'une  révo- 
lution, si  une  vague  inquiétude  ne  se  mêle  pas 
à  tous  ses  projets?  Ce  n'est  point  aux  homn>es 
de  partis  que  nous  adressons  celte  question  , 
p'est  à  celui  qui  ,  étranger  aux  querelles  poli- 
tiques ,  ne  connoît  le  gouvernement  que  comme 
le  protecteur  de  ses  droits.  Ceux  mêmes  que  des 
vanités  blessées  ont  jetés  dans  la  faction  démocra- 


(  33o  ) 

tique  ,  tremblent  de  leur  propre  triomphe  :  ils  se 
rappellent  les  échafauds  oii  montoient  ensemLle 
les  accusateurs  et  les  victimes.  Pourquoi  ce  mal- 
aise général  ?  Parce  que  le  système  adopté  a  rouvert 
la  porte  à  tous  les  hommes,  à  toutes  les  doctrines 
révolutionnaires;  parce  que  ceux  qui  ont  voulu 
faire  de  ces  hommes  et  de  ces  doctrines  le  soutien 
de  leur  puissance,  sont  entraînés  par  le  torrent 
dont  ils  ont  rompu  les  digues.  Le  ministère  s'ima- 
gine aujourd'hui  ne  suivre  que  son  propre  sys- 
tème, et  il  ne  s'aperçoit  pas  qu'il  n'est  plus  le 
maître  de  rien;  il  croit  donner  le  mouvement,  et 
c'est  lui  qui  le  reçoit.  Veut-il  faire  passer  une  loi  ? 
il  faut  qu'il  capitule  sur  les  principes,  qu'il  donne 
des  effets  en  nantissement:  il  escompte,  avec  des 
destitutions  et  des  places,  le  petit  succès  qu'on  lui 
pi'ête  ;  les  intérêts  le  ruinent,  et  la  monarchie 
payera  le  capital. 

Et  cependant  qu'il  eût  été  facile  de  tout  arran- 
ger ;  qu'il  étoitaisé,  sans  persécuter  personne,  en 
employant  les  gens  de  Lien  de  toutes  les  opinions  , 
de  mettre  la  religion  et  la  morale  dans  l'éducation  , 
l'ordre  et  la  justice  dans  l'administration,  l'éco- 
nomie dans  les  finances  ,  l'espoir,  le  honheur  et  la 
paix  partout!  On  ne  vouloit  que  le  repos,  on  ne 
demandoit  que  le  repos.  Les  hommes  monar- 
chiques sont  toujours  les  plus  nombreux  ,  et  néan- 
moins il  est  vrai  qu'une  poigne'e  de  méchans  peut 
encore  plonger  la  France  dans  la  terreur  ;  les 
affieuses  divinités  révolutionnaii-es  qui  nous  ont 
fait  périr  une  première  fois,  sont  rentrées  dans 
l'abîme ,  et  cependant  nous  pouvons  encore  être 
immolés  à  leurs  simulacres. 

On  se  dit  vainement  pour  se  rassurer ,  que  les 
ministres  ne  veulent  pas  une  révolution.  Et  qu'ira.- 


(  33i  ; 
porle  qu'ils  la  veuillent  ou  ne  la  veuillent  pas, si 
leur  svstème  y  conduit  ?  Ils  savent  qu'une  partie 
du  mal  est  dans  la  loi  des  élections  5  ils  savent 
qu'ils  n'ont  plus  que  cette  session  pour  modifier 
cette  loi  :  songent-ils  à  proposer  un  changement? 
Au  contraire,  ils  vont  essayer  de  nouvelles  élec- 
tions. On  prétend  déjà  connoître  les  négocia- 
tions ouvertes  à  ce  sujet  entre  les  indépendans  et 
le  ministère.  MM..  Etienne  el  Benjamin  Constant 
se  retireroient  ou  seroient  exclus  ,  à  condition  de 
nommer  à  leur  place  M.  le  général  Lamarque 
dans  la  Sarthe ,  et  M.  de  Fermont  dans  le  Finis- 
tère. Dans  ce  projet  ,  les  indépendans  permet- 
troient  aux  ministres  de  faire  nommer  un  ministé- 
riel dansle  département  duHliône  ,  M.  Rambaud, 
maire  de  Lyon. 

On  dit  encore  que  les  ministres  veulent  nom- 
mer un  royaliste  pour  président  d'un  collège 
électoral.  Que  leur  importe  en  effet?  Ils  sont  sûrs , 
par  la  connoissance  qu'ils  ont  des  derniers 
votes,  que  ce  royaliste  ne  seroit  pas  élu  député  ; 
ils  éviteroient  ainsi  la  petite  confusion  de  voir 
rejeter  un  président  ministériel,  en  même  temps 
qu'ils  se  donneroient  l'air  de  l'impartialité.  Si 
donc  un  certain  parti  craignant  d'aller  trop  vite  , 
renonce  à  des  nominations  trop  éclatantes  5  si ,  ne 
voulant  pas  risquer  de  perdre  le  tout  actuellement 
pour  trois  ou  quatre  députés  ,  il  préfère  sagement 
attendre  le  renouvellement  du  cinquième  ;  si  les 
royalistes  effrayés  se  laissoient  aller  à  ces  demi- 
parlis  que  conseille  toujours  la  foiblesse  ;  si  de 
cet  ensemble  de  choses  ilrésultoit  des  nominations 
insignifiantes  5 'le  ministère  triompheroit  ;  il  s'é- 
crieroit:  «  JNous  l'avions  dit.  La  loi  des  élections 
))  est  excellente  ;  c'est  l'ancien  ministre  de  Tin- 
«  térieur  qui  avoit  fait  le  mal.  »  Tout  espoir  de 


(  332  ) 

voir  changer  la  loi  des  élections  s'évanouiroit  ; 
trois  ou  quatre  députés  d'une  opinion  incerlaiue  . 
qui  charmeroiont  les  foibles  et  tromperolcnt  les 
dupes,  fourniroient  un  prétexte  pour  laisser  U 
France  au   Lord  de  rabînie, 

Les  ministres  peuvent-ils  se  dissimuler  encore 
que  ces  dcslitu tiens  qui  tombent  sur  les  fidèles 
sujets  du  Roi  ,  ont  des  résultats  funestes  ?  Il 
semble  que  plus  un  homme  a  donné  de  marques 
de  dévouement,  que  plus  il  a  rempli  ses  devoirs, 
surtout  pendant  les  cent-jours,  plus  il  doit  être 
écarté.  MM.  Boutheillier  et  Millon  de  Mesne  , 
nouvellement  destitués,  en  offrent  la  preuve. 
Tous  deux  ,  préfets  en  i8i4,  s'opposèrent  à  l'inva- 
sion de  Buonaparte.  Le  premier,  qui  se  trouvoit 
sur  le  chemin  de  Fusurpateur,  fit  des  proclama- 
tions énergiques,  arma  son  dépai'tement,  et  fut 
enfermé  au  fort  La  Malgue  pendant  le  règne  des 
cent-jours.  Depuis  ce  temps,  préfet  à  Strasbourg, 
il  n'a  cessé  de  donner  des  preuves  de  zèle  et  de 
capacité  dans  les  temps  difficiles  de  roccupation 
de  nos  places  frontières.  Il  parvint  à  caserner  les 
garnisons  étrangères,  et  soulagea  ainsi  les  habi- 
tans  detoutesles  charges  qu'auroit  entraînées  le  lo- 
gement de  ces  troupes.  Estimé  des  étrangei-s,  rtdové 
dans  son  département,  on  le  destitue  :  tout  cela 
pour  donner  des  leeons  de  fidélité  aux  peuples, 
pour  enseigner  à  chacun  ses  devoirs  ,  pour  faire 
triompher  la  justice,  ce  soutien  éternel  des  Em- 
pires. 

On  ne  se  cache  plus  :  le  système  effronté  marclic 
tête  levée.  Aussi  ce  n'est  plus  sous  le  rappoit  de 
l'exclusion  des  royalistes  qu'il  faut  considérer  les 
destitutions  5  "cela  va  ^ans  dire ,  la  chose  est  cou-, 
venue.  Ce  qu'il  faut  voir  dans  ces  destitutions  ré- 


(  333  ) 

pétées  (laissantà  part  toute  considéralion  morale), 
c'est  qu'elles  avilissentles  ageiis  du  gouvernement, 
leur  ôtent  toute  autori le  sur  les  peuples  ,(iétraquent 
la  machine  entière  de  l'administration,  et  la  feront 
tomber  en  ruines. 

Les  ministres  ne  veulent  pas  de  révolution?  Que 
veulent-ils?  On  dit  qu'ils  rêvent  toujours  une  sus- 
pension de  la  loi  des  élections.  Ils  flattent  quel- 
ques ambitions  particulières  ,  et  parlent  de  réu- 
nions qui  ne  réunissent  personne.  Ils  demandent 
dix-huit  mois  d'impôts  :  acheminement  au  despo- 
tisme ministériel.  Pendant  ces  dix-huit  mois  ,  que 
ne  peut-on  pas  faire?  On  nous  a  mis  en  péril  ;  et 
pour  nous  vn  tirer,  on  ne  trouveroit  d'autre 
moyen  que  de  nous  priver  de  nos  libertés  cons- 
titutionnelles :  rave  effort!  admirable  conception  1 
Cette  proposition  chs  dix -huit  mois,  puissam- 
ment combattue  par  MM.  Mestadier,  de  la  Bour- 
donnave,  ^  iîlèle,  Cornet-Dincourt,  Corbières  et 
quelques  autres,  n'a  passé  à  la  Chambre  des  Députes 
qu'à  une  maio)-ité  de  trente-deux  voix;  c'est-à- 
dire  que  pour  étrerejetée,  il  n'a  manqué  que  dix- 
sept  suffrages  :  c'est  à  la  Chambre  des  Pairs  à 
décider  la  question. 

Ces  dernières  séances  (i)  de  la  Chambre  des 
Députés  ont  eu  un  résultat  important.  Outre  les 
rares  talens  déployés  par  l'opposition  de  droite, 
un  ministre  a  fait  un  pas  que  ses  prédécesseurs 
n'avoient  pas  encore  osé  essayer.  M.  le  garde  des 
sceaux,  franchement  déclaré  contre  les  royalistes  , 
a  pris  son  point  d'appui  dans  l'opposition  de  gau- 
che ,  et  a  cherche  son  triomphe  dans  des  intérêts 

(i)  Nous  parlerons  de  ces  débats  importons  dans  notre  pio- 
chaine  Livraison. 


(  334  ) 
dont  il  a  reçu  à  l'instant  même  des  témoiffnages 
de  reconnoissance.  Seulement,  si  M.  le  garde  des 
sceaux,  qui  a  combattu  un  beau  mouvement  du 
discours  de  M.  de  Villèle  ,  pense  qu^on  ne  céderoit 
plus  à  des  soldats  impies  et  à  d'insolentes  paroles , 
il  pourroit  être  dans  une  cruelle  erreur.  L'assem- 
blée que  dispersa  Buonaparte  étoit  soutenue  par 
les  souvenirs  récens  de  la  révolvitionj  elle  étoit 
remplie  d'esprits  j^lus  ou  moins  habiles,  mais  tous 
fermes  dans  un  système  politique ,  tous  éprouvés 
par  de  longs  périls  :  toutefois,  cette  assemblée  fut 
dispersée  par  les  baïonnettes.  Qu'un  général  se  pré- 
sentât maintenant  pour  opprimer  la  liberté  publi- 
que, que  trouveroit-il  devant  lui  ?Seroit-il  arrêté 
par  ces  hommes  à  principes  incertains,  qui,  jadis 
soldats  de  la  cause  royale  ,  se  font  aujourd'hui  les 
apôtres  des  doctrines  qui  les  ont  proscrits  5  par  ces 
hommes  qui,  tout  affoiblis  de  1  opinion  qui  les 
abandonne,  ne  sont  pas  fortifiés  de  l'opinion  qui 
les  saisit,  et  qui ,  flottant  entre  le  despotisme  et  la 
liberté ,  ne  sont  propres  ni  à  soutenir  une  mo- 
narchie, ni  à  fonder  une  république? 

Mais  si  nous  savons  aujourd'hui  de  quelle  cou- 
leur est  la  bannière  du  ministère  ,  avous-nous  une 
vue  aussi  distincte  de  ses  projets? 

On  pourroit  croire  qu'il  a  pour  dessein  de 
remettre  toutes  choses,  quant  aux  individus,  telles 
qu'elles  étoient  sous  Buonaparte  ,  de  faire  rentrer 
les  royalistes  dans  la  classe  vaiccue,  et  de  régner 
avec  les  Bourbons  à  la  tête  des  révolutionnaires. 
L'impéritie  et  la  médiocrité  envieuse  ont  pu  seules 
enfanter  un  pareil  projet. 

D'abord,  sous  Buonaparte,  les  royalistes  n'é- 
toiinit  exclus  d'aucun  emploi  :  on  lesrccevoit  avec 


(  335  ) 
joiC;,  et  même  de  pi-eférence,  toutes  les  fois  qu'ils 
consentoicnt  à  entrer  dans  les  places  civiles  ou 
militaires.  Ensuite,  le  gouvernement  impérial 
n'étoit  pas  un  gouvernement  constitutionnel  :  la 
loi  interdisoit  la  parole  au  corps  législatif^  il  n'y 
avoit  pas  de  tribune  publique,  des  orateui'S,  des 
journaux  qui  répètent  et  propagent  les  discours; 
la  liberté  politique  de  la  presse  n'existoit  })as  ;  oa 
n'étoit  pas  troublé  par  des  brochures  incendiaires  : 
rien  n'agitoit  l'opinion  publique  :  on  craignoit  le 
gouvernement;  maintenant  on  le  brave.  Sept  cent 
mille  soldats  vainqueurs  tenoient  l'Europe  muette, 
et  la  France  dans  le  silence  de  la  gloire. 
t-- 

II*  Ainsi  Buonaparte  rég'noit  avec  les  hommes  de  la 
révolp+ion,  mais  non  avec  les  principes  de  ces 
hommes  :  il  les  tenoit  enchaînés  par  ses  grei?,adiers 
et  par  ses  institutions.  Aujourd'hui,  avec  une 
Charte  que  nous  avons  démocratisée,  sans  force, 
sans  illusions,  en  butte  non  seulement  à  nos 
propres  intrigues,  mais  encore  aux  influences  des 
cours  étrangèi'es,  attendant  un  courrier  de  Vienne, 
de  Berlin  ,  de  Pétersboiu'g  ou  de  Londres  comme 
un  événement,  on  préteudioitmaîlriser  les  révolu- 
tionnaires !, On  se  croiroit  assez  forts  pour  ai"réter 
ce  que  nos  institutions  produiront  d'elles-mêmes  ! 
On  n'avoit  qu'un  seul  moyen  de  se  sauver, 
c'étoit  de  combattre  les  hommes  démoci'atiques 
par  les  hommes  monarchiques  ,  de  contrebalancer 
[es  intérêts  de  la  non-propriété  avec  ceux  de  la 
propriété ,  d'opposer  aux  doctrines  de  l'immoralité 
les  enseignemens  de  la  religion.  On  ne  veut  pas 
suivre  cette  route  :  on  prétend  pouvoii"  isoler  la 
légitimité  de  ses  principes,  la  suspendre  en  l'air 
sur  la  révolution,  comme  sur  un  abîme.  Et  l'on 
s'admire,  et  l'on  se  croit  des  génies  supérieurs,  de 
petits  prodiges,  de  grands  génies  !  Dites  plutôt 


(  336  ) 

que   vous  êtes  des  insensés ,  puisque  vous  n'êtes 
pas  des  pervers. 

Le  Conservateur. 


On  vient  démettre  en  vente  la  première  livrai- 
son des  JSiaisei'ies  de  la  Mùien-'e ,  dite  Française , 
mises  au  grand  jour  pour  servir  au  progrès  des 
lumières;  par  Claude  Mathéus,  cultivateu^r.  Avec 
celte  épigraphe  ;  «  La  plus  belle  linesse  est  d'être 
liomrac  de  bien.  «  (  Miners^e ^  tom.  IV,  pag.  58.  ) 
In-S".  Prix  :  i  fr.  20  c.  ,  et  i  l"r.  00  c.  par  la  poste  . 
à  Paris  ,  chez  Ueschanips  ,  éditeur,  rue  Soulllot  , 
n"  3  ,  près  le  Panthéon  5  et  chez  le  INormalit ,  im- 
ppimeur-libraire ,  rue  de  Seine,  n"  85  t!t*  quai 
de  C(^îiti,  n°  5,  près  le  Pont-jNeuf. 


XeçOns  Françaises  de  Lhlérature  et  de  Morale,  ou  Recueil 
en  prose  et  en  vers  ,  des  plus  beaux  Morceaux  de  notre  Langue 
dans  laLitleratnre  des  deux  derniers  siècles;  ouvrage  classique  à 
l'usage  de  toui  les  Etablissemens  d'instruction,  publics  et  par- 
ticuliers, de  l'un  et  de  l'autre  sexe;  par  M.  Noël,  chevalier  de 
ia  Légi.Tn-d'Honneur, inspecteur-général  de  l'Université  royale 
de  France;  et  M.  de  la  Place,  professeur  d'éloquence  latin*  à 
la  Faculté  des  Lettres  de  l'Académie  de  Paris.  Huitième  édition. 
Avec  cette  épigraphe  : 

I.ectorem  delectando  parlterque  monendo. 

HoRAT.  yirl.  Poet. 
Deux  vol.  in-8°.  Prix  :  12  fr.,  et  16  fr.  par  la  poste. 

Recueil  de  Poésies  de  77/'-  F.  D.  L.  P.  Un  vol.  in- 18.  Prix  ; 
2  fr. ,  et  2  fr.  5o  c.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  le  Norniant , 
rue  de  Seine  ,  n°  8,  et  quai  de  Conti ,  n°  5. 

Squs  presse,  pour  paraître   dans  les  six   premiers    mois  de   la 
présente  année  ,  chez  le  Normant ,  rue  de  Seine ,  n"  8  : 

Histoire  de  France,  par  Jacques-Corentin-Royou.  —  Cet 
ouvrage   formera  sept  à  huit  vol.  in-8°. 

IMPRIMERIE  DE  LE  NORMAKT,  RUE  DE  SEINE. 


Tomp  TT. 


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'p  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens.  \l) 


Février  i8ig. 


-jv/e  ae   t/ane,  tJ^ô  °  à'. 


ON  SOUSCRIT 


A  Pans ,  chez  LE  NORM AKT  fils  ,  Editeur ,  rue  de  Seine ,  n°  8  • 
Et  chez  les  Libraires  des  Dépârteincns,  ci-dessous  désignés  : 


Bordeaux, 
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Abbeville,  chez  Grare. 
Agen,  Noubel. 
Alençon,  Bonvoust. 
Angers,     \  Jouprier-Mame, 

Argentan.  Lecrrsne. 
Auxerre,  Fr.  Fournier. 
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Bayeux,  Groull. 

Bayonne,    j  Bonzom. 
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Beauvais,       f^'"^"'^^'-- 
Besançon,  Girard. 

Ve  Bergerel. 
Gassiof. 
I  LefournieretDespe'rîers. 
lAJichel.      ' 
Caen,  Manoury  aine'. 
Cambrai,  Bertout. 
Châ!ons-sur-Saône,  Dejrssieu. 
Charleville  .  Ch.  Baucourt. 
Chartres  .   Hervé. 
Cleimont-Ferrand  ,   Thibault- 

Landriot. 
Dijon,  Coquet. 
Douai  ,  Tarlier. 
Grenoble,  Duiand. 
L-ival .  Grandpre'. 
Lille ,  Vanackere. 
Limoges,  Barbou-Desrourières. 
Lons-le-Saiilnier,  Bal'.aud. 
Y  Liebaux. 
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Lvon  .      <  fe'risse  frères, 

(Rusand. 
Bohaire. 


Au  Mans, 
Marseille, 


Belon. 
Pescbe, 
Camoin  frères 
Masverl. 
,  Chaix. 

Metz,  chez  Devilly. 

Moiitauban,  La  Forgue. 

Montpellier,   j  ^%^ZW.ll.. 
Nanci,  V^  Bontonx. 

ivT     .         (  Busseuil  aine- 
JNantes,    <  ,j  ... 

'    f  liusseun  jeune. 

Nîmes,  Gaude  fils. 

lSicrt,Mme  E.  Orillat. 

Nùnes,  Meiquiond. 

Orléans,  iNJonceau, 

Perpignan,  Alzine. 

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Rennes,    {  ÏNl'ns  ve  Frout. 

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Rodez ,  Carf  ère. 

RV  Frère  aîné, 
onen,    l  n  u 

'  J  Renault. 

Saumur  ,  Degouy  aîné. 

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atrasbourp; ,  s  t 

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Salnl-Brieuc.  Prudhomrae. 

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Tours,  Manie. 
Valence.  ^L^rc-.\urel. 
Versailles,  Ange. 
Vjlléneuve-sur-Lol,  Crosilhes. 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers 


Berlin.  Schlesinger. 
Bruxelles,  Lecharlier. 
Gand ,    Houdin. 
Genève,  Pascboud. 
Bruxelles,  Horguies  Renier 


Mons  ,  Leroux. 
Londres,  Dulau  et  Comp. 
Naples,  Borel. 
Turin ,  Ik)cca. 


AVIS  DE  L'EDITEUR. 


Les  Personnes  qui  n'ont  souscrit  que  pour  le  pre- 
inier  volume  composé  de  treize  Livraisons ,  et  qui  sont 
dans  Vintention  de  recevoir  maintena?it  le  second 
vohane,  sont  invitées  a  vouloir  bien  faire  parvenir 
leur  renouvellement  le  plus  tôt  possible ,  si  elles 
veulent  éviter  tout  retard  dans  l'envoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  déparlemens  sont  aussi 
priés,  pour  prévenir  toute  erreur,  d'écrire  leurs 
jioms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier ,  comjne  cela  est  arrivé  plusieurs 
fois ,  d'indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement  duri 
volume. 

Le  prix  du  second  volume  est  de  ^l^fj'-  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  Vargejit  doivent  être  adressés ,  franc 
de  port ,  à  M.  Le  Normant ,  fus ,  Editeur  du  Con- 
servateur, rue  de  Seine,  n"  S,  F.  S.  G. 

LIVRES  NOUVEAUX. 

Essai  sur  l'Instruction  publique ,  et  particulièrement  sur  l'Instruction 
primaire,  où  l'on  prouve  que  la  Méthode  des  Ecoles  chrétiennes  est  le 
principe  et  le  modèle  de  la  Méthode  de  l'Enseignement  mutuel.  Par 
M.  Ambroise  Rendu,  substitut  du  procureur  général  du  Roi  près  la 
Cour  royale  de  Paris,  et  inspecteur  {général  de  l'Université  de  France. 
Avec  cette  épigraphe  :  «  Je  sais  comment  -vous  instruisez  la  jeunesse  ; 
»  continuez  et  soyez  assurés  de  ma  protection.  »  (Paroles  de  S.  M.  aux 
Frères  des  Ecoles  chrétiennes.)  «  Je  sais  le  bien  que  l'Université  a  fait, 
»  et  celui  qu'elle  peut  faire....  Qu'elle  continue  à  répandre  les  lumières 
»  avec  le  même  zèle.  ».  (Paroles  de  S.  M.  au  Grand-Maître  de  l'Uni- 
versité.) —  Tomes  1er  et  11^.  Prix  des  deux  vol.  :  7  fr. ,  et  9  fr.  par  la 
poste.  A  Paris,  chez  A.  Egron,  imprimeur-libraire,  rue  des  Noyers, 
n°  37;  H.  Nicolle,  libraire,  rue  de  Seine.  n°  12;  Colas,  rue  JDau— 
phine ,  n°  32  ;  et  le  Normant ,  rue  de  Seine ,  n°  8 ,  et  quai  Conti ,  n°  5. 

Le  3<=  volume  paroîlra  dans  le  courant  de  mars. 

Rejutation  de  l'écrit  intitulé  :  Histoire  de  r£sprit  révolutionnaire  des 
Nobles  en  France,  accompagnée  de  Réflexions  sur  certains  faits  contes- 
lés  de  l'Histoire  de  France,  et  sur  certaines  maximes  dangereuses  de  la 
philosophie  moderne.  Par  M.  de  M***.  Avec  cette  épigraphe  :  «  La 
)'  tranquillité  règne  dans  mon  royaume;  je  ne  souffrirai  point  qu'il  soit 
»  porté  atteinte  aux  droits  établis  par  la  Charte.  »  (Paroles  du  Roi.) 
—  Vol.  in-8".  Prix  :  2  fr.  5o  c. .  et  3  fr.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  le 
Normant.  rue  de  Seine,  n°  8,  et  quai  Conti,  n°  5;  Delauiiay,  Péli- 
tier,  au  Palais-Royal;  Delongchamps,  rue  St.-Andrë-des-Arcs ,  n°  36. 


Âoeer  if77 ,    ae^fM'    ou    m/ah'o    vaàijff.cj,    conY^.a^^j   c/ac/f/i 
ae    ^3    /w/'cu^o?îd^    f7f/i  Âa/'af/ro?il  a   acJ   eÂoaarj  i?u/c- 

■rue   ae    tyec?te^    J^ô"  S, 
eâ  c/fci'  /(Hùf  uj  Âr^e^ia/iaic^   ^w/'aer&t    a^    iy^rmzce  eâ 

i-zj^  /.  Aoicr  U7Î   vau^^le. 
So  r.  j,  ^f/a/v'c     ta. 


^z^cj    a£^?ia7tacJ   eâ  efi^vaùt    reca///^  a  ceâ  ouvfo/ie. 


raa, 
(ûo?2Jer'iM/€Cùrj   -^'ae   ao    ^eé-nej    tyë>  "  S. 


Ct^fn/irmief^ie  ae   ^e   ty^orma?ié. 


>iW(V\<^/V»W/\\IVVV\Wn/VVV\^t'WV\%VVV»WV>AniV\V>^MW^^W<>AW>VWW)»VWW<VVVVV»<VV»VtV»\»<« 


LE  CONSERVATEUR. 


Suite  du  Développement  (  i  )  ^e^  Principes  royaliste^ 
.-■   au  20  'janvier  18x6. 

(Ile  Article.) 

Nous  adoptons  entièrement  les  principes  de  la 
(Jharte  constitutionnelle ^  la  division  des  pouvoirs 
(juelle  a  établis  ;  nous  en  maintiendrons  l'esprit  ^ 
et  nous  entrerons  dans  les  conséquences  de  ce  sys' 
tsme ,  comme  le  remplacement  le  plus  raisonii<ible 
de  nos  anciennes  institutions  ,  libertés  et  fran^ 
chises  (2). 

Un  homme  de  monarchique  iELéTnoire(le  comte 
de  Rivaixjl)  repi-ochoit,  il  y  a  vingt  ans,  à  l'Eu- 
rope, qui  s'en  est  corrigée  depuis,  d'être  i*estée  en 
arrière,  d'une  pensée,  dune  année,  d'une  armée. 
Pour  nous.  Français,  il  est  plus  que  temps  encore 
de  se  réunir  sous  la  bannière  où  sont  écrits  ces 
mots  :  Le  Roi,  la  Charte  €t  les  Honnêtes  Gens. 
Français,  soumis  comme  nous  à  Dieu,  à  votre 
Roi ,  à  sa  Charte  j  vous  qui  ne  séparez  pas  ce  qu'elle 
a  réuni,  Dieu,  le  Roi,  la  îégitrimitéy  rassurez-vous 5 
le  drapeau  blanc  flotte  encore  sUr  la  demeure  des 
Bourbons  :  Sa  Majesté  est  encore;  aux  Tuileries. 

Etablissons  les  faits  qui  parlent  aux  veux,,  aux 
cœurs,  aux  consciences,  et  qui,  s'appuyant  sur  la 
v<îrité ,  n'ont  p?.s  besoin,  comme  les  doctrlfies 
d'aujourd'hui,  d'évoquer  de  l'enfer  l'imposture, 
de  soulever  les  passions ,  de  flatter  les  viCes  pour 
les  ramener  aux  forfaits. 


(«)  Voyeï  la  18*  Livraison  du  CanservcUeur. 
(2)  Voyei  Journal  Général,  25  mars  1&16. 

TOMK  11, —  aie  LiVaAISON- 


.        .  (  338  ) 

En  i8i5  ,aprèsles  cent-jours,S.  .M.  Louis XVIII 
est  remontée  sur  le  trône  des  Bourbons.  Petit-fils 
tl'Henri  IV,  il  a  daigné,  dans  sa  Lonlé  ,  rendre  sa 
(Iharte  à  tous  les  Français  5  car  ceux  f£ui  l'avoient 
trahi  la  mérùoient-ils  encore? 

«  Dès  l'époque  où  la  plus  criminelle  des  entre- 
»  prises,  secondée  de  la  plus  inconcevable  défec- 
1)  tïion,  nous  a  contraint  de  quitter  iuonientané- 
))  ment  notre  rovaume,  a  dit  Sa  Majesté  dans  sa 
j»  proclamation  du  23  juin  i8i5,noii.s  \ous  a^  ons 

»   avertis  des  dangers  qui  vous  menaçoient 

))  Aujourd'hui  que  les  puissans  efforts  de  nos  al- 
))  liés  ont  dissipé  l'es  satellites  du  tyran,  nous  nous 
))  hâtons  de  rentrer  dans  nos  Etats  pour  y  rétablir 
»  la  constitution  que  nous  avions  donnée  à  la 
))  France  ;  réparer,  par  tous  les  moj  ens  qui  sont 
«  en  notre  pouvoir,  les  maux  de  la  révolte  et  de 
))  la  guerre  cjui  en  a  été  la  suite  néx:essaire  ;  ré- 
V  compenser  les  bons,  mettre  à  exécution  les  lois 
»  existantes  contre  les  coupables  ;  enfin  ,  pour  ap- 
))  peler  autour  de  notre  trône  paternel  ITramense 
i)  majorité  des Franraisdontla  fidélité,  le  courage 
))  et  le  dévouement  ont  porté  de  si  douces  conso- 
■)}  lations  dans  notre  cœur,  y  (  Proclamation  de 
Ca  tenu-  Cam  brésis .  ) 

Animée  des  mêmes  sentimens  queleur  Roi,  cette 
immense  majorité  des  Français  a  vu  avec  enthou- 
siasme et  reconnoissaiice  le  monarque  assembler 
lés  collèges  électoraux,  et  envoyer  pour  les  prési- 
der tout  ce  que  la  France  monarchique  avoit  de 
plus  illvistre  et  de  plus  fidèle.  L'ojjinion  monar- 
chique qui  existe  dans  Vimniense  tnajoritc  des 
Français  dont  la  Jïdclité ,  le  couras^e  et  le  dcvoiie- 
inent  ont  poj'té  de  si  douces  consolations  dans  le 
cœur  de  Sa  Majesté ^  l'opinion  monarchique  ,  pro- 
tégée à  cette  époque  de  la  bonne  foi ,  de  la  justice 
«-t  dii-iK)n  seîis,  proclama  députés  presque  géné- 
r»lement  ceux  qui  avoienl,  depuis  le  20  mars, 


(  339  ) 
Lien  mérité  du  Ptoi,  et  pai-  conséquent  de  la  pa- 
trie. Ce  fut  à  leur  serment  que  le  Roi  présenta  aveo 
confiance  celle  Charte,  quH  a  inéditée  avec  soiii- 
avant  de  la  donner  j  cette  Cliaite  à  laquelle  la 
réflexion  Valtaclie  chaque  jour  davantage  ;  cette 
Charte  qu'il  a  juré  de  maintenir ,  et  qui ,  coinnia 
toutes  les  ijislitutions  humaines ,  est  susceptible  de 
perfectionnement .  (  Discours  du  Roi,  séance  royale, 
y  décembre  i8i5.) 

Ce  n'est  point  aux  hommes  qui,  autorisés  par 
Sa  Majesté  elle-même  à  clianger  quatorze  articles 
de  sa  loi,  se  sont  à  pcin*  cru  permis  d'en  réviser 
.seulement  trois  ;  ce  n'est  j^oint  à  ces  hommes  que 
la  France  reprochera  toutes  les  infractions  que  le 
ministère  a  proposées  avec  un  déplorable  succès 
depuis  la  réduction  du  nombre  des  députés  qu'une 
ordonnance  n'avoit  pas  le  droit  de  décider  après 
la  mise  en  activité  de  la  loi  royale,  jusqu'à  cette 
loi  des  élections,  jusqu'à  cette  \o'\  dite  de  recrute- 
ment ;  lois  auxquelles  l'attachement  réfléchi  à  la 
Charte  et  au  Roi  faisoit  un  devoir  de  résister , 
puisqu'une  seule  sufïiroit ,  ce  qu'à  Dieu  ne  plaise, 
pour  que  la  monarchie  léofitime  succombât. 
.  Oui  ,  nous  voulons  la  Charle,  et  nous  en  main- 
tiendrons l'esprit;  nous  la  voulons ,  comme  l'a 
voulue  le  monarque  bienfaiteur  qui  nous  l'a  oc- 
troyée 5  nous  la  voulons  avec  toutes  ses  consé- 
quences. Mais  ne  devons-nous  pas  repousser  avec 
liorreur,  avec  indignation,  toute  application  de 
ces  principes  pernicieux ,  de  ces  principes  minis- 
tériels qui  ne  tendent  qu'à  livrer  la  Charte,  la 
monarchie  légitime  et  la  France  à  l'ochlocratie  et 
à  la  révolution,  monstres  qui  ont  l'habitude  de  ne 
se  nourrir  que  de  cadavres,  et  de  n'aimer  que  les 
dépouilles,  les  incendies,  lesniassacres  etlesécha- 
fauds  ? 

Nous  voulons  la  Charte,  parce  qu'elle  offre  le 
j*eniplacementle  plus  raisonnable  de  nos  anciennes 


aa. 


(  34o  ) 
institutions,  libertés  et  franchises  :  nous  voti^ons 
la  Charte,  parce  qu'elle  assure  à  la  reli<>ion  son 
culte,  à  la  monarchie  léj^îtime  la  staLilité  ,  aux 
Fran<;ais  leurs  droits  constitutionnels  ,  à  la  France 
le  rejjos  ;  enfin ,  parce  qu'elle  accomplit  toutes  les 
conditions  de  la  félicité  publique  aux  yeux  de 
l'Homme  de  bien. 

Oui,  nous  voulons  la  Charte  royale;  mais  est-ce 
bien  elle  que  veulent  ses  nouveaux  adorateurs , 
qui  ne  la  nomment,  avec  intention,  que  la  Charte 
constitutionnelle,  afin  de  séparer  le  bienfaiteur 
du  bienfait?  Veut-il  la  Charte  et  la  monarchie, 
ce  ministère  protecteur  du  système  qu'on  ose  dire 
royal ,  quanti,  loin  de  se  borner,  selon  sa  Charte  , 
à  protéger ,  avec  une  égale  prévoyance ,  les  inté- 
rêts créés  par  une  révolution  et  les  intérêts  monar- 
chiques, il  emploie  le  pouvoir  qui  lui  est  confié 
5our  soutenir  la  monarchie,  à  ne  protéger  que  les 
octrincs,  et  à  ne  maintenir  que  les  intérêts  ré- 
volutionnaires? Et  quel  appui  la  monarchie  et  la 
Charte  peuvent-elles  attendre  de  ce  système  qui , 
bâtard  de  la  vieille  révolution,  vil  esclave  quatorze 
ans  sous  le  plus  dur  des  maîtres  ,  n'est  qu'un  nain 
qui  se  croit  géant  parce  qu'il  a  les  pieds  d'argile  du 
colosse  mvstérieiix,  et  qu'il  joint  l'orgueil  de  sa 
mère  à  la  bassesse  d'un  ilote  chez  qui  la  servitude 
est  devenue  une  seconde  nature? 

Jusques  à  quand  le  système  ministériel  présen- 
tera-t-il  à  la  France;  jusques  à  quand  pi'ésen- 
tera^t-il  à  Sa  Majesté  elle-même,  comme  les  amis 
de  la  Charte ,  une  poignée  de  fourbes  dont  le  seul 
but  est  de  la  renverser,  moins  encore  à  leur  protit 
qu'à  notre  ruine?  Tantôt  c'est  la  lettre  qiJ^iJs  ef- 
facent^ tantôtc'éstrespritqu'ilsaltèrent  ;  et  quand 
sous  leurs  efforts  les  tables  de  la  loi  royale  n'offri- 
ront plus  de  caractères,  les  hommes  de  trois  cou- 
leurs ,  unis  aux  forts  esprits,  viendront  y  litLo- 
graphier  la  repriist  d»s  saturnalcç  de  la  république 


(  34i  ) 
française,  ou  du  moins  le  triomphe  de  la  Icgiti- 
jnation  sur  la  légitimité. 

Voilà  ce  que  veulent  les  amis  de  la  Charte^ 
écoliers  de  Machiavel,  qui  répètent  qu'il  y  a  deux 
sortes  de  consciences  :  l'une  d'Etat,  «qu'on  ac- 
»  commode  à  la  nécessité  des  affaires  publiques  ; 
»  l'autre  à  nos  actions  privées  :  ces  hommes ,  qui 
»  enseignent  avec  diplôme,  que  la  réputation  de 
»  probité  peut  bien  être  un  raoven  de  parvenir, 
»  mais  que  la  probité  même  est  un  obstacle^  qu'il 
))  faut  amuser  les  enfans  avec  des  dragées,  et  les 
)i  hommes  avec  des  parjures.» 

Voilà  ce  que  veut  ce  personnage,  qui  Aiidoctn-r- 
nairemerit  :  Je  n'appartiens  qu'à  moi  ;  et  qui  mé- 
rite qu'on  lui  réponde,  avec  Henri  IV  :  c  Mon 
))  ami,  vous  avez  là  un  sot  maître.  »  Voilà  ce  que 
veut  ce  personnage,  qui  menace  d'user  de  son  in<- 
dépendànce  pour'  porter  ^a  soumission  ailleurs,  à 
moins  que  V autorité  royale  ne  se  coalise  avec  lui. 

Enfin  c'est  là  ce  que  veulent  ces  spéculatifs  que 
Balzac  appelle  des  hérétiques  d'Etat,  qui  s  efforcent 
de  faire,  dans  la  politique,  ce  qu'Origène  a  fait 
dans  la  religion  (Aristippe,  n"  i^o).  Eh!  qu'ils  se 
souviennent  donc  que  Fréde'ric-l€-Grand,  et  celui- 
là  se  connoissoil  en  hommes,  disoit  de  leurs  maîtres 
eux-mêmes  :  «  Si  j'avois  une  proviace  à  punir, 
))  j'enverroifi  des  philosoplies  pour  la  gouverner.  » 
Et  Frédéric  ne  parloitpas  d'un  royaume.  Insen- 
sés!- voti-e  monarque  a  pu  dire  ;  «  Voilà  ma  lei.  » 
Il  ne  vous  appartient  pas  d'interpréter  l'esprit  die 
la  loi  myale.  Celui  qui  a  compris  le  sans  de  la 
Charte^  celui  qui  a  exprimé  Le  vœu  de  la  France,, 
celui  quia  prononcé  votre  jugeraeat,  c'est  lie  vé- 
ritable ministre  de  votie  Roi,  c^estle  président  du 
conseil  de  ses- ministres  ,  c'est  le  duc  de  Richelieu , 
quand  il  a  dit  à  la  tribune  nationale,  selon  l'esprit 
et  la  lettre  de  Lart.  3  de  la  Charte  :  «  Tous  le? 
))   Français  seront  rassurés  quand  ils  vei'iUnt  dé- 


(  34^  ) 

))  sormaislos  emplois  pillai  ics  confiés  à  des  Iiommes 
))  éprouvés  par  leur  inlégiité,  leurs  lumières  ,  et 
»  surtout  leur  dévouemeut  au  Roi  et  à  la  patrie.  » 
(Loi  d'amnistie,  8  décembre  i8i5.) 

Prétendus  amis  de  la  Charte,  ces  caractères, 
ces  conditions  inséparables,  qui  seuls  peuvent 
rassui'or  tous  les  Français  ,  les  trouAe-t-on  aujour- 
d'hui dans  vous-mêmes,  dans  vos  auxiliaires,  à 
qui  vous  distribuez  toutes  celles  des  fonctions  sa- 
lariées que  vous  ne  vous  i^éscrvez  pas?  Dans  l'inté- 
rêt de  la  monarchie,  dans  l'esprit  delà  Charte, 
vous  savez  mieux  que  tous  autres  où  se  trouvoienf', 
où  se  retrouveront  ces  caractères  etces  conditions. 
^  ous  pouvez  tromper  votre  Roi  5  c  est  1  attribution 
des  méchans  dans  ce  Tnonde  où  le  g-éuie  du  mal 
peut  obtenir  des  succès,  et  ne  les  obtient  heureu- 
sement que  passagers;  mais  c  est  le  Roi  lui-même 
qui  a  dit  :  «  ^ous  rentrOMS  dans  nos  Etats  pour  ré- 
))  compenser  les  bons,  et  pour  appeler  autour  de 
))  notre  trône  paternel  l'immense  majorité  des 
V  Français  dont  la  fidélité,  le  courae^eet  le  dé- 
y  vouement  ont  porté  de  si  douces  consolations 
r    dans  notre  cœur.    » 

Et  c'est  ainsi  que  vous  osez  tromper  les  inten- 
tions, trahir  la  justice  ,  la  reconnoissance  du  mo- 
narque! Vous  l'avez  osé,  vous  l'osez  tous  les  jours 
sans  pudeur,  parce  que  vous  l'avez  osé  sans  châti- 
mejît. 

^lonarchie  dos  fils  de  saint  Louis,  attendrez- 
vous.  pour  voir  vos  rlangers,  que  vos  ennemis 
niont  lassé  votre  prtticnce?  Et  ne  voyez-vous  pas 
quéS'otre  patience  fait  seule  leur  force,  par  leur 
itnpunîté?  I/axiome  ministériel  est  aujourd'hui 
que  la  fiàé/itc  p7X'sefitc  n'a  plus  besoin  de  la  ga- 
t'aniir  dit  femps  :  et  n'avcz-vous  pas  cru,  en  i8i4, 
à  la  lîdclité  présente?  Les  trahisons  du  20  mars 
vous  (fui  répondu.  Certes,  la  retraite  forcée  du 
MonSlqYTt:   légitime,  les  désastres  d'une  seconde 


(  343  ) 
invasion ,  des  flots  de  sang  liumain  versé  de  nou- 
veau, plus  d'un  milliard  pavé  aux  e'trangers,  ont 
signalé  auK  ofénérations  à  venir  les  dang'^rsde  celte 
fausse  maxime,  adoptée  par  lapo]itic[ue  ministé- 
rielle la  plus  inhabile  et  la  pins  imprévoyante,  ce 
n'est  pas  de  celle-là  que  je  dirai  la  plus  criminelle, 
car  je  ne  le  pense  point.  Le  même  aveuglement 
amèneroit  de  plus  grands  malheurs  :  la  monarchie 
a  résisté  miraculeusement,  en  181 5,  à  une  pi*e- 
niière  crise;  fatiguée  depuis  par  une  si  lente  con- 
valescence, elle  ne  résistera  pas  à  une  rechute. 

Gens  de  bien,  qui  doutez  encore,  interrogez 
les  signes  précurseurs  :  ministre,  je  vois  qui  tu 
places,  je  ne  te  demande  plus  qui  tu  es.  Eh  1  ne 
voyons-nous  pas  chassés  des  fonctions  publiques  , 
civiles,  militaires,  administratives,  judiciaires; 
ne  voyons-nous  pas  dépouillés  de  l'influence  et  de 
l'autorité  presque  tous  les  malheureux  que  la  ré- 
volution a  faits,  presque  tous  ceux  dont  le  Roi 
avoit  récompensé  la  constance  et  les  vertus  unies 
à  la  capacité.  Par  qui  ce  système,  qui  ne  devroit 
être  qu'ami  du  Roi ,  de  la  Charte  et  de  la  France, 
croit-il  utile  de  les  remplacer?  Qni  donne-t-il , 
dans  les  conseils  ,  dans  les  armées  ,  dans  les  fonc- 
tions ,  dans  les  provinces,  dans  la  capitale,  pour 
soutiens  au  trône  légitime  et  à  la  Charte?  Le  3fo- 
niteur  consacre  leurs  noms  jour  par  jour.  Déjà  le 
système  ministériel  exige  qu  on  fasse  ses  preuves 
et  indifférence  en  matière  de  gouvernement  :  et  ^e 
même  qu'en  g3  on  demandoit  aux  candidatls'  ;' 
«  Qu'as-tu  fait  pour  la  révolution?  »  Encore  quel- 
ques semaines,  et  les  étranges  amis  d(;  la  Charte 
et  du  Roi  demanderont  à  chaque  postulant  : 
«  Qu'as-tu  f»'t  contre  les  Bourbons?  >» 

Protecteui»";  protégés  du  système  ministériel  , 
c  est  a  vous-nremes  que  je  m  adresse  1  Accuserez- 
vous  le  soleil  d'iinpostui'e,  et  nierez-vons  l'évi-. 
dence  du  jour?  La  vérité ,  qui  doit  durer  pins  que 


(  344  ) 

le  temps  ,  et  sf-  conserver  ait  milieu  des  mines  du 
vioiule  (Socrate  clirét.  ,  pag.  299,  Balzac),  la 
vérité  n'est  pas  réduite,  en  France  ,  à  ne  se  confier 
qu'aux  roseaux.  Tous  les  cœurs  droits  l'entendent^ 
toutes  les  bouches  pures  la  proclament,  les  pierres 
même  du  palais  de  notre  Koi  la  crient-  les  vrais^ 
amis  de  la  Charte  ont  tous  pour  cri  de  paix  et 
d'union  :  «  Dieu  et  le  Roi,  le  Roi  légitime  et  sa 
•»  dvnastie.  «  Les  hypocrites  amis  de  la  Charte  pro- 
noncent avec  emphase  les  seuls  mots  révolution- 
naires nation,  patrie.  Le  Roi  légitime  leur  est 
aus^^i  étran^^er  que  leur  Dieu.  A  ce  cri  religieux  et 
français.  Dieu  et  le  Roi ,  à  ce  cri  fraternel  et  pa- 
cifique de  la  race  d'Abel,  les  enfans  de  Caïn  ré- 
pondent par  ce  cri  de  guerre  des  meurtriers  du  2 
septembre  :  yl  bas  les  riohles ,  à  bas  les  prêtres  i 
et  le  mot  d'ordre  de  ces  amis  de  la  Charte  et  du 
Roi  n'ist  que  leur  vœu  parricide  et  impie  irre//- 
gioii ,  illégitimité. 

Ministre  aujourd'hui  tout  puissant,  voilà  le 
système  que  vous  protégez  j  voilà  son  arrière-pen- 
sée ,  dont  le  triomphe  douteux  couronneroit  les. 
erreurs  de  votre  orgueil,  les, faux  calculs  de  votre 
arubition  :  voilà  les  hommes  qui  vous  aiment.  Une 
"voix  ,  qui  prétend  n'être  pas  suspecte  ,  a  eu  le  cou- 
raofc  de  dire  que  ceux-là  étoient  bien  dignes  de 
vous  cons;)Ier  de  ceux  qui  vous  haïssent.  Convo- 
quez ,  pour  votre  instruction,  Fimmeuse  majoritâ 
des  Français  dont  la  fidtlité,  le  courage  et  le  dé- 
vouement  ont  porté  de  si  douces  consolations  dans 
le  coeur  de  Sa  Majestés  convoquez  Pimmense  ma- 
jorité de  ces  hommes  que  leur  Boi  u  appelés  autour 
de  son  trône  paternel ,  et  que  vous  ne  craignez  pas 
d'en  repousser,  vou;-  coivipterez  ceux  qui  vous 
aiment  ou  ceux  qui  vous  haïssent.  L'Europe  ap- 
prendra si  c'est  à  l'avantage  du  flatteur  et  du  flatté 
que  l'épreuve  s'achèvera  pour  tous  les  dtuv. 

Jeune   et  imurévojant  ministre^    voulez-vous 


{  M^  ) 

être  aimé ,  respecté ,  suivi  par  cette  immense  ma- 
jorité que  le  Roi  a  nommée  ses  Fram;ais,  aimez, 
respectez,  suivez  vous-même  la  Charte  royale 
qu'ils  se  font  un  devoir  d'aimer,  de  respecter  et  de 
suivre.  Dans  l'ivresse  de  la  puissance,  vous  sem- 
l)lez  les  braver,  et  leur  dire  comme  le  régent  :  Ehf 
que  pouifc z~  vous  faire  ?  Ne  vous  étonnez  donc 
pas  qu'ils  vous  répondent  avec  les  Bretons  :  Mon- 
seigneur y  obéir  et  haïr. 

'  Salaberey,  Membre  de  la  Chambre 

des  Députés. 


De  quelle  manière  un  Etat  peut  périr. 

J'ai  examiné,  dans  deux  Livraisons  précé- 
dentes (  I  ),  quelle  étoit  et  quelle  seroit  la  situation 
des  ministi'es  de  France  en  1818,  1819  et  1820, 
J'ai  pi-ésenté,  dans  cet  article,  la  double  hypothèse 
d'une  direction  monarchique  et  d'une  direction 
démocratique  avec  leurs  résultats.  Depuis  ce  temps, 
la  réunion  des  esprits  sages  a  formé  deux  majorités 
en  faveur  de  la  direction  monarchique.  Cet  ac- 
cord d'opinion  dans  les  deux  Chambres ,  première 
condition  du  gouvernement  représentatif,  et  que 
nous  n'avions  pas  encore  vu  parmi  nous  ^  sembloit 
un  gage  de  paix  donné  par  le  ciel»  Une  seule  chose. 
y  inanquoit,  le  concours  du  monarque  (si  toutefois 
il  n'est  pas  inepte  ou  contradictoire  de  supposer' 
que  ce  concours  puisse  manquer,  là  où  il  s'agit  de 
soutenir  la  monarchie).  J'ai,  depuis,  entendu 
oortir  de  la  bouche  du  Roi  des  paroles  que  ses 
peuples  ont  accueillies  avec  itresse,  et  ses  ennemis 
avec  stupeur;  et  dès  lors,  voyant  réunis  le  Roi  et 

(1)  Fi^.  fesge  et  10'  Livraisons  du  Conservateur. 


(  3^  ) 
]fs  Chambres,  cVst-à-dire  la  France  entière,  je 
me  suis  presrjue  reproché  de  m'étre  livré  à  des 
suppositions  affligeantes  et  vaines. 

Cependant,  il  s'est  présenté  depuis  unprohlème 
de  morale  et  de  politique  que  l'histoire  aura  peut-* 
être  quelque  peine  à  résoudre  ,  puisque  lés  con- 
temporains même  ne  peuvent  l'expliquer:  c'est  la 
direction  qu'ont  prise  les  affaires  à  la  suite  de  ces 
concert  unanime. 

Par  rapport  aux  lois,  nous  n'avons  vu  faire  au- 
cune loi  monarchique,  réformer  aucune  loi  ré- 
publicaine. 

Par  rapport  aux  ordonnances  ,  l'état  militaire  , 
l'administration,  le  conseil  d'Etat,  les  tribunaux 
même,  ont  subi  un  grand  nombre  de  réformes  ou 
de  mutations  ,  qui  toutes  sont  tombées  sur  des  ser- 
viteurs connus  de  la  monarchie. 

Enfin  ,'  par  rapport  à  cette  fiontière  indécise 
qui  sépare  la  loi  de  l'ordonnance,  et  qui  est  né- 
cessairement jîlus  souvent  envahie  par  la  seconde, 
nne  interprétation  favorable  aux  régicides  en  a 
fait  rentrer  cinquante-cinq  sans  le  concours  des 
Chambres  ;  en  sorte  que  le  ministère  semble  se 
publier  coupable  ou  d'avoir  outrepassé  la  loi  en 
1810,  onde  l'enfreindre  en  1819. 
■  La  rapidité  des  concessions  qui  se  font  aux  dé- 
mocrates est  même  telle,  que  dans  ce  deimier 
exemple  on  leur  accorde  dès  à  présent  ce  que  leur 
plus  hardie  ambition  n'eût  sans  doute  osé  deman- 
der cette  année.  Quelle  est  donc  cette  marche? 
Capitulons-nous  avec  un  ennemi  en  fuite?  ou  bien 
a-t-il  des  intelligences  dans  le  cœur  de  la  place? 

Quoi  qu'il  en  soit,  tel  est  aujourd'hui  ce  pro- 
blème insoluble.  Prémisses  :  déclaration  formelle 
contre  la  démocratie, 'concours  des  deux  Chambres, 
acclamation  de  la  France,  effroi  des  démocrate». 
Jiésultat  :  triomphe  des  vaincus  proclamé  par  le 
vainque  nr>/,ia 


(347) 

Telle  est  chi  moins  l'apparence  qui  nous  frappe". 

Mais,  après  un  moment  de  surprise,  si  on  pé- 
nètre dans  l'intérieur  des  choses ,  on  s'aperçoit 
liientot  que  rien  n'est  vériiablenient  changé.  La 
-flnajorité  des  Chambres  est  là,  et  subsiste.  La  pa- 
role royale  est  là,  et  subsiste.  LTn  mouvement  s'est 
fait  dans  des  mots,  dans  des  noms;  mais  les  élé- 
mens  qui  créent,  les  facultés  qui  ies  emploient 
restent  les  mêmes.  Et  après  toiit,  qu'importe  aux 
royalistes  le  nom  ouïe  i-enom  d'un  ministre  ?  ce 
sont  ses  faits  qui  font  foi  ;  et  si  ces  faits  sont  mo- 
narchiques, ces  faits  sont  leur  oeuvre,  etcethomme 
leur  allié. 

Cependant ,  les  contrastes  dont  nous  venonà 
d'être  témoins  ont  pti  répandre  quelque  inquié- 
tude dans  les  esprits.  On  entend  desîiomnaes  d'un 
sens  droit  répéter  ces  mots  affligeans  :  L'Etat  court 
à  sa  ruine;  la  monarchie  toinhe  en  dissolution . 
Chacun,  en  les  disant,  ignore  le  sens  précis  qu'ils 
renferment  ;  mais  chacun  se  sent  frappé  au  cœxir 
de  cette  énigme  effrayante,  comme  par  cet  ins- 
tinct qui  fait  qu'à  l'approche  des  ouragans  les 
animaux  frissonnent ,  mugissent  et  ressentent  la 
présence  d'un  mal  qu'ils  ne  peuvent  définir. 

Examiner  à  fond  la  vraie  valeur  de  cesmols,  ne 
seroit  peut- être  pas  aujourd'hui  une  recherche 
inutile..  Eli*  tcndroità  fixer  les  idées  qui  hésitent, 
à  ramener  celles  qui  s'égarent ,  à  nous  armer  contre 
l'avenir,  peut-être  même  à  en  diminuer  les  dan- 
gers. 

Je  traiterai  donc  sous  des  termes  généraux  celte 
question  :  De  quelle  manière  itn  Etat  peulpèvii? 
et  je  tâcherai  de  ramener  ce  cjiieîie  a  de  vague  à 
des  termes  précis.  ; 

Commenrons  par  établir  un  principe  et  sa  con- 
séquence immédiate.  Cette  précaution  produira 
deux  biens  :   \°.  elle  me  dispensera  d'y  l'eveniv  ; 


(  348  ) 
y.  elle  dispensera  Je  lae  lire  ceux  à  qui  il  con- 
viendroit  de  les  nier. 

Tout  Etat  tend  au  gouvernement  d'un  seul. 

Parce  que  l'ambition  est  le  mobile  de  tous  les 
hommes. 

Parce  que  l'inégalité  e'tant  la  première  loi  de 
fait  de  Tunivers,  les  ambitions  ne  montent  pas  de 
niveau,  mais  par  étages;  d'où  il  suit  quuu  seul 
doit  arriver  à  surmonter  les  autres. 

L'Etat  tend  plus  ou  moins  à  cette  unité  ,  pro- 
portion gardée  de  son  étendue  et  de  sa  puissance. 

Ainsi,  dans  les  petits  Etats,  l'art  peut  lutter  avec 
succès  contre  ]a  nature.  C'est  un  de  ses  plus  nobles 
chefs-d'œuvre;  et  cependant  il  subsiste  dans  le 
trouble,  but  de  toutes  les  conquêtes,  jouet  de  mille 
monarques  d'nn  jour,  jusqu'au  temps  oii,  épuisé 
d'une  lutte  brillante,  il  se  repose  sous  un  sceptre 
concitoyen ,  ou  périt  sous  un  joug  étranger. 

Ainsi  un  Etat,  quelle  que  soit  la  forme  de  -son 
gouvernement,  ne  manque  point  à  sa  nature  ;  il 
la  cherche,  au  contraire,  quand  il  incline  vers  le 
gouvernement  d'un  seul.  S'il  est  étroit,  il  peut 
souffrir  des  exceptions  :  s'il  est  vaste,  il  n'en  admet 
aucune,  et  l'unité  est  la  qualité  ^mc  qud  non  de  son 
existence. 

Tout  grand  Etat  ne  subsiste  donc  que  par  la 
monarchie. 

La  monarchie  ,  comme  toutes  les  choses  du 
monde,  ne  subsiste  que  par  ses  élémens. 

Si  la  monarchie  périt,  et  que  ses  élémens  restent, 
l'Etat  survit  et  la  monarchie  se  recompose. 

Si  les  élémens  périssent,  cl  que  la  monarchie  sur- 
vive ,  c'est  un  fantôme  ;  il  passe  ,  et  l'Etat  meurt. 

Maintenant,  qu'entendons-nous  par  les  élémens 
de  l'empire  monarchique? 

ftien  autre  chose  qxie  ceux  que  la  nature  lui  a 
faits  enle  faisant  lui-même,  ces  mêmes  degrés  par 
lesquels,  l'un  parvenant  au  sommet,  les  autres  sont 


(  349  ) 
restés  étages  sur  la  pente  :  l'esprit  se  fatîgiieroit 
vainement  à  chercher  d'autres  comhinaisons.  On 
ne  peut  pas  plus  concevoir  la  monarchie  sans  eux,: 
que  la  pointe  d'une  pyramide  sans  sa  base,  ou  la 
clef  d'une  voûte  sans  ses  reins.  La  nature  nous  la 
donne  ainsi;  l'histoire  ancienne  et  contemporaine 
ne  nous  en  présente  point  d'autre  :  acceptons-la  5 
car  si  ces  degrés  se  retirent,  la  monarchie  tombe, 
à  moins  qu'on  ne  veuille  supposer  qu'elle  reste  en 
l'air,  ou  qu'elle  se  tienne  debout  sur  des  lois. 

Ces  degrés  ont  été  nommés  hiérarchie ,  mot  ca- 
ractéristique qui  nous  les  montre  descendus  de 
Dieu  pour  le  repos  des  peuples.  Nous  autres 
hommes,  qni  avons  toujours  besoin  de  subdiviser 
pour  mettre  les  grandes  choses  à  notre  mesure, 
nous  pouvons  en  reconnoître  deux.  L'une  est  la 
base  de  l'autre,  et  l'autre  est  la  base  des  empires. 
La  première  est  une  hiérarchie  de  principes  et  de 
doctrines  où  se  rangent  tous  les  dogmes  qui  étagent, 
plient  et  subordonnent,  et,  sans  se  perdre  en  dé- 
linitions,  nous  pouvons  la  renfermer  toute  en  un 
seul  tnot,  le  christianisme.  La  secontÎ2  est  une 
hiérarchie  de  faits,  de  droits  et  d'institutions  où 
se  classent  toutes  les  puissances  de  la  société , 
étagées  entre  elles,  et  composées  elles-mêmes 
d'étages j  en  sorte  que,  pour  faire  parler  cette  dé- 
finition aux  yeux,  il  faudroit  ^e  figurer  unj3  vaste 
Çyramide  composée  de  pyramides  secondaires, 
'elles  sont ,  entre  autres ,  la  propriété ,  la  no~ 
iblesse,  la  magistrature,  les  corporations  d'arts, 
de  commerce ,  de  finances ,  le  -sacerdoce  enfin 
qu'on  fera  riche,  puissant  et  sacré ,  sous  peiue  de 
(n'avoir  pas  de  religion  (  telle  est  la  rftisère  hu- 
paine),  qui  fut  tel  chez  les  païens,  qui  est  tel, 
liez  les  protestans,  tel  chez  les  catJioliques  grecs 
jjît  roniains,  tel  chez  les  Musulmans,  chez  les  In- 
lous,  tel  enfin  en  tout  temps,  et  tout  pays,  parce 
jue  tous  les  sophismes  du  monde  ne  peuvent  CW'» 


(  3ÔO  ) 

pécliçr  que  la  religion  ne  meure  où  ces  coud  ilions 
juanqueut,  et  que  l'Etat  ne  croule  où  la  reli^iou 
meurt. 

Cette  liiérarchie  tî'inslilulions,  construite  su» 
celle  de  principes,  agit  tt  se  perpétue  par  des  lois 
conformes  à  sa  nature,  !^e  nous  inquiétons  point 
de  ces  loisj  la  doctrine  lait  les  institutions,  les 
institutions  font  leur  code  (i)  ;  et,  comme  la  doc- 
trine gît  tout  entière  dans /(?  christianisme,  une 
seule  chose  suffit  à  l'Etat ,  cire  chrétien. 

Comment  donc  cet  JLiAi  peut -il  périr  ?  Nous 
venons  de  le  dire  :  en  cessant  d'être  chrétien.  Ce 
mot  comprend  tout  y  et  il  devroit  terminer  cet 
article.  Mais  quelques  lecteurs  pourront  deman- 
der des  dcveloppeinens  et  des  evemples.  Tâchons 
donc  d'indiquer  les  symptômes  qui  annoncent 
cette  décadence,  la  consomption  qui  la  mène  à 
son  dernier  terme ,  et  cherchons  eniîn  quel  est 
ce  disrnier  terme ,  car  la  mort  d'un  Etat  ne  se 
conçoit  pas  comme  celle  d'un  homme. 

On  peut  se  figurer  un  Etat  où  la  religion  est 
brevetée  ,ri4^  les  lois,  où  on  voit  des  églises  ou- 
vertes, eftf^s  honimes  payés  pour  y  pratitfuer  le 
cuite  divin,  mais  où,  en  même  temps,  l'Eglise  ne 
tient  à  l'Etat  que  par  ses  fonctions  et  son  salaire, 
oii  il  V  a  des  prêtres,  mais  point  de  sacerdoce, 
<les  gages  viagers,  mais,  point  de  propriété  du- 
rable, où  l'autorité,  qui  la  proclame  dans  les 
choses  civiles,  la  réprime  dans  les  œuvres  reli- 
gieuses, où,  loin  de  présider  à  l'éducation  et  aux 
établissemens  publics,  de  se  montrer  à  la  tête  des 


(i)  On  a  \n  des  meneurs  d'Etals  essayer  de  retourner  celte 
conihineison,  taire  des  lois  pour  «ivoir  des  institutions  (à  moins 
que  ce  ne  soit  pour  n'en  pas  avoir),  et  attendre  des  institutions 
le*  doctrines.  On  peut  ainsi  faire  des  baux  sans  avoir  une 
ferme,  faire  des  rôles  sans  avoir  de  soldats,  re'gler  les  tornics 
•aas  posséder  les  rlioses.  Ces  abstraction?  amusent  les  hommes, 
ea  attendant  c^u-elles  les  perdent. 


(  i^'I  ) 

armées,  dos  flulUs,  dcshôpilauY,  despilsons^elc, 
<;ll(;  .s('rri!>I(;  à  pvÀno.  toléic»;,  on  on  lui  fV'ime  jus- 
qu'à SCS  j)i'opi'e.s  chaires,  CMifinoù  l'adminislralion 
rttiitoure  d'un  (r,'il  jaîoux,  traverse  ses  proj^rès, 
tarit  sa  reproduction  ,  et  traite  la  colonne  de  l'Etat 
en  emicmie  de  t'Klat. 

On  peut  se  fj^iirei-  un  F>l'at  où  la  noblesse  soit 
icconiiue  paj-  les  lois,  mais  où,  en  niêfn('  temps, 
elle  se  trouve  dénuée  d'hommes,  de  fortunes,  de 
terres,  de  dignités  et  de  droits,  de  tout  enfin, 
hors  de  tifres  et  de  l)lasons  qu'on  lui  comptera 
pour  valeurs  réelles,  dissoul(;  en  individus  sans 
corps  (;t  sans  puissance  ,  et ,  dans  ce  deiriier  état 
de  décadence,  rtiduite,  comme  tout  c<;  *|ui  est 
fbible,  aux  oulrages  de  gens  qui  comLattent  les 
Guises  dans  de  pauvres  chevaliers,  comme  ils 
triomphent  d'Iiildebrand  sur  de  pauvres  prêtres. 

lin  Etatgù  l'aristocratie  de  la  propriété  est  con- 
saciée  par  les  lois,  mais  où  en  même  temps  toute 
notion  de  solidité  et  de  durée  étant  éteinte,  nulle 
propriété  n'aspire  à  un  siècle  de  vie,  nulle  insti- 
tution ne  la  concenîre,  ne  la  reco^ipose  et  ne  la 
perpétue  5  l'intérêt  même  du  fisc,  allié  de  la  loi 
agraire  ,  réduit  les  terres  en  arj)ens  et  les  château'x 
en  masures  j  et  sur  le  sol  découpé  et  nivelé  pJane 
et  s'élève  seule  l'aristocratie  mobile  de  l'argent. 

Un  Etat  où  toute  corpoi-ation  utile  ou  auguste 
est  réprouvée,  où,  au  lieu  d'enchaîner  les  indivi- 
dus en  faisceaux  au  .support  de  l'empire,  on  les 
décomj)ose  en  monades,  ne  voyant  dans  un  corps 
qui  soutient,  qu'un  corps  qui  résiste,  et  éi-igeant 
le  pouvoir  institué  pour  tous  comme  s'il  étoit 
institué  contre  tous ,  et  que  son  chef-  d'.œuvre  fût 
de  diviser  pour  régner. 

[Jn  Etat  où  les  sophistes  régnent,  où  se  voient 
appliquées  aux  dogmes  élevés  par  lesquels  la  so- 
ciété vit  et  meurt,  les  vieilles  ai-guties  de  l'école, 
et  où  le  maître  de«  sentences  est  le  maître  des  doo- 


(  552  ) 
trines  et  cîesftistitutioas^  où  une  liberté  sans  frein 
infecte  légalement  les  écrits^  où  les  instrumcns 
du  pouvoir,  innocens  ou  ceupables,  habiles  ou 
ineptes,  peuvent  être  légalement  cités,  jugés  et 
condamnés  par  vingt  mille  arrêts  qui  parcourent 
l'empire  chaque  jour,  en  poste,  etàbasprixj  ov,  ce 
qui  en  est  une  suite  nécessaire,  la  magie  du  pou- 
voir est  reléguée  avec  les  autres  magies  ,  le  respect 
a  perdu  sa  religion,  la  discipline  son  frein,  l'obéis- 
sance son  charme,  et  tous  les  liens  leur  empire. 

Si  on  se  figure ,  et  ce  ne  sera  peut-être  pas  sans 
quelque  effroi ,  un  Etat  tombé  dans  cette  situation, 
on  aura  parcouru,  au  moins  en  partie,  car  nous 
sommes  loin  de  tout  dire,  les  symptoines  (jui  an- 
noncent sa  décadence. 

Et  cependant,  à  tous  ces  maux  il  est  un  remède 
simple,  facile,  je  dirai  même  infaillible  :  c'est  de 
les  connoître,  de  s'avouer  malade,  et  de  vouloir 
guérir,  f^irtiis  est  vitiiinifu^erc . 

Rien  n'est  perdu  où  la  bonne  foi  et  la  bonne 
intention  restent.  L'Angleterre  a  eu  ses  puritains , 
TAllemagne  ses  anabaptistes  ,  la  France  sa  jacque- 
rie et  ses  jacobins.  La  crise  passée,  le  mal  est 
avoué,  îl  s'expie  5  l'Etat  retrouve  ses  élémens,  et 
subsiste. 

Mais  si  l'Etat,  en  pleine  paix,  rentré  dans  son 
gouvernement  naturel,  rejette  loin  de  lui  ces  élé- 
mens- si,  sans  qu'il  y  ait  force  majeure,  et  qu'on 
puisse  justifier  d'exception,  ces  elémens  sont,  on 
combattus  comme  armes  dangereuses,  ou  rebutés 
comme  débris  inutiles;  si  on  donne  la  maladie 
pour  santé ,  les  genncs  de  mort  pour  principes  de 
vie,  alors,  le  désordre  légitimé  asseoit  sa  puis- 
sance, mine  à  loisir  l'Etat  par  une  consomption 
méthodique,  et  le  mène  régulièrement  à  son  terme 
fatal. 

Dans  ce  dernier  période,  le  mal  s'accélère  et 
croît  par  uae  proportion  géométrique  :  il  se  hàtè 


(  3p3  ) 
d'autant  plus  qu'il  marche  sans  résistance,  avoue 
pour  Lieu  puLlic  ,  fascinant  ses  dupes  et  dissimu- 
lant ses  complices.  Les  hommes  droits  qu'il  a  traî- 
nés à  sa  suite  ouvrent,  il  est  vrai,  les  yeux  l'un, 
après  l'autre;  ils  voient  l'aLîme;  ils  veule;nt recu- 
ler, mais  trop  tard,  et  le  Ciel,  par  uïi. exemple 
terrible,  semble  ne  letir  rendre  la  vue  que  pour 
qu'ils  mesurent  leur  chute. 

Alors  la  noblesse  et  l'aristocratie  détruites  lais- 
seront sur  leurs  ruines  un  nivt^au  turbulent  comme 
cjelui  de  la  mer,  où  chaque  flot  devient  montagne 
dans  la  tempête.  A  de  grands  et  stables  patronages 
qui  nourrissoient l'ordre,  la  dc^pendance^  l'amour, 
le  travail  et  l'aisance,  ratlachoient  de  nombreuses 
familles  à  un  centre  ])alernel ,  rcposoient  le. pou- 
voir .en  jlui  répondant  d'elles,  et  protégeoient  le 
peuple  en  lui  adoucissant  le  pouvoir,  on  verra  suc- 
céder une  légion  parallèle  de  propriétaires  isolés, 
vains  et  nécessiteux ,  gourmés  de  leur  nouvel  ar- 
pent de  terre,  occupes  de  leur  propre  misère, 
impuissaus  pour  celle  d'autrui,  sans  force  pour 
produire,  stérilisant  la  terre,  et  desséchant  le 
commerce  dans  son  gei'me. 

Quand  on  aura  rompu  tant  de  liens  qui  ren- 
doient  l'autorité  facile;  quand,  à  la  place  de 
quelques  entiers  solidaires,  on  aura  des  milliers 
de  fractions  indépendantes,  un  seul  lien  restera, 
la  force  ;  et  ce  lien  viendra  aussi  à  manquer,  l'au- 
torité,  dénuée  de  ses  bases,  ne  possédant  point 
de  force  en  elle-même. 

Avec  la  force  qui  subjugue  et  l'obéissance  qui 
l'accepte,  s'évanouiront  la  confiance  et  la  crainte 
d'où  naissent  le  repos  et  Famour.  ïSulle  certitude 
ne  s'élèvera  jusqu'au  lendemain;  nulle  entreprise 
ne  pi'endra  l'essor.  En  pleine  paix,  .les  ateliers 
seront  fermés,  les  mers  désertes,  l'argent  imrao- 
bile  :  nul  n'osera  s'affermir  dans  une  opinion  ;  la 
mobilité  des  places,  la  variété  des  lois  ,  la  rumeur 
Tome  II.  —  m^  Livraison.  aâ 


(  354  ) 
fnftitf gable  de  la  presse,  étourdiront  le  peuple  j 
et,  dnns  cette  oscillation  sans  terme,  chacun  pas- 
sera ses  jours  en  voyage,  et  se  tiendra  prêt  pour 
toutes  les  chances. 

Alors,  l'esprit  d'égalité  ou  d'ambition  (c'est 
tout  un),  descendu,  de  proche  en  proche,  jus- 
qu'à la  lie  de  la  société ,  y  fera  fermenter  les  goûts 
et  les  passions  ((ue  le  Ciel  avoit  réservés  à  ses 
classes  élevées.  Le  luxe  qui,  chez  les  grands, 
nourrit  le  peuple,  entrera  chez  le  peuple  qu'il 
affamera  :  non  ce  luxe  relatif  et  confortable  qui, 
dans  un  Etat  puissant,  décore  chaque  rang  ,  sans 
excéder  sa  mesure,  mais  un  luxe  ambitieux  qui 
rend  l'artisan  humilié  s'il  n'est  pas  meublé  comme 
un  prince,  qui ,  des  meubles ,  passe  aux  habitudes , 
l'entraîne  aux  dissipations,  les  lui  érige  en,  be- 
soins, peuple  les  capitales  de  théâtres  et  de  re- 
doutes, et  corrompt  leur  probité  après  avoir 
détruit  leur  fortune. 

Alors,  la  religion ,  s'effaçant  chaque  jour  da- 
vantage, laissera,  en  se  retirant,  des  âmes  vides  de 
but  et  de  devoirs.  Un  scepticisme  sans  bornes  des-^ 
cendra  de  Dieu  sur  tontes  les  choses  de  la  terre  j 
car  qui  ne  croit  pas  en  Dieu  s'abuse  s'il  pense 
croire  à  quelque  chose.  On  verra  des  rois  qui  ne 
croiront  pas  au  trône,  des  sujets  qui  ne  croiront 
pas  aux  rois ,  des  magistrats  qui  ne  croiront  pas  à 
leur  robe,  des  armées  qui  ne  croiront  pas  à  leurs- 
drapeaux,  partout  des  hommes  qui  ne  croiront 
qu'en  eux-mêmes,  encore  sera-ce  d'une  foi  stérile 
et  viagère.  Les  forfaits  se  perfectionneront  en  se 
multipliant;  ils  s'offriront  partout  en  récit  ou  eiv 
spectacle  pour  l'instruction  ou  l'amusement  des 
peuples,  La  sellette  aura  sa  gloire  et  Téeliafàud 
son  orgueil,  car  Forgueil  sera  partout;  lui  seul  se 
chargera  de  la  ruine  universelle  (i). 

(i)  Le  premier  principe  de  fluié.;  fjue  les  nations  doivent  au 


(  -353  ) 

Enfin,  pour  que  tout  ce  néant  se  ccnsolide  et 
dure,  après  avoir  infecté  jusqu'au  plus  bas  rang 
de  la  société,  il  empoisonnera  jusqu'au  plus  bas 
âge  de  la  vie.  L'indépendance  sera  prêchée  danj 
les  écoles  j  la  révolte  et  l'impiété  auront  leur  bn- 
soche,  et  on  jouera,  sur  de  petits  tréteaux,  les 
Jurandes  tragédies  du  inonde.  O  dernière  honte 
d'un  siècle  détruit!  dernière  menace  de  l'avenir 
(si  quelque  avenir  reste  à  ce  siècle)  !  Le  berceau 
sera  pervevtij  l'enfance  sera  jeune  pour  l'insur- 
rection, la  jeunesse  sera  émancipée  pour  le  crime; 
les  tribunaux  et  les  priso.ns  en  feront  foi  :  elle 
échangera  sa  soumise  innocence  contre  nos  vices 
glorieux  )  nous  aurons  des  Spartiates  sans  Dieu 
et  sans  lois;  et  la  société  sera  finie  quand  cette 
génération  marchera  sur  nos  tombes,  si  elle  ne 
nous  hâte  pas  d'y  descendi'^. 

Que  sert  d'étendre  plus  loin  cet  «Tcamen  ?  Un 
volume  ne  sufïiroit  pas  à  sa  triste  encylopédie, 
car  tout  sera  vicié;  et,  quand  le  vice  aui"a  atteint 
sa  perfection,  l'Etat  aura  atteint  son  terme.  Usera 
debout,  mais  dissous  et  semblable  à  Ces  débris 
intacts  qu'on  trouve  dans  les  cercueils  d'Hercula- 
çum  :  au  moment  où  ou  les  touche,  ils  s'éva» 
nouissent,  et  ne  laissent  que  leur  cendre. 

Ici,  le  sol  reste,  il  est  vrai  ;  les  hommes  même 
subsistent,  mais  la  nation  cesse  d'être  :  l'âme  qui 
l'anima  pendant  des  siècles  s'exhale>  et  ne  laisse 
sur  la  Icrre  que  la  dépouille  d'un  peuple  mort. 

Alors  cette  masse  inerte,  la  teri  e,  les  hommes, 
sans  lien  qui  les  rassemble  ,  sans  force  qui  les  pro- 
tège ,  devient  l'arène  passive  des  ambitions  ètran- 
gèx'e»  jusqu'au  jo.vn*  où  la  Providence  la  jette  claui^ 
de  nouvelles  combinaisons...  Quel  jour  !  et  si  Dieu 


christianisme,  c'est  la  répression  de  l'orgueil.  S'il  n'ehipêche 
^s  quelques  uns  d'en  avoir,  il  persuade  aux  autres  de  le  souf- 
frir, et  la  paix  se  conserve, 

s3. 


(  356  ) 
nous  avoit  fait  naître  concitoyens  d'un  tel  Etat  ^ 
si,  plein  des  longs  souvenirs  de  sa  gloire,  notre 
coeur  avoit  toujours  palpité  aux  noms  de  Roi  et  de 
patrie,  ne  denaanderions-nous  pas  au  ciel  de  hâter 
notre  fin  pour  ne  pas  assister  à  la  sienne  ! 

Dans  un  autre  article,  nous  rechercherons  par 
quels  moyens  un  Etat  penchant  vers  sa  ruine  peut 
recouvrer  sa  puissance  et  sa  gloire. 

A.  DE  Frewillt. 


La  Fille  d'Honneur.,  comédie  en  cinq  actes ,  en 
a)ers ,  repj'éseutée  sur  le  Théâtre  Français ,  le 
3o  décembre  1 8 1 8;  par  M.  Duval,  de  ï  Académie 
Française. 

M.  Duval  compte  de  nombreux  succès  au 
théâtre;  et,  ce  qui  vaut  mieux,  plusieurs  succès 
.mérités.  Il  occupe  maintenant  une  des  places  les 
plus  éminentes  sur  le  penchant  de  notre  Paraasse 
comique.  Si  nous  commençons  par  cette  obser- 
vation, c'est  pour  motiver  la  sévérité  du  juge- 
ment que  nous  porterons  de  son  dernier  ou- 
vrage. La  position  de  l'auteur  nous  y  oblige, 
tout  écrivain  qui  jouit  à  juste  titre  de  quelque 
renommée  ,  exerrant  toujours  sur  l'opinion 
contemporaine  une  influence  marquée,  et  d'au- 
tant plus  puissante  que,  par  la  nature  de  ses 
travaux  ,  il  lui  sera  donné  de  parier  à  tout 
un  public  assemblé ,  et  de  lui  inculquer  se.% 
principes  par  des  organes  qui  souvent  en  aug- 
mentent encore  la  séduction.  Or,  cette  impor- 
tance des  chefs  de  chaque  branche  de  la  littéra- 
ture, eu  même  temps  qu'elle  est  la  plus  digne  ré- 
compense de  leurs  taleus,  est  à  la  fois  la  mesure  et 


(  35;  ) 
la  règle  de  leurs  devoirs.  Aussi,  furent-ils  scrupu- 
leusemeut  remplis,  ces  devoirs  difficiles,  par  les 
grands  écrivains  de  cette  époque  qu'on  eût  nommée 
le  siècle  des  convenances,  si  elle  n'eût  mérité 
le  titre  de  siècle  du  génie.  Quels  exemples,  aussi 
beaux  que  leurs  ouvrages ,  ils  nou.s  ont  légue's  !  Quel 
respect  pour  le  public  et  pour  eux-mêmesIQue 
d'égards  pour  les  distinctions  sociales,  de  vénéra- 
tion pour  les  saines  doctrines  1  Et  cependant  alors 
ces  doctrines,  ces  distinctions  tenoicnt  à  des  ra-. 
cines  profondes.  Un  pamphlet  n'eût  pu  les  ren- 
verser, une  comédie  les  livrer  à  la  risée  populaire. 
Une  politique  corruptrice  n'avoitpas,  comme  au- 
jouid'lîui,  débauché  la  littérature.  Une  séance 
d'athénée  n'auroit  pas  obtenu  les  honneurs  du 
scandale,  et  un  professeur  d'athéisme  n'eût  été 
connu  que  du  gai-dien  des  Petites-Maisons. 

Nous  voici  bien  loin  de  M.  Duval^  et  c'est  pcut^| 
être  parce  que  lui-même  a  mesuré  avant  nous 
l'immense  intervalle  qui  le  sépare  des  écrivains  de 
ce  beau  siècle  ,  qu'il  s'ost  cru ,  par  cela  seul ,  exempt 
des  mêmes  devoirs.  Il  aura  parcouru  d'un  œil  im- 
partial ses  grandes  comédies  (i),  quelquefois  de 
moeurs,  rarement  de  caractèi'e,  ses  pièces  histo- 
riques (2)  (ou  romanesques,  com.me  on  voudra), 
dont  les  situations,  presque  toujours  fort  pi- 
quantes ,  ne  sont  pas  souvent  vraisemblables  j  ses 
opéras-comiques,  parmi  lesquels  on  remarque  un 
des  chefs-d'œuvre  du  genre  (3),  mais  qui,  après 
tout,  ne  sont  que  d'agréables  binettes 5  et  M.  Du- 
val,  en  faisant,  dans  la  simplicité  de  son  cœur, 
cet  examen  de  conscience  littéraire',  ne  se  sera  cru 


'( t )  Le  Tyran  domestique ,  le  Chevalier  d'industane ,  la  Manie 
des  Grandeurs. 

(2)  La  Jeunesse  de  Henri  V,  le  Menuisier  de  Livonie,  Edouard 
in  Jicosse ,  le  Faux  Stanislas. 


(3)  Maison  à  vendre. 


(  .1>8  ) 

•oétitie  influéhce  sur  l'opinion  publique.  Cette 
faron  de  se  voir  soi-même  fait  honneui-  à  sa  mo- 
destie 5  et  il  est  si  rare,  dans  ce  siècle  malade 
d'orgueil,  de  se  rendre  une  justice  personnelle 
aussi  rigoureuse^  que  c'est  pour  nous  un  grand 
plaisir  d  en  rencontrer  un  exemple  dans  un  membre 
de  l'Académie  Française.  Mais,  encore  un  coup, 
on  e;^t  souvent  plus  par  sa  position  que  par  son 
talent;  et  M.  Duval,  placé,  à  ses  propres  yeux 
comme  aux  nôtres,  le  quinzième,  peut-être,  eiitre 
}efe  portes  comiques,  n'en  reste  pas  moins  aujour- 
d'hui l'un  des  preihiérs  parmi  Jes  derniers.  C'est 
un  malheur,  on  le  sent  bien  ;  mais  ce'n'est  pas  sa 
faute  :  c'est  celle  du  siècle.  Et,  ptùsque  sa  pau- 
vreté nous  force  à  traiter  cet  écrivain  en  homme 
icolisidéToble,  nous  lui  demanderons  s'il  ètoit  bien- 
séant qu  un  académicien  se  fît  le  traducteur  des 
calomnies  contre  la  piété.la  puissance  etla  noblesse, 
qui  ont  passé,  des  club*  de  q3 ,  dans  les  athénées 
de  1818,  calomnies  d'autant  plus  perfides  dans  la 
pièce  nouvelle,  que,  renfermées  dans  l'action  même 
plus  encore  cjue  clans  le  stvle,  elles  échappent  par 
là  au  châtiment  qu'on  auroit  pli  (comme  cela  ai*- 
rive  à  l'alhénée)  infliger  à  d'insultantes  déclama- 
lions?  Etoit-ce  le  moment  à  choisir,  lorsque  tant 
de  grandeurs,  long-temps  souillées  par  la  bassesse 
qui  s'y  étoit  élevée,  ont  besoin  de  tous  les  appuis 
pour  recouvrer  leur  dignité  première;  étoit-ce  le 
moment  de  mettre  en  spectacle  un  prince  souve- 
rain, prêt  à  acheter  de  vils  parens  le  déshonneur 
de  leur  nièce  innocente,  et  le  payant  de  la  dé-» 
pouille  de  l'orphelin,  tandis  qu'il  fait  servir  la 
princesse,  so:v  Epouse,  de  voile  et  de  prétexte  à  cet 
exécrable  u;archè?  Cttle  triple  combinaison  d  in- 
famie e»t  révoltante.  Et  dans  C[uel  temps,  dans 
quel  pays  M.  Duval  en  a-t-il  trouvé  un  exemple? 
Auroit-il ,  par  malheur,  fré([uenté  une  cour  qui 
recelât  des  Aïonslres  de  cette  espèce?  Il  faudroit 


(  359  ■) 
!e  plaindre ,  et  nous  en  voulons  douter.  Mars  si, 
<:ontre  toute  apparence,  cette  cour  a  existé,  comme 
■certainement  elle  n'exisle   plus,   il  ne  falloit  pas 
-exhumer  de  la  boue  ses  restes  lijdeux. 

Mais  ici  une  conjecture  plus  naturelle  se  pré- 
sente,  et  nous  la  soumettons  à  nos  lecfcuî:s.  jNe 
seroit-il  pas  possible  qu'un  jour  M-  Duv'al ,  après 
■avoir  lonof-temps  songé  tout  éveillé  à  quelque  sujet 
de  comédie,  se  fût  endormi  tout  de  bon,  et  que, 
■dans  son  sommeil,  il  eût  réellement  rêve  sa  Fille 
<rhontienr  et  son  étran£;e  famille?  Ceci  n'est  point 
une  plaisanterie  :  des  somnambules  ont  fait  des 
choses  plus  difliciles  que  cette  Fille  d'honneur. 
Qu'on  veuille  donc  v  bien  réfléchir;  et,  sous  ce 
nouveau  point  de  vue,  on  l'ecounoîtra  que  tout 
s'explique,  tout  s'éclaiixit;  et  l'invraisemblance 
•de  la  fable,  et  l'obscurité  de  l'exposition,  et  l'ab- 
surdité de  eette  scène,  base  de  tout  l'ouvrage,  où 
un  inconnu  sans  motif,  sans  droit  avoués,  force  une 
iamîUe  entière  à  entendre  la  lecture  d'une  lettre 
injurieuse  à  cette  famille,  dont  chaque  membre 
devroit ,  dès  les  premiers  mots  ,  lui  imposer  si- 
lence ;  et  la  sotte  confiance  de  tous  ces  person- 
nages qui  lui  viennent  raconter  leui's  infâmes  pro- 
jets, aussitôt  qu'ils  l'ont  reconnu  pour  l'agent  et 
l'ami  de  l'homme  dont  il  leur  importe  le  plus  de 
se  cacher;  et  leur  complaisance  stupide  à  lui  mé- 
nager une  entrevue  avec  la  jeune  tille  qu'il  doit 
prémunir  contre  leurs  embûches  ;  et  tant  d'autres 
extravagances,  fruits  bizarres,  et  pourtant  fort 
naturels,  d'un  sommeil  agité  !....  N'est-ce  pas  en- 
core une  preuve  à  l'appui  de  notre  opinion  que 
cette  Brigitte,  cagote  manquée,  que,  dans  ra  pré- 
face^ M-  Duval  appelle,  avec  une  prédilection 
toute  paternelle,  sa  petite  déuote ,  en  regrettant 
toutefois  d'avoirlaissé  imparfait  son  caractère,  qu'il 
auroit  bien  plus  étendu,  si  «  la  crainte  de  blesser 
V  certaines  cimes  timorées,  de  trop  exitaer  uaks 


(  36o  ) 

»  LE  scjET,  ne  Vavoit  forcé  de  réduire  ce  rôle  à  ce 
■»qiiil  y  a  ^'i.vDispEivsABr.E?  Mais  ,  ne  pouvant  le 
■»  DÉVELOPPER,  //  a  vu  riiidiquer,  »  pour  ne  pas 
perd]  e  toul-à-fait  «  iavanlage  d'offrir  une  fausse 
•»  dévote  acariâtre:  w  avanlaç^e  immense,  en  ef- 
fet!  Et  qui  ne  voit  clairement  qu'ici  la  cons- 
cience de  M.  Duval  s'est  bien  mal  à  propos  réveillée 
à  moitié,  et  que,  sans  ce  contre-temps,  au  lieu  de 
sa  petite  dévoie  indiquée,  qui  n'est  q^xC acariâtre,  il 
en  auroit  développé  une  grande  qui  eût  été  furi- 
bonde par  proportion  ,  sujet  vraiment  dramatique 
pour  le  public  libéral;  tandis  qu'ainsi  réduite  à 
débiter  quelques  phrases  ridiculement  mystiques 
(comme  pour  empêcher  qu'il  n'y  ait  prescription 
depuis  que  les  Visiiaudines  sont  défendues)  ,  il  en 
résulte  que  les  uns  y  cherchent  en  vain  un  carac- 
tère prononcé,  et  que  d'autres  n'v  trouvent  qu'une 
nrauvaise  intention?  Que  INI.  Duval  reprenne  donc 
hardiment  sa  première  inspiration  philosophique, 
même  au  risque  de  trop  entrer  dans  le  sujet,  ou 
bien  qu'il  supprime  sa  chère  petite  dévote  tout 
entière,  qui,  telle  qu'elle  est,  mécontente  tout  le 
monde.  Ce  sacrifice  seroit  d'autant  moins  pénible, 
qu'il  ne  coûtcroit  pas  un  seul  bon  vers  à  IM.  Duval  j 
et  nous  l'en  prévenons ,  parce  que  M.  Duval  doit 
tenir  prodigieusement  à  «es  bons  vers. 

Une  autre  iHsion,  plus  malheureuse,  parce  qu'il 
n'est  pas  si  facile  de  la  faire  évanouir,  c'est  ce 
iautastique  baron ,  autrefois  banni  par  son  pays 
pour  avoir  épousé  la Jille  cVun  artisan.  Ce  pays  est, 
comme  on  voit,  bien  différent  de  tous  ceux  que 
nous  connoissons  ,  ou  1  opinion  publique,  et  non 
les  lo's,  a  parfois  fait  justice  des  mésalliances, 
mais  où  l'opiuion  publique  n'a  jamais  eu  pouvoir 
de  bannir   personne    :    et    nous   en   renconti'ons 

chaque  jour  la  preuve  dans  les  rues  de  Paris 

IMais  par  (juel  surcroît  de  mallieur  M.  liuval  a-l-il 
encore  rêvé  que  dans  cette  noble  famille,  le  iils,  qui 


(  36i  ) 
par  sa  désoLéissaiicc  a  encouru  la  juste  indigna- 
tion de  ses  parens ,  est  indispensablement  le  seul 
membre  de  cette  famille  qui  puisse  conserver  des 
sentimens  d'honneur,  de  probité?  Jusqu'à  présent, 
dans  le  monde  réel,  on  n'avoit  pas  cru  que  la  ma- 
lédiction paternelle  portât  bonheur  à  ce  point,  et 
l'on  avoit  cherché  ailleurs  la  source  des  vertus. 
L'auteur  nous  répondra-t-il  que  son  baron  maudit 
et  proscrit,  s'élant  élevé  du  rang  de  gentilhomme  à 
celui  de  marchand,  et  substituant  à  ses  propriétés 
foncières  des  ricliesses  commeicialcs,  il  a  dû,  par 
cela  seul,  acquérir  aussi  tous  les  sentimens  nobles  , 
qui,  comme  on  sait,  sont  inséparables  de  toute  for- 
tune portative  ?  iSous  convenons  que  cette  partie 
du  songe  s'embelliroit  à  certains  yeux.  Mais  il  ne 
falloit  pas  le  gâter,  en  nous  montrant  le  baron- 
négociant,  exceptant  la  politesse  de  ses  perfections 
acquises,  se  croire  autorise  à  insulter  les  gens  à 
leur  table  ,  parce  qu'il  leur  promet  de  l'argent 
(qu'il  ne  leur  donne  pas  ) ,  blesser  à  dessein  les 
usages  de  tous  les  hommes  bien  élevés  ,  nobles  ou 
non,  et,  fanfaron  de  grossièreté,  la  pousser  au 
point  de  la  regarder  comme  le  droit  de  l'opu- 
lence. Ce  seroit  rétablir  bien  maladroitement  le 
régime  des  privilèges.  Il  aura  beau  dire  : 

Cet  orgueil  est  permis  : 

Quiconque  a  beaucoup  d'or  a  d'illustres  amis. 

Un  grand  nom  n'offre  plus  qu'une  vaine  npparence, 

S'il  ne  s'est  prudemment  grefF    sur  la  ilnanfe. 

Et  l'on  est  trop  heureux,  tout  baron  (jue  l'on  est, 
Quand  un  bourgeois  veut  bien  accepter  un  billet. 

Tout  cela  est  possible,  dans  le  fond,  mais  n'em- 
pêche pas  le  bourgeois  d'être  poli  dans  la  forme  5 
d'autant  qu'il  n'en  coûte  rien.  jNous  en  appelons 
de  M.  Duval  rêvant  à  M.  Duval  éveillé  j  et  nous^ 
lui  demanderons,  par  exemple,  si,  en  nous  sup- 
posant cent  mille  écus  de  rente  (que  nous  n'avons 


(  362  ) 
pns),  il  trôuveroit  bon  et  convenable  (jnC  bous 
ailâssioTislai  rendre  visite  et  nous  prier  sans  façon 
A  dîner  chez  lui ,  pour  avoir  le  plaisir  de  lui  dire 
crûment,  au  dessert,  que  sa  JFil/e  d'Honneur  est 
un  pauvre  ouvrage,  mal  pensé,  mal  conçu,  ma] 
écrit:  certes  ,  M.  Duval  s'en  formali$eTX)it ,  elavec 
raison,  parce  que  ce  sont  de  ces  choses  qui  peuvent 
€11*6  vraies,  mais  qui  ne  se  disent  point  en  face, 
et  que  ,  même  de  loin,  on  doit  toujours  envelopper 
de  pi^écautions  oratoires  et  de  formules  adoucis- 
santes. 

Fidèles  à  rengagement  que  le  Conservateur  a 

f>ris  de  considei^erle  théâtre,  principalement  sous 
-e  rapport  moral  on  politique,  nous  passerons  légè- 
rement stirla  partie  littéraire  delà  pièce  nouvelle. 
D'ailleurs,  les  critiques  qui  nous  ont  précédés  ont 
épuisé  la  matière.  La  situation  très -dramatique 
du  troisième  acte,  une  scène  fort  habilement 
filée  au  quatrième,  et  surtout  admirablement  ren- 
due parl'un  des  deu"i  interlocuteurs,  mais  reposant 
l'une  et  l'autre  sur  une  donnée  absurde  ;  enfin  pres- 
que tout ,  beautés  comme  défaut;? ,  a  été  loué ,  cri- 
tiqué, signalé  ;  et  c'est  uniquement  pour  contenter 
les  lecteurs  qui  veulent  sans  cef^se  du  noui^eaii ,  nen 
JiU-il plus  au  monde,  que,  profitant  d'une  omission 
de  nos  devanciers  ,  nous  remarquerons,  en  pas- 
sant, la  niaiserie  accessoire  d'un  certain  chevalier 
d'industrie,  ami  du  prince  ,  qur  croit  bonnement 
conduire  à  la  cour  un  simple  marchand,  bien  que 
celui-ci  porte  sur  un  habit  magnifique  des  plaques 
et  des  cordons  que,  jusqu'à  présent  du  moins,  les 
marchanas  ont  vendus,  mais  n'achètent  pas  encore 
pour  leur  usage  5  niaiserie  qui  auroit  bien  pu  nous 
échapper  aussi  dans  le  nombre,  si  elle  n'étoit  soi- 
gneusement consignée  dans  cette  réponse  plaisante 
où  le  chevalier  dit,  en  parlant  du  négociant  : 

C'est  un  diable ,  Je  croîs. 

Et  cepenfiant  ce  diable  est  toal  coavert  de  crow 


(  363  ) 

A  pi'opos  de  diable,  nous  engâgèôils  M.  D'Jt'al 
à  en  expulser  une  douzaine  qui  nuisent  .«eusible- 
ment  à  la  dignité  de  sou  style.  On  sait  bien  c[ne 
sa  cour  n'est  pas  une  dour  Comme  une  autre  ^  mais 
quand  on  a  assez  d'espHt  pour  en  rêver  une  quel- 
conque, il  faut,  autant  que  possible,  né  pas  taire 
dire  a  ceux  qui  lâ  fréquentent  :  ce  dix^le  d'/iomnief 
cette  DIABLE  de  lettre.'  ce  djacle  de  paquet!  d'où 
DIABLE  me  'vient-il?  que  le  i>iable  ni  emporte  !  au 
DIABLE  si  f  y  crois/  ^^ est  ainsi  que  le  oiable  ajini 
rentrevue!  Celte  litanie  diabolique  n'étoitpas  né- 
cessaire pour  éloigner  les  applications  et  prouver 
que  ses  personnages  éloientgens  d'un  autre  monde. 
Pendant  que  nous  en  sommes  aux  répétitions,  en 
voici  de  moins  fâcheuses  ,  mais  qu'il  ne  seroit  pas 
mauvais  non  plus  d'élaguer. 

.7  ignore 

Pourquoi  mon  fils  (jui  peut  pi'étendre  à  de  grands  biens. 

D'en  jouir  noblement  veut  s'ôler  les  moyens^ 

Sans  ma  permission ,  il  se  fait  serré  taire. 

Wpeitt  en  avoir  trois,  si  ce\dL  peut  lui  plaire. 

Est-ce  l'aml)ilion  qui  peut  le  tourmenter? 

Il  est  de  ces  emplois  cjue  je  puis  acheter. 

D'ailleurs,  j'ai  vingt  barons  qui  m'offrent  de  le  prendre  : 

Dés  demain  ,  s'il  lé  veut ,  chez  éiiv  il  peut  se  rendre . 

Ces  vers  se  suivent.  Or,  il  faut  avouer  que  si  , 
dans  la  conversation  familière ,  l'opulence  peut 
s  exprimer  ainsi ,  en  poésie,  c'est  étrangement 
abuser  du  pouvoir.  M.  Duval  ne  peut-'W  pas  aussi 
nous  rendre  ce  quatrain  intelligible? 

Enfin,  jusqu'à  sa  sœur  (la  petite  dévote) , 

Soumise  avec  orgueil ,  hautaine  avec  douceur, 
Qui  damne  beaucoup  moins  d'un  zèle  cliaritable 
De  NOS  pouiTes  humains  la  ixice  abominable. 

jSous  savons  beaucoup  de  nos  pauvres  humains 
qui  n'enlcîident  pas  plus  celle  mystérieuse  locu-' 
lion  qu'ils  n'approuvent  les  ligures  suivantes  : 

Ses  aimables  secrets  sont  ceux  de  l'innocerc  , 


(  364  )       • 

Que  l'on  a  fait  sortir  des  plus  gothiques  tours, 

Du  plus  vieux  des  châteaux  pour  vivre  dans  les  cours." 

Et  quelle  est  I  âme  honnête 

Qui  vient  de  déchaîner  contre  nous  la  tempête? 

Quelle  secrète  rage 

Au  moment  du  succès  fait  e'clater  l'orale  ? 
^e  pourral-je  bientôt  en  connoilre  l'auteur? 

Les  secrets  de  r  innocence,  que  l  on  fait  sortir  des 
plus  gothiques  tours  pour  'vivre  dans  les  cours  ! 
Une  diiie  honnête  qui  déchaîne  une  tempête/  .... 
L'auteur  d'une  rage  ,  et  d'une  rage  qui  fait  éclater 
un  orage  / . , .  Quelles  images!  quel  langage  ! 

En  terminant  cette  analyse ,  une  crainte  s'em- 
pare de  nous  5  celle  d  être  rangés,  par  l'auteur, 
parmi  ces  hommes  qui ,  ayant  critiqué  sa  pièce 
avant  nous,  sont  flétris  ,  dans  sa  préface,  du  titre 
de  défenseurs  des  "vices  privilégiés.  Et  que  de- 
viendrions-nous ,  grand  Dieu  I  si  par  une  extension 
très-facile ,  nous  appliquant  aussi  le  paragraphe 
qui  suit  ininiédiatenieni ,  nous  allions  être,  aux 
yeux  de  M.  Duval ,  a  un  de  ces  hommes  sans  pu- 
.')  deur ,  tjUs  instruniens  des  partis ,  qui  n'ont  ac- 
))  qius  de  célébrité  que  par  leur  audace  et  leur 
j)  bassesse,  qui  s'enorgueillisse/itde  leurs  trahisons 
">)  comme  on  s'honore  d'une  vertit;  qui  défendent 

»    aujourd'hui  les  nobles  contre  des  ÉPIGRAMMES 

»  DE  comédie,  et  qui  naguère  ,  armés  contre  le 
y  malheur,  demandoient  leur  tête  du  haut  d'une 
))  tribune  (  i  )?  )jLe  vague  de  cette  bizarre  accusation 
rend  la  crainte  permise  à  la  conscience  la  plus- 
pure.  Car  à  qui  l'appliquer?  Nous  conuoissons , 
il  est  vrai ,  nombre  de  personnes  qui  ont  demandé 
la  tête  des  nobles,  et  qui  même  l'ont  souvent  prise 
sans  la  demander.  Mais  nous  ne  voyons  pas  que 


(i)  Cette  phrase,  ainsi  que  celle  cite'e  plus  haut,  relative  au 
caractère  de  ErigiUe  ,  sont  textuellement  copiées  de  la  préface 
de  l'auteur. 


(  365  ) 

ce  soient  ces  personnes-là  qui  les  défendent  au- 
jourd'hui contre  des  épigrammes  ,  pai-  la  raison 
qu'elles  sont  plus  conséquentes  dans  leur  con- 
duite que  les  personnages  de  M.  Duval.  D'un  autre 
côté,  nous  connoissous  aussi  beaucoup  de  braves 
gens  qui  défendent  les  nobles  contre  des  attaques 
plus  sérjeuses  que  des  épigrammes  de  comédie, 
fussent-elles  de  M.  Duval.  Mais  il  ne  nous  est  pas 
revenu  que  ces  braves  gens  aient  jamais  demandé 
leur  tête  ni  celle  de  personne  ,  parce  que  cela  7i'est 
pas  dans  leur  caractère.  Où  donc  trouver  tout  en- 
semble ces  démagogues-féodaux  ,  ces  bourreaux- 
défenseurs  qui  ont  fait  à  la  fois  l'un  et  l'autre  ? 
Seroit-ce ,  par  aventure,  dans  les  régions  imagi- 
naires où  M.  Duval  a  découvert  son  barou-né- 
gociant,  son  niais  d'industrie ,  sa  petite  dévote  aca- 
riâtre; enfin,  tous  ses  diables  de  pei'sonnages  ?  Oh  î 
alors,  cela  nous  rassureroit.  Mais  aussi,  pourquoi 
l'auteur  ne  nous  a-t-il  pas  avertis  qu'il  revoit  en 
prose  comme  en  vers?  Un  mot  eût  suffi.  Il  s'agis- 
soit  seulement  d'annoncer  sa  pièce  ainsi  :  la.  Fille 
d'Honneur  ,  ou  les  Visions  de  M.  Duval,  songe 
en  cinq  actes ,  en  vers ,  précédé  d'une  puéface. 

Le  Comte  O'Mahont. 


Bibliothèque    Latine,     ou    Collection    d'auteurs 
Classiques  Latins  (i). 

Le  siècle  des  lumières  a  menacé  de  faire  de  nous  un 
peuple  de  barbares^  il  nous  entraîne  encore  avec  ra-piditë 

(i)  A  Paris,  chez  H.  Nicolle  ,  libraire  ,  rue  de  Seine  ,  n°  12  ; 
à  la  Librairie  grecque-laline-allemande,  rue  des  Fossés-iNIont- 
martre,  n"  i4;  et  chez  Et.  Gide  fils,  rue  Saint-Marc,  n»  20 

Conditions  de  la  Souscription.  Le  prix  de  chafjue  volume  de 
cette  Collection  est  da  dix  francs  en  papier  fin  saline  ,  et  de 
^'ini^t francs  en  papier  vélin  satiné  ,  pour  les  personnes  qui  sous- 
criront avant  la  publication  de  la  seconde  Livraison.  Passe  cette 
époque,  le  prix  de  chaque  volume  sera  porté  à  12  fr.  el  à  ^4  <r. 


(  sru;  )    ■ 

vers  la  barbarie j  et  si  la  Providence  n'arrête  enfin,  par  UH- 
niira<le  c'e  sa  bonlé  et  de  sa  loute-pu  ssance ,  celle  marche 
el (Vil vante  et  iffrénée  de  principes  et  de  doctrines  inouïes 
d;ins  1  liistoire  des  nations,  cette  h^ihav'ie.  savcmle ,  fondée 
sur  le  développement  extraordinaire  des  sciences  purement 
via  té  rie  Iles  ^  et  sur  le  mépris  ou  plutôt  1  ignorance  la  plus 
stupide  des  choses  intellectuelles^  finira  par  offrir  au 
tnonde  un  spectacle  unique  de  ujisère  et  de  dotgradalion. 
Lorsque  le  malérialisnic  scienlifique  continue  de  tout  ra- 
valer et  de  tout  envahir,  appelons  dope  à  notre  secours 
toutes  lesconno'-saances,  toutes  les  éluUes  qui.sont  dénature 
à  U'croitre  le  douaine  de  1  intelligence.  Pour  sàuver  noire 
goût,  revenons  aux  antiques  traditions  liitéraires,  comme 
ji  est  nécessaire  de  revenir  à  nos  vieilles  traditions  morales 
et  religieuses,  pour  sauver  la  société;  et  s  il  se  présenle 
quelque  entreprise  qui  ail  un  caractère  frappant  d'utilité 
pour  les  bonnes  lettres,  considérons  comme  un  devoir  de 
la  publier,  de  la  loutr  ,  d'en  assurer,  autant  qu'il  est  en 
nous,  In  succès. 

Telle  est  la  grande  et  belle  entreprise  de  librairie  que 
tous  les  journaux  oi!i  annoncée  sous  le  titre  de  liibliuthèque 
l'ti/ii/e,  efc.  Elle  a  pour  but  de  l'cmeltre  la  France  au 
niveau  des  i^tudes  philologiques  que  l'tuTOpe  savanie  ua 
pas  cessé  de  cultiver  un  seul  insfaal,  tandis  que,  depuis 
tm  demi-sièclf ,  elles  sont,  à  quelques  exceptions  près, 
entièrement  négligées  pwrmi  nous;  de  nous  faire  jouif 
ainsi  de  ces  trésors  d'érudition  amassés  par  nos  voisins,  et 
dont  beaucoup  de  nos  geas  de  lettres  ne  soupçonnent  pas 
même  rcxistence  ;  enfin,  de  ranimer  parmi  nos  professeurs 
le  goût  de  ces  éludes  et  de  ces  travaux  d'érudition  littë*- 
raire,  qui  demandent  tant  de  soins,  d'application,  de 
conscience,  de  si  longues  préparations,  et  qu'il  ne  leur 
serclt  point  permis  d  entreprendre  et  de  publier  légore- 
jnent,  sans  se  déshonorer  aux  yeux  de  cette  Europe ,  la»- 
quelle  deviendroit  nlors  pour  eu,\'  un  tribunal ixL&XQCâhie 
où  ils  seroient  jugés  sévèrement  et  sans  appel. 

Les  hommes  de  lettres  qui  se  sont  chargés  de  la  haut^ç 

Les  Souscripteurs  ne  sont  engagr-s  <juc  pour  tous  les  voliimçjj 
composant  les  œuvres  de  l'auteur  pour  lequel  iis  auront  sous-* 
crit.  Pour  les  oi!vr3j:es  rjUi  lormcront  p-usieurs  v.olumes,  ntt 
diîvra  toujours  payer  le  dernier  volume  d'avance. 


(  367  ) 

direction  de  cette  entreprise  ,  et  dont  plusieurs  sont  hano- 
rablement  connus  par  des  productions  analof^ues  à  ce 
f;enre  de  travaux,  ont  conçu  un  plan  simple,  savant, 
judicieux  ,  qui  semble  complet  dans  toutes  se»  parties  ,  et 
dans  lequel,  sous  le  rapport  de  cette  érudition  philolo- 
gique, ils  ne  craignent  point  de  reconnoitre  à  la  fuiç  «t 
notre  foiblesse  actuelle  et  la  supériorilé  incontestabfe  de» 
savans  étran|!;ers.  On  aura  de  la  peine  à  croire ,  et  cepen^ 
dant  il  est  très-certain  que  cet  aveu  leur  a  été  reproché 
comme  une  espèce  d'atteinte  portée  à  ta  gloiie  nationale. 
Jusqu'ici  ce  fanatisme  farouche  d'un  absurde  patriotisme 
sembloit  s'être  renfermé  dans  la  politique  :  ce  sera  un  trait 
caractéristique  de  l'époque  oii  nous  vivons,  qu'il  ait  pu 
s'introduire  jusque  dans  la  république  paisible  Et  cosnto-' 
potite  des  sciences  et  des  lettres. 

Ces  vrais  littérateurs  qui  pensent  que  la  gloire  nationale 
ne  consiste  pas  plus  à  faire  des  sottises,  qu'à  poursuivre 
avec  entêtement  celles  que  Ton  a  déjà  faites  ,  n'en  ont 
pas  moins  persévéré  dans  le  plan  qu'ils  avoient  si  savam- 
ment médité,  et  qui  est  en  effet  lo  seul  vraiment  raison- 
nable qu'il  fôt  possible  de  concevoir.  Deux  Prosperius , 
qui  se  sont  succédé  dans  le  courant  de  l'année  dernière  , 
en  ont  développé  toutes  les  parties  et  fait  sentir  tous  les 
avantages.  Ce  plan  vient  d  être  de  nouveau  présenté  plus 
succinctement  dans  une  notice  qui  accompagne  la  première 
Livraison  de  la  Bibliothè(jue  Latine^  publiée  daas  les  pre- 
miers jours  de  ce  moisj  et  nous  pouvons  assurer  qu'il  est 
tracé  de  manière  à  nous  faire  jouir,  sur  tous  les  écrivains 
classiques  de  l'ancienne  Pvome,  des  travaux  les  plus  par- 
faits exécutés  par  les  philologues  modernes  les  plus  ha- 
biles, de  ces  travaux  que  le  suffrage  de  l'Europe  entière 
a  consacrés  •,  de  nous  en  faire  jouir  dans  un  m-illeur  ordre, 
avec  une  plus  grande  correction,  et  une  supériorité  d'exé- 
cution typographique  incomparable  j  car,  sous  ce  dernier 
rapport ,  nous  avons  incontestablement  surpassé  toutes  las 
autres  nations. 

Cette  première  Livraison  se  compose  de  deux  volumes  : 
le  premier,  du  VjRGILEde  He^ne;  le  second,  du  TACITE 
d'Oberlin. 

Le  VlRGIi-E  aura  6  volumes,  en  y  comprenant  le  Con*- 
mentaire  du  célèbre  F'oss  ^  traduit.de  l'iiUemand  en  latin. 


(  368  ) 

et  celui  de  Servius,  imprimé  d'après  un  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  du  H«)i ,  non  encore  dépouillé.  LeTACITE, 
4  volumes  dans  lesquels  on  trouve,  a  ;  i".  des  Annotations 
nouvelles,  inédites^  et  imprimées  sur  des  notes  manus- 
crites laissées  par  Oberlin;  2°.  Un  travail  très-eslimé  sur 
le  Dialogue  de  claris  Oratorit/us  ^  dont  l'auteur  est  le 
savant  philologue  allemand  M.  Schulze. 


DU  COIN  SERVATEUK , 

DE  LA  MINERVE  ET  DE  LA  CORRESPONDANCE  PRIVÉE. 


Définitivement,  le  Consen-ateiir  se  place  à  la 
tête  de  l'opinion  ,  ce  que  nous  remarquons ,  non 
pas  pour  nous  ,  à  qui  ce  succès  est  individuellement 
tort  égal  ,mais  parce  que  cela  prouve  ce  que  nous 
avons  souvent  répété  ,  sans  qu'on  voulût  le  croire, 
que  l'opinion  royaliste  est  l'opinion  doiiiinantede 
la  France.  11  étoitaisé  aux  autres  opinions  de  triora- 
pherlorsqu'ellesparloientseules  :  maislorsquenfin 
l'opinion  royaliste  a  trouvé  un  organe,  le  combat 
n'a  pas  été  long-temps  douteux.  Il  a  fallu  cpielaue 
courage  pour  commencer  /e  Coiiservaleiir ;  il  a 
fallu  secouer  des  préjtigés,  surmonter  des  obsta- 
cles de  iDosilion,  affronter  quelques  orages ,  faire 
le  sacrifice  de  son  repos  5  mais  nous  sommes  pavés 
de  ces  sacrifices.  Maintenant,  il  y  a  une  opinion 
royaliste  forte  en  dehors  des  Chamljrcs.  Les  mi- 
norités ont  un  public  qui  leur  répond.  Dans  l'é- 
tranger, le  Conservateur  commence  à  exercer  une 
influence  considérable.  Les  journaux  anglais,  et 
notamment  le  Courrier,  s'appuient  do  son  autorité. 
En  France,  il  fait  naître  une  foule  de  feuilles 
royalistes  qui  croissent  suh  umhrà  a/aruni .  Le 
Drapeau  blanc  et  la  Bibliothèque  Ro_yaliste  s,q  dis- 
tinguent parmi  les  champions  de   la  légitimité. 


(  3(39  ) 
L'Un  perce  les  ennemis  avec  les  traits  du  ridi- 
cule- l'autre  nous  donne  des  pièces  authentiques 
sur  les  révolutionnaires  qui  sont  aujourd'hui  des 
personnages.  C'est  ainsi  qu'il  faut  dans  une  ar- 
mée des  troupes  de  toutes  armes  pour  combattre 
sur  tous  les  "terrains. 

Aussi  la  fureur  minisférielîe  est-elle  grande 
contre  fe  Conservateur  :  on  l'attaque,  on  le  dé- 
chire, on  cherche  à  lui  jouer  mille  tours.  La  Li- 
vraison où  se  li'ouve  le  fameux  rapport  de  M.  de 
Cazes  ,  a  eu  toutes  les  peines  du  monde  à  arriver 
à  sa  de-îtination.  Huit  cents  réclamations  pour 
défaut  d'exactitude  sont  parvenues  ,  dans  une 
seule  fois  ,  à  M.  Le  INormant.  Il  faut  que  les 
chemins,  soient  bien  mauvais  !  !^ous  savons  aussi 
qu'à  la  frontière  suisse  le  Conservateur  éprouve 
■de^  retards.  JNous  espérons  que  cela  ne  découra- 
gera pas  nos  lecteurs.  Il  est  tout  simple  que  cer- 
taines gens  cherchent' à  retenir  des  mains  indis- 
crètes qui  leur  portent  sans  cesse  le  flambeau  au 
visage  :  il  seroit  plus  commode  de  marcher  dans 
l'ombre. 

A  mesure  que  le  Conservateur  s'élève,  les  ou- 
vrages opposés  tombent  ou  subissent  des  révolu- 
tions. Chénier,  dans  une  de  ses  coîtres ,  disoit  à 
Voltaire  : 

«  Tu  perdis  ton  esprit  quand  tu  fus  chambellan.  » 

Il  paroît  qu'on  perd  son  esprit  quand  en  de- 
vient ministériel.  On  ne  reconnoît  pli*s  la  Mi- 
nerve \,  depuis  qu'elle  conduit  le  jeune  Télémaque 
ou  le  nouveau  ministère  par  la  main  5  on  dit  même 
que  les  rédacteurs  de  cette  feuille  sont  divisés  j 
qu'une  partie,  pluo  ferme  dans  ses  opinions,  veut 
passer  à  un  autre  ouvrage  sémi-pe'riodique. 

Il  paroîLque  les  vapeurs  qui  offusquent  les  régions 
ministérielles,  non  seulement  donnent  à  l'esprif 
une  certaine  pesanteur,  mais  qu'elles  troMblclil 
Tt'îîH  II,  —  ai*"  LiYBAisoîT.  24 


encore  le)ujj;eincnt.  Les  objets  paroissent  donblos 
dans  ce  pays  des  illusions  5  les  comptes  s'enflent , 
les  chiffres  se  midtiplient  5  on  croit  lire  des  nom» 
funestes,  des  noms  de  royalistes,  comme  les  mots 
tracés  sur  la  muraille  au  festin  de  Baltazar.  On  sait 
que  la  liste  des  pensions  de  l'Etat  a  été  imprimée 
tn  dix;  volumes  iiî~^° .  La  3Iinerue  a  vu  dans  la 
liste  de  ces  pensions  des  choses  singulières  ;  ap- 
paremment qu'elle  a  fait  faire  pour  elle  seule  une 
édition  particulière.  INous  avons  confronté  ce 
qu'elle  rapporte  avec  ce  qui  se  trouve  dans  l'édi- 
tion distribuée  aux  Chambres  ,  et  voici  ce  que  nous 
avons  trouvé  : 


ÉniiioK  HE  lA  Minerve. 

Vkhsion  de  ia  Minehye  . 

Édition  des  Chambres 

ConeetioHs  a  faire. 

Ton».  I. . .. 

Pag.    47.-. 

Le  lieutenant-général  B. . . 

Ne  se  trouve  pas  ^  cette 
page. 

V 

23()..  . 

Le  comlc  de  L. 

Ne  se  trouve  pas  à  cette 
page. 

ni... 

127.,. 

M.  de  H 

Ne  se  trouve  pas  a  tetle 
page. 

ni... 

569... 

Une  dame  de  I5e...  jouissant 

Ne  se   trouve  pas   à   cette 

d'une  pension  de  2000  fr., 

page. 

parte  qu'elle  est  abandon- 

née de  son  mari 

X... 

20G... 

Une  veuve  graliCéc  de  6000 

Ceci    se  trouve   h    la   page 

fr.  de  pension,  en  consi- 

indiquée;    mais     il    faut 

dcralionde  l'impossibilité 

ajouter   vendus  par   juiU 

où  elle  se  trouve  d'exercer 

du  séquestre. 

sa  reprise  sur  les  biens  de 

v... 

37... 

Femme  divorcée  de  M.  de... 

Ne  se   trouve   pas   à   cette 

vni. 

saS. .. 

Le  portier  d'une  Chartreuse 

Se  trouve  a  la  page   indi- 

(si heureusement  choisi), 

quée.  C'est  un  vieillard 
de  80  ans   :  il  a  5o  fr.  de 

et  qui  ne  peut  échapper  a 

M.  E.  J.  comme  étant  un 

pension    pour   33   ans   de 

des  commensaux   de   l'E- 

service. 

6''se.- 

\n.. 

335... 

Le  jardinier  de  l'Abbaye.. 

S'y  trouve;  et  c'est  de 
même  un  vieillard  de  81 
ans:  ila  5o  fr.  de  pension. 

X... 

643... 

Le  domestique  du  couvent. 

N'est  pas  ainsi  designé. 

VI  .. 

658... 

L'officier  laY(jue  de  la  ca- 

S'y trouve  en  effet  j  il  a  44 

IV... 

iCg... 

thédrale  ■...>....■..... 

Ir.  de  pension. 
On  trouve   la  femme  Don- 

D...,  pour  services  de  ses 

ancêtres  dans  la  garde  de 

bleau  ,     veuve  ,    79   ans  ; 

Paris  ou  le  guet.. 

Cl  fr.  de  pension. 

1 

iSfi...- 

B...,   garçon    du   château 
el  de  la  ménagerie  , 

§'y  trouve. 

(  371  ) 


Edition  es 

La  51inei\ve. 

Version  ds  la.  Minsrvk. 

EoiT.oN  CES  Chambrés. 

Correctiont  à  faite. 

Tom  IV.  . 

Pag.  538... 

F...,    service    de    famille 

N«  se  trouve  pas  ainsi  in- 

dans là  niAison  du  Roi  de 

diqué. 

Pologne 

IV... 

263,.. 

B...    d'A...,    p»hle-fille 
d'un  brigadier  du  Roi... 

Ne  s'y  trouve  pas. 

IV.  . 

a63... 

G. . .  et  Û. . .  ,  6ls  et  fille  Ne  se  troaveot  pas. 
d'une  vicliine  de  la  rcvo» 
lution... 

m... 

7o3.  . 

M...,  en  considérai  ion  de  C'est  M«  de  Margucrie,  qui 

la  mort  glorieuse  de   son     louche  une  ancienne  pen- 

frère si?p  (  267  fr.  ). 

IV.  . 

487... 

Les    cnfans    Cr...,    veuvcsiH    n'y    a   dans   cette    page 

de  gardes  nationaux 

que  la  veuve  d  un  chet  de 
brigade. 

X... 

58.... 

Le  volontaire  royal  (qui  ne 

N'est  pasdéiigné  dans  cette 

peut,  selon  M.  E.  J. ,  ni 

p..ge. 

avoir  reçu  de   blessure  ni 

I ... 

3.... 

servi  dixao s).. ......... 

Ne  se  trouve  pat  ^  la  page 

Félix  Bault,    musicien   de 

le  chapelle  du  Bol 

indiquée. 

IV... 

i>33... 

La  »C'.ve  dont  le  mari  a  été 
assassiné   par  les   rebelles 
de  Gardonniiye ,    et    dont 
le  pension  e-t  de  600  fr.  i 

N'y  est  pas. 

IV... 

479... 

A  l'épouse   d'un  représen- 

La pension  la  plus   éleve'c 

tant  immolé  pour  la  bonne 

de  cette  page  est  de  4oo  f. 

cause  ,    une    pension    de 

i5oo  Ir. 

X... 

546... 

L'homme    victirtie    rie     son 

.Se    trouve,    à    l'otcéption 

dévouement  a  ses  devoirs 

que  c'est  une  veuve;  elle 
a  2G7  fr.  dé  pension. 

VII... 

6.3... 

Deux  orphelines  du  même 

C'est    Mlle    Maudull  ,    fille 

père  ,    dont    une    âgée  de 
41  ans. ..  et  qui  ont 

d'un   professeur,  collègue 

de  M.  Tissot.  Elle  a  Soo  f. 

Enfin,  M.  Barigoul.'. 

N'existe  pas. 

Pour  épuiseï'  l'histoire  des  jouniaiix; ,  nous  ap- 
prendrons à  nos  lecteurs  uue  griinde  nouvelle  :  il 
y  a  guerre  civile  t^iitrè  lies  Cor responddn ces  pri- 
vées. Une  d'elles  attaque  M,  le  mai-éclial  Gouvion- 
Saint-Gyv ,  et  l'autre  tire  sur  M.  le  comte  de  Gazes. 
Celle-ci  à  propos  des  destitutions  projetées,  de- 
mandées ,  et  tous  les  jours  accoinplie.s  ,  s'exprime 
ainsi  :  «  Le  niai;;échal  Gouvion-Saint-Gyr  agit, 
»  sous  ce  rapport,  av-ee  plus  d'efficace  peut-être 
))  que  le  comte  de  Care.s.  Le  niaréclial  consulte 
1)  différens   olHciçfS  -  généraux   dont  le  caractère 


(  372  ) 

»  décidt:  est  un  favorable  soutien  de  so«  ésergie , 
))  tandis  que  le  comte  de  Gazes  paioît  s'appuyer, 
»  trop  implicitement  peut-être,  Sun  l'opiniou  de 
î)  conseillers  choisis  parmi  certains  députés  ,  cou-j 
î)  nus  sous  le  nom  de  doctrinaires,  des  hommes 
))  qui  possèdent  plus  d'idées  spéculatives  que  de 
5)  science  pratique,  qui  sont  très-ingénieux,  dans 
»  la  théorie  ,  mais  timides  et  inexpérimentés  dan$ 
>    la  théorie.  )> 

Ou  prétend  que  cette  division,  annoncée  dan» 
les  Correspondances  privées  ^  existe  en  effet  dans 
notre  ministère.  Dans  le  récit  qu'on  en  f;tit, 
MM.  les  ministres  de  l'intérieur  et  de  la  marine 
seroient  opposés  à  MM.  les  ministres  de  la  guerre  , 
des  finances  et  de  la  justice;  M.  le  ministre  dc^ 
affaùfcs  étrangères  seroit  tout  seul ,  mais  inclinant 
au  ministre  de  la  guerre.  On  assure  qu'une  sc«"ne 
assez  vive  eut  lieu  dans  un  des  derniers  conseils  r 
M.  le  comte  de  Cazes  proposa,  dit-on,  de  faire 
nommer  Mgr  le  duc  d'Angojiléme  généralissime 
des  armées ,  avec  la  nominatio  aux  emplois  ,  plac*î 
semblable  à  celle  qu'occupe  INlgr  le  duc  d'Yoj-ck, 
en  Angleterre.  On  prétend  que  le  ministre  de  \<\ 
guerre  ,  qui  a  ses  raisons  pour  vouloir  garder  les 
nominations  ,  combattit  la  proposition  de  M.  l<î 
ministre  de  l'intérieur,  et  l'emporta  sur  lui  dans  le 
conseil. 

Que  le  ministère  soit  divisé  ou  qu'il  ne  le  soit  pa^. 
que  cette  division  soit  réelle  ou  apparente ,  peu 
importe.  Ce  ministère  a  si  peu  de  taitvit,  et  paroit 
si  foible,  qu'il  ne  peut  long-temps  subsister  ;  il  ne 
fera  que  transmettre  son  SAstènie  désastreux  à  des 
successeurs  qui  achèveront  notre  ruine  ;  il  n'est  pas 
ià  pour  finir ,  mais  pour  garder  la  plac*:"  à  ceuK  qi  i 
auront  des  principes  encore  plus  funestes,  cl  Uiie 
volonté  plus  ferme  que  lui. 

Z 


(    3n3    ) 

^  Paris,  21  février  1819. 

Les  hommes  monarchiques  commencent  à  re- 
prendre du  crédit  ;  nous  n'en  sommes  pas  fiers  ; 
hous  convenons  volontiers  que  nous  devons  plus 
à  l'incapacité  de  nos  ennemis  qu'à  notre  propre 
mérite;  mais  enfin  c'est  quelque  chose,  qu'un  parti 
qu'on  disoit  abîmé  sans  retour  il  y  a  quelques 
mois,  dont  les  paroles  sont  devenues  assez  frap- 
pantes pour  que  le  ministère  s'en  occupe  le  même 
jour  à  la  tribune  et  dans  le  Moniteur j  journal  qui 
a  le  double  privilège  d'être  officieux  sans  en  rougir, 
et  officiel  sous  tous  les  gouvernemcns ,  sans  en 
éprouver  le  moindre  embarras.  C'est  cordme  le 
■Bulletin  des  Lois. 

Le  Moniteur  du  18  de  ce  mois  contient  un  petîÉ 
article  plein  d'emporfement  contre  les  hommes 
qui  ne  veulent  pas  qu'on  guérisse  le  mal  qu'ils  ont 
lait.  Nous  avions  cru  d'abord  que  cet  article  s'a- 
dressoit  aux  hommes  qui  ont  fait  le  10  août ,  le 
21  janvier,  et  plus  tard  le  ao  inats  ,  et  qui  en  sont 
trop  fîei's  ,  en  effet,  pour  vouloir  qu'on  guérisse 
les  maux  qui  sont  résultés  de  ces  fatales  journées  ; 
mais  comme  on  désigne  cexix  devant  lesquels  on 
tremble  en  ce  moment,  par  le  titre  d'hommes  sans 
cesse  vaincus,  il  est  clair  qu'on  s'attaque  aux  roya- 
listes. Caton  aussi  fut  sans  cesse  vaincu  ,  et  la  pa- 
trie avec  lui;  mais  on  ïie  l'imprimoit  pas  dans  le 
journal  officiel  de  Rome.  Les  auteurs  de  l'article 
qui  nous  occupe  ont  oublié  tout  ce  qu'il  y  a  d'in- 
convenant aujourd'hui  dans  l'épithète  qu'ils  don- 
nent aux  ro3'^alistes ,  puisque  les  royalistes  n'ont 
été  vaincus  qu'autant  que  la  royauté  a  été  pros- 
crite ;  il  est  même  impossible  qu'ils  soient  vain- 
cus autrement.  Celan'estpas  fort  délicat  à  rappeler 
dans  un  journal  payé  par  le  gouvernement.  Les 
événemens  ont  prouvé  que  les  royalistes  peuvent 


(  ^74  ) 
survivre  à  la  royauté  •  s'il  n'en  ctoit  pas  ainsi  , 
comment  auroit.-ou  retrouvé  une  France  toute 
royaliste  pour  accueillir  nos  princiies  légitimes 
lorsque  Dieu  a  permis  quils  revinssent  dans  leur 
royaume  ?  Quoi  qu'on  en  dise  ,  un  peu  d'obslina-- 
tion  ne  messied  point  à  ceux  qui  ne  placent  pas  la 
monarchie  en  viager^  et  qui  ne  regardent  les  gour 
yernemens  de  fait  que  comme  des  exceptions. 

Le  Moniteur  i^i'Hf'Tnâ.  que  nous  parlons  de  guerre 
civile  et  de  champ  de  bataille;;  veut-on  que  nous 
parlions  du  Champ-d' Asile?  Qù  /e  3Toniteur  a-t-il 
trouvé  des  provocations  à  la  guerre  civile  dans 
nos  écrits^  daijis  uos  discours?  Il  anroit  fallu  citer. 
Nous  citerions,  nous,  et  les  cris  publics  :  jl  bas 
les  préfres/  à  hqs  les  iiohles!  ft  des  ouvrages  im- 
primés, dans  lesquels  on  dit  tout  crûment  qu'il 
faut  no  lis  réduire  à  la  copdilion  des  Ilotes.  Cela 
ne  nous  émeut  pas  ;  ks  r-aturrialcs  u'ont  qu'un, 
temps.  Si  nos  prédictions  sui'  les  dangçrs  que  court 
la  monarchie  émeuvent  le?  grands  directeurs  de 
nos  desliȎe'',  c'est  qu'il  leur  est  impossible  de  ne 
pas  en  être  troiiblés;  une  conscience  plus  foi  te 
que  les  spphîsrnes,  plus  forte  même  que  lamour- 
propre  ,  les  avertit  de  l'état  de  la  société^  et,  dès 
«^^u'fls  accusent  nos  phrases  de  tout  le  mal  qui  est, 
ils  reconnpissent  donc  que  Ri  mal  existe.  Or,  fautr 
il  des  efforts  prodigieux  d'esprit  pour  décider  û. 
ï'prdre  social  périt  par  les  paroles  de^  Itommes 
sans  cesse  vaincus,  ou  par  l'incapacité  des  liommcs; 
toujours  vainqueurs?  çst-çe  nous  qui  ayou;,  fait 
périr  la  Convention,  le  Directoire  et  l'Empire? 
On  menace  de  brûler  les  châteaux  des  Ilotes  ^ 
Qu'est-ce  que  çeU  nous  fait?  A  peine  iious  reste- 
t-il  des  maisons  5  et  i|  y  a  encore,  dans  les  dépar- 
tement de  l'Ouest,  de  grands  espaces  où  ou  ne 
trouve  plus  de  chaumières.  En  est-ou  moins  ïuo- 
narchiq'ue  pour  cela  ?  Nous  ne  foîidous  pas  nos 
oj>inion»  sur  des  batimens,  mais  sur  des  principes 


(  3;^ 
justifiés  par  les  siècles;  et,  toutes  les  fois  que  la 
justice  sera  violée,  nous  crierons  comme  les  pro- 
phètes :  malheur  aux  gouvernemens!  La  justice 
et  la  société  ne  sont  qu'une  même  chose;  les  pe- 
tites combinaisons  des  hommes  dont  l'esprit  a  été 
faussé  par  les  révolutions  ne  peuvent  altérer  les 
vérités  sur  lesquelles  rejjose  l'ordre  social. 

Xe  Moniteur  veut  aLsolument  nous  présenter 
comme  opposés  aii  relonr  des  bannis.  Que  nous 
importe!  La  Chambi'c  de  i8i5,  qui  représentoit 
les  royalistes,  a  refusé  d'intervenir  dans  les  pros- 
criptions nominales;  le  fait  est  hors  de  contesta- 
tion. C'est  le  minislère  seul  qui  a  dressé  la  liste 
des  bannis;  il  l'a  alougée  dans  le  temps,  il  l'a 
raccourcie  depuis  peu  :  tout  comme  il  voudra.  Si 
la  première  époque  é^toit  au  moins  sévbre ,  ainsi 
que  l'aJfume  le  Moniteur,  si  alors  les  passions  du 
ministère  ont  alongé  la  liste  ,  quelle  est  ,  pouf  la 
société,  la  garantie  que  c'est  maintenant  la  justice 
q^ui  la  raccourcit?  Nos  observations  n'ont  jamais 
été  plus  loin.  C'est  contre  l'arbitraii^e  déterminant 
ie  uombre  et  la  qualité  des  baïuiis ,  et  contre 
l'arbitraire  prononçant  sur  des  hommes  dont  le 
sort  a  été  fixé  par  une  loi ,  que  lîous  nous  cievxins-, 
parce  que  nous  ne  voulons  pas  d'arbitraire.  En 
vaiu  l'esprit  de  parti  voudra  nous  rendre  respon- 
saKles  des  exils,  et  nous  niontrer  opposés  à  la 
clémence  exercée  dans  les  limites  (ixées-  par  les 
lois:  il  n'y  parviendra  pa^.  Larpveuve  en  est  dai>s 
l'article  même  auqiirel  nous  répendons.  Ou  y 
trouve  ces  paroles  remarquables  :  «  Le  ministère 
w  actuel  a-t-il  poursuivi ,.  persécuté ,  pyoscri  t  queî/- 
»  qu'un?  Réclame-t-il  des  lois  d'exception?   » 

\ous  ne  parles  que  <Vu  ministère  actuel  y  de 
celui  sans  doute  qui  a  été  foi-mé  si  singulièrement 
il  y  a  deux  lOtois.  Hé  bien  ,  nous  convenons  quie  co 
luiuislère  n'a  rien  fait  ,  nous  canvenon»  même 
t^a  il  ne  peut  rien  faire  ;   seulcax-înfc  il  garde  les 


(  3:6  ) 

ordonnances  et  îos  lois  dVxcpptjoTi  qu'il  a  trouvées 
toutes  faites ,  et  il  les  applique  selon  réqufté  telle 
qu'il  la  corapi-cnd  dans  l'élendve  de  ses  lumières. 
TMais ,  puisque  vous  avouez  qu'on  est  condamnable 
pour  avoir  poursuivi ,  peisécuté  ,  proscrit  queî- 
qnun  ;  puisque  vous  posez  en  fait  que  c'est  un 
crime  d'avoir  demandé  des  lois  d'exception,  pour- 
quoi nous  mêlez-vous  dans  tout  ceci?  Ministère 
actuel ,  regardez  dans  votre  sein  .  et  voyez  qui 
vous  accusez  :  le  jour  de  la  vérité  approche.  ISous 
ne  voulons  que  cet  aveu  de  votre  part ,  qu'un  mi- 
nistère est  pur  quand  il  n'a  ni  persécuté  ,  ni  pros- 
crit ,  ni  demandé  des  lois  d'except!t)n  ,  pour  rap- 
peler à  l'un  des  membres  du  ministère  ocluel cova- 
bien  de  fois  nous  lui  avons  prcditque  ce  n'est  pas 
devant  les  royalistes  qu'il  toraberoit,  mais  devant 
ceux  avec  lesquels  il  s'est  uni  trop  tard  pour  qu'ils 
puissent  lui  pardonner  ses  actes,  ses  diîcoijrs  et 
ivs  lois  d'exception  qu'il  a  si  vivement  sollicitées 
contre  eux.  Qu'il  réfléchisse  sur  cet  article  du 
Moniteur .  A  travers  des  mensono'es,  des  déclama- 
tions, des  fureurs  enfantines,  il  ne  trouvera  de 
positif  que  la  condamnation  de  son  ministère  de- 

Fuis  i8i5  jusqu  a  i>^i8.  Si  on  lui  a  communiqué 
article  comme  au  directeur  suprême  de  Topiuion 
publique  ,  on  l'a  joué  ;  si  on  ne  le  lui  a  pas  com- 
niuni(]ué  ,  on  dispose  donc  de  son  avenir  sans 
même  le  consulter.  Et  on  nous  accuse,  nous  autres 
royalistes  ,  de  ne  pas  intervenir  dans  toutes  ses 
petites  perfidies.  ÎSous  avons  encore  as<;ez  d'in- 
fluence sur  l'opinion  publique  pour  pouvoir  agir 
contre  un  ministère  divisé  j  mais  nous  méprisons 
ces  ressources.  C'est  dans  l'intérêt  de  notre  patrie 
que  nous  écrivons  j  c'est  la  vérité  utile  à  tous  que 
nous  imprimerons  avec  franchise.  Nous  pouvons 
être  sévères  en  parlant  d'un  minisire:  mais,  si  nous 
étions  ses  collègues,  nous  rougirions  d'emplovcr 
le  journal  offic-iol  pour  avoir  l'air  de  crier  contre 


(  377  ) 
tin  parti  5  et,  dans  le  fait,  pour  accuser  celui  qui , 
maître   de   coiiiposer  le   ministère,    nous  auroit 
appeli-s  comme  un  appui. 

Si  le  public  étoit  curieux  de  connoître  de  quell*^ 
main  part  l'article  du  Moniteur  qui  accuse  M.  de 
Gazes,  il  lui  sulîii'oit  de  se  repoj'ter  à  la  séance  de 
la  Chambre  des  Députés,  du    i5,  dans  laquelle 
M.  de  Serre  a  fait  une  déclaration  si  positive  contre 
les  actes  arbitraires  et  les  attentats  à  la  liberté  pu- 
blique, et  a  promis,  pour  lui  et  pour  les  siens,  de 
réparer  les  maux;  causés  par  une  trop  funeste  in- 
fluence. Cetie  manière  xn^ue  de   s'exprimer  peut 
bien  attirer  1rs  applaudissemens  d'un  parti  qui  est 
dans  le  secret  des  choses  qu'on  veut  faire  entendre  , 
mais  elle  ne  satisfait  jamais  une  nation  qui  a  droit 
d'exiger  qu'on  lui  signale  'ses  ennemis,  et  qui  nié- 
piîse  ceux  qui  vont  se  cacher  dans  les  colonnes 
d'un   journal  pour  expliciiier  ce  qu'ils  n'auroient 
pu  dire  à  la  tribime  sans  s'exposer  à  une  sévère 
réplique.  Que  signifie  une  trop  fan  es fe  influence  ? 
Sous  Buonaparte,  la  phrase  auroit  paru  dirigée 
contre  le  despotisme  militaire;  aujourd'hui  le  bon 
sens  et  rim])artialité  l'appliqueroient  aux  fausses 
doctrines;  prononcée  en  Espagne,  elle  rappeleroit 
les  malheurs  causés  par  ce  que  M.  l'abbé  de  Pradt 
appelle  le  favoritisme.  Il  a  fallu  une  colonne  du 
Moniteur  pour  nous  révéler  que  les  maux  dont 
gémit  la  France  sont  causés  par  la  funeste  influence 
des  royalistes.  Ce  ne  sont  cependant  pas  les  roya^ 
listes  qui  ont  deux  fois  fait  visiter  la  France  par 
l'Europe  armée  ;  ce  ne  sont  pas  les  royalistes  qui 
viennent  d'accorder  une  année  financière  de  dix- 
huit  mois,  avec  la  certitude  que  les  impôts  n'é- 
prouveront aucune  diminution;  ce  ne  sont  pas  les 
royalistes  qui  ont  demandé  les  lois  arbitraires  dont 
on  fait  tant  de  bruit  aujourdhui  qu'on  croit  ne 
plus   en   avoir  besoin.    Si   les  journaux  ne  nous 
trompent  pas,  le  ministère  actuel:,  si  pur  de  nos 


(  378  ) 
malliriirs,  si  étranger  aux  atteintes  portées  à  la 
Constitution ,  »  voté  pour  toutes  les  lois  arbi- 
traires, pour  toutes  les  interpr 'Citions  do  ia 
Cliarte-  il  ne  propc^e  le  rapport  d'aucuoe  loi 
d'exception j  et  c'est  M.  le  comte  de  Caslellane 
qui ,  dans  la  ChamLre  des  Pairs  ,  a  le  premier  de- 
mandé qu'on  en  finît  de  la  loi  des  cris  et  écrits 
séditieux  j  ce  sont  tous  les  pairs  connus  pour  être 
royalistes  <iui  se  sont  levés  pour  appuyer  la  pro- 
position. Non,  la  France  ne  sera  plus  trompée. 
Oublieuse  de  sa  nature,  elle  n'a  senti  le  besoin 
d'avoir  de  la  mémoire  que,  depuis  qu'en  lui  prê- 
chant l'oubli,  on  n'a  excepté  d'une  tolérance  né- 
cessaire ,  après  de  longs  troubles  civils,  que  les 
royalistes  qui  n'ont  rien  à  faire  oublier.  Hé  bien  , 
ils  écriront  Thistoire,  l'histoire  de  chaque  jour; 
et  comme  ils  permettent  de  scruter  leur  conduite  , 
de  juger  leurs  paroles,  ils  jugeront  la  conduite  et 
les  paroles  de  leurs  adversaires,  non  dans  leur  in- 
térêt personnel ,  mais  dans  l'intérêt  de  la  France. 
Ils  pèseront  les  majorités,  et  feront  remarquer 
que,  dans  une  Chambre  où  l'on  ne  trouve  plus 
soixante  des  royalistes  désignés  par  l'ordonnance 
du  5  septembre,  quand  une  mesure  comme  celle 
de  l'année  financière  est  repoussée  par  cent  voix, 
cent  voix  alors  valent  plus  que  cent  trente-deux 
qui  approuvent.  Il  y  a  deux  siècles  que  les  Anglais 
savent  cela. 

M,  l'abbé  Louis  a  apporté  à  la  Chambre  des 
Députés  un  projet  de  loi  pour  les  petits  grands- 
livres  qu'il  veut  établir  dans  chaque  chef-lievi  de 
département.  On  s'est  demandé  pourquoi  une  loi , 
puisqu'il  ne  s'agit  pas  d'argent  à  lever,  mais  d'un 
moyen  plus  facile  pour  placer  des  rentes  qui  sont 
aujourd'hui  hors  delà  puissancelégislative?  Ce  qui 
se  passe  entre  la  trésorerie  et  ses  agens  dans  ie& 
départemens,  n'est  pas  du  domaine  delà  loi>  Oa 
iait   tant   de   choses  avec  des   ordouuauces ,  que 


(  379  ) 
tétoit  bien  ici  le  cas  d'en  user.  r>I.  l'abbé  Louis 
^'c\st  sans  doute  persuadé  qu'un  arrangement  de  ce 
;>enre  ajouteroit  à  la  force  du  crédit  public,  si  là. 
loi  intervenoit;  c'est  une  erreur.  La  rente  ne 
convient  pas  aux  propriétaires  de  province  :  voici 
])nnrquoi.  C'est  que,  plus  on  place  de  rentes,  plus 
il  faut  augmenter  les  impôts;  et  nous  ne  voyons 
pas  le  bénéfice  que  nous  aurions  aujourd'hui  à 
donner  quatorze  mille  francs  pour  avoir  raille 
francs  de  rentes,  puisqu'on  ne  nous  les  paieroit 
qu'en  nous  imposant  mille  francs  de  plus.  Si  la 
rent^^  ^e  place  sur  tous  les  ])oints  de  l'Angleterre 
comme  à  Londi>es.  c'est  qu'en  Anglcrre  la  contri- 
bution foncière  est  fix;e  et  à  peine  sensible.  Il  faut 
bien  que  les  propriétaires  portent  leurs  économies 
dans  les  fonds  publics.  ISous  autres  Français, 
nous  attendons  que  lès  impositions  nous  per- 
mettent de  faire  des  économies ,  et  nous  ne 
sommes  pas  encore  à  en  chercher  l'emploi. 

C'est  une  belle  chose  que  les  finances;  on  ne, 
devroit  jamais  les  oublier,  même  dans  les  calculs 
qui  ne  paroissent  pas  y  tenir  de  près.  Par  exemple, 
nous  avions  mis  en  doute  si  le  ministère  delà  police 
s'étoit  fondu  dans  le  ministère  de  l'intérieur,  ou  si 
le  ministère  de  l'intérieur  s'étoit  noyé  dans  le  mi- 
i^istère  de  la  police.  Nous  penchions  assez  vers  cette 
dernière  opinion.  Mais  ne  voilà-t-^-il  pas  qu'on 
vient  (\e  nous  révéler  un  fait  qui  change  tous  nos 
calculs.  La  foule  nombreuse  qui  vit  de  la  caisse  de 
Ifi  police  ,  s'est  présentée  pour  toucher  le  mois  de 
janvier,  etn'a  obtenu  du  caissier,  qui  est  fort  poli , 
que  des  salutations  et  des  espérances.  En  effet,  un 
niiiiistèrc-suppriméne  peut  plus  avoir  de  budget^ 
rpême  provisoire.  Aucune  loi  n'ayant  dit  que 
D.î.  de  Gazes  auroit  la  suite  du  ministère  de  la  po- 
lice, il  ne  peut  dépenser  loo  fr.  comme  ministre 
de  cette  partie,  sans  s'exposer  à  être  accusé  comme 
concussionnaire;   et   ce   n'est  plus  le  moment  d*' 


(  38o  ) 

plaisanter;  nous  avons  montré  tout  à  l'heure  que 
l'époque  des  accusations  est  arrivée  pour  crvlains 
raiuistres.  Il  nous  semble  impossible  que  le  minis- 
tère de  ]a  police,  qui  n'existe  plus,  paroisse  dans 
le  budget  de  1819,  fameuse  année  de  dix-huit 
mois  qui  aura  bien  assez  à  régler  pour  ce  qui  est 
ostensible  ,  sans  s'occuper  de  ce  qui  ne  peut  plus 
s'avouer.  Cela  donne  de  grandes  i^nquiétudes  à 
beaucoup  d'honnêtes  gens  ;  les  préfets  et  les  sous- 
préfets  surtout  en  soutdans  des  clarines  mortelles  j 
cal*  enfin  on  ne  peut  laisser  mourir  de  faim  de  res  - 
pectables  serviteurs  qui  ont  utilisé  la  jjolice  depuis 
1*1.  Cochon  jusqu'à  nos  jours.  Une  dictature  qui 
disparoît  tout  à  coup  laisse  un  grand  vide.  On  ne 
se  sait  si  toute  la  constitution  sera  assez  volumi- 
ueuse  pour  le  remplir. 

II  n'est  toujours  bruit  dans  un  certain  monde 
que  du  mal  que  fait  /é  Conservateur.  ]N'a-t-il  pas, 
par  la  force  de  l'exemple,  émancipé  la  plupart  des 
journaux  de  département?  Ils  commencent  à  se- 
couer le  joug  des  mensonges  que  leur  apportent 
les  journaux  de  Paris  5  ils  réclament  la  constitution 
comme  si  elle  étoit  faite  pour  tout  le  monde;  ils 
repoussent  les  attaques  portées  contre  les  roya- 
listes ,  et  font  rire  la  pvoA  ince  aux  dépens  des  sots. 
S'il  faut  un  jour  de  l'esprit  pour  faire  le  mal,  il 
s'opérera  en  France  une  grande  i'évolution.  Par 
exemple,  lorscfue  la  vérité  n'appartcnolt  quà 
ceux  qui  avoient  le  privilège  de  la  faire  ,  on  n'au- 
roit  pas  su  que  la  proclamation  du  généi*a]  Elio 
sur  la  conspiration  déjouëc  à  Valence,  insérée 
dans  tous  les  journaux  ,  étoît  niutilée,  et  qu'on  en 
avoit  retranché  le  paragraphe  suivant  : 

«  Si   l'horrible   tableau  que   je  viens  de  vous 

»-  tracer  des  suites  naturelles  des  révolutions,  vous 

n   paroît  un  jeu  de  l'imagination ,  portez  vos  re- 

»   gards  sur  la  France.  \ous  le  trouverez  aft'reu- 

'   sèment  réalisé  dan«:  l'histoire  de  nos  jours.  Les 


(  38.  ) 
»  maximes  qui  perdivenl  cette  aalique  monarchie 
»  sont  les  maximes  qne  professent  nos  ennemis; 
))  c'est  par  elle  qu'ils  veulent  aussi  opérer  notre 
»  destruction.  Mais  vassurez-vous,  Espagnols;  le 
»  Dieuprotecteui'de  la  nation  catholique  a  donné 
w  au  peuple  de  cette  péninsule  de  plus  grandes  et 
))  de  plus  solides  vertus  ,  et  rien  n'est  capable  de 
))  le  séparer  de  sa  lidélilé  à  son  souverain  et  à  la 
))   religion  de  ses  pères.    » 

Il  nous  semble  qu'il  y  avoit  moihs  d'inconvé- 
nient à  laisser  imprimer  ce  passage,  qu'il  n'y  en  a 
à  répéter  les  éternelles  menaces  qu'on  adresse  du 
dehors  à  la  France  si  elle  rentre  dans  la  carrière 
des  révolutions;  car  enfin  les  menaces  irritent^"  et 
il  n'est  pas  prouvé  que  l'esprit  de  la  révolution  ne 
puisse  éclat(îr  qu'en  France.  Si  nous  avons  nos 
insurrections  de  collèges,  ce  n'est  qu'après  avoir 
vu  éclater  des  insurrections  dans  des  universités 
étrangères  à  la  nôtre.  Il  est  vrai  qu'il  y  a  quelque 
chose  de  plus  précoce  de  notre  côté;  cela  tient 
peut-être  à  la  qualité  du  terrain  et  à  la  température. 

M.  Royer-Collard  n  en  est  pas  moins  embarrassé 
d'expliquer  la  cause  des  mouvemens  qui  «ît  eu 
lieu  dans  les  lycées;  il  faut  qu'un  doctrinaire  re- 
monte aux  causes  ;  cela  est  de  rigueur.  Il  a  fait 
écrire,  ])aT  la  Commission  rovale  d'instruction 
publique,  à  JMM.  les  recteurs  des  académies  ,  ujie 
lettre  excellente  pour  MINI,  les  recteurs  des  aca- 
démies, mais  qui  est  dét<  stable  dans  les  journaux. 
Si  des  provocations  écrites  ont  été  en  eftet  em- 
ployées pour  soulever  la  jeunesse  des  collèges, 
pourquoi  la  discipline  des  maisons  d'éducation 
est-'^lle  si  foible  qu'elle  ne  puisse  garantir  des  provo- 
cations du  dehors  les  élèves  mis  sous  la  tutelle  de 
l'Université?  Ce  qui  est  arrivé  une  fois  arrivera 
donc  encore,  s'il  plaît  de  nouveau  à  des  hommes 
pervers  d  adresser  des  provocations  à  la  jeunesse 
des  collèges  ?  La  commission  royale  affirme  que 


(  382  ) 

la  calomiiie  seule  a  pu  racler  des  opposilions  poli- 
tiques et  religieuses  aux  écarts  de  quelques  écoliers 
mutinés.  îNous  crayons  nous  rappeler  quelques 
aiticlcs  mis  dans  les  journaux,  avec  permission  de 
qui  de  droit,  dans  lesquels  on  avouoit  que  les 
premières  rumeurs  étoient  venues  de  souscriptions 
pour  le  Champ  ■d' Asyle  ,  souscriptions  que  les 
élèves  touioient  par  excès  de  patriotisme  et  de 
gloire  ,  et  que  les  proviseurs  croyoicnt  ne  pas  de- 
voir favoriser  par  esprit  de  convenance.  Est-ce 
qu'il  n'y  auroit  rien  de  politique  dans  la  manière 
d'être  patriote?  Il  v  a  des  gens  qui  s  en  font  un 
métier ,  et  ce  n'est  pas  le  plus  mauvais  depuis 
trente  ans.  Pour  la  gloire,  on  ne  peut  pas  dire 
qu'elle  ne  tienne  pas  à  la  politique  ;  elle  a  créé  les 
gouvernemen.-.  de  fait.  M.  Rover-Collard  attribue 
tous  les  désordres  à  une  indulgence  inipré^'oyafilc. 
Ce  n'est  -certainement  pas  une  révélation.  Qui  ne 
sait,  par  expérience,  que  lindidgence  impré- 
voyante excite  la  rébellion?  li  y  en  avoit  mille 
exemples  avant  les  insurrections  de  collège.  La  co  wi- 
mission  rovale  d'instruction  publique  veut  quele.s 
proviseurs  tirent  ^/e  leur  situation  et  de  la  nécessttt- 
l'auioritfc  suffisante  pour  rejeter  à  1  instant  même 
de  1  établissement  les  élèves  qui  donnei'oient  lieu 
à  des  plaintes  graves.  On  retrouve  ici  les  nrxémes 
principes  qi;i  ont  produit  l'ordonnance  des  exilés 
et  l'exil  des  régicides  après  les  cent-jours.  Aussi 
se  demande-t-on  quelle  sera  la  garantie  pour  les 
professeurs  qui  s'appuieront  sur  leur  situation  et 
sur  la  nécessité  ,  qu'ils  ne  seront  pas  dénoncés  six 
mois  après  à  l'Europe  entière  comme  ultra-uni- 
ACrsitaires.  Quand  les  institutions  sont  fausses  et 
les  doctrines  détestables,  la  sévérité  de  circons- 
tance ne  guérit  ritn,  et  souvent  elle  aggrave  le  ma!. 
C'est  à  la  source  qu'il  faut  remonter;  et  s  il  est 
un  point  sur  lequel  les  partis  soient  d'accord,  c'est 
sui'  l'impossibilité  de   considérer  l'éducation  pu- 


_(  383  ) 
bliquecommt'uneuiiitédans  unpavsoù  on  attatjué 
sans  cesse  les  institutions  et  les  principes  monar-» 
chiques. 

On  croyoit  l'affaire  de  M.  de  Richelieu  finie  j 
on  ne  vouloit  phis  en  parler.  Voici  qu'un  journal 
nous  annonce  que  le  noble  Pair  a  disposé  ,  cii 
faveur  des  hospices  de  Bordeaux,  de  la  récompense 
nationale  que  les  Chambres  lui  ont  décernée  d'une 
manière  bien  neuve  en  France.  On  ne  pourroit 
mieux  placer  une  dotation  dans  laquelle  il  entre 
des  cimetières.  Il  faut  espérer  que  ce  drame  po- 
litique est  terminé,  et  que  le  dénouement,  con- 
forme aux  règles  de  l'art,  (déconcerte  les  médians 
et  fait  triompher  l'innocence.  Les  amateurs  de 
i*approchemens  avoient  remarqué  que  la  première 
proposition  d'un  majorât  pour  M.  de  Richelieu 
avoit  été  faite,  à  la  Chambre  des  Députés,  dans 
la  même  séance  où  on  avoit  refusé  de  faire  honneur 
aux  traites  tirées  de  nos  colonies ,  par  la  ci'aiutR 
d'augmenter  les  charges  publiques. 

Il  paroît  qu'on  ne  veut  pas  renoncer  à  l'habi- 
tude de  faire  des  lois  incomplètes ,  parce  qu'elles 
ne  se  lient  à  rien.  On  a  apporté  à  la  Chambre  une 
apparence  de  loi  sur  la  culpabilité  des  ministre». 
Le  public  y  a  cherché  ce  qu'il  n'y  a  pas  trouvé  j 
c'est-à-dire  des  garanties  contre  les  abus  du  pou- 
voir.  On  dirôît  que  nous  ne  voulions  avoir  une 
loi  sur  la  resjionsabilité,  que  pour  savoir  co'.ument 
on  procéderoit  contre  les  ministres.'^  La  belle  sa- 
tisfaction '.  Ce  qui  nous  intéresse,  c'est  que  les  ageîis 
du  pouvoir  royal  ne  puissent  impunément  violer 
les  libertés  publiques  et  privées.  Ce  projet  de  loi 
est  encore  à  l'examen  de  la  Chambre  des  Députés^ 
et  voici  les  journaux  qui  nous  annoncent  une  coin- 
mission  réunie  chez  M.  le  garde  des  -sceaux  pour 
faire  un  autre  projet  de  loi  sur  la  responsabilité 
des  agens  des  ministres.  Est-ce  que  les  ministres 
et  leurs  agens  ne  pouvoient  pas  se  trouver  dans  la 
même  loi ,  dès  qu'il  est  question  de  punir  les  abus 


(  384  ) 
de  pouvoir?  Ne  s'agira-t-il  aussi  que  de  i-églor  la 
manière  de  mettre  les  comrais  en  jugement ,  et 
:i-t-ou  la  prétention  de  consacrer  ce  qu'on  aprjL'Ue 
la  justice  administrative ,  c'est-à-dire  les  exceptions 
en  faveur  du  fort  contre  le  foible  ?  Il  ne  faut  pas 
s'y  tromper  j  le  moindre  commis  a  derrière  lui  sou 
administration  tout  entière  ;  le  Français  qui  paie 
et  qui  n'est  point  paye  est  au  contraire  isolé.  C'est 
à  lui  qu'il  faut  porter  secours.  Notre  situation  po- 
litique a,  de  plus,  introduit  des  délits  nouveaux, 
qu'il  estindispensabie  de  caractériser.  Nous  n'avons 
aucune  loi  contre  les  atteintes  portées  à  la  liberté 
des  élections 5  en  Angleterre  il  y  en  a,  parce  que 
dans  ce  pavs ,  où  cependant  il  n'y  a  point  de  pré- 
fets, on  a  senti  que  la  première  des  libertés  pu- 
bliques étoit  la  liberté  des  sulTra^es.  Autrefois  ou 
iaisoit  retirer  les  troupes  des  lieux  oii  se  tenoient, 
l^es  assemblées  publiques  ;  les  troupes  alors  éloient 
et  paroissolent  dangereuses.  Nos  mœurs  sont  chan- 
gées à  cet  égard.  Mais  seroit-il  sans  nécessité  de 
faire  retirer  le  préfet  et  les  sous-préfets  au  moment, 
où  les  collèges  électoraux  s'assemblent  dans  un 
département?  La  loi  ne  pourroit -elle  pas  porter 
une  peine  sévère  contre  tout  préfet  qui  obticmlioit 
de  TaTanccment  dans  l'année  où  les  élections  au- 
roient  été  faites  dans  le  département  qui!  admi- 
nistre? Si  la  liberté  des  suffrages  ue'gagnoit  pas  u- 
cette  mesure,  la  pudeur  publique  y  gagueroit,  et 
c'est  beaucoup.  Nous  verrons  de  quelle  manière 
paternelle  le  ministère  proposera  de  punir  ses 
agensj  s'il  les  traite  avec  la  même  indulgence  dont 
il  a  usé  pour  lui-même  dans  le  projet  de  loi  sur  la 
responsabilité  des  minitres,  les  Chambres  auront 
beaucoup  à  faire. 

Vingtième  Livraison,   pag.   329,    lign.  4^,    au  lieu   de  neuf 
évêques,  etc:,  lisez  vingt-neuf  évéques. 


IMPRIMERIE  DE  LE  NORMA^T,  Rl'E  DE  vSEINli:. 


Tome  II. 


Pins,  t-deuxiem c  L îvra ison. 


^f  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens.  ^ 


^ 


\,  Mars  1819. 


^i> 


'f'ue  (Ce   ^ctne,  tyô  "  ô\ 


ON  SOUSCRIT 


A  Paris,  chezLENoRMAIST  fils  ,  Edileur,  rue  de  Seine,  n°  8  ; 
Et  chez  les  Libraires  des  Départemens,  ci-dessous  désignés  : 


Bayonne, 

Beauvais, 
Besançon, 
Bordeaux, 


Abbeville,  chez  Grare. 
Agen,  îsoubel. 
Alençou,  Bonvoust. 

.  \  Fourrier-Marae. 

Angers,     j  p^^;^ 

Argentan.  Lecresne. 
Auxerre,  Fr.  Fournier. 
Avignon ,  Seguin  ain-é. 
Bayeui:,  Groull. 

J  Bonzom. 

(  Gosse. 

{  Porquier. 

)  DesjarJins. 
Girard. 

i  Ve  Bergeret. 

)  Gassiol. 
Brest    ^  LefournieretDespériers. 

'  /  Michel. 
Caen,  Manourj'  aîné. 
Cambrai,  Bertout. 
Chàlons-sur-Saône,  Dej:issieu. 
Charleville  .  Ch.  Raucourt. 
Chartres  ,  Herv'é. 
Clermont  —  Ferrand  ,    Thlbault- 

Landriot. 
Dijon,  Coquet. 
Douai  ,  Tarlier. 
Grenoble,  Durand. 
Laval .  Grandpre'. 
Lille ,  Vanackere. 
Limoges,  Barbou-Dcscourières. 
Lons-le-SauInier,  Ballaud. 
t  Liebaux. 
)  Maire. 
<  Pe'risse  frères. 

(Rusand. 
Bohaire. 


Lyon  . 


Au  Mans, 


Marsei 


Ile,     I 


Belon. 

Pescbc. 

Camoin  frères. 

Masverl. 
^  Chaix. 
Metz,  chez  Devilly. 
Montauban,  La  Forgue. 

M,     ,,.         \   Seçuin. 
ontpelher,    j   y^^DurvilIe. 

Nanci,  V^  Bontoux. 
»T      .  \  Busseuil  aine. 

^^°'"'    j  Busseuil  jeune. 
Nîmes.   Gaude  fils. 
Niort.  M'"^  E.  Orillat. 
Nîmes,  Melquiond. 
Orléans,  Monceau. 
Perpignan,  Alzine. 
Poitiers  ,  Barbier. 
Quimper,  Cbapalain. 

r  Mii<^  Blouet. 
Rennes,    l  JM^^  v^  Frout. 

i  M"e  Valar. 

La  Rochelle,  Pavie. 

Rodez ,  Carrère. 

T,  \  Frère  aîné. 

Kouen,    <  t»  u 

'    )  Renault.  ^ 

Saumur  ,  Degouy  aîné. 

„.      ,  i  i.evrault.       % 

Strasbourg,  Jj-g^.^jg^_ 

Saint-Brieuc.  Prudhomme. 

iSe.nac. 
Prunet. 
Manayit. 
Fr.  Vieusseux. 
Tours,  Marne. 
Valence.  Marc-Aurel. 
\ersailies,  Ange. 
Yilleneuve-sur-Lol,  Crosilhes. 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers 


P>erîin,  Schlesinger. 
I>ruxelles.  Lecharlier. 
Gand,    lîoudin. 
Genève,  Pjscboud. 
iJruxellcs,  Horgiiiès  Renier. 


IMons  ,  Leroux. 
Londres,  Dulau  et  Coinp. 
Naples,  Borel. 
Turlu ,  Bocca. 


LIVRES  NOUVEAUX. 

Vie  de  Jacques  II,  Roi  d'Angleterre  ,  d'après  les  Mémoires  écrits  de 
sa  propre  main,  à  laquelle  on  a  joint  les  Conseils  du  Roi  à  son  Fils  et 
Je  Testament  de  Sa  Alajesté  ;  publiée  sur  les  Mémoires  originaux  de  la 
famille  de  Stuart,  déposés  au  palais  de  Carlton,  par  le  révérend  J.  S. 
Clarke  ,  bachelier  es  lois,  membre  de  la  Société  royale,  historiographe 
du  Rfti^  chapelain  de  sa  maison  ,  et  bibliothécaire  du  Prince  Régent  ; 
traduite  de  l'anglais  par  Jean  Cohen,  ancien  censeur  royal;  ornée  d'un 
beau  portrait.  Quatre  vol  in-S°,  avec  une  table  analytique.  Prix  :  ^4  fc. , 
et  3o  fr.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  Arthus  Bertrand,  libraire,  rue 
Hautefeuille,  n°  23. 

Histoire  de  laFamille  de  Montelle ,  trois  vol.  in-12  ,  prix  :  6  fr. ,  et  yfr. 
75  c.  par  la  poste  A  Paris,  chez  Bleuet .  libraire, rueDauphine  ,  n°  i8; 
au  Palais  Royal,  chez  Petit,  Delaunay,  etc.;  et  quai  Contl ,  n°  5, 
entre  l'hôtel  des  Mounoies  et  le  Pont-Neuf. 

Corps  d'extraits  des  Romans  de  chevalerie;  par  le  comte  de  Tressan , 
éditeur  originaire  .  quatre  vol.  in-12.  Prix  :  lo  fr.  broch.,  et  avec  fig. 
fr.  12,  et  14  et  16  fr.  parla  poste.  A  Paris,  chez  les  mêmes. 

Réponse  d'un  Royaliste  à  l'écrit  intitulé  :  de  lu  Proposition  de  changer 
la  loi  des  élections,  par  M.  Benjamin  Constant.  Prix:  25  c.  A  Paris, 
chez  Le  Normant,  libraire,   rue  de  Seine,  n°  8;  et  quai  Conti,  n°  5. 

Considérations  importantes  sur  l'enseignement  primaire ,  parM.  H.  M.; 
auxquelles  on  a  joint  les  Réflexions  de  M.  le  cardinal  de  la  Luzerne 
sur  les  Frères  des  Ecoles  Chrélieunes  ,  et  les  Règles  de  cet  Institut. — 
Broch.  in-8°.  Prix  :  i  fr.  25  c.  ,  et  i  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

A  Paris,  chez  Picard-Dubois,  lib.  ,  quai  des  Augustins  ,  n°  47- 

Discours  sur  Rollin  ,  par  A.  de  Rivarol.  Prix  :  2  fr. ,  et  2  fr.  3o  c.  par 
la  poste.  A  Paris,  clrèz  A.  Egron,  rue  des  Noyers,  11°  87;  le  Normant, 
rue  de  Seine  ,  n°  8,  et  quai  Conti,  n°  5. 

^rt  Poétique  d'Horace,  traduit  par  Henr.  Terrasson,  avec  le  texte  et 
des  remarques.  In-i8.  Prix  :  i  fr. ,  et  i  fr.  25  c.  par  la  poste.  A  Paris, 
chez  Durey,  libraire,  quai  des  Augustins,  n"  aij  elle  Normant,  rue 
de  Seine,  n"  8,  et  quai  Conti,  n°  5. 

Le  Livre  de  Poste  de  iSig  ,  ou  Départ  de  Paris  des  Courriers  de  la 
Poste  aux  Lettres  ,  dressé  avec  autorisation  de  M.  le  directeur-général  ; 
par  A.  r.  Lecouslurier  l'aîné  ,  chel  du  bureau  de  la  direction  des 
lettres  mal  adressées,  à  la  direction  ge'nérale  des  postes.  Prix  :  2  fr. 

A  Paris  ,  Hôtel  des  Postes  ;  et  chez  l'Auteur  ,  rue  de  Lancry  ,  n"  18. 
Dans  les  de'partemens,  s'adresser  à  MM.  les  directeurs  des  postes. 

On  trouve  aux  mêmes  adresses  le  Dictionnaire  des  Communes  du 
Royaume  de  France  ,  ou  Dictionnaire  des  Postes  aux  Lettres ,  deuxième 
édition  ,  quatre  vol.  in-S".  ,  prix  :  36  fr.  ;  et  la  Division  Territoriale, 
indiquant  toutes  les  Communes  de  France,  divisées  par  cantons,  un  fort 
vol.  in-8°.  ,   prix  :  10  fr. 


Il  doit  paroître  incessamment  chez  Ballard ,  Dentu  et  le  Normant ,  et 
les  principaux  marchands  de  musique,  un  livre  qui  ne  peut  manquer 
d'être  d'une  grande  utilité  à  MM.  les  musiciens  et  amateurs.  Il  a  pour 
titre  :  jinnales  de  la  Musique,  ou  yilmanach  musical  pour  l'an  1819; 
contenant  les  Répertoires  des  ouvrages  de  musique  publiés  en  France 
pendant  les  années  1817  et  1818  .  et  à  l'étranger  en  1818;  une  Liste  des 
journaux  de  musique  qui  se  publient  à  Paris,  et  une  autre  de  ceux  qui 
se  publient  à  l'étranger;  une  Bibliographie  de  la  musi(|ue;  une  Liste 
générale,  en  un  seul  alphabet,  renlermant  le  nom  et  la  demeure  de 
tous  les  marchands  de  musique  et  musiciens  de  Paris,  avec  le  titre  de 
leurs  ouvrages;  les  Ecoles  de  musique;  une  Nécrologie  des  artistes  de 
tous  les  pays,  avec  le  titre  cfe  leurs  ouvages  rangés  chronologiquement  ; 
des  Ephemérides  musicales,  prises  dans  les  journaux,  etc.  etc.  etc. 
Ouvrage  orné  du  portrait  de  feu  Nicolo.  Dédié  à  M"i«  Nicolo  sa  veuTe, 
par  un  amateur.  Première  année.  Vn  vol.  in-i8t 


/lou/-  ioij   cUiiùT.    (H^^    ana/^'c    vûui9??.&f,   coiTyioda  c//ar^?i 

■yae   r/e    ^eùnej    tyô  "  6', 
eâ  c/iez>  /oi/j  /ej  Â/'i/ic/âmùz;   .^wrair&f    a-e    tj^rafice  eâ 

^Z,eÂ?'eoC  ae  Joajcn^i/con  cjI ae     {    ^7 /■  j^    (M;iùz:      ca. 

'    ào  /.  jj  aaa^ye-     la. 


^z^ej    cuy/nanmiJ   eâ  e/woùj    reiaâjn/  a  ceâ  ouv^nae^ 
e/ûwcnà  el?'e  ac/r^ej^    Â^^ic   ae  /loré^   aa-    tlJuce^eaU'  aa 
^onJerva/iewr^   rae   ae    b/ei^ie^    -yé>  "  S. 


J:!Ôe  e  'L7j/.'/i7'M??^/'ie  ae   <=-2L^    ty^ofwf/afié. 


VVVVVVVVVV\\lV\VVVVV\VVVVVV\fV'VVVVV\VV\VVV\\iiVlVV\VJ\\VV\VVVVVVVVVtVV\'VVV\'VVVV 


LE  CONSERVATEUR. 


Sur  rifarniofiie  sociale    considérée  relativement 
à  no  fie  Situation. 

La  foi-mation  des  sociétés  n'est  point  TefTet  du 
hasard.  Soit  que  les  premiers  hommes  aient  voulu  se 
réunir  pour  cultiver  des  terres  et  nourrir  des  trou- 
pcauK,  soit  c[u'ils  aient  eu  pour  but  de  combattre 
les  bètes  féroces,    ils   sentirent    que  leurs   forceâ 
morales  et  leur  foiblesse  physique  leur  iniposoient 
la  loi  de  s'associer.  Ces  premières  réunions  durent 
être  très-simples  :   plusieurs   familles   inirent  eti 
couimvm   leurs    facitltés    et   leurs  besoins ,    et,   si 
l'emploi  des  unes  et  l'extension  des  autres  enoen- 
drèrent  quelques  contestations,  elles  durent  être 
apaisées  par  l'autorité  des  vieillards,  chefs  naturels 
de  toute  société  naissante.  Plus  tard,  il  fallut  des 
lois 5  elles  durent  être  en  harmonie  avec  le  but  de 
chaqvie  communauté.  Les  pasteurs  leur  deman- 
dèrent la  garantie  des  pro])riétés,  les  chasseurs  de 
préciser  les  devoirs  des  subordonnés  et  les  droits 
de  celui  qui  les  menoitaux  combats  5  tous  de  faire 
régner  la  paix  dans  leur  agrégation.  Les  sociétés 
plus  nombreuses  qui  se  sont  formées  ensuite,  et 
qui  se  sont  fait  connoître  sous  le  nom  de  peuple  , 
ont  de  même  été  régies  par  des  lois  appropriées 
aux  besoins,  et  rédigées  dans  l'intérêt  commun. 
C'est  à  cette  harmonie  que  les  nations  ont  dû  leur 
conservation ,  et  celles  qui  s'y  sont  conformées  le 
plus  religieusement  sont  aussi  celles  qui  ont  duré 
le  plus  long-temps. 

Que  de  peuples  ont  brillé  sur  la  terre  dont  les 
Tome  II.  —  22«  Livraison»  25 


(  386  ) 
oAtastrophes  sont  ignorées  !  Les  derniers  que  noiiE 
U'ouvioiis  dans  cet  effrayant  domaine  de  la  mort, 
les  Grecs  et  les  Romains,  ont  péri  comme  les  autres. 
jM.'.is,  plus  voisins  des  temps  modernes,  leur  his- 
toire nous  est  mieux  connue  j  la  cause  de  leur  des- 
truc t  ion  nous  estprésentc.  C'est  l'oubli  des  maximes 
antic[ues,  c'est  la  confiance  accordée  aux  nova- 
teurs, c'est  l'égoïsme,  la  perfidie  et  l'inhabileté 
des  agens  du  pouvoir  qui  les  a  précipités  vers  leur 
ruine. 

Les  peuples  sont  à  peu  près  comme  les  indivi- 
dus. L  histoire  est  pour  eux  une  série  de  faits  qui 
les  amuse,  et  non  pas  le  recucilinstructif  des  fautes 
qu'on  devroit  éviter.  Voilà  ])Ourquoi  les  mêmes 
évéuemens  se  reproduisent  et  paroissent  toujours 
nouveaux.  Mais  les  individus  ont  l'avantage  de 
l'expérience  que  les  peuples  n'ont  jamais,  parce 
que  la  société,  sans  cesse  renouvelée,  se  compose 
de  vieillards  qui  sont  éclairés  par  les  faits  anté- 
rieurs, et  de  jeunes  gens,  qui,  sans  égard  pour  le 
passé,  projettent  toutes  leurs  idées  dans  l'avenir. 
De  là  résulte  que ,  lorsqu'une  société  veut  prolon- 
ger son  existence ,  elle  doit  professer  les  plus 
grands  égards  pour  l'âge  niûr,  et  suppléer,  parles 
meilleures  institutions,  à  l'inexpérience  du  jeune 
âge. 

C'est  ainsi  que  la  France  étoit  organisée  avant 
qu'elle  eût  été  envahie  par  le  philosophisme.  Les 
mœurs ,  les  institutions ,  les  lois  s'etoient  modifiées 
graduellement,  et  se  mainlenoient  en  harmonie 
les  unes  avec  les  autres.  Quatorze  siècles  de  splen- 
deur en  étoient  la  récompense.  Tout  à  coup  une 
secte  s'élève  qui  ne  se  propose  rien  moins  que 
de  tout  régénérer.  Dans  son  fol  orgueil,  elle  at- 
taque les  autels  et  les  trônes,  la  religion  et  les  lois. 
Acharnés  contre  cette  chaîne  céleste  qui  lie  la 
créature  au  Créateur,  les  audacieux  t(  ntcïît  vai- 
nement de  la  bAUser;  mais  ils  se  dédommagent  de 


(  387  )  ^ 
îcuv  foiblcsse  Gîi  substituant  rindccision  à  la  foi  „ 
i'indiffcreuce  à  la  ferveui",  et  surtout  en  sapant  les 
londemens  des  pouvoirs  sociaux.  Un  malaise  gé- 
néral, résultat  du  mépris  des  anciennes  doctrines  ^ 
et  précurseur  du  désordre,  agiloit  tont<;sles  ciasses 
de  la  société;  la  désorganisation  étoit  i  nminente, 
lorsqu'on  essaya,  pour  la  conjurer,  de  convoquer 
d'abord  une  réunion  de  notables,  ensuite  les 
Etals-Généraux.Ces  deux  assemblées  manquèrent  à 
leur  destination  :  la  réunion  de  notables  vit  le  mal 
sans  pouvoir  y  remédier  j  le.^  Etats- Généraux  ,  li- 
vrés aux  factions,  usurpateurs  d'un  pouvoir  sans  li- 
mites, déçus  par  linexpéi'iénce  et  par  les  passions, 
crurent  qu'ils  pourroi(  nt  impunément  mettre  eu 
prati({ue  les  théories  mensonf^cres  du  philoso- 
pliisnie.  Ils  organisèrent  systématiquement  la  ré- 
volution ,  et  nous  aurons  long-temps  encore  à 
souffrir  de  leurs  erreurs. 

Depuis  le  i"  janvier  1789  jusqu'au  i^"^  jan- 
vier de  cette  anuée  ,  c'est-à  dire,  dans  un  espace 
de  trente  ans,  nous  avons  vu  tout  ce  qu'il  est 
possible  de  voir  en  fait  de  gouvernement.  U'abord 
l'ancienne  monarchie  sur  son  déclin,  après  quoi 
la  défnocratie  avec  l'Assemblée  Constituante j 
sous  la  Législative ,  une  république  embarras- 
sée d'un  fantôme  de  président  décoré  du  nom 
de  Pvoi  5  l'ochlocratie  (1)  avec  la  Convention; 
une  îépublique  aristocratique  avec  le  Directoire; 
le  despotisme  sous  les  formes  républicaines,  au 
temps  des  Consuls;  le  despotisme  militaire  avec 
rEuq)ire;  et,  depuis  le  3'^~inai  i8i4  jusqu'au  20 
mars  181J,  l'essai  malheureux  d'une  monarchie 
constitutionnelle;  pendant  les  cent-jours  l'anar- 
chie; du  8  juillet  i8i5  au  5  septembre  ib*î6  le 
système  constitutionnel  avec  une  tendance  monar- 


(0  Gouycrnemenl  de  la  populace.  On  sait  quelle  influence 
elle  exe rç oit  alQi's. 

a5. 


(  388  ) 

tliiquc;  depuis  le  5  st^ptenibre  181G  jusqu'à  pré- 
sont,  lessai  d'un  gouvernement  représentatif  avec 
une  tendance  démocratique. 

Si  les  nations  étoient  susceptibles  de  s'instruire 
par  l'expérience  ,  les  Français,  après  un  si  g^rand 
noml)re  de  tentatives,  seroient  le  plus  savant  des 
peuples  de  1  Europe  sur  la  théorie  des  gouverne- 
nieiis.  Pourquoi  donc  ne  sommes-nous  guère  plus 
avancés  que  le  premier  jour?  Pourquoi  les  abstrac- 
tions nous  subjuguent-elles  encore?  Pourquoi  les 
opinions  ne  sont-elles  pas  unanimes?  Pourquoi  la 
nation  la  plus  éminemment  sociale  est-elle  inquiète 
et  divisée?  Ce  sont  autant  de  questions  dont  un 
écrivain  de  boniie  toi  peut  chercher  la  solution. 

Pour  qu'un  Etat  soit  tranquille,  pour  qu'on  y 
jouisse  du  bonheur,  double  but  que  se  sont  pro- 
posé les  hommes  eu  se  réunissant,  il  faut  que  les 
institutions,  les  lois  et  les  mœurs  soient  parfaite- 
ment en  harmonie.  Or,  par  une  bizarrerie  résul- 
tant du  passage  éphémère  de  tous  les  gouverne - 
meus  dont  nous  avons  liait  l'épreuve,  nous  sommes 
soumis  en  même  temps  à  des  lois  aristociatiques, 
démocratiques,  républicaines,  despoticpies  ;  la 
même  discordance  a  lieu  dans  nos  institutions  : 
eniin  les  mœurs  olîrent  la  même  diversité.  Des  in- 
dividus ont  celles  de  la  monarchie,  d'autres  de  la 
république ,  et  d  autres  enfin  ont  les  mœurs  de 
feuipire.  Cela  dépend  de  l'âge  et  de  la  première 
éducation  5  mais,  dans  l'ensemble,  rien  d'uni- 
forme, et  par  conséquent  rien  de  national. 

Si  l'art  de  bien  gouverner  a  toujours  été  diffi- 
cile, même  lorsque  toutes  les  données  se  réunis- 
soient  en  faveur  des  gouvei'iians,  que  doit-il  êti*e 
dan:i  les  circonstances  où  noussommes  !  Aux  diffi- 
cultés qui  résultent  des  motifs  ci -dessus  se  joint 
l'embarras  d'essaver  un  gouvernement  dont  la  base 
es!^  posée,  mais  sans  aucun  appui  pour  la  consoli- 
der. ■Nous  avons  une  Charte,  mais  nous  n'avons 


(  389  ) 
pas  (le  lois  fondamental  es;  non  s  avons  des  Clîômbrcs 
délibérantes ,    mais   nous    n'avons    pas   d'opinion 
fixe;  nous  désirons  la  paix,  et  l'on  met  en  jeu  les 
passions  qui  la  détruisent. 

Dans  une  position  aussi  singulière,  si  le  minis- 
tère a  de  quoi  sétonner,  ce  ne  devroit  pas  être 
d'éprouver  quelques  contrariétés ,  mais  de  ce 
qu'elles  ne  sont  pas  encore  insurmontables.  Et 
certes,  si  quelque  chose  peut  donner  la  plus  forte 
garantie  de  la  sagesse  des  Français,  et  de  leur 
besoin  de  tranquillité ,  c'est  qu'elle  ne  soit  pas 
troublée  par  les  efforts  inouïs  qu'on  fait  depuis 
trois  ans  pour  la  détruire.  Je  n'accuse  personne: 
je  signale  des  fautes. 

Lorsque  l'Assemblée  cons^tituante  ,  dans  son 
délire  philosophique,  voulut  tout  établir  à  neuf, 
elle  détruisit  foH^  ce  qui  exisloit;  elle  fut  impru- 
dente, je  n'ose  pas  dire  qu'elle  fut  coupable,  mais 
du  moins  elle  fut  conséquente  :  elle  marchoit  à 
son  but.  La  Convention  qui  vint  ensuite,  pour 
forcer  la  France  d'adopter  une  république  odieuse 
à  la  majorité  des  Français,  inventa  la  terreur,  et 
répandit  des  flots  de  sang;  elle  fut  criminelle, 
mais  elle  fut  conséquente.  Buonaparte  enfin,  qui 
•  voulut  tout  soumettre  au  même  joug  ,  sentit  qu'il 
ne  pouvoit  dominer  ses  égaux  qu'en  se  mettant 
dans  une  position  qui  le  fît  toujours  commander; 
de  là  ses  guei'res  continiielles.  Son  ambition  fut 
gigantesque  :  elle  a  ruiné  la  France  et  i^avagé 
l'Europe;  mais  tout,  dans  son  gouvernement, 
tendoit  à  la  satisfaire;  et  jamais  le  reproche  d'in- 
conséquence ne  paroîtra  dans  le  nombre  de  ceux 
qu'on  lui  peut  adresser. 

Il  fall oit  parvenir  à  nos  jours  pour  voir  ce  qui 
doit  résulter  d'une  opposition  systématique  entre 
les  actes  du  pouvoir  et  son  intérêt.  G  est  un 
exemple  que  nous  léguerons  à  nos  successeurs 
comme  appartenant  surtout  à  ceux  qui,  pendant 


(  39a  ) 
Ivoîs  ans,  ont  recelé  nos  destinées,  à  ce  ministère 
indivisible,  quoiqu'il  se  séparât;  uni,  quoiqu'il 
se  lût  décimé;  solidaire,  quoiqu'il  s'accusât,  et 
dont  les  actes  iucoht'rens  n'ont  pu  ni  consolider 
le  trône,  ni  fonder  une  sage  liberté'. 

jNous  vivons  sous  une  monarchie  :  cette  monar- 
chie n'est  pas  nofivelîe.  Des  troubles  nous  en 
avoient  écartés;  la  force  des  choses  nous  y  a  ra- 
menés. En  1789,  guidés  par  l'erreur,  nous  aban- 
donnâmes le  gouvernement  de  nos  pères;  nous  y 
sommes  revenus  en  ï8i4  ;  mais, suivant  nos  ancien- 
nes doctrines  constitutionnelles  que  rien  ne  peut 
abroger,  nos  égaremens  n'ont  pas  affoibli  les  droits 
de  la  royauté.  Louis  XVII  étoit  Roi  dans  la  tour 
du  Temple,  comme  Louis  XVIII  Tétoit  dans  son 
exil,  comme  Henri  IV  étoit  Hoi  lorsque  les  li- 
gueurs le  combattoient,  et  que  le  duc  de  Mayetine 
lui  disputoit  la  couronne.  C'est  le  Roi  de  Fhance 
ET  DE  Xavarre  que  nos  acclamations  appeloient 
le  3i  mars  i8j4;  c'est  Monsieur,  Frèiie  du  Roi, 
qui  est  entré  dans  Paris  le  12  avril;  enfin,  c'est 
•LE  Roi  RÉGiVANT  AVEC  TOUS  SES  DROITS  que  nous 
avons  salué  le  3  mai.  La  royauté  de  Louis  XVIII 
n'est  pas  ime  concession  du  moment  :  elle  est  un 
héritage  direct,  légitime,  transraissible  à  tous  ses 
descendans,  sans  modification  et  sans  incertitude. 
Telle  est  la  base  fondamentale  de  notre  droit  pu~ 
blic.  Si  Ton  s'en  écarte,  on  se  remet  en  révolu- 
tion. C'est  parce  cjue  les  droits  de  Louis  XVIIl 
étoient  positifs  à  Hartwell  comme  ils  le  sont  à 
Paris ,  que  ce  prince  a  pu  nous  donner  une  Charte  ; 
c'est  encore  pa^.' la  même  raison  qu'il  veut  et  doit 
dater  ses  actes  de  la  vingt-quatrième  année  de  son. 
règne.  Si  ces  principes  sont  incontestables,  comme 
je  n'en  puis  douter,  il  est  impossible  de  ne  pas 
trouver  étrange  qu'on  s'évertue  à  mettre  sans  cesse 
en  problème  ce  qui  est  résolu.  Il  doit  paroîti-e  non 
moins  extraordinaire  que  les  derniers  dépositaires^ 


(  -^91  ) 
an  pouvoir  aient  si  peu  connu  notre  position 
qu'un  des  leurs  ait  osé  dire  à  la  Chamore  des 
Députés,  le  j  5  décembre  1817  :  Le  but  du  minis- 
tère est  de  f'oya/iser  la  nation ,  et  de  nationaliser 
le  royalisme  (^i).  Ce  seroit  certainement  une  noble 
tâche ,  s'il  y  avoit  quelque  chose  à  faire  à  cet 
égard 5  mais,  lorsque  tout  est  fait,  il  n'y  a  rien  à 
tenter.  Une  nation  c[ui ,  depuis  quatorze  cents 
ans  ,  vit  sous  le  gouvernement  monarchique  de 
ses  Rois,  n'a  pas  besoin  d'être  /'o^a/t'yee,*  et  le  roya- 
lisme, espèce  de  dogme  religieux  révère'  par  nos 
i)ères,  naturel  aux  Français  qui  l'ont  proclamé  si 
lanternent  en  i8i4,  en  1810,  en  1816,  n'a  pas 
besoin  d't^tre  77 afionalisé.  Ainsi,  le  ministre  qui 
présentoit  ce  résultat  comme  un  des  buts  vers  le- 
quel ses  collègues  et  lui  dirigeoient  leurs  travaux, 
a  donc  au  moins  commis  une  erreur. 

Tous  les  Français  sont  royalistes.  Ceci  me  paroît 
une  vérité  de  fait  et  de  sentiment  qui  n'a  pas  besoin 
d'être  démontrée.  S'il  y  a  quelques  opinions  con- 
traires, elles  sont  si  foibies  qu^onpeut  se  dispenser 
de  les  compter^  aussi  n'est-ce  pas  là  ce  dont  il  s'agit» 
La  tâche  à  remplir  est  de  mettre  nos  lois  ,  nos  ins- 
titutions, nos  doctrines,  en  harmonie  avec  nos 
penchans.  Ce  travail  est  si  peu  diiïicile,  tout  est 
si  bien  préparé  pour  son  succès  ,  qu'on  peiit  l'ob- 
tenir, même  sans  habileté  :  la  bonne  foi  sufEt. 

Qu'a-t-on  voulu  de  tous  les  terpps  ?  que  veut- 
on  encore  ?  Un  gouvernement  qui  donne  avec  la 
tranquillité  la  garantie  des  personnes  et  des  pro- 
priéte's.  La  royauté  légitime  et  la  Charte  nous  les 
assurent  ;  mais  il  faut  seconder  Tune  et  se  confor- 
mer à  l'autre  5.  et  c'est  ici  que  la  division  com- 
mence entre  les  royalistes^,  qui  d'ailleurs  sont 
d'accord  sur  les  principes. 


(i)  Moniteur  i\\i  18  dt-cembre  1817. 


(  39'^  ) 

La  flifTércncr  provient  de  ce  que  les  uns,  iden- 
tifijuif  le  mini.sl«">re  avec  la  royauté,  .•semblent  croire 
<fiie  dès  qu'un  liomnac  est  noniuié  iniuislve  ,  s'il  ne 
devient  pas  infaillible,  Tintérêt  bien  entendu  de 
notre  forme  de  gouvernement  exige  au  moins  qu'on 
dissimule  ses  fautes,  en  appuvant  toujours  les  pro- 
positions qu'il  soumet  aux  Cliambi-cs ,  et  les  actes 
publics  de  son  administration.  Les  autres,  isolant 
le  ministère  de  la  royauté',  n'attribuent  le  privi- 
lège de  1  infaillibilité  qu'au  Roi  seul,  pax'ce  que 
c'est  une  des  prérogatives  constitutionnelles  de  sa 
couronne  5  mais  ils  tiennent  pour  constant  que, 
loin  d  être  infaillibles  ,  les  ministres  sont  très- 
peccables,  et  souvent  ils  prennent  la  liberté  de 
le  leur  démontrer.  Au  premier  aperçu  ,  cette  di- 
vergence pourroit  donner  l'idée  du  parti  de  l'op- 
position en  Angleterre  ,  ou  ,  si  Ton  veut,  de  la  di- 
vlsioïi  en  TVIii^s  et  en  Torys  ;  cependant  rien  ne 
se  ressemble  moins. 

Les  Anglais  ont  une  constitution  qui ,  traversant 
les  siècles,  trouve  son  origine  sous  le  rèfjne  de 
Guill aume- le- Conquérant ,  à  huit  cents  ans  de 
nos  jours.  Depuis  celle  époque,  tous  les  événe- 
mens  ont  été  mis  à  profit  pour  consolider,  af- 
fermir,  perfectionner  leur  pacte  social  ^  aussi, 
lois,  institutions,  mœurs,  habitudes  ,  préjugés  , 
défauts  même  ,  tout  tend  au  même  but  ,  tout 
concourt  à  maintenir  cette  garantie  précieuse  , 
non  seulement  des  individus,  mais  de  la  puis- 
sance publique.  Soit  que  ce  gouvernement  formé 
par  les  âges  ait  modelé  le  caractère  national  des 
xinglais,  soit  que  le  caractère  ait  influé  sur  la 
forme  du  gouvernement,  toujours  est-il  vrai  qu'il 
existe  entre  eux  une  harmonie  parfaite.  Tant  d'a- 
vantages sont  fortifiés  pp.r  la  position  insulaire  de 
ce  pays ,  qui ,  surtout  ilcpuis  la  réunion  de  l'Ir- 
lande et- raccroissement  prodigieux  de  ses  forces 
navales,  forme  un  empire  tellement  organisé,  que, 


(  393  ) 

n'ayant  rien  à  recloiiter  du  continent,  il  y  peut  à 
son  gré  soutflcr  les  tempêtes. 

Notreposition  estaLsolumentdifFérente,  Echap- 
pés tout  meurtris  cle  nos  anciennes  institutions 
monarchiques,  des  vaines  tiiéories  de  la  révolu- 
tion, (les  fers  du  despotisme,  je  dirai  même  de 
notre  gloire  5  limitrophes  des  nations  que  nous 
avons  long-temps  combattues  avec  des  chajices 
diverses  ,  dont  le  i-ésultat  pour  elles  comme  pour 
nous  est  surtout  l'appauvrissement  et  Je  désor- 
dre ,  il  nous  reste  le  besoin  du  repos  ;  malheiu'eu- 
senaent  il  est  altéré  par  tous  les  souvenirs  5  et 
lorsqjie  ,  pour  leur  échajjper,  il  nous  fandroit  des 
choses  positives  et  définies,  nous  n'avons  que  des 
conti-adictions  et  des  essais.  Exemple  malheureuM 
que  nous  sommes,  pour  tous  les  peuples  qui  se- 
roient  tentés  de  sacrifier  la  raison  ancienne  aux 
prestiges  mensongers  d'imprudens  novateurs  I 

Il  est  donc  vrai  que,  malgré  nos  deux  Chambres 
et  notre  ministère,  rien  n'existe  chez  nous  comme 
en  Angleterre.  De  notre  côté  tout  est  vague,  du 
leur  tout  est  déterminé  ;  nous  cherchons  à  former 
un  gouvernement,  celui  de  nos  voisins  a  la  sanc- 
tion des  siècles  :  là,  on  donne  l'influence  à  la  crande 
propriété,  ici,  pour  être  influent,  à  peine  est-il 
besoin  d'être  propriétaire  5  là  ,  une  aristocratie 
puissante  fait  un  contre-poids  indispensable  à  la 
tendance  démocratic£ue  du  système  représentatif, 
ici  le  pouvoir  s'unit  à  la  démocratie  ;  là  tous  lès 
ministres  ,  sortis  pins  tôt  ou  plus  tard  des  raiîgs  de 
lopposision  ,  s'occupent ,  dès  cfu'ils  sont  assis  sur 
les  bancs  ministériels,  à  maintenir  au  profit  de  la 
liberté  tous  les  droits  de  la  couronne  ,  ici  les  mi- 
nisires sacrifient  à  leurprofitles  prérogatives  roya- 
les,  et  c'est  l'opposition  qui  les  réclame  comme 
les  garanties  de  la  Charte  et  des  libertés  qu'elle 
assure. 

Pour  peu  qu'on  réfléchisse  à  cette  position  ,  il 


(  ^394  > 
sera  facile  de  se  rendre  compte  de  rinquiétiide- 
qui  tourmente  tous  les  esprits.  Lorsque  rien  n'est 
à  sa  place,  lorsque  chacun  fait  précisément  le  con- 
traire de  ce  qu'il  doit,  il  est  diffi^.ile  de  se  per- 
suader que  ce  qu'on  voit  puisse  être  durable. 
Prétendre  organiser  une  monarcliic  constitution- 
nelle et  travailler  pour  la  révolution  ,  c'est  incen- 
dier un  édifice,  en  criant  qu'on  a  découvert  le 
vrai  moyen  de  le  conserver. 

Notre  situation  chan^^era  promptemcnt  lorsque 
les  royalistes,  plus  voisins  des  dang^ers^qui  nous 
menacent,  reconnoîtront  qu'on  auroit  pu  les  évi- 
ter et  qu'on  peut  les  éviter  encore,  en  soute- 
nant la  royauté  contre  la  puissance  ministé- 
rielle. Cette  puissance  est  une  monstruosité 
politique  rjui  s'est  créée  et  qui  se  maintient  pour 
elle  seule.  C'est  à  leur  profit,  et  non  pas  dans 
l'intérêt  du  trône  ,  que  les  ministres  ont  provoqué 
la  dissolution  de  la  Chambre  l'oyaliste  de  i8i5  ;  ils 
n'avoient  pas  su  la  conduire,  ils  se  crurent  mena- 
cés ,  et,  pour  se  perpétuer,  ils  s'exposèrent  pré- 
somptueuseiuent  aux  chances  hasardeuses  d'une 
nouvelle  révolution.  Jusque-là,  il  n'y  avoit  eu  de 
débat  qu'entre  deiix  opinions  ;  ils  en  suscitèrent 
une  troisième,  dont  ils  se  déclarèrent  chefs.  C'étoit 
une  première  atteinte  au  pouvoir  ro  val  :  n'importe, 
la  bannière  ministérielle  flottoit  triomphante  ,  et 
le  ministère  s'arrogea  le  nom  de  gouvernement  (i). 
Mais  cette  gloire  pouvoit  n'être  pas  durable.  Elle 
tenoit  à   des    circonstances    particulières  ,   à   des 


(i)  Le  premier  qui  se  soit  servi  publiquement  de  cette  locu- 
tion est,  n  ce  que  je  crois,  M.  (jorvetto,  dans  son  discours  sur 
In  loi  de  finances  de  1817.  Voici  ses  propres  expressions  :  «  ï/e 
"Crédit  s'npprocher.i  d'un  a;ouvefnemenf  honore',  sf-able,  ijifi— 
1'  memenf  uni  au  Roi  qui  en  est  l'àme  et  le  guide.  »  ^Page  20  du 
discours  à  la  Chamlirp  des  D(>pute's.)  Il  re'sulfe  clairement  de 
celte  phrase  que,  dans  le  système  ministe'riel,  le  Roi  est  hors  du 
gouvernement. 


(  ^95  ) 
moyens  qu'il  est  presque  impossible  d'employer 
plusieurs  fois-,  il  fallut  organiser  des  collèges  élec" 
toraux  où  la  grande  propriété  fiit  en  minorité,  afin 
de  donner  aux  régulateurs  plus  de  chances  pré- 
sumables  d'influencer  les  nominations  :  la  loi  sur 
les  élections  fut  conçue  et  em])ortée.  Cette  fois, 
les  ministres  se  trompèrent.  Leurs  regards  tou- 
jours fixés  sur  les  royalistes,  ils  ne  s'aperçurent 
pas  que  les  libéraux,  assez  habiles  pour  profiter 
des  circonstances  ,  s'empareroient  des  moyens  fa- 
vorables qu'ils  trouvoient  dans  la  loi  pour  relever 
leur  opinion  :  le  dépouillement  des  scrutins  montra 
le  danger  de  cette  inadvertance.  Pour  conjurer  le 
péril ,  les  ministres  implorèrent  les  royalistes  qv.î 
voulurent  bien  les  sccour;r;  mais  une  nouvelle 
inquiétude  vint  les  saisir  lors  des  secondes  nomi- 
nations ,  où  des  succès  plus  marqués  dévoient  ac- 
croître les  forces  du  libéralisme.  Dans  l'intervalle 
des  deux  élections,  la  loi  du  recrutement  et  les 
ordonnances  qui  en  dérivent,  ainsi  que  les  instruc- 
tions destinées  à  les  interpréter,  menacèrent  la 
Garde  d'une  destruction  prochaine,  et  signalèrent 
le  danger  du  despotisme  ministériel  disposant  des 
emplois  nu  gré  de  son  caprice,  et  surtout  aux  dé- 
pens de  la  royauté. 

Un  système  ne  marche  pas  seul;  les  lois  ont 
besoin  d'ageas  qui  les  fassent  exécuter.  Dès  lors 
le  déplacementdes  royalistes  devintla  conséquence 
obligée  du  plan  adopté  par  les  ministres.  Aussi  les 
journaux  censurés  déclarèrent -ils  franchement 
que  tous  ceux  qui  ne  souticndroient  pas  les  mi- 
nistres seroient  déplacés.  Par  suite  de  cette  me- 
nace, le  conseil  d'Etat  a  été  décimé  5  des  préfets,, 
des  sous-préfets  ont  reçu  leur  destitution;  des: 
généraux,  recommandablespar  de  grands  services 
vendus  à  la  royauté,  sont  à  la  tête  des  victimes.. 
Ce  plan  appartient-il  au  nouveau  ministère?  Ap- 
partient-il à  l'ancien  ?  Les  da-tes  donnent  lieu  de- 


(  396  ) 
croire  qu'on  en  peut  faire  honneur  à  celui  dont  La 
vie  politique  s'étend  de  i8i5  à  1818.  Durant  ces 
trois  années,  on  a  vu  dans  sept  ministères  douze 
ministres,  dont  onze,  après  aroir  lutté  plus  ou 
moins  de  temps,  se  sont  écroulés  les  uns  sur  les 
autres,  tandis  qu'un  seul,  d'une  complexion  ap- 
paremment plus  robuste,  reste  debout  sur  les  dé- 
bris de  ses  collègues  (1  ).  On  peut  en  conclure 
<fue  le  ministère,  ou,  comme  ces  messieurs  l'ont 
dit,  le  gouvernement  indivisible,  uni  de  i8i5, 
n'a  maintenant  qu'un  exécuteur  testamentaire,  et 
par  conséquent  que  tout  ce  qu'on  a  proclamé  sur 
l'appui ,  sur  la  force  quil  falloit,  sous  peine  d'éti-e 
mauvais  Français  ,  donner  à  ce  ministère,  tourne 
au  seul  et  singulier  profit  de  son  unique  repré- 
sentant. '     ^ 

Il  me  paroît  donc  démontré  que  le  ministère 
n'est  pas  la  royauté',  et,  par  conséquent,  qu'on 
peut  être  rovaliste  sans  être  ministériel.  On  pour- 
roit  aller  plus  loin  :  les  données  qui  précèdent 
lourniroient  peut-être  une  série  de  raisonnemens 
assez  décisifs  pour  en  conclure  que  ces  qualités 
s'excluent.  Je  m'explique.  Lorsque,  dans  un  Etat 
anciennement  constitué,  tout  marche  harmoni- 
quement  vers  sa  tendance  nalnrelle  ,  c'est-à-dire 
quand  les  ministres,  au  lieu  de  se  nommerlegou- 
vern^ment  et  de  se  créer  un  parti ,  n'ont  d'autre 
ambition  que  celle  d'être  les  serviteurs  de  la  cou- 
ronne et  les  soutiens  dévoués  de  sa'  puissance , 
c'est  bien  certainement  être  rovaliste  que  de  s'unir 
au  ministère  ;  mais  lorsque  ,  dans  une  monarchie 
qui  se  modifie  sur  quelques  principes  nouveaux  , 
on  voit  un  ministère  ou  des  ministres  fonder  des 
lois  et  des  institutions  républicaines  ,  dépouiller 
le  trône   de  ses  prérooatives  constitutionnelles, 

(i)MM.  de  Richelieu,  Barhë-Marbois,  Dambray,  Pasquier, 
de  Feltre,  du  Boucliage,  Mole,  Corvelto,  Roy,  Vaublanc , 
Laine. 


(  397  ) 
Tcbraiiler  en  calomniant  ses  plus  augustes  appuis^ 
ranimer  une  opinion  qui  depuis  trente  ans  s'est 
prononcée  contre  Tautorité  des  rois  ,  s'associer, 
se  diviser  jusqu'à  ce  que  les  rênes  du  pouvoir 
viennent  se  réunir  dans  les  mains  d'un  seul  mi- 
nistre, toute  illusion  doit  cesser.  Alors  les  hommes 
de  bonne  foi,  ([ui  crovoient  soutenir  la  puissance 
royale  en  appuyant  le  ministère,  s'en  séparent 
dès  qu'ils  reconnoissent  leur  erreur  :  ce  qui  de- 
meure ne  dissimule  point  qu'il  professe  une  opi- 
nion différente. 

Que  reste-t-il  alors  ?  Deux  volontés  :  l'une,  qui 
garantit  la  trancjuillité,  c'est  la  volonté  luonar- 
clii(|ue5  l'autre,  qui.  causa  nos  troubles,  et  nous 
conduit  inévitablement  aux  mêmes  résultats  ,  c'est 
la  volonté  anti-monarcliique.  Elles  sont  en  pré- 
sence depuis  trop  long-temps  pour  n'être  pas  ju- 
gées. La  première  a  quatorze  cents  ans  de  gloire  , 
la  seconde,  vingt-;  inq  ans  de  malheurs.  L'anti- 
monarchie  ,  enfant  malheureux  du  philosophisme , 
nous  a'iivrés  à  tous  les  fléaux,  nous  a  rendus  les 
jouets  de  l'eri'eur,  les  victimes  dçs  abstractions. 
Toujours  repoussee  par  l'immense  majorité  de  la 
nation ,  il  a  fallu  la  nourrir  de  sang  pour  lui  don- 
ner quelques  années  d'existence;  et,  lorsque  des 
circonstances  plus  favorables  l'ont  privée  de  cet 
horrible  aliment,  débile,  elle  s'est  réfugiée  dans 
le  sein  de  quelques  rêveurs  atrabilaii'cs  tous  prêts 
à  s'écrier  :  Périsse  l'univers  plutôt  qu'un  principe  ! 
La  volonté  monarchique,  au  contraire,  est  celle 
de  la  nation.  INotre  grand  besoin  est  .le  repos;  et 
comme  nos  pères,  après  les  fureurs  de  la  Ligue, 
ne  l'obtinrent  qu'à  l'avènement  du  grand ,  du  bon 
Henri ,  nous  ne  l'obtiendrons  que  s@us  le  règne 
légitime  des  Bourbons.  Railions-nous  donc  à  nos 
Princes  ;  notre  ex)st<nice  est  identifiée  à  la  leur  ; 
nous  ne  pouvons  avoir  de  bonheur  qu'avec  eux  et 
par  eux,  D'Herbouville. 


C  39S  ) 

Sur  l'Enseignement  mutuel ,  et  les  Frères  des 
Ecoles  chrétiennes. 

Les  Romains  donnoirnt  à  leurs  lois  le  nom  de 
ceux  qui  les  avoient  proposées,  lex  Julia  ,  Sem^ 
pronia,  Valeria,  la  quarte  Falcidie  ou  Trehellia- 
nique.  Les  Grecs  faisoieut  mieux,  et  un  de  leurs 
sages  ne  permettoit  qu'à  l'homme  de  bien  de  laire 
uue  proposition  de  loi. 

Si  ces  usages  avoient  été  reçus  parmi  nous,  à 
l'époque  de  l'invasion  de  notre  fièvre  législative , 
beaucoup  d'orateurs  auroient  gardé  le  silence , 
ou  beaucoup  de  lois  aui-oient  été,  en  naissant, 
déshonorées  par  le  nom  de  leurs  auteurs. 

Ces  réflexions  m'ont  été  suggérées  à  l'occasion 
de  la  méthode  d'Enseiii^ncment  mutuel,  long- 
temps appelée  méthode  Lancastridinne ,  du  nom 
du  guaJxe/'  son  inventeur  on  Angiôterre,  et  qu'on 
auroit  pu  appeler  Carnotienne  ,  du  nom  de 
celui  qui  l'a  importée  en  France,  pendant  les 
cent-jours,  l'un  des  plus  terribles  et  des  plus  dociles 
instrumens  des  fureurs  de  la  Convention,  membre 
fameux  de  ce  fameux  Comité  de  salutpublic  qui  a 
tout'perdu  en  Finance,  publie  et  particulier,  et  à 
qui  Solon  n'eût  certainement  pas  permis  de  rien 
proposer,  tant  ce  sage  législateur  étoit  persuadé 
que  la  perversité  de  moeur*  et  de  conduite  fausse 
le  jugement,  même  quand  eîle  aiguise  l'esprit, 
et  qu  il  n'y  a  que  la  vertu  qui,  pour  la  direction 
morale  de  la  société,  ait  de  la  raison,  ttméiuedu 
génie. 

Cette  méthode  fut,  à  son  apparition,  accueillie 
à  Paris  oii  l'on  accueille  tout,  bon  et  maiivais, 
pourvu  qu'il  ait  un  caractère  d\tran^eté ,  et  pré- 
sente un  nouvel  aliment  à  l'esprit  de -cm  iosité  , 
et  au  besoin  de  changemcns  et  d'émotidus  qui 
font  le   caractère  des   heureux  et  des  oisifs  des 


(  399  ) 
grandes  cités.  Elle  fut  accueiliie,  et  pai'  Ja  Lien* 
faisance  opulente  qui  cherclie  un  emploi  hono^ 
rable  à  ses  richesses,  et  par  l'activité  inquiète  de 
l'esprit  cjui  poursuit  toujours  le  mieux  eu  morale, 
coilime  elle  le  cherche  en  physique  à  force  d'es- 
sais eî;  d'expériences,  et  aussi  par  l'ostentation 
toujours  empressée  de  faire  enregistrer  ses  vertus 
dans  les  gazettes ,  et  de  prendre  rang  et  date  sur 
une  liste  de  sousci'ipteurs. 

On  eût  dit  qu'il  n'existoit  chez  nous  ni  mé- 
thode, ni  moyens  d'instruction  élémentaire  pour 
les  enfans  du  peuple,  tandis  que  nous  avions  au 
contraire,  et  depuis  un  siècle,  la  méthode  la  plus 
parfaite,  et  des  moyens  nieilleurs  encore  que  la 
méthode,  dans  la  congrégation  des  Frères  clef 
Eco/es  chrétiennes.  La  révolution  avoit  détruit 
celle-là  comme  toutes  les  autres;  mais  il  suffit  à 
Buonaparte  d'en  remuer  les  cendres  pour  y  trou- 
ver des  étincelles  de  cet  esprit  qui  l'avoit  formée, 
de  cet  esprit  créateur  du  christianisme  ,  qui  donne 
à  tout  ce  qu'il  anime  le  mouvement  et  la  vie.  Buo- 
naparte rétablit  donc  cette  utile  et  modeste  insti- 
tution ,  trop  religieuse  pour  n'être  pas  très-monar- 
chique. ]Mais,  trop  foible  encore  poui*^  pouvoir 
marcher  toute  seule ,  elle  fut  confiée  à  la  protection 
et  mise  sous  la  sauve-garde  de  l'Universile  impé- 
riale ,  et  je  fus  témoin  du  noble  et  touchant  accueil 
que  lui  fit  son  illustre  chef.  Aucune  voix:  ne  s  éleva 
contre  cette  bienfaisante  institution,  aucune  au- 
torité ne  lui  déclara  la  guerre;  nulle  autre  obli- 
gation ne  lui  fut  imposée  envers  l'Etat  qu'une 
dépendance  généraje  de  l'autorité,  dépendance 
commune  à  toutes  les  institutions  publiques;  et 
le  motif,  si  heureusement  imaginé ,  de  la  cejitra- 
Usation  de  l'enseignement  de  YalphabeL^  ne  fat  pas 
allégué  pour  la  tourmenter. 

Que,  dans  l'enseignem-nt  littéraire  ou  scienti- 
fique ,  on  regarde  la  rivalité  eutre  difFéreus  coi'^s 


(  4oo  ) 
et  diUerentcs  méthodes,  comme  propre  à  exciter 
l'émulation  et  à  développer  le  talent ,  on  le  con- 
«;oit^  quoique  je  pense  que  cette  rivalité,  qui  s'é- 
tend bientôt  à  d'autres  objets  qu'à  des  points  de 
science  et  de  littérature,  est  dangereuse  pour  les 
grandes  choses,  si  elle  est  utile  pour  de  petites; 
mais  une  rivalité  de  maîti(!s,  une  concurrence  de 
méthodes  pour  cnseif^ner  l'A  B  C  aux  enfans  !  en 
vérité,  c'est  trop  ridicule  pour  n'éti'e  que  ridi- 
cule, et  la  commission  provisoire  ne  nous  dit  pas 
tout,  puisqu'elle  ose  nous  dire  cela. 

Quoi  qu'il  en  soit,  en  laissant,  et  sans  concur- 
rence ,  icsiuères  de  la  Doctrine  chrétitnjie,  dans 
les  villes  ou  bourgs  assez  peuplés  pour  remplir 
leurs  écoles,  assez  riches  pour  faire  les  frais  de 
leur  établissement  5  et,  dans  les  campagnes,  de 
simples  maîtres  d  école,  sous  la  surveillance  exclu- 
sive et  immédiate  de  l'autorité  ecclésiastique,  la 
sagesse  de  nos  pères  avoit  cru  pourvoir  abondam- 
ment à  tous  les  besoins ,  et  elle  auroit  vu  un  grand 
danger  dans  cette  importation  d'enseignement  mo- 
ral faite  en  France  d'un  pays  à  qui  une  religion 
ditrércute  ,  ou  plutôt  le  mélange  de  touf«'s  les  re- 
ligions, a  donné  un  tour  d'esprit  différent,  d'autres 
opinions  et  d'autres  mœurs.  Il  lalloit  une  révolu- 
tion complète  de  bon  sens  et  de  bonnes  doctrines 
pour  ne  pas  voir,  après  noti-e  révolution  ,  au  moins 
une  imprudence,  si  ce  n'est  un  scandale,  dans 
la  seule  opposition  de  nom  de  deux  méthodes  dont 
l'uue,  exclusivement  appelée  Doctrine  clirvtienue, 
pouvoit  faire  croire  au  peuple  que  la  méthode 
opposée  étoit  un  peu  moins  chrétienne,  ou  même 
ne  l'étoit  pas  du  tout;  et,  pour  ceux  qui  connois- 
soient  le  secret  des  intentions  et  des  dispositions  , 
cette  conjecture  devenoit  une  certitude. 

Effectivement,  le  choix  des  premiers  insîitu- 
teurSj  la  bizarrerie  des  méthodes,  la  légèreté, 
pour  ne  rien  dire  de  plus,  avec  laquelle  l'euseî- 


C  4oi  ) 

wneniont  religieux  éloil  traité,  éveilla  les  soupçons 
ties  qens  de  Lien  ,  et  le  zèle  des  dépositaires  natu- 
rels de  renseignement  moral.  Les  promoteurs  et 
les  protecteurs  de  ces  établissemens  ^  les^uns  par 
zèle  sincère  pour  les  bonnes  doctrines,  les  autres 
par  prudence,  et  de  peur  d'aller  trop  vite,  con- 
sentirent à  des  cliangcmens  qui  adoucirent  ou 
voilèreut  ce  que  les  formes  premières  avoient  de 
trop  visiblement  suspect.  Il  y  eut  plus  de  signes 
extérieurs  de  religion  dans  les  écoles  d'Enseigne- 
ment mutuel,  on  Y  parla  un  peu  plus  de  morale 
religieuse;  et,  ainsi  modifiée,  cette  institution  a 
reçu  les  plus  grands  encouragemens  de  la  jiart  de 
l'autorité,  et  a  souiïértles  plus  vives  contradictions 
de  la  part  des  villes.  Là  où  les  autorités  locales 
ont  été  laissées  à  elles-mêmes  ,  elles  ont  appelé  des 
Frères  ,  et  ont  fait  les  fonds  de  leur  établissement. 
De  son  côté  ,  la  commission  provisoire  d'instruc- 
tion publique  qui ,  dans  peu  d'années  ,  a  lait  ])ro- 
visoirement  tant  de  mal  définitif  en  portant  dans 
l'éducation  publique  des  intentions  et  des  passions 
politiques  renouvelées  des  Grecs ,  a  imaginé  ,  pour 
l'aire  ti'iomphcr  l'enseignement  mutuel,  d'obliger 
chaque  Frère  à  recevoir  un  diplôme  d  instituteur, 
que  l'Université  impériale,  plus  franclie  et  plus 
raisonnable,  avoit,  une  fois  pour  toutes,  ;  ccordé 
au  corps  entier.  Ainsi ,  avec  les  moyens  de  tout 
genre,  pécuniaires  ou  autres,  emplovés  ou  perdus 
à  soutenir  et  à  propager  l'enseignement  mutuel, 
on  auroit  déjà  l'institution  des  frètes  de  la 
Doctrine  cliréiiemie  établie  dans  le  plus  grand 
nombre  des  villes  du  royaume,  instruisant  tous 
les  enfans,  et  édifiant  tous  les  citoyens.  En  atten- 
dant, cette  diversité  de  méthodes  fomente,  dés 
le  plus  bas  âge,  entre  les  enfans  des  deux  Ecoles 
rivales,  des  germes  de  discorde  qui  jjorteront 
leurs  fruits  dans  leur  temps  ,  et  qui,  même  aujour- 
d'hui,  divisent,  dans  les  villes,  iiis  autorités  et  les 
Tome  H  —  sa""  LivRAiseN.  26 


(  4o-i  ) 

ciloy<«»5.  pour  le  bonheur  de  la  Frajice,  l'édifica- 
tion des  provinces,  la  paix  des  fau)iJles,  et  a  la 
grande  satisfaction  de  ceuv  dont  toute  la  politique 
est  de  dinser  pour  7'ég/ier,  parce  qu'ils  ne  com- 
prennent pas  qu'il  ne  faut  régner  que  pour  réunir. 
Des  hommes  du  monde  ne  se  haïssent  pas  pour 
avoir  été  éleve's  les  uns  chez  les  Oratoriens ,  les 
autres  chez  les  Jésuites  ;  mais  des  hommes  du 
peuple,  chez  qui  les  sentiraens  naturels  sont  plus 
prolonds,  parce  qu'ils  sont  moins  distraits,  ou 
moins  combattus  par  des  sentimens  factices,  con- 
serveront toute  leur  vie  les  pi'emières  haines  de 
leur  enfance  ,  comme  ses  premières  affections. 

INous  examinerons  dans  un  autre  article  (^si  elle 
ne  finit  pas)  les  effets  et  les  motifs  de  la  querelle 
suscitée  aux  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne  par 
la  commission  d'instruction  publique,  contre 
l'opinion  publique  la  plus  saine,  la  plus  générale 
et  la  mieux  connue  ;  cette  opinion  publique  de- 
vant laquelle  on  se  prosterne  quand  on  la  suppose 
ou  qu'on  la  fait  conforme  aux  vues  d'un  certain 
parti ,  et  qu'on  repousse  avec  tant  de  hauteur  et 
dinsolence,  lorsqu'elle  lui  est  contraire. 

Cette  discussion  doit  être  précédée  de  quelques 
réflexions  siir  les  deux  méthodes  d'enseignement 
comparées  liuie  à  l'autre. 

Je  ne  pense  pas  qu  un  homme  de  sens  préfère, 
pour  l'éducation  et  l'insti^uction  élémentaire  de 
l'enfance,  une  agréi^ation,  ou,  pour  parler  plus 
juste,  une  individualité  de  laïques  à  une  cojpo- 
vation  religieuse.  La  sottise  ou  Terreur  seroient 
tro])  fortes,  et  la  discussion  tomberoit  dans  1  ab- 
j:urde.  Tout  laïque  qui  a  une  famille,  ou  qui  veut 
eu  former  une,  doit  être  animé  pour  elle  d'un 
amour  exclusif,  le  premier  et  le  plus  tort  lien  de 
la  société'  domestique  ,  el  les  enfans  des  autres  ne 
peuvent  être,  daiis  si.s  alfeclions,  qu'à  une  dis- 
tance infinie  dos  siens.  Ce  n'est  pas  même  ce  scn- 


(  4o3  ) 

tîmtent  qu'ils  peuvent  lui  inspirer  5  il  n'y  a  plus 
de  place  à  des  affections  de  ce  genre  dans  le  cœur 
d'un  père  de  famille;  et,  s'il  entre  la  pensée  d'un 
devoir  à  remplir  dans  les  soins  qu'il  prend  d'en- 
fans  qui  lui  sont  étrangers,  ce  devoir  même,  dont 
il  retire  un  salaire,  se  confond  dans  son  esprit 
avec  le  de^  oir  sacré  pour  lui  de  pourvoir  à  la  sub- 
sistance de  ses  enfans,  et  ce  n'e.vt  réellement  que 
ceux-là  qu'il  considère  dans  les  soins  qu  il  donne 
aux  autres.  La  nature  le  veut  ainsi,  la  morale  n'y 
répugne  pas,  et  les  règlemens  ,  les  ordonnances 
et  les  appointemens  n'y  chaugéront  rien.  Ce  nY-st 
qr;e  la  religion,  la  religion  de  celui  qui  a  dit: 
«  Laissez  les  petits  s'approcher  de  moi  )>  ;  qui  leur 
donne  à  tous,  sans  préierence  et  sans  acception  de 
personnes,  des  soins  desintéressés,  tt  qui  les  com- 
prend tous  dans  une  égale  tendresse.  Il  n'y  a  qu'un 
corps  religieux  (car  il  ne  peut  jvn  avcar  d'autie) 
dont  les  membres,  voués  au  service  de  la  famille 
gt'nérale ,  parce  qu'ils  ont  renoncé  à  toute  famille 
privée,  débarrassés  du  soin  de  leur  propre  exis- 
tence et  de  toute  pensée  mondaine  d'avenir,  qui 
ont  tout  lorsqu'ils  ont  /e  vivie  et  le  couvert ,  et 
vl^w  peuvent  désirer  davantage,  il  n'y  a  que  ces 
hommes  de  sacrifices  qui  puissent  porter  à  tous  les 
enfans  la  même  affection,  et  plus  encore  à  l'enfant 
abandonné  qu'à  celui  qui  est  né  dans  l'opulence 
et  la  grandeur  :  et,  tandis  que  le  laïque  distin- 
guera, entre  les  enfans,  celui  dont  les  parens 
peuvent  reconnoître  le  mieux  ses  soiiis ,  ou  con- 
tribuer à  son  avancement  et  à  sa  fortune,  le  reli- 
gieux cherchera,  dans  son  école,  l'enfant  qui  a  le 
plus  besoin  de  ses  soins  et  de  ses  leçons.  Je  peux 
même  affirmer,  pour  l'avoir  observé  moi-même  , 
que  ces  différences  daiis  les  rapports  que  ces  di- 
verses institutions  établissent  trtre  les  insti- 
tuteurs  et  leurs  élèves,  se  peignent  sur  la  figure 
des  maîtres.  Les  uns  ont  l'air  de  faire  un  métier 

36« 


(  4o4  ) 

qui  les  fatigue;  on  voit  que  les  autres  remplissent 
un  devoir  qui  les  satisfait. 

Et  certes,  lorsque,  dans  les  familles  les  plus 
opulentes  ,  on  préfère  pour  instituteurs,  ou  même 
pour  serviteurs,  des  célibataires  ,  dont  les  soins  et 
les  services  ne  sont  pas  détournés  wu  afToiblis  par 
des  liens  domestiques,  l'Etat  pourroit-il  ne  pas 
accueillir  avec  reconnoissarice  un  corps  entier  de 
célibataires  par  motifs  religieux,  qui  offrent  de 
se  cliarger  de  i  éducalioTi  de  ses  plus  pauvres  en- 
fans,  à  la  seule  conclilion  d'avoir  la  nourriture  la 
plus  simple,  le  vêtémenl  le  plus  grossier,  le  loge- 
ment le  plus  indispensable  ?  Je  ne  pense  pas  que, 
pour  éviter  l'inconvénient  de  laïcs  mariés  ou  qui 
veulent  l'être,  on  ordonne  le  célibat  aux  institu- 
teurs mutuels,  comme  on  Ta  fait  aux  élèves  de 
l'école  normale.  Les  journaux  nous  ont  déjà  fourni 
quelques  exemples  <le  ce  que  peut  être,  dans  l'é- 
ducation de  l'enfance,  ce  célibat  purement  civil , 
jeté,  sans  la  sauve-garde  des  motifs  religieux,  et 
comme  une  spéculation  d'intérêt,  au  milieu  de 
toutes  les  séductions  et  de  toutes  les  dissipatians 
du  monde. 

Quant  à  la  partie  morale  et  religieuse  de  ren- 
seignement,  sans  doute  vous  ordonnerez  ,  par  des 
règlemens  positifs,  déplacer  des  crucifix  dans  les 
salles  d'études ,  et  de  couvrir  les  murs  de  leçons 
tirées  de  l'Ecriture-Sainte  et  des  écrits  des  mora- 
listes anciens  et  modernes;  vous  prescrirez  les 
joui's,  les  heures,  les  momens  des  exercices  reli- 
gieux ,  et  les  livres  de  piété  ou  de  morale  qu'on 
mettiM  entre  les  mains  des  élèves  ,  et ,  avec  tout 
cela,  vous  pourrez  n'élever  qu'un  séminaire  d'a- 
thées. 11  suffira  d'un  exemple  de  corruption,  ou 
niême  d'indifférence  :  que  dis-je?  Il  suffira  d'un 
rire  moqueur,  ou  d'un  geste  de  mépris  jeté  au 
milieu  de  ta  plus  grave  instruction  ,  pour  décré- 
diter à  jamaisles leçons  dumaîlrc,  el  cloufler  dans 


(  4o5  )  . 

l'esprit  des  élèves  le  germe  encore  foihle  des  vérités 
religieuses.  La  théologie  s'enseigne, maislarcligioiï 
s'inspire,  et  tout,  jusqu'àDiabit,  l'inspire  de  la  part 
d'une  congrégation  religieuse  dont  la  modestie  , 
le  désintéressement ,  la  pauvreté  ,  la  vie  frugale  , 
et,  jusqu'à  la  mort,  occupée  des  mêmes  devoirs, 
sont  une  leron  vivante  de  toutes  les  A-ertus  qui 
font  les  àn\es  douces  et  les  caractères  forts,  qui 
font  l'homme  de  la  famille  et  l'hojnme  de  l'Etat; 
en  un  mot,  les  Frères  des  écoles  donnent  la  même 
instruction  que  celle  que  donnent  les  maîtres  de 
l'enseignement  mutuel;  mais  les  Frères  seuls 
donnent  l'éducation;  l'éducation  qui  vient  des 
exemples  et  des  habitudes  Lien  plus  que  des  le- 
çons ;  l'éducation  qui  suffiroit  même,  sans  aucune 
instruction,  aux  enfans  des  dernières  classes,  et 
que  l'instruction  la  plus  soignée  et  la  plus  étendue 
ne  remplacera  jamais  même  dans  les  classes  les 
plus  élevées. 

Quels  sont  donc  les  avantages  de  FEnseignement 
mutuel  qu'on  peut  opposera  l'incoJitestaBle  supé- 
riorité de  l'institution  des  Ecoles  chrétiennes? 
Seroit-ce,  comme  on  le  dit,  l'abrègement  du 
temps  des  études?  Mais  qu'on  ne  s'y  trompe  pas  : 
les  artisans  et  hommes  de  peine  ,  toute  la  journée 
absei*.s  de  chez  eux,  ou  logés  à  l'étroit,  en- 
voient leurs  enfans  aux  écoles  pour  ne  pas  les  lais- 
ser seuls  dans  leur  domicile  ,  ou  pour  ne  pas  y  être 
gênés  eux-mêmes  dans  leurs  travaux  par  la  turbu- 
lence de  cet  âge  ;  ils  les  y  envoient  pour  se  débar- 
rasser de  la  surveillance  qu'ils  exigent,  plus  encore 
que  pour  y  recevoir  l'instruction;  et  cet  abrège- 
ment prétendu ,  qui  les  leur  rendroit  avant  le  rilo- 
ment  oiï  ils  peuvent  entrer  en  apprentissage  ou 
commencer  des  études  spéciales,  seroit  pour  les 
parens  un  fardeau  sans  être  un  avantage  même 
pour  les  enfans  .;  ils  auroient  bientôt  oublié  ce 
qu'ils  auroient  si  tôt  appris ,  surtout  dans  ces  con- 


(  4o^^  ) 

ditions  où  In  premîèie  instruction  littéraire  est 
si  >ite  efiacée  par  Tinstruction  mécai}i([uc  d'uu 
art  manuel,  et  par  la  dissipation  du  compa^no'- 
nage.  D'ailleurs  ,  si  rinstructinn  est  pins  abréeér 
par  la  méthode  de  rEiiseigiieiuent  mutuel  ,  l'édu- 
cation ,  l'c'ducallon  religieuse  et  morale,  l'éduca- 
tion des  devoirs  se  prolonge  beaucoup  plus  dans 
l'autre,  et  cela  seul  décide  la  question. 

L'Enseignement  mutuel  consiste  à  faiie  ensei^ 
gner  les  enfans  les  uns  par  les  autres  5  et  c'est  de- 
vant cette  méthode  que  s'extasient  d'aduyration 
des  personnes'^qvii  n'ont  jamais  réfléchi  sur  Teffet 
des  premières  impressions  don)iées  à  l'enfance,  ni 
sur  les  procédés  suivis  dans  toute  méthode  d'ins-^ 
truction. 

Dans  toute  instruction  puj)lique^  l'enseignement 
est  mutuel  dans  ce  sens  ,  que  les  élèves  lisant  tous 
à  haute  voîk  leurs  devoirs  ,  tous  publiquement , 
loués  ou  r<  pris  par  leurs  maîtres,  s'instruisent 
mutuellejuent ,  ou  sont  instruits  les  uns  par  les 
autres  ,  et  par  l'approbation  moli\éc  que  le  pro» 
fesscur  donne  au  talent,  à  l'application,  à  la 
bonne  conduite,  et  par  les  reproclies  qu'il  adresse 
publiquement  aussi  aux  défauts  contraires,  et  par 
le  jugement  que  chacun  porte  en  îoi-même  sur  le 
mériie  ou  les  fautes  des  productions  ou  des  d:  •oirs 
de  ses  camaïades. 

Mais  il  V  a  loin'"  de  cet  enseignement  mutuel  à 
celui  qui,  distinguant  entre  les  enfans,  en  cons- 
titue quelques  uns  en  dignité  permanente,  et  les 
établit ,  comme  autorité  positive  ,  au-dessus  des 
autres,  et  fait  déjà  germer  dans  ces  jeunes  coeurs 
l'oi'gueil  de  la  douiination,  et,  ce  qui  est  pire 
peut-être,  le  sentiment  de  Ihumiliation.  Celte 
institution  est  fausse  ,  et  tend  à  fausser  le  caractère 
encore  flexible  de  l'enfance;  elle  ôte  aux  uns  celte 
modestie  qui  est  la  plus  belleparure  de  la  foiblesse 
de  cet  âge,  et  aux  autres^  une  certaine  confiance  , 


(  4o7  )  t. 

qui  est  l'heureux  apanage  de  sa  simplicité^  ef  si 
i  on  pouYoit  auiourd'hui  s'plonner  de  quelque 
chose  ,  on  s'étonneroit  sans  doute  qu'on  conimen- 
(Àt  à  altérei'  entre  les  enfans  cette  rigoureuse  éga- 
lité  qu'on  veut  établir  entre  les  hommes. 

Il  faut  que  les  enfans  croient,  il  faut  <[u'ils  sa- 
chent qu'ils  sont  tous  aussi  ignorans  les  uns  que 
lesautres;  qu'ils  ont  tous  un  besoiu  égal  des  mêmes 
leçons,  et  cette  leçon  d'humilité  est  la  plus  utile 
et  la  plus  nécessaire  de  toutes  celles  qu'on  peut 
leur  donner.  Sans  doute  l'écolitr,  pou  favorisé 
des  dons  de  l'esprit,  s'adresse  quelquefois  à  son 
camarade  plus  avancé  et  plus  diligent,  pour  lui 
demander  conseil  et  secours  :  nous  l'avons  tous 
fait  dans  nos  premières  éludes  ;  mais  ,  en  fermant 
les  yeux  sur  cette  sorte  d'enseignement  mutuel , 
qui  n'est  qu'un  hommage  involontaire  rendu  au 
talent,  à  la  bonne  conduite  ,  à  la  diligence,  et  que 
l'amitié  offre  sans  humiliation,  ou  accepte  sans 
orgueil ,  il  faut  éviter  avec  soin  d'imposer  les  en- 
fans les  uns  aux  autres  ,  de  prescrire  k  ceux-ci  une 
dépendance  qu'ils  ne  doivent  pas  connoître ,  de 
donner  à  ceux-là  une  autorité  qu'ils  ne  peuvent 
pas  encore  porter  ,  et  dont  le  sentiment  qu'ils  rap- 
porteroient  chez  eux  ,  et  près  .de  parens  ignorant 
et  grossiers,  ne  les  disposeroit  pas  envers  eux  à 
la  déférence  et  au  respect  ;  et  j'en  connois  des 
exemples. 

Ainsi ,  pour  soulager  la  poitrine  du  maître,  ou 
abréger  de  quelques  inslans  le  temps  des  études  , 
vous  aurez  fait  de  petits  suffisans  aujourd'hui  qu'il 
y  en  a  tant  de  grands,  et  qui  ne  le  sont  devenus 
peut-être  que  par  les  vices  de  leur  première  édu- 
cation. 

Et  que  di]-ons-nous  de  l'agitation  continuelle 
où  cette  méfclrode  tient  les  enfans  ,  qui  tous  mar- 
chent, tournent,  défilent,  crient  ou  parlent  à  la 
lois,  et  qui  fait, ressembler  ces  écoles  aux  assem- 


(  4o8  ) 
blécs  religieuses  lie  q^uclqucs  sectes  fanatiques,  ou 
au  baquet  magnétique  autour  duquel  les  malades 
faisoient leurs  contorsions?  Celte  mobilité  est  une 
chose  bien  nouvelle  et  bien  bizarre  5  et,  dans  le 
Midi  de  la  France  ,  où  le  peuple  saisit  si  prompte- 
mentlc  ridicule  et  l'expviiiie  avec  tant  de  vivacité 
et  d'énergie  ,  cette  méthode  sera  accueillie  avec 
des  risées.  En  effet,  on  ne  peut  rien  imaginer  qui 
soit  en  contradiction  plus  formelle  avec  tout  ce 
qui  a  été  cru  et  prati({ué  jusqTi'ici  :  Anima  sedens 
Jit  sapieiitior  ,  avoient  dit  les  sages;  et  réternelle 
recommandation  des  iiareus  et  des  maîtres  aux 
eufans  étoit  de  se  tenir  tranquilles.  Que  lesenfaus 
fussent  destinés  aux  arts  de  l'esprit  ou  à  des  arts 
mécaniques  sédentaires,  le  repos  du  corps  avoit 
toujours  paru  nécessaire  pour  obtenir  l'attention 
de  l'esprit;  les  exercices  militaires  eux-mêmes 
exigent  du  soldat  autant  d'immobilité  que  de 
mouvement;  et  je  ne  connois  que  la  danse  ou  lo 
iiollige  pour  lesquels  il  fallut  prescrire  à  l'élève  le 
mouvement  perpétuel. 

Je  ne  sais  jias  même  si  une  saine  physiologie  ne 
regarderoit  pas  comme  dangereuse  pour  le  cer- 
veau, nécessairement  plus  loible  et  plus  tendre 
de  l'enfance  et  peu  affermi  encore  contre  les  im- 
pressions extérieures  ,  cette  continuité  de  bruits 
et  de  rotations  dans  un  lieu  fermé  ,  et  si  elle  ne 
peut  pas  avoir  sur  l'intelligence  future  de  l'enfant 
de  fâcheux  effets,  inexpérience  est  ici  d'accord 
avec  le  i-aisonnement ,  puisijue  nous  nous  sépa- 
rons de  tous  les  objets  bru  ans,  nous  imposons 
silence  à  tout  ce  qui  nous  entoure,  et  à  nous- 
mêmes  lors  [ue  nous  demandons  de  notre  esprit 
quelque  attention;  et  nous  jugeons  ainsi  avec  les 
hommes  de  tous  les  pays  et  de  tous  les  temps  , 
que  Le  cerveau  ,  où  viennent  aboutir  les  impres- 
sions et  les  "sensations  ,  ne  pourroit  s'accoutumer 
à  recevoir,  par  l'organe  le  plus  voisin,  des  sons 


(  4o9  ) 
éclatans  et  continus ,  sans  perdre  à  la  longue,  par 
la  fréquence   et  Tintensité   de  cette   excitation  , 
quelque  chose  des  dispositions  de  mollesse  ou  de 
flexibilité  qui  le  rendent  propre  à  servir  l'ànie  dans 
l'opération  de  la  pensée.  C'est  ainsi  que  des  frot- 
temens  trop    rudes  et  des  travaux  manuels  trop 
durs,  ôtent  à  la  main  la  souplesse  nécessaire  pour 
toucher  un  instrument  de  musique  ou  exécuter 
un  ouvrage  délicat.  Je  suis  convaincu  aussi  que 
l'habitude  d'être  debout  et  en  mouvement  commu- 
nique à  l'esprit  de  la  mobilité  et  au  caractère  ^e 
l'inquiétude.  On  a  remarqué  que  le  parterre  de 
nos  salles  de  spectacles  étoit  plus  orageux  lorsqu'il 
éloit  debout  que  depuis  qu'il  est  assis  5  et  les  dan- 
gereux exemples  que  nous  avons  sous  les  yeux  des 
désordres  qui  ont  récemment  éclaté  dans  les  mai- 
sous  d'éducation  publique  de  Paris  et  d'ailleurs, 
nous  parlent  assez  haut  de  la  nécessité  de  diriger 
dans  l'éducation  de  i'enlance  les  habitudes  phy- 
siques, comme  l'instruction  nrorale  ,  vers  un  état 
de  calme  et  de  recueillement  qui  a  autant  d'in- 
fluence sur  la  docilité   du  caractère  que  sur  les 
progrès  de  l'esprit. 

Ce  mouvemniit  perpétuel  est  encore  plus  ridi- 
cule et  plus  déplacé  dans  l'éducation  des  jeunes 
filles.  C'est  une  leçon  continuelle  de  dissipation 
et  d'étourderie  qu'il  est  tout-à-fait  dangereux  de 
leur  donner,  ce  qui  contraste  singulièrement  avec 
la  douceur  de  caractère,  la  modestie  de  maintien 
qui  sied  si  bien  à  leur  sexe,  et  même  avec  les 
occupations  paisibles  et  sédentaires  auxquelles  la 
nature  les  a  destinées. 

Il  y  a  je  ne  sais  quoi  de  sauvage  dans  cette  édu- 
cation tumultueuse  et  bruyante,  qui  semble  vou- 
loir faire  de  tous  les  petits  garçons  autant  de  sol- 
dats, et  des  petites  lilles  autant  d'amazones.  Les 
lois  et  les  arts  nous  ont  tirés  de  l'état  sauvage  5  les 
arts  sans  les  lois  (car  de  mauvaises  lois  ne  sont  pas 


(  4'o  ) 

des  lois),  les  arts  sans  les  lois,  si  nous  n'y  nrenon.s 
garde,  nous  y  ramèneront;  et  je  pourrois  déjà 
montrer  de  singuliers  symptômes  de  ce  retour  à 
la  barbarie.  Je  vois  dans  l'excellente  institution 
des  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne  TapplicatiGu 
aux  dernières  classes  de  la  société  des  plus  pures 
lumières  d'une  ci>ilisa(ion  perrcctionnée  ,  appli- 
cation mesurée  sur  ce  qu'en  exigeiit leurs  besoins, 
sur  ce  qu'elles  sont  capables  d'en  recevoir,  et  sur 
ce  qu'il  leur  faut  de  doctrines  et  de  connoissanccs 
pour  suivre  leur  marche  naturelle  dans  la  vie  so- 
ciale, et  passer  à  un  degré  plus  élevé.  Je  vois  dans 
la  méthode  lancastricnne  les  fantaisies  d'un  ma- 
lade, dont  le  goût  usé  sur  des  alimens  simples  et 
substantiels,  n'a  plus  que  des  bizarreries  et  des 
caprices  :  triste  état  d'un  peuple  livré  à  des  so- 
phistes qui  l'aveuglent  pour  le  conduire,  et  l'eni- 
vrent pour  le  dépouiller  I  Depuis  long-temps  nous 
rêvons  le  bon  quand  nous  avons  le  meilleur;  et  si 
on  a  pu  dire  avec  esprit  que  le  mieux  est.  l ennemi 
du  bien,  ici,  et  à  supposer  qu'il  y  eût  quelque 
avantage  dans  l'enseignement  mutuel,  ce  que  je 
suis  loin  d'accorder,  on  pourroit  dire  avec  raison 
et  vérité,  que  le  bien  est  l  ennemi  du  mieux. 

Et  cependant  quel  temps  prend-on  pour  pro- 
pager cette  éducation  turbulente,  et  l'opposer  à 
l'éducation  calmante  et  paisible  des  Frères  des 
Ecoles  chrétiennes?  Quel  moment  choisit-on 
pour  provoquer  une  lutte  entre  les  administra- 
teurs soldés  et  les  administrateurs  gratuits,  les 
préfets,  les  recteurs,  les  maires  et  les  conseils 
uîunicipaux  ,  et  compromettre  ainsi  la  sdigess^i^  du 
gouvernement,  le  repos  des  citoyens,  l'éducation 
Ag.?,  enfans ,  le  nom  même  du  Roi  1  Des  hommes  ont 
dit  dans  l'orgueil  de  leurs  pensées  .faisons  une 
nouvelle  nation,  allVanchissons-la  du  freiji  des 
antiques  doctrines  pour  qu  elle  reçoive  les  nôtres  ; 
qu'elle  commence  dans  la  licence  ,   dût-elle  finir 


(  4ii  ) 

dans  l'esclavage  :  la  jeunesse  est  pensante  ,  el/e  est 
agissante  j,  elle  est  nombreuse  ^  elle  veut  jouir  ,  il 
faut  lui  en  élargir  les  voies.  Epargnez-vous  ce 
soin.  Ces  voies  où  vous  voulez  1^  faire  entrer,  elle 
s'y  précipite  d'elle-même  j  et  votre  discipline  sco- 
iastiquc,  cette  lettre  morte  qu'aucun  esprit  qu'un 
esprit  d'erreur  ne  vivifie  ,  n'opposera  bientôt  plus 
qu'une  l'oible  barrière  à  l'impétuosité  de  ses  désirs. 
Ce  ne  sont  plus  ces  espiègleries  de  l'enfance  qu'il 
falloit  punir  par  des  pensums ,  pas  même  ces  viva-» 
cités  d'un  âge  jdus  avancé,  qui  ont  autrefois  agité 
les  étudians  de  nos  plus  célèbres  universités. 
((  Quelque  chose  de  plus  violent  se  remue  au  fond 
des  cœurs  5  »  pour  me  servir  de  l'expression  de 
BossueT.  La  liberté  et  l'égalité  ,  des  clubs  ont  passé 
dans  les  classes  j  la  religion  même,  respectée  au- 
trefois par  celte  jeunesse  dans  ses  écarts,  lui  est 
devenue  odieuse  :  c'est  le  cacliet  du  siècle  et  le 
timbre  d«-  vos  doctrines  j  et  désormais  vos  collèges 
seront  des  ateliers  de  révolte  et  des  séminaires  de 
conjurés  contre  lesquels  il  faudra  faire  marclier 
la  force  armée  :  «  Nous  savons  qu'on  ne  punit 
pas  de  mort  Vies  enfans  de  quinze  ans,  ))  disoit  à 
ses  parens,  devant  l'auteur  de  cet  article,  un  de  ces 
révoltés  de  collège  ,  qui  leur  avoit  avoué  le  projet 
d'assommer  deux  de  leurs  professeui's. 

Libéraux,  félicitez-vous  de  ces  connoisjarices 
précoces  :  des  enfans  qui  ne  sauroient  peut-être 
pas  leur  rudiment,  ont  'étudié  le  code  criminel. 
Admirez  ce  progrès  des  lumières  :  vraisemblable- 
ment, à  leur  âge  ,  L'Hôpital  et  d'Aguesseau  n'en 
savoient  pas  tant.  Le  crime  devance  la  raison;  il 
faudra  que  les  supplices  devancent  l'âge.  JNous 
transportons  dans  les  collèges  les  passions  de  la 
société,  les  enfans  retrouveront  dans  la  société, 
l'étourderie,  la  déraison  ,  l'enfantillage  du  col- 
lège. 

Et  cependant  l'Etat  répond  aux  parens  des  en- 


(  4'^  ) 

fans  qifils  envoient  dans  ses  élablissemens  d'édn- 
calion^  et  s'il  ne  peut  pas  extirper  les  vices  qui 
viennent  d'une  nature  rebelle  et  incorrigible , 
il  leur  garantit  du  moins  qu'aucune  fausse  direc- 
tion, aucune  doctrine  perverse,  aucun  mauvais 
exemple  ne  viendront  corrompre  un  heureux  na- 
turel ,  ou  empêcher  le  redressement  d'un  mauvais. 
Tout  de'sordre  grave  et  général  dans  une  maison 
d'enlans  est  la  faute  des  autorités  supérieures  sur 
renseignement.  Et  quel  plus  grand  malheur  pour 
les  familles  que  celui  de  voir  revenir  dans  leurs 
foyers  des  bandes  d'enfans  chassés  de  leurs  col- 
lèges, le  cœur  corrompu,  l'esprit  faussé,  le  cou- 
rage même  flétri,  par  la  honte  de  cette  expulsion, 
.à  l'entrée  de  la  carrière  de  la  vie  ,  qui  ne  pourront 
plus  peut-être  en  suivre  aucune  avec  liouiumr  et 
succès,  et  deviendront  le  fardeau  de  leurs  familles, 
s'ils  n'en  sont  jias  l'opprobre  et  le  fléau!  Certes, 
nous  vous  les  avions  confiés  dans  une  autre  espé- 
rance ^  c'étoit  pour  en  faire  un  autre  usage  que 
nous,  pères  de  famille,  nous  avions  remis  en  vos 
mains  toute  l'autorité  sur  nos  enfans,  que  nous 
tenons  tk;  Dieu  et  de  ]a  nature.  Vos  bienfaits^ 
jnême,  celui  d'une  éducation  gratuite,  n'auront 
été  qu'un  piège ,  et  nous  pouvons  vous  dire  avec 
le  pavsan  du  Danube  : 

«  Et  nous  peuplons  pour  Rome  un  pays  qu'elle  opprime.  » 

La  jeunesse  ne  veut  plus  obéir  à  la  première 
aulorité  de  la  nature  ,  l'autorité  de  l'âge.  Et  quel 
mépris  ne  lui  a-t-on  pas  inspiré  pour  la  vieillesse, 
lorsque  la  société  ,  chose  inouïe  !  a  fixé  à  l'homme 
le  ternie  de  sa  carrière  sociale  !  Cette  triste  néces- 
sité définir,  imposée  à  tous  les  êtres,  1»  nature 
bienfaisante  en  avoit  dérobé  l'épotpie  à  notre  coii- 
iioissance  ,  et,  jusqu'à  nous  ,  la  société  ,  par  res- 
pect pour  l'homme,  n'avoitpas  osé  la  fixer.  Pour 
la  première  fois  ,  chez  un  peuple  civilisé  ,  une  loi 


(  4i3  ) 
positive  en  marque  le  terme  ,  non  surle  temps  des 
services  ,  mais  sur  la  durée  de  la  vie  5  et  55  ans  , 
rage  de  la  pleine  raison,  est  le  moment  fatal  où 
riiomme  est  déclaré  inutile  dans  la  plus  noble  car- 
rière de  la  société  ,  et  condamné  à  la  mort  poli- 
tique. Les  Sauvages  aussi  abrègent  la  carrière 
naturelle  de  leurs  parens  cassés  de  vieillesse  5  c'est 
l'application  d'un  même  principe  dans  les  deux 
états  extrêmes  de  la  socie'té  (1). 

De  Bowald. 


De  la  Philanthropie. 

C'est  une  découverte  très-moderne  que  cette 
tendresse  qiii  embrasse  la  totalité  du  genre  hu- 
main. Quelle  extension  de  sensibilité  ! On  ne 

peut  la  devoir  qu'au  progrès  des  lumières.  Lui  seul 


(i)  L'affaire  des  Frères  des  Ecoles  avec  la  rommission  pro- 
visoire a  fini  par  un  arrangement  amiable  autant  qu'il  peut 
l'èfre  entre  le  fort  et  le  foible.  Autrefois,  les  tribunaux  auroient 
prononcé  entre  eux,  et  les  savantes  consultations  publie'es  à  ce 
sujet  par  les  hommes  les  plus  dislingne's  de  notre  barreau  ne 
laissent  point  de  doute  sur  l'issue  qu'auroit  eue  la  prétention  de 
la  commission.  Mais  il  y  a  aujourd'liui  en  France  plus  d'admi- 
nistration que  de  constitution,  et  plus  de  volontés  que  de  juge- 
iiiens.  Cependant  la  société  repose  bien  moins  sur  la  l'érilé  que 
sur  Xe.  jugement  On  menaçoil  les  pauvres  Frères  de  les  envoyer 
auï  armées.  Y  auroicnt-ils  trouvé  une  couche  plus  dure,  une 
nourriture  plus  frugale,  une  vie  et  des  devoirs  plus  austères,  et 
y  auroienf-ils  rendu  des  services  plus  utiles?  Les  Frères  rece- 
vront chacun  un  diplôme  d'instituteur  que,  sans  doute,, on  ne 
f>ourra  leur  refuser,  et  cependant  ils  nt-  seront  placés  ou  rappçr 
es  qu'en  vertu  de  V  obédience  àe  leur  supérieur  général,  et  heu- 
reusement sans  êîre  soumis  à  aucun  examen  ni  à  aucune  inspec- 
tion. Ne  diroit-on  pas.  à  voir  l'obligation  qui  leur  est  imposée, 
qu'ils  ont  quelque  chose  à  gagner  dans  leurs  pénibles  et  obscures 
fonctions,  ou  que  le  gouvernement,  en  acceptant  leurs  services, 
l3it  quelques  sacrifices?  Au  reste,  je  crois  que  la  commission, 
dans  cette  chicane,  a  eu  en  vue  quelqu'autre  institutio»  plus 
re,doutée,  et  qu'elle  a  voulu  /iure plancJie. 


(  4i4  ) 

bppaiemment  pouvoit  conduire  à  la  plus  gi-andc- 
générali.'sation  des  senlimens  comme  des  idées.  Le 
monde  doit  être  en  extase  devant  cette  affection 
immense,  et  le  genre  humain  bien  reconnoissanl 
de  tout  1  intérêt  qu  il  inspireà  chacun  de  ceux  qui 
le  composent.  Mais  l'amour  de  l'humanité  ,  qui  est 
sans  doute  la  plus  belle  chose  du  monde  ,  excite- 
roit  plus  d'admiration  encore,  si  on  ne  le  voyoit 
s'exercer,  depuis  trente  ans ,  dans  le  genre  de  ces 
amours  des  maris  qui  battent  leurs  femmes.  L'i- 
vresse en  est  la  cause  ordinaire.  A  la  vérité,  c'est 
une  ivresse  un  peu  tenace,  que  celle  qui  redouble 
apr('s  trente  ans  de  chutes.  De  leur  côté,  les  sjjec- 
tateurs  bénévoles  doivent  redoubler  de  surprise, 
en  vovant  combien  les  effets  sont  loin  des  promesses, 
et  les  choses  à  l'antipode  des  noms.  Eh  quoi  !  cette 
philanthropie  si  tendre  qui  nous  annonroit  l'âge 
d'or,  qui  vouloit  exclure  la  Religion  comme  une 
mauvaise  nourrice,  qu'a-t-elle  fait  pour  surpasser 
la  charité  chrétienne?  Se  peut-il?  Ses  bienfaits 
sont  des  échafauds,  ses  sœurs-grises  sont  des  jaco- 
bins !  Devôit-on  croire  que  la  philanthropie  "fAt 
un  amour  à  laFayel?  Les  anciennes  républiques^ 
si  admirées  par  la  philosophie  moderne,  vantoient 
la  liberté  en  écrasant  des  esclaves  ;  la  philanthropie 
se  croit  en  droit  de  faire  des  sacrifices  humains  à 
l'humanité. 

Au  moins,  ers  fureurs-là  tombent  sans  doute 
sur  les  ennemis  de  la  grande  famille  humaine.  Ce 
sont  sûrement  les  assassins ,  les  brigands  ,  les  traî- 
tres ,  dont  la  justice  délivre  Ihumanité  pour  pi'O- 
téger  les  honnêtes  gens.  — Point  du  tout  :  c'est  pré- 
cisément le  contraire.  Les  assassins  et  les  brigands 
paroissent  à   la  philanthropie  user  d'une  liberté 

Qu'elle  doit  proléger  par  amour  *lu genre  humain, 
ont  il  faut  établir  les  droits.  Or,  dans  les  droits 
de  l'honinn!  en  général  ,  entre  la  liberté  d'assassi- 
ner. 11  V  a  quelque  chose  de  mâle  et  de  grand  dans 


(  4''^  ) 

cette  indépendiince  du  joug  do  toute  veitu  ,  de 
toute  raisou  5  et  les  hoiniétes  gens,  accoutumés  à 
tous  les  genres  de  dévouement  et  de  sacrifices  , 
sont  trop  lieureux  d'être  ]es  victimes^  ofl'ertcs  au 
genre  humain.  Comment  lui  prouver  sa  tendresse 
autrement  quen  tuant  dos  hommes,  et  surtout  les 
hommes  esclaves  de  tous  les  freins  gothiques  de 
l'amour  de  l'ordre  et  de  Fattachemenl  à  ses  de- 
voirs, brisés  par  cette. liberté  si  noble  de  penser 
et  d'agir;  ces  honnêtes  geiis  ,  si  opiniâtres  dans 
leuis  senti  mens  ,  leurs  principes  et  leur  conduite  ; 
ces  misérables,  qui,  malgré  le  progrès  des  lumières 
et  la  marche  du  siècle,  tienn(>nt  encore  à  ces  vieil- 
leries proscrites  par  la  mode  libérale  ,  la  religion  , 
riionneur,  la  'morale ,  la  jxistice  ,  la  reconnoissance 
et  la  bonté  ? 

C'est  pour  cette  raison,  c'est  pour  adorer  la  belle 
énergi<!  de  la  liberté  qui  assassine  ,  pille  et  massa- 
cre, c[ue  la  pliiliinthropie  a  tait  périr  sur  l'échafaud 
le  meilleur  des  Rois,  sous  prétexte  qu'il  n'étoit  pas 
en  droit  de  faire  du  bien,  parce  que  ses  ancêtres 
en  avoient  fait  a^ant  lui.  C'est  aussi  pour  la  même 
raison  qu'elle  a  tendu  les  bras  à  un  tyran  sangui- 
naire, parce  que  ,  doublement  usurjfateur,  il  flat- 
toit  ses  idées  favorites  en  <'xerrant  la  liberté  de 
prcndi'e  et  d'égorger,  et  appuyoit  ses  principes 
d  égalité  en  s'éievant  de  rien  à  tout.  La  philan- 
thropie ,  après  avoir  égorgé  un  roi ,  parce  qu'il 
étoit  un  homme  de  bien,  n'est  pas  fàcliée  que  le 
monde  ait  un  tvran,  pourvu  que  ce  soit  un  homme 
de  rien. 

\ûilà  de  singuliers  effets  de  cet  amour  du  genre 
humain  :  mais  tout  chemin  mène  à  Rome.  Sa  li- 
berté est  celle  du  meurtre  et  du  brigandage  ;  sa  li- 
béralité celle  des  désastres  ;  son  égalité  celle  de 
Procruste  ;  sa  fraternité  celle  de  Caïn  ;  et  tout  cela, 
d'après  ses  propres  paroles,  est  synonyjne  de  la 

mort. 

Liberté,  Egalité ,  Fraternité ,  ou  la  Mon. 


C  4i(3  ) 

Elle  l'a    prouvé  encore   plus   qu'elle   ne   l'a  dit. 

Une  philanlhropie  de  bonne  foi  ,  un  véritable 
amour  du  bien  de  riiumanité  ,  prendroit  nécessai- 
rement une  doctrine  totalement  contraire. 

La  première  condition,  pour  le  plus  grand  bien 
de  l'humanité,  seroit  le  mainti(>n  de  l'ordre  et  du 
calme  ,  par  conséquent  de  la  .mainte  Relii^ion  et  de 
l'autorité  légitime. 

La  véritable  philanthropie  auroit  observé  de 
bonne  foi  et  sauroit  à  fond  que  la  morale  n'avoit 
point  de  solide  appui  sur  la  terre  avant  que  le  chris- 
tianisme ,  ce  don  divin  ,  descendît  du  ciel  pour  la 
soutenir.  Elle  sauroit  que  c'est  la  seule  reiigion  , 
vraiment  morale  ,  qui  ait  apparu  au  monde  ,  et 
qu'avant  elle  dans  les  croyances  païennes,  la  reli- 
gion étoit  contre  la  morale  au  lieu  de  la  protéger, 
puisque  les  dieux  v  donnoient  rexemplt:  de  tous 
les  vices.  Alors  c'étoit  seulement  par  un  instinct 
sublime  que  les  âmes  s'élevoient  aux  sentimens 
généreux,  aux  actions  vertueuses  5  alors  Socrate 
accuse'  d'impiété  parce  que  l'instinct  de  son  génie 
lui  avoit  créé  une  religion  plus  haute  et  plus  pure 
périssoit  martvr  d'un  pressentiment  du  vrai  Dieu. 
Alors  la  religion  véritable  n  étoit  que  dans  la  phi- 
losophie comme  aujourd'hui  la  véritable  phiioso- 
phie  ne  se  trouve  plus  que  dans  la  religion.  Bien 
convaincue  de  ces  vérités  évidentes ,  la  vraie  phi- 
lanthropie, loin  d'exhumer,  de  ressusciter,  de 
propager  les  sophismes  des  impies  ,  s'occuperoit  à 
les  confondre  et  à  semer  les  idées  droites  et  saintes, 
les  sentimens  chrétiens  au  cœur  des  enfans  déposi- 
taires de  l'avenir. 

Pour  le  maintien  de  l'ordre  et  du  calme,  pre- 
miers biens  de  ce  monde  ,  la  véritable  philanthro- 
pie sentiroit  le  besoin  du  respect  pour  le  système 
politique  établi ,  surtout  quand  il  se  présente  sou- 
tenu par  une  arrière  -  garde  de  quatorze  siècles. 
Toute  forme  de  gouvernement  peut  élrc  bonne  ? 


(4^7) 
selon  le  pays,  le  caractère  de  la  nation^  et  les  cir- 
constances j  mais  tout  changement  politique  est 
désastreux  ,  à  moins  qu'il  ne  soit  insensiblement 
amené  en  détail  par  de  nouveaux  besoins,  ce  qui 
est  plutôt  modification  que  changement,  effet  na- 
turel de  la  seule  action  du  temps  ;  car  il  n'y  a  qim 
Je  temps  de  sage  innovateur.  Lui  seul  développe 
et  révèle  la  nature  des  ^oses  qu'il  fait  sonder  h 
fond  5  lui  seul  enfonce  les  racines  des  institutions, 
les  lie  au  pays  et  aux  hommes,  et  perfeclionne 
doucement,  par  les  lumières  de  l'ordre  ,  de  l'ha- 
bitude et  de  la  paix.  Mais  tout  changement  va.ste- 
et  brusque  est  pernicieux  pour  un  Etat.  Le  devoir, 
Ihonneur,  la  vertu  résident  dans  la  fidélité  à  l'or- 
dre anciennement  établi  ffuî  a  la  durée  pour  ga- 
rantie j  etles  nobles  réj^nblicains  qui  s'oppisoieiil 
à  César  avec  Caton  et  Pompée,  seroient  maintenant 
ici  pour  la  famille  de  saint  Louis  et  d'Henri  lY 
eontre  la  secte  de  Jncques  Clément, 

La  véritable  philanthropie,  considérant  parli- 
eulièrement  le  poids  et  l'iniluence  de  la  France, 
dans  la  balance  politique  de  l'Europe,  sentiroit 
de  quelle  importance  il  est  d'y  maintenir  Tordre 
cfle  calme  ,  pour  les  maintenir  dans  l'Europe  en- 
tière ,  et  verroit  qu'il  n'en  est  d'autre  moyen  que 
d'y  maintenir  le  gouvernement  monarchique  avec 
l'autorité  légitime, 

La  véritable  philanthropie  sauroit  aussi  qu'il 
n'y  apo"int  de  trône  sans  estrade  ,  ni  de  monarchie 
sans  noblesse.  Un  trône  au  milieu  de  la  foule  en 
seroit  bientôt  renversé;  et  le  cardinal  de  Richf- 
lieu,  s'il  gouvernoit  encore,  sans  changer  de  po- 
litique, retourneroit  son  système,  et  sentiroit  le 
besoin  de  rendre  maintenant  à  l'aristocratie  plus 
de  force  et  de  tonsistance,  pour  l'intérêt  du  trône, 
le  bien  de  l'Etat  et  le  soutien  de  la  monarchie.  La 
meilleure  preuve  que  ceux  qui  se  donnent  pour 
les  partisans  du  gouvernement  constitutionnel  ne 

TowF  II.  —  22e  LivRAiso:f.  27 


(4i8) 

le  veulent  pas  sincèrement,  c'est  que,  toujours- 
Opposés  à  l'aristocratie,  il  feiguent  d'oublier 
qu'elle  est,  dans  ce  système  ,  un  élément  aussi  né- 
cessaire qu'un  salutaire  contre-poids.  Aux  yeux  de 
la  véritable  philanthropie ,  de  la  philanthropie 
vi'airaent  éclairée,  de  la  philanthropie  de  bonne 
foi,  qui  feroit  entrer  pour  quelque  chos«,  dans  les 
sentimens  d  liumemité,  la  reconnoissance  et  la  jus- 
tice, ce  ne  pourroit  être  un  tort  d'hériter  d'un 
sang  qui ,  depuis  plusieurs  siècles ,  a  fourni  digne- 
ment sa  carrière.  Elle  n'en  aiiroit  pas  moins  de 
confiance  dans  la  vertu  des  onfans,  parce  que  leurs 
pères,  de  temps  immémorial,  ont  fait  leur  devoir, 
et  verroit  dans  la  noblesse  à  la  fois  un  gage  et  un 
aiçulUon. 

La  vraie  philanthropie  sauroit  d'ailleurs  que 
rien  ne  peut  jamais  apaiser  ni  ari'cter  l'envie; 
qu'après  les  nobles,  les  riches  seroient  son  point 
de  mire,  après  les  riches,  ceux  qui  seroient  dis- 
tingués par  des  avantages  quelconques,  surtout 
Ear  la  vei'tu  5  enfin  tous  ceux  qui  feroient  oni- 
rage  à  quelqu'un  ,  comme  on  l'a  vu  du  temps  des 
philanthi"opes  Marat,  Danton,  Carrier,  Le  Bon, 
Colîot-d'Iierbois,  etc.  Loin  de  flatter,  elle  ve 
craindroit  pas  de  blesser  et  de  punir  une  si  basse 
et  si  implacable  passion ,  et  ne  se  piqucroit  pas 
d'impartialifc  entre  le  crime  et  l'honneur. 

Elle  sauroit  encore  que  les  fortunes  où  l'on 
veut,  voir  des  gages  solides  ne  répondent  de  l'atta- 
chement à  l'ordre  de  gouvernement  adopté  qu'a- 
près une  longue  stabilité,  et  non  en  temps  de 
crises,  où,  passées  dans  les  mains  des  ambitieux, 
elles  y  deviennent  des  armes  qu  ils  prennent,  au 
lieu  de  gages  qu'ils  donnent.  Elle  saurait  que, 
plus  accessibles  aux  inlérêts  de  vanité  qui  font  les 
révolutions.,  ceux  qui  peuvent  payer  la  révolte 
crovent  pouvoir  la  diriger  à  leur  but,  quoiqu'ils 
y  soient  souvent  trompes ,  et  savent  très-bien  que 


(4r9) 
]vs  révolutions  ne  changent  pas  toujours  les  for- 
tunes de  mains ,  puisque  ce  changement  ne  fut 
en  France  l'ofiet  que  de  la  première.  Elle  saurott 
enfin  que  le  Roi  et  l'hortneur  doivent  plus  comp- 
ter sur  celui  qui  s'est  laissé  dépouiller  pour  eux , 
que  sur  celui  qui  s'est  enriclii  de  ses  dépouilles , 
et  tiouvcroit  que  c'est  du  luxe  d'être  libéral  pour 
les  brigands^ 

Loin  de  recourir  à  l'habileté  prétendue  des  ré- 
volutionnaires, elle  n'y  verroit  qu'une  arme  de 
plus  aiguisée  contre  le  bien  de  l'humanité,  La 
constance,  la  probité,  la  fidélité,  la  vérité,  la 
justice  seroient,  à  ses  yeux  ,  l'habileté  la  plus  sûre 
et  la  seule  digne  de  sa  confiance. 

La  véritable  philanthropie  sauroit  et  sentiroit 
que  la  justice  est  l'humanité  réfléchie,  et,  se  bor- 
nant à  pardonner  aux  rebelles,  ne  se  croiroit 
point  obligée  de  leur  accorder  la  persécution  des 
îidèlesj  elle  protégeroit  au  contraire,  elle  prône- 
roit  ces  martyrs  de  la  fidélité  ,  qui^  armés  et  désai'- 
més  par  leur  zèle  et  leur  obéissance  ,  abandonnés 
sans  défense  aux  fureurs  d'une  populace  égarée  , 
ne  quittèrent  le  Roi  que  lorsqu'ils  ne  pouvoient 
plus  le  servir,  et  songèrent  alors  à  le  délivrer  ainsi 
que  la  France,  et  à  défendre  le  système  monar- 
chique dont  on'devoit  regarder  les  Rois  comme 
les  défenseurs  naturels.  Aux  yeux  de  la  vraie  phi- 
lanthropie, le  malheur,  loin  de  paroîti*e  un  tort, 
ne  feroit  qu'ajouter  au  mérite.   La  cause  des  Rois 

étoit  celle   des  peuples j Robespierre  et  tant 

d  autres  nous  l'ont  trop  aj^pris. 

Pour  l'évidence ,  ce  sont  deux  fortes  majorités 
réunies  que  celle  des  raisons  et  celle  des  honnêtes 
§^'ns.  ^ 

Ne  iût-ce  que  par  souvenir,  l'amour  du  bien  se 
prémuniroit  donc  aujourd'hui  conti-e  la  séduction 
des  vagues  théories,  n'admettroit  que  celles  qu'il 
est  possible  de  mettre  en  pratique  sans  ptvii,  et 

a?- 


(  4"'0  ) 

VBjîrouvcroIt  IcsimpriiJcns  on  l<sfou.s  c[uî  veulent 
aljattre  avant  d'avoir  un  plan  sagt;  et  fixe  pour 
édiiicr.  En  tout ,  elle  sentiruit  r\\\ii ,  poui-  le  }>ien  , 
il  faut  détruire  Je  ntoins  possil.le  ,  et  preférei'oit 
toujours  répiver  à  déjuiolir.  Kevt^nne  à  jamais  des 
châteaux  en  lispagne  ,  (|iii  nous  ont  m€n>c.s  jusqu'à 
la  barbarie,  instiuite  tlu  moins  par  rexp«'rience  , 
si  elle  n'avoit  toujours  été  guidée  par  la  raison,  la 
vraie  philanthropie  .«^aujoit  qu'il  ne  p.(Mjt  v  avoir 
que  la  mauvaise  loi  ou  l'aveuglement  contre  l'évi- 
4ence  ;  elle  se  déiieroit  di>  progrès  des  lumières  , 
en  nous  voyant  si  peu  éclaiiés  ,  uiénie  par  la  lu- 
mière des  incendies;  et,  responsable  devant  le 
tribunal  de  la  jK)st('rilé  scrutatrice,  elle  ne  com- 
inettroit  plus  en  politique  le  crime  énorme  de 
risquer. 

Elle  sauroil  que  les  systèmes  de  républica- 
nisme et  de  iédéralisme  ne  peuvent  convenir  à  de 
çrands  Etats,  surtout  à  ceux  qui  ont  traversé  1rs 
siècles  dans  des  systèmes  contraires,  ej.  où  les 
mœurs  et  les  esprits  sont  à  l'opposé  des  idées,  des 
usages  et  des  habitudes  qu'un  tel  régime  exige  ; 
elle  sauroit  que  les  institutions  prennent  difficile- 
ment quand  on  les  tran.splaiite  ,  parce  que  c'est 
Faction  du  temps  qui  les  adapte  aux  caractt  res  et 
aux  mœurs  dont  elles  sont  le  pictduit,  comme  les 
plantes  sont  le  produit  du  sol  et  du  climat.  Dans 
un  siècle  ,  dans  un  pays  si  corrompu  par  une  si 
longue  habitude,  par  un  tel  besoin  «le  tous  les 
rafliueraens  du  luxe  ,  avec  un  tel  oubli  de.  tous 
principes ,  sur  quelles  vertusbaser  cette  répubjitpie 
idéale  dont  quelques  ambilieux  nous  bercent,  et 
dont  l'impossibilité  morale  et  physique  est  si  é\i- 
deute,  qu'on  voit  bien  que  ses  prôneurs  ne  peuvent 
*?ux-mêmes  l'adopter  que  comme  un  prétexte? 
Quand  Rome  s'est  républicauisée,  elle  étoit  petite 
tt  pauvre  ;  en  s'a  grau  dissjint  et  s'eurichissant  ,  elle 
a  connu  les  Marius,les  S\lla,  les  César,  les  Tibère 


(  4^^  ) 

et  les  IN  «'ron.  Au  reste,  la  vraie  pîuljint'liropie  seroit 
en  garde  contre  les  raisonneurs,  et  sauroit  <{utt 
présent  ,  grâce  aux  progrès  de  l'es^ivit  luimaiii  ,  il 
n'v  a  pas  d'ol)surdité  si  grossièi-e  ,  qni  ne  trouvo  à 
son  service  nn  arsenal  do  sopliisines  toujours  pjêts- 
à  lu  soutenir  ;  et ,  d  après  ce  p(>rfectionnemcat 
si  sensiMe,  Irémiroit  d«  la  promesse  illimitée 
d'une  perfecfibilîîé  sans  bornes  ,  toujours  courant 
après  la  perlèction  ,  à  travers  les  ruines,  sans  pou- 
voir jamais  l'atteindre.  Mais  si  cette  ardeur  de 
perlectibilité  débute  une  seconde  fois  parlesbou- 
îeversemens  ,  Tes  dt'sastres  et  les  massacres  ,  il  est 
à  craindre  cfue  l'evcès  même  dc  ses  trîom})hes  ne 
mette  ti'ôp  vite  des  bornes  à  ses  succès  ,  et  qu'il  ne 
liste  plus  rien  à  perfectionner  dans  ce  monde. 

La  piété  ,  qui  scroit  la  première  vertu  de  la  vé- 
ritable philanthropie  empêcheroit  les  gonverne- 
îuens  dt;  prêcher  l'oubli ,  puisqu'il  ôleroit  toute 
valeixr  au  pardon,  mais  leur  fcroit  reconnoître 
que  toute  p\:issance  vient  de  Dieu;  que  lui  seul 
assied  les  Rois  légitimes  et  ionde  les  dynasties,  et 
que  les  usui'pateurs,  qu'il  permet  quelquefois  pour 
punir  nos  fautes  ,  ne  sont  point  ses  représenlans  , 
mais  SCS  tléanx. 

Elle  voudroit  assurer   le  sort  des  respectables 

fu'ètres  qui  doivent  faire  adorer  ce  Dieu  de 
)Onté  par  l'exemple  de  leurs  vertus  ,  et  décideroit 
la  société  à  lt;s  mettre  en  état  de  faire  l'aumône  an 
lieu  de  î-es  réduire  à  la  recevoir. 

La  vraie  phihui'lhropie  àuToiî  appris  ,  par  des 
épreuves  funestes  et  récentes  ,  que  si  même  on 
pouvoit  jamais  consiclérer  le  peuple  comme  sou- 
verain ,  ce  ne  pourroit  être  qu'un  souverain  en 
perpétTieîle  minorité  ,  qu'il  lui  faudroit  sans  cesse 
de  sages  tuteurs  ,  et  qu'il  ne  devroit  pas  plus  etVc 
consulté  sTir.sespi*opre.'j  intthêtsque  les  cnlaas  d'un 
collège.  Son 'bonheur  doit^^tre  le  but  de  tous  les 
effjrt.çj  m.us  sa  voi'onté  ,  n'éocss.aiiernont  avOngie  , 


(    422    ) 

n'en  doit  jamais  ctrc  la  règle  :  Tout  pour  Icpevyîe, 
riefi  par  le  peuple,  a  dit  INlontesquicii.  Cette 
ina?iinie  renferme  toute  la  sagesse  politique  et 
loiile  la  véritable  philanthropie. 

îMontesqiiieu  qui  a  dit  cette  grande  et  salutaire 
vérité-  Jean-Jacques  dont  on  cite  souvent  cette 
Lelle  pensée ,  que  la  plus  heureuse  des  révolutions 
ne  pourvoit  racheter  une  seule  goutte  de  sang  in- 
nocent versé  pour  e//f  /  A  oltaire  lui-même  qui  a 
dit  que  si  Dieu  ne.ristoit pas j  Hfaudroitlinven- 
ter ,  et  qiiil  aimerait  encore  mieux  se  trouver 
entre  les  pattes  d'un  lion,  que  mangé  par  une 
foule  de  rats  ses  confrères  (i);  l'abbé  Raynal , 
qui  lit  une  si  belle  amende  honorable,  une  si  belle 
rétractation  de  ses  dangereux  principes  dans  sa 
noble ,  et  sage ,  et  courageuse  lettre  huée  par 
l'Assemblée  constituante  j  M.  de  La  Hai-pe ,  ce 
pieux  déserteur  d'une  fausse  philosophie,  qui ,  se 
jetant  dans  les  bras  de  la  religion  ,  plaida  si  puis- 
samment pour  la  vérité  par  ses  éci'its  etsonexemplej 
enfin  les  plus  fameux  des  prétendus  philosophes 
du  prétendu  siècle  des  lumières,  maintenant, 
d'après  ce  que  je  viens  d'en  rapporter ,  seroieiit 
regardés  par  leurs  disciples  comnne  des  ultra. 

\  oilà  le  chem.in  que  nous  avons  fait!  Que  di- 
roient-ils  maintenant  s'ils  voyoient  les  fruits  de 
li'urs  œuvres? 

Quand  verrons-nous  les  apôtres  du  genre  hu- 
main ,  au  lieu  de  voler  au  secours  des  bourreaux 
contre  les  victimes,  au  lieu  de  calomnier  les  vic- 
times et  de  s'attendrir  sur  les  bourreaux ,  sentir 
l'émula  lion  d  être  aussi  l>ons  philanthropes  que 
saiiît  François  de  Sales  et  saint  V  inceut  de  Paule  , 
et  donner  d'eux-mêmes  au  monde  un  plus  beau 

(i)  Voltaire,  dans  V Essai  sur  les  Mœurs  et  VEsptit  des  Na- 
ttons ,  dit  enrorc,  en  parlant  de  la  république  de  Venise  :  On 
tt'y  craint  point  la  démocratie  qui  ne  coni'ient  qu'à  un  petit  canton 
suisse  ou  à  Genèi'e.  (  Vojez  le  Chap.  CVl*,  pag.  ai8.) 


(  ^'^^  ) 

et  plus  toucliant  spectacle  encore  que  le  fîvnieiix 
drame  Je  Kotzobuë,  en  lui  montrant  enfin,  avec 
slncérilc ,  Philanthropie  ec  repentira  E.  S. 


MELANGES. 

Le  temps  amène  avec  lui  do  sérieuses  rénexions.  Depuis 
«ju'on  a  présenté  aux  Chambres  un  projet  fie  loi  sur  la 
culpabilité  des  ministres,  et  qu'on  s  est  mis  à  discuter  chez 
M.  !e  gardc-dcs-sceaùx  un  projet  de  loi  pour  mettre  en 
accusation  les  a^'ons  des  ministres,  les  jouriiaux  s'amuseni; 
à  nous  répéter  qu'on  a  senti  l  inconvenance  de  placer  dans 
les  prisons  ordinaires  les  détenus  par  suite  de  d'iii.s  poli- 
tijues^  et  que  M.  le  ministre  deTinlérieur  a  fait  aijheler  un 
très-beau  local  pour  en  faire  une  prison  d'Etat  toute  neuve. 
Les  journaux  ajoutent  même  que  les  mesurais  ont  été  prises 
pour  que  les  travaux  fussent  exécutés  avec  prompitude. 
En  effet,  cela  presse.  Des  personnes  ,  qui  se  prétendent 
instruites,  assurent  que  les  distributions  de  celte  prison 
par  excellence  seront  faites  de  manière  quil  y  ait  des 
appartemens  convenables  potir  les  ministres  ,  de  jcdis 
logemens  pouj' les  directeurs-généraux,  conseillers  d'Etat 
et  préfets,  et  quelques  centaines  de  chambres  propres  pour 
lesagens  des  contributions.  La  constitution  ncrcconnois- 
sant  de  délils  pùlili<jues  que  la  concussion,  la  trahison,  les 
atteintes  portées  à  la  liberté  individuelle,  il  est  clair  que 
celte  prison  ne  peut  être  destinée  qu'à  ceux  qui  manient 
des  deniers  publics  ou  qui  exercent  un  pouvoir  délégué  j 
et  si  on  lit  notre  histoire  avec  soin,  on  verra  que  depuis 
Pierre  de  la  Brosse,  ministre  de  Philippe-le- Hardi ,  qui 
fut  pendu  en  i^yrt,  jusqu'au  surintendant  Fouquet,  aiicun 
ministre  n^a  été  mis  dans  une  prison  oïdiiiaire.  il  faut 
respecter  les  hiérarchies.  Les  simples  citoyens  ne  peuvent 
pas  commettre  des  déliîs  politiques^  à  moins  que  les  lois 
n'en  inventent  ;  or,  loin  d'être  dans  l'intention  d'en  inven- 
ter, on  sait  que  la  majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  vient 
de  demander  le  rappoit  de  la  loi  des  cris  et  des  écrits  sédi- 
tieux, accordée  avec  tant  de  regret  par  la  Chambre  de  i8i5 
aux  instances  des  ministres  de  celte  époque,  lU  parlèreat 


ï  4-^4  ) 

à^Pc  tsnt  de  seTTsibilifé  des  dan^çers  que  rouroit  la  monaf^ 
mhiR ,  ils  tonuèreril  avec  tant  de  Corce  contre  les  fauleiirs 
de  rcvalulion,  qu'il  ny  eut  pas  moyen  de  leur  résisler. 
C'est  ainsi  qii'iis  créèrent  des  dé/i/s  politiques  dont  les 
prévenus  f'ureni  envojés  dans  des  prisons  ordiniiires  ;  mais 
tout  cela  va  changer,  et  il  y  aura  des  prisons  dKlat  pour 
les  hommes  d'Etat  et  les  a^ens  des  contributions. 

—  M.  le  ^arde-dcs-scoaux  a  voulu  se  relever  du  désa- 
{irément  d'avoir  montré  ,  dans  une  séance  de  la  Chambre, 
qu'il  ne  connoissoit  pas  le  Code  civil  ;  il  vient  d'adresser 
à  MM.  les  procureurs-généraux  une  circulaire  qui  prouve 
qu'il  sait  le  Code  criminel.  Cette  circulaire  a  été  mise  dans 
les  journaux  ;  on  n'en  voit  pas  le  motif,  à  moins  que  cette 
publicité  ne  soit  un  reproche  à  MM.  les  {:;ardes-des-sceaux 
qui  ne  le  sont  plus.  En  eVeî,  s'il  suffit  d'adresser  une 
lettre  à  MM.  les  procureurs-généraux  et  de  faire  impri- 
mer cette  lettre  dans  les  (euillcs  publiques  pour  améliorer 
l'élaf  de  la  justice  en  France,  les  prédécesseurs  de  M.  de 
Serre  sont  bien  coupables  de  n'avoir  pas  usé  d'un  mojea 
si  simple  ,  si  facile  et  si  peu  dispendieux.  M.  de  Serre 
pcnse-(-il  qu'une  lettre  de  lui ,  rendue  publique  ,  suffira 
})ouf  apaiser  toutes  les  plaintes  qui  se  sont  élevées,  plaintes 
dont  il  confirme  la  justesse  par  sa  circulaire  même?  Pour- 
quoi tOJit  ce  qu'il  recommande  à  MM.  les  procureurs- 
généraux  n'a-l-il  ■pas  été  fait  jusqu'à  ce  jour':*  Nos  lois 
n'avoient-elles  pas  force  de  lois  avant  sa  circulaire?  Pour- 
quoi les  prisormiers  ont- ils  langui  en  prison  sans  être 
jugés?  Pourquoi  n^a-t-on  pas  donné  la  liberté  sur  cau- 
t!0!i  à  tous  ceux  qui  pouvoient  y  prétendre?  Pourquoi  de 
simples  prévenus  ont-ils  été  mis  au  secret,  et  jetés  dans 
des  cacliots  infects  l'  Si  tout  cela  a  élé  fait  contre  l'esprit 
de  la  législation,  et,  ce  qui  est  pire,  en  l'interprétant,  une 
circulaire  de  M.  le  garde-des  sceaux  sera-t-elle  plus  puis- 
sante que  l'équité  des  siècles?  Apaise-t-on,  par  (les  cir- 
culaires ,  des  clameurs  publiques  malheureusement  jusli- 
fiéesPEt  M.  de  Serre  pense-t-il  que  nous  soyons  assez 
dépourvus  de  sens  pour  regarder  sa  lettre  à  MM.  les  pro- 
rureurs- généraux  comme  une  garantie  suffisante?  Il  se 
iroinperoit.  Nous  avons  vu,  depuis  la  révolution,  tant 
.'de  lettres  onctueuses  ,  tant  de  saintes  circulaires  dans  les 
)-juri\aux,  sans  que  la  justice  ait  avancé  d'un  pas,  que  nous 


sommes  <3eventas  défians  à  propofllon  dés  Iclfros  et  -des 
circulaires.  INous  rivons  déjà  dit,  les  Fiançais  sont  arrivés 
à  l'époque  où  ils  écoutent  les  paroles,  et  ne  s'en  paient 
plus.  M.  le  garde-des-sceaux  peut  avoir  avec  iNlM.  les 
procureurs-i^énéraux  telle  correspondance  qu'il  voudra  ; 
c'est  une  affaire  entre  lui  et  les  {^ens  du  Roi.  Si  cette  cor- 
respondance nous  étoit  révélée  par  hasard,  nous  y  croi- 
rions^ quand  nous  la  trouvons  imprimée  dans  les  jour- 
naux, nous  n'en  concluons  rien,  sinon  qu'elle  est  faite 
pour  le  public,  et  nous  la  ranueons  dans  la  classe  de  tous 
les  écrits  du  niême  genre  qui  ont  été  imprimés  pour 
occuper  le  public.  Ce  n'est  pas  des  boréaux  des  ministres 
que  nous  attendons  et  la  justice  et  la  sûreté  individuelle 
que  la  constitution  nous  garantit,  mais  des  lois  faites  dans 
l'esprit  de  la  constitution  ;  et  plus  nos  députés  liront  avec 
soin  la  mercuriale  que  M.  de  Serre  adresse  aux  tiibunau>c, 
plus  ils  se  convaincront  que  des  iniéiêfs  aussi  graves  t^t 
aussi  souvent  compromis  ne  se  règlent  point  par  une  cir- 
culaire. *  j,  F. 

Pai-is,    28  février  1  Sic;. 

La  rage  de  certains  hommes  va  croissant  contre 
les  opinion,*;  monarchifjues;  cependant  ces  opinions 
deviennent  tons  les  jours  plus  populaires.  Les  re- 
cueils hle.us  et  gris  perdent  leur  faveur  j  usque  dan.s 
les  cafés  3  la  couleur  blanche,  au  contraire,  est 

})référée  ,  et  les  principes  loyaux  l'emportent  sur 
es  sophismcs  révoîntioiiuaires  et  sur  leurs  dégoû- 
ta us  mensonges.  Chaque  jour  démontre  une  vé- 
rité c£ui  n'a  jamais  cessé  d'en  être  une  pour  nous  5 
c'est  c|ue  la  France  n'est  pas  telle  qu  il  importe 
à  certaines  passions  de  la  re])résenter.  Elle  est 
monarchique  5  elle  veut  le  repos  ,  et  ne  peut  être 
'trompée  ni  sur  les  principes  ni  sur  les  personnes 
qui  lui  garantissent  l'uhe  et  l'autre.  Ce  n'est  pas 
qii'on  ne  fasse,  pour  l'induire  en  erreurà  cete'gard, 
tout  Ce  qu'il  est  possible  de  faire.  Journaux  cen- 
surés, pansphlets  révolutionnaires,  tout  s'en- 
tend,  tout  s'accorde.  Le  Moniteur  a  mis  ,  dans  sa 
ftuille  du  18,    un  article,  dont  nous  avons  déjà 


(4^6) 

parlé,  et  qui  remet  toujours  en  scène,  comme  en- 
nemis de  Ja  tranquillité  de  la  France,  les  hommes 
qui  lui  ont  fait  le  plus  de  sacriûces.  Cet  article, 
aussi  niaisement  composé  qu'il  a  e'té  mécUamraent 
inspiré,  n'a  pas  eu  le  succès  qu'on  s'en  étoxt  promis, 
et  la  raison  eu  est  toute  simple  :  pour  tromper,  il 
ne  faut  pas  présenter  les  faits  de  manière  que  la 
rcfutalion  soit  à  la  portée  de  tout  le  monde;  et, 
pour  faire  croire  qu'on  est  modéré  ,  il  ne  faut  pas 
parler  avec  emportement. 

Si  le  3/onzVeîir  profite  de  notre  avis,  le  minis- 
tère ne  s'exposera  plus  à  ce  qu'on  lui  dise  que  si 
quelqu'un  a  fait  naître  des  méfiances ,  c'est  lui  , 
par  le  sjslbine  qui/  a  suivi,-  que  si  qucl([u'un  a 
porté  des  coups ,  c'est  lui  qui  en  a  porté  et  qui  en 
porte  iournellementauvrovalistcs.enles  é]oij>nant 
de  tous  les  emplois,  en  desliltiant  tous  les  préfets 
ou  sous-préfets  qui  ont  donné  des  garanllcs  à  la 
cause  rovale  ,  en  remplaçant,  par  exemple,  tel 
sous-préfet  honoré  et  estiaié,  pav  le  sous-préf  "t 
des  cent-jours;  l'homme  qui  auroitété  victime  de 
sa  fidélité  auRoi,  par  le  serviteur  dévoué  de  ceim 
qui  avoit  proscrit  le  Roi.  li  sauroitque  s'il  ne  de- 
mande pas  des  lois  d'exception,  il  profite  do  toutes 
celles  qui  existent,  et  que  ,  certes,  il  scroit  difucile 
s'il  nen  trou  voit  pas  assez.  Il  suuroit  que  s'il  y  a 
eu  des  bannis,  ce  n'est  pas  les  liom  nés  qu'il  dé- 
sigTie  à  l'opinion  qui  en  ont  acci'u  la  liste. 

Toutes  les  administrations  sont  d  ns  un  mou- 
vement perpétuel.  Chaque  jour  amène  quelque 
changement  ou  quelque  innovation.  La  France  y 
cracne-t-clle?  les  contribuables  s'en  trouvent-ils 
mieux  ?  Une  ordonnance,  coutre-signée  par  M.  le 
maréchal  Gouvion-Saint-Cvr,  va  nous  lournir 
à  cet  égard  quelques  observations. 

D'apré«  cette  ordonnance  en  date  du  17  février, 
M.  le  ministre  de  la  gTicrre  fait  une  nouvelle 
répartition  des  cadres  des  208  bataillons  d'infan- 
teri'-   créés  par  ordonnance  duo  août    i8!5,  et 


(  4^7  ) 
répartis  entre  les  86  départemens ,  à  raison  d'une 
lôgion  de  trois  bataillons.  Voici  le  tableau  de  cette 
nouvelle  i-éparlition  : 

8  Départem.  auront  2  Leg.  de  3  bataill.,  ci. , 

3  Départem.  auront  i  Lég.  de  4  bataill.,  cl. 
48  Départem.  auront  i  I^ég.  de  3  bataill.,  ci. 
27  Départem.  auront  i  X,ég.  de  a  bataill.,  ci. 


48  bataillons. 
12 

258  bataillons. 


S6  Départem.  94  Lég. 

Le  nombre  des  départemens  n'est  pas  change', 
('"lui  des  bataillons  ne  l'est  pas  non  plus;  n«ais  , 
quant  au  total  des  légions  ,  on  ne  l'a  pas  spécifié, 
et  nous  nous  empressons  de  réparer  cet  oubli.  Il 
n'y^  avoit  que  bC)  légions,  maintenant  il  y  eu 
aura  9.J.  C'est  une  augmentation  de  huit  léginns, 
qui  entraîne  quelques  dépenses  de  plus  pour  le 
ministère  de  la  guerre,  et  je  ne  sais  si,  dans  l'état 
de  nos  finances,  l'aiisfuientation  de  ce  budget  e.«fc 
une  chose  bien  désirable.  Il  faudra  pour  ces  huit 


nouvelles  légions 


D>>ICNATION 

des  grades. 


Solde 
par  an. 


S  colonels. . . 

8  lieutenans- 
colonels.. . 

8  majors. . .  . 

S  trésoriers.. 

8  capit.  d'ha- 
billement.. 

8  porte  -dra- 
peaux  

Scnirurgiens 
majors... . 

8  aumôniers.. 


4o,ooof 

3.'f,4oo 

28,800 

9,600 

i4j4oo 

lOjOOO 

16,000 

i4,4oo 


IpïD8■^Ï^ÏTE 

de 

logement. 


,  320 

,840 
,688 

,728 

,  l52 

,728 

,728 


ISDEMMTK 

de 
fourrage. 


5,84of 

5,840 
2.920 


2,920 


de  Total. 

représentât. 


14,400^  ,65,o4o' 


if4,JDO 
35.520 

12,288* 

'16,128 

;ii,i5a 

'17,738** 
19,048 


Tôt  M.  . . .  2:îi.464 


*  Ils  sont  comptes  a  1,200  fr.  Ils  sont  ordin.iircraenf  capilai&e.-,  et  uni  alors  \» 
solde  de  te  grade,  1,800  fr.  par  an. 

••  Les  comptant  de  la  dernière  classe  de  leur  grade. 

On  peut  vérifier  l'exactitude  de  ces  calculs  sur  le  tarif  de  soldes 
el  accessoires,  partie  ofljciellc  au  Journal  Militm're,  N°  defevri^rr 
i8i8.  Chez  IVlagimel^  Ansclin,  libraires,  rue  Dâupiiinê, 


C-  4:'-S  ) 
Yoilà  pour  rétat-majni-  scnkitionl.  Il  y  a  de 
plu5  les  maîtres  ouvriers,  li*s  frais  Ao.  bureau  ,  etc. 
tl  ost  vrai  que  cela  douue  Ja  l'acuité  d'emplov<M- 
deux  lieutenans-aén«;rau\  ,  et  f[uatre  niarécliaux 
de  camp  pour  riuspecliDn  de  ces  huit  légions. 
Touf«jfois  ,  .s'iln'eî^t  pas  tvès-nécpssairc  tl'envcyor 
deTix  inspecleurlç  dans  uiie  année  au  même  régi- 
ment, si  cela  se  trou\oit  peui  être  même  nuisible 
au  bien  du  service,  en  diminuant  l'autorité  indis- 
pensable aux  cliefs  de  corps,  on  pourroit  ne  voir 
dans  cette  mesure  d'autre  résn]  tat,  d'un  col  c  qu'uiwî 
augmentation  de  dépenses  qui  n'est  pas  tout-à-tait 
dnns  rintérét  des  contribufibles ,  et  de  l'autre  le 
plaisir  qu'y  trouve  le  ministre  d  avoir  à  cojiféref 
quel.jues  emplois  de  plus.  Il  est  vrai  que  en  p»  ut 
être  une  com|>ensation,  si  le  plaisir  d'un  ministrtt 
équivaut  à  un  avantage  public.  ÎNlais  est-ce  une 
idée  lieureuse  lorsque  chaque  légion,  l'une  dans 
l'autre,  est  à  peine  de  la  force  d'un  bataillon, 
d'en  créer  Luit  nouvelles?  On  peut  évaluer  san6 

,  evage'rntion  FaTigmentation  de  dépense  qui  résulte 
de  cette  nouvelle  mesure  avec  les  frais  d'insjiec- 
tion  ,  au  moins  a  Soo.ooo  fr,  par  an.  C'est,  uae 
ordonnance  un  ])eu  cbèv.e.  Plus  de  stabilité,  moins 
d  inveiilions  ne  seroient-elles  pas  à  désirer  poiu' 
ceux  qui  paient,  surtout  lorsque  ces  inventions 
ne  présente^nt  ni  connoissances ,  ni  talent,  et 
qu'on  n'y  voit  qiié  le  désir  de  faire  du  nouveau, 

.  côiUe  qui  coûte? 

I  M.  le  marquis  Bartliélemv  a  fait  à  la  Chambre 
des  Pairs  une  proposition  tendante  à  supplier  le 
Roi  de  proposer  une  loi  qui  fasse  épTOUver  à  l'or- 
ganisation des  collèges  électoraux  les  modifica- 
tions dontla  nécessité  peut  paroître  indispensable. 
Notre  respect  pour  les  ChaTutrrs ,  TptpoxiT  le  ca- 
ractère pej^onnel  du  noble  Pair  qui  a  fait  ct'tte 
proposition,  nous  auroitengagés  à  aHcudre  qu'ebe 
b*  t  discutée  dans  les  deuK  Chambres, pour  émeft'.e 
iu>tre  opinion  ,  si  la  même  modtiat  on  eût  été  le 


(  4^9  ) 
partage  de  tout  ]e  monde.  Mais  déjà  plusieurs 
apiaious  se  sont  prononcées,  et  le  calme  n'a  pas 
été  leur  caractère.  On  en  appelle  auv  passions, 
on  ckerchjB  à  les  agiter;  il  est  de  notre  devoir  d'é- 
tablir les  choses  sous  leur  véritable  point  de  vue. 
M.  le  ministre  de  l'intiaieur  a  dità  la  Chambre 
des  Pairs  (i),  en  combattant  la  proposition  de 
M.  le  marquis  Barthélémy,  qu'il  la  r(;gardoit 
comme  la  plus  funeste  qui.pût  sortir  de  la  (^liambrc. 
Cette  opinion  de  M.  le  comte  de  Cazes,  du  '.io  fé- 
vrier 1819,  me  paroît  dlfticile  à  concilier  avec 
celle  exprimée  dans  les  jourriauK,  et  notajnment 
dans  celui  des  Dthats ,  le  21  septembre  1B17; 
opinion  que  l'on  peut  croire  aussi  celle  d(*  M.  le 
comte  de  Cazes  ,  vu  qu'il  avoitla  censure  des  jour- 
naux. Alors,  s'écrioit-on  ,  au  sujet  des  élections 
de-Paris  : 


«  Royalistes  purs,  roynli.slL's  constitulionneU  .  royalistes  avant 
«  ou  après  la  Ctiaite,  réunissez-vous;  c'est  votre  ciiuse  qui 
>)  va  se  juger!  Par  le  point  qui  vous  est  commun  à  tons,  vous 
»  êtes  nombreux,  vous  ète^'  forts,  vous  êtes  iiuinriljles.  Les 
»  nuances  d'opinion  ,  les  suljdivisions  de  p.irti ,  les  dibsenfimenS 
»  secondaires,  peuvent  seuls  affoiblir  votre  pu  ssaïue;  mais  vous 
»  êtes  d'accord  sur  la  grande  question,  sur  le  principe  fonda-^ 
»  mental  :  et  cela  ne  sufTit-il  p  s,  au  jour  de  l'e'preuve,  pour 
V  vous  réunir,  pour  vous  confondre  ,  par  cette  prenn'ère  et  dé— 
»  cisive  «naiiimilé  qui  parle  bien  plus  haut  que  quelques  vœux 
»  isolés,  quelques  aversions  et  quelques  prélérences  prirticu— 
>•  licres?...  \'ous  vouiez  tous,  avant  tfiut,  la  sûreté,  l'affcrmis- 
»  seu)ent, la  dignité  du  trône  ;  pensez  donc  «ju'il  existe  un  intérêt 
»  plus  fliessant  que  d'avoir,  pour  députés,  vos  meilleurs  amis: 

»  c'est  d'écarter  vos  plus  grands  ennemis 

"    La  division  des  gens  de  bien,  l'union  active  avec  des 

»  médians;  voilà  l'histoire  de  notre  révolution,  qui,  dans  ses 
»  excès  et  dans  ses  crimes,  n'a  été  que  le  triomphe  de  l^i  mlno- 
»  rite  :  ne  la  laissez  jamais,  cette  minorité  funeste  ,  renaître  ,-ou 
»  s'élever  à  travcis  vos  latigs  di'sunis  et  vos  forces  dispersées.  . . 
>•  Lorsfjue  la  crise  vient,  lorsqu'il  faut  clioisir  entre  deuxpartis. 
»  entre  deux  hommes;  lor.sipi'il  faut  opter  entre  relui  qui  a 
»>  couUarlé  vos  vues  et  leluiqui  vous  menace  ,  eatrc  celui  qui 


(t)  Séance  du  2u  lévrier  ,  Moniteur  ùu  as. 


(  43o  ) 

>'  n'apprauve  pas  toutes  vos  ick'cs  et  relui  qui  voudroit  anéantir 
»  li;  plus  rhcr  de  vos  priacipcs,  entre  relui  qui  partageroit  vos 
>'  pcnh  et  celui  qui  les  cause ,  est-il  un  houimc  sensé  qui  puisse 
>'  hésiter  ? 

»   Je  ne  parle  pas  de  cette  calomnie  cyii  impute  à 

i>  quelques  royalistes,  l'intention  de  laisser  decréditeh  une  loi  qui 
3>  leur  déplaît  par  des  choix  qui  pourroient  leurnuire 

»  11  s'agit  de  servir  la  cause  royale,  ou  dempèrher  qu'on  ne 
»  lui  nuise...  La  réunion  doit  se  faire  au  tour  du  centre  qui 
»  offre  le  pus  d'avantage.  Le  centre  de  l'opinion  royaliste,  c'est 
»»  Fopiniondu  Roi.  » 

Comment  donc  est-il  possible  que  la  chose  la 
plus  funeste  aujourd'hui  soit  précisément  la  pro- 
position de  modifier  une  loi  qui  inspii'oit  alors  tant 
de  craintes?  Et  d'où  venoient  ces  craintes?  De  ce 
que  plusieurs  électeurs  donuoient  leur  suffrage  à 
des  hommes  qui  trouvent  cependant  aujourd'hui, 
tout  comme  ]\î.  de  Cazes,  de  graves  inconvôniens  à 
modifier  là.  loi  des  élections.  Mais  s'il  étoit  si  im- 
portant alors  d'éloigner  ces  hommes,  la  proposi- 
tion d'une  modification  ne  pouvoit  point  passer 
pour  une  chose  funeste.  Si  elle  est  funeste  main- 
tenant, les  hommes  que  l'on  vouloit  éloigner  alors 
à  tout  prix ,  sont  donc  les  hommes  desquels  on 
se  rapproche  aujoui'd'hui?  Les  variations  nous 
étonnent  peu  5  mais  les  inconséquences  nous  frap- 
pent,  et  nous  sommes  justement  épouvantés  du 
résultat  qu'elles  peuvent  avoir  dans  un  gouvei'- 
nement.  5l.  Benjamin  Constant ,  en  faveur  de  qui 
n'étoient  pas,  je  crois,  les  articles  censurés  de 
181  y,  appuie  aujourd'hui,  dans  un  pamphlet, 
l'opinion  que  M.  de  Cazes  a  émise  à  la  Chambre 
des  Pairs.  Le  publicîstc  et  le  ministre  sont  tout- 
à-fait  du  même  avis  :  les  dangers  aperçus  par  l'un 
sont  commentés  par  l'autre.  M.  Benjamin  Cons- 
tant, par  qui  les  intérêts  qu'il  appelle  populaires 
sottt  habituellement  si  chaudement  détendus,  ex- 
prime cependant  aujourd'hui  la  crainte  qu'il  ny 
ait  des  électeurs  pauvres.  Les  hommes  de  i8i5 
sont,  comme  de  raison,  remis  ea  scène.  M.  Benja- 


(  43'  ) 
min  Constant  en  appelle  aux  électeurs;  il  leur 
demande  dos  supplications  pour  le  trône,  des  pé- 
titions pour  les  Chambres,  ^ous  ne  relèverons  ptvs 
ses  déclamations  :  c'est  du  style  obligé  dans  cor- 
taines  positions  ,  et  nous  sommes  convaincus  que 
la  France  attendra  avec  confiance  le  résultat  de  la 
délibération  des  Chambres.  Si  la  proposition  faite 
par  M.  le  maïquis  Barthélémy  n'est  pas  dans  l'in- 
térêt national,  nous  pensons  qu'elle  sera  rejetée; 
si  elle  est  pour  le  bien  de  toiis  et  qu'elle  soit 
acceptée,  M.  Benjamin  Constant,  comme  tout 
Français  ,  sera  tenu  de  se  soumettre  au  résultat. 

Je  ne  sais,  au  reste,  jusqu'à  quel  point  il  est 
convenable  de  supposer  qu'un  jucmbre  de  la 
Chambre  des  Pairs  peut  être  (  même  sans  s'en  dou- 
ter )  l'organe  d'un  parti ,  et  d'un  parti  qui  tou- 
dvoit  ramener  l'olygarchie,  /es  prisulcges  ,  et  faire 
par  l'intérieur,  ce  qu'il  n'auroit  pu. faire  ni  par  les 
étrangers  ,  ni  par  les  noies  secrètes.  Je  ne  sais 
pourquoi  un  pair  ne  peut,  sans  s'exposer  à  t'e 
pareilles  allégations ,  faire  une  proposition  quel- 
conque, lorsque  le  plus  simple  particulier  est  libre 
ou  d'en  imprimer,  ou  d'en  faire  une  contraire, 
sans  que  personne  puisse  j  trouver  à  redire.  Il 
seroit,  je  pense,  à  désirer  que  les  droits  de  tous 
fussent  assez  positivement  définis,  pour  que  per- 
sonne n'outrepassât  les  siens. 

Loin  d'imiter  M.  Benjamin  Constant,  et  d'en 
appeler,  de  notre  côté,  à  l'opinion  de   ceux  qui 

f)ensent  que  cette  proposition  est  convenable,  nous 
es  engageons  à  attendre  avec  respect  la  décision 
qui  en  résultera.  C'est  dans  le  calme  que  se  font  lus 
Bonnes  lois  :  les  lois  révolutionnaires  se  font  au- 
trement, mais  ce  n'est  pas  de  celles-là  qu'il  nous 
faut.  Que  M.  Benjamin  Constant  voie  d'une  ma- 
nière ou  d'une  autre,  peu  importe;  il  alà-dessusle 
même  droit  que  nous.  M  pis  quand  on  accuse,  on 
est  tenu  d'avoir  de  la  méMioire ,  et  jM.  Benjamin 


(  -43^  ) 

Constant  en  manque^  dans  son  pamphlet.  En  par- 
lant d«'s  lioinmes  de  i8i5,  il  dit  :  Mais  qui  clofic  a 
provoqué  tes  hannissemcns?  Il  a  sûrement  ouLHé 
ce  Cfue  nous  allons  lui  retracer.  L'artide  3  de  la 
loi  d'amnistie,  présentée  par  les  ministres  le  8  dé- 
cembre i8i5,  portoit  :  Les  individus  compris  dans 
l'article  a  de  lordotinance  du  24  juillet ,  sortiront 
fte  J^ycutce  dans  les  deux  mois  qui  suivront  la 
vromidga.tion  de  la  loi. 

Le  même  article ,  amendé  par  la  Chambre  , 
porte  : 

«  Le  Roi  POURRA,  dans  l'espace  de  deux  "mois, 
j)  à  dater  de  la  promulgation  de  la  présente  loi , 
»  éloigner  de  la  France  ceux  des  individus  com- 
))  pris  dans  l'article  2  de  l'ordonnance  du  24  juillet, 
»   i:^u  il  y  maintiendra.   » 

Il  résulte  de  ces  deux  dispositions  : 

1°.  Que  celle  proposée  par  les  ministres,  être  je- 
tée par  la  Chambre,  étoit  impérative,  et  ne  souf- 
Iroit  aucune  exception  5 

2*.  Que  celle proposéeetadoptée  parla  Chambre 
étoit  facultative,  et  que  l'addition  des  mots  au  il 
y  maintiendra  ,  laissoit  aux  ministres  la  liberté  de 
rayer  tout  ou  partie  des  individus  compris  dans 
cette  liste. 

Quel  usage  les  ministres  ,  qui  se  sont  tant  vantés 
depuis  de  leur  modération,  et  qui  ont  sans  cesse 
accusé  la  Chambre  de  1810  d'exagération  ,  ont-ils 
fait  du  pouvoir  discrétionnaire  que  leur  laissoient 
les  mots  pourra  et  qu'// j  maintiendra  ?  Le  voici. 

Une  ordonnance  du  17  janvier  1816,  insére'e 
au  Bulletin  des  Lois ^  ls°3^,  porte  ce  qui  suit  : 
Art.  i*'.  Tous  les  individus  dénommés  dans  r art.  1 
de  l'ordonnance  du  ^^  juillet ,  sont  maintenus  sur 
la  liste  comprise  audit  article;  ils  seront  tenus  de 
sortir  du  royaume  le  :>5  Jévrier  au  plus  tard,  etc. 

Que  l'on  décide,  d'après  cela,  si  ce  sont  les 
hommes   contre  lesquels  on  récrimine  qui  vou- 


1 


(  433  ) 
îoient  des  banuis^  et  qui  en  faisoienl  des  listes.  En 
vérité,  il  seroit  temps  qu'on  ne  fît  à  chacun  que  la 
part  qui  lui  revient ,  et  ce  seroit  dans  l'intérêt  de 
tous  5  car  les  uns  ne  detaandent  pas  mieux  que  de 
se  taire,  et  les  autres  ne  peuvent  que  gagner  à  leur 
silence. 

Il  est  à  remarquer  que  c'est  de  la  CliamLre  des 
Pairs,  essentiellement  conservatrice  des  intérêts 
de  la  monarchie  et  de  ceux;  des  citoyens  ,  que  sont 
sorties  deux  propositions  qui  touchent  essentielle- 
ment les  uns  et  les  autres.  M.  le  comte  de  Castel- 
lane  a  propose  de  supplier  le  Koi  de  rapporter  la 
loi  du  9  novembre,  sur  les  cris  et  écrits  séditieux, 
présentée  par  iM.  Barbé-Marbois  ,  et  par  laquelle, 
au  moyen  de  la.  proi'ocatio/i  indirecte,  il  e'toit  dif- 
licile  de  savoir  ce  que  l'on  n'avoit  pas  à  craindre  j 
et  ]M.  le  marquis  Barthélémy,  en  demandant  des 
modifications  à  la  loi  des  élections,  signale  le  mal 
que  peut  faire  à  la  monarchie  une  loi  qui  paroît 
dangereuse  à  beaucoiqj  de  bons  esprits. 

Des  pamphlets  rapportent  tout  au  long  celui  de 
M.  Benjamin  Constant,  et  ajoutent  à  la  doctrine 
de  ce  pubiiciste  tous  les  développemens  de  celle 
qui  nous  a  valu  tant  et  tant  de  malheurs  de  tout 
genre.  Pour  que  la  proposition  de  Ai.  le  marquis 
Barthélémy  fasse  jeter  de  s*  hauts  cris  ,  il  faut  bien 
que  le  doigt  ait  été  mis  sur  la  plaie.  Aussi,  nul 
moyen  ne  paroîtroit  difficile  à  certains  hommes 
pour  empêcher  que  cette  proposition  n'eût  des 
suites.  D'aboi'd  ,  on  met  comme  deraisonle  peuple 
en  avant  dans  une  loi  où  le  peuple  n'est  poiu*rien. 
On  nous  représente  les  fermiers,  les  marchands 
et  les  artisans  qui  paient  cent  écus  d'impositions, 
prenant  les  armes ,  et  au  lieu  de  vaquer  tranquîl» 
lement  à  leurs  ti'avaux  ou  à  leur  commerce,  sou- 
tenir à  main  armée  la  loi  d'élection ,  et  pratiquant 
ainsi  le  plus  saint  des  devoirs,  nous  rappeler  ces 
beaux  jours  qui  pr^'ludérent  aux  jeux  révolution- 


(  434  ; 

naires.  Ensuite  on  vous  parle  de  la  féodalité,  àm 
châtelains,  des  catégories,  des  marquis,  des  vi- 
comtes. On  appelle  le  souvenir  des  noyades  ,  des 
mitraillades,  des  massacres  des  prisons,  des  guil- 
lotines en  permanence  j  une  rhétorique  usée,  ce 
qui  ne  veutpas  dire,  je  suppose,  que,  pour  nous  la 
remettre  en  mémoire,  il  faille  la  remettre  en  pra- 
tique. On  convient  que  la  force  est  habituellement 
dans  les  lois  ,  mais  que  si  les  lois  n'existoient  pa5 
(c'est-à-diretelles  que  certains  hommes  les  veulent^, 
elles  s^  trouveroient  dans  le  peuple.  Heureuse- 
ment que  le  peuple  n'est  pas  du  tout  ce  que  cer- 
taines gens  veulent  qu'il  soit  :  il  n'est  nullement 
révo'lutionnaire  ;  il  l'a  prouvé  en  i8i5  ,  il  l'a  prou- 
vé aux  cent-jours  :  il  est ,  il  restera  tranquille  ;  il 
aime  les  BourLons ,  il  veut  du  repos,  et  ce  n'est 
ni  par  le  peuple  ,  ni  par  les  électeurs  ,  ni  par  \vs 
hommes  monarchiques  que  ce  repos  peut  être 
troublé.  A  un  pareil  effet  d'autres  causes. 

Du  reste  ,  d'après  ces  pamphlets ,  il  y  auroit  un 
moyen  de  tout  arranger  prompt  et  facile.  Une  créa- 
tion de  nouveaux  pairs  pour  obtenir  au  ministère 
la  majorité  dont  il  a  besoin,  la  dissolution  de  la 
Chambre  des  Députés  qu'elle  appelle  une  mesure 
franche  et  loyale  :  avec  cela  tout  iroit  à  merveille, 
A  ce  prix  les  ministres  peuvent  être  siîrs  qu'ils  se- 
ront loués  et  approuvés.  Nous  ne  discuterons 
ni  la  convenance  ni  l'à-propos  de  semblables  me- 
sures; mais  nous  dirons  simplement  que,  comme 
lin  ministère  présent  n'ôte  aucun  de  ses  moyens 
à  un  ministère  futur,  si  chaque  fois  qu'un  minis- 
tère voudra  ressaisir  la  majorité  qui  lui  échappe  , 
il' faut,  d'un  côté,  créer  une  cinquantaine  de  pairs 
conditionnels,  et  de  l'autre,  mettre  tous  les  col- 
lèges électoraux  en  mouvement ,  la  Chambre  des 
Pairs  finiroitpar  ne  plus  être,  ainsi  que  les  col- 
lèges électoraux ,  qu'un  instrument  pour  les  pas- 
sions ,  que  notre  mode  de  gouvernement  perdroit 


(  435  ) 
peu  à  peu  de  sa  bonté ,  eji  raison  de  Fabus  que 
l'on  en  feroit,  et  deviendi-oit,  pai*  cela  même,  la 
garantie  du  despotisme  ministériel ,  au  lieu  de  res* 
ter  celle  des  libertés  publiques.  Dans  un  goiiver* 
nement  représentatif,  la  seule  chose  qui  puisse 
fixer  un  ministère  sur  une  fausse  mesure  ,  ou  sur 
le  danger  d'un  système,  c'est  l'opposition  des 
Chambres  ;  et  alors  un  ministère  sage  s'éclaire  de 
cette  opposition,  et  se  sert,  pour  le  bien  même 
de  l'Etat ,  du  courage  et  de  la  vertu  qui  l'ont  ins- 
pirée. Si,  au  lieu  d'utiliser  les  ressouixes  qu'il  tii'.e 
delà  nature  même  du  «gouvernement ,  il  s'irrite 
contre  ses  ressources ,  et  voulant  mieux  voir  que 
tout  le  monde,  se  préférant  à  toute  autre  considé- 
ration, il  veut,  à  tout  prix,  exécuter  sa  volonté, 
il  compromet  la  dignité  des  Chambres ,  l'intérêt  de 
l'Etat 5  et  en  ébranlant  toute  confiance,  il  anéan- 
tit la  sécurité  publique.  Ces  considérations  qui 
sont  à  la  portée  de  tout  le  monde  peuvent 
fixer  sur  les  moyens  invoqués  par  les  pamphlets 
révolutionnaires ,  et  sur  la  modération  des  hommes 
qui  imputent  tant  d'exagération  à  ceux  qui  ne 
sont  pas  de  leur  avis.  Quant  aux  inquiétudes 
iju  aurait  fait  naître  dans  Paris  la  proposition  de 
M.  Barthélémy,  quant  ii  lindignalion  publique, 
tout  cela  est  aussi  vrai  que  la.  pojju/arilé  que  M.  dp 
Castillane  aurait  voulu  donner  à  la  noblesse,  en. 
proposant  le  rapport  de  la  loi  anti-nationale  du 
9  novembre.  M .4e  comte  de  Castellane  avoit  voté 
contre  cette  loi  ;  en  en  demandant  le  rapport,  il  a 
prouvé  qu'il  étoit  fidèle  à  ses  opinfons,  et  n'a  pu 
prétendre  ni  le  populariser,  ni  popidarier  per- 
sonne. Quoi  qu'en  disent  certains  hommes,  chacun 
vaque  tranquillement  à  ses  affaires  5  tout  le  monde 
est  paisible  ;  et,  s'il  y  a  quelques  passions  en  mou* 
vement,  on  ne  s'en  doute  qu'eu  lisant  certains 
pampldets  dontl'espritdevieutd'antant  moins  con- 
tagieux, qu'il  se  met  plus  au  gi^and  jour.  Il  paroît 


(  43G  ) 
une  réponse  ait  pamplilot  de  M.  Benjamin  Cons- 
tant :  elle  est  claire,  forte;  nous  regrettons  que 
Tespace  nous  manque  pour  en  donner  une  analyse. 
On  y  rencontrera  I*  style  de  quelqu'un  qui  nous 
a  souvent  fourni  de  bons  articles,  et  nous  cnga- 
-  seons  à  la  lii'o. 

Le  JMonilenr  du  20  nous  donne  une  longue  liste 
de  préfets  et  sous-préfets  destitués,  remplacés, 
etc.,  etc.  Il  en  résulte  qu'il  y  a  si^  préfets  rem- 
placés :  ceux  de  la  Charente-Inférieure,  delaCôte- 
d'Or,  de  Saône  et  Loire  ^  de  Loir  et  Cher,  du 
Loiret  et  de  l'Aude  ;  vinsjt-dcuKsous-préfetségale- 
montremplacés  ;  un  déplacement,  etque  troissous- 
préfetssontnomraéspréfets(i).  Danssonpampldet 
publié  deux:  jours  avant,  Si.  Benjamin  Constant 
se  pîaignoit  que  le  ministère  n'eût  pas  licencié 
cette  armée  cPagens  de  181 5.  Il  nous  semble  que 
voici  un  petit  à  compte  qui,  ajouté  auK  destitu- 
tions dont  noiTS  avons  déjà  doîiné  In  liste,  ne 
laisse  pas  que  défaire  nombre  (2).  M.  le  vicomte  de 
Cazes,  préfet  du  Tarn,  va  remplacer,  dans  la  pré- 
fecture du  Bas-Rhin,  M.  de  Bouthilier  que  l'on 
a  va  partir  dans  ce  département  avec  autant  de 
Tegrets  que  d'estime.  Cnacun  se  rappeloit  sa  cou- 
rageuse conduite  au  moment  de  l'usurpation,  et  la 
persécution  qui  en  fut  la  suite.  Cette  préfecture 
sur  une  place  frontière  est  aussi  importante  de 

(i)  Le  Mcmitcuv  du  26  donne  une  seconcte  liste  de  huit 
sous-préfets  destitut-'s. 

(2)  Ah  nombre  ilcspr(^refs  desiitiiî^s.  se  trouvent  M. de^'atil- 
chier,  prpf^et  du  Jurn  avant  les  cenl-jours  ,  rerommnndable 
par  sa  fidélité,  son  courage,  ses  înœurs  et  ses  talens  adminis- 
tratifs ,  etM.  Dahlias  ,  dont  la  'ermelé  et  le  dévouement  se  ma- 
nife^tèrent  à  l'asscrahlée  législ.itivc,  les  1 1  et  i3  juillet  I7'|2, 
quand  ils"éleva  avec  force  contre  la  déchéance  du  Roi .  rappela 
le  sL-rment  (|u'avoit  fait  l'assemblée  de  :naintenir  la  monar- 
chie, et  demanda  la  punition  de  ceux  qui,  le  20  juin,  avoient 
forcé  le  château  des  Tuileries  et  outragé  Louis  X^  I.En  1793, 
il  fit  imprimer  une  Défense  du  Roi ,  dont  il  existe  encore  des 
exi  mplaiits  publiés  à  cette  désastreuse  e'pocjue. 


(  4:^7  ) 

position  qu'elle  esl  supérieure  à  celle  du  Taru 
que  quilte  M.  le  vicomte  de  Gazes. 

M.  C. 


Sur  la  proposition  de  i)/,  le  marquis  Barthcîemj . 

Une  proposition,  faite  à  la  Chambre  des  Pairs  par  M.  le 
marquis  Barthélémy,  a  donné  une  grande  activité  aux 
esprits.  Il  ne  faut  pas  s'en  étonner.  Les  esprits  sont  péné- 
trans;  ils  ne  s'arrêtent  pas  aux  paroles,  ils  vont  au  fond 
des  choses  ,  et ,  d'un  côté  comme  de  l'autre,  on  sent  que 
Tavenir  du  gouvernement  représentalif  est  tout,  entier  dans 
Ja  loi  des  élections.  Tout  nouvel  examen  de  la  loi  est 
donc  utile  s'il  est  fait  dans  les  formes  constitutionnelles. 

L'ordonnance  du  5  septembre  est  un  acte  constitution- 
nel. Par  cela  seul  qu'il  étoil  prévu  par  la  Charte  ,  et  qu'il 
s'est  effectué  dans  les  formes  légales,  il  n'a  excité  aucune 
réclamation,  même  de  la  part  de  ceux  qu'il  a  affligés, 
parce  qu'ils  ont  su  prévoir  tout  ce  qu'il  renfermoit  de 
-conséquences.  Il  en  est  de  même  de  la  proposition  faite  à 
la  Chambre  des  Pairs,  relativement  à  un  nouvel  examea 
de  la  loi  des  élections  :  il  suffit  que  cette  proposition  soit 
con.stitutionnelle,  qu'elle  soit  faite,  suivie  et  décidée  dans 
ies  formes  légales  ,  |)oi!r  qa*  tous  les  Français,  dégagés 
d'esprit  de  faction ,  n^y  voient  qu'un  acte  politique. 
L'assentiment  de  quaire-^^ngl-neuf  pairs  de  France  pour 
le  développement  de  cette  prtiposition  est  un  grand  aver- 
tissement. Ou  la  pairie  a  été  instituée  sans  motif,  ou  le 
premier  motif  de  son  institution  a  été  de  fonder  dans 
l'Etat  un  corps  qui,  u'a^'ant  rien  à  acquérir  et  ayant  beau- 
coup à  perdre,  devint  une  sentinelle  toujours  prête  à  avertir 
des  dangers  qui  menaceroient  l'ordre  des  choses  établi. 

JjC  Moniteur  àii  2.%  février,  en  rendant  un  compte 
abrégé  de  la  séance  de  la  Chambre  des  Pairs  dans  laquelle 
M.  le  marquis  Barthélémy  avoit  fait  une  proposition  cons— 
iitutionnelle  en  termes  généraux  ,  a  donc  eu  tort  de  dire  : 
«  M.  le  ministre  de  l'intérieur  a  déclaré  qu'il  consideroit 
5)  une  telle  proposition  comme  la  plus  funeste  qui  put 
M  sortir  de  la  (Lhambre.  »  Comme  pair  ou  comme  mii- 
nistre  ,  M.  le  comte  de  Caaes  peut  énoncer  une  opinion  , 


(  438  ) 

il  peut  dire  ce  qu'il  préjuge  ,  mais  il  n'a  pas  le  droit  de 
décimer  ses  forijeciures ,  parce  que  les  lumières  du  siècle 
ont  repoussé  l'astrologie  judiciaire,  et  qu'il  n'y  a  que  les 
astrologues  qui  déclarent  pour  les  temps  qui  ne  sont  pas 
encore.  Cette  expression  étrange ,  d'une  hauteur  qu'on 
ne  permettroit  pas  à  Montesquieu  s'il  vivoit  encore ,  et 
s'il  étoit  pair  de  France ,  convient  mal  à  un  ministre  qui 
n'a  pas  1  â2;e  exigé  par  les  lois  pour  être  député  ;  elle  a 
rappelé  à  tout  le  monde  les  jolis  vers  de  La  Fontaine  : 

Tandis  qu'à  peine  à  tes  pieds  tu  peix  voir, 
Penses-tu  lire  au-dessus  de  ta  tête  ? 

Nous  faisons  cette  remarque  uniquement  dans  l'intérêt 
des  rédacteurs  du  Moniteur  qui ,  comme  officieux  ou 
comme  officiels,  doivent  peser  leurs  expressions,  et  ne 
pas  faire  un  Nestor  du  plus  jeune  des  Grecs  ;  car  nous 
sommes  persuades  que  M.  de  Gazes  sait  fort  bien  qu'un 
ministre  peut  déclarer  des  faits  lorsqu'il  est  interpellé, 
mais  qu'il  ne  peut  déclarer  l'avenir  tant  quil  n'est  pas 
reconnu  prophète 3  or,  nul  ne  l'est  dans  son  pajs. 

Si  l'ordonnance  du  5  septembre  1816a  été  un  acte  poli' 
tique,  et  non  une  réaction,  il  ne  s'ensuit  pas  que  des 
hommes  passionnés  et  incapables  ne  soient  partis  de  cetle 
époque  pour  réagir  sans  relâche  contre  la  monarchie  ; 
qu  ils  n'aient  porté  dans  beaucoup  de  lois  des  principes 
démocratiques,  et,  dans  leur  exoculion ,  une  partialité 
dangereuse. l  a  France  en  a  éprouvé  un  malaise  qui,  d'an- 
née en  année,  est  devenu  plus  sensible  :  l'effet  des  lois 
contraires  au  principe  fondamental  de  l'Etat,  comme 
l'effet  des  lois  salutaires,  augmente  avec  le  temps.  L'opi- 
nion publique  a  tout  attribué  à  la  loi  des  élections.  Nous 
ne  traiterons  pas  ce  sujet  avec  nos  idées  particulières; 
notre  devoir  ici  se  borne  à  constater  l'opinion.  Or,  per- 
sonne ne  peut  nier  que,  dans  le  dernier  ministère,  trois 
ministres,  jMM.  de  Richelieu,  Mole,  Laine,  n''aienl  avoué 
qu'ils  étoient  vivement  frappés  des  dangers  auxquels  celte 
loi  expose  la  monarchie.  Si  cette  crainte  leur  avoit  été 
personnelle,  s'ils  s'en  étoient  fait  un  moyen  politique 
pour  opérer  dans  le  ministère  un  changement  au  profil  de 
leur  ambition,  leur  retraite  auioit  arrêté  le  mouvement. 
Au  contraire,  le  mouvement  n'éclate,  les  mêmes  idées  rsft 


(  4:^9  ) 

ic  reproduisent  avec  plus  de  f^rce  que  lorsqu'il  ny  a  plus 
de  ministres  pour  les  appuyer.  Ceci  est  remarquable,  La 
majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  sort  d'elle-même  de 
1  extrême  léserve  qu'elle  s'étoil  imposée  jusqu'à  ce  jour; 
elle  réporid  enfin  à  Topinion  publique  qui  lui  indiquoit 
depuis  long-temps  ses  devoirs  envers  le  Roi  qui  appelle 
toutes  les  lumières ,  et  envers  la  France  qui  a  une  égale 
confiance  dans  tous  les  pouvoirs  de  la  société,  puisqu'elle 
a  reconnu  la  nécessité  de  leur  action  pour  assurer  la  sta- 
bilité de  ses  lois  fondamentales. 

Nous  appuierons  sur  cette  observation  que  la  proposition 
faite  dans  la  Chambre  des  Pairs  ne  se  lie  à  aucune  ambi- 
tion personnelle,  à  aucun  parti,  qu'elle  n'est  soutenue 
par  aucun  ministre,  et  diri^jée  contre  aucun  ministre;  c'est 
un  avertissement  loyal  donné  par  la  majorité  des  Pairs 
dans  un  intérêt  public:  tout  ministre  peut  donc  en  faire 
son  profit.  Si  une  réaction  trop  imprudemment  prolonn;ée 
tendoit  à  remittre  toutes  les  choses  au  point  où  elles 
étoient  à  la  fin  des  cenl-jours,  sauf  le  milliard  que  nous 
a  coûté  cette  malheureuse  époque,  si  la  France  est  sans 
cesse  obsédée  de  ce  triste  pressent iment,  c'était  un  devoir 
pour  la  Chambre  des  Pairs  de  faire  entendre  quelques 
paroles  consolantes  3  et ,  soit  qu'elle  eût  choisi  la  loi  dos 
L'ieclions  parce  que  tous  les  esprits  restent  frappés  des  effets 
qu'elle  a  eus  et  des  effets  qu'elle. peut  avoir  ,  soit  qu'elle 
eût  choisi  tout  autre  sujet,  l'opinion  publique  l'auroit  de 
mêjHB  entendue.  On  ne  demande  pas  de  réaction  nouvelle, 
liélas  !  qui  n'eît  fatigué  de  ct^s  jeux  de  bascule  dont  l'im- 
puissance est  enfin  démontrée,  qui  n'est  las  de  ces  mou— 
vemens  et  de  ces  contre-mouven?ens  qui  n'ont  eu  d'autr» 
résultat  que  de  faire  sentir  l'impossibilité  de  rétablir  le 
pouvoir  âbscvlu  auquel  aspiroient  quelques  jeunes  incon- 
sidérés, et  d'arrêter  l'établissement  de  la  liberté  coi}stitu- 
lionnelle ,  vœu  de  toute  la  France  ?  Ce  qu'on  demande, 
c'est  qu'on  s'arrête  enfin  un  moment  pour  compter  les  pas 
qu'on  a  faits  vers  un  abîme  où  la  monarchie  est  prêle  à 
^'engloutir,. 

Cette  sollicitude  si  sage  ,  si  digne  des  Français  qui 
aiment  sincèrement  leur  patrie  ,  a  déconcerté  les  partisans 
de  l'indépendance  absolue  ;  ils  ool  pous,^  des  cris  si  vio- 
lons qu'ils  aat  entièrement  manqué  l'effet  ou'ils  vauloienî 


(  44o  ) 

produire,  lis  ont  rabâché  le  \no\  féodalité  qu'on  ne  Irouve 
plus  que  dans  la  Mînen^e  et  les  journaux  du  parti ,  et  qui 
fait  bàiiler  leurs  abonnés  j  ils  ont  {grondé  le  ministère  de 
n'avoir  pas  fait  une  quarantaine  de  Pairs  de  circonstance, 
et  on  scit  rappolé  que  Pascal  avoit  remarqué  qu'il  étoit 
plus  facile  de  trouver  des  moines  que  des  raisons  ;  on  a 
souri  de  pitié  en  tes  entendant  dire  que  beaucoup  d'élec- 
teurs avoicntune  épée,  comme  s'il  s'agissoit  po»ir  les  élec- 
teurs de  graver  un  bulletin  sur  des  hétros  ,  comme  autre- 
fois les  p.dladins  v  pravoient  le  nom  de  la  dame  de  leurs 
pensées. On  a  surtout  remarqué  l'inconséquence  qui  pousse 
les  indépendans  à  craindre  un  examen  constitutionnel  de  la 
ioi  des  élections ,  lorsque  ewx-mémes  se  plaignent  chaque 
jour  de  n'avoir  aucun  moyen  de  forcer  le  ministère  à 
nssembler  les  collèges  électoraux  des  départemens  dont  la 
déput  ilion  n'est  pas  complète,  quoique  la  loi  soit  for- 
melle à  cet  égard  ,  et  quoique  les  ministres  leur  fassent 
sans  cesse  de  belles  promesses  qui  ne  se  réalisent  pas.  La 
vérité  est  que  les  factieux  voudroient  mettre  des  passions 
là  où  la  Chambre  des  Pairs  et  l'opinion  publique  mettent 
de  la  prévoyance,  de  la  prudence  et  des  raisonnemens  ; 
mais  ils  ne  réussiront  pas.  La  féodalité  restera  ici  pour  leur 
compte.  Cette  circonstance  fournira  une  preuve  nouvelle 
que  la  France  tend  au  repos,  qu'elle  veut  ce  repos  dans 
la  monarchie,  et  qu'elle  ne  sépare  pas  l'existence  de  la 
monarchie  de  l'exécution  franche  de  la  (Charte ,  parce  que 
le  repos  sans  liberté  n'est  pas  plus  possible  aujourd'hui 
que  sans  légitimité. 

Tandis  qu'on  fait  de  ridicules  tentatives  au  dehors  pour 
agiter  les  esprits,  les  véritable?iamis  de  la  monarchie  sui- 
vent avec  calme  une  discussion  qui  les  intéresse  positive- 
ment, parce  qu'elle  s'est  établie  dans  les  formes  détermi- 
nées par  la  Charte.  La  Chambre  des  Pairs  s'étant  assemblée 
le  2.6^  M.  le  marquis  r»arlhelemy' a  développé  sa  propo- 
sition dans  les  termes  suivans.  Nous  engageons  nos  lec- 
teurs à  lire  avec  attention  son  discours;  plus  il  est  modéré, 
plus  il  écarte  tout  soupçon  darriore-pensée,  et  plus  il 
fait  paroilre  inconcevable  la  pétulance  avec  laquelle  cer- 
tains hommes  se  sont  prononcés  contre  toute  possibilité 
d'améliorations.  Cependant,  ni  dans  les  temps  anciens,  ni 
dans  le>  temp."^  modernes,  le?  loi^  relatives  aux  élections 


(  4ii  ) 

ne  se  sont  établies  d'un  seul  coup,  et  l'expérience  a  tou- 
jours été  appelée  au  secours  des  théories. 

DeWloppement  de  la  Proposition  faile  par  M.  le  marquis 
BiirlJielemy. 

Messieurs , 

Un  des  plus  tristes  résultats  des  revolulions  est  rinrerltliule 
que  l'on  éprouve  sur  les  institutions  ([u'il  convient  de  donner 
aux  peuple;,  dont  ces  r<'volutions  ont  change  l'c'lat  politique.  Les 
uns  prétendent  que  tout  doit  être  nouveau  dans  un  nouveau  sys- 
tème. Les  autres,  chereivinf  à  »"a!)pu)er  sur  les  doiitiéesde  l'ex- 
périence ,  vondroiei;t  retrouver  dans  ce  qui  doit  être  une  imi- 
tation de  ce  qui  n'est  plui,  et  lorsiju'après  liien  des  débats,  l'on 
s'est  enîin  accorde'  par  nécessité  sur  les  prirui{îes,  on  diffère 
encore  long-temps  sur  les  conséquences.  Cependant,  s'il  est  une 
circonstance  où  l'on  doive  (aire  à  la  pairie  le  sacrKice  sans  re- 
serve de  ses  opinions,  de  ses  affections,  et  même  de  ses  regrets, 
c'est  lors(ju'il  s'af^it  d'une  loi  qui  exerce  sur  l'existence  du  corps 
politique  une  intluente  aussi  forte  que  la  loi  cjul  règle  les  élec- 
tions. 

Tels  sont,  IVIessieurs,  les  sentimens  qui  m'animent,  et  qiie  j  ai 
professéstoute  rm  vie,  et  j'ose  affirmer  qu'ils  sont  aussi  ceux  de 
tous  les  hons  Français,  Je  cette  immense  r.ijorité  sincèrement 
attachée  à  la  dynastie  et  à  cette  Charte,  gage  de  l'ordre  et  de  la 
tranquillité  présente  ,   espoir  de  notre  avenir. 

Je  ne  viens  donc  point  ici,  Messieurs,  remettre  en  déiihé- 
ration  toutes  les  f[uestions  qui  dt'jà  ont  doiiné  lieu  à  de  trop 
vives  discussions  ;  nuin  intention  est  de  vous  exposer  des  incon— 
véniens  généralement  sentis,  et  qui  doivent  être  réparés  ;  mais 
la  sagesse  du  ]\Ionarque  peut  seule  indiquer  la  marche. 

Ainsi ,  Messieurs  ,  lorsqu'il  est  reconnu  .  par  exemple  ,  et  lors- 
qu'on trouve  consigna'  dans  des  documensautheulifjues,  que  sur 
la  masse  des  électeurs  de  la  Fraiîce ,  environ  un  tiers  n'a  peint 
pris  pai  t  aux  dernières  élections,  il  est  évident  qu'il  y  a  un  ■.•ice 
dans  la  rpanière  de  donner  les  votes,  car  ce  seroit  faire  injure 
au  corps  électoral,  que  l'on  peut,  (pie  l'on  doit  considérer 
comme  l'élite  de  la  nation,  si  l'on  supposoit  que,  c'est  par  insou- 
ciance pour  la  chose  puMicjue  ,  par  défaut  de  patriotisme  , 
C|ue  ceux  (jui  le  composent  se  dispensent  d'exercer  une  fonction, 
de  toutes  la  plus  honorable,  couui'e  elle  est  la  plus  imposante. 
Or,  si  dan*  des  circonstances  aussi  graves  que  celles  dans  les- 
quelles nous  rmus  trouvons,  si,  dans  le  moment  où  la  France 
vient  cl'èire  rendue  à  elle-même  ,  et  si ,  pour  une  seule  élection  , 
un  si  gsauii  nombre  d'électeurs  n'est  pai  venu  aux  collèges  élec- 
toraux, que  sera-ce  dans  les  temps  ordinaires,  et  lorsque,  par 
suite  de  démission  ou  de  mort  de  députés  élus,  il  faudra  que, 
conforuiénrient  à  la  loi,  on  assemble  un  même  collège,  deux 
fois,  trois  fois  dan?  un  an?  Croyez-vous  que  des  électeurs  peu 


(  442  ) 

riches  consetifetit  à  faire  plusieurs  fois  dans  l'année  une  dépense 
qui  surpasse  peut-être,  à  chaque  fois,  la  valeur  totale  de  leur 
imposition?  Non  ,  sans  doute  ,  Messieurs,  et  vous  jufjez  comme 
mi)i  ijue ,  dans  1  état  actuel ,  plus  'es  électeurs  se  multiplieront , 
et  plus  le  nombre  des  électeurs  diminuera  dans  lescolléf^es  élec- 
toraux ,  et  que  .  par  cOnséf|uent,  il  est  indispensable  de  modi- 
fier leur  organisation  de  manière  à  ce  que  les  électeurs  puissent 
participer  à  l'élection,  et  qu'ainsi  le  droit  d'élire  ne  soit  pas  un 
droit  illusoire  pour  la  plupart  d'entre  eux. 

Nous  signalerons  encore  un  inconvénient  notoire,  résultat  de 
la  manière  dont  on  explique  l'article  de  la  Charte  qui  confère 
les  droits  d'électeur  à  tout  citoyen  payant  3oo  fr.  de  contribu- 
tion directe.  Dans  l'intention  tres-louable,  sans  doute,  d'encou- 
rager le  commerce  et  l'industrie,  on  assimile  les  patentes  à  la 
contribution  foncière,  mais  cette  extension,  déjà  si  libérale, 
est  devenue  la  source  des  abus  les  plus  choquans  par  la  forme 
de  la  perception  de  cette  taxe.  Comme  elle  se  fait  par  douzième , 
et  que  l'on  n'exige  pas  un  espace  de  temps  déterminé  pour  ac- 
quérir par  cette  voie  les  droits  politiques,  il  s'ensuit  qu'un  indi- 
vidu peut ,  avec  25  fr.  ,  une  lois  payés,  i>oter  légalemenl  dans 
une  assemblée  électorale  française.  l3ira-t-on  rjue,  par  l'admis- 
sion de  cette  contribution  dérisoire,  il  n'y  a  pas  une  violation 
manifeste  ,  je  ne  dis  pas  seulement  de  l'esprit ,  mais  du  texte  de 
1»  Charte?  Et  des  lors  n'est-il  pas  urgent  de  réformer  sur  ce 
point  la  loi  qui  ne  l'a  pas  prévue? 

J'ajouterai  ici ,  Messieurs,  une  considération  grave,  c'est  que 
cette  introduction  illégitime  dans  le  corps  électoral  d'hommes 
sans  fortune  ,  et  que  l'intrigue  ou  la  corruptien  peut  y  amener, 
eât  une  véritable  injustice  envers  les  pi-opriétaires  dont  elle 
usurpe  Icà  droits.  Or,  dans  tous  les  temps  comme  dans  tous  les 
pays,  les  possesseurs  des  maisons  et  des  terres,  les  propriétaires 
sont  la  force  réelle  des  nations.  Ce  sont  eux  (jui  sont  les  gar- 
diens des  mœurs  et  des  institutions  ;  aussi ,  en  leur  confiant  les 
droits  politiques,  les  législateurs  n'ont  point  cru  blesser  la  jus- 
tice naturelle,  parce  que  la  civilisation  rend  la  propriété  tou-^ 
jours  accessible  auxeflorts  persévérans  de  l'homme  industrieux, 
et  qu'elle  est  la  récompense  assurée  du  travail  et  de  l'économie. 

Enfin,  Messieurs,  l'expérience  nous  montre,  dans  la  loi  des 
élections,  une  lacune  bien  importante  à  remplir  :  la  précaution 
de  nommer  des  suppléant .  adoptée  par  la  plupart  de  nos  assem- 
blées législatives,  a  été  omise  ,  et  cependant  elle  étoil  d'autant 
plus  nécessaire  ,  que-  le  nombre  des  députés  actuels  étant  infini- 
ment restreint,  il  importe  davantage  qu'il  soit  toujours  complet. 
Aujourd'hui  ce  n'est  pas  seulement  la  mort  des  députés  eu  fonc- 
tions qui  nécessite  des  convocations  extraordinaires  de  collèges 
électoraux,  il  faut  encore  y  avoir  recours  lorsque  plusieurs dé- 
partemcns  font  choix  de  la  même  personne  pour  les  représenter» 
Et  vous  voyez  quels  inconvéniens  résultent  de  cet  étal  de  choses^ 
D'abord,  la  Chambre  e^t  incomplète,  comme  elle  l'est  depuis 
le  commencement  de  la  session  j  ensuite  ces  rassemblemens. 
causent  des  déplacemcns  toujours  dispendieux ,  et  que  beaucoup 


(  443  ) 

d'électeurs  ont  de  la  peine  à  supporter  :  mais  ce 'qu'il  y  a  de 
plus  fâcheux,  c'est  que  ,  dans  le  temps  où  le  calme  le  plus  par- 
fait seroit  nécessaire  après  tant  d'orages ,  ils  entretiennent  une 
agitation  qu'il  seroit  de'sirable  d'éviter. 

Je  pourrois  ajouter  sans  doute  beaucoup  d'autres  obs/;rva~ 
tions  ;  mais  il  suffit ,  Messieurs,  d'avoir  prouvé  dans  ces  déve- 
loppemens  qu'il  existe  dans  la  loi  sur  les  élections  des  disposi- 
tions qui  trompent  le  vœu  de  la  Charte,  pour  établir  la  néces- 
■sité  de  provoquer  un  examen  de  la  loi  dans  l'intérêt  de  la  loi 
mérae. 

Après  avoir  rempli  le  devoir  impérieux  que  m'imposoit  la 
conviction  intime  des  besoins  de  la  patrie,  me  sera-t-il  permis 
d'exprimer  les  sentimens  douloureux,que  les  inculpations  diri- 
gées contre  moi  dans  celte  occasion  m'ont  fait  éprouver?  Je 
l'avouerai,  Messieurs,  j'ose  croire  qu'une  longue  vie  politique, 
consacrée  tout  entière  à  la  modération,  répond  suffisamment 
à  des  reproches  d'autant  plus  inexcus:  blés  ,  que  les  formes  de 
celle  Chambre  s'opposoient  à  cette  époque  aux  développcmcrs 
que  Ton  exigeoit.  Eh  quoi  !  l'on  m'accuse  de  chercher  à  soulever 
les  passions,  quand,  sur  la  fin  de  ma  carrière',  mon  seul  but, 
mon  unique  désir  est  de  prévenir  l'explosion  funeste  dé  ces 
mêmes  passions  qu'une  longue  expérience  et  tant  de  malheurs 
;iccuinulés  me  font  souhaiter  de  voir  assoupies  ! 

Je  persiste  dans  ma  proposition. 

11  est  remarquable  que  le  discours  du  noble  Pair  n'a  été 
attaqué  dans  aucune  de  ses  parties ,  dans  aucune  de  ses 
expressions;  et  que,  pour  combattre  une  proposition  aussi 
raisonnable  ,  il  a  toujours  fallu  en  sortir,  et  se  jeter  dans 
les  considirations  générales  qui  se  prêtent  à  tout ,  positi- 
vement parce  qu'elles  sont  vides  d'applications  au  sujet 
que  l  on  traite.  M.  le  président  du  conseil  des  ministres  a 
pris  la  parole.  Se  doutoit-il  que,  parlant  pour  la  première 
io!S  depuis  son  élévation  ,  il  alloit  offrir  à  la  France  ius— 
truite  une  occasion  de  le  juger?  Nous  croyons  que  celle 
réflexion  ne  l'a  pas  occupé  ,  et  nous  le  regrettons  pour  lui  ; 
car,  dans  le  gouvernement  représentatif,  toute  réputation 
qui  ne  grandit  pas,  s'éclipse.  Nous  croyons  devoir  citer 
son  discours  ;  nous  le  ferons  suivre  de  quelques  obser^'a- 
tions  que  nos  lecteurs  auront  sans  doute  faites  avant  nous. 

Discours  de  M.  le  marquis  Dessole .  pYésident  du  conseil 
des  ministres. 

Messieurs  , 

Comnie  président  du  conseil  des  ministres,  je  crois  devoir 
ijn "élever  le  premier  contre  les  propositicns  du  noble  marquis 


i  444  ) 

et  j©  prie  la  Chambre  d'eiilendrc  avec  quclqu'attention  les 
observ;ilioiis  que  j'ai  à  lui  soumettre. 

Déjà  un  ministre  du  Hoi  s'est  etrié  à  celte  tribune  que  jamais 
une  proposition  p  us  funeste  ne  pouvoil  sortir  de  l'eiueinte  de 
la  Chambre  Ce  que  ce  ministre  a  dit  d:ms  sa  prévoyance  ,  se 
confirme  pleinement  au-ourd'hui.  Il  ncst  pas  un  de  vous. 
Messieurs,  qui  ne  soit  maintenant  informe'  que  le  premier  effet 
de  cette  proposition  a  été  de  sou'ever  les  p;irtis  ,  d'ébranler  la 
ronfianie,  et  de  répandre  une  agitation  violente  dans  la  capi- 
tale. Dcjà  la  nouvelle  arrive  que  cette  même  agitation  marche 
et  se  propage  dans  les  départemens. 

Je  ne  parois  point  à  la  tribune  pour  rechercher  devant  vous 
le  degré  de  bouté  de  la  loi  des  élections  ;  cette  question  fut 
suflisamment  débattue  à  i'épofjue  ou  elle  fut  acceptée.  Je  ne 
prétends  pasafiirmer  non  pi  us  que  si  la  loi  est  dans  son  ensemble 
sans  vice  esentiel,  toutes  les  dispositions  réglementaires  soient 
cgaleraenl  sans  défauts,  et  u'enlrainent  point  après  elles  quel- 
ques légers   inconvenicns. 

Je  n'examinerai  pas  aussi  s'il  faut  pourvoir  par  des  précau- 
tions législatives  aur«-diessement  de  quelques  abus  qu'on  prétend 
-signaler.  Je  demanderai  seulement  si  ces  abus  ont  réellement 
existé ?s'i!s  se  sont  produits  partout  de  manière  à  attirer  l'atten- 
tion du  léf;islateur,  et  enfin  s'ils  tiennent  tellement  à  l'esprit  et 
à  la  lettie  de  la  loi  qu'ils  ne  puissent  être  conslitutionnelloment 
prévenus  par  des  mesures  d'administration  ? 

Comme  pair,  je  me  souviens  qu'à  l'épotjue  de  la  présentation 
de  celle  loi  je  votai  pour  son  adoption  avec  un  certain  degré 
d'incertitude  sur  la  bonté  de  ses  résultïts.  Je  déclare  aujourd'hui 
avec  une  conviction  sincère  que  j'ai  été  pleinement  rassuré  par 
l'expérience  du  double  essai  qui  en  a  été  fait,  et  les  choix  que 
son  action  a  produits,  ne  me  paroissent  pas  susceptibles  de 
justifier  les  alarmes   de  quelf|Oes  personnes. 

Si  ,  malgré  celle  doj.ble  épreuve  ,  des  esprits,  s'égarant  dans 
la  recherche  d'une  perleclion  absolue  ,persistoienl  à  penser  que 
quelques  améliorations,  peu  nécessaires  sans  doute,  pourroient 
rependant  être  introduites  dans  la  loi  pour  corriger  un  petit 
nombre  de  ses  dispositions,  on  doit  se  demander  si  le  moment 
étoit  convenable  pour  s'occuper  de  celle  question,  et  si  la  pro- 
position n'en  est  pas  au  moins  intempestive?  Lorsque  la  nation 
est  à  peine  échappée  aux  inquiétudes  »(ue  lui  avoient  causées  des 
bruits  répandus  avec  une  afiéclation  maligne  sur  un  changement 
total  des  élections,  est  -  il  prudent  de  venir  quelques  inslans 
plus  tard  proposer  vaguement  de  la  modifier?  iS  étoit-on  pas 
assuré  d'avance  que  ces  paroles  prises  dans  la  latitude  la  plus 
funeste  ,  alloient  exciter  une  méfiance  el  une  irritation  d'autant 
plus  dangereuse  ,  que  ne  pouvant  ni  ne  voulant  sans  doute  rap- 
porter toute  la  loi,  on  laisse  le  droit  d'élire  dans  les  mains  qui 
déjà  le  possèdent,  et.cjui  repoussent  toute  innovation  avec  une 
jalousie  ombrageuse  ?  De  simples  précautions  légi>latives  pour- 
roient-elles  aujourd'hui  neutraliser  les  mauvais  effets  de  cette 
effervescence  inquiète  ?  Le  dépit  et  le  soupçon  ne  doivenl-ils 


(  41^'  ) 

pas,  rfii  confraire  ,  produire  de»  résultats  fàcheiix  ?  C'e>l  jjf/ji 
r|ue  les  craintes  appellent  tes  déGanc^s ,  et  cjuc  le  Roi  a  s;in? 
cesse  à  ranimer  la  un  de  son  p»îuple  dans  le»  institutions  fiu'il 
lui  a  donne'es.  Lors<|ue  S.  M.  fait  tout  pour  que  Toulili  de 
toutes  les  erreurs  ne  laisse  que  le  souvenTr  de  tous  les  services  ; 
quand  sa  royale  sagesse  s'efforce  de  réunir  tous  les  intérêts  ; 
quand  elle  offre  a  clia/;uri  le  moyen  de  prendre  son  rang  dan» 
l'échelle  de  l.'i  société  ;  quand  elle  n'écarte  des  fonctions  <jue  le* 
hommes  qui  résistent  à  son  gouvernement ,  et  lïe  les  écarte  que 
jusques  au  moment  ou  ils  voudront  marrlier  avec  le  reste  du 
corps  social  ;  qu^nd  enfin  nul  n'est  exc!u ,  s'il  n'est  exclusif, 
est-ce  à  la  Climabre  dtts  Pairs  a  lutter  contre  la  sagesse  du  Roi  ? 
£st-ce  en  luttant  contre  le  Monarque  qu'on  affermira  la  mo- 
narchie ? 

En  conséquence,  je  crois  devoir  déclarer  comme  l'opinion 
Unanime  du  gouvernement ,  qu'il  repousse  tout  changement  à 
la  loi  de»  élections;  que  la  seule  proposition  a  suffi  f)Our  eu 
manifester  le^  danger^;  que  sa  prise  en  considération  ne  peut 
que  les  acgraver,  et  qu'il  est  de  son  devoir  de  vous  en  aveitir 
et  de  s'y  opposer. 

II  est  contraire  à  l'esprit  des  convenances  et  à  la  liberté 
des  opinions  sâns  laquelle  les  Chambres  ne  sercienl  rien, 
de  répondre  à  une  proposition  soutenue  par  la  majorité 
des  Pairs,  que  cette  proposition  a  soulevé  les  partis ^ 
qu'elle  répand  une  apçitation  violente  dans  la  capitale,  et 
que  cette  agitation  marche  dans  les  départemens.  Une  agi- 
tation qui  marche  est  pbis  dans  sa  nature  sans  doute  qii'une 
agitation  qui  dormiroit  :  mais  si  en  Angleterre  un  ministre 
osoit  opposer  des  considérations  de  ce  genre  à  la  majorité 
d'une  Chambre,  il  seroit  mis  en  accusation  de  suite j  et 
il  l'auroit  mérité.  C'est  au  ministère  à  répondre  de  la  tran- 
quillité publique  j  il  en  a  les  moyens.  Si,  dans  un  gouver- 
nement représentatif,  elle  étoit  troublée  par  des  paroles 
prononcées  à  la  tribune  et  accueillies  par  la  majonté,  il 
n'y  auroit  plus  moyen  de  délibérer,  puisqu'il  n'est  pas  de 
sujet  de  délibération  dont  les  factieux  ne  puissent  s'em- 
parer au  dehors,  si  on  a  l'imprudence  de  faire  intervenir 
une  seule  fois  leur  agitation  comme  un  argument  plus 
puissant  que  la  raison  des  pouvoirs  de  la  société.  C'est 
ainsi  qu'on  a  perdu  Louis  XVI,  c'est  ainsi  qu'on  a  con- 
duit les  Bourbons  d'Espagne  à  V'alençai  ;  c'est  ainsi  que 
la  direction  de  U  révolution  est  passée  des  assemblées 
constituées  par  les  lois  dans  les  clubs,  dans  les  fwibourgs, 
sur  les  places  publiques,  et  que  ceux  qui  s'appeloient  loi 
représentans  du  peuple  ont  fini  par  n'être  que  les  serviles 
instrumens  de  la  populace.  Nous  rendrons  celte  justice  i 


(  41'3  )^ 

M.  le  comte  de  Cazes,  qu'il  a  senti  le  besoFn  d'interprétep 
les  paroles  de  M.  le  marquis  Dessole,  et  de  réduire  l'agi- 
tafion  qui  marche  de  la  capitale  dans  les  déparlemens  à 
une  agitation  toute  spiriiuelle.  Pour  celle-ci ,  nous  y 
consentons.  Les  esprits  sont  agites  j  ils  doivent  l'être. 
Cela  prouve  que  la  liberté  est  vivante,  et  que,  d'un  c6ié 
comme  de  l'autre  ,  on  sent  qu'un  bon  système  d'élections 
atVermiroit  la  monarchie  et  la  Charte ,  et  qu'au  coniraire 
un  mauvais  système  d'élections  permettroit  aux  factieux 
de  renverser  la  Charte  et  la  monarchie.      ^ 

Nous  nions  l'agitation  de  la  capitale.  Nous  savons  qu'on 
y  colporte  des  pétitions  ;  mais  nous  savons  aussi  comment 
tout  cela  se  mène  j  nous  citerions  au  besoin  beaucoup  de 
scènes  ridicules  )  nous  n'en  connoissons  pas  qui  puisse 
produire  la  moindre  alarme.  S'il  y  avoit  danger,  c'est  au 
ministère  qu«  nous  rappellerions  que  les  girondins  mirent 
les  factieux  en  mouvement  pour  la  pétition  des  dix  mille 
et  des  vingt  mille  qui  demandoient  la  déchéance,  puis 
la  mort  de  Louis  XVI,  et  que  ,  quelques  mois  après,  on 
mit  les  mêmes  factieux  en  mouvement  pour  demander  la 
mort  des  Girondins,  ce  qui  leur  fut  également  accordé. 
Nous  verrons  ces  pétitions  quand  on  les  présentera.  Si 
elles  sont  constitutionnelles,  on  y  répondra  constitution- 
heirèment.  Dans  le  cas  contraire,  le  ministère  en  seroit 
responsable. 

M.  le  président  du  conseil  des  ministres  a  dit  qu'il  ne 
vouloit  pas  examiner  si  les  inconvcniens  reprochés  à  la  loi 
des  élections  ne  peuvent  pas  être  prévenus  par  des  mesures 
fT administration. QgXa  signifie  qwe,  s'il  vouloit  en  prendre 
■la  peine,  le  ministère  pourroit  faire  tout  bas,  tout  seul ,  et 
dans  son  intérêt ,  ce  qu'on  trouve  extraordinaire  que  la 
majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  fasse,  en  suppliant  le  Roi 
d'examiner  constitutionnellement,  et  d'accord  avec  les  deux 
Chambres,  les  vices  possibles  de  la  loi  des  élections.  Jus- 
qu'ici on  n'avoit  pas  encore  proclamé  si  haut  l'insouciance 
de  fait  et  la  suprématie  de  droit  du  ministère. 

M.  le  président  du  conseil  des  ministres  a  avoué  qu'en 
votant  la  loi  comme  Pair,  il  avoit  douté  de  sa  bonté,  mais 
qu'à  présent  il  la  trouvoit  excellente.  Dit-on  de  ces  choses 
là  quand  on  n'est  devenu  président  du  conseil  des  ministres 
qu'en  remplacement  d'un  président  du  conseil  des  mi- 
nistres qui  croyolt  que  la  loi  des  élections  avoit  besoin 
d'être  revue  et  corrigée  ?  On  a  souri ,  par  le  même  motif. 


(  447  )  ,  ^ 

lorsque  M.  !e  marquis  Dassole  a  affirmé  qiï*  l'opinion  èa 
gouver/ienient  ëtoit  unanime  pour  repousser  tout  chan^e- 
Inent.  Si,  par  gouvernement,  M.  le  marquis  entend  le 
Roi,  ainsi  que  l'entendent  les  vrais  Français,  il  est  cer- 
tain que  le  Koi  élant  une  unité  ne  peut  être  qu'unanima 
dans  ses  pensées  j  mais  si,  par  gouvernement,  M.  le  mar- 
quis entend  le  ministère,  il  est  tout  simple  qu'un  ministère 
qui  n'a  été  formé  que  contre  ceux  qui  croyoient  nécessaire 
de  réviser  la  loi  des  élections,  soit  unanime  pour  re- 
pousser totat  chanfiement.  C'est  là  en  effet  l'unique  mérito 
de  ce  ministère,  sa  seule  utilité  auprès  de  ceux  qui  l'ont 
appelé  et  qui  le  soutiennent.  Dans  cette  position,  on  n'a  pas 
bonne  pràce  à  opposer  l'unanimité  de  six  ministres  à. 
l'unanimité  de  quatre-vingt-quatorze  Pairs.  Quand  on  peut 
se  choisir,  on  réussit  aisément  à  s'entendre.  11  m'arrive  dr 
trouver  l'unanimité  chez  moi  toutes  'es  fois  que  je  suis 
parvenu  à  congédier  ceux  qui  n'étoient  pas  de  mon  avis. 

M.  le  marquis  Dessole  a  cru  devoir  excuser  la  partia- 
lité des  ministres,  en  affirmant  que  nui  n'est  exclu  des 
fonctions  publiques  s'il  n'est  exclusif.  Le  jeu  dé  mots  est 
joli,  mais  ce  n'est  qu'un  jeu  de  mots,  à  moins  qu'on 
n'appelle  exclusifs  tous  ceux  qui ,  depuis  le  retour  des 
Bourbons ,  ont  exclu  les  gouvernemens  de  fait  en  faveur 
du  gouvernement  légitime.  Alors  tout  s'explique.  On  con- 
çoit,  dans  ce  sjstème,  pourquoi  les  juges  qui  ont  refusé 
le  serment  au  gouvernement  des  cent-jours  sont  exclus , 
tandis  que  ceux  qui ,  à  la  même  époque ,  ont  violé  le  ser- 
ment qu'ils  avoicnt  fait  au  Roi,  sont  admis.  On  conçoit 
pourquoi  il  a  fallu  amnistier  les  officiers  qiïi  avoient  suivi 
le  Roi  à  Gand.  Que  ne  conçoit-on  pas  dès  qu'il  est  de 
doctrine  publique  qu'il  faut  servir  tous  les  gouverne- 
mens,  n'en  préférer  aucun,  n'en  exclure  aucun  ?  Dire 
qu'on  n'écarte  des  fonctions  publiques  que  les  hommes 
qui  résistent  au  gouvernement  du  Roi  est  chose  incompré- 
hensible; car  les  juges  ne  peuvent  résister  qu'en  violant  la 
justice,  et  alors  on  les  mettroit  en  jugement  j  les  mili- 
taires ne  peuvent  résister  qu'en  refusant  d'obéir  aux  ordres 
du  Roi,  et,  sauf  le  20  mars,  il  n'y  en  a  pas  d'exemple. 
Nous  examinerons  quelque  jour  cette  proposition,  et 
nous  prouverons  qu'on  regarde  la  liberté  des  opinions 
comme  une  révolte ,  doctrine  iocompatible  avec  le  gou- 
remement  représentatif,  et  qui  produirolt  la  plus  étrange 


(  448  ') 

bassesse  soiis  un  minisière^ui  change  de   système  et  dt 
langage  avec  les  circonstances. 

M.  le  président  du  Conseil  des  ministres  a  forminé  en 
appuyant  sur  les  dangers  déjà  cclo5,  et  en  affirmant  que 
la  prise  en  consider<itioa  de  la  pro^)osilion  de  M.  de 
Barthélémy  en  feroit  colore  davantage  ;  qu'ainsi  il  étoit  de 
son  devoir  d'en  avertir  la  Chambre,  et  de  s^  opposer. 
Quatre-vingt-quatorze  Pairs,  formant  une  majorité  impo- 
sante, ont  repondu  en  prenant  la  proposition  en  considé- 
ration ;  elle  a  été  renvoyée  dans  les  bureaux,  et  sera  dis- 
cutée solennellement  et  constitutiotmellemeat. 

Les  habiles  ont  remarqué  que  M.  le  marquis  Desso'e 
avoit  commencé  par  rappeler  et  prendre  sur  son  compte 
un  discours  de  M.  le  comte  de  Gazes,  qui  avoit  dépla 
dans  la  séance  précédenle,  et  que  c'étoit  M.  de  Gazes  ,  qui 
cette  fois  avoit  adouci  les  expressions  de  iM.  Dessole.  Cela 
n'est  pas  maladroit  ;  et  M.  le  président  du  conseil  des  mi- 
nistres a  juaiihé  l'opinion  où  on  etoit  qu'il  n'entend  ri^n  aux 
petites  finesses.  Quant  à  1  agitation  qu'il  nous  a  annoncée, 
on  dit  qu'elle  est  très  grande  en  effet  chez  les  imprimeurs, 
qui  ne  peuvent  suffire  à  imprimer  les  brochures  pour  ou 
contre  ;  elle  est  aussi  très-grande  pour  les  journaux.  Le 
Journal  (lu  Commerce  a  été  suspendu  pour  avoir  mal  dit 
à  l'occasion  de  la  proposition  de  M.  de  Barthélémy  ;  le 
censeur  de  la  Gazette  de  t  lanr.e  a  été  congédié  pour  avoir 
trop  bien  réfuté  une  brochure  de  !NL  Benjamin  Constant 
contre  cette  proposition.  D'un  autre  côté,  M.  Lafitte  a 
fait  à  la  Chambre  des  Députés  la  propisition  de  supplier 
le  Roi  de  maintenir  la  loi  des  élections  telle  qu'elle  existe, 
c'est-à-dire  de  supplier  le  Roi  de  n'avoir  pas  de  volonté, 
et  de  renoncer  aux  prérogatives  que  la  société  lui  recon— 
noit  dans  l'intérêt  du  ttone  et  de  la  liberté.  Tout  cela  s'é- 
claircira  j  et  si  personne  n'a  peur,  si  on  marche  droit  contre 
les  fantômes,  celte  discussion  produira  un  grand  bien.  Ell« 
â  déjà  prouvé  que  l'opinion  publique  peut  se  faire  entendre 
sans  le  secours  d'aucun  ministre  ;  ce  qui  préparc  les  mi- 
nistres à  compter  enfin  l'opinion  publique  comme  un 
ressort  nécessaire  des  gouverncinens  constitutionnels. 

J.  F. 


Nos  Sousaipteui  s  rcmaj'qiierojit  que  /'ahon- 
dame  des  mati  res  a  rendu  nécessaire  d' ajouter  à 
cette  Livraison  une  quatrième  feuille . 


Tome  IL 


Vingt-troisième  Livraison . 


|l^  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens.  ?b 


/ 


Mars  i8og. 


^ 


me  c/e    t/eenr-,    ^Ô  "  S. 


ON  SOUSCRIT  : 


'  A  Paris,  chez  Le  NoRMANT  fils,  Editeur,  rue  de  Seine,  n^Sj 
Et  chez  les  Libraires  des  Départemens ,  ci-dessous  désignés  : 


Abbeville,  cliez  Grare. 
Agen,  iSoubel. 
Alençon ,  Bonvoust. 
.  \  Fourrier-Manie. 

Angers,       \vay\e. 

Argentan  .  I^ccresne. 
Auxerre,  Fr.   Fournier. 
Avignon ,  Seguin  aine'. 
Bayeux,  Groult. 

„  S  Bonzom. 

Bayonne,    ]  ^^^^^^ 

T,  •         \  Porquier. 

ceauvais,     '.  r»     •     j- 

'     /  Desjardins. 

Besançon,  Girard. 

„     j  i  \<^  Reriçeret. 

Bordeaux,    J   Gassiotf 

n      .     i  LefournierelDespe'riers. 

'  )  Michel. 
Caen,  ÎNlancury  aine. 
Cambrai,  IJerlout. 
Chàlons-sur-Saôiie,  Dejussieu. 
Charleville  ,  Ch.  Raucourt. 
Chartres,  Hervé. 
Clermont  -  Ferrand  ,    Thibault- 

Landriot. 
Dijon.  Coquet. 
Douai,  Tarlier. 
Grenoble.  Durand. 
Laval,    Grandpré. 
Liile,  Vannckere. 
Limoges  .  Br.rbou-Desrourières. 
Lons-le-Saulnier,  Ballaud. 

Liebaux. 

Maire. 
Lyon,      <  Périsse  frères. 

Busjnd. 

Bohaire. 


Au  Mans, 
Marseille, 


j  Belon. 
)  Pesche. 
Camoin  frères. 
Masvert. 
Ch;iix. 
Metz,  chez  Devilly. 
Monlauban,  La  Forgue. 
T»i      .     ir         \  Sesruin. 
Montpellier,  j  y-  Durville. 

Nanci,  Ve  Bontoux. 
»T     .         \  Busseuil  aîné. 
^^"*"-     \  Busseuil  jeune. 
Nimes .  Gaude  fils. 
IS  iort ,  ïM^e  E.  Orillat. 
Niines,  Mebiuiond. 
Orléans  .  INlonceau. 
Perpignan,  AIzinc. 
Poitiers,  Barbier. 
Quimper,  Chapalain. 

/  M"=  Blotiet. 
Bennes.  <   jM">'=  v^  Front. 

{  M>'«  Vatar. 
La  Rochelle,  Pavle. 
Rodez,  Carrère. 
T,  \  Frère  aîné. 

Rouen,    jR^n3^,it. 

Saumur,  Degotiy  aîné. 

,  )   I.evrault. 

Strasbourg,  Jp^^.^;^^ 

Sainl-Brleuc ,  Priidhomme. 

ÎSenac. 
Prunel. 
Manavil. 
Fr,  Vieusseux. 
Tours,  Marne. 
Valence.  ]Marc-Aurel. 
Versailles,  Ani;e'. 
VlUeneuve-sur-Lot,  Crosilhes. 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers 


Berlin  .  Sclilesinger. 
Bruxelles    I.echarlier. 
Gand ,  Houdin. 
Genève,  Paschoud. 
Bruxelles,  Horgnics  Renier. 


Mons  ,  Leroux. 
I>ondres  .  Dulaa  et  Comp. 
Napies,  Borel. 
Turin ,  Bocca. 


Extrait  du  Catalogue  de  Le  NormANT. 

Manuel  du  Gulte  catholique ,  ou  Histoire  des  Mjst-'ves  et  Cérémonies 
de  C Eglise  cljvélieniié ,  depuis  V établissement  de  son  ciUie  jusqu'à  nos 
jours;  lonîenant  l'explication  hisloricjiie  et  de'taillee  des  fêles,  rcré— 
moiiies  et  prières  de  ITiglise  cbrétieniie;  i'ori;TJne  et  les  causes  de  leisi' 
inslilution  et  création;  l'e'tymologie  des  mots  ou  noms  rju'on  leur  a 
donnes;  la  signification  des  vases,  ornemens,  lieux  et  autres  objets 
<|ui  servent  à  la  célébration  du  culte  divin;  ninsl  que  la  distinction  des 
dignités  et  fi)nctions  des  ministres  de  la  reli-iion  chrétienne.  Nouvelle 
édition,  entièrement  refondue  et  considérablement  augmentée,  publiée 
par  N.  L.  Pissot.  Avec  cette  épif;raphe  :  «  Il  ne  suffit  pas  de  prier  Dieu  , 
»  i!  faut  .savoir  encore  comment  on  le  prie.  »  Prix  :  2  fr.  5o  c.  ,  et  3  Ir, 
par  la  poste. 

Les  Veilles  de  Saint-yfugustin,  éi'éque  d' Ifjypone .  ou'\Tage  traduit  de 
l'italien.  Nouve'ie  édition  fi'ançaisc ,  con.,ic]éiablement  augmentée.  Par 
IVl.  l'abbé  Henri  Gazzera  ,  docteur  en  tliéologie  ,  memlire  de  plusieurs 
académies.  Dédié  à  S.  A.  I\.  jMadaME  .  Durhc.«se  d'Angouléme, 
Un  vol.  in-8°  Avec  cette  épigraphe  :  «  Il  faut  des  torrens  de  sang 
»  pour  effacer  les  fautes  aux  yeux  des  hommes  :  une  seule  larme  suffit  à 
Dieu.  »   Chateaubriand,  Aiala.  Prix  :  6  fr.  ,  et  7  fr.  25  c.  par  la  poste. 

Œin'vcs  de  J  irgile ,  traduites  en  français,  avec  des  remarques;  par 
René  Binet  Troisième  édition.  Quatre  vol.  in-13.  Prix  :  lafr. ,  et 
i5  fr.  par  la  poste. 

Cours  de  Thèmes  Grecs,  précédé  d'une  Grammaire  Grecque  ;par  Jos. 
Planche,  professeur  de  rhétorique  au  collège  roval  de  Bouc  bon,  et  par 
L.  A.  Vemlel-Heyl ,  professeur  agrégé  au  collège  royal  de  Charle— 
magne.  Un  vol.  iu-8°.  Prix  :  2  fr.  ,  et  2  fr.  25  c.  cartonné. 

Leçons  Jatines  de  Liltèrature  et  de  Morale ,  ou  Recueil,  en  prose  et 
en  vers,  des  plus  beaux  JMorceaux  des  iLutcurs  latins  anciens;  avec  des 
modèles  d'exercices  par  (>icéron  ,  Quintilien  ,  y\ulii-Gelle  .  Ilcllin,  elc.  ; 
à  l'usage  de  tous  lesétablissemens  d'instruction  ,  publics  et  particuliers, 
pour  les  classes  de  troisième,  seconde  et  rîiétorique,  des  élèves  des 
irioles  militaires  et  spéciales,  des  étudians  en  droit,  en  médecine  ,  et 
cu  «général  de  tous  ceux  qui  auroient  besoin  de  réparer  des  études 
négligées,  ou  de  s'entretenir  dans  la  connoissance  de  la  langue  latine. 
Par  \1.  Noël ,  chevalier  de  ia  Légion-d' Honneur,  inspecteur-général  de 
rUniversilé  royale  de  I'"rance  ,  et  M.  de  La  Place,  professeur  d'élo— 
rjj^nce  iatife  à  la  Faculté  des  Lettres  de  l'Académie  de  Paris.  Nouvelle 
.uiiion,  corrigée  et  augmentée.  Deux  vol.  in-8°.  Prix  :  10  fr.,  et 
12  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

JLe  Génie  de  la  Résolution  ,  considéré  dans  V Education  ,  ou  Mémoires 
pour  servira  l'Histoire  de  l'instruction  publitiue,  depuis  178g  jusqu'à 
nos  jours,  contenant  l'exposé  des  efforts  de  la  philosophie  dii  18'^  siècle 
pour  anéantir  le  christianisme.  Trois  vol.  in-8'^ ,  dont  uu  vol.  de  pièces 
justificatives.  Prix  :   18  fr. ,  et  22  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

Ephémérides  Politiques,  Littéraires  et  Religieuses ,  présentant,  pour 
chacun  des  jours  de  l'année,  un  tableau  des  événemens  remarquables 
qui  datent  de  ce  même  jour  dans  l'histoire  d<^  tous  les  siècles  et  de  tnus 
les  pays,  |ii.sfjii'au  i^^f  janvier  1812.  Troisième  édition, 'revue ,  corrigée 
et  coiisidérabloment  augmentée.  Avec  cette  épigraphe  :  «  Ex  quo  sit 
»  facjo  quœque  notata  dies.  »  OviD.  Fast.  Douze  vol.  in-S".  Prix  :  48  fr., 
et  60  tr.  par  la  poste. 

Histoire  de  la  Campagne  de  i8i5,  ou  Histoire  politique  et  militaire 
de  1  invasion  de  la  France,  de  l'entreprise  de  Buonaparte  au  mois  de 
mars,  de  !a  chute  totale  de  sa  puissance,  et  de  la  double  restauration 
du  trône,  jusqu'à  la  seconde  pai^  de  Paris,  inclusivement;  rédigée  sur 
des  matériaux  authentiques  ou  inédits  :  par  M.  A.  de  Beauchamp.  Deux 
forts  volumes  in-8'^.  Prix  :  i3  fr.  5o  c. ,  et  18  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

La  première  partie  de  cet  ouvrage,  comprenant  l'Histoire  de  la 
Campagne  de  i8i4,  dont  la  seconde  édition  a  été  publiée  il  y  a  environ 
trois  ans,  ferme  aussi  deux  forts  vol.  iu-8°.  Prix  :  i3  fr  5o  c. ,  et  18  fr. 
5o  c.  par  la  poste.  —  Les  deux  ouvrages  se  vendent  ensemble  ou  sépa- 
rément. 


//oar   a?ij    anùz^    on    naa/rc    ^•o/u/nej,   co?7f/iodcj    c/uiczi?t 
!    ae  ^J  /cvrafJo?iJ^    ric/c   //arai/ro?iâ  a   aeu   eAoaaeJ  ùftae- 

\ 


y'z/.c 


c/e  /  ôu?^oÂe. 

1    -/.^^  A  /tour  er?i  vaCcM?te. 

^e/i?'^ ae  Joaàcf'//i/io/i  ejé ae     |     ^7 /■  jj    a(^^^      ''''^ 

at 


oo  /.  jj   f^aa/re    la. 


^:l.cj  aetnanc/cj    eâ  enroej    re/a/f/j    a    ceé   ac^jo  ^•'  '      J 
aowenâ   e)/v^    adre/jej^  /cane  ae  //o7'/,    au    ^areaU'    aa 
(ûOPUe^rva/eurj    ^'ae  ae    tj/ei/iej    ty&  °  S. 


ùry?7iA 


Uffî/itifie 


rté   S^e   ^^or??ta7îé. 


VVVVVVVVV  A/VVVVVVVVVVwVVVVVWVVVVVVVWvVVVVVvVVVVVwVVVVVVVVvVVVVVVVVVVV  WVWVVWVVN) 


LE  CONSERVATEUR. 


DES  ANTILLES. 

L'évacuation  du  territoire  par  les  troupes  alliées 
laisse  à  la  France  le  libre  exercice  de  ses  moyens  : 
rien  ne  s'oppose  donc  plus  au  développement  des 
ressources  qu'elle  possède,  et  rien  ne  peut  en  re- 
tarder l'application  aux  difFérens  canaux  de  la 
prospérité  publique  qui  les  réclament. 

Si  une  barrière  impénétrable  ne  doit  pas  éter- 
nellement sépai'er  le  passe  de  l'avenir,  si  l'histoire 
conserve  encore  à  nos  yeux  quelque  autorité,  elle 
sera  consultée  5  et  le  ministère ,  en  apprenant  ce 
qu'on  entendoit  autrefois  par  système  colonial, 
ce  qu'étoient  nos  possessions  des  Antilles,  et  quâls 
avantages  la  France  avoit  su  en  retirer,  com- 
prendra qu'il  n'est  pas  de  question  d'économie 
politique  qui  mérite  d  être  .autant  approfondie 
que  celle  relative  à  Saint-Domingue,  et  sur 
laquelle  il  soit  plus  urgent  de  prendre  une  déter- 
mination vigoureu'îe  et  décisive  :  il  sentira  ,  enfin  , 
que  l'existence  commerciale  et  maritime  de  la 
France  en  dépend.  Au  reste  ,  quelle  que  soit  cette 
détermination  ,  elle  sei-a  préférable  à  cet  état  d'in- 
certitude et  d'immobilité  qui  présageroit  l'aban- 
don de  nos  colonies  ou  exposeroit  l'administra- 
tion au  reproche  d'impuissance  ou  d'incapacité. 

La  situation  malheureuse  etprécaire  des  Antilles 
est  connue  de  ceux  qui  ne  sont  pas  entièrement 
étrangers  aux  affaires  coloniales.  Toussaventqu'un. 
sort  pareil  à  celui  de  Saint-Domingue  attend  les 
autres  îles ,  si  l'Europe  repousse  plus  long-temps 
Tome  II .  —  a3«  Liyh.aisow.  29 


(  45o  ) 
les  vœux  qu'elles  lui  adressent  ^  et  refuse  l'assis-' 
tance  dont  elles  ont  un  si  pressant  besoin. 

Mais  supposons  qu'à  l'aide  de  quelques  demi- 
mesures  on  parvienne  à  relarder  le  moment  de  la 
crise,  les  justes  craintes  qu'elle  inspire  ,  en  ébran- 
lant la  stabilité  indispensable  aux  élablissemens 
coloniaux,  snffiroient  seules  pour  rendre  impos- 
sible la  durée  de  l'état  actuel  des  clioses. 

Cette  caus^  a  déjà  influé  sur  la  valeur  des  pro- 
priétés foncières  de  la  Martinique  et  de  la  Guade- 
loupe ,  dont  la  dépréciation  est  telle  ,  qu'on  ne 
trouve  plus  à  les  vendre  ,  et  que  bientôt  on  sera 
forcé  de  les  abandonner  j  car  le  temps  n'est  pas 
éloigné  où  les  possesseurs  de  ces  biens,  justement 
épouvantés  du  plus  sinistre  avenir,  regarderont 
comme  perdues  les  avances  que  leur  entretien 
exige. 

Les  îles  françaises  ne  sont  pas  seules  exposées 
à  cet  éminent  danger;  il  menace  également  les 
Antilles  anglaises  et  espagnoles.  Si  c'est  à  ce  ré- 
sultat que  les  métropoles  veuleut  arriver,  elles 
n'ont  pas  beaucoup  à  faire  pour  y  parvenir  ;  mais 
au  moins  faudroit-il  l'avouer,  on  sauveroit  la  vie 
à  des  milliers  d'individus  qui  seront  pris  au  dé- 
pourvu. Si  au  contraire  l'Angleterre  attache  , 
comme  il  est  raisonnable  de  le  croire ,  quelque 
importance  à  l'un  des  débouchés  les  plus  avan- 
tageux pour  son  commerce  ,  et  quelque  prix  à  des 
productions  qui  l'enrichissent  ;  si  l'Espagne  ,  at- 
taquée dans  ses  possessions  continentales,  com- 
prend que  les  îles  de  Cuba  et  Porto-Ricco  peuvent 
la  dédommager  de  ses  pertes  ;  si  la  France  veut 
conserver  là  Martinique  et  la  Guadeloupe  ,  rëta- 
blir  sa  marine  et  i-endre  à  son  commerce  maritime 
son  ancienne  splendeur,  il  est  indispensable  et 
urgent  qu'on  s'occupe  de  Saint-Do-mingue  :  c'est 
le  préalable  à  toutes  les  dispositions  et  à  toutes 


(  450  ^ 

les  mesures  que  cesrîclies  élablissemênssoIliGitent, 
ati  nom  de  la  justice  et  de  l'humanité. 

Lorsqu'à  l'aide  des  connoissances  locales  et  pi'a- 
tiques  ,  on  est  parvenu  à  distins^uer  les  ele'mens 
diuérens  qui  constituent  les  possessions  continen- 
tales et  insulaires  de  l'Amérique,  on  comprend  fort 
bien  alors  pourquoi  l'indépendance  du  Mexique 
et  du  Pérou  n'auroit  pas  pour  l'Europe  des  con- 
séquences aussi  graves  que  la  consolidation  d'un 
gouvernement  noir  à  Saint-Domingue  j  car,  quelle 
que  soit  la  fin  de  la  lutte  actuelle  entre  l'Espagne 
et  ses  colonies  du  continent,  il  est  clair  que  si  elles 
obtenoient  leur  émancipation,  elles  auroient  uu 
intérêt  puissant  à  rétablir  leur  communication 
avec  l'Europe  :  elles  en  cojiserveroient  les  mœurs, 
le  langage  et  les  lois  5  auK  rapports  créés  par  le  sys- 
tème prohibitif,  succéderoient  des  relations  nou- 
velles, fondées  sur  la  réciprocité  des  besoins  et  des 
échanges  ;  les  maux  inséparables  des  révolutions 
auroient  un  tei'me  ,  la  paix  et  le  travail  les  feroient 
oublier  en  les  réparant.  Le  bouleversement  des 
Antilles  présente-t-il le  même  avantage?  Promet- 
il  un  pareil  avenir?  Peut-on  croire  au  progrès  des 
lumières,  et  compter  sur  l'influence  de  la  civilisa- 
tion dans  ces  îles,  quand,  malgré  les  exemples  of- 
ferts et  les  matériaux  laissés  jiar  les  Blancs  à  Saint- 
Domingue,  vingt  ans  ont  suffi  pour  en  faire  perdre 
le  souvenir,  pour  en  elfacer  toutes  les  traces? 

La  restauration  de  Saint-Domingue  a  été  l'objet 
de  plusieurs  ouvrages  impriinés  ;  différens  projets 
ont  été  en  outre  soumis  au  gouvernement  :  mais 
si ,  pour  traiter  une  matière  de  cette  importance  , 
le  zèle,  la  pureté  des  intentions,  et  ce  qu'on  nomme 
esprit,  ne  suffisent  pas  ,  l'ignorance  qui  ne  peut 
rien  prévoir,  etla  vanité  qui  ne  veutrien  apprendre, 
y  sont  bien  moins  propres  encore. 

A  la  vérité ,  nos  faiseurs  de  systèmes  n'y  regar- 
dent pas  de  si  près.  Ils  sont  si  riches  en  bonne  opi- 

20. 


(  452  ) 
nîon  d'eux-mêmes ,  que  le  silence  de  leurs  adver- 
saires a  toujours  été  pris  par  eux  pour  un  signe 
d'approbation.  Tirons-les  de  cette  erreur,  et  rappe- 
lons que  l  on  leint  de  ne  pas  entendre  ,  et  ce  que  par 
cela  même  on  ne  sauroit  trop  répéter,  qu'il  est  des 
contrées  forcées  d'être  ce  qu'elles  sont,  oude  n'être 
rien  du  tout,  et  pour  lesquelles  changement  et 
desti'uction  sont  des  mots  synonymes.  Telles  sont 
les  Antilles  ,  dont  l'existence  n'est  possible  qu'avec 
l'organisation  c{ui  leur  est  particulière  :  Saint-Do- 
mingue a  péri  aussitôt  que  l'esprit  novateur  a  osé 
y  porter  atteinte. 

Le  droit  des  gens  sera  toujours  inutilement  in- 
voqué à  Saint-Domingue  ,  parce  qu'aux  yeux  des 
hommes  qui  en  sont  aujourd'hui  les  raaîtres  ,  ce 
résultat  de  la  civilisation  européenne  est  un  être 
de  raison  qu'ils  ne  conçoivent  pas.  Si  la  différence 
qu'offre  à  l'observateur  la  constitution  physique 
des  iN  ègres ,  est  insuffisante  pour  expliquer  ce  phé- 
nomène moral,  à  quelle  cause  faudra-t-il  l'attri- 
buer? Qu'on  me  dise  pourquoi  ,  du  moment  où 
l'Europe  a  été  forcée  de  fuir  le  sol  dévasté  de 
Saint-Domingue,  les  iS  ègres  s'y  sont  montrés  tels 
qu'ils  sont  en  Afrique  ,  des  êtres  rebelles  à  tout 
pi'incipe  de  morale,  de  justice  et  delibertéj  et 
pourquoi  les  nations  sont  obligées  de  renoncer 
envers  eux  aux  engagemens  qui  reposent  sur  la 
foi  publique?  Au  reste,  quelle  que  soit  à  cet  égai'd 
l'autorité  de  la  raison  et  de  l'expérience,  il  est  trop 
vrai  qu'elle  ne  peut  rien  sur  des  hommes  que  l'es- 
prit de  parti  égare,  pour  qui  l'honneur  du  triomphe 
est  tout  et  ne  sauroit  être  trop  chèrement  acheté. 
Qui  ne  se  rappelle  ces  anathèmes  si  souvent  lancés 
à  la  tribune  :  Périssent  les  colonies  ,  plutôt  que 
l'un  de  nos  principes  1  Périsse  la  France,  plutôt  que 
d'êlrc  hcurejse  et  tranquille  sous  un  roi  légitime  ? 
Eiibien!  Saint-Domingue  a  péri,  etle  même  gouffre 
a  englouti  notre  marine  et  notre  commerce.  Deux 


(  453  ) 
fois  la  France  a  été  envahie  ;  et ,  au  lieu  de  vendre 
à  la  Providence  des  actions  de  grâces  pour  avoir 
sauvé  le  vaisseau  de  l'Elat  battu  par  tant  d^orages, 
à  peine  est-il  rendu  au  port  que  ,  nouveaux  Ajax, 
nous  accusons  le  citi  d  impuissance  et  provoquons 
son  courroux  par  nos  Llasphéines  et  nos  impre'ca- 
tions.  Dût  l'Europe  redevenir  un  nouveau  LÎiamp 
de  carnage,  la  révolution  ne  doit  point  s'arrêter. 
Tels  sont  les  vœux  et  l'espoir  de  la  secte.  Loin 
de  s'en  défendre ,  elle  s'en  glorifie  ,  et  reproduit 
avec  la  même  impudence  ,  et  il  faut  le  dire  ,  avec 
le  même  succès,  cette  foule  de  lieux  communs, 
de  déclamations  mensongères,  de  niaiseries  sen- 
timentales ,  qui ,  malgré  leur  prostitution  ,  poussée 
jusqu^au  dégoût  et  au  ridicule,  conservent  encore 
quelque  influence ,  tant  est  grave  et  profonde  l'at- 
teinte que  l'orgueil  philosophique  et  le  langage 
révolutionnaire  ont  portée  au  corps  social. 

J'entends  dire  partout  que  puisqu'il  est  impos- 
sible d'empêcher  que  ce  qui  est  fait  ne  soit  fait,  la 
France  doit  remplacer  l'ancien  système  colonial 
par  un  régime  plus  conforme  aux  mœurs  et  aux 
idées  du  temps  présent,  et  siJjstituer  à  la  souve- 
raineté de  Saint-Domingue  un  traité  commercial 
qui  la  dédommage  de  cette  perte. 

On  ne  fera  à  ce  projet  qu'une  objection,  c'est 
d'être  inexécutable  ,  et  je  ne  sais  pas  même  s'il 
faut  s'en  affliger.  Tel  est  le  sort  de  tous  les  plans 
dont  les  auteurs  n'ont  aperçu  ni  même  soupçonné 
les  conditions,  qui  seules  peuvent  les  rendre  pos- 
sibles et  praticables  I  Je  conçois  très-bien  qu'on 
puisse  renoncer  à  un  ordre  de  choses  dont  les  ré- 
sultats ,  quelque  profitables  qu'ils  soient ,  sont  re- 
pousses par  l'opinion  publique  5  mais  il  faut  alors 
renoncer  aux  avantages  qu'il  procure.  Tant  qu'on 
ne  sera  pas  franchement  résolu  d  en  faire  le  sacri- 
fice, tant  qu'on  voudra  les  recouvrer  après  les  avoir 
perdus  ^  il  faudra  respecter  les  causes  dont  ils  dé- 


(  454  ) 

rivent.  Qui  veut  la  fin  doit  vouloir  les  moyens. 
Que  penseroit-on  d'un  homme  qui ,  après  avoir 
séparé  le  tronc  d'un  arLre  de  ses  racines,  s'éton- 
iieroit  de  ne  plus  lui  voir  porter  du  Iruit? 

D'ailleurs,  pour  faire  un  traité,  il  faut  être 
deux  •  etn'esl-il  pas  assez  démontré  que  lesiNègres 
ne  consentiront  jamaisà  ce  qu'on  remette  en  ques- 
tion leur  indépendance  ?  Cette  question  n'a-t-elle 
pas  été,  selon  eux,  jugée  parla  force?lieste-t-il  àla 
France,  pour  le  maintien  de  ses  droits,  d'autre 
moyen  à  employer  que  celui  dont  ils  se  sont  servis 
contre  elle?  ]N 'ont-ils  pas  déjà,  à  cet  égard,  re- 
poussé toutes  les  propositions  et  rejeté  toutes  les^ 
offres?  Les  bruits  qu'on  répand  sur  leurs  bonnes 
dispositions  peuvent  bien  être  accueillis  par  les 
mailieureux  colons  auxquels  on  a  tout  ravi,  excepté 
l'espérance  ,  mais  ne  mériteait  aucun  crédit.  Ad- 
mettons néanmoins,  ce  que  je  suis  loin  de  croire, 
que  les  Nègres  attachent  quelque  prix  à  un  acte 
de  la  métropole ,  qui ,  stipulant  pour  la  France  un 
privilège  commercial  ,  proclameroit  en  même 
temps  l'émancipation  des  esclaves  et  légitimeroit 
leur  usurpation.  Qui  ne  voit  qu'élevés,  par  cet 
acte^  au  rang  des  puissances  indépendantes,  l'in- 
térêt deviendroit  dès  lors  leur  unique  guide  5  et  la 
suppression  de  tout  contrôle,  raffranchissement  de 
toute  obligation,  le  premier  de  leurs  intérêts  .'  Ils 
déferoient  donc  le  lendemain  ce  qu'ils  auroient 
fait  la  veîTîe ,  sans  qu'on  eût  le  droit  de  se  plaindre 
et  la  faculté  de  l'empêcher.  Qui  peut  le  plus  veut 
rarement  le  moins  5  il  ne  faut  pas  attendre  des 
jNègres  une  exception  à  cette  règle  générale. 

Il  reste  donc  à  opter  enti*ela  soumission  et  l'in- 
dépendance. L'organisation  des  Antilles  exige  que 
la  souveraineté  soit  indivise  ;  elle  doit  appartenir 
à  l'Europe,  résider  dans  les  mains  des  Blancs,  ou 
il  faut  qu'elle  tombe  tout  entière  dans  celles  d'une 
race  naturellement  ennemie  de  la  race  blanche. 


(  455  ) 
et  dont  la  haine  et  la  vengeance  ,  excitées  pai*  la 
diiFérence  des  couleurs,  ne  seront  satisfaites  que 
par  l'exter^inination  de  tout  ce  qui  n'est  pas  noir- 
Avec  de  tels  êtres  tout  traite  de  paix  est  une  chi- 
mère ,  et  l'état  de  guerre  (i)  une  nécessité.  Ainsi 
les  projets  formés  pour  conserver,  à  l'aide  d'un 
arrangement,  quel([ue  inlluence  ou  obtenir  quel- 
que privilège  à  Saint-Domingue  ,  s'ils  n'ont  pas 
pour  base  les  conditions  indispensables  aux  éta- 
blissemens  coloniaux  des  Antilles,  sont  ou  des 
rêves  de  l'ignorance,  ou  des  pièges  tendus  à  la 
crédulité'  par  la  mauvaise  foi. 

Il  n'est  dojic  pour  Saint-Domingue  que  deux 
manières  d'être  ;  le  gouvernement  africain  avec 
les  conséquences  qui,  inhérentes  à  la  race  noire, 
le  rendront  le  liéau  de  toutes  les  nations ,  ou  l'éta- 
Jîlissement  d'un  ordre  de  choses  assez  fort  pour 
protéger  les  Blancs  ci  forcer  lesjN'ègres  au  travail. 
Il  importeroit  peu  aux  colons  que  cet  ordre  de 
choses  eût  ou  n'eût  paspour  base  l'esclavage:  quelles 
que  soient  à  cet  égard  les  calomnies  répandues 
et  les  préventions  élevées  contre  eux  en  Europe  , 
ils  ne  sont  ni  assez  sots  ni  assez  fous  pour  sacrifier 
à  de  vains  mots  leur  fortune  et  leur  existence.  Ce 
qu'ils  demandent ,  ce  qu'ils  ont  droit  d'obtenir , 
ce  qu'enfin  toute  socie'té  doit  aux  membres  dont 
elle  se  compose  ,  c'est  la  sûreté  des  personnes  et  la 
conservation  des  propriétés.  Or,  si  d'une  part  les 
Nègres  sont  abt^olumtnt  libres,  ils  ne  travailleront 
point ,  quelque  chose  qu'on  fasse  et  de  quelque 
manière  qu'on  s'y  prenne;  j'invoque  ici  le  témoi- 
gnage de  tous  ceux  qui  ont  observé  leui  s  mœurs  et 
leur  caractère  en  Afrique  et  aux  Antilles  ;^  etalor;. 
que  fera-t-on  d'une  terre  qu'il  seia  ,  faute  de  bras, 
impossible  de  cultiver?  Si,  de  l'autre,  leur  liberté 


(i)   Opinion  de  M.  Brougham.    Voyez  son  ouvrage  :  Atu 
înqiùry  into  the  Cilonial  Policf  ofthe  European  Fowers.^ 


(  45Q  ) 

n'est  que  conditionnelle,  il  faudra,  pour  protéger 
la  vie  des  Blancs,  que  l'organisation  nouvelle 
mette  à  leur  disposition  une  force  proportionuée 
aux  moyens  d'attaque  contre  lesquels  ils  seront 
sans  cesse  forcés  de  lutter INous  voilà  reve- 
nus dans  le  cercle  vicieux  d'oîi  l'on  ne  peut  sor- 
tir en  effet  que  par  rémancipaliou  absolue  des 
esclaves  et  la  proscription  des  Blancs,  ou  par  une 
constitution  qui ,  en  rétablissant  la  prééminence 
de  la  couleur  blanche  à  Saint-Domingue  ,  soit  en 
harmonie  avec  les  autres  Antilles. 

Il  faut  le  dire,  cette  émancipation  est  l'objet 
des  vœux ,  le  but  des  efforts  d'une  secte  qu'un 
faux  zèle  a  rendue  barbare  au  point  de  croire  que 
sa  prédilection  pour  les  jNoirs  l'absout  de  ses  at- 
tent  ts  envers  les  Blancs  5  mais  les  coryphées  de 
cette  secte ,  jadis  si  circonspects,  aujourd'hui  si 
audacieux,  ont-ils  bien  réfléchi  aux  suites  funestes 
du  bouleversement  qu'ils  provoquent  avec  autant 
de  témérité  que  d'imprévoyance?  Sont-ils  sûrs 
que  le  mal  se  bornera  à  l'île  de  Saint-Domingue? 
i.es  autres  Antilles  sont-elles  à  l'abri  de  tout  dan- 
ger? Ceux  qui  les  habitent  ont-ils  luoins  de  droit 
à  notre  sollicitude  que  les  ]\oirs  de  l'Afrique? 
Seroit-ce  parce  qu'ils  sont  de  tous  les  Français  les 
plus  laborieux  et  peut-être  les  plus  utiles  ,  qu'ils 
doivent  être  livrés  sans  défense  à  la  rage  de  leurs 
esclaves  révoltés?  Ce  n'est  pas  tout  encore.  Com- 
ment l'Europe  ne  s'aperçoit-elle  pas  que  le  sacri- 
fice des  richesses  dont  la  source  est  aux  Antilles  , 
que  la  fuite  ou  le  massacre  desBlancs ,  abandonnés 
par  elle  ,  ne  seront  pas  les  seuls  maux  auxquels 
elle  se  sera  exposée,  les  seuls  torts  dont  elle  aura  à 
rougir  par  l'établissement  d'un  gouvernement  noir 
à  Saint-Domingue  ? 

11  importe"  de  rappeler  ici  un  fait  sur  lequel  on 
ne  sauroit  trop  insister;  c'est  que  l'abolition  de 
l'esclavage  et  l'expropriation   forcée  des  Blancs 


(457  ) 
n'ont  pas  rendu  les  Nègres  plus  actifs  et  plus  in- 
dustrieux. Quelle  que  soit  la  complaisance  de  cer- 
tains voyageurs  ou  correspon flans,  dont  les  rela- 
tions fabriquées  en  Europe  -^nt  pour  Lut  de  cacher 
la  ve'rité,  on  sait  que  les  jNoirs  ne  satisfont  en 
partie  à  leurs  besoins  f[u'au\:  déjipns  de  leurs  voi- 
sins qu'ils  appellent  dans  leur  détresse,  et  qu'ils 
mutilent  ou  égorgent  après  les  avoir  volés.  Per- 
sister à  croire  ,  malgré  l'expérience  ,  qu'ils  renon- 
ceront à  leur  brigandage  pour  travaillf'r  et  échan- 
ger les  produits  de  leur  sol  et  de  leur  labeur,  c'est 
vouloir  que  du  désordre  et  de  l'anarchie,  du  pil- 
lage et  des  massacres  ,  de  l'inaptitude  de  l'esprit 
et  de  la  férocité  du  caractère  ,  naissent  le  goût  du 
travail,  l'habitude  et  l'exercice  des  arts  utiles; 
c'est  se  flatter  que  les  vices  d'un  peuple  corrompu 
et  naturellement  barbare ,  par  cela  seul  qu'ils 
cesseront  d'être  comprimés,  deviendront  des 
moyens  d'ordre  et  de  prospérité  ,  et  se  changeront 
en  instruraens  de  civilisation. 

Les  INègres  seront  donc  aux  Antilles  ce  qu'ils 
ont  été  de  tout  temps  en  Afrique  ,  et  ce  qu'ils  sout 

maintenant  à    Saint-Domingue Là    où   la 

loi  du  plus  fort  est  érigée  en  principe  et  légitime 
tout ,  il  est  absurde  de  compter  sur  le  droit  des 
gens  5  là  où  la  piraterie  est  une  profession  hono- 
rable ,  chaque  prise  fournit  les  moyens  d'en  faire 
d'autres.  Ainsi,  pour  savoir  ce  que  deviendra  un 
jour  le  commerce  de  l'Europe  et  de  l'Amérique  , 
si  l'indépendance  des  JNoirs  est  l'econnue  à  Saint- 
Domingue  ,  il  suffît  de  réfléchir  aux  avanies  qu^il 
éprouve  dans  la  Méditerranée. 

A  quoi  servent  les  traités  que  les  puissances  font 
de  temps  en  tenq^s  avec  les  gouvernemens  barba- 
resques?  Si  malgré  les  forces  dont  elles  disposent, 
si  malgré  les  progrès  qu'elles  ont  faits  dans  les  arts 
et  dans  les  sciences,  ces  mêmes  puissances  sont 
obligées  de  souffiir  que  quelques  renégats ,  le  re- 


(  4û"8  ) 
Lut  et  lécume  des  nations,  exercent  avec  impu- 
nité le  plus  odieux  brigandage  ,  que  deviendra , 
je  le  répète  ,  le  commerce  européen  avec  le  ÎSou- 
veau-^londe,  lorsque  toutes  les  Antilles,  au  lieu 
d'être  un  pont  de  communication  avec  le  conti- 
nent ,  changées  en  repaire  de  pirates ,  couvriront 
la  mer  Atlantique  de  leurs  corsaires?  Bloquera- 
t-on  alors  leurs  ports  par  des  escadres,  ou  achè- 
tera-t-on  leur  bienveillance  par  des  tributs?  Quel 
a  été  le  résultat  de  l'expédition  plus  brillante  qu'u- 
tile de  lord  Exmoutli?  J'en  fais  à  regret  la  re- 
marque 5  mais  il  n'est  que  trop  vrai  que  c'est  de 
cette  époque  que  date  l'apparition  du  pavillon  al- 
gérien dans  les  mers  du  ]Nord,  Les  présens  que  les 
Américains  font  à  Christophe  les  ont-ils  mis  à 
couvert  de  ses  violences  et  de  ses  rapines?  Et  mal- 
gré quinze  bâtimens  de  guerre,  composant  la  sta- 
tion de  la  Jamaïque,  l'Angleterre  n'a-t-elle  pas 
perdu ,  dans  une  année ,  trente  bâtimens  mar- 
chands capturés  par  les  révoltés  de  Saint-Do- 
mingue ,  et  dont  les  équipages  ont  été  en  partie 
massacrés  par  eux?  Les  exécutions  sanguinaires  de 
ce  même  Christophe,  l'administration  anarchique 
des  mulâtres  de  l'Ouest  sont-elles  faites  pour  dis- 
siper nos  craintes  et  nous  lassurer  sur  l'avenir? 

Maintenant,  je  le  demande  au  noiii  de  tous  les 
Blancs  qui  vivent  aux  ^Yntilles,  et  dont  l'existence 
est  déjà  si  fortement  compromise ,  se  contentera- 
t-on  de  demi-mesures?  Aura-t-ou  reeoiirs  à  de 
nouveaux  essais?  Pour  moi ,  je  suis  épouvanté  de 
cette  manie  d'innover,  qu  aucune  réflexion  ne  re- 
tient, qu'aucun  revers  ne  corrige.  Il  semble  pour- 
tant qu'elle  nous  coûte  assez  cher,  et  que  nous 
n'avons  rien  à  gagnera  nous  roidir  contre  les  ter- 
ribles leçons  de  rexpérience. 

S'il  est  doue  démontré  que  la  navigation  de  lu 
ÎNléditerrauée  nesera  sûre  et  tranquille  que  lorsque 
les  légenccs  barbajesques  seroat  détruites,   par 


(  459  ) 
quelle  fatalité  souffre-t-on  que  des  associations 
plus  daiif^ereuscs  encore  s'établissent  là  oii  elles 
n'ont  qu'un  commencement  d'existence ,  là  oii 
elles  seront  d'autant  plus  redoulabhs,  qu'à  raison 
du  nombre  et  de  l'éloignement ,  il  sera  plus  diffi- 
cile de  les  atteindre  et  de  les  punir  i' 

Je  n'ai  voulu  qu'indiquer  le  vice  principal  du 
système  que  je  vieus  de  signaler;  je  laisse  aux 
gens  plus  instruits  le  soin  d'en  peser  toutes  les 
conséquences;  mais,  avant  de  linir,  je  crois  de- 
voir soumettre  aux  l'éflcxions  de  ceux  qui  liront 
cet  article,  le  dilemme  suivant  : 

Est-il  plus  convenable  et  plus  juste  que  les  An- 
tilles deviennent  la  proie  des  Noirs  ,  et  c[ue  nos  pa- 
rens  et  nos  amis  soient  exposés  à  v  être  égorges 
conijud'ant  été  ceux  qui  ontpériàS.  Domingue  ^ 
ou  que  cette  île  soit  soumise  au  niénr.;  régime  que 
les  autres,  rentre  sous  les  lois  de  la  métropole,  et 
fasse  de  nouveau  partie  de  la  république  colo- 
niale? Sera-t-il  dit  que  trois  cent  xuiile  Africains 
ari'acheront  à  trente  millions  de  Fraudais  la  plus 
belle  et  la  plus  utile  de  leurs  possessions,  celle 
qui  fut  pour  eux  une  ruine  inépuisable  de  ri- 
chesses ,  à  laquelle  la  France  dut  l'accroissement 
et  la  splendeur  de  ses  villes  maritimes;  le  com- 
merce sa  prospérité,  et  l'industrie  ses  conquêtes; 
celle  enfin  qui,  ouvrant  à  l'activité  française  une 
carrière  immense  à  parcourir ,  peut  seule  Ja  dé- 
dommager de  ses  pertes  ,  et  réparer  une  partie  de.-. 
maux  que  la  révolution  a  causés  ? 

Tel  est  le  point  de  la  question  ;  telle  est  l'alter- 
native à  laquelle  la  France  est  réduite  :  le  Lemp:'i 
presse,  il  fuiit  choisir. 

Le  Comte  du  Bruges. 


(  4<3o  ) 

De  la  marche  Au  3Iini stère ,  et  de  la  Charte  dans 
ses  rapports  avec  la  Révolution  et  les  droits  d« 
la  Royauté. 

J'ai  voulu  rappeler,  flans  un  article  précédenl(i), 
coranaent  le  salut  de  la  France  pouAoit  être  dans 
la  Charte,  et  comment  de  fausses  mesures  pou- 
voient  n'en  faire  sortir  que  la  révolution.  Remon- 
tons aux  premiers  jours  de  la  restauration.  Qui  le 
diroitl  les  causes.de  nos  malheurs  s'enchaînent  à 
nos  plus  heureux  souvenirs  5  on  se  trompa  alors, 
et  c'est  la  même  erreur  qui  continue,  malgré  des 
leçons  sévères  qui  a  ttristerontles  tableaux  de  ITîis- 
toil'C  ,  sans  avoir  rien  anpris  aux  contemporains. 

Quand  le  Roi  légitime  eut  enfin  repris  le  sceptre 
de  ses  pères,  et  qu'après  avoir  pesé  nos  destinées 
dans  les  balances  de  sa  haute  sagesse,  il  eut  oc- 
troyé à  Res  peuples  une  Charte  qu'il  jugea  néces- 
saii'e,  cette  Cliarte  ne  fut  pas  comprise,  ou  plutôt 
ses  vertus  politiques  échappèrent  à  des  ministres 
dont  plusieurs  n'avoient  étudié  les  théories  de  la 
liberté  qu'au  milieu  de  ses  orages ,  et  qui ,  presque 
tous,  avoient  porté  le  bandeau  de  la  révolution, 
.sils  n'en  avoient  pas  porté  le  glaive.  Quelcpies  uns 
d'entre  eux,  tour  à  tour  usés  par  la  démagogie  et 
parle  despotisme,  apportoient  aux  affaires  del'ex- 
oérience  sans  lumières  et  «les  opinions  sans  prin- 
cipes. Car  c  est  le  propre  de  ces  derniers  temps  de 
n'avoir  pas  enfanté  un  seul  homme  d'Etat  sans 
indépendance,  je  ne  dirai  pas  de  sou  siècle,  mais 
de  ses  propres  antécédens.  Avec  moins  de  passion 
et  plus  de  talens ,  on  eût  senti,  en  i8i4>  qiie  la 
France  n'étoit  pas  sauvée  par  cela  seul  que  la 
Charte  avoit  été  donnée;  oue  ce  n'étoit  pas  un 


(i)  Voyez  la  iS*  Livroison  du  Conseri/ateur.] 


(  46i  ) 
simple  talisman  dont  la  puissance  magique  ren- 
verseroit  tous  les  obstacles,  cliarmeroit  toutes  les 
oppositions,  mais  une  belle  pt-nsée  de  la  sagesse 
royale,  qui,  mise  en  œuvre  par  la  politique,  de- 
venoitTun  de  ces  actes  fameux  qui  perpétuent  les 
dynasties  et  les  peuples.  Presque  toutes  les  conces- 
sions renfermées  dans  la  Charte  avoient  été  faîtes 
par  Louis  XVI  ;  mais,  pour  ne  le»  avoir  pas  faites 
du  haut  du  trône  de  Louis  Xl'v',  et  appuvé  sur  son 
sceptre,  ce  père  de  nos  libertés  nouvelles  s'étoit 
enseveli  dans  l'abîme  avec  ces  mêmes  libertés.  On 
devoit  donc  en  conclure  que,  pour  qvie  la  révo- 
lution s'adoucît  par  la  Charte,  il  falloit,  avant 
tout,  qu'elle  ne  la  regardât  pas  comme  une  con- 
cession faite  à  sa  force  ;  que  ,  si  des  passions  crimi- 
nelles venoient  à  s'attribuer  ce  qui  n'étoit  donné 
qu'à  des  besoins  nouveaux 5  que,  si  la  x'évolution 
ne  s'humiiioit  devant  la  main  royale  qui  avoit 
donné  la  Charte,  elle  marcheroit  en  avant,  parce 
que  les  triomphes  n'invitent  ni  à  la  modéi'ation, 
ni  auNç  remords. 

L'aveuglement  des  ministres,  à  cette  époque, 
fut  inconcevable,  car  la  royauté  ne  s'étoit  pas 
manqué  à  elle-même  5  la  même  main  qui  avoit  ga- 
i-anti  les  intérêts  matériels  de  la  révolution  avoit 
mis  à  couvert,  sinon  tous  les  droits,  du  moins 
l'honneur  de  la  couronne  ;  le  Pioi  de  France  n'avoit 
point  appelé  sa  rentrée  dans  Paris  son  avènement 
au  trône  j  il  étoit  venu  ,  plein  de  calme  et  de  gran- 
deur, continuer  dans  ses  Etats  un  règne  commencé 
depuis  vingt-cinq  ans  sur  la  terre  de  l'exil. 

Cette  noble  attitude  da  prince  contenoit  de 
grandes  levons  pour  ses  ministres  j  la  révolution 
ne  tai'da  pas  à  leur  en  donner  d'autres  dans  l'in- 
gratitude avec  laquelle  elle  reçut  tant  de  bien- 
faits. Loin  d'être  apaisée  parla  Charte,  elle  s'in- 
digna d'abord  que  le  Roi  l'eût  donnée  au  lieu  de 
la  subir  lui-même  ;  elle  prétendit  qu'il  lui  falloît 


(  4Gp^  ) 

rrnicv  le  sarg  de  tous  les  Rois  qui  conloit  clnn* 
ses  veines  ,  et.  Roi  nouveau  d'une  nation  nouvelle  y 
revêtir  le  glorieux  écusson  rie  France  fies  couleurs 
de  la  rt  ])e]iion.  Ainsi ,  la  révolution  ,  se  trahissant 
elle-même,  épargnoit  au  pouvoir  le  soin  de  la 
deviner  j  elle  i'avertissoitde  cette  éternelle  vérité, 
que,  plus  on  introduit  de  démocratie  dans  un 
£tat,  plus  il  faut  en  même  temps  donner  de  res- 
sort et  d'action  à  son  gouvernement;  qu'enfin  il 
faut  plus  de  iorce  à  la  royauté  pour  abandonner 
impunément  ses  droits  que  pour  envahir  ceux  du 
peuple ,  parce  que ,  dans  le  premier  cas ,  la  royauté 
est  dans  une  marche  ascendante,  et  que,  dans 
l'autre,  elle  paroît  décliner.  Montesquieu,  dans 
un  ouvra fje  de  sa  jeunesse,  n'avoit  considéré  les 
gouvernemcns  mixtes  qu(î  comme  un  traite  de 
paix  temporaire  entre  les  Rois  et  le  peuple,  à  la 
suite  duquel  l'équilibre  finit;  toujours  par  pencher 
d'un  côté  ou  de  l'autre.  Les  ministres  d'alors  dé- 
sespérèrent-ils aussi  du  gouvernement  représen- 
tatif? Je  ne  sair, ,  mais  ils  furent  nuls,  et  la  révo- 
lution marcha  ;  elle  appela  à  son  aide  un  usurpa- 
tour  qui ,  Lien  que  sorti  de  son  sein,  avoit  fini 
parlai  mettre  le  pied  sur  le  cou.  Cet  usurpateur 
accourut  porté  tout  à  la  fois  par  des  patriotes  et 
des  prétoriens  :  le  Roi  légitime  se  retira,  et,  chose 
à  jamais  déplorable  dans  cette  France  oii  tout  le 
inonde  pleuroit  alors  ,  il  nous  fut  à  peine  donné  de 
corriger  tant  d'inforlune  par  un  peu  de  gloire 5  la 
royauté  fut  livrée  pieds  et  poings  liés.  Le  despo- 
tisme épousa  l'anarchie  ;  les  piques  émoussées  de 
q3,  entrelacées  un  moment  aux  faisceaux  d'armes 
de  l'empire,  furent  les  trophées  de  cette  mons- 
trueuse alliance,  et  il  fallut  que  l'Europe  tout 
entière  se  levât  comme  un  soldat  pour  arrêter  ce 
torrent  prêt  à  déborder  de  nouveau. 

L'Europe  fut  victorieuse,  ou  plutôt  la  société 
générale  ,  armée  pour  son  repos  .  triompha  d'une 


(  4G3  ) 
partie  d'elle-même  qui  vouloit  îa  troubler.  Dan'î 
cette  crise  terrible,  la  France  perdit  du  sang  et 
des  trésors  ;  mais  elle  recouvra  son  Roi ,  et  avec  lui 
sonavenirj  TEurope,  si  prompte,  si  unanime  à 
se  mettre  en  garde  contre  la  révolution  ,  rappeloit 
La  France  autant  à  ses  intérêts  qu'à  ses  devoirs. 
La  politique  étoit  alors   sans  illusions  ;   tous  les 
abîmes  se  montroient  à  découvert 5  dans  ces  mo- 
mens  décisifs  ,  les  Rois  tiennent  dans  leurs  mains 
la  conscience  des  peuples,  et  les  notions  du  bien 
et  du  mal  s'établissent  à  jamais  par  le  châtiment 
ou  la   récompense,  par  la  honte  ou  l'honneur. 
Vainement  la  révolution,   se  repliant  sous  cent 
formes  difFérentes ,  essaya-t-elle  d'abord  d'arrêter 
le  Roi  légitime  aux  portes  de  sa  capitale ,  et  fit- 
elle  monter  ensuite  sur  son  char  de  triomphe  un 
meurtrier  de  Louis  XVL  La  France  indignée  ré- 
pondit à  cette  nouvelle  tentative  par  des  députés 
dignes  d'elle;  ils  vinrent,  et  la  révolution  fut  re- 
poussée ;    on   entendit   enfin  parler  d'ordre,    de 
paix,  de  justice,  de  religion  ;  on  fit  plus  :  on  seu 
occupa.  Bientôt  cette  première  effervescence  des 
passions  soulevées  tomba  d'elle-même  ;   cette  lie 
impure  de  la  société  qui,   dans  les  oi'ages  poli- 
tiques ,  se  montre  seule  à  sa  surface  ,  s'enfonça  de 
nouveau  ,  et  l'Europe  crut  alors  à  la  France  mo- 
narchique. Mais  il  falloit  se  hâter  d'assurer   les 
fruits   d'une    expérience    si  chèrement   achetée  ; 
ceux  qui  ont  observé  que  les  guerres  civiles  sans 
révolutions  annoncent  la  constitution  vigoureuse 
d'un  Etat,  mais  que  les  révolutions  §ans  guerres 
civiles  annoncent  son  dépérissement,  avoient  vu 
avec  effroi  la  France  reconquise,  en  vingt  jours, 
par  l'usurpateur,  sans  qu'une  mort  glorieuse  eût 
protesté    contre     cette     ignominie     d'un     grand 
royaume ,  tant  la  révolution    avoit    été  habile  à 
enchaîner  les  courages  ,  à  aveugler  ses  victimes.  La 
France,  trouvée  si  toible  dans  une  telle  épreuve  . 


parloit  hautement  contre  le  régime  de  18145  la 
France,  restée  tout  impériale  sous  son  Roi  lésji- 
time  ,  n'étoit  retombée  si  facilement  <'ntre  les 
mains  de  l'usurpateur  que  parce  qu'il  l'avoit  re- 
trouvée telle  qu'il  l'avoit  laissée ,  et  que  toute  la 
force  d'un  Etat  est  dans  les  institutions  qui  lui 
sont  propres  5  que,  dés  le  principe,  on  eût  tra- 
vaillé à  convertir  l'empire  en  monaicliie;  que  la 
Charte  lût  devenue  le  palladium  des  libertés  du 
rovaunie ,  et  non  le  bouclier  de  la  révolution  : 
Buonaparte  ,  descendu  sur  noire  sol,  ii'^'oit  plus 
qu^un  malfaiteur  étranger,  et  la  justice  du  Roi  ve- 
noit  à  sa  rencontre:  mais  l'empire  reiut  l'empe- 
reur, et  son  aigle,  comme  il  l'a  dit  lui-même,  n'eut 
qu'à  voler  de  clochers  en  clochers.  En  consé- 
quence, pour  que  le  royaume  de  saint  Louis  et 
d'Henri  IV ,  ne  pût  désormais  être  enlevé  à  la 
course  par  un  audacieux ,  comme  une  forteresse 
ouverte,  pour  que  cette  chère  patrie,  que  nos 
pères  nous  ont  transmise  si  noble  et  si  pure,  ne 
pût  être  désormais  ni  lacérée  par  des  factions  ])0- 
pulaires,  ni  vendue  à  l'encan  comme  ces  empires 
affoiblis  dont  l'heure  fatale  est  venue,  tous  les 
bons  esprits,  tous  les  cœurs  généreux  sentirent 
qu'il  falioit  sortir  à  jamais  de  ces  voies  trompeuses 
où  l'on  n'avoit  rencontré  que  la  mort,  que  la  po- 
litique la  plus  propre  à  terminer  la  révolution 
étoit  celle  qui  assureroit  à  la  France  tout  ce  qu'on 
lui  avoit  ôté  pour  faire  cette  révolution,  sa  reli- 
gion, son  Roi,  sa  morale  publique;  que,  quant 
aux  institutions  qui  avoient  péri  dans  le  commun: 
naufrage,  il  falioit  les  recréer  telles  que,  sans 
être  en  opposition  avec  l'esprit  de  la  Charte,  elles 
ne  le  fussent  pas  avec  celui  de  la  monarchie  : 
première  raison,  première  fin  de  la  Charte.  Les 
honnêtes  gens  (car  c'est  là  le  véritable  titre  des 
députés  qui,  les  premiers,  soutinrent  à  la  tri- 
bune, avec  cette  éloquence  du  cœur  qui  leur  est 


(  4'^5  ) 
propre  ,  les  droits  sacrés  de  la  morale  et  de  la  re- 
ligion) étonmrent  l'Europe  qui  ne  les  counois- 
soit  pas;  car  ces  liouuétes  gens  représentoieiit 
celte  partie  de  la  nation  depuis  long-temps  ré- 
duite au  silence,  cette  partie  opprimée  depuis 
vingt-cinq  ans,  quoique  la  plus  nombreuse.  En 
nn  mot,  les  nouveaux  députés  i-eprésentoient  la 
France  elle-même,  non  cette  france  qui  avoit 
porté  partout  la  contagion  de  ses  principes  ou  la 
terreur  de  ses  armes,  mais  cette  France  que  les 
sophistes  ont  trouvée  jusqu'à  présent  incorri\p- 
tible,  cette  France  qui  veut  durer  et  ne  point 
passer  sur  la  terre  avant  le  terme ,  pour  avoir 
violé  les  conditions  nécessaires  à  l'existence  de 
toute  société. 

C'étoit  quelque  chose  de  merveilleux  pour  le 
salut  de  la  France  qu'une  telle  assemblée,  d'au- 
tant plus  qu'à  la  chaleur  de  ses  seutimens  elle  ne 
joignoit  ni  les  fureurs,  ni  les  préventions  aveugles 
d'un  parti.  Elle  vouloit  avec  éneigie  la  rovauté; 
mais  ceux  qui  la  coraposoient ,  politiques  trop 
éclairés  et  sujets  trop  soumis  pour  juger  de  nou- 
veau la  révolution  ,  jugée  parla  Charte^  vouloient. 
seulement  tempéi-er,  par  des  lois  monarchiques  et 
religieuses,  des  élémens  de  démocratie,  qui,  sans 
cet  utile  contre-poids,  entraîneroient  encore  la 
constitution  ,  au  lieu  de  la  vivifier.  Des  vues  si 
droites,  et  si  loyalement  exprimées,  firent  une 
profonde  impression  :  encore  un  eitort,  le  trône 
s'affermissoit  chez  nous,  l'ordre 'social  partoutj 
les  peuples  recou  vroieut  peu  à  peu  leurs  crovances 
politiques  et  religieuses;  et  la  Charte,  ce  lien  né- 
cessaire de  notre  passé  et  de  notre  avenir,  devenoit 
immortelle  elle-même  comme  la  monarchie  dont 
elle  perpétuoit  la  durée. 

Que  l'oîi  r/oppose  point  à  ce  tableau  de  l'ave- 
nir, tel  que  nous  l'assuroit  une  sogc  politique,  la 
\  aine  menace  de  mille  obstacles,  de  mille  réac- 

ToME  II.  —  aS*"  I.iynAif'.'K,  ?»o 


(  46(i  ) 
lions  iraoginairos.  Los  Ijonnes  in.slîtiition.s  ne  se 
placent  point  sous  la  sauve-garde  des  écliafauds5 
et  le  globe  n'est  point  ébranlé  parce  qu'une  nation 
veut  revenir  aux  principes  qui  l'ont  fait  durer 
quatorze  siècles.  Pour  pervertir  les  liomniCs,il 
peut  être  utile  de  les  égorger;  mais  éclairer  ses 
semblables,  mais  les  ramènera  la  sociabilité,  c'est 
un  ministère  de  paix  et  de  raison,  et  il  ne  s'ac- 
complit que  par  de  bonnes  œuvres.  Les  Titus,  les 
Antonin,  les  Marc-Aurèle ,  qui  soutinrent  Eome 
languissante,  et  jetèrent  sur  ses  derniers  jours 
quelques  rayons  de  gloire  et  de  vertu ,  eurent  à 
lutter  contre  la  corruption  de  leur  siècle,  et  l'uni- 
vers vante  encore  leur  bonté.  Les  Caligula  ,  les 
Commode ,  qui  suivirent  leur  siècle  en  ce  qu'ils 
furent  aussi  corrompus  que  lui ,  n'ont  été  que  des 
monstres. 

La  France  a  donc  pu  être  sauvée  ;  ni  les  hommes, 
ni  les  circonstances  ne  lui  ont  manqué,  mais  bien 
la  politique  qui  les  met  en  œuvre  :  presque  toutes 
les  difficultés  étoient  vaincues,  et  l'on  arrivoit  au 
but,  quand,  intimidé  tout  à  coup  par  les  derniers 
eQorts  de  la  révolution,  le  gouvernement  est  re- 
venu sur  ses  pas,  et  a  donné  à  l'Europe  l'exemple 
d'une  foiblesse  qu'elle  ne  comprcndruit  pas  si  les 
passions  qui  nous  déchirent  n'avoient  déjà  tout 
expliqué.  Comme  un  vaisseau,  triste  jouet  de  la 
tempête,  la  France  a  vu  de  près  le  rivage,  et  le  voilà 
qui  s'éloigne  de  nouveau.  Cette  maladie  funeste 
dont  les  nations  sont  travaillées  doit-elle  atteindre 
sou  dernier  période,  et  la  génération  qui  s'élè^o 
ajoutera-t-elie  encore  aux  souvenirs  douloureux 
dont  celle  qui  s'éteint  a  rempli  nos  annales?  Ecar- 
tons de  tristes  pres^entimens  :  quelque  soit  le  mal 
qui  nous  entraîne,  nous  savons  mieux  que  jamais 
cjuil  n'est  point  irrésistible.  \Jn  moment  terras- 
sée ,  la  révolution  no\is  a  révélé  le  secret  de  sa  foi- 
blesse; un  moment  vicîoricuse,  elle  nous  révèle 


(  4(37  ) 
rncorc  celui  de  notre  propre  force ,  et  de  l'ascen- 
dant de  la  vérité  sur  l'esprit  des  peuples.  Toute 
menaçante  qu'elle  se  fasse,  cette  révolution,  ce 
n'est  qu'un  vain  fantôme  avec  lequel  nous  nous 
sommes  familiarisés  ,  et  que  nous  avons  vu  de  trop 
près  pour  qu'il  nous  impose  encoi'e.  Où  en  scroient 
aujourd'hui  ceux  qui  nous  régentent  si  impérieu- 
sement, si  le  gouvernement,  toujours  ferme  dans 
sa  marche,  plus-  curieux  des  éloges  de  l'hisloii-e 
que  de  ceux  des  coteries,  les  eut  laissés  tomber 
de  leur  propre  poids,  bornant  toutes  leurs  vic- 
toires à  1  impunité,  toutes  ses  concessions  à  l'ou- 
bli ? 

Quels  que  soient  les  funestes  efforts  de  l'esprit 
d'innovation,  si  ses  victimes  ne  gTossissent  pas  vc- 
lontaiienient  le  nombre  de  ses  dupes  ^  si  le  pou- 
voir, que  tantôt  il  attaque  à  force  ouverte,  que 
tantôt  il  mine  sourdement,  ne  devient  pas  son 
iiuxiliaire,  il  ne  prévaudra  pas.  Que  les  lumières 
et  la  résistance  partent  d'en  haut,  et  la  conscience 
des  peuples  sera  moins  facile  à  surprendre.  La 
l'évolution  ne  peut  échapper  désormais  à  ceux  qui 
ont  c'tudié  sa  marche  :  elle  a  été  pour  les  hommes 
éclairés  de  la  France  et  de  l'Europe  comme  un 
cours  de  morale  et  de  législation  pratique,  où. 
chaque  principe  violé  a  produit  son  résultat,  et  où 
les  maximes  de  la  sagesse  humaine  ont  été  démon- 
trées par  l'autorité  de  l'événement.  iNous  savons 
aujourd'hui  les  chemins  qui  conduisent  à  la  liberté 
€t  à  la  monarchie  ,  comme -ceux  qui  conduisent  à 
l'anarchie  et  à  la  mort.  Les  étrangers,  cjui  nous 
observent,  en  savent  autant  que  nous  sur  notre 

Î)ropre  compte  5  et  M.  Canuiiig  j»ge  aujourd'hui 
a  révolution  à  son  déclin,  telle  qu'elle  fut  jugée 
naissante  par  l'esprit  prophétique  et  judicieux  de 
Burkes. 

IViais  qu'on  y  prenne  garde ,  tout  en  reconnois- 
sant  que  l'esprit  de  vertige  qui  nous  domine  n'e^t 

3o 


(  468  ) 

point  irrésisliLle ,  je  n'en  reconnoîs  pas  moins  î.i 
puissance  des  factions  qui  peuvent  disposer  de 
tous  les  élémens  d'une  longue  révolution,  et  re- 
muer encore  une  génération  corrompue.  La  ré- 
volution qui  se  réveille  ,  tomboit  d'eile-même  si 
le  gouvernement  ne  se  int  laissé  attirer  peu  à  peu 
sur  un  terrain  où  il  perd  ses  avantages  ,  et  si  quel- 
f[ues  difficultés,  avec  ses  amis  naturels,  ne  l'eussent 
jeté  dans  les  Lrasde  cevix  qui  ne  l'embrassent  que 
pour  Fétoufter.  L'opinion  royaliste  avoit  fait  om- 
brage aux  ministres  ,  et  ils  se  sont  efforcés  de  Faf- 
foiblir.  La  faction  qui  depuis  \ingl-cinqans  désole 
la  France ,  s'est  aperriie  de  cette  faute  ;  aussitôt  elle 
s'est  empai'ée  des  ministres  :  abattue  par  ses  crimes, 
elle  s'est  relevée  par  leur  vanité. 

Jamais  ou  ne  se  divisa  impunément  sous  les  yeux 
de  son  adversaire.  Les  conséquences  d'une  sem- 
blnbîe  faute  sont  incalculables  ,  et  elles  se  déve- 
loppent aujourd'hui  pour  la  France  avec  une  ra- 
pidité qui  seroit  désespérante  si  cette  faute  n'avoit 
été  prévue,  et  si  l'expérience  n'eût  assigné  d'avance 
dans  un  ouvrage  tous  les  jours  plus  étonnant  ,  le 
cercle  dans  lequel  doit  s'accomplir  ce  dernier  pé- 
riode de  notre  révolution.  Chaque  jour  la  consé- 
quence touche  de  plus  près  au  principe  ,'^  l'effet  à 
la  cause. 

Les  hommes  qui  nous  gouvernent,  entraînés 
]>ar  le  torrent,  n'ont  de  fermeté  que  contre  les 
leurs.  D'abord  courtisans  timides  de  ceux  dont 
ils  furent  les  juges,  pour  ne  pas  déplaire  à  ceux 
qui  ont  failli,  ils  n'osoient  louer  ceux  qui  furent 
irréprochables.  Aujourd'hui,  persécuteui's  avoués 
de  quiconque  est  resté  fidèle,  ils  admettent  hau- 
tement les  principes  de  la  révolution,  en  atten- 
dant qu'elle  leur  impose  ses  coideurs.  Déplorable 
système  ,  fait  pour  frapper  de  stérilité  la  clémence 
la  plus  auguste,  pour  donner  des  doutes  à  la  vertu , 
des  repentirs  à  linuocence  ! 


(  4(39  ) 

Espiîts  vainsGt  clo<Tmatiqucs,  qui  vons  jouez  ainsi 
avec  les  deslinées  de  votre  J^ays,  savez-vous  quels 
sont  les  dangers  qtii  menacent  nn  gouvernement 
qui  n'est  pas' conséquent  avec  lui-même?  Savez- 
vous  ce  que  c'est  que  de  justifier  dus  crimes  poli- 
tiques, lorsque  déjà  l'expiation  de  ces  crimes  a  été 
réclamée  par  la  justice  luimaiue?  Savez-vous  ce  ;l 
quoi  s'expose  un  gouvernement  qui  ne  reconnoît 
à  ceux  qui  l'attaquent  d'autre  tort  fjue  celui  de 
1  avoir  fait  en  vain  ,  et  qui ,  privant  ainsi  les  cou- 
paLles  de  leurs  remords^  les  condamne  lui-même 
au  besoin  de  la  vengeance? 

loutes  ces  réflexions  nous  conduisent  à  répéter 
encore  nue  fois,  que  le  salut  de  la  Fi-ance  étoil 
dans  la  Charte  ,  si  Ton  n'a-voît  pas  souftert  que 
cette  Charte  fût  interprétée  par  la  révolution.  Il 
est  encore  temps  de  l'expliquer  dans  un  sens 
favorable  à  la  monarchie  j  mais  il  faut  se  hâter  : 
un  moment  perdu  de'cide  souvent  de  la  destiné^ 
iles  empires. 

SULEAU. 


Depuis  long -temps  quelques  journaux  anglais  pa- 
roisscnt  avoir  pris  à  tâche  d'égarer  l'opinion  publique  de 
l'Europe  à  l'éf^ard  du  gouvernemenf  et  de  la  nation  espa- 
gnole ,  en  publiant  des  fables  grossières  que  les  feuilles 
libérales  du  continent  ont  accueiliies  avec  avidité  pour 
amuser  leurs  lecteurs.  Le  gouvernement  espagnol  ne  croit 
pas  sans  doute  de  sa  dignité  de  démentir  ces  fables  ^  mais 
il  ne  réfléchit  pas  que,  quelqu'absurdes  que  soient'  1-es 
•nouvelles  qu'on  débite  sur  la  situation  de  l'Espagne, 
t'espril  du  siècle  ,  avide  d'événemens  et  de  nouveautés,  est 
toujours  prêt  à  croire  ce  qu'on  ne  contredit  pas.  Un  habi- 
tant de  Madrid,  qui  souffre  de  voir  les  calomnies  dont  on 
gratifie  sa  nation  et  son  gouvernement,  nous  adresse,  à 
ce  sujet  ,  la  lettre  suivante ,  que  nous  nous  faisons  ua 
iplaisir  de  publier  : 


(  470  ) 
A  M.  T/ÉDITEUU  DU  CONSERVATEUR. 

Monsieur , 

Dans  la  foule  de  journaux  qui ,  cle  tous  les  points  del'Eu- 
rope ,  arrivent  dans  cette  capitale ,  ot  que  ,  malgré  la  s.iinle 
Inquisition,  les  arnaieurs  trouvent  tonjcurs  le  mo  vende  par- 
courir, aucun,  je  crois,  ne  seroit  aussi  disposé  à  insérernia 
petite  correspondance,  que  le  ( anseivuteui ;  mais,  toutes 
les  'euillcs  de  l'Eiirope  me  seroient  ouvertes,  que  je 
m'adresserois  de  préférence  à  celle  où  je  crois  entrevoir 
le  plus  d  analogie  avec  mes  sentimens,  et  qui  seule  esl  ea 
possession  d  exprimer  noblement  dos  vérités  aujourd  hui 
méconnues  :  telles  sont  celles  qui  ont  rapport  au  respect 
dû  à  la  légitimité ,  et  à  la  conservation  des  doctrines  et 
des  princi.  es  sur  lesquels  repos.'^  la  stabilité  des  monarchies. 

Si,  en  vous  adres-^ant  cette  lettre,  mon  intention  étoit 
de  rivaliser  avec  les  écrivains  distingués  qui  s'uccupent  de 
traiter  ces  questions  importantes,  vons  me  trouveriez  bien 
présomptueux  de  demander  une  place  à  coté  d'eux;  mais 
j'espère  que  vous  ne  me  la  refuserez  pas  lorsqu'il  ne  s'agit 
que  de  relever  les  ciloiunies  répandues  contre  ma  nation 
et  contre  mon  gouvernement  I.  intérêt  que  doit  vous  ins- 
pirer un  pays  qui ,  quelque  mal  qu'on  en  dise  ,  est  le  plus 
ferme  soutien  des  principes  monarchiques,  et  pour  ainsi 
dire  la  source  où  il  faut  puiser  l'exemple  a'une  fidélité  à 
toute  épreuve  et  d'un  amour  sans  birnes  au  nionarque 
légitime,  me  laisse  espérer  que  vous  voudrez  bien  con- 
tribuer-, de  votre  côté,  à  démontrer  à  l'Europe  entière  la 
fausseté  des  nouvelles  qu'on  ne  cesse  de  répandre  sur 
l'Espa.'2;ne ,  et  la  noirceur  des  calomnies  au  moyen  des- 
quelles on  prétend  flétrir  le  caractère  do  notre  souverain. 

Jq  ne  vous  dirai  pas.  Monsieur,  tout  ce  qui  a  été  pu- 
blié dans  cette  intention  par  le  Mornîiig-Chroiii'cle  ^  et 
répété  par  la  I\Juteive  Française  et  autres  feuilles  de  ce 
genre.  Votre  ou\rage  ne  su  firoit  pas  pour  faire  seulement 
i'énumération  de  leurs  insultes;  je  me  bornerai  donc  à 
signaler  ce  queleurs  nouvelles  ont  de  plus  plaisant  ou  de 
plus  absurde,  et  à  faire  cotuioitre  leur  origine  et  leur  but. 
J'en  ferai.  Monsieur,  l'objet  de  quelques  lettres  que  je 
vous  prierai  de  présenter  dans  l&  Conservateur ,  si  vous  ne 


craignez  pas  que  vos  lecteurs  ,  accoutumés  à  y  trouver  des 
articles  plus  remarquables  par  la  profondeur  d'esprit  ,  la 
noblesse,  la  dignité  et  l'agrément  avec  lesquels  ils  sont 
écrits,  n'y  trouvent  déplacés  ceux  d'un  étranger  qui  ne 
ne  peut  pas  même  se  flatter  d  un  style  correct. 

Quelque  pervertis  que  soient  les  hommes,  il  est  rare 
qu'ils  osent  avouer  le  but  où  tendent  leurs  doctrines  dan- 
gereuses. Pour  arriver  à  tel  ou  tel  résultat,  ils  ne  prennent 
pas  la  route  la  plus  courte  ;  ils  n"y  parviendroient  jamais, 
Ils  se  frayent  donc  un  chemin  à  travers  des  sinuosités  dans 
lesquelles  ils  espèrent  n'être  pas  aperçus,  et  ne  le  sont 
pas  en  effet  de  la  multitude  qu'ils  éblouissent  par  une 
apparence  de  justice  et  par  des  dehors  tout-àfait  trom- 
peurs. Ils  se  croient  à  couvert  dès  qu'ils  trouvent  un  pré- 
texte plausible,  au  moins  eu  apparence,  pour  masquer 
leurs  intentions  et  leur  marche.  Ce  système  qu'ils  suivent , 
au  surplus,  avec  plus  ou  moins  de  inénagemens  à  mesurij 
qu'ils  se  croient  plus  ou  moins  en  force  ,  ou  plus  ou  moins 
en  danger,  est,  je  crois,  celui  des  ennemis  de  l'ordre 
dans  tous  les  pays;  c'est  du  moins  celui  qu'ils  ont  adopte 
à  l'égard  de  l'Espagne.  Ces  prétendus  philosophes  de  nou- 
velle espèce ,  qui  n'usent  de  leur  libéralité  que  pour  faire 
le  mal,  mais  qui  alors  sont  libéraux  jusqu'à  la  prodigalité,. 
56  sont  établis  les  défenseurs  officieux  des  prétendues  vic- 
times du  gouvernement  espagnol,  qui  ne  le  sont  au  plus 
que  de  leur  propre  conduite.  Sous  prétexte  de  justifier  et 
de  rendre  intéressans  des  hommes  qui  le  sont  moins  à 
mesure  qu'on  les  défend  davantage,  il  n'y  a  pas  d'insultes 
ni  d'outrages  qu'ils  ne  fassent  au  gouverrH^ment  espagnol. 
Seroit-ce  là  le  moyen  de  les  réconcilier  avec  leur  souve- 
rain, avec  leur  patrie?  Est-ce  ainsi  qu'on  peut  parvenir 
à  établir  cette  union  tant  désirée,  après  laquelle  on  soupire 
depuis  si  long-temps,  et  qui  est^  dit-on,  le  premier  vœu 
des  libéraux  ?  Je  ne  le  pense  pas  ;  mais  leur  conduite 
■prouve  moins  l'intérêt  que  leur  inspirent  les  richesses  du 
gouvernement  espagnol ,  quelle  ne  décèle  leur  haine  contre 
ce  gouvernement  dont  ils  redoutent  l'exemple,  et  dont  les 
principes  invariables  forment  un  point  d'arrêt  contre  l'effet 
pernicieux  des  doctrines,  je  ne  dirai  pas  libérales  ^le  sens 
des  mots  a  été  altéré) ,  mais  des  doctrines  qui  ,  sous  \e 
nom  de  libérales,  ne  tendent  à  rien  moins  qu'au  dés.ordre  j 


(  -i:^  ) 

à  l'anarchie,  aiix  troubles,  aux  révolutions  î  El  qa'on  ne 
dise  pas  que  ces  craintes  sont  exagérées  :  nous  avons  la 
triste  expérience  q\iVlies  ne  sont  que  trop  fondées,  et  les 
mêmes  causes  produisent  toujours  les  mêmes  effets.  Que 
ces  doctrines  cependant  trouvent  encore  des  prosélytes, 
que  non  seulement  elles  soient  tolérées,  mais  même  en- 
couragées, voilà  ,  Monsieur,  ce  que  la  postérité  aura  peine 
a  croire,  [.es  générations  futures  apprendront  avec  effroi 
que  des  leçons  aussi  terribles  ont  clé  si  promptement 
oub  iées. 

Mais,  pour  en  revenir  à  l'artifice  grossier  dont  on  se 
sert  pour  attaquer  le  gouvernement  espagnol ,  les  libéraux 
anglais  ou  français  pensent-ils  que  nous  sommes  tellement 
dépourvus  de  sens  que  nous  puissions  nous  méprendre  sur 
leurs  intentions  et  leurs  projets  ?  pouvons-nous  croire  , 
lorsqii  iisnous  représentent  noire souverainsouslestrails  les 
plus  hideu.v  ,  quils  se  réjouissent  de  voir  l'union  qui  existe 
entre  le  Roi  et  la  nation?  Cependant,  quoiqu'il  semble 
facile  de  pénétrer  leurs  intentions,  j'ai  peine  à  me  per- 
suader que  leur  dessein  soit  de  détacher  la  nation  espagnole 
de  son  amour  pour  son  souverain.  Leurs  moyens  sont  par 
trop  nuls  pour  qu'ils  se  flattent  d'y  parsenir.  Je  crois 
plutôt  que,  dans  1  impossibilité  où  ils  sont  de  faire  un 
véritable  ma!  à  I  Espagne  ,  ils  regardent  comme  un  soula- 
gement d'assouvir  leur  haine  de  la  seule  manière  qui  leur 
soit  permise,  c'est-à-dire  en  décriant  de  toutes  leurs  forces 
ce  qu  ils  ne  peuvent  pas  atteindre.  Heureusement  leurs 
armes  ne  sont  pas  dangereuses.  Les  cris  dont  ils  font  re- 
tentir Londres  et  Paris  n'étourdissent  même  pas  les  oreilles 
des  habiians  en  deçà  des  Pyrénées.  Si  par  hasard  ils  y 
parviennent  ,  loin  de  trouver  le  crédit  q+i'ils  cherchent , 
ils  ne  trouvent  que  le  mépris.  M ai.s' comment  pouiroit-il 
en  être  autrement  ?  comuient  peat-on  persuader  aux 
Espagrtots  que  leur  souverain  est  un  tjran  lorsqu'ils  le 
voient  ronslammeni  occupé  du  bien-être  de  ses  sujets  Z 
Les  habitans  de  Madrid  peuvent- ils  croire  que  le  Roi, 
redoutant  le  mécontentement  de  ses  sujets,  n'ose  sortir 
de  son  palais  sans  être  escorté  par  un  escadron  de  cavalerie, 
tandis  qu'ils  le- voient  parcourir  les  rues  de  sa  capitale 
accompagné  de  son  capitaine  des  gardes  seulement  ?  Elle 
n'est  pas  d'ailleurs  éloignée  ,  elle  sera  toujours  présente 


(  47-^  ) 
aux  Espagnols  celte  époque  où  S.  M.  ,  seule  avec  son 
auguste  compagne  ,  objet  de  sa  tendresse  et  de  nos  regrets, 
se  promenoit  au  milieu  de  ses  sujets  sans  autre  escorte 
que  leur  amour  et  leur  fidélité,  qui  ne  furent  jamais  en 
défaut. 

Les  détracteurs  du  gouvernement  espagnol  espèrent  lui 
attirer  la  haine  universelle  en  le  signalant  comme  l'auteur 
de  tous  les  maux  qui  affligent  aujourd'hui  l'Espagne  ;  mais 
ils  se  trompent  singulièrement  s'ils  so  flattent  de  nous  égarer 
à  ce  point.  Personne  n'ignore  en  Espagne  que  les  maux  qui 
pèsent  sur  la  patrie  sont  la  suite  inévitable  de  la  guerre 
dévasialrice  qu'elle  a  eu  à  soutenir  ;  que  cette  guerre  est. 
elle  même  un  présent  de  la  révolution  ,  un  témoignage 
irrécusable  des  malheurs  qu'ont  attirés  à  l'Europe  les  doc- 
trines pernicieuses  dont  le  germe,  loin  d'être  anéanti,  se 
montre  encore  avec  audace  ;  que  les  blessures  que  l'Espagne 
a  reçues  dans  cette  guerre  étoicnt  trop  graves,  trop  pro- 
fondes pour  qu'elles  aient  pu  se  cicatriser  si  promptemcnf. 
Nous  avons  néanmoins  la  consolation  de  les  voir  se  fermer 
peu  à  peu ,  et  le  doux  espoir  non  seulement  de  parvenir  à 
les  guérir  tout-à  fait  ,  mais  de  ne  pas  en  recevoir  de  nou- 
velles ,  et  cette  perspective  est  bien  rassurante  pour  l'Es- 
pagne; elle  la  souhaiieroit  à  beaucoup  d'Etals. 
■  Ce  n'éloit  pas  assez  d'employer  la  calomnie  pour  décré- 
diter  le  gouvornement  espagnol;  les  armes  du  ridicule 
sont  quelquefois  plus  propres  à  cet  effet  :  on  y  a  eu  re- 
cours ,  et  le  goiivernement  espagnol  a  été  représenté  comme 
dirigé  par  des  moines.  Mais  ce  moyen  éfoit  trop  usé  pour 
qu'il  puisse  réussir  encore.  Personne  n  ignore  que,  s'il  y 
H  dos  m'oines  en  Espagne,  ils  restent  dans  leurs  couvens  ; 
c!  ,  quoique  parmi  eux  il  s'en  trouve  de  très-respectables  et 
pyr  leurs  vertus  et  par  leurs  vastes  connoissances,  il  n'y  a 
pas  d'exemple  jusqu'à  présent  qu'aucun  d'eux  ait  eu  la 
moindre  influence  dans  le  goirernement  :  c'est  un  fait 
de  toute  notoriété.  Néanmoins  le  génie  inventif  des  jour- 
nalistes anglais  ne  sait  composer  un  article  de  Madrid  sans 
y  faire  ligurer  une  procession  de  moines,  parmi  lesquels 
ils  cherchent  toujours  à  placer  l'inquisiteur-général,  vé- 
ritable epouvantail  des  lecteurs  timides  du  Mornîng-  Chro- 
nirle.  Cependant,  ils  doivent  commencer  à  se  familiariser 
avec  un  personnage  si  souvent  mis  sur  la  scène.  Il  est  temps 


(  4:1  ) 

d'aiîlf'urs  qu'ils  L^issenl  dessiller  leurs  veux,  etqu'ils  vovent 
«u  on  ab:ise  de  leur  cnMlulité. 

Mais  c'est  trop  m  arrêter,  Monsieur,  sur  des  matières 
qui  n'offrent  pas  un  intérêt  direct  aux  lecteurs  de  votre 
ouvrage.  Je  lâcherai,  dans  mes  autres  lettres,  de  ne  pas 
ian'guer  trop  long-temps  leur  attention.   Agréez  ,  etc. 

M.  B. 

ISÎailrid  ,  ce  6  février  1819. 


Paris,  4  mars  1819. 

Le  ciel  semble  permettre  ce  qui  se  passe  sous  nos 
yeu"çpour  justifier  enfin  la  France  d'avoir  été  com- 
plice des  crimes  et  des  sottises  de  la  révolution,  et 
])Our  prouver  aux;  plus  incrédules  que  les  fausses 
doctrines  n'ont  été  propagées  et  la  monarchie  ren- 
versée que  par  une  minorité  factieuse.  Les  pom- 
peuses balivernes  x|u'on  a  débitées  au  commence- 
jnent  de  nos  malheurs  sont  répétées  dans  vingt 
prtmphlets  5  elles  n  inspirent   que  le   niépris;    les 
mêmes  accusations  sont  reproduites  contre  les  roya- 
listes ;  elles  font  sourire   de  pitié  5   on  appelle   de 
nouveau  le  peuple  à  l'insurrection,  et  les  classes 
laborieuses  vaquent  tranquillement  à  leui-s  affaires, 
sans  s'informer  même  du  nom  de  ceux  qui  pai'lent 
en  leur  nom.  Cependant  on  ne  peut  attribuer  le 
calme    public  à    l'habileté    du  ministère  ,  ni   au 
système  suivi  depuis  trois  ans  ;  car  le  ministère  se 
laisse  subjuguer  par  les  passions  qui  n'atteignent 
pas  le  peuple,  et  le  s^-stèrae  suivi  est  tel  qu'il  ren- 
verseroit  la  monarchie   sans  qu'on  pût  en   accu- 
ser autres  que  ceux  qui  sont  chargés  de  l'affermir. 
A  quoi  donc  attribuer  la  dilTérence  qu'on  remarque 
dàus  les  esprits  entre  les  premières  années  de   la 
révolution  et  l'époque  où  nous  sommes?  L'hon- 
neur en  appartient  à  l'équité  publique,  à  cette  vé- 
rituljlc  France  qui  veut  sincèrement  la  monarchie 


(  475  ) 
et  la  liberté  ,  et  qui  se  place  toujours  d'elle-même 
entre  les  factieux  et  le  parti  persécuté  ,  parce 
qu'elle  ne  veut  ni  factions,  ni  persécutions.  L'in- 
décence avec  laquelle  on  se  conduit  envers  les 
royalistes  a  blessé  cette  France  forte  et  impartiale  j 
et  c'est  au  moment  où  les  hostilités  ont  été  pous- 
sées à  l'extrême  contre  les  partisans  de  la  monar- 
chie, que  les  hommes  libres  de  toute  influence  se 
sont  ranimés  pour  demander  :  Qu'ont-ils  fait? 

Nous  avons  déjà  répondu  en  prouvant,  le  Mo- 
niteur à  la  main  ,  que  tout  ce  qu'on  reproche  aux 
royalistes  de  i8ij  a  été  l'ouvrage  du  ministère 
qui,  depuis,  s'est  porté  accusateur  des  députés  de 
cette  mémorable  session.  Les  indépendans  ViÇM 
ont  jamais  douté  5  jamais  ils  n'ont  perdii  le  désir 
et  l'espérance  de  s'en  vencrcr  :  mais  le  public  lovai 
ne  peut  comprendre  pourquoi  le  ministère  accuse 
ceux  dont  il  a  réclamé  l'appui  et  trompé  la  con- 
fiance, ni  comment  il  peut  se  précipiter  en  aveugle 
dans  les  bras  de  ceux  qui  veulent  le  perdre.  Il  est 
temps  de  déchirer  le  voile  et  de  faire  connoître 
enfin  toute  la  vérité. 

Depuis  la  seconde  rentrée  du  Roi ,  les  hommes 
monarchiques  ont  été  à  la  fois  en  butte  à  la  haine 
des  factieux  ,  qui  ne  peuvent  supporter  la  royauté 
et  la  légitimité  ,  soit  que  leurs  vccux  appellent  à 
leur  tête  un  complice  pour  les  rassurer,  soit  que 
leurs  rêveries  les  portent  vers  la  république  ,  et 
aux  attaques  d'un  ministère  qui ,  formé  d'hommes 
élevés  à  l'école  de  Buonaparte,  croyant  facile  de 
maintenir  le  pouvoir  absolu  ,  n'ont  pu  pardonner 
aux  royalistes  d'avoir  compris  les  avantages  d'une 
constitution  libre,  et  d'avoi.'  montré  pour  la  dé- 
fendre du  courage' et  du  talent.  Ceux  qui  ne  peu- 
vent consentir  à  obéir  à  une  Charte  octroyée  par 
Tin  Roi,  et  ceux  qui  a  voient  appris  à  la  cour  de 
Buonaparte  à  regarder  toutes  les  garanties  pro- 
ïiiiscs  aux  libertés  publiques  comme  des  niaisérieà 


(  47^^  ) 
l>onnos  à  amviser  les  spéculatmiis  tandis  qu'ont, 
asservit  les  nations,  quoique  divisés  d'intérêts,  se 
sontréunis  pour  écarterles  partisans  de  la  monar- 
chie limitée  ,  décidés  à  tenter  ensuite  un  nouveau 
combat  à  mort  entre  la  démocratie  et  le  pouvoir 
absolu.  C'est  celte  double  position  des  royalistes 
qu  il  faut  bien  saisir  pour  comprendre  comment 
il  est  possible  que,  sous  un  Roi  légitime,  ils 
soient  à  la  fois  signalés  par  les  factieux  comme 
ennemis  des  libertés  publiques,  et  proscrits  par 
le  ministère  comme  nétant  pas  assez  soujiles  au 
pouvoir. 

Prétendus  amis  du  peuple  ,  qui  nous  accusez 
de  vouloir  former  une  oligarchie,  de  travailler  à 
ressusciter  la  féodalité  du  iG"  siècle,  qui  nous 
déclarez  incajjables  de  nous  dévouer  à  l'établis- 
sement des  institutions  favorables  à  la  liberté  ,  si 
nous  avions  été  aussi  serviles  que  vous  Têtes  sou- 
vent envers  un  ministère  qui  vous  trompe  et  que 
vous  trompez,  le  despotisme  ministériel  seroit 
établi  depuis  long-temps,  et  nous  aurions  reru 
autant  de  faveurs  qu'il  a  pesé  sur  nous  et  qu'il 
pèse  encore  de  proscriptions  5  vous  éprouveiiez 
réellement  toutes  les  fiayeurs  que  vous  inventest 


comme  nous  les  appels  qui  nous  ont  été  faits  • 
dites  si  vous  n'avez  pas  tremblé  mille  fois  de  la 
crainte  de  notre  réuuion  avec  le  ministère  5  dites 
si  vous  ne  vous  croiriez  pas  perdus  le  jour  où  pa- 
ro'itroient  euûn  des  ministres  capables  de  com- 
prendre à  la  fois  la  monarchie  et  la  liberté ,  et  par 
lesquels s'accompliroit  l'union  indispensable  cuire 
les  royalistes  de  France  et  les  ministres  d'un  Pioi 
de  France?  Lorsque  le  président  du  conseil  (]e!i 
ministres  disoit  à  la  tribune  de  la  Chambre  des 
Paii's  qu'on  a  exclut  que  les  exclusifs ,  il  ignoroit 


(477) 
sans  doute  qu'il répétoit  une  phrase  du  Naîn  Jaiine, 
qui,  après  le  20  mars ,  s'est  cependant  vanté  de  n'a- 
voir travaillé  qu'à  exclure  la  légitimité  ;  mais  lors- 
qu'il ajoutoit  qu'0/7  n  écarte  des  fonctions  piihliques 
que  des  hommes  qui  résistent  an  gouvernement  du 
Roi  ,  n'avouoit-il  pas  qu'on  est  disposé  à  nous  re- 
cevoir quand  nous  accepterons  les  coudilions  aux- 
quelles on  est  toujours  reçu  par  des  ministres  im- 
périeux ,  quand  on  ne  veut  et  qu'on  ne  sait  que 
servir?  Ne  craignes  rien  :  le  gouvernement  du  Jtioi 
est  le  ministère  ;  M.  le  marquis  Dessoîe  nous  Va 
affirmé;  nous  sommes  Français;  nous  ne  sommes 
pas  nés  pour  l'esclavage  ;  et  il  nous  est  aussi  im- 
jiossible  de  sacrifier  les  antiques  libertés  de  notre 
patrie  que  de  renoncer  au  bon  sens,  pour  nous 
mettre  à  la  suite  de  l'incapacité. 

Pai-mi  nous,  voyez  sur  qui  sont  tombés  les  pre- 
miers coups  du  ministère  ;  est-ce  sur  des  hommes 
qui  ont  intérêt  à  rétablir  l'ti  féodalilé,  qui  veulent 
attacher  les  pavsans  à  la  i^lèbe?  Hélas  !  nous  pou- 
vons le  dire  , même  dans  le  Conservateur,  le  pre- 
mier frappe'  n'a  sauvé  de  la  révolution  qu'un  ta- 
lent trop  noble  pour  n'être  ])as  consacré  à  tout  ce 
qui  élève  l'humanité.  Fidèle  à  son  Roi  dans  le 
malheur,  aussi  fidèle  aux  doctrines  de  la  liberté, 
il  faisoit  entendre  à  Gaïul  des  paroles  qui  seront 
à  jamais  la  honte  des  rédacteurs  de  l'acte  addi- 
tionnel et  de  vos  représentans  aii  champ  de  mai. 
Est-ce  pour  avoir  avancé  des  principes  favorables 
au  pouvoir  absolu,  qu'il  a  perdu  des  honneurs  qui 
lui  appartenoient  bien  léijitimement,  si  ces  hon- 
neurs étoient  la  récompense  du  dévouement  au 
Roi  et  à  la  Chaj'te?  Est-ce  pour  avoir  prêché  la 
servilité  qu'il  a  été  réduit  à  vendre,  sous  les  Bour- 
bons, la  modeste  reti'aite  qu'il  avoit  acquise  par 
ses  travaux  littéraires  .<5ous  le  gouvernement  usur- 
pateur? IN  on,  c'est  jj'ôùr  avoir  écrit  en  faveur  dé 
la  Charte  et  de  la  monarchie ,  c'est  pour  avoir  dé- 


(  47S  ) 
fendu  la  suprématie  de  l'honneur  et  de  la  probité, 
c'est  pour  avoir  averti  sévèrement  des  ministres 
passionnés  de  tout  le  mal  qui  a  été  fait  depuis. 

Voyez  sur  qui  tombent  les  destitutions.    Au- 
roient-elles  tantd^éclatsi  elles  frappoient  des  lâches 
accoutumés  à  courber  la  tête  sous  la  verge  du  pou- 
voir, des  esclaves  à  qui  la  crainte  des  visirs  auroit 
enlevé  la  faculté  de  distinguer  ce  qui  est  juste  de  ce 
qui  ne  l'est  pas?  Vous  nous  accusez  de  parler  de 
liberté  dans  des  intentions  perfides  !  "S  ons  vous 
taisiez  en  i8i5,et  la  tribune retentissoit de  récla- 
mations en  faveur  des  libertés  déparîementales  et 
communales.  Les  ministres  se  sont  adressés  à  vos 
passions  pour  troubler  la  société  et  échapper  à 
nos  justes  demandes.   Nous  avons  défendu  l'ini- 
tiative accordée  par  la   constitution  5    vous  vous 
êtes  unis  aux  ministres  qui  ont  constamment  nié 
l'initiative,  etsouventla  constitution.  INous  avons 
réclamé  des  économies  dans  toutes  les  parties  de 
l'administration.  Quelles  économies  ont  été  faites 
ptir  les  ministres  auxquels  vous  prêtez  assistance 
contre  nous,  parce  que  nous  sommes  ,  dites-vous, 
les  ennemis  du  peuple?  Hommes  monarchiques  , 
nous  avons  tout  voulu  pour  le  peuple ,  même  la 
soumission  aux  lois.   Hommes  de  la  révolution, 
vous  voulez  tout  par  le  peuple,  même  l'insurrec* 
tion.  Telle  est  la  ligne  qui  noussépai'C  j  et  si  l'ex- 
périence du  passé  ne  suiiit  pas    pour    dicter  le 
jugement  entre  vous  et  nous ,  Dieu ,   qui  est  inva- 
riable dans  ses  lois,   laissera  de  nouveau  éclater 
les  terribles  conséqviences  dés  doctrines  que  vous 
propagez  ,  sans  cjue  la  France  en  soit  plus  coupable 
que  des  crimes  déjà  accomplis. 

Mais  il  veut  sauver  la  monarchie,  et  les  preuves 
de  sa  miséricorde  sont  dans  l'impuissance  dont  il 
a  marqué  les  successeurs  des  premiers  auteurs  de 
nos  maux.  Où  est  votre  force?  Appuyés  par  tout 
le   ministère  qui  prend  vos  brochui'cs  pour  des 


(  479  ) 
agitations,  vos  menaces  pour  des  insurrections, 
et  qui  ne  veut  pas  voir  que ,  dans  votre  parti ,  tout 
est  chef  parce  qu'il  n'y  a.  pas  de  soldats,  vous  par- 
lez comme  si  vous  disposiez  de  la  France  ;  et  tous 
vos  efforts  ne  peuvent  parvenir  à  soulever  un  seul 
homme.  Les  ministres  d'un  roi  légitime  contrac- 
tent hautement  à  la  trihune  alliance  avec  vous , 
et  votre  nombre  diminue.  Dans  le  3Iomteur ,  on 
attaque  les  royalistes  avec  une  fureur  dont  il  fau- 
droit  chercher  des  exemples  plus  loin  que  Buona- 
parte  et  le  directoire  5  nous  n'opposoiîs  à  ces  atta- 
ques que  le  sourire  du  dédain.  Quelques  jours 
après  ,  une  simple  proposition,  faite  par  un  pair, 
dans  un  intérêt  général,  vous  jette  dans  les  con- 
vulsions du  désespoir.  Hommes  si  puissans,  écri- 
vains qui  soutenez  la  patrie ,  tribuns  qui  prenez 
vos  cris  pour  de  l'éloquence,  soyez  plus  calmes 
afin  que  nous  puissions  mesurer  vos  dimensions 
colossales!  Mais  c'est  tout  ce  que  vous  redoutez  : 
le  ministère  est  plus  complaisant  que  nous ,  il  ne 
vous  mesure  pas. 

Que  vous  lui  avez  d'obligation  !  Les  prétentions 
des  élèves  de  Buonaparte  au  pouvoir  absolu  ont 
alarmé  cette  France  impartiale  qui  ne  veut  rien 
d'extrême,  et  qui  a  accepté  la  Charte  en  la  consi- 
dérant sui-tout  comme  une  conciliation.  Toutes 
les  lois  préveulwes  étoient  alors  dirigées  contre 
les  royalistes  5  on  leur  imposoit  silence  avec  une 
■rigueur  inouïe  5  on  employoit  de  force  les  jour- 
naux qui  leur  appartiennent  à  vanter  le  despotisme 
ministériel ,  à  traduire  devant  l'opinion  les  pré- 
venus jetés  dans  des  cachots  infects.  Vous  avez  les 
premiers  brisé  les  entraves  mises  à  la  liberté  de  la 
presse  5  vous  avez  réclamé  les  gai'^nties  assurées 
par  les  lois  -,  vous  vous  êtes  opposés  à  ce  que ,  dans 
un  gouvernement  représentatif,  les  tribunaux 
fissent  les  doctrines  politiques;  vous  avez  arrêîé 
le  ministère  dans  sa  maiche  imprudente  ;  la  France 


(  48o  ) 
TOUS  a  entendus.  Telle  est  la  cause  véritable  du 
crédit  que  vous  avez  obtenu  sur  l'esprit  public; 
et  ces  royalistes,  que  voius  croyez  nés  pour  la  ser- 
vitude, vous  ont  applaudi,  tant  il  est  dans  leur 
nature  d'aller  toujours  porter  leur  appui  au  coîé 
Ibible;  et  le  côté  foible  étoit  alors  la  liberté.  Mais 
lorsque,  tiers  d'un  triomphe  que  vous  ne  deviez 
qu'aux  prétentions  extravagantes  du  ministère , 
vous  avez  laissé  échapper  votre  secret;  lorsque 
vous  avez  insulté  ceux  que  le  ministère  insultoit, 
demandé  la  proscription  de  ceux  que  le  miiiistère 
proscrivoit,  sollicité  la  destitution  de  ceux  que 
le  ministère  vouloit  destituer,  lorsque  vos  fureurs 
et  vos  doctrines  ont  menacé  la  rovauté,  la  France 
s'est  retirée  de  vous.  L'équité  publique  a  lait  la 
part  de  chacun,  et  l'opinion  nous  est  revenue 
tout  entière.  Telle  est  aujourd'hui  la  situation 
des  esprits,  que  votre  union  avec  les  ministres 
suffira  pour  perdre  les  ministres;  et  la  proposition 
fie  M.  Barthélémy,  la  majorité  nouvellement  for- 
mée dans  la  Chambre  des  Pairs ,  ne  sont  qu'une 
expression  de  cette  opinion  publique  ,  que  per- 
sonne ne  peut  braver  sans  danger  tant  que  les 
échafauds  ne  sont  pas  dressés.  Cette  opinion  se 
prononce  pour  justifier  la  France  des  criuies  pas- 
sés, pour  protester  contre  les  événemeus  qui  nou?; 
menacent ,  et  que  nous  ne  craignons  pas  à  cause 
de  nos  forces  réelles  ,  mais  parce  que  l'incapacité  , 
qui  vous  a  fait  ce  que  vous  êtes,  est  un  danger 
bien  plus  effrayant  que  ce  que  vous  pouvez  par 
vous-mêmes. 

Faut-il  vous  le  prouver  par  des  faits?  Avant 
l'ordonnance  du  5  septembre,  vous  prétendiez 
déjà  être  les  plus  forts;  et  cependant  il  a  fallu  (\ue 
vous  obtinssiez  cette  ordonnance  pour  reparoître 
sur  la  scène  en  auxiliaires  du  ministère  ;  depuis , 
il  a  fallu  toutes  les  fautes  qu'a  faites  le  ministère 
pour  que  vous  arrivassiez  à  lui  parler  en  maîtres. 


{  4^1  ) 

Vous  êtes  de  même  les  plus  ibrts  aujourd  hui ,  du 
moins  vous  l'assurez.  Pourquoi  donc  demandez- 
vous  qu'on  fasse  des  pairs  en  niasse  pour  appuyer 
vos  projets?  Pourquoi  demandez-vous  qu'on  casse 
la  Chambre  des  Députés,  et  proposez -vous  de 
faire  une  nouvelle  Convention  nationale?  Si, 
pour  constater  voire  force,  il  faut  toujours  sortir 
delà  situation  présente,  en  vous  y  renfermant, 
vous  seriez  donc  les  plus  foibles?  C'est  ce  que  le 
ministèi'e  n'a  jamais  senti;  sans  cela  auroit-il  osé 
sortir  de  là  constitution  qui,  fixant  la  liberté 
dans  des  limites  déterminées,  encliaînoît,  parle 
fait  seul ,  les  passions  des  ambitieux  et  les  espé- 
rances des  factieux?  Dupe  de  vos  forfanteries, 
payant  de  l'avenir  de  la  France  votre  assistance 
momentanée  ,  le  ministère  vous  a  fait  ce  que  vous 
êtes  aujourd'hui:  il  peut  vous  faire  ce  que  vous 
espérez  être  demain.  Qu'il  vous  accorde  tout  ce 
que  vous  demandez.,  il  vous  faudra  encore  de 
nouveaux  coups  d'Lltat  pour  que  vous  sovez  les 
plus  forts,  et,  si  vous  le  devenez  en  effet  par  la 
terreur  que  vos  allures  répandront  sur  la  nation, 
nous  vous  verrons,  comme  parle  passé,  vous  dé- 
chirer entre  vous  pour  des  théories  stupides  et  de 
honteuses  réalités,  jusqu'à  ce  que,  épuisés  des 
coups  que  vous  vous  porterez  réciproquement , 
vous  rentriez  dans  l'obscurité.  Et  cette  France 
impartiale,  cette  France  équitable  que  vous  comp- 
tez pour  rien,  reparoîtra  ce  qu'elle  est,  forte 
d'elle-même,  prêtant  son  appui  à  ce  qui  peut 
rétablir  l'ordre,  et  y  parvenant  d'une  manière 
vraiment  miraculeuse  ,  tant  que  vous  n'intervenej 
pas  pour  la  diriger.  Quant  à  nous ,  hommes  mo- 
narchiques, que  ♦«(us  présentez  non -seulement 
comme  une  minorité,  mais  com^e  une  excep- 
tion, pourquoi  ne  demandons -nous  ni  coups 
d'Etat,  ni  fabrique  improvisée  de  pairs,  ni  dis- 
solution de  la  Chambre  des  Députés,  ni  le  boule- 
TawE  II.  — a3=  Livraison.  ^  %t 


(  4S'^  ) 

versement  de  nos  institutions?  Pourquoi ,  persé- 
cutes par  ceux  qui  devroicnt  nous  soutenir, 
sommes-nous  calmes  tandis  que  vous  êtes  émns 
jusqu'à  la  fureur?  C'est  que  nous  n'avons  pas  be- 
soin de  nous  compter  pour  savoir  combien  nous 
sommes,  ni  de  nous  ai^itcr  pour  paroître  nom- 
breux, ïl  nous  sufKt  de  jeter  un  coup  d'ceil  sur 
les  situations  naturelles  de  la  société;  nous  sen- 
tons aussitôt  que,  dans  une  association  de  vin^t- 
huit  millions  d'individus,  si  la  majorité  n'attaclioit 
pas  autant  de  prix  à  la  rovauté  héréditaire  cons- 
tituée dans  une  seule  famille  qu'aux  lois  fonda- 
mentales qui  protègent  ses  libertés,  celte  nation 
seroit  condamnée  à  mort.  Or,  le  vaisseau  de  l'Etat 
fait  route;  et  s'il  devoit  courir  encore  une  fois  la 
chance  des  naufrages,  l'histoire  du  moins  n'en 
accuseroit  pas  les  passagers. 

IN'est-il  nas  bizarre  que,  dans  une  monarchie, 
on  nrésente  les  hommes  monarchiques  comme 
une  exception?  Il  faut  mettre  à  jour  la  tactique 
des  tribuns  du  peuple.  ToTit  leur  secret  consiste 
à  diriger  leurs  attaques  contre  une  classe  de  la 
-société,  à  la  présenter  rojunie  seule  royaliste,  et 
par  conséquent  comme  seule  opposée  à  la  démo- 
cratie en  couronne  ou  en  bonnet.  Si  les  ministres 
avoieut  le  talent  d'écarter  les  mots  pour  arriver 
aux  pensées  ,  ils  reculeroient  d'effroi  devant  le 
piège  tendu  à  leurs  pas  ions.  Eh  quoi!  parce  que 
nous  sommes  nés  dans  la  bourgeoisie,  vous  avez 
décidé  impérieusement  que  nous  ne  pouvons  ai- 
mer nos  Rois,  accepter,  déléndre,  chérir  la  Charlo 
qu'ils  nous  ont  donnée  en  compensation  de  nos 
antiques  franchises  dispersées  par  les  temps  et  les 
troubles  civils!  Etrange  accusation!  A  qui  s'a- 
dresse-t-elle?  Les  Bourbons  ne  sont-ils  ])as  rois 
de  toutes  lesclasses  delà  société  ?  et  la  bourgeoisie 
aujourd'hui  n'a-t-^elle  pr.s  plus  à  perdre  dans  les 
révolutions   que    la  noblesse?  Manque-t-cUe   de 


(  43^  ) 
isens  et  de  prévoyance?  Si  j'étois  noble,  il  ne  me 
stn-oit  donc  pas  permis  de  dire  que  vos  doctrines 
sont  subversives  de  l'ordre  social ,  sans  courir  le 
risque  d'être  appelé  oligarque?  Tl  ne  me  sei'oilpaS 
|-,ermis  de  démasquer  les  projets  factieux  ,  de  sou- 
mettre à  ma  raison  la  conduite  des  miiiistre<:,  sans 
être  accusé  de  travailler  à  rétablir  la  frodalilé? 
Quelle  logique  1  ISe  diroit-on  pas  qu'il  nV  s  point 
en  France  de  classes  intermédiaires,  et  qu'il  faut 
absolument  proclauier  la  démocratie  absolue  ,  on 
c[ue  la  France  ne  renferme  pliTs  dans  son  sein  quç 
des  seigneurs   et  des   serfs?    Jamais  soUlse  plus 
grande  ne  fut  débitée  avec  plus  d'impudeur  à  une 
nation  qui  se  vante  de  ses  lumières?  Ne  comj)te7- 
Yous  pas  dans  vos  rangs  f^es  nobles  -,  grands  pro- 
priétaires? Loin  de  les  accuser  de  n'être  j'a5  démo- 
ciates,  nous  reconno'ssons  qu'ils  le  sont  5  et,  depuis 
T>ï.  de  Mirabeau  jusqu'à  nos  jours  ,  si  on  éiablîs- 
soit  un  compte  rigoureux,  on  trouveroit  Ixaucoup 
de  nobles  qui  ont  appuyé larévolution,  beaucoup 
de  bourgeois  qui  ont  constamment  combattu  pour 
la   monarcliie.  Si  la  noblesse  a    compté   plus   de 
victimes    des    fureurs    de   la   révolution   q?ie   les 
autres  classes  de  la  société,  faut-il  le  dire  ?  c'est 
quelle  offroit  aJors  plus  de  dépouilles  au  désin- 
téi'essement  des  philanthropes  spoliateurs,  Fst-ce 
dans  un  siècle  remué  de  fond  en  comble  par  des 
0})inions ,    qu'on   peut  n'admeltre    que   des  op'- 
nions  fondées  surdrs  situations?  j\î.  de  Cazes,  fait 
comte,  est-il  plus  oligarque  qu'avant  de  s'être  ranoé 
parmi  les  nobles?   Veut-il  rétablir  la  féodalité? 
Ali!  sans  compter  les  ressources  qu'offre  le  crédit 
public  ,  qu'il  y  a  des  moyens  pliis  prompts  et  plus 
faciles  d'avoir  des  serfs  aujouid'hui  !  Je  vois  desti- 
tuer des  préfets  et  dessous-préfets  plébéiens  qu'où 
remplace  par  des  préfets  et  des  so  is-préfets  titrés. 
La  noblesse  n'est  donc  ici  pour  rien;   l'esprit  de 
servitude  est  tout.    INous  treuvt^ns  cela  dans  les 


(  484  ) 

règles  :  qu'on  agisse  de  même  avec  les  royalistes  ; 
qu  OH  les  reconnoisse  sans  distinction  de  classes 
et  alors  on  saura  pourquoi  on  neles  attaque  jamais 
sans  blesser  la  majorité  de  la  nation. 

Croit-on  nous  trouLleravec  des  pétitions  commo 
à  l'époque  où  la  France  enthousiaste  mnrcboit  à  la 
liberté  sans  connoître  les  sentiers  qu'elle  avoit  à 
parcourir?  Nous  avons  acqviis  de  l'expérience,  et 
nous  l'avons  achetée  assez  cher  pour  qu'elle  nous 
profite.  Il  y  a  six  mois,  nos  ministres  ont  envoyé 
à  Londres  des  hommes  chargés  d'étudier  la  marche 
delà  liberté  de  la  presse  j  cette  marche  est  celle 
du  bon  sens.  Il  n'étoit  pas  besoin  de  traverser  ex- 
près la  mer  pour  apprendre  cela.  Nous  allons  ré- 
véler les  principes  du  gouvernement  représentatif 
sur  les  pétitions  ^  tels  qu'ils  sont  admis  dans  le 
parlement  de  la  Grande-Bretagne.  On  trouvera 
de  même  qu'ils  sont  le  résultat  de  l'expérience  , 
appuyée  sur  une  profonde  connoissance  du  mou- 
vement de  la  société'. 

En  Angleterre,  une  pétition  individuelle  attire 
toujours  l'attention  de  la  Chambre.  Pourquoi  ? 
C'est  que  cette  pétition  représente  ne'cessairenïent 
unintéj'ét,  et  que  les  pouvoirs  delà  société  ne  sont 
constitués  que  pour  défendre  désintérêts.  Au  con- 
traire, une  pétition  couverte  de  vingt,  de  trente 
mille  nomS)  n'y  est  considérée  que  comme  le  vœu 
àUxuiefacLion ,  et  dès  lors  on  évite  d'y  attacher  du 
prix,  parce  qu'il  est  juste  de  présumer  que  tous 
ceux  qui  n'ont  pas  signé  la  pétition  sont  d'un  avis 
opposé,  et  qu'autrement  on  s'exposeroit  à  sacrifier 
la  majorité  calme  et  conlîante  à  la  minorité  turbu- 
lente et  factieuse.  Tous  les  ans,  les  ouvriers  de 
Birmingham,  de  Bristol,  signent  par  milliers  des 
pétitions  dont  la  Chambre  des  Communes  s'oc- 
cupe à  peine-.  Dès  qu'il  s'agit  d'intérêts  collectifs  , 
il  n'appartient  qu'aux  pouvoirs  constitués  d'exa- 
miner si  ce  qui  serait  cfTectivement  à  l'avantage 


(  485  ) 
ùcs  uns  ne  nuiroit  pas  à  d'antres ,  et  ne  drangevoit 
pas  l'ensemble  des  calculs  de  radministvatioii  joéiié- 
«éi'ale.  Cette  conduite  prudente  est  plus  rigou- 
reusement soutenue  encore  quand  il  s'agit  d'inté- 
rêts politiqites ,  dans  lesquels  le  peuple  ne   doit 
Jamais  intervenir  direetcinent ,  surtout  dans    un 
gouvernement  où  trois  pouvoirs  sont  constitués 
pour  défendre  ses  libertés,  et  où  un  de  ces  pou- 
voirs reçoit  périodiifuement ,  par  élection,   une 
mission  spéciare  et  sans  réserve.  Que  seroient  les 
membres  d(;  la  représentation  de  tous  les  intérêts 
là  où  la  nation  interviendroit  elle-même  d.'jns  les 
questions  politiques,  autrement  que  parla  liberté 
delà  pi'esse?    jNous  l'avons  vu  en 'France.,  Cette 
représentation   ne   seroit  plus  ({u*un  iustrument 
entre  les  mains  des   faitieuv.   Cette  observation 
nous  explique  pourquoi  des  millions  de  noms  mis, 
depuis  tant  d'années,  au  bns  de  pétitions  qui  de- 
mandent en  Angleterre  nna  réforme  parlemen- 
taire,  ont   cependant  laissé   jusqu'à  ce   jour  les 
tîioses  telles  (ju'eiles   sont  depuis  des  siècles.   Et 
cependant  cette  Chambre  des  Communes,  si  ferme- 
contre  un  assemblage  de  noms  quêtes  au  hasard  ,. 
îie  laisse  jamais  passer,    sans  nue  discussion   pro- 
fonde, une  petilicJi  présentée  au  nom  d'une  cor- 
poration. Que  cette  distinction  est  sage  !  Uae  cor- 
vGvalion  se  présente  conMue  une  unité ^  elle  a  des 
intérêts  personnels  à  conserver,  par  conséquent 
des  dangers  à  coiu'ir,  et  sa  position  répond  qu'elle 
sera  modérée  dans  ses  demandes,  ctsurtout  qu'elle 
ne  s'e'cartera  ])a3  dri  res]>ect  dû  au  pouvoir.  Ce  qut^ 
€xige  impérieusement  que  la- Chambre  djes  Com- 
munes traite  avec  hauteur  les. pétitions  collectives^ 
c'est  que  si  elles  attaquoient  la  dignité,  rindépen- 
dance  du  jjarlement,  le  jiarlentent  ne  povirroit 
pixnir  l'insoRnce  des  pétitionnaires.  Ce  poiî>t  est 
iiïmortant.  L'histoire  d'Angleterre  offre  de  aoni-- 
i)a:eux  exemples  de  corporations  privées  de  ieura^ 


pî'N'Ilé^es  par  la  ChTmljie  des  Communes,  pour 
lui  avoir  innnquc  de  respect.  P'innquer  de  respect 
envers  un  pouvoir,  c'est  tiabir  la  vérité  en  implo- 
rant son  secours.  Il  n'v  a  pas  huit  jours  encore 
qu'un  pétitionnaire  a  été  envoyé  flireclcment  c\\ 
prison  ,  par  ordre  de  la  CliamLre  des  Communes, 
pour  avoir  proJu.it,  parmi  les  pièces  jointes  à  sa 
pétition  ,  une  lettre  qui  contenoit  des  faits  con- 
trouvés  et  des  expressiois  iuoonvenr.ntes. 

Si  la  CliatnLre  des  Communes  a  su  établir  son 
pouvoir,  nous  ven^ons  d'en  exposer  les  causes.  In- 
aéjiendaale  du  Roi  qui  ne  peut  que  la  casser,  elle 
est  indépendante  du  peuple  qui  n'a  d'action  sur 
elle  oue  par  les  élections;  il  seroit  élran;i^e  que  le 
Roi  re.s^>ictHt  l'indépendance  du  parlement,  et  que 
desTacliei-i'i  nussent  la  vinleravec  desj^t'titions.  Oue 
l'on  compare  ces  vérités  d'expérience  à  la  loihlesse 
de  rAss_e;nblée  Constituante  ,  etsurtout  des  assem- 
blées qui  l'ont  suivie;  on  trouvera  que  leur  avi- 
lissement est  venu  particulièrement  des  pétitious 
collective"?  q-ii  peuvent  être  insolentes  impuné- 
ment ,  puisqueilâs  sont  l'ouvraq^e  d'une  cohue, 
çt  ne  restent  sous  la  responsabilité  de  personne. 
Conçoit-on  qu'un  pouvoir  reste  pouvoir,  quand 
on  ])eut  le  braver,  l'humilier,  le  menacer,  sans 
qu'il  aitaucr.n  moven  de  venger  sa  dioruité?  Tel 
est  cependant  le  sort  de  toute  assemblée  délibé- 
lante  qui  com])teroit  les  noms  au  bas  d'une  péti- 
tion comme  autant  d'arguniens,  et  qui  ne  senti- 
roit  pas  que  limmense  majorité  qui  se  tait  est  la 
■véritab  c  nation,  confiante  dans  les  députés  qu'elle 
a  choisis,  et  qui  ,  par  cela  même  ,  s'interdit  d'in- 
tervenir dans  les  (juestions  politiques  dont  elle  a 
remis  la  discussion  et  la  décision  à  ses  élus.  Les 
indépendans  font  ici  une  faute  gfrave  et  une  laute 
inutile,  puisqu'un  nxillion  de  noms,  quand  on 
parvicndi'oit  à  les  rassembler,  ne  pourroient  rien 
contre  le  vœu -de  la  majorité  impassibie. 


(  4>^7  )  ^ 
Nous  avons  cru  le  moment  favorable  pour  expo- 
ser les  véritables  doctrines,  afin  que  les  poiwoirs 
<le  la  société  sachent  j^jroiiter  des  circonstances 
pour  s'établir  entin  dans  tous  leurs  droits  et  dans 
toute  leur  dignité.  Les  ;»gitations  ne  sont  dan- 
"oetiscs  (ju'où  les  j)Ou\oi)S  sont  loibles,  passions- 
nés  et  ignoransj  quand  ils  possèdent  les  qualités 
contraires,  les  agitations,  loin  de  déranger  l'ordre 
établi  ,i'aiFerinissent.  Lt  c'est  tout  ce  qui  distingue 
les  hlals  libres  des  Etats  despotiques. 

S'il   étoit  vrai   comme   on   nous   l'assure  (ruais 
nous  relusonsde  le  croire)  que  des  pvelels  eussent 
déjà  donné   des   dîners   contre  la  proposition  de 
M.  Barthélémy,   accueillie  jiar  qualre-vingt-dis- 
liuit  pairs  j  s'il  étoit  vrai  que  des  pélilions  arrivées 
de  Paris  eussent  été  prodtiilcs  au  desseitj  sil  étoit 
vrai  que  des  personnages,  aussi  granfls  que  l'homme 
qui  pleure  et  qui  rit  successivement  sur  les  dan- 
gers que  courent  la  révolution  et  la  monarchie  , 
lussent  arrivés  de  Paris,  au  moment  où  on  ser- 
voit  le  caté  ,  pour  employer  leur  influence  à  grossir 
le  nombre  des  noms  à  -mettre  au  bas  de  ces  péti- 
tions, nous  plaindi'ions  le  ministère.  En  donnant 
des  exemples  dangereux  ,  il  s'expose  à  voir  péti- 
tionner les  iaetieux  pour  demander  son  renvoi , 
pour  exiger  le  renversement  de  l'ordre  établi,  et 
réclamer  la  convocation  d'une  Convention  natio- 
nale. jNous  prouverons  tout  à  l'heure  que  nous  ne 
prévoyons  rien  qui  ne  soit  déjà  accompli.  Fasse  le 
ciel  que  les  pétitionnaires  ne  demandent  pas  plus, 
ainsi  qu'ils  l'ont  iait  en  1793!  Dans  cette  carrière, 
iï  est  difficile  de  s'arrêter;  dès  que  le  peuple  a  agi 
une  lois  comme  souverain  actif,  il  ne  se  laisse  dé- 
trôner que  de  lassitude.   Mais  nous  avons  pleine 
conUance  dans  la  Chambre  àcs  Députés  comme 
dans  la  (Chambre  des  i  airs  ;   elles  sentiront  qu'il 
y  va  de  leur  indcpen^lance,  et  que  toutes  ces  ten- 
tatives ne  peuvent  être  réprimées  avec  plus  de 


(  m  •) 

succès  que  quand  les  passions  populaires  ne  sont 
pas  encore  en  fei-inentnlion.  Or,  il  est  incontes- 
table que  nous  parodions  l'année  1792,  mais  qne 
nous  n'y  sommes  pas.  Qu'on  respecte  les  libertés 
publiques  ,  on  sera  fort  contre  l'esprit  de  faction; 
ce  sont  les  tentatives  imprudentes  de  pouvoir  ab- 
solu, les  lois  arbitraires,  la  hauteur  inconsidérée 
avec  laquelle  les  ministres  se  sont  souvent  expri- 
més à  la  tribune,  qui  ont  un  moment  troublé  les 
esprits,  mis  les  hommes  elles  partis  dans  une  posi- 
tion fausse  :  il  faut  rentrer  dans  la  vérité,  en  com- 
m.enç.ant  par  i-econnoître  c|ue  la  première  garantie 
des  libertés  publiques  est  dans  l'action  des  pou- 
voirs de  la  société  ,  dégagée  de  toute  influence 
extérieure, 

Nous  donnerons  des  anecdotes  positives  sur  le 
secret  de  ces  pétitions,  et  sur  les  scènes  ridicules 
qu'elles  auront  amenées.  Nous  pouvons  déjà  af- 
^rmer  que  la  pétition  signée  par  les  avocats  de 
Paris,  c'est-à-dire  parla  vingt-troisième  partie 
4es  avocais  de  Paris  ,  ne  se  distingue  que  par  trois 
fautes  d'orthographe  si  grossières,  qu'on  a  de  suite 
(leviné  que  le  modèle  en  a  été  fourni  par  deux 
Lorames  qui  ne  sont  pas  aussi  Français  qu'ils  le 
disent,  et  dont  un  n'est  pas  si  orthodoxe  qu'il  le 
croit. 

Mais  abandonnons  ces  misères,  et  reprenons  la 
défense  des  hommes  monarchiques  au  point  oii 
nous  l'avons  laissée  ,  afin  de  prouver  que  l'opir 
nion  publique  leur  est  revenue  tout  entière  ,  à 
ïnesure  que  leurs  ennemis  ont  découvert  les  dé- 
sastreux projets  qu  ils  ont  conçus.  ÎVos  preuves 
sont  disséminées,  dans  leurs  écrits  5  nous  avions  pris 
la  peine  de  les  rassembler  j  mais  un  publicrste  iu<- 
dépendant  vient  de  publier  un  manifeste  qui  le^ 
contient  toutes  ;,  et  nous  le  remercions  d'avoir  eu 
celte  attention  pour  nous. 

M.  Cojaalej  avocat  (&aus  doute  le  célèbre  assa- 


(  4B9  ) 
eié  du  célèbre  M.  Dunoyer,  aussi  avocat)  vient 
de  lancer  dans  le  public  une  brochure  de  vingt 
pages ,  avant  pour  titre  :  Dissolution  des  Chambres , 
ou  nécessité  cVun  appel  à  la  Nation.  INous  ferons 
remarquer  que  le  mot  Roi  et  le  mot  royauté  ne  se 
trouvent  lias  une  fois  dans  cet  écrit,  qu'il  n'est 
question  que  du  ministère  ou  du  gouvernement, 
ce  qui  est  la  même  chose  pour  certains  esprits, 
ainsi  que  nous  l'a  confirmé  dernièrement  M.  le 
j)résident  du  conseil  des  ministres.  Dans  l'Appel 
à  la  Nation  ,  voici  donc  la  royauté  hors  de  ligne 
d'une  manière  indirecte  5  mais  la  Chambre  des 
Pairs  est  supprimée  d'une  manière  très-directe; 
car,  dans  le  litre  de  son  livre,  INI.  Comte  demande 
positivement  la  dissolution  des  Chambres  5  et, 
dans  son  livre,  il  ne  parle  que  de  la  formation 
d'une  Chambre.  C'est  là  que  tendent  en  effet  les 
indépendans  purs,  et  ils  ne  sollicitent  avec  tant 
d'ardeur  une  augmentation  en  masse  de  pairs  de 
France,  que  parce  qu'ils  savent  qu'on  ne  peut 
renverser  que  les  pouvoirs  déconsidérés  dans  Topi- 
nion  publique:  et  ils  voudroient  avilir  la  pairie, 
pour  la  détruire  ensuite  avec  moins  d'efforts.  ]Nou5 
n'avons  jamais  partagé  les  craintes  répandues  à  cet 
égard  dans  le  public;  nous  estimons  encore  assez 
le  ministère  pour  croire  qu^il  n'est  pas  sans  réserve 
sous  la  direction  de  la  Minerve ,  autrement  il  se-^ 
roit  perdu  sans  ressource  auprès  de  la  France 
impartiale  On  a  menacé  d'une  fournée  de  pairs, 
pour  voir  si  la  constance  des  pairs  en  posses- 
sion en  seroit  ébranlée;  et  la  France  entièi'e 
est  aujourd'hui  témoin  que  l'indépendance  des 
opinions  n'en  a  pos  été  un  seul  instant  altérée 
dans  la  Chambre  haute.  De  même,  et  par  les 
mêmes  motifs,  on  répand  le  bruit  delà  dissolu- 
tion constitutionnelle  delà  Chambre  des  Députés. 
Nous  prenons  sur  nous  d'affirmer  que  la  Chambre 
actuelle  des  Députés  ne  sera  pas  dissoute  ;  et  nous 


(  490  ) 
l'affivniOHs  parce  que  nous  en  savons  autant  en 
politique  (si  nous  n'en  savons  pas  plus)  que  ceuK 
qui  font  courir  ces  bruits.  (Quelques  uns  de  nos 
ministres  resseinj)jent  aux  eniaus  qui  seroient 
assez  tentés  de  jouer  avec  le  leu^  mais  qui  ne 
i'osent  pas  ,  dans  Ja  crainte  de  se  Lrnler. 

Pour  sauver  la  France,  selon  iM.  Comte,  il  no 
faut  que  dissoudre  les  Cliaiubies,  en  convoquer 
une  seule  composée  de  sejjt  cents  membres,  re- 
noncer à  l'article  de   la  (■liarte  qui  veut  que  les 
députés   aient   quarante   ans,    ne    pas  les  paver 
comme,  les  conventionueis,    mais  leur   accoixler 
une  indemnité  en  ar^^ent ,  ce  qui  est  très-dittéreut  5 
et  comme  ils  auront  été  élus  par  suite  d'un  appel 
au  peuple,  qui  signitiera  apparemiucnl  que  le  lioi 
de  Irrajice  ne  peut  pas  gouverner  la  Fiance,   ils 
nous  sauveront  à  la  manière  de  toute  assemlilée 
dans  laquelle  tous  les  pouvoirs  sont  confondus, 
c'est-à-dire,  comme  nous  a  sauvés  la  Convention 
naiioucJe  de  sauglaute  méjnoire.  .vlais,  pour  que 
cette   i>sseuiblee  unique   reni|>lisse  sa  drstinée,  il 
t'st  deux  conditions  bien   essentielles  à  observer 
dans  le  choix  des  députés  :  la  preuiitre  ,  c'est  qu'ils 
ne  seront  pas  pris  parmi  les  royalistes,  parce  qix'ils 
ont  de  vieilles  injures  à  venger;  la  seconde,  c'est 
qu'ils  ne  seront  pas  pris  parmi  ceux  qui  ont  servi 
la  France  sous  le  gouvernement  impérial ,  parce 
qu'ils  out  contracté  un  amour  excessif  du  pou- 
voir. ISous  demandons  ici  à   jl.  le  marquis  i)es- 
sole  si  c'est  nous  qui  sommes  les  exclusifs,  et  si , 
au  contraire,  nous  ne  somjnes  pas  exclus  en  masse 
parles  indépcndans  comme  par  le  gouvernement 
du   Hoi.    F.n    repjussaiiL   ceux    qui    out    toujours 
voulu  l'unité  et  la  légitimiLé,  en  repoussant  avec 
une  égaie  violence  ceux  qui  ont  admis  l'unité  de 
Buonuparte  ciinme  moyen  de  sortir  la  France  du 
bourbier  révolutionnaire   dans  lei{uel  elle   étoit 
enfoncée,  que  reste-L-il?  Les  républicains.  C'esi 


(  49^  ) 
en  efTet  le /Jei//;/t?  par  excellence  auquel  M.  Comte, 
avocat,  conseille  de  faire  nn  apjiel  pour  sortir 
des  dangers  qui  menacent  la  moii;-i-cliie.  Il  est 
certain  qu'à  cette  condition  la  monnrcbie  n'auroit 
bientôt  plus  de  dangers  à  courir.  Ce  qu'il  v  a  de 
plaisant ,  c'est  que  l'auteur  s'adresse  souvent  aux 
ministres  du  Roi  de  France,  pour  leur  prouver 
qu'ils  n'ont  rien  de  mieux  à  iaire.  Pauvres  mi- 
nistres! quelle  idée  avez-vous  donc  donné  de  vous 
à  ceux  dont  vous  avez  si  sou\(  nt  reclamé  l'assis- 
tance, et  avec  lesquels  un  de  vous  a  proclamé 
dernièrement  une  sainte  alliance  à  la  tribune  de 
la  Chambre  des  Députés,  alliance  coniirmée  deux 
joui'S  a])rès  dans  le  Alouitcur  par  des  cris  iurieux 
poussés  contre  les  royalistes.  Sommes-nous  donc 
si  coupables  de  ne  pas  vouloir  une  Convention 
nationale  ,  et  de  c..)ire  que  ,  depuis  rélablissenient 
de  là  Gliarte  rovalc  donnée  à  tous  les  Français , 
il  ne  faut  exclure  ni  les  royalistes  ,  ni  ceux  qui  ont 
servi  la  France  quand  ils  ne  pou\  oient  servir  le 
Roi? 

Pourquoi  donc  la  proposition  de  ]M.  Bartlié- 
lemy  et  l'attitude  de  la  Chambje  des  Pairs  mel- 
tent-elles  l'esprit  àes  patriotes  exclusifs  dans  une 
v«i  grande  agitation  ,  et  pourquoi  Vultimutuin  de 
ces  ÎNlessieurs  qui  veulent  rétablir  la  république 
par  Tintermédiaire  d'une  nou\  elle  Convention 
nationale,  nous  lait -elle  sourire?  ]Ne  sei'oit-ce 
pas  parce  que  la  proposition  du  noble  pair  est  sage 
et  constitutionnelle,  que  l'altitude  de  la  Chambi'e 
des  Pairs  a  le  calme  qui  convient  à  un  pouvoir 
intervenant  pour  des  intérêts  mis  sous  sa  protec- 
tion ,  taudis  que  les  brochures  des  patriotes  exclu- 
sifs sont  si  folles  tant  que  le  Roi  de  France  «st  sur 
son  trône,  et  que,  d'un  mat,  il  peut  encore  les 
replonger  dans  la  nullité  dont  ils  ne  sont  sortis 
que  par  les  fautes  du  minis^tèi'C,  qu'il  nous  est  im- 
possible 4'AV,oir  la  «noiiid^  alaxme  ?  Expliquons- 


(  49^  ) 
nous  cependant  :  jamais  nous  n'avons  craint  pour 
nous  5  mais  souvent  nous  avons  tremblé  pour  la 
staLîlité  de  Ja  monarchie.  L'exemple  du  pas5é  n'é- 
toit  pas  propre  à  nous  rassurer  ;  et  Fincapacité  mi- 
nistérielle, qui  a  amené  le  20  mars,  est  assez  riche 
encore  pour  faire  redouter  des  événemens  equiva- 
îens.  Nous  l'avons  dit  quelque  part  :  nous  aimons 
les  fautes ,  parce  cju'elles  profitent  toujours  à 
quelqu'un.  Les  fautes  des  patriotes  exclusifs  sont 
assez  graves  pour  compenser  les  fautes  des  minis-r 
très  :  c'est  beaucoup  ;  et  les  hommes  monarchi-. 
ques,  toujours  en  butte  aux  uns  comme  aux  autres, 
acquérant  de  l'expérience  par  le  rôle  d'observa- 
teurs auquel  on  les  a  réduits,  de  l'intérêt  par  la 
persécution  qui  les  poursuit,  reprennent  Tasceù-- 
dant  qu'ils  n'ont  pu  perdre  qu'à  l'époque  où  on 
s'étoit  arrangé  pour  les  calomn>.'r  sans  qu'ils  pus-, 
sent  répondi'e  :  le  Consen^ateur  existe,  et  la  France 
s'en  aperçoit. 

Le  2  de  ce  mois,  la  discussion  s'est  ouverte  à  la 
Chambre  des  Pairs  sur  la  proposition  relative  aux 
modifications  dont  seroit  susceptible  la  loi  des 
élections;  le  nombre  des  votans  étoit  de  i.53;  5:j 
voix  ont  été  pour  proclamer  que  notre  situation 
est  si  parfaite  qu'il  n'y  a  rien  à  améliorer  5  98  voix, 
au  contraire,  ont  voté  pour  des  améliorations. 
Aux  termes  de  l'article  XX  de  la  Charte ,  la  réso- 
lution qui,  par  le  vote  de  la  majorité,  est  devenue 
le  vœu  de  la  Chambre  des  Pairs,  sera  envoyée 
dans  dix  jonrs  à  la  Chambre  des  Députés. 

Le  résultat  de  toutes  les  menaces  iud:écentes 
faites  contre  Tindépendauce  des  pouvoirs  de  la 
société,  a  donc  été  d'augmenter  le  nombre  des 
votans  en  faveur  de  la  proposition  de  M.  Barthé- 
lémy. Cela  pouvoit-il  être  autrement  dans  une 
Chambre  composée  de  l'élite  de  la  nation?  Est-ce 
que  les  Français  dignes  de  ce  nom  reculent  devant 
des  meuaces  ;  et  les  fonctioûs  politiques  n'oat-elles 


pas  aussi  leur  courage  et  leur  point  cl  honneur? 
Si  le  ministère  ctoit  assez  i.'ipruclent  pour  faire 
une  fournée  de  pairs  ,  il  est  probable  que  les  der^ 
niers  venus  se  ti'ouveroient  accablés  sous  le  poids 
dc3  combinaisons  qui  les  auroient  appelés,  et  qu'ils 
resteroiont  seuls  pour  former  une  niinorilé  tou- 
jours distincte.  L'opinion  publique  est  une  puis- 
sance avec  laquelle  on  ne  compose  pas..  Qu'on 
renonce  aux  petites  considérations  mortelles  pour 
les  assemblées  politiques  ,  qu'on  avance  avec  calme 
dans  la  li^ne  du  devoir,  on  trouvei'a  que  le  mou- 
vement révolutionnaire  actuel,  la  féodalité  et  le 
pouvoir  absolu  sont  des  fantasmap^ories,  et  qu  il 
n'y  a  de  vivant  dans  notre  nation  que  l'amour  de 
la  royauté  et  de  la  liberté. 

J.  FlÉVÉE. 


MÉLANGES, 

T)ans  une  société  nombreuse  où  on  discutolt  la  pro- 
position de  M.  le  marquis  Barthélémy,  la  majorité 
s'est  beaucoup  amusée  d'une  nuance  d'opinion  remar- 
quable entre  les  opposans  :  les  uns  vouloienl  faire  re- 
culer les  partisans  de  la  proposition  en  annonçant  que  , 
dans  certaines  provinces,  la  cocarde  blanche  étoit  de- 
venue verte,  que  le  drapeau  blanc  éloit  déjà  couleur 
de  sang,  et  qu'il  y  alloit  avoir  des  insurrections  partout. 
Les  autres,  qui  ne  veulent  ni  d'insurrections,  ni  de 
menaces  d'insurrections  parce  que  cela  peut  faire  peur 
à  d'autres  qu'aux  royalistes,  nioient  tout  mouvement, 
tout  changement  de  couleur  ;  mais  ils  en  appeloient  à 
l'opinion  public[ue.  Les  premiers  sont  accoutumes  à 
marcher  avec  les  révolutions ,  les  seconds  avec  des 
intrigues. 

—  On  assure  que  ceux  de  Panlin  sont  pour  un  chan- 
gement dans  la  loi  des  élections,  que  ceux  de  Saint% 
Ouen  sont  contre,  et  que  ceux  de  Bagnolet  sont 
neutres  ;  nous  n'osons  affirmer  des  nouvelles  aussi 
importantes.  Mais  nous  pouvons  répondre  que  ceux 


(  494  ) 

fie  la  Bourse  ont  cric  comme  si  l'ascendant  de  la  prc- 
priëtë  étoit  le  renversc.'.ent  nécessaire  de  l'oligarchie 
financière-  Les  fonds  publics  ont  baissé  à  la  fin  du  mois 
à  Paris  et  à  Londres,  et  par  les  mêmes  causes,  c'est- 
à-dire  parce  que  les  emprunts  sont  plus  nombreiix  en 
3£urope  que  les  capitaux,  et  que  les  fins  de  mois  sont 
une  époque  où  le  crédit  se  réalise  en  écus.  Les  fonds 
publics  ont  remonté  au  commencement  de  mars  à 
Paris;  on  s'y  attendoit,  parce  que  ,  pour  les  tenir  en 
baisse,  il  en  aurolt  plus  routé  aux  seigneurs  féodaux 
lie  la  trésoreiie  que  pour  les  maintenir  en  hausse,  il  n»" 
a  toujours  quelque  chose  de  rassurant  en  politique  avec 
ceux  qui  ont  quelque  chose  à  pC'dre  ;  car  enfin  on  est 
de  son  siècle  :  on  tient  beaucoup  à  ses  opinions  ,  mais 
on  tient  plus  encore  à  ^gner  de  l'argent.  Heureuse 
combinaison!  qui  fuit  sortir  une  certaine  modération 
d'une  certaine  rupidilé. 

—  Le  dernier  Numéro  de  la  Minerve  nous  annonce 
une  grande  nouvelle  :  k  Mercredi  soir ,  A  1  issue  du 
»  conseil  des  ministres  ,  M.  le  général  Dessole  s'est 
»>  rendu  chez  M.  Lafille  ;  une  heure  après  ,  tout  Paris 
f>  en  étoit  informé.  »  La  Minen?e  ajoute  qu'on  s'atten— 
doit  que  celte  démarche  auroil  une  suite,  que  cinq 
jours  se  sont  écoulés  ,  et  que  rien  ne  s'est  fait  encore. 
L.a  suite  naturelle  de  celte  démarche  etoii  que  M.  La- 
fitte  se  rendit^  à  son  tour,  chez  M.  le  général  Dcssole  ^ 
afin  de  ne  pas  être  en  arrière  de  poliiosse  avec  lui  ;  et 
si  M.  Lafitte  a  été  cint]  jours  sans  faire  porter  une  carte 
de  visite,  nous  concevons  rétonncment  de  la  Minen>e. 
jNlais  qui  jamais  auroit  rensé  que  /aMirien>e  descendroit 
à  n'être  plus  qu'un  journal  d'éliquetle  poui  la  Chaussée- 
d'Amin  ? 

—  On  dit  qu'on  a  formé  nne  école  à  la  Lanraster 
dans  une   chambre  basse  du   ministère  de  l'Intérieur» 

'  pour  y  donner  des  leçons  d'administration  à  la  mode 
aux  préfets  et  aux  sous-préfets  nouvellement  nommés  ; 
on  ne  pouvoit  appliquer  plus  à  propos  h  découverte 
de  l'enseignement  muiuel.  On  a  promis  de  nous  com- 
muniquer les  leçons  ;  nous  les  publierons,  afin  qu'il 
y  ait  des  préfets  et  des  sous-préfets  tout  formés  quand 
les  autres  n'en  pourront  plus. 


(  495  ) 
—  Les  Etais-Unis  d'Amérique   ont  toujours   con- 
servé une  profonde  reconnoissance  pour  les  souverains 
de  l'f'urope  (|ui  les  ont  si  puissamment  aidés  à  obtenir 
leur  indépendance.  Dans  un  dîner  donné  à  Paris,  pour 
célébrer  ranniversaire  américaine  ,  dîner  où  se  trouvoil 
le  héros  des  Deux- Mondes  ,  un  docteur  a  porté  le  toast 
suivant  :  «  Aux  jeunes  républiques  de  l'Amérique  du 
j>  Sud  ;   succès  à  leurs  efforts.  »    Ceci  est  un  remercî- 
ment  à  l'Espagne.  En  voici  un  plus  expansif ,  contenu 
dans  un  toast  porté  par  le  colonel  ()-Connor  :  •'  A  la 
M  propagation  des  institutions  républicaines  ;  à  la  des- 
))  truction  de  la   tyrannie  et  de  ['aristocralfe  dans  tout 
M  l'univers.  »>    Peut  on  être  plus  lil)éral?  Si  les  Fran- 
çais qui  sont  à  Philadelphie,  en  célébrant  l'anniversaire 
de  la  rentrée  des  Bourbons  en  France,  s'avisoient  de 
boire  à  la  destruction  de  toutes   les  républiques,   on 
crieroit  au  scandale,  et  on  auroit  raison  ;   mais  on  ne 
trouveroit  pas  en  Amérique  un  seul  journal  qui  voulut 
l'imprimer.  A  Paris,  on  n'est  pas  si  difficile;  le  Journal 
du  Commerce  s'est  chargé  de  transmettre  le  vœu   hos- 
lile  t\es  patriotes  an.éricains  aux  patriotes  exclusifs  de 
l'univers.  J.  F. 


C'est  par  inadvertance  qu'en  annonçant  avec  éloge ,  <lans 
notre  Herniiîre  Livraison,  ia  Héponse  d\in  Hnjalifstc  à  fccrit  de 
M.  Bcniainin  Constant^  on  a  néglige'  de  dire  fju'elle  se  vendoit 
26  centimes,  chez  le  Normant  et  les  principaux  libraires  du 
Palais-Royal.  I.e  succès  toujours  croissaHt  de  cette  Réfutation 
nous  engage  à  réparer  celte  omission. 

—  On  vient  de  mettre  en  vente  les  ouvrages  suivans  : 
Tlie  Kitiii,  cun  do  no  IVrong:  Le  Roi  ne  p.-ul  jamais  avoir  tort  ; 
le  Roi  ne  peut  mal  faire.  Par  IM.  lMari;;nic,  ancien  inspecteur' 
général  de  l'Instruction  publique,  pensionnaire  du  Roi.  che- 
valier de  Tordre  royal  de  la  Lét;ion-d'Hui.neur.  Broch.  in-8°. 
Prix  :  I  fr.  5o  c. ,  et  i  fr.  78  c.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  le 
Normant,  rue  de  Seine,  n°  8,  et  quai  de  Conii ,  n°  5. 

Mémoires  hisioriques  relatifs  à  la  Fonte  et  ii  V Elévation  de  la 
Statue  écjuestrc  de  Henri  IV  sur  le  tcrrc-plein  du  Pont~Neuf,  a 
Paris,  avec  des  gravures  à  l'eau-forte  repre'sentant  l'ancienne 
et  la  nouvelle  Statue;  dédies  au  Roi  par  M.  Ch.  J.  I-aloiie, 
conservateur  des  monumens  publics  de  l'aùs.  Avec  cette  épi- 
graphe :  Cii'ium  pietas  restituit.  Un  vol.  in-8''  de  ^oo  pages,  br. 
Prix  -.  8  fr. ,  et  9  fr.  5n  c.  franco.  A  Par'S,  chcï  le  Normant, 
rue  de  Seine  ,  n*^  8 ,  et  quai  de  Conti ,  n°  5. 

Cet   Ouvrage,  publié  par  ordre  de  S-  Exe.   le  ministre  sq- 


^   (  49'^^  ) 

crélaîre  d'Et.it  de  l'inlërleur,  comprend  :  i»  une  Inlroduction 
où  l'on  jefte  un  coup  d'oeil  rapide  sur  l'art  de  la  Fonte  chez  le» 
anciens,  sur  les  Statues  anciennes  et  modernes,  avec  un  Aperçu 
de  la  renaissance  de  l'art  en  Italie;  2  l' Histoire  de  la  première 
Statue  de  Henri  IV;  3"  enfin  celle  du  Monument  qui  a  été 
dernièrement  élevé  à  ce  Prince  par  le-vœu  et  les  dons  de  tous 
les  Français. —  L'Ouvrage  est  suivi  d"un  Appendice  qui  ren- 
ferme toutes  les  Pièces  officielles  rclativ  s  à  !a  Souscription  .  à* 
la  Fonte  et  à  l'Elévation  de  ce  Monument .  ainsi  qu'aux  Céré* 
monies  dont  il  a  été  l'occasion.  Il  est  terminé  par  la  Liste  géné- 
rale, par  Département  et  par  ordre  alphabétique,  de  tous  les 
Souscripteurs  qui  ont  concouru  à  son  rétablissement. 

AVIS. 

Les  Personnes  dont  la  Souscription  finit 
avec  le  tome  second  (26^  Livraison),  et  qui 
sont  dans  l'intention  de  souscrire  pour  le 
troisième  volume  ^  sont  invitées  à  vouloir  bien 
faire  parvenir  leur  renouvellement  dans  le 
courant  de  mars ,  si  elles  veulent  éviter  tout 
retard  dans  l'envoi  de  leurs  Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont 
aussi  priés,  pour  prévenir  toute  erreur, 
d'écrire 'leurs  Jioms  et  leurs  adresses  bien  li- 
siblement,  et  surtout  de  ne  pas  oublier,  comme 
cela  est  arrivé  plusieurs  fois,  d'indiquer  le  lieu 
de^  poste  par  lequel  ils  sont  servis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencement 
dun  volume. 

La  première  Livraison  du  troisième  volume 
paroitra  dans  les  huit  premiers  jours  d  avril. 

Le  prix  du  troisième  volume  est  de  i!^fr. 
pour-  la  souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés, 
franc  de  port ,  à  M.  Le  Normant,fds,  Editeur 
du  Conservateur,  rue  de  Seine,  n°^,  F.  S.  G. 


IMPRIMERIE  DE  LE  NORMAWT.  RUE  DE  SEINE, 


Tome  TL 


Tliip^t-quatj^ième  Livraison. 


i 


Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens. 


i 


Mars  1819. 


O) 


9 


I 

i 

i 


ON  SOUSCRIT  ; 


A  Paris,  chezLENoRMANT  fils  ,  Edifeur,  ruo  do  Seine,  n«8j 
Et  clicz  les  Libraires  des  Dcparlemons,  ci-dessous  désignes  : 


Angers, 


Ahbevllle,  riiez  Grare. 
At^e:.,  Noiibr!. 
Alençon,  Bonvoust. 

\  Fourrier-Maine. 

)  Pavie. 
Argentan,   I-erresne. 
Auxerre,  Fr.  Foiirpiier. 
Avij^non  ,  Seçuin  aiiMÎ. 
Bayeux,  Groult. 

Bayonne,     |  ^""'"«i- 

Bi  Poruuier. 
eauvais,     <  ,.,    ?     j. 

I  IJesjardins. 

Besançon,  Girard. 

Bordeaux.   P'"  Berge ret. 

I  Ijassiol, 
Brest    ^  ï-<''^f>"'JnierelDespe'rîers. 

'  i  Michel. 
Caen ,  IManoury  aîné'. 
Cambrai,  Bertout. 
Chàlons-sur-Saône,  Dej   ssieu. 
Charleville.  Ch.  Raucourt. 
Chartres.  Hervé. 
Cleimont -Ferrand  ,    Thibaull- 

Landriot. 
Dijon,  Coquet. 
Dc.sai  ,  Tarlier. 
Grenoble,  Durand. 
Laval  .  Grandpre'. 
Lille.  Vanackere. 
Limoges,  Baibou-Desrourières. 
Lons  le-Saulnier,  Ballaud. 

(  T.ie!>aux. 

)  Maire. 
Lyon  ,      \  l^<- risse  frères. 


\  i  <■  risse  fr 
j  Mi.sind. 
l  Bohaire. 


Au  Mans, 
ÎNLirseille. 


Belon. 

Pesche. 

Camoin  frères. 

Mnsvert. 
(  Chaix. 
INIclz,  riiez  Dcvilly. 
IMonlauban,  i.a  Forguc. 

Ml     ir-         \   Seguin, 
ontpcllier,   <  »-c  ,»       -n 
^  /    *     Durville. 

Nanci,  V  Bontonx. 

TV      ,  \  Busscuil  aine. 

iSantes,    ^  ,,  ... 

/  ijusscnil  leiiiie. 

Nîmes.   Gatide  fils. 

Niort,  ]N]n"'  E    Orillat. 

Ninies.  Melqiiiond. 

Orléans,  iMonreau, 

Perpignan,   AIzine. 

Poitiers  ,  Barber. 

Quiniper,  Cbnpalain. 

I  M"'=  Bloiiet. 
Rennes,     s  Rime  ye  Frout. 

'  M"e  Valar. 

La  riocîielle,  Pavie. 

Pvodez  ,  Carrèrc. 

T>  i  Frrre  aîné. 

'    (   Renault. 

Sauniiir  ,  Degouv  aine. 

c.      1  \  l.pvrault. 

»    (  rcvrK  r. 

Saint-Brieiic  ,  Prudhomuie. 

/  Si'uac. 

rr      ,  I  Piunet. 

1  oulouse,   <  -t^  -, 

'    J  iVinnavit. 

(  Fr.  Vieussciîx. 

Tours,  M.iinc. 

\'a!ence,  iMxirc— Aurel. 

^'|■^sailies,  Ange. 

Villeneuve-sur-Lot,  Crosilhç: 


Libraires  dans  les  Pars  étrangers 


Berlin.  Fchlesinger. 
Bru\e  les.  Lechariier. 
Gatid,    Houdm. 
Genève,  l'.'î.c!ioiid. 
Bruxelles,  llor^mes  Renier. 


J     Mons  ,  I.eroTiTt. 

I     Londres,  Duiira  et  Comp. 
Noplci,  Borei.  . 
Tunn  y  BofC», 


Extrait  du  Catalogue  de  Le  NormANT. 

Manuel  du  Culte  cullmliquc ,  on  Histoire  des  Mystères  et  Cérémonies 
de  VJiglise  chréliennc ,  dxfncis  l\-lablissement  de  son  eu/le  just/u'à  nos 
jours;  corittnanl  l'cxpliralion  historique  et  détaillée  des  fet.s,  céré- 
monies cl  piieresde  1  K, -lise  chrétienne;  l'origiue  elles  ca\ises  <!e  leur 
iristilnlion  et  créalion;  Télyniologie  des  mots  on  noms  (jn'on  leur  a 
donnes;  la  significallcn  des  vases,  ornemens,  lieux  et  autres  objets 
qui  servent  à  la  célébration  du  culte  divin;  ainsi  qiie  la  dislinclion  des 
dignités  et  fonctions  des  m  nislres  de  la  reIi;.;ion  chrélienpe.  N  uvelle 
e'dition  entièrement  refondue  el  considérablemen!  r.ugmenîée,  pi.bliée 
par  N.  L.  Fissol  Avec  celle  épigr  phe  :  "  H  ne  suflil  pas  de  prier  Dnu, 
»  il  faut  savoir  encore  comment  on  le  prie.  »  Prix  :  2  fr.  5u  t  ,  el  3  Ir. 
pai-  la  poste. 

les  l  eilles  de  Saint-Juguslin  ,  eWque  d' Tfypponc ,  ouwaç^c  Iradui!  de 
J'iîaiien.  Nouvel  e  é^lilion  friaiçnse ,  considrrablemeni  auginenhe.^  i'.a- 
M.  l'abbé  H.nri  Gazzera  .  docteur  en  tlié'  logie,  membre  de  plusieurs 
académies.  Dédie  à  S  A.  H.  Madame,  Huchesse  d'Angou  èmc. 
Un  vol.  i!î-8°.  Avec  celte  épigraphe  :  <■  Il  faut  des  lorrens  de  sang 
»  pour  effacer  les  fautes  aux  \eu  v  des  hommes  :  une  s  nie  larme  sufdt 
à  Dieu. ..  Chateaubriand  ,  yiiala  Vv'w  :  6  fr.,  et  7  fr.  25  c.  par  la  poste. 

Œu  Tes  de  !  irgile ,  traduites  en  français,  avec  des  remarques;  par 
René  Binet.  Troisième  édition.  Quatre  vol.  iu-12.  Prix  :  12  fr.  ,  et 
i5  fr.  par  la  poste. 

Cours  de  Tli'  mes  Grecs  ,  précédé  d'une  Grammaire  Greccpie  ;  par  Jos. 
Planche,  professeur  de  rhétorique  au  collège  royal  de  Bourbon,  et  par 
L.  A.  Venrlel-Iiejl,  pr-fesseur  af,rér,é  au  collège  royal  de  Charle- 
lua-^ne.   Vn  vol.  in-8".  Prix  2  'r.,  et  2  f r    25  c.  cartonné. 

Zeçofis  Latines  de  Liiièra'.itre  et  de  Monde,  ou  lî.ecueil,  en  prose  et 
envers  ,  des  plus  beaux  ]\joreeau\  des  Auteurs  latins  anciens;  .avec  des 
modèle^  d"exercic«^s  par  Gicéron  .  Quinlilien,  Au!u-Geile,  Rollm,  etc.; 
à  l'usage  de  tous  les  élablisseniens  d'instruction,  publics  el  particuliers  , 
pour  les  classes  de  troisicme,  seconde  et  rhétorique,  des  élèves  des 
érobs  niili:aires  et  spécia'es,  des  éludians  en  droit,  en  médecine,  et 
en  général  de  tous  ceux  qui  auroienl  besoin  de  réparer  des  études 
néglirées.  ou  de  s'entrefi-nir  dans  la  connoissance  de  la  langue  laline. 
Par  M.Noé'l,  chevalier  de  ia  I.égion-d'Iîoiineur,  inspecteur  général  de 
rUniver.'ité  royale  de  Frmce .  et  M.  de  La  Place,  professeur  d'élo- 
quence laline  à  la  Faculté  des  Lettres  de  l'Académie  de  Paris.  INouvtlle 
édition,  corrigée  el  augmentée.  Deux  vol.  in-b°.  Prix  :  10  fr.,  et 
12  fr.  5o  c    par  la  poste. 

£,e  Génie  de  la  lièuolulion  ,  considère  dans  V Education  ,  ou  ^iémoires 
pour  servir  à  THi^icire  de  r.nsirtiction  publique,  depuis  1789  )us(ju  à 
nos  jours,  contenant  l'exposé  des  efforts  de  'a  philosophie  du  iS*^  siècle 
pour  anéantir  le  christianisme.  Trois  vol.  ;n-8o,  dont  un  vol.  de  pièces 
just.ficatives.  Prix  :    18  fr. .  el  22  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

Jiphi'mèrides  loliiitjues,  Zitti  raircs  et  Jîeligieuses ,  préscnîant,  pour 
chati.'ii  des  jours  de  l'année,  un  tableau  des  événemcns  remarquables 
qui  datent  de  ce  même  jour  dans  rhi.-.toire  de  tous  les  siècies  et  de  tous 
les  p.iy.N.  jusqu'au  i^'  janvier  1812.  Troisième  éditif  n  revue,  (  orrigée 
et  con.idérableuient  augmentée.  Avec  cette  épigraphe  :  <•  hx  cjiio  sit 
i>  Juclo  qua'c/uf  noiata  dies.  »  OviD.  Jast.  Douze  vol.  in-8".  Prix  :  48  Ir., 
el  bo  f I  .   p.:r  la   poste.  -"  "   -.-^         "7;-  -t-  ''.;i 

fiistoire  de  la  Campagne  de  i8i5,  ou  Histoire  politique  et  militaire 
dcTinva&'on  de  la  France,  de  l'tntreprise  de  Euonaparle  au  mois  de 
mars,  de  la  (bute  totale  de  sa  puissance,  el  de  la  doub'e  restauration 
du  tiône  ,  jusqu'à  ia  si  coude  paix  de  l'ari»,  inclusivement  :  rédigée  sur 
des  matériaux  3uî!ienti(|ues  ou  inédits;  par  IVL  A.  de  Bcaucliaiiip  Deux 
iorts  volumes  m-8"    1  rix  :  i3  (r.  5o  c  ,  et  18  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

ia  première  p.irlie  de  cet  ouvrage,  comprenant  rHi^loire  de  la 
Campagne  de  i8i4,  dont  la  seconde  édition  a  été  publiée  il  y  a  environ 
trois  ans,  forme  au-.si  deux  f.irts  ^  ol.  in-8".  Prix  :  i3  fr  5or.  ,el  18  fr. 
5o  c.  par  la  poste.  —  Las  deux  ouvrages  se  vendent  eusemble  ou   sépa  — 


ae  lônro/ie.' 

I     oo  /.  '^^  n/frf^re      ta. 


^e  /  '^n//i/Tf}feru:   fU    ^e    J^é^of^nafif. 


«\n;t«I^VVVVVV>AX>VVVV'VVVva'V\'VVVVVVVa\WVVVVVVVV\iVV«VM>VVVVtM/VVVVVVVVVUVM\VvVV«WVV^ 

LE  CONSERVATEUR. 

Extrait  des  Archives  Politiques  (i). 
(IP  Article.) 

Auras-tu  donc  toujours  des  yeux  ponr  ne  point  voir? 
Racine  ,  Athahe. 

Du  Choix  des  hommes. 

«  Quel  est  potir  les  gouvernemens,  à  ne  con.«i- 
flërer  qu'eux  seuls,  leur  premiei-,  leur  plus  grand 
intérêt?  A  coup  sur,  c'est  de  duror.  J'ai  peine  à 
croire  que  le  premier  intérêt  d'un  gouvernement 
soit  d'avoir,  au  besoin,  des  compagnons  d'infor- 
tune. Si  j'avois  un  grand  pi-ocès  à  soutenir,  j'en 
chargerois  ,  non  l'avocat  qui  me  promettroit  d'eu 
venir  pleurer  avec  moi  la  perte,  mais  celui  qui  me 
paroîtroit  le  plus  capable  de  me  le  faire  gagner; 
et  si ,  pour  niarclier,  il  me  falloit  un  appui ,  je 
choisiroisj  non  celui  quidevroit  tomber  avec  moi , 
mais  le  plus  solide  et  le  plus  fort ,  clui-il  demeurer 
debout  après  ma  chute.  »  (  Novembre.  Tom.  II, 
pag.  6i.  ) 

«  Vous  parlez  d'hommes  qui  ont  servi  l'Etat, 
qui  n'ont  point  engagé  leur  destinée  sous  d'autre 
bannière  que  celle  de  l'Etat,  et  qui  sont  prêts  à 
Lien  servir  un  gouvernement  dont  la  marche  sera 
conforme  aux  intérêts  de  l'Etat,  qui  sont  les  leurs. 
Mais  ces  hommes-là  n'existent  pas,  ou  ils  sont  eu 
si  petit  nombre,  qu'ils  ne  peuvent  procurer  au 
gouvamement  une  force  suffisante.  Où  voulez- 
vous  donc  qu'il  prenne  ses  a-gens?  »  (  Pag.  6.).  ) 

(i)  Voyez  la  19*  Livraison  du  Conservateur. 
Tome  II.  — 24*^  Livraison.  3a 


(  49B  ) 

!(  Quelle  pauvreté  que  de  scruter  les  antécédens, 
et  de  classer  ces  hommes  par  leurs  situations  pas- 
sées 1  Ils  oublieront  ce  qu'ils  ont  dit  et  ce  qu'ils  ont 
fait,  pour  dire  et  pour  faire  ce  quon  leur  deman- 
dera ;  et  ils  seront  dévoués  et  fidèles  ,  parce  qu'on 
est  sans  peine  dévoué  à  ce  qui  est  fort ,  et  fidèle  à 
ce  qui  doit  vivre.  »  (  Pag.  Q5  et  (^C^.  ) 

«  S'il  est  reconnu  que  tels  et  tels  hommes  ont 
appartenu  à  tel  ou  tel  parti,  et  lui  appartiennent 
encore,  faut-il  les  lui  abandonner  sans  retour? 
Ces  hommes  sont  fort  disposés  à  se  donner  pourvu 
qu'on  les  accepte  sans  hésitation.  «  (  Pag.  67  et  68.  ) 

«  Loin  doîic  de  repousser  de  tels  hommes,  il 
faut  les  rechercher  et  les  recevoir  précisément  à 
cause  de  leurs  antécéden.s  et  de  leur  'nom.  Que 
serviroient  des  hommes  insignifîans  contre  qui, 
mais  de  qui  aussi  il  n'y  auroit  rien  à  dire,  dont  la 
présence  ne  repousseroit,  mais  n'attireroit  per- 
sonne, et  dont  la  conduite,  terne  comme  leur  nom, 
iie  feroit  faire  à  l'autorité  aucun  progrès  en  force 
et  en  crédit?  Ce  n'est  pas  ainsi  qu'elle  peut  s'af- 
fermir et  s'étendre  5  il  lui  faut  des  choix  et  des 
noms  significatifs  y  quilui  apportent  qiielque  profit 
en  échange  de  ce  qu'ils  reroivenl  d'elle.  Alors  elle 
pourra,  sans  que  personne  s'en  offense,  travailler 
à  former,  de  ses  propres  mains,  des  hommes  nou- 
veaux avec  qui  elle  n'aura  point  de  transaction  à 
iaire,  et  qui  n'auront,  pour  bien  servir  le  gou- 
vernement et  leur  pays,  qu'à  suivre  leurs  pen- 
chans,  leurs  opinions,  leurs  habitudes,  et  forme- 
ront, autour  du  pouvoir  souverain,  une  masse 
homogène  de  fonctionnaires  habiles  et  dévoués.  » 
(Pag.  69  et  70.) 

De  ^Initiative  royale  pour  la  proposition  des  lois. 

«  11  est  bon,  il  est  conforme  à  l'intérêt  du  gou- 
vernement, comme  de  la  société,  que  la  majorilé 


(  499  )^ 
«les  Cliambres,  tout  en  marchant  de  concert  avec 
lui,  tout  en  lui  demeurant  loyalement  unie,   le 
devance  dans  l'occasion,  et  lui  fraye  la  route  en 
la  lui  indiquant.  »  (  Décembre.  Tom.  II,  p.  187.) 

«  Le  modepar  lequel  la  loi  (  sans  l'initiative  du 
Roi)  naît  au  sein  de  la  Chambre,  dérive  d'une 
nécessité  permanente,  cjui  a  sa  cause  et  puise  sa 
force  dans  la  nature  des  institutions  même ,  et 
comme  les  nécessités  ,  dont  la  cause  est  intérieure 
et  permanente  ,  sont  plus  puissantes  quo  celles 
dont  la  cause  est  extérieure  et  variable,  je  suis  en 
droit  de  conclure  que  le  second  mode  d'initiative 
(  par  la  Chambre)  doit  prévaloir  sur  le  premier. 

>»  Et  loin  que  par  là  la  Charte  soit  violée,  elle 
sera  accomplie  :  à  niesure  que  les  institutions  por- 
tent leurs  fruits,  leurs  racines  s'ezifoncent. 

5)  Etplus  tôtnous  secoueronsle  joug  àes nécessités 
passagères i  plus  tôtnousnous  mettrons  en  posses- 
sion de  notre  gouvernement, 

«  Toutes  les  distinctions  entre  l'initiative  di- 
recte du  gouvernement  et  l'initiative  indirecte  des 
Chambres,  proviennent  uniquement  de  ce  que 
l'exercice  delinitiative  a  été  considéré  sous  un  point 
de  vue  étroit,  et  comme  si  le  premier  de  ces  deux 
modes  devoit  subsister  seul  et  a  jamais.  Toute 
proposition  qui  vient  delà  majorité  des  Chambres, 
est  l'initiative  du  gouvernement.  »  (  Février. 
Tom.  II,  pag.  4*^1-) 

«  C'est  là  la  Charte  ,  non  pas  telle  que  quelques 
personnes  la  croient  faite,  mais  telle  qii  elle  se Jera 
elle-même.  »  (  Pag.  4^2.  )| 

Uylrmée. 

tf  Une  armée  perman-ente  est  nécessairement 
une  société  particulière,  qui  a  s^s  intérêts,  son 
esprit  et  ses  mœurs.  «  (Mars.  Tom-  III,  pag.  06.) 

«   C'est  un  fait  nouveau,  un  pliénomène  inouï. 

32. 


(  5oo  ) 

que  celui  d'une  grande  ai'inée  permanente  entre 
les  mains  du  gouvernement,  au  milieu  d'un  peuple 
libre.  L'antiquité,  non  plus  que  les  temps  mo- 
dernes, n'en  offre  aucu^^  exemple  j  et  qu'on  ne  se 
rassure  pas  légèrement  pour  le  compte  de  l'avenir  : 
rinsouciance  est  commode,  mais  elle  n'enfante  pas 
la  sécurité.  »  (Février.  Tom.  II,  pag.  4^^9'  ) 

H  II  est  temps  enfin  de  comprendre  que  l'armée 
est  à  la  patrie,  et  non  la  patrie  dans  l'armée.  » 
(Juillet.  Tom.  l",  pag.  lo.  ) 

a  La  puissance  morale  qui  crée  l'armée,  ne  peut 
renoncera  tout  droit  sur  elle;  car  elle  affranchi- 
roit  par  là  une  force  matérielle  qui  doit  toujours 
lui  être  soumise.  »  (  Février.  Tom.  II ,  pag.  ^']0.  ) 

«  De  ce  que  la  loi  crée  l'armée  ,  il  suit  que  c'est 
l'Etat  qui  la  donne  r  c'est  là  ce  que  le  souverain  , 
l'armée  et  l'Etat  lui-iy^éme  ne  doivent  jamais  avoir 
le  temos  d'ouLlier.  »  (  Pag.  47^-  ) 

-(  Le  sûreté  de  l'Etat  est  un  mot  magique  ;  avant 
tou*'  il  faut  être.»  (  P^g.  47^.  ) 

rt  Les  gouvernemcns  fondas  sur  le  droit  divin 
apportent  le  plus  grand  soin  au  r^aintien  de  ce 
principe  :  lois,  cérémonie,?,  langage,  tout  de  leur 
part  tend  à  le  rappeler  et  à  le  fortifier.  Les  socié- 
tés,  fondées  sur  des  principes  différens,  seront- 
elles  moins  prévovantes ,  moins  soigneuses  ?  » 
(Tom.  II,  pag.  471.) 

La  Liste  civile 

{(  La  liste  civile  est  votés  en  fait  tous  les  ans  ;  cri 
ne  pense  pas  qu'elle  soit  tour  les  ans  remise  en 
question.  Mais  la  Chambre  des  Députés  peut  sans 
doute,  virtuellement  et  chsque  ^^nnée,  rayer  ou 
déduire  cette  dépense  ,  en  refusant  les  impôts  qui 
doivent  la  couvrir.   »  (  Tom.  II ,  pag.  477-  ) 

«  Si  le  droit  est  réservé  aux  Chambres  de  voter 
ajnnuellement  les  fonds  affectés   à   celte    charge 


(    001     ) 

permancnle .  c'est  afin  de  leur  assurer  par  là  et  la 
garantie  de  leur  convucation  annuelle  ,  et  un 
jiioven  réguli  r  cratteiiidre  rinfluence  légitime 
qui  leur  apijar:,'c/it  dans  la  conduite  des  affaires 
publiques,   w  (  IV.g.  47^-  ) 

«  Les  CbamLres  peuvent  donc  ,  à  l'occasion  du 
budget,  demander  qu'une  loi  nouvelle  soit  subs- 
tituée à  la  loi  existante  ,  si  elles  pensent  qu'on 
pouîToit  satisfaire  à  meilleur  marché  aux  besoins 
publics.  Le  budget  leur  garantit  que  le  goiwerne- 
ment  sera  obligé  d'avoir  égard  à  leurs  représenta- 
lio.-.s.  ))    (Pag.  479.  ) 

Le  Conseil  d" Etat. 

H  A  coup  sûr  le  gouvernement  impérial  n'avoit 
pas  été  conçu  au  profit  et  dans  le  système  du  gou 
vernement  représentatif 5  mais  il  avoit  du  moins 
donné  à  la  France  ce  qui  lui  manquoit^  même 
avant  ses  troubles,  un  gouvernement.  »  (  Avril. 
ïom.  III,  pag.  129.  ) 

((  Dans  les  temps  où  la  puissance  spirituelle 
avoit  tout  envahi,  personne  ne  savoit  ce  qu'elle 
étoît;  ou  ne  l'interrogea  sur  ses  droits  que  lorsque 
le  cours  des  choses  lui  eut  enlevé  une  bonne  part 
de  ses  usurpations.  11  en  est  de  même  aujourd'hui 
du  pouvoii  administratif  •  la  monstrueuse  extension, 
du  conseil  d'Etat  a  long-temps  obscurci  sa  nature. 
Prenons  garde  que  cette  extension  ne  finisse  par 
lui  attirer  le  sort  dont  la  puissance  spirituelle  est 
aussi  menacée.  »  (  Avril.  Tom.  III,  pag.  129, 
mai,  pag.  227.  ) 

Triomphe  des  Principes. 

((  Pourquoi  les  catholiques  exigèrent-ils  l'ab- 
juration d'Henri  IV?  jNe  pouvoient-ils^pas  se  con- 
tcnterde  touteslcs  garanties  individuelles,  places^ 


(    502    ) 

rajigs  ,  faveurs  ,  qu'il  leur  eût  sans  doute  ofl'eits? 
Que  lalloit-il  de  plus  à  Villars,  à  INIaveune  et  à 

tant  d'autres? Ce  qu'il  leur  falloit?  Zc 

triomphe  du  parti,  qui  étoitLien  autre  chose  <jue 
celui  de  ses  membres  :  un  parti  résidci,  non  dans 
les  hommes,  mais  dans  les  principes  communs,  et 
dans  les  intérêts  qui  ojit  rassemblé  ces  hommes. 
Henri  IV,  Sully,  Duplessis-Mornay,  INlavenno, 
d'Epernon,  tout  cela  îi'étoit  rien;  la  question 
ii'étoit  pas  entre  (u\',elle  éloit  entre  deux  sys- 
tèmes d  idées  et  dinlérêt.  »  (  Juin.  Tom.  III  , 
pag.  893  et  390.  ) 

«  Bien  des  hommes  ont  renoncé  ,  pour  Buova- 
parle,  aux  principes  cpiiis  avoient  professés  long- 
temps jet,  ccpendîuit,  ces  principes  se  retrouvent 
aujourd'hui  plus  énergiques  et  plus  féconds  qu'ils 
ne  l'étoient  au  moment  où  tant  d  individus  ont 
déserté  leur  cause  :  cruelle  preuve  plus  évidente  de 
l'indissoluLle  lien  qui  les  unit?  »  (  Pag.  390.  ) 

«  Qu'on  se  i'avoiie  sans  détour  :  en  tant  que 
deslruclive j  la  révolution  est  laite;  il  n'y  a  pas  à 
en  revenir  :  en  tant  ([nejofidalrice,  elle  com- 
merice.  L'empêcher  de  poursuivre  cette  œuvre  nou- 
velle, seroit  lui  faire  croire  quelle  a  encore  (jucique 
chose  à  détruire.  »    (  Pag.  89 j.  ) 

a  La  société  est  actuellement  eu  France  dans 
le  passage  de  la  dissolution  à  la  reconstruction 
future,  de  la  mort  à  la  vie;  et  c'est  par  l'énergie 
et  sous  l'influence  des  principes  révolutionnaires 
que  cette  reconstruction  delà  société  peut  et  doit 
s'opéi-er.  L'ancienne  France  a  contre  elle  un  fait 
qu'il  faut  Lien  compter  pour  quelque  chose,  c'est 
sa  chute;  il  me  seuiLIe  que  la  mort  est  un  assez 
bon  symptôme  de  maladie.  Quelques  hommes 
attribuent  le  mauvais  succis  de  ces  principes  à 
l'exagération  ;  ils  font  passer  les  faits  par  les  ^  crges 
des  principes,  qui  n'ont  point  passé  eux-nu''ines 
par  les  verges  des  faits  :  l'exagération  de  la  vérité 


(  5o3  ) 
est  impossible.  »  (Tom.  III,  pag.  4oi  et  pag,  ^o^. 
Juillet.  Tom.  IV,  pag.  '5'j  et  49-  ) 

«  La  royauté  s'est  établie  au  sein  des  résultats 
irrévocables  de  la  révolution;  la  révolution  sait 
très-bien  qu'elle  no  peut  s'étabJir  qu'au  sein  de  la 
monarchie  :  leur  alliance  est  élcrnelle.  w  (  P.  i4^-  ) 

«  En  i8i4,  on  n'a  pas  réussi;  le  20  mars  l'a 
prouvé.  »  (Pag.  i44-) 

«  Il  s'en  faut  beaucoup  que  le  système  consti- 
tutionnel soit  pleinement  maître  du  présent  et 
assuré  àe  l'avenir.  Il  n'y  a  pas  deux  systèmes  cons- 
titutionnels '.  l'un,  timide  et  mutilé;  l'autre, 
large  et  ferme  :  ce  que  celui-ci  exige  ,  ce  n'est  pas 
que  la  Charte  j'o/Z  7?iiVe  en  serre  chaude.  »  (P.i44-) 

«  En  1^89,  il  falloit  conquérir;  aujourd'hui, 
il  faut  s'établir  au  sein  des  conquêtes;  et  mainte- 
nant que  le  pouvoir  jeune  et  nouveau  est  oblige  , 
])OUT  se  créer  hu-niénie  j  de  demander  les  instru- 
niens  et  les  moyens  d'action  dont  il  ne  sauroit  se 
passer,  le  parti  constitutionnel  doit  trouver  dans 
cette  situation  de  quoi  obtenir  beaucoup.  JNous 
vivons  à  l'une  de  ces  époques  où  ,  par  les  transac- 
tions  t  se  font  les  grandes  conquêtes.  »  (Pag.  i47 
et  i56.  ) 

Siècle  de  Louis  XI K. 

«  Aucune  action  ne  se  fit  alors  en  conscience  ; 
l'homme  fut  double,  et  ses  démarches  presque 
indépendantes  de  sa  raison.  On  faisoit  des  fautes 
sans  entraînement,  onremplissoit  des  devoirs  sans 
vertu.  Aucune  exagération  n'étoit  excusée  par 
aucun  enthousiasme  :  les  prêtres  étoient  intolé- 
ranssansétre  croyans;  la  noblesse  faisoit  la  guerre 
sans  tenir  à  la  gloire;  le  trône  n'étoit  pas  respecté, 
mais  on  renceusoit.  La  gloire  ,  la  religion,  la  pa- 
irie, tous  ces  sentimens  étoiont  ignorés;  la  reli- 
gion étoit  insultée  et  pratiquée  ,  et ,  de  peur  des 


(  5o4  ) 
préjHgés  ,   nn    se  passoit  de   conviction.   »   (No- 
vembre. 7'oin.  V,  pag.  28,  29  et  3o.  ) 

«  Louis  XIV  a  été,  par  ses  lois  civiles,  le  fon- 
dateur involontaire  de  l'égalité.  La  liberté  étoit 
presque  partout,  et  les  principes  de  la  liberté 
nulle  partj  et,  s'il  étoit  raisonnable  et  possible 
d'imposer  une  responsabilité  à  quckjuun  pour  les 
fautes  du  dix-liuitiènie  siècle ,  ce  devroit  être  à 
ceux  qui,  chargés  de  maintenir  l'ordre  public, 
ne  lui  ont  donné  aucune  base,  ont  fait  vivre  une 
grande  nation  au  jour  le  jour  pendant  cent  ans, 
n'ont  fourni  aucun  aliment  à  son  activité,  aucun 
principe  politique  ou  moral  à  son  affection  j  n'ont 
laissé  subsister  ni  droits  à  défendre  ,  ni  devoirs  à 
remplir  pour  aucun  de  ses  citoyens.  Enfin  ,  si ,  de 
nos  jours  ,  la  nation  a  dû  s'applaudir  de  revoir  un 
Boi  consacré  par  ses  souvenirs ,  elle  n'a  pas  pour 
cela  changé  sa  composition  actuelle,  ses  habitudes  , 
et  elle  n'a  pu  faire  autrement  que  de  rester  la 
même.  Ouvrons  ies  3'eux,  observons  tout  autour 
de  nous,  et  nous  reconnoîtrons  quil  ne  s'agit  pas 
de  traiter  une  question  ,  /nais  de  constater  un  ac- 
cès. ))  (  Tom.  IV",  pag.  2û4  ,  aoi  et  21 1 .  ) 

{^U indignation  du  lecteur  a  déjà  fait ,  sans 
doute ,  justice  de  ces  principes.  Mais  il  nous  reste  à 
signaler,  dans  un  troisième  et  dernier  article  ,  ce 
(lu-e  cet  ouvrage  ojjre  de  plus  révoltant.  La  publica- 
tion en  est  aujourd'hui  suspoidue.  Mais  quon  ne  se 
trompe  pas  sur  le  motif  :  le  libraire  annonce  que 
c'est  seulcmejii  à  cause  de  la  nomination  du  prin^ 

cipal  rédacteur,  M.    G t,  à  une  grande  place 

qui  ne  hii  laisse  d'abord  aucun  loisir.  On  promet 
pourtant  aux-  souscripteurs  qu'il  reprendra  son. 
travail  aussitôt  qu'il  sera  déblayé  de  ses  premières 
ccciipalions.) 


(  5o5  ) 

Suite  du  Développement  des  Principes  royalistes 
au  0.0  janvier  1816  (i). 

(III' Article.) 

Nous  ne  jetons  un  regard  sur  le  passé  que  pour 
y  puiser  des  leçons  pour  l'avenir,  et  nous  voulons 
placer  entre  lun  et  f autre  un  mur  d'airain,  yiinsi 
nous  entendons  que  tous  les  intérêts  créés  par  la 
révolution  j  qui  sont  finis :,  soient  irrévocahlement 
assurés.  Nous  maintiendrons  l'abolition  des  pri- 
vilèges et  des  ordres  privilégiés ,  comme  corps  po- 
litiques ,  V égalité  des  droits,  et  V admission  dans 
tous  les  emplois ,  la  liherlé  des  cultes,  l  aliénation- 
des  propriétés ,  opérée  dans  le  cours  de  la  révolu^ 
tion,  quelle  que  soit  leur  origine  ;  mais  nous  n  admet- 
tons plus  dans  l'avenir  l'application  des  principes 
qui  ont  créé  ces  intérêts  ,  et  nous  les  regardons 
comme  destracteurs  de  tout  gouvernement  (2)- 

Ces  lig-nes  ne  renferment-clîes  donc  pas  en  fa- 
veur de  la  révolution  tous  les  sentrnens  paciflques 
et  généreux  que  la  religion,  le  bon  sens  et  le  be- 
soin du  repos  peuvent  inspirer  liumainement  à  des 
cœurs  droits,  à  des  esprits  justes,  à  des  Français 
instruits  par  trente  ans  de  malheurs?  Voilà  tout  ce 
que  vouloient  ces  hommes,  Télite  et  l'honneur  de 
la  France;  voilà  tout  ce  que  vouloit  cette  lEhanibre, 
que  Sa  Majesté  a  caractérisée  à  jamais  dans  l'his- 
toire; voilà  ce  que  veulent,  ce  que  voudront  tou- 
jours les  débris  de  cette  phalange  française  de 
181 5,  quelque  acharnement,  quelque  fourberie, 
quelque  manœuvra  que  le  sjstème  ministériel  et 
révolutionnaire  coalisés  emploie  pour  les  décimer 
annuellement. 

C'e'toient  là  les  mobiles  généreux  qui  faisoicnt 

(i)  Voyez  la  21'  Livraison  du  Consen>ateur. 
(s)  Voyej  le  Journal  Génétél,  25  mars  1816. 


(  ôoG  ) 

ri'p^JKlrc  sj)onlnii<'nH'nt(;clleClianil)re///?/oia'r/Z?/<r 
cl  (nulc  pensée  qui  aveitissoit  l'élévation  de  ses 
aracs,  !ic,i^  ardent  amour  pour  le  bien  piiLiic,  et  la 
jnonarcliie  légitime  qui  en  est  Taugiisle  garantie. 
C  étoient  là  les  chefs  de  lile  de  cette  phalange, 
dont  un  de  îios  modernes  gens  d'Etat  demandoit 
5.i  naïvement  les  noms  :  «  \ous  «c  pouvez  pas  les 
))  connoîtrc,  lui  répondit  un  homme  de  bien  j 
5)  nos  chfis  de  file  ne  s'appellent  pas  des  doctrines, 
»  ils  s'appellent  des  priiicij'.es.  »  Sousla  prétendue 
terreur ue  i8jÔ,les  révolutionnaires  vo voient  avec 
4ésespoir  la  monarchie  légitime,  appuyée  sur  l'a- 
mour et  la  confiance  des  Français,  au  moment  de 
devoir  son  salut  à  la  restauration  de  la  religion, 
des  institutions  monarchicjues  ,  au  rétablissement 
<ies  bonnes  lois  et  des  bonnes  mœurs;  enfin,  à 
l'accomplissement  des  i^iteutions  paternelles  qu'a- 
voit  exprimées  8a  Majesté  dans  la  séance  royale 
«lu  j  octobre  1810,  quand  elle  avoit  dit  :  «  Faire 
))  refleurir  la  religion,  épurer  les  mœurs,  fonder 
)j  la  liberté  sur  le  respect  des  lois,  guéiir  les 
»  blessures  qui  n'ont  que  trop  déchire  le  sein 
»  de  la  patrie,  assurer  la  tranquillité  intérieure, 
))    voilà  où  doivent   tendre  tous  nos  efforts.  » 

l'ous  les  vœux  de  ces  homm.es  que  les  révolu- 
tionnaires appellent  aujourd'lîui  les  terroristes  de 
i<Si5,  répondoient  aux  vœux  de  SaMajcsté,  Tous 
nos  cœurs  répoiidoient  au  sien  5  car  les  gens  de 
bien  qui  composoient  la  majeure  partie  de  la  mi- 
norité de  celte  ChambrC;  avoient  les  mêmes  prin- 
cipes l'cligieux,  monarchiques  et  français;  le  mode 
d'application  de  ces  principes  vint  seul  établir  une 
difloreuce  dans  les  opinions,  mais  non  pas  dans  les 
intentions;  et  n'est-ce  donc  pas  cette  conscience, 
n'est-ce  donc  pas  ce  lien  secret  qui  a  perpétué 
parmi  nous  la  réciprocité  d'estime  et  de  bieuveil- 
ir.iice  qui  nous  honore  également? 

3Scu5   Aoulious  tous  ne  jeter  un  r(  gurd  sur  le 


(  ^07  ) 
passé  que  pour  y  puiseï'  des  le(;.ons  pour  l'avenir  : 
nous  voulions  tous  placer  uu  mur  d'airaiu  entre 
le  passé  et  l'avenir,  entre  la  révolution  et  le  trône 
des  fils  de  saint  Louis.  JYous  entendions,  avec  tous 
les  gens  de  bien,  que  les  intéréls  créés  par  la  ré- 
volution ,  qui  sont  fltiis  ,  fassent  irrévocablement 
assurés  ;  mais,  comme  eux,  nous  ri  admettions  plus 
dans  l'avenir  Vapplication  des  principes  qui  ont 
créé  ces  intérêts ,  et  nous  les  regardions  comme 
destructeurs  de  tout  gouvernement. 

Des  intentions  aussi  louaLles  furent  secondées 
par  l'opinion  de  toute  la  France  :  j'en  atteste  les 
téniolgnag^es  non  suspects  des  conseils  généraux, 
des  conseils  d'arrondissement  de  nos  départemens, 
c[ui  tous  nous  ont  adressé  des  éloges  et  d^a  reincr- 
cîmens ,  bien  moins  sans  doute  en  faveur  de  ce 
que  nous  avions  fait,  qu'en  faveur  de  ce  que  nous 
avions  montré  la  résolution  de  faire  pour  notre 
Dieu,  notre  Roi  et  notre  clière  patrie.  La  cause 
de  la  révolution  étoit  jugée;  celle  de  la  religion 
et  de  la  monarchie  étoit  à  jamais  triompîiante. 
Mais  les  révolutionnaires  avoient partout,  dans  \e. 
gouvernement,  des  prolecteurs  et  des  complices. 
Tout  ce  qu'il  y  a  d'hommes  pervers  en  Francw 
fut  averti  de  ne  pas  désespérer.  La  ligue  contre  1<' 
bien  public  se  forma  dans  l'absence  des  lois  ta  fair(^ 
et  dans  le  silence  des  lois  faites  5  et  c'est  du  scia 
même  du  ministère  que  partit  le  décret  télégra- 
phique pour  que  la  révolution  continuât.  Le  jeu)K; 
système  ministériel  et  la  vieille  révolution  .s'uni- 
rent sous  les  yeux  de  la  crédulité  trompée  ,  qui  ne 
voulut  rien  voir.  La  révolution  n'est  pas  comme 
la  monarchie;  elle  ne  croit  pas  sur  parole.  Le  sv-s- 
tème ,  son  tVdéré,  lui  donna  tout  ce  qu'il  avoit  de 
gages  disponibles.  De  peurque  les  révolutionnaires 
ne  prissent  pour  un  manquement  de  foi  la  loi  du 
28  octobre ,  le  système  la  lit  suivre  immédiatemenî 
4'unc  circulaire,  qui  acquit  par  sa  publicité  un 


(  5o8  ) 
caractère  éminemment  fraternel.  La  calamité  Je 
la  mort  tlu  maréchal  Ney  n'affecta  point  les  révo- 
lutionnaires ;  la  révolution,  le  système  et  l'armée 
ne  faisoient  pas  cause  commune  ;  mais  le  2i  dé- 
cemLre ,  INI,  de  la  Valette,  personnage  civil, 
trouva  ,  dit-on  ,  le  moyen  de  s'évader  de  la  Con- 
ciergerie. Toutes  les  classes  révolutionnaires  ont 
lait  hommage  au  système  de  cette  marvjue  incon- 
testable d'amitié.  Cette  première  campagne  de  la 
coalition  fut  terminée  par  Tordonnsnce  au  5  sep- 
tembre. La  Chambre  que  la  France  avoit  procia- 
mée  introuvable,  d'après  les  paroles  de  Sa  ^Majesté, 
fut  dissoute.  Incontinent,  le  système  sourit  à  ces 
hommes  étrangers  avjc  remords ,  que.  !e  pardon  ne 

f^eut  attendrir ,  que  la  clémence  offense  (  loi  sur  la 
iberté  individuelle).  Le  même  ministre  qui  les 
avoit  foudroyés  en  paroles  le  i8  octobre,  s'em- 
pressa de  lever  leur  surveillance,  et  de  les  envoyei-, 
quel  que  fût  i'éloignement ,  exercer  leurs  droits 
politiqties,  dans  leurs  domiciles  respectifs.  Il  faut 
flire^  à  la  louange  de  ces  hommes  ,  qu'ils  s'éton- 
nèrent d'une  protection  et  d'une  bienveillance  si 
iïie5|>crées.  L'inconséquence  et  le  scandale  de 
cette  mesure  ne  s'expliquent  que  par  le  coupable 
intérêt  que  la  révoluticn  et  le  système  unisavoieut 
a  ne  pas  revoir  face  à  face  des  gens  de  bien  qui  ne 
connoissoi«^nt  qu'un  Dieu ,  qu'un  Koi ,  (|u'uue 
conscience  et  qu'un  drapeau. 

l^es  intérêts  de  la  monarchie  sont  ceux  de  la 
France  et  de  rEurone,  sont  ceux  de  l'ordre  social 
tout  entier  :  aucun  homme  jiaisible,  aucun  lionime 
lionnéte  n'en  doute.  Tous  les  élémensdti désordre, 
cju'on  appelle  intérêts  révolutionnaires,  sont  in- 
compatibles .  avec  la  sûreté  ,  l'affermissement  , 
l'existence  du  trône  légitime.  La  coalition  gouver- 
nante et  d:ri<ïeante  no  l'a  jamais  ignoré:  car  eij<; 
e^t  plus  pcrlide  encore  qu'elle  n'est  inepte. 

i-oin  de  laisser  s'élever  le  laur  d  airain  que  la 


(  ^"9  ) 
Charte  avoit  posé  entre  la  révolution  et  le  trône^ 
les  coalisés  ont  tiré  le  vieux  char  de'k  liberté  des 
hangards  où  il  pourrissoit  oublié  5  ils  l'ont  repri- 
voisé  de  ses  odieuses  couleurs.  Ce  cliar,  armé  de 
faulx,  tout  restauré,  tout  attelé,  tout  monté  de 
conducteurs  et  de  sagittaires  ,  semble  n'attendre 
plus  que  le  signal  à  l'entrée  de  la  aouvelle  voie 
Apiîienne,  dite  aujourd'hui  voie  Libérale;  mnis  ce 
ne  sont  que  des  ambitieux  sans  génie  ^  des  doctri- 
naires sans  principes ,  des  philosophes  de  l'école 
de  Danton,  qui  ont  rouvert  cette  voie  qui  n'aboutit 
qu'à  des  ruines  ;  ils  l'ont  rouverte  de  leurN  mains  : 
comme  leurs  devanciers  de  9^,  ils  la  repaveroient 
de  leurs  têtes  !  Qu'ils  y  pensent  !  les  yeux  se  des- 
sillent, les  masqui's  tombent,  les  charlatans  sont 
exposés  à  tous  les  regards  sur  les  tréteaux  qu'ils 
relèvent  :  la  France,  la  monarchie,  l'Eiu'ope,  ea 
les  apercevant  enfin  depuis  qu'ils  se  haussent  sur 
leurspieds ,  commencent  à  s'étonneret  à  s'indigner 
de  voir  quels  sont  et  combien  sont  ces  fiers  pala- 
dins de  la  liberté  et  de  la  sapience,  qui  n'ont  riea 
moins  que  juré  de  préluder  par  les  Bourbons  à 
l'ari-êt  sans  appel  qu'ils  ont  porté  contre  toutes  les 
têtes  couronnées  légitimement.  Voilà  les  cham- 
pions payés  des  intérêts  révolutionnaires;  mais  ils 
ne  veulent  que  des  dépouilles;  ils  ne  veulent  pas 
de  sang;  et  leur  manifeste  tout  libéral  avertit  les 
soutiens  de  la  monarchie  (jue  les  horreurs  et  les 
atrocités  ne  sont  nées  et  ne  renaîtront  que  des 
résistances. 

Pendant  le  temps  qu'a  duré  ce  que  les  révolu- 
tionnaires appellent  la  terreur  de  i8i5,  la  lutte 
entre  la  révolution  et  le  trône,  entre  le  génie  du 
bien  et  le  génie  du  mal,  nentroit  plus  dans  les 
craintes  d'une  nation  trente  ans  malheureuse,  dé- 
sormais lasse  et  détrompée.  INous  avertissions  ce- 
pendant, dès  cette  époque,  et  la  monarchie  et  les 
gens  de  bien  que  le  leu  n'étoit  pas  e'teiut,  et  qu'il 


(    ^"'0    ) 

couvolt  caché  sous  dcsceudres  toujours  brûlantes; 
nous  disions  qu'un  revolulionnairc  ne  sait  rcs- 
])eclei'que  ce  qu'il  ci  a  Int.  On  ne  nous  croyoitpas  : 
il  éloit  encore  trop  tôt.  Que  la  monarchie  et  les 
gens  de  bien  croient  donc  aujourd'hui  5  car  il  est 
bien  tard.  Ce  qu'on  appelle  un  philosophe,  M.  le 
marquis  de  Condorcet,  auteur  d'une  de  nos  cons- 
titutions, disoit  en  mourant:  «  Il  m'a  fallu  une 
«  révolutionpourconnoître  les  hommes.  «Princes 
et  sujets,  pour connoître  les  hommes,  est-il  écrit 
là  haut  qu'il  ne  vous  faut  pas  moins  que  trois  révo- 
lutions ?  L'expérience  seroit  donc  ,  comme  la  jus- 
tice, line  si  belle  chose,  a  dit  un  de  nos  Aristo- 
iihanes,  qu'on  ne  peut  pas  la  payer  trop  cher. 

Les  hommes  les  meilleurs  ne  croient  pas  ceux, 
qui  prophétisent  les  malheurs.  Il  e>st  dans  le  cœur 
humain  d'aimer  mieux  espérer  que  craindre. 
Pious  prophétisons  depuis  trois  ans  avec  aussi  peu 
de  succès  que  la  hlle  de  Priam,  La  France  et  l'Eu- 
rope croient  aujourd'hui  aux  dangers  de  la  mo- 
narchie :  les  événemens  commencent.  Le  siège 
n\'st  plus  un  blocus  5  les  opérations  souterraines 
sont  achevées,  et  c'est  en  plein  jour  que  le  sapeur 
révolutionnaire  abat  le  mur  d'airain,  pour  que  la 
révolution  continue  sa  marche  sans  obstacle  et  de 
plein  pied. 

Que  ces  habiles  se  souviennent  donc  d'une 
maxime  qui  a  le  droit  de  concourir  avec  les  idées 
libérales;  elle  est  d'une  date  plus  ancienne  :  «  Il 
»  faut  considérer  avant  d'agir,  a  dit  Balthazar 
j>  Gracian,  c[u'on  vous  regarde  ou  qu'on  vous  re- 
»  gardera  ;  il  faut  savoir  que  tout  se  saura  ;  que 
»  les  parois  écoulent,  et  que  les  mauvaises  ac- 
»  tions  creveroient  plutôt  que  de  ne  pas  sortir.  » 
(Max.  ^j.Qi  ).  Les  parois  ont  écouté,  les  mau- 
vaises actions  sont  sorties  :  toutest  entendu,  tout 
est  connu,  tout  est  vu  :  les  faits  accusateurs  vont 
parler. 


(  5ii   ) 

La  Charte  a  destine  les  lois  ponr  servir  tous  Ic's 
intérêts  en  France,  et  ce  n'est  que  pour  fouler 
aux  pieds  les  intérêts  de  la  inonarchie,  et  faire 
triompher  ceux  de  la  révolution,  son  irréconci- 
liahle  ennemie ,  que  des  pertîdes  ont  journelle- 
ment abuse  depuis  trois  ans  de  rexécution  des 
lois. 

D'abord,  pour  désarmer  moralement  les  amis 
du  Roi  et  de  la  monarchie,  leurs  coinniuns  enue- 
tnis  ont  mis  en  avant  le  nom  sacré  de  Sa  Majesté, 
et  n'ont  pas  craint  d'établir  et  d'avancer  qu'un 
ministre  qui  parloit  n'étoit  rien  moins  que  le  sou- 
verain lui-même.  Ils  savoicnt  cependant ,  comme 
nous,  et  les  conditions  du  gouvernement  repré- 
sentatif, et  les  propres  expressions  de  l'art.  i3  de 
la  loi  royale.  Mais,  pour  ai-river  à  tromper  le 
monarque,  il  falloit  commencer  par  tromper  ses 
fidèles  sujets.  Ainsi,  l'on  a  rendu  suspecte  la  voix 
des  hommes  qui  portoient  le  plus  d'amour,  d'o- 
béissance et  de  respect  k  leur  Dieu ,  à  leur  Roi ,  à' 
leur  pays.  Ce  n'étoit  point  assez  de  rendi-e  la  voix 
de  la  vérité  suspecte,  les  intérêts  révolutionnaires 
demandoient  une  loi  pour  l'étouffer.  La  presse  a 
donc  été  armée  contre  les  principes  religieux  et 
monarchiques,  et  l'article  ay  de  la  loi,  devenu 
lui-même  la  véritable  loi  voulue,  a  garanti  que 
les  journaux  alloient  tous  s'ouvrir  pour  l'attaque, 
et  se  fermer  pour  la  défense.  Cependant  la  France 
n'avoit  pas  du  oublier  que  le  chef  de  la  dvnastie 
des  ministres  de  lapolice  générale  avoit  demandé 
à  Buonapaile  la  diclatm-e  des  journaux  :  ((  jNon, 
»  répondit  le  tout-puissant,  il  y  auroit  bientôt 
»  deux  empereurs  en  France.  »  En  effet,  trracî^ 
à  la  loi  combinée  de  la  liberté  de  la  presse  et  des 
journaux,  une  puissance  ensevelie  sortit  de  terre 
à  l'opposite  du  trône,  et  la  révoluiion,  la  visière 
levée,  est  venue  jeter  le  gant  à  la  monarchie. 

Dès  lors  on  a  vu  sous  le  rè^nc  d'un  BuarLon, 


(  5i2  ) 
«ous  le  règne  du  Roi  très- chrétien ,  ce  que  pen- 
dant quatorze  anr,  on  n'avoit  pas  eu  du  moins  la 
douceur  et  le  scandale  de  voir  sous  l'usui'pateur 
lui-même. 

On  a  vu  publié,  imprimé,  répandu  avec  pro- 
fusion tout  ce  que  la  haine,  la  vénalité,  l'impu- 
dence, l'immoralité,  ]a  bassesse  pouvoient  non 
pas  inventer,  mais  répéter  d'impie  ,  de  séditieux  , 
d'absurde,  'Ae  dégoûtant,  de  calomnieux  contre 
la  religion  ,  l'autorité  légitime  ,  les  mœurs,  le  bon 
ordre  ,  e*  les  gens  de  bien  qui  en  suivent  les  pra- 
tiques ;  Tout  ce  que  l'imagination  effrayée  peut 
offrir  d'alarmant  à  l'homme  sage  ,  qui  ne  veut  pas 
q'jr  /e  frein  soit  c  té  à  toutes  les  passions  5  en 
ï'rf^nce ,  hors  de  France,  tous  les  mensonges  ,  les 
blasphèmes,  les  outrages  ont  été  commandés,  sou- 
doyé» :  n'e<assent- ils  été  que  tolérés,  n'étoit-ce 
pas  être  compl'ce  du  crime  que  de  ne  l'avoir  pas 
eryipêché  ,  quand  on  avoit  deruandé  et  obtenu  de 
la  crédulité  publique  la  puissance  du  bien  et  du 
mal  en  promettant  pour  garantie  contre  tout  abus 
sa  responsahilité  morale  ? 

La  certitude  de  1  "impunité  suffisoit  au  monstre 
révolutionnaire  pour  Teucourager  à  se  relever  : 
mais  il  lui  fallut  bien  d'autres  garanties  pour  lui 
redonner  l'audace  d'attaquer  la  monarchie  corps 
à  corps.  Le  système  ministériel  ne  lui  en  a  refusé 
aucune.  Les  intérêts  révolutionnaires  avoient  be- 
soin que  la  fermeté  devînt  crime  ,  la  vérité  une 
erreur,  la  fidélité  une  duperie;  que  le  serment 
ne  fût  qu'une  formule  ,  et  que  Thonneur  se 
réduisît  au  m^pris  des  périls.  Il  falloit  effacer  tous 
les  souvenirs,  calomnier  tous  les  exemples,  mettre 
en  question  tous  les  devoirs ,  en  pratique  tous  les 
attentats,  et  faire  reconnoître  au  succès  le  piùvi- 
lége  de  tout  justifier  :  il  falloit  enfin  renverser 
toutes  les  idées  reçues  du  juste  et  de  l'injuste, 
changer  les   principes   immuables    en   doctiincs 


(  5i3  ) 

élastiques  qui  se  pi'êtent  à  tous  les  cvénemens. 
î/alliance  iinplc  du  système  ministériel  et  de  la 
l'évolution  ne  connoît  pas  d'obstacles  :  il  semble 
a\oir  dit  à  sa  compagne,  le  jour  de  Tunion  :  «  Si 
)'  c'est  possible  ,  c'est  lait;  si  c'est  impossible,  cela 
»  se  fera.  »  Le  vice  a  sa  vertu,  car  le  svslème  à 
tenu  parole.  J'en  attc'ste  cet  acte  adulateur  et 
anti-monarchique  ,  puisqu'il  vccoiinoît  le  £^ou- 
vernement  de  l'ait;  cet  acte  honteux  ,  puisqu'il  n'a 
paru  dans  le  Bn/lctin  des  Zo/.v  que  deux  mois  après 
son  existence  ;  cet  acte  dont  l'armée  des  cent-jours 
a  dû  être  indignée  elle-même  ;  car,  je  le  répète,  .ce 
n'est  pas  l'armée  qui  a  trahi,  elle  a  été  entraînée 
par  quelques-uns  de  ses  chefs;  cet  acte  ejitin  qui 
n  a  pas  de  nom,  mais  qui  a  bien  son  motit ,  et  qui^ 
annule  a  les  jugemens  rendus  pendant  les  trois 
»  mois  de  l'usurpation  contre,  les  militaires  qui, 
»  fidèles  à  leurs  serm(vis,  se  sont  rendus  près  de 
»  Sa  Majesté,  et  lui  ont  offert  leurs  services 
»  militaires  qu'il  est  juste,  dit-on,  de  mettre  à 
»  l'abri  de  toute  recliercho  et  de  toute  in([uiétude 
»  pour  l'avenir  à  raison  d'un  lait,  qui ,  bien  que 
))  contraire  à  la  lettre  des  réglemens  ,  ne  peut 
»  qu'être  honorable  pour  eux;  militaires  qu'on 
»  veconnoît  avoir  encouru  la  désertion  ,  avant 
»  quitté  leurs  corps  pour  embrasser  la  cause  de 
»  leui-  Koi  légitime  et  pour  se  réunir  à  son  dra- 
»   ])eau.  » 

Mais  ce  n'étoit  encore  là  que  mettre  le  devoir 
en  question.  La  révolution  a  exigé  davantage  de 
ia  complaisance  du  svstèiiae  :  il  est  dirigé  par  des 
lettrés  qui  ont  lu  quOxensliein  disoit  à  sou  fils  : 
«  Tu  ne  sais  donc  pas  combien  le  monde  est  facile 
»  à  gouverner?  »  Il  en  a  conclu  que,  pour  con- 
duire les  hommes,  il  lui  suffisoit  de  les  mépriser 
en  les  jugeant  d'après  lui-même.  Aussi  jie  s'est-il 
occupé,  depuis  trois  ans,  qu'à  offrir  le  honteux 

Tome  II.  —  24^  LivHAison.  S3^ 


C  5i4  T 

calcul  de  rambilion ,  de  Fégoïsme  et  de  rîntéiéi 

fécuniaire ,  à  tous  ceux  qui  ont  l'imprudence  de 
approcher  avant  de  s'être  reconnu  une  indépen- 
dance à  toute  épreuve.  Le  macliiavélisme  corrup- 
teur de  ces  hommes  dont  le  cœur  est  sec,  dont 
l'esprit  est  petit,  et  dont  l'âme  est  foible, 
s'eft'orce  de  prouver  chaque  jour,  au  profit  de  la 
révolution  qu'ils  servent,  qu'il  y  a  tout  à  gagner 
à  être  l'ennemi  du  Roi,  et  tout  à  perdre  à  se  mon- 
trer fidèle.  Ils  savent  très-Lien  qu'à  Grenoble  y 
qu'à  Lyon  ,  toutes  les  autorités  civiles  et  mili.taires 
ont  rempli  leurs  devoirs;  et  quel  autre  pouvoir 
que  le  pouvoir  suprême  a  donc  dit  ces  mots  solen- 
nels :  ((  Justice  prompte  et  sévère?  »  IMais  il  falloit 
calomnier,  persécuter  les  généraux  dévoués  •  il  fal- 
lut les  punir  pour  l'exemple.  La  justice  et  la  re- 
connoissance  royales  venoient  d'assurer  qu'cH 
toutes  occasions  les  comiuandans,  les  tribunaux 
imiteroient  l'exemple  de  ceux  de  Grenoble  et  de 
ceux  de  Lyon  :  c'en  étoit  fait  de  la  révolution. 
«  Le  l'oible,  comme  disoit  M.  le  ministre  de  la 
M  police  en  1 8i5,  auroit  été  rassuré  :  il  seroit  venir 
J)  avec  confiance  sous  l'égide  d'un  gouvernement 
»  fort,  en  qui  il  auroit  vu  la  volonté  et  le  pou- 
»  voir  de  le  protéger  et  de  le  défendre  ,  de  se  pvo- 
M  téger  et  de  se  défendre  soi-même.  Celui  qxii  ne 
»  fut  qu'entraîné ,  qu  ont  pu  égarer  ces  faussas 
«  doctrines,  ces  illusions  fatales  qui  ne  placent  la 
»  liberté  que  dans  l'anarchie,  la  gloire  que  dan.<? 
»  les  ravages,  la  dévastation,  le  sang  et  les  larmes, 
»  ramené  par  une  salutaire  crainte,  se  seroit  arrêté 
»  sur  le  bord  de  l'abîme  vers  lequel  on  le  préci- 
»  pite,  el  il  n'auroit  pas  tardé  à  bénir  le  pouvoir 
))  qu'un  moment  il  auroit  pu  redouter.  »  C'est 
ainsi  que  parloit  lui-même  M.  le  ministre  de  la 
poiice  générale,  le  i8  octobre  i8i5.  Alors  c'en 
étoit  fait  de  la  révolution;  la~ monarchie  légi- 
time,^ appuyée  par  la  Charte,  saflermissoitsur  ses^ 


(  Ji5  ) 

bases    paternelles   :    mais  le  sj.stèrae   ministériel 
n'a  pas  été  inventé  pour  sauver  la  monarchie. 

La  plus  scandaleuse  ,  la  plus  manifeste  de  toutes 
les  preuves  de  ralliancc  entre  lui  et  la  révolution, 
c'est  celle  dont  toute  la  Fiance  vient  d'être  le 
témoin,  et  qu'elle  a  peine  à  croire  encore.  Je 
parle  ici  du  ministre  violateur  de  la  loi  qui  a 
chassé  solennellement  les  régicides  relaps.  Ce 
n'éloit  pas  assez  pour  lui  d'avoir  compromis  l'au- 
torité rovaié',  en  surprenant  une  ordonnance 
clandestine  à  la  relisjion  du  monarque  ;  d'avoir 
détruit,  par  une  ordonnance,  une  loi  devenue  loi 
d(!  l'Etat  :  ce  ministre,  simple  membre  d'un  mi- 
nistère que  Sa  INIajesté  a  déclaré  un  et  solidaire , 
ose  induire  notre  Koi  à  approuver  un  rapport 
fallacieux,  qxi'il  appelle  l'exécution  de  l'art,  y  de 
la  loi  du  12  janvier  18165  c'est-à-dire,  approuver 
la  violation  de  la  loi  contre  les  réç^icides  toute 
entière  ;  et,  pour  mieux  prendre  acte  que  la  plé- 
nitude de  la  puissance  réside  spécialement  dans  sa 
personne  ,  te  ministre  ,  dont  le  pouvoir  est  connu  , 
mais  dont  le  titre  est  à  connoître  ,  donnera ,  dit-il  , 
après  l'approbation  rovale,  connoissancc  du  rap- 
port à  ses  collègues.  Quoique  la  loi  de  la  respon- 
sabilité ministérielle  soit  à  faire,  il  est  permis  de 
demander  si  un  ministre  a  le  droit  individuel  de 
lier  et  de  délier  en  France.  Il  est  permis  de  de- 
mander, sous  un  monarque  du  sang  d'Henri  lY 
et  de  Louis  XI\  ,  sous  un  monarque  qui  connoU 
ses  droits  comme  ses  sujets  connoissent  sa  bonté  5 
il  est  permis  de  demander  si ,  dans  son  aveugle 
ambition,  ce  ministre  auroitla  démence  de  vou- 
loir rétablir  en  lui  les  maires  du  palais.  Rassurez- 
vous  ,  hommes  de  peu  de  foi  5  la  mesure  se  comble, 
mais  le  E.oi  règne  ;  la  Charte  nous  gouverne  avec 
lui  :  Si  ce  ministre  a  des  flatteurs ,  noti'e  monarque 
a  des  s:;rvileurstidèlcs;  et,  pour  le  Roi,  la  France 
et  la  Charte  ,  la  tribune  fie  testera  pas  silencieuse  , 

33w 


(  ^i(3  ) 
suivant  les  paroles  de  M.  le  minislre,  et  contre 
lui-înêine. 

Sans  cloute  la  révolution  a  une  soif  tl  livrlro- 
inque  pour  les  garanties  :  il  n'en  reste  plus  qu'une 
a  lui  donner;  sans  celle-là,  elle  ne  croira  jamais 
pouvoir  jouir  de  toutes  les  autres.  Mais  cette 
garantie  ne  peut  être  demandée  que  par  la  i-évo- 
Jution  en  peisonne-  celte  garantie,  celte  dernière 
garantie ,  celle  qui  confirmera  tontes  les  autres  , 
c'est  le  trône  des  Bourbons,  le  trône  vivant,  la 
place  de  notre  Roi  lui-même.  Sujets  fidèles,  ne 
redoutez  donc  rien  du  combat  de  la  révolution 
contre  la  monarchie  :  les  forces  de  nos  communs 
ennemis  nerépondentpoint  à  leurs  vastes  desseins. 
Ils  ne  veulent  pas  du  mur  d'airain  que  la  Charte 
élevoit  généreusement  entre  eux  et  vous  :  ils  ne 
veulent  ni  mur  d'airain  entre  la  révolution  et  le 
trône,  ni  Rhin,  ni  Alpes,  ni  Pyrénées  entre  l'Eu- 
rope et  eux  :  à  les  entendre ,  FOcéan  lui-même 
ne  les  empêchera  pas  de  révolutionner,  de  lihc- 
raliscr  1  univers. 

Sont-ils  donc  si  formidables  ces  hommes  de 
révolutions,  à  qui  le  seul  système  ministériel  a 
rendu  le  souffle  et  redonné  l'existence?  En  voulez- 
vous  la  preuve?  Des  paroles  monarchiques  sont 
sorties  de  la  bouche  la  plus  auguste ,  à  la  séance 
royale  du  4  décembre,  la  révolution  a  pâli  :  des 
présages  monarchiques  ont  apparu,  il  y  a  siv 
semaines,  la  révolution  a  tremblé. 

Anciens  ou  nouveaux  serviteurs  de  la  monar- 
chie, vous  qui  avez  subi  glorieusement  l'épreuve 
des  cent-jours  ,  et  qui  n'avez  pas  chancelé  depuis  : 
vous  aussi  qui  avez  reconnu  vos  (Mreurs,  et  qui  pro- 
fessez les  seuls  principes  qui  soient  monarclii(pies, 
vous  êtes  calomniés,  atta<j[ués,  repoussés,  chassés 
des  emplois;  vous  vous  gardez  bien  de  vous 
plaindre.  Nos  communs  ennemis  ne  parlent,  n'é- 
crivent, n'ordonnent,   n'agissent  que  pour  vous 


(  5i7  ) 
arraclicr  une  plainte.  Les  vrais  Français  ont  dit 
Jong- temps  :  Servir  et  souffrir.  Les  ennemis  com- 
muns qui  commandent  pour  un  jour,  vous  or- 
donnent de  renoncer  à  servir  :  leur  puissance 
s'arrête  là;  elle  ne  sauroiLvous  empêcher  de  dire  ; 
Souffrir  et  attendre. 

C'est  la  justice  de  votre  cause,  c'est  votre  cons- 
tance, c'est  votre  courage  qu'ils  ne  vous  pardon- 
nent pas,  qu'ils  ne  vous  pardonneroit'ut  jamais. 
Vrais  amis  de  la  relij^ion,  de  la  monarchie  et  de 
la  Charte,  votre  plus  bel  éloge  est  sorti  de  la 
iioiiche  d'un  de  vos  ennemis. 

Cette  pnissance  du  jour,  alors  en  expectative, 
disoitde  vous  :  «  Parlez-moi  de  ces  gens-là  :  depuis 
»  deux  ans  on  les  hat  toujours,  ils  ne  perdent 
))  pas  nn  homme;  c'est  la  première  fois  que  l'on 
»   a  vu  cela  en  France.  » 

C'est  qu'il  n'est  pas  vrai  que  l'esprit  révolution- 
naire soit  dans  la  France  :  il  n'y  est  plus  que  dans 
ces  jougleurs  qui  trompent  le  monarque  ,  et  ne 
trompent  plus  que  lui.  11  n'y  est  plus  que  dans 
ces  hommrs  qui  empoisonnent  de  leurs  calomnies 
l'atmosphère  où  le  trône  est  placé;  il  n'est  plus 
que  dans  ces  hommes  qui  garrottent,  accablent, 
étoulFent  la  monarchie,  en  lui  disant,  comme  les 
bourreaux  à  dom  Carlos  :  Prince  ,  c  est  pour  votre 
bien. 

Salaberry,  Membre  de  la  Chambre 
des  J)êputês. 


LE  FOND  DES  CHOSES. 

Tout  ministère  qui  s'empar(>  du  monopole  de  la 
pensée,  et  qui  emploie  son  influence  sur  les  jour- 
îiaux  pour  débiter  des  sottises  et  des  mensonges  à 
une  nation  ,  annonce  par  cela  même  qu'il  a  des  in- 
tentions hostiles  contre  les  libertés  publiques.  S'il 
marclioit  iVanchement  dans  la  route  constitution- 
nelle, il  n'auroit  pas  même  besoin  de  justifier  les 
mesures  qu'il  pi'en3  •  l'opinion  publique  s'en  char- 
geroit.  C'est  ainsi  que  les  cîioses  se  passent  en  An- 
gleterre. Les  ministres  n'y  ont  pas  à  leur  solde 
une  foule  de  petits  sophistes  corrom])Us,  chargés, 
à  tant  la  page,  de  faire  l'esprit  public;  et  les  jour- 
naux qui  défendent  le  ministère  le  défendent  li- 
bi'eraent,  c'est-à-dire,  parce  qu'ils  approuvent 
sou  système. 

Le  Journal  des  l'Jcbats,  journal  qui  nislc  impa- 
tiemment sous  la  main  du  ministère,  a  été  obligé 
de  recevoir  un  lonir  et  lourd  article  ministériel 
destiné  à  nous  faire  comprendre  ce  qu'il  y  a  de 
bon,  de  national,  de  constitutionnel  dans  l'ordon- 
nance du  5  mars  1819,  qui  crée  des  pairs  par 
soixantaine.  Comme  nous  sommes  persuadés  que 
le  salutVle  la  France  tient  à  ce  qu'il  y  ait  plus  de 
lumières  dans  le  corps  de  la  nation  que  dans  ceux 
qui  l'administrent,  il  nous  est  impossible  de  souffrir 
qu'on  essaie  de  fausser  les  esprits,  et  nous  croyons 
de  notre  de>  oir  de  bon  Français  de  rejnetlre  toutes 
choses  dans  leur  vérité. 

L'ordonnance  du  5  mars  i  S  i  C)  a  cassêla  Chambre 
dos  Pairs,  comme  rordonnauce  du  5  septembre 
1816  a  cassé  la  Chambre  des  Députés  ,  non  par  les 
mêmes  moyens,  mais  dans  1<;  mè:iie  but  et  par  les 
niêmes  motifs  ,  qui  sont  d  établir  le  despotisme 
ministériel  sur  [es  débris  dt;  toutes  nos  libertés. 
C'est  ce  que  nous  allons  luctlrc  eu  évidence. 


"(  5i9  ) 

Le  îîoi  a  constitutionnellemeiit  le  droit  de  dis- 
soudre la  Chambre  des  Députés.  Quand  croit-il 
nécessaire  de  faire  usage  de  ce  droit?  Lorsque  la 
majorité  est  opposée  aux  mesures  proposées  par  le 
gouvernement,  et  qu'il  est  permis  de  présumer 
qu'un  appel  à  la  nation,  dans  ses  collèges  électo- 
raux, amènera  une  majorité  dans  un  autre  sens. 
Ce  n'est  pas  la  ChamLre  en  général  que  l'on  casse, 
c'est  la  majorité  formée  que  le  ministère  brise, 
lorsqu'il  conseille  au  Roi  la  dissolution  de  la 
Chambre.  Pour  s'instruire  en  politique,  ilfautsans 
cesse  écarter  les  mots ,  et  entrer  au  fond  des  choses. 

En  jetant  d'un  seul  coup  soixante  pairs  dans  la 
Chambre-Haute ,  quelle  a  été  l'intention  du  mi- 
nistère? De 'briser  la  majorité  formée  dans  cette 
Chambre.  Quand  le  ministère  honteux  diroit  au- 
jourd'hui que  ce  ii'étoit  pas  là  son  intention  ^ 
quand  on  pourroit  oublier  que ,  depuis  deux  ans, 
chaque  fois  que  l'approbation  d'une  loi  présentée 
paroissoit  douteuse  dans  cette  Chambre,  il  circu- 
îoit  des  menaces  sourdes  d'augmenter  le  nombre 
des  pairs;  quand  le  ministère  n'auroit  pas  su  ce 
qu^il  faisoit,  dès  l'instant  qu'il  est  impossible  de 
nier  que  soixante  pairs,  introduits  à  la  fois  dans 
la  Chambre-Haute ,  peuvent  v  briser  la  majorité 
formée,  il  est  incontestable  que  Tordonuance  du 
-5  mars  casse  la  Chtimbre  des  Pairs  comme  l'ordon- 
nance du  5  septembre  a  cassé  la  Chambre  des  Dé- 
putés ,  puisque  ce  n'est  jamais  que  dans  le  dessein 
(\ehTÏ^iiv\dt.  majorité  formée  d'une  Ohambre  qu'on 
lu  dissout  ou  qu'on  en  dérange  les  proportions. 

La  Charte,  cpii  est  excellente  parce  qu'elle  est 
l'œuvre  du  bon  sens  et  non  Touvrage  des  hommes 
qui  n'ont  pu  que  la  rédiger,  a  permis  que  le  Roi 
cassât  la  Cliambre  des  Députés  ,  et  ne  lui  a  donué 
aucun  moyen  de  casser  la  Chambre  des  Pairs;  car 
l'article  qui  dit  :  «  Le  Roi  fait  dei»  Pairs  à  volonté ,  n 
Tiesigniiiepas  et  ue  signifiera  jamais  dans  la  langue 


(    520    5 

tlu  bon  sens  :  «  Le  ministère  fait  des  pairs  à  i)ro- 
w  fusion.  » 

Pourquoi  ixnc  nation  jalouse  de  ses  libertés  a- 
t-elle  admis  que  le  Roi  peut  casser  la  Chambre  des 
Députés,  dont  tous  les  membres  ont  été  choisis 
par  elle  pour  défendre  ses  intérêts  contre  les  mi- 
nistres agens  d-^,  l'autorité  royale,  et  n'a-t-elle  pu 
supposer  -nie  le  Roi  pourroit  agir  violemment 
contre  la  Chambre  des  Pairs? 

C'est  que  la  dissolution  de  la  Chambre  des  I>é- 
putés  est  un  appel  à  la  nation  dans  ses  collèges 
électoraux  :  loin  que  cette  dissolution  attente  à  ses 
droits  reconnus,  elle  lui  offre  une  occasion  de 
plus  d'en  faire  usage.  On  lui  renvoie  ses  députés 
pour  qu'elle  en  nomme  d'autres  ou  qu'elle  les 
confirme,  et  non  pour  que  le  ministère,  qui  vient 
de  briser  la  majorité  formée ,  en  recompose  une 
de  députés  nommés  par  lui ,  par  conséquent  sans 
indépendance. 

En  augmentant  violemment  le  nombre  des 
pairs,  non  seulement  le  ministère  brise  la  majo- 
rité formée  dans  cette  Chambre  ,  mais  il  choisit^ 
nomme  et  institue  ceux  qui  doivent  lui  former 
une  autre  majorité  sans  indépendance.  Si  c'est  là 
la  Charte  qu'on  nous  a  donnée,  on  a  supposé  les 
Français  aussi  ignorans  que  s'ils  étoient  tous  mi- 
nistres. Si  ce  n'est  pus  là  la  Charte  qu'on  nous  a 
donnée,  pour  qui  nous  prend-on?  Il  faudroit 
s'expliquer  enfin,  ne  fi*it-ce  qiie  pour  nous  dire 
franchement  jusqu'à  .quel  point  on  nous  méprise  , 
et  pour  éviter  des  quipro(|uo  toujours  terribles  vjt 
politique. 

Casser  la  Chambre  des  Députés  est  une  mesure 
violente  ,  qui  peut  être  nécessaire  ,  raais  qui  ne  se 
répéteroit  p;ts  souvent  sans  danger;  car  si  la  siation 
à  laquelle  on  renvoie  ses  députés  approu^e  leur 
conduite  dans  ses  collèges  électoraux,  elle  \cs 
nomme  de  nouveau.  Ils  deviennent  alors  si  2)u!s- 


(     521     ) 

sans  (le  cette  approljatioii  f'ornieilc  de  la  ccnudife 
qu'ils  ontteiuie,  qu'un  gouvernement  sage,  averti 
lui-même  par  l'opinion  publique  légalement  pro- 
noncée, écarte  (les  ministres  dangereux,  L  union 
se  rétablit  entre  les  pouvoirs  de  la  société,  au 
profit  de  Li  raison  et  des  libertés  publiques. 

Mais  s'il  éloit  permis  de  briser  la  tnajotitr  for- 
mée dans  la  Chambre-Haute ,  par  l'adjoncliou 
su})ite  de  soixante  pairs,  ([uelles  lumières  en  re- 
cevroit  le  oouvcruemeut?  Comment  la  nalion 
constituée  interviendroit-ejlc  pour  approuver  ou 
désapprouver  une  mesure  dans  laquelle  il  est 
impossible  de  soutenir  qu'elle  soit  sans  intc'rêt,  à 
moins  d'avouer  que  la  Chambre  des  Pairs  n'est 
qu'une  fausse  représentation  d'un  des  pouvoirs  de 
la  société?  Le  pouvoir  démocratiqiie,  si  jaloux  de 
sa  nature,  aura  eu  la  sa^^essc  de  s'interdire  toute 
action  sur  la  forznation  du  pouvoir  aristocratique, 
il  aura  eu  la  sagesse  plus  grande  de  ne  pas  éloi- 
gner les  pairs  des  collèges  électoraux,  d'admettre 
leur  influtmce  aux  ('élections,  et  un  ministère  pas- 
sionné ne  conqjrendra  pas  que  ce  ([ue  la  nation 
constituée  s'est  interdit,  ne  peut  étie  tenté  par 
]>crsonne,  sans  que  l'économie  delà  Charte  en  soit 
3  (mversée  de  fond  en  comble.  Si  les  pairs  nou- 
vc^llement  nommés  l'ont  une  majorité  nouvelle, 
cette  majorité  ne  représentera  que  ro])in!on  (bv 
ininislèriî  qui  les  a  choisis;  et  .s'ils  se  langent  du 
côté  de  l'ancienne  majorité,  qui  empêche  le  mi- 
nistère de  rechoisir  autant  de  personnages  qu'il 
voudra ,  et  de  les  jeter  à  travers  cette  seconde; 
majorité?  On  ])ourroit  même  aller  jusqu'à  former 
une  Chambre  de  sourds-muets  de  naissance,  sans 
que  cela  fut  contraire  à  la  Constitution  ,  dès  qu'oîi 
admet  (jue  ce  que  la  Constitution  n'a  pas  défendu, 
parce  qu  on  la  supposoit  faite  pour  \m\  peu])le  ins- 
truit et  raisonnable,  est  constitulioniiel. 

Ainsi  cette  Charte,   ([ui  a  voulu  trois  pouvoirs 


(    522    ) 

iudépendans,  parce  qu'un  seu]  pouvoir  petit  cédoT 
à  la  lentation  du  despotisme  long-temps  impossible 
dans  nos  mœurs,  mais  don tl es  essaisseroient  mortels 
pour  la  société;  cette  Constitution,  trop  s.ifj^e  pour 
n'avoir  admis  que  deux  pouvoirs  dont  la  division 
ne  pourroit  être  qu'un  ccnibal  à  mort,  e«t  trompée 
de  fait  dans  sa  prévoyance.  La  Chambre  des  Pairs 
n'est  plus  un  pouvoir  dés  que  sa  majorité  formée 
peut  être  brisée  par  une  ordonnance ,  et  rebrisée 
autant  de  fois  que  le  ministère  le  voudra  par  des 
hommes  au  choix  du  ministère. 

11  n'y  a  pas  de  pouvoir  politique  sans  indépen- 
dance 5  celte  vérité  étoit  admise  comme  incontes- 
table lorsqu'Aristote  écrivoit  la  constitution  de 
tous  les  gouverneniens  connus  jusqu'à  lui.  De])uis 
l'ordonnance  du  5  mars ,  l'indépendance  n'existe 
plus  que  pour  le  pouvoir  royal  et  le  pouvoir  dé- 
mocratique ;  le  pouvoir  aristocratique  est  annulé 
de  fait  5  mais  comme  il  ne  peut  l'être  de  droit,  il 
se  relèvera,  ou  notre  constitution  périra  dans  le 
combat  inévitable  entre  deux  pouvoirs  en  présence. 
Le  ciel  permettra  sans  doute  que  la  Charte  triom- 
phe, parce  qu'à  son  salut  estatlaché  le  salut  de  tous 
les  pouvoirs  de  la  société. 

La  France  gémit  souvent  des  maux  qu'elle  a 
éprouvés  depuis  trente  ans,  et  cependant  il  est 
vrai  de  dire  qu'il  n'est  pas  une  époque  où  elle 
n'ait  été  maîtresse  de  ses  destinées.  Si  elle  se  tra- 
hit elle-même,  peut-elle  se  plaindre  de  souffrir? 

Le  ministère  vient  de  tenter  le  coup  le  plus 
imprudent  qu'il  fût  possible  de  risquer.  Un  mi- 
nistère quelconque  paiera  un  jour  cette  tentative 
<le  sa  tête;  cela  est  inévitable:  car  les  pairs  nou- 
veaux sentiront  que  la  majorité  qu'ils  pourroient 
former  seioitbientôt  brisée  par  les  mêmes  moyens, 
et  <ju  il  n'y  a  qu'un  remède  à  ce  danger.  Les  dé- 
putés sentiront  de  même  (jue  le  ministère,  qui  a 
été  asàez  hardi  pour  attaquer  l'indépendance  d'un 


(  523  ) 
des  pouvoirs  delà  société,  ne  balanceroit  pas,  dans 
l'occasion  ,  à  se  défaire  du  seul  pouvoir  qui  puisse 
encore  lui  résister;  ils  seront  poursuivis  de  la 
ci'aiute  qu'il  n'y  ait  projet  conçu  de  tout  conduire 
parlaforc.  Quand  les  choses  en  sontlà,les  événe- 
inens  marchent  vite.  Il  suffit  d'avoir  étudiél'li  istoire 
pour  n'avoir  aucun  doute  à  cet  égard.  Qui  de  nous 
d'ailleurs  ne  sait  pas  que  Robespierre  est  tombé 
dans  upe  situation  absolument  semblable? 

La  France  regrettera  que  le  Roi,  dans  sa  sagesse, 
n'.aitpas  gardé  auprès  de  sa  personne  les  conseillers 
loyaux  qui  l'avoient  averti  d'être  en  garde  contre 
sa  bonté,  contre  le  sentiment  qui  l'entraîne  à  ré- 
compenser glorieusement  tous  les  services  rendus  à 
la  France  !  En  déclarant  qu'à  l'avenir  on  ne  pourroit 
prétendre  à  être  admis  dans  la  Chambre  des  Pairs 
qu'autant  qu'on  seroit  en  état  de  fonder  de  suite 
le  majorât  attaché  au  titre  que  l'on  porte,  le  Roi 
avoit  élevé  un  obstacle  respectable  à  l'iniporlunité 
des  demandes,  à  la  légèreté  de  ses  ministres-  et 
cette  ordonnance  sembloit  avoir  été  inspirée  par 
la  plus  profonde  politique  pour  empêcher  ce  que 
nous  voyons  aujourd'hui.  Cette  ordonnance,  gé- 
néralement approuvée  ,  cette  orclonnace  qui  cons- 
tituoit  définilivement  un  des  pouvoirs  de  la  so- 
ciété, peut-elle  être  révoquée  ou  suspendue  comme 
une  simple  ordonnance  d'administration  publi- 
que? Le  bon  sens  crie  que  cela  est  impossible; 
que  faire,  défaire  et  refaire  les  pouvoirs  de  la  so- 
ciété ,  c'est  tenir  la  société  dans  un  état  continuel 
de  révolution;  et  la  France  se  demande  comiYient 
il  se  pouiToit  qu'elle  comptât  sur  le  maintien  de 
ses  libertés,  quand  un  des  pouvoirs  chargés  de  les 
maintenir  n'a  pas,  pour  se  défendre  lui-même 
contre  les  caprices  d'un  ministère,  les  mêmes  droits 
qu'avoit  autrefois  le  plus  mince  parlement  du 
royaume. 

Si  la  royauté,  qui  n'est  aussi  qu'un  des  pouvoirs 


de  la  société  ,  pouvoît  être  cléraiigce  dans  ses  COJI- 
ditious,  qui  de  nous  cousidcreroit  la  royauté 
comme  la  première  garantie  de  tous  les  intérêt» 
'acquis,  de  toutes  les  libertés  fondées? 

La  Chaiu])re  des  Pairs  reste  réellement  suspen- 
due jusqu'à  ce  qu'elle  ait  présenté  une  majorité, 
et  que  eeltc  majorité  ait  lait,  sur  un  ministère, 
justice  po!ir  tous  les  temps,  comme  la  Chambre 
des  Députés,  dans  le  cas  de  dissolution,  est  sus- 
pendue jusqu'à  ce  que  des  élections  nouvelles  et 
une  nouvelle  majorité  prononcée  aient  rendu  la 
vie  à  son  pouvoir. 

Ln  ministère,  assez  fou  pour  rêver  l'établisse- 
ment du  despotisme  ministériel  dans  un  gouver- 
nement représentatif,  doit  avoir  une  idée  domi- 
nante à  laquelle  il  subordonne  toutes  ses  autres 
idées;  cette  idée  dominante  est  d'empêcher  qu^il 
ne  se  forme  des  majorités  constantes  dans  les 
Chambres;  car  alors  il  faudroit  les  suivre  ou  se 
retirer,  et  l'é  faiblisse  ment  de  l'oligarchie  minis- 
térielle seroit  impossible.  Le  mot  olif^archie  est 
ici  à  sa  véritable  place,  et  c'est  la  première  fois 
depuis  qu'on  l'a  remis  à  la  mode. 

Si  ou  j'ciléchit  sur  ce  qui  s'est  passé,  à  partir  de 
la  session  de  i8i  J,  on  sera  convaincu  que  tout  a 
été  dirigé  par  le  ministère  pour  briser  les  majo- 
rités; il  n'eu  veut  dan^  aucun  sens,  parce  que  sa 
prétention  est  de  réduire  les  Français  à  la  servilité 
que  Buouaparte  avoit  établie  eu  la  couvrant  de 
grandenr  et  de  gloire,  et  qui  pourtant  étoit  bien 
moins  serviie  que  ne  le  croient  ceux  qui  n  ont  vu 
le  gouvernement  de  cette  époque  que  dans  les 
antichambres.  JNon-sculement  l'ordonnance  du 
;')  septembre  a  été  calculée  pour  briser  la  ninjonlc 
f'urnu'e,  mais  il  ^st  entré  dans  les  combijiaisous 
du  luinistère  d'ci^péchcr  qu'il  ne  se  formât  do 
majorité  nouvelle;»  et  c'est  pour  cela  qu  il  a  révo- 
qué les  dispoçitiou^s  de  l'ordonnance  du  i .^  juilU't 


(  5'25  ) 
qui  avoit  aiigniciité  le  nombre  des  députés,  or- 
donnance qui  étoit inattaquable,  puisqu'elle  étoit 
devenue  un  fait  et  une  possession.  On  a  donc  ré- 
duit la  Chambre  des  Députés,  de  manière  qu'une 
majorité  constante  y  fût  impossible;  dès  lors  le 
ministère  a  marché  à  la  destruction  de  nos  liber- 
tés, en  s'appnvant  sur  des  factieux  qui  l'étour- 
dissoientd'applaudisscmens  pour  lui  ôter  la  faculté 
de  regarder  en  arrière. 

J'imprimai ,  dans  l'eKainen  de  l'ordonnance  du 
5  septembre  ,  qu'/7  n'y  a  pas  de  majorité  politicjue 
dans  un  petit  nombre  ;  l'expérience  de  trois  an- 
nées l'a  prouvé;  j'aurois  de  même  imprimé  alors 
que  cette  observation  réjouissoit  le  ministère  ; 
juais  le  moment  n'étoit  pas  venu  de  dévoiler  son 
malheureux  système.  Il  falloit  lui  laisser  le  temps 
de  fatiguer  tous  les  partis,  d'user  toutes  les  pas- 
sions, aiin  qu'il^fiît  imprudent  au  profit  de  l'ins- 
truction delà  majorité  des  Français. 

Avant  la  dissolution  de  la  (2hamLre  de  i8i 5,  le 
ministère  ne  se  croyoit  pas  assez  puissant  pour 
faire  et  défaire  lus  pouvoirs  de  la  société  avec 
des  ordonnances;  et  nous  nous  rappelons  encore 
M.  Pasquier  à  la  tribime,  suppliant  la  Chambre 
de  l'énoncer  elle-m^ême  au  droit  dont  elle  étoit 
saisie  par  l'ordonnance  du  i3  juillet.  Comme  le 
despotisme  ministéiiel  a  marché  vite  en  excitant 
les  passions  des  partis  qui  ne  demandoient  qu'à 
s'éteindre  dans  l'exercice  d'une  saoe  liberté!  Au- 
jourd'hui on  brise  la  majorité  qui  s'étoit  formée 
dans  la  Chambre  des  Pairs,  sans  façon  ,  eu  croyant 
en  être  quitte  pour  un  article  ridicule  dans  le 
Journal  des  Débats  ;  on  la  brise  d'une  manière  si 
étrange,  que  les  hommes  qui  ont  un  peu  de  pré- 
voyance dans  l'esprit,  ont  refusé  d'v  croire  jusqu'à 
ce  qu'ils  aient  entendu  crier  dans  les  rues  :  La  liste 
des  personnages  très-connus  que  le  Hoi  vient  de 
nommer  pairs  ;  car  c'est  ainsi  que  la  police  permet 


(  526  ) 

qu'on  annonce  à  son  peuple  l'événement  le  plus 
sérieux  qui  se  soil  entamé  depuis  i8i4- 

Cette  majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  étoil  le 
résultat  heureux  de  quatre  années  employées  à  se 
connoître,  de  quatre  années  d'observations  sui- 
vies par  les  membres  d'un  corps  inamovible  j  elle 
va  être  exposée,  pour  long-temps  peut-être,  à 
l'instabilité  introduite  dans  la  Chambre  des  Dé- 
putésaumoven  durenovivellement  par  cinquième, 
A  la  suite  de  longs  troubles  civils,  il  faut  du  temps 
aux  hommes  pour  se  rendre  réciproqvieraent  jus- 
tice, pour  acquérir  la  conviction  que  personne 
n'a  choisi  sa  destinée  quand  l'agitation  de  Fa  so- 
ciété ne  laissoit  à  personne  le  temps  de  réflécliir  , 
et  pour  sentir  qu'une  position  nouvelle  ,  des  in- 
térêts communs  rapprochent  nécessairement  tous 
ceux  qui  sont  faits  pour  s'estimer  et  confondre 
leurs  vues  dans  les  moyens  d'assurer  l'avenir.  Nous 
montrerons  tout  à  l'heure  que  l'ordonnance  du  J 
mars  est  calculée  pour  que  les  nouveaux  et  les  an- 
ciens pairs  n'aient  pas  des  intérêts  absolument 
semblables,  et  nous  indiquerons  l'unique  moyen 
de  tromper  cette  combinaison  machiavélique. 

Majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  ,  la  postérité 
vous  estimera  positivement  par  ce  rapprochement 
des  opinions  qui  a  blessé  le  ministère^  et  lorsqu'il 
essaiera  de  donner  comme  une  preuve  d'impar- 
tialité qu'il  a  choisi  les  nouveaux  appelés  dans  tous 
les  partis  et  hors  des  partis,  la  postérité  lui  ré- 
pondra que  c'étoit  pour  éviter  à  tous  prix  une 
majorité  constante.  En  attendant  la  postérité,  les 
îndépendans  lui  feront  cruellement  sentir  qu'ils 
l'ont  deviné. 

En  remarqviant  qu'une  position  nouvelle  et  des 
intérêts  communs  rapprochent  nécessairement 
ceux  qui  sont  faits  pour  s'estimer,  parce  qu  ils  ne 
sont  pas  nés  pour  servir  l'oligarchie  ministérielle, 
nous  exprimons  suffisamment  notre  opinion  sur 


(  ^^7  ) 
les  nouveaux  pairs.  Ce  n'est  pas  nous,  dont  Uvi 
événemens  ont  quelquefois  marqué  la  place,  qui 
jugerions  les  hommes  inctépendammcut  des  cir- 
constances. En  lisant  la  liste  des  pairs  nouvelle- 
ment appelés  ,  nous  en  avons  trouvé  un  grand, 
nombre  (|ui  ont  plus  de'  nionarchie  dans  la  tète 
que  Lien  des  gens  qui  se  croient  ou  se  sont  crus 
ministres  d'un  roi:  ils  ne  consentiront  pas  à  ram- 
per devant  ceux  qu'ils  ont  vus  à  leurs  pieds»  Plus 
ils  ont  été  fidèles  à  la  cause  qu'ils  ont  embrassée  , 
plus  les  royalistes  les  estimeront,  car  les  royalistes 
tiennent  compte  delà  fidélité;  ils  n'en  veulent 
qu'à  ceux  qui  changent  sans  cess'e.  Evitant  de 
juger  les  hommes,  nous  nous  sommes  bornés  dans 
cet  article  à  examiner  l'ordonnance  du  5  mars 
sous  le  rapport  de  l'indépendance  des  pouvoirs , 
et  pour  l'instruction  de  la  France  impartiale. 
Nous  avons  le  pressenti  m  eut  que  les  pairs  auxquels 
on  fait  attendre  l'hérédité  dans  l'espoir  d'exciter 
une  jalousie  entre  eux  et  ceux  qui  sont  hérédi- 
taires, plus  encore  dans  l'espoir  de  les  trouver 
souples  aux  fantaisies  ministérielles,  connoissent 
assez  le  fond  des  choses  pour  savoir  qu'il  ny  a 
qu'un  moyen  d'obtenir  cette  hérédité  de  suite  : 
c'est  de  sacrifier  le  ministère  qui  la  tient  en  sus- 
pens au  ministère  qui  l'accordera  pour  s'assurer 
une  majorité  constante.  Ceci  est  de  règle  rigou- 
reuse en  politique.  Pairs  nouveaux,  il  vous  man- 
quera beaucoup  dans  l'opinion  tant  qu'on  pourra 
nommer  le  ministère  qui  vous  a  faits  :  le  jour  où 
vous  l'aui'ez  renversé ,  si  on  vous  demande  qui  vous 
a  faits  ce  que  vous  êtes,  vous  pourrez  répondre 
comme  les  pairs  d'Angleterre,  comme  les  anciens 
pairs  de  France  :  INOLiS.  Et  vous  l'épondrez  vrai; 
car  votre  possession  sera  assurée,  et  personne  n'o- 
sera tenter  de  la  troubler. 

Ecrivant  pour  les  Français  qui  n'ont  besoin  que 
de  connoître  la  vérité  pour  se  jeter  enti*elaFrançç 


(  ^-'-^  ) 

tl  les  laclions,  nous  n'oublierons  pas  dv.  louriaj)- 
pcler  cette  phrase  prononcée  dci-nièrement  à.  la 
Ivibunc  (\v  !n  Chain])re  des  Pairs  par  ISl .  le  prési- 
dent du  conseil  des  ministres  :  Ou  )i  écarte  des 
Jonctions  publiques  que  ceux  qui  résisletit  au  gou- 
vernement (lu  liai. 

Nous  avions  avoué  qu'il  nous  étoit  impossible 
de  saisir  la  pensée  de  jM.  le  président  du  ij;ouver- 
nemenl  du  Pioi ,  parce  que  nous  ne  connoissons 
de  résistance  possible  dans  ujie  monarchie  cons- 
titutionnelle, que  la  résistance  prévue  des  pou\oirs 
de  la  société  ,  tit  que  toute  autre  résistance  méri- 
teroit  une  punition  légale  et  publique  ,  et  non  une 
simple  destitution.  L'ordonnance  du  5  mars  a  tout 
éclairci.  l.n  manière  dont  on  vient  de  casser  la 
majorité  formée  de  la  Ciiajnbre  des  Pairs,  nous 
explique  enfin  ce  que  le  ministère  entend  par 
résister  au  gouvernement  du  Pioi.  La  France  no 
peut  plus  ignorer  de  quoi  il  s'agit;  et  lorsqu'elle 
verra  réformer  de  braves  militaires  ,  destituer  des 
préfets^  éloigner  des  conseillers-d  Etat,  refuser 
l'institution  à  des  juges,  disgracier  àv.s  serviteurs 
fidèles,  proscrire  des  royalistes,  clic  se  rappellera 
la  discussion  si  sage  élevée  dans  la  Chambre  des 
pairs,  l'opinion  si  calme  de  la  majorité  de  cette 
Chambre,  l'ordonnance  du  5  mars  iBif),  et  elle 
*c  dira  :  «  Ils-  défendoient  la  monarchie  ,  nos 
libertés  et  nos  intérêts  ;  ils  résistoieut  à  ce  que  le 
prc^sidçnl  du  conseil  des  ministres  appelle  le  gou- 
Ycrnement  du  Roi.  «  J.   FitvÉE. 

P.  S.  Lorsque  les  hommes  légei-s  regardoient 
l'éloignement  de  ^l.  de  Richelieu  et  la  foimatien 
du  nouveau  ministère  comme  un  mouvement  fini, 
nous  avons  imprimé  que  c'étoit  un  mouvement  à 
peine,  commencé  ;  notre  observalioB  est  justifiée. 
jNous  suivrons  ce  mouvement  pour  en  développer 
les  conséquoices  ;  yiais  nous  pouvons  déjà  prédire. 


(  5^9  ) 
et  l'événement  nous  jusliiiera  de  nouveau  .  que  le 
ministère  actuel  n'ira  pas  ]'us»[u'à  conclusion.  En- 
traîné parles  antécédens  ,  il  trouvera  sa  perte  dans 
ce  qu'il  fera  de  mieux,  ç'est-à-dire  dans  l'augmen  - 
tation  aujourd'hui  indispensable  de  la  Chambre 
des  Députés. 


MELANGES. 

Un  journal  jacobin  a  annoncé  que  M.  le  vicomte  d« 
Chateaubriand  avoit  cessé  de  travailler  au  Conseivaleui. 
Un  journal  royaliste  n'auroit  pas  tiré  la  même  conclusion 
du  silence  momentané  de  M.  de  Chateaubriand,  parce 
qu  un  journal  ne  peut  être  royaliste  sans  connoître  b s 
«omlitions  de  la  monarchie,  e*  sans  savoir  par  <  onséqufnt 
qu'il  n  y  a  nul  danger  à  ce  que  le  chef  se  repose,  qt:atul 
il  a  trouvé  de  bons  ministres.  Dans  la  discussion  fjui  s'e^t 
élevée  à  là  Chambre  Açs^  Pairs  sur  la  loi  des  élections,  si 
M.  de  Chateaubriand  etoil  intervenu  comme  écrivain,  les 
journaux  jacobins  n'auroient  pas  manqué  dlnlérpréler 
ce  qu'il  auroit  écrit.  C'est  bien  assez-  que  la  France  se 
plaigne  de  voir  le  ministère  dirigé  hautement  par  lu 
Minerve  qui  prend  Tiniliative  sur  tout  ce  qu  il  doit  l'aire, 
et  qui  le  gourmande  toujours  pour  la  manière  dont  il  l'a 
fait.  Le  silence  de  1\J.  de  Chateaubriand  est  dicté,  comme 
ses  travaux,  par  des  motifs  supérieurs:  et  tout  en  nié- 
prisant  la  calomnie  si  elle  ne  devoil  atteindre  rue  lu 
doit  en  préjuger  les  effets,  lorsqu'elle  compromoltroit  des 
intérêts  publics.  Les  calomniaîeurs  n'avoiont-i's  pas  itii- 
j)rinié  aussi  qu'on  avoit  rhurs^é  M.  le  comte  de  Caslel'ano 
de  proposer  à  la  Chambre  des  Pairs  li  révocaîinn  de  la 
loi  des  cris  et  écrils  séditieux  ,  pour  rendre  la  noblesse 
populaire  au  moment  où  M.  Barthélémy  altiroit  l'attentioli 
de  la  France  sur  la  loi  des  élections.  Si  les  calomnialeiu-s 
prenoient  la  peine  de  remonter  à  la  discussion  de  celle 
loi,  ils  verroient  que,  dans  la  Chambre  des  Députés,  <jii 
Ta  arrachée  aux  royalistes  contre  lesquels  le  minisiéîé  s'est 
emporté ,  parce  qu'ils  réclamoienl  des  amondeniens  qui 
auroienl  rendu  cette  loi  moins  dangereuse  ;  ils  verroient 
■que  les  mêmes  pairs  qui  en  demandent  la  révocation  au- 
TojiiE  II.  —  24"^  TjIvraiso:^.  3,' 


(  .^3o   ) 
jourd  }iui  oui  volé  contre  lorsqu'elle  fut  présentée  (i).  Mafs 
les  factieux,  qui  ont  toujours  des  intentions  secrètes  ,  ne 
peuvent  admettre  qu'on   soit  lojal ,  qu'on  ait  une  cons- 
cience, qu'on  l'écoute,  et  qu'on   s'oublie  lorsqu'il  s'a«;it 
de  faire  triompher  la  vérité; ils  interprètent  tout,  même  le 
silence.  Ce  petit  machiavélisme  est  aujourd'hui  aussi  usé 
que  la  féodalité;  j\I.  de  C-hateaubriandest  et  sera  au  Con- 
servateur ce  qu  il  v  a  toujours  été,rami  et  le  compagnon 
fidèle  de  toui  ceux  qui  y  travaillent  et  qui  s'y  intéressent, 
de  même  que  M.  de  Castellane  ,  sans  s'occuper  de  ceux  qui 
vouloientbien  lui  prêter  des  intentions  populaires,  a  déve- 
loppé sa  proposition  contre  la  loi  d'is  cris  séditieux.  M.  de 
Cazes  s'est  opposé  seul  à  ce  que  la  Chambre  des  Pairs 
prit  cette  proposition  en  considération,  en  sappujant  sur 
ce  que  les  lois  légales  que  nous  promet  le  ministère  rap- 
porteront de  fait  cette  loi  arbitr?.ire.  On  sait ,  par  expé- 
rience, ce  que  valent  les  promesses  faites  par  le  ministère 
depuis  i8i5;  il  a  montré  tant  d'ardeur  contre  la  liberté  de 
la  presse,  la  liberté  individuelle,  les  libertés  locales,  et 
tant  d'insouciance  pour  débrouiller  le  chaos  de  trente  mille 
lois  écloscs  depuis  la  révolution,  qu'on  ne  croit  pas  qu'il 
revienne  de  lui-même  dans  le  bon  chemin  ,  si  on  ne  le 
force  pas  un  peu.  D'ailleurs,  la  discussion  qui  aura  lieu 
dans    la   Chambre    des   Pairs    entraînera    nécessairement 
l'examen  de  l'usage  qui  a  été  fait  de  la  loi  des  cris  et  écrits 
séditieux  j  et  coninae  le  ministère  de  i8i5  n'a  jamais  sol- 
licité de  ines\ires  violentes  sans  rappeler  qu'il  répondoit  , 
sur  sa  tête,  de  l'application  qui  en  seroit  f.iile,  encore  est-il 
bon  que  la  France  sache  où  en  est  la  tête  du  ministère. 

—  On  se  plaint  souvent  du  goût  que  toutes  les  classes 
de  la  société  ont  pris  pour  les  discussions  et  les  nouvelle.'; 
politiques  ;  ce  u'est  point  un  goût ,  c'est  une  nécessité. 
Par  exemple ,  conçoit-on  comment  il  aiiroit  été  possible 
que  les  brodeurs  et  les  tailleurs  de  Paris  ne  lussent  pas 
informés  de  l'augmentation  de  la  Chanibie  des  Pairs, 
même  avant  que  lordonnance  ne  fût  rendue?  L'opinion 
étolt  faite  dans  les  ateliers,  qu'on  discutoit  encore  dans 
les  salons. 


(i)  Et  notamment  M.  le  vicomte  de  Ch:ite.iubnandqui  vient 
dVtie  nommé  de  la  commission  cluir^ëç  d'exuuuiier  ta  piopo- 
silion  de  M.  It:  comlu  de  Cui>telliuie. 


(  53i  ) 

Paris,  le  ii  mars  i8ig. 

Les  évéïiemens  de  la  dernière  semaine  fournis- 
sent une  ample  matière  aux  observations,  et  tout 
homme  de  bonne  foi  verra  dans  ces  mêmes  évéue- 
mens  le  peu  de  force  qui  reste  en  France  à  certains 
principes  ,  et  le  besoin  que  l'on  a  de  remuer  ciel 
et  terre  pourleur  donncrquelque  consistance.  La 
proposition  de  M.  le  marquis  Barlhéleniv  a  passé 
à  la  Chambre  des  Pairs  à  une  majorité  imposante. 
La  discussion  a  fourni  les  dèvcloppemens  les  plus 
Temarqualjles.  INI.  de  Clermont-Tounerre  et  M.  de 
Fonlanes  ont  tour  à  tour  indiqué  ,  avec  autant  de 
clarté  que  de  modération,  les  moditications  dont 
la  loi  d'élection  pouvoit  être  susceptible,  et  cha- 
cun  a  été  frappé  du  propos    rappelé  par   INL   de 
Foutanes.  Lorsque  Buonaparle  s'occupoit  de  l'or- 
ganisation des  collèges  électoraux  j  ce  fut  en  vain 
qu'on  lui  représenta  que  parmi  les  grands  proprié- 
taires on  trouvoit  beaucoup  de  partisans  de  l'an- 
cienne monarchie.  Pénétré  de  la  nécessité  de  l'in- 
fluence de  la  propriété  dans  une  loi   d'élection  , 
Buonaparte  répliqua  :  Qu  importe,  ils  sont  proprié- 
taires ;  ils  ne  'voudront  pas  que  le  sol  tremble.  Il 
ne  nous  est  pas  revenu  que  les  prétendus  libéraux 
d'aujourd'hui  eussent,    dans  cette  circonstance, 
sonné  l'alarme  comme  ils  l'ont  fait  au  sujet  de  la 
proposition  du  noble  pair.  Leur  active  sollicitude 
se  tut  alors  devant  l'homme  dont  ils  baisoient  les 
fers  ;  elle  n'a  pas  eu  de  succès  aujourd'hui  auprès 
du  peuple,  que  l'on  ne  trompe  ])lus  «i   aisément 
qu'autrefois.    Les  pamphlets  jacobins  ont  en  vain 
annoncé  une  inquiétude  générale  ;  en  vain  ont-ils 
prophétisé  le  trouble,  l'exaspération  ,  tout  est  resté 
calme  :  afïaires  commerciales,  affaires  particulières, 
tout  a  été  comme   à  l'ordinaire;   il  n'y  a  eu  de 
craintes  (|ue  pour  quelques  inirigans,  de  récla- 
mations que  de  la  part  de  ceux  dont  quelques  me- 


(532) 

lîcurs  ont  été  mciulier  les  signatures  5  tout  csl  de- 
meuré dans  un  plein  repos,  et  les  cris  des  hommes 
icvolutioimaires  oui  été  poussés  dans  le  désert.  îSi 
(quelque  sentiment  s'est  manifesté,  c'est  celui  d'une 
véiitaLle  reconnoissance  pour  M.  le  marquis  Rar- 
thélcmy;  il  y  aura,  nous  l'espcrons,  trouvé  un  dé- 
dommagement auv  attaques  de  certains  parnphlé- 
taires.  Dans  la  discussion  qui  a  eu  lieu  à  la  Chambre 
des  Pairs,  on  a  remarqué  a\ec  plaisir  que  iNI.  le 
ministre  de  l'intérieur  rappeloit  à  la  France  que 
îe  drapeau  blauc  étoit  la  bannière  nationale,  et 
qu'il  a  en  même  temps  détruit  les  inquiétudes  de 
M.  Laujuinais,  surla  prétenduxi  organisation  d'ar- 
mées secrètes  et  de  mouveraens  de  rébellion  dans 
des  provinces  fidèles,  dont  il  a  rappelé  an  noble 
pair  le  long  et  loyal  dévouement.  Ces  craintes,  a 
dit  M.  de  Cazes ,  seroient  injurieuses  et  calom- 
ïiif;uses  pour  ces  provinces.  Aï.  de  Cazes  a  eu  rai- 
son, et  il  nous  est  d'autant  plus  doux  de  lui  dire 
dans  cette  circonstance  qu'il  ne  s'est  pas  trompé, 
que  nous  en  avons  rarement  Toccasion, 

La  proposition  de  M.  Lafitte  à  la  Chambre  des 
De'putés  a  été  rejetée  à  une  inimense  majorité. 
l\î.  Laine  l'a  combattue  avec  toute  la  force  des 
jbonnes  raisons,  et  l'avantage  que  donnent  à  un 
lionnéte  homn^e  lesj  ressources  d'un  beau  talent. 

Il  est  entré  dans  le  détail  de  différentes  proposi- 
tions que  tel  ou  tel  député  pourroit  juger  conve- 
nables à  l'amélioration  de  la  loi  -,  sans  toucher  ou 
système,  li  a  prouvé,  par  l'exemple  de  l'Angleterre, 
que  quoique  le  système  électoral  y  soit  arrêté, 
liéanmoins  jslusieurs  bills ,  présentant  une  foule 
de  modifications,  ont  été  proposés  et  adrqjtés. 
Passant  ensuite  en  revue  tous  les  points  de  la 
question,  il  établit  qu'il  est  du  devoir  des  Cham- 
bres d'entendre  les  propositions  qui  leur  sont 
faites,  pour  les  adopter  ou  les  rejeter,  selon  que 
la  vérité  sa  moiîlrc  aux  consciences,  et  que  celle 


(  533  ) 

qu^il  combat  se  rôduft  à  ceci  :  rléfèJiscs  soient  faites 
<tu  Moi  d'exercer  librement  riuiiiatis'e ,  défenses 
soient  faites  à  la  Chambre  des  Pairs  et  à  fa 
Chambra  des  Députés  de  s'occuper  du  sujet  des 
élections.  Ce])onclaiit ,  ajoutc-t-il  .  rien  na  siis- 
pendu  le  droit  c[ue  nous  tenons  de  ]a  eonstriulion  , 
et  le  suspendre  ce  serait  en  quelfjue  sorte  proposer 
une  loi  d'exception. 

Ce  discours  ,  aussi  remarquable  par  sa  logi'i'îie 
que  par  sa  clarté  ,  a  produit  un  grand  eft'et,  et  nous 
regrettons  d'être  réduits  à  n'en  donner  qu'une  bien 
foîble  analyse. 

Dans  la  séance  du  4  mars  ,  la  Chambre  des  Pairs 
a  entendu  le  rapport  de  la  commission  surle  pro- 
jet de  loi  relatiî  à  l'année  financière.  Lo  rappor- 
teur, M.  le  duc  de  Levis,  a  conclu  au  rejet  de  la 
loipropofiée  •  il  a  été  prononcé  àunegrande  majo- 
rité. La  Chambre  des  Pairs,  dans  cette  circonstance, 
s'est  inonti'ée  tout  autant  conservatrice  de  la  Ch a  rt  e 
c[ue  protectrice  des  intérêts  du  peuple.  Assuré- 
ment rien  de  plus  clair  que  l'article  49  de  la 
Charte,  qui  dit:  l'impôt  foncier  n  est  consenti  fjiie 
pour  un  an.  11  u'v  a  pas  là  d'interprétation  pos- 
sil)le.  Or  ,  iiisqu'ici  les  années  n'ont  été  que  de 
douze  mois,  et  januiisde  dix-huit.  De  tous  les  ar- 
ticles constitutifs  des  droits  du  peuple,  il  n'en  est 
aucun  fl«  plus  positif  qiie  celui  qui  fournit  aux 
Chambres  le  seul  moyen  d'éclairer  le  Roi  sur  la 
perfidie  ou  Pincurie  des  ministres,  en  les  autori- 
sant à  refuser  l'impôt  à  ces  mêmes  ministres,  si 
elles  les  jugeoient  indignes  de  la  coiifiance  natio- 
nale. Créer,  sous  de  vnins  prétextes ,  une  année  mi- 
nistérielle, qui  pouTjit  s'alonger  encore  pour  peu 
que  le  ministère  mil  à  convoquer  les  Chambres  , 
en  temps  utile,  la  même  négligence  qu'il  y  a  mis 
jusqu'à  aujourd'lyii ,  ou  la  même  lenteur  à  pré- 
senter son  budget,  c'étoitréellcmeut  porter  al  tciîiLe 
àlaCbiirlc,  et  nous  priver  d'un  droit  acifuis  crue 


(  534  ) 
nous  ne  pouvons  ni  ne  devons  abandonne!-.  Ile 
vole  de  llmpôt,  nons  le  dij-ons  ouvertement^ 
parce  que  c'est  une  vérité,  est  dans  un  s^ouverne- 
ment  représcntatii  la  plus  forte  garantie  des  liber- 
tés publiques,  et  en  même  temps  l'intérêt  positif 
du  Monarcpie,  puisque,  par  son  aeceptation  ou 
son  refus,  le  M(jnarque  esta  même  de  ju^ï^er  les 
ministres  ,  et  qu'ainsi  rien  ne  peut  empêcher  la 
vérité  de]>arvenir  jusqu  à  lui.  A'  cette  raison  cons- 
titutionnelle, la  Chambre  des  Pairs  a  ajouté  un 
motif  d'intérêt  public  bien  remarquable,  celui  de 
ne  point  voter  un  impôt  qui,  pendant  dix-huit 
mois,  n'éprouveroit  aucune  réduction.  Gctienou- 
velle  raison  a  puissamment  frapjié  la  majorité  d» 
la  Chambre,  et  le  sort  de  la  loi  a  été  fixé.  On  a 
remarqué  que  M.  le  ministre  des  iinauces,  qui 
éloit  présent  à  la  discussion  de  la  Chambre  des  Pairs, 
3î'a  pas  ouvert  la  bouche  pour  soutenir  son  projet 
de  loi.  Trouvoit-il  la  cause  impossible  à  défendre  ? 
l.e  silence,  dans  certains  cas,  est  un  aveu  bien 
remar([uable.  Là  proposition  de  M.  le  comte  de 
Caslellane,  sur  la  révocation  de  la  loi  sur  les  cris 
et  écrits  séditieux,  a  été  prise  en  considération 
malgré  l'opposition  unique  de  M.  de  Gazes.  Les 
ministres  perdoient  leur  luajorité  à  la  Chambre 
des  Pairs  j  nous  verrons  plus  tard  le  moyen  tout^ 
à-fait  simple  et  naturel  qu'ils  ont  pris  pour  s'en 
créer  une,  convaincus  sans  doute  du  malheur  au- 
quel la  France  seroit  eu  proie,  s'ils  abandon- 
noient  les  rênes  de  l'administration,  lorsque  l'on 
sembloit  leur  dire  qu'ils  étoient  incapables  de  les 
lenii-.  Les  collèges  électoraux  du  Rhône,  du  Finis^ 
tère,  de  la  Sarlhe  et  de  la  Loire-Inférieure  sont 
convoqués,  pour  le  25  de  ce  mois,  par  une  or- 
donjiance  royale.  Si  jamais  la  question  des  élec-r 
tionsfut  importante  pour  les  royalistes,  c'est  sur- 
tout au  moment  où  les  ])rincipes  révolutionnaires 
gepvésententcle  nouveau  avec  toutlc  hideux  de  leur^s 


(  535  > 

souvenirs  ;  où  les  pamplilels  1(  s  plus  clégoùtans  dé- 
s]gii(  lit  diiujuc  jour  les  royalistes  coinuic  autant 
«le  victimes,  et  où  le  système  ministériel  les  atteint 
et  les  frappe  clans  chaque  partie  de  l'admlnislra- 
tian.  Avoir  été  fidèle  dans  les  cent-jours  est  au- 
jourd'hui un  motif  d'exclusion  5  avoir  servi  l'usur- 
paleur  estdevenu  un  droit  aux  récomp(Mi,s<^s,et  qui 
pis  est  encore  un  litre  à  la  confiance  du  ministère. 
Les  listes  que  nous  avons  données  dans  plusieurs 
de  nos  I>îvraisons  en  sont  la  triste  preuve.  C'est 
pour  détruire  ou  raveug-lçnient  ou  la  folie  qui  % 
poussé  le  ministère  dans  une  voie  si  ('traiif^e,  qu'il 
laut  que  les  ro^  alistes  se  réunissent  dans  les  élec- 
tions :  leur  accord,  leur  dévouement,  malgré  le^ 
désavantages  que  leur  oilVe  la  loi,  malgré  les  in- 
trigues ministérielles,  malgré  les  révolutionnaires, 
])Ourroienbpeul-êlre  encore  amener  à  la  Chambre 
des  Députés  des  hommes  courageux  cl  éclairés  qui 
soutiendroient,  avec  l'ascendant  des  lumières  et 
des  vertus ,  cette  France  nionarcliique  dont  on  tra- 
vaille tous  les  joui'sà  égarer  les  idées  et. à  tromper 
la  raison.  Chaque  électeur  connoît  aujourd'hui  les 
hommes  auxquels  il  doit  avoir  confiance,  et  ceux 
dont  il  doit  se  méfier.  Il  ne  nous  a  manqiu^  ni 
épreuves  ni  douleurs  :  que  ceux  tpii  en  sont  sortis 
purs,  que  ceux  qui  ont  le  mérite  peut-être  plus 
grand  encoi'C  du  repentir,  soient  choisis  par  leurs 
concitoyens-  que  tout  électeur,  danslapius  petite 
ville,  dans  le  ]ilus  jictit  hameau,  se  pénètre  hien 
de  l'idée  cju'il  doit  toute  espèce  de  sacrifices  à  son 
pays  5  qu'il  ne  soit  retenu  par  aucune  considéra- 
tion;, cpi'il  sache  qu'il  est  de  son. devoir  de  venir 
donner  son  suffrage  à  l'honirae  qu'il  en  croit  digncj 
et  si  cet  intérêt,  le  premier  pour  un  Fiançais, 
l'inlévét  de  sa  patrie,  ne  suffisoil  jtas  pour  lui  faire 
vaincre  toutes  les  difficultés,  qu'il  se  rappelle  le 
])assé  ,  et  qu  il  songe  bien  que  la  plus,  modeste 
retraite  ne  futpas  un  abri  contre  de  grandes  infor-»'' 


tunes;  qu'il  songe  qu'un  vote  de  plus  ou  fie  moins 
f;iit  souveut  à  un  Etalsapartcle  gloire  Ou  de  houle, 
fie  repos  ou  de  destruction  ;  qu'il  est  souvent  pour 
les  familles,  même  les  plus  oLscul'es ,  le  gage  de 
la  prospérité  ou  celui  de  toutes  les  misères.  Que 
chacrue  électeur  se  rende  donc  au  collège  électo- 
ral -y  qu'il  se  pénètre  de  la  douloureuse  position  de 
la  France,  et  que,  pour  la  sauver,  il  unisse  ses 
effarts  à  tous  ceux  des  royalisles.  C'est  à  ceux-là 
seuls  qu'il  faut  qu'il  donne  sa  voix  ;  qu'il  la  refuse 
égaleîuent  et  au  prétendu  libéral,  qui  n'a  à  lui 
donjier  pour  gage  de  l'avenir  que  les  malheurs 
don!  il  fut  l'artisan,  et  à  l'intrigant  envoyé  de 
Paris  ,  dont  la  Loule  est  livrée  d'avance,  et  qui 
ne  vient  solliciter  un  suffrage  que  pour  porter 
îin  vote  de  plus  au  ministre ,  quoi  que  propose  le 
ministre.  Le  système  des  concessions  ne  peut 
plus  exister  aujourd'hui;  tous  les  yeux  doivent  y 
voir  clair,  et  tous  les  efï'orts  doivent  tendre  à  des- 
siller ceux  des  ministres.  Toute  condescendance 
pour  eux,  tout  accord  avec  leurs  principes  ,  est  le 
.service  le  plus  funeste  qu'on  puisse  leur  rendre,  si 
le  bonheur  de  la  France  est  le  but  de  leurs  efforts. 
Que  si  le  dévouement  des  royalisles  n'est  pas  suivi 
du  résultat  qui  devroit  appartenir  à  la  justice  de 
leur  cause,  qu'ils  ne  s'affligent  point,  qu'ils  ne  se 
découraoent  noint  :  il  y  a  toujours  bonne  chance 
d'avenir  là  où  il  y  a  courage  et  bon  droit,  surtout 
lorsîiue  le  nombre  n'est  paralysé  que  par  l'intrigue. 
La  cojislance  ,  menu;  eu  révolution  ,  est  un  succès  ; 
ft  qui  peut  dire  que  les  Bourbons  régnercieut  au- 
jourdliuisur  la  France,  si  l'amour  de  cette  famille 
ne  se  fût  transmis  de  race  en  race  par  une  religieuse 
constance;  et  si  la  tombe  du  Vendéen  n'eût  appris 
à  son  fils  pour  quelle  cause  il  devoit  mourir:^  Que 
les  royalistes  restçnt  doue  fermes,  unis;  qu'ils  ne 
tiansigent  point,  et  qu'ils  espèrent. 

Les  actes  du  ministère  deviennent  de  jour  en 


(  -^37  ) 
jour  pins  maraunns  par  L'i  condescendance  a\rf 
laqurlleil  seu!]jlc  suivre  la  direction  cjuclui  tracent 
les  pamphlets  révolutionnaires  ;  la  chose  saute  aux 
A  eux  de  tout  homme  qui  veut  y  voir.  Ces  pam- 
phlets ont  parié  des  réf;icides  :  le  ministère  les  a 
lait  rentrer,  au  mépris  de  la  loi  qui  \rf^  hannissoit; 
nous  avons  donné  le  rapport  de  M.  de  Cares.  La 
MincvK'e  a  demandé  des  épuralions  dans  la  haute 
administration  :  le  ministère  a  éliminé  du  conseil 
d'Etat  les  royalistes  connus,  tels  que  IMM.  de 
Blaire,  d,'  Laporte  .  de  La  Bouillerie,  de  Fumr- 
rojij  etc.,  etc.  fa  Minerve  a  demandé  des  df.sli- 
tutions  de  pi'éfets  et  sous-préfets  :  le  ministère  a 
largement  destitué;  nous  avons  donné  les  listes. 
La  Minerve  a  parlé  de  pairs  :  le  ministère  nous  en 
adonné  soixante  et  quelques;  on  nous  annonce 
en  outre  (pie  sa  muniiiccnce  à  cet  égard  n'est  pa.^ 
encore  épuisée  ,  qu'il  y  aura  une  nouvelle  liste 
sous  peu  de  jours,  et  qu'il  s'en  réserve  plusieurs 
in  petto  qu'il  prendra  parmi  les  députés,  mais  qui 
ne  seront  connus  que  le  jour  où,  oLtem.pérant  à 
\  uhiniaLum  de  la  Minerve  ,  il  dissoudrcit  la 
Chambie  des  Députés.  Il  résulte  de  ces  faits  que 
la  Minerve  dicte  des  lois,  et  ([ue  le  ministère  pa- 
roît  oLéir.  A  la  France  à  juger,  au  ministère  à 
réfléchir  sur  la  route  qu'il  parcourt. 

INous  allons  examiner  la  question  de  la  nomi- 
nation des  nouveaux  pairs ,  parce  que  nous  croyons 
être  en  droit  de  l'examiner  constitulionneîlement. 

Il  est  de  doctrine,  dans  notre  forme  de  gou- 
vernement, qu'une  ordonnance  royale  n'a  force 
(i 'exécution  t[ue  lorsqu'elle  est  contresignée  par 
xin  ministre  ;  que  les  ministres  sont  responsables. 
Or,  ils  ne  peuvent  l'être  que  pour  leurs  actes;  et 
vAUi  ordonnance,  parle  fait  même  de  sa  signature 
et  de  son  exécution,  devient  l'acte  d'un  ministre. 
Que  l'on  ne  dise  pas  :  qu'une  ordonnance  royale  est 
1  acte  du  Roi;  le  Pioi  /  par  la  Charte  et  par  nos 


(  Ô38  ) 
ancit-ns  adaf^c.s,  ne  jxMit  pas  se  tromper:  sa  nrr- 
jsoiiue  rsl  ii»\iolal>ie  et  .sacrée;  mais  il  peut  êlre 
lrom])é,  il  jXMit  iêlve  ]^nr  ses  miiiistres;  et  où  se- 
roil  leur  resjioiisabijilé,  en  cas  de  trahison,  s'ils 
]ioiivoient  se  retrancher  derrière  la  signature 
royale?  Elle  seroit  tout-à-f'ait  nulle,  et  ce  n'est 
pas  ce  qu'a  voulu  là  Cliarte  qui  est  expresse,  ce 
ji'esl  pas  ce  que  veut  le  bon  sens.  Cela  peut 
d  aulaul  moins  être  cjue  rien  n'oblige  un  minis- 
tre à  csuitresiii^nçr  une  ordonnance  dont  il  re- 
xlouteroit  h'ssuiles;  il  est  libre  de  refus';r,  d'aban- 
donner le  portefeuille.  Du  nioment  où  il  signe, 
îj  se  charge  donc  de  toute  la  responsabilité.  Cette 
doclijiie  esî  si  l)ien  de  principe,  que  nous  la 
Iroîivons  tout  entière  chez  une  nation  voisine  où 
la  similitude  de  Gouverncmejit  entraîne  les  mêmes 
ï'esu  It  a  is. 

Sous  le  règne  de  la  reine  Anne  d'Angleterre, 
le  ministère,  pour  ol)tenir  la  majorité  dans  le 
Parlement,  lit  une  nomination  de  douze  pairs, 
/!onL  neîil  de  création  nouvelle,  et  trois  fils  aînc-s 
lie  pairs  qui  eui'cnt' ordre  de  prendre  séance  à  la 
Chambre. 

Ce  coup  (TF-tat ,  qui  parut  n/nrs  wonï,  et  qu'au- 
uni  mwi.slre  ii'o  osé  î'ennuveler  depuis  eii..4n^le- 
terre ,  les  maintini  en  place  pendant  la  vie  de  la 
reine. 

On  ne  balança  point  à  dire  et  à  imprimer  que  , 
quoique  la  reine  eût  le  droit  de  créer  autant  de 
pairs  quil  lui  plaisoit,  on  pouvoit  cependant 
s  en  prendre  à  ses  ministres  quand  ils  la  portoienl 
a  ahusçr  de  ce  droit ^  que  celui  de  faire  la  jiaix  et 
.t/y^ueife  était  aussi  une  prérogative  de  la  cou- 
'j'VWie-jr^ei  que  néanm.oins  tout  miinstre  qui  con- 
seillait une  guerre  ruineuse  ,  ou  une  paix  mal  sûre 
et  lroinpeu.se ,  en  était  responsable ,  et  que  plusieurs 
iivoiriU  payé  chèrement  ces  mauvais  consejls  j  que 
!({  créalivn  de  ces  doxize  pairs  occasionnels  ^  aimi 


(  539  ) 
i^n'ou  varloif  alors ,  tendoit  iHsihlement  à  mettre 
la  i^hamhre-rHauïe  dans  une  dépendance  absolue 
(le  la  cour,  et  miellé  pouuoit  y  étouffer  la  voix  de 
la  liberté  j  que  ^véritablement  les  nouveaux  pairs 
îfoient  tous  riches ,  et  que  plusieurs  s' étoient  ren- 
dus rccommandables  par  leur  zèle  pour  le  présent 
établissement  j  mais  au  une  aussi  nombreuse  créa- 
tion étoit  cVun  dangereux  exemple ,  et'quon  pour- 
rait e//  abuser,  sous  un  autre  régne,  pour  intro- 
duire dans  le  royaume  ou  la  tyrannie ,  ou  le  pa- 
pisme. (Histoire  d'Angleterre  par  Rapin-Tlioiras , 
p.  oo'j,  lom.  XII.) 

A  son  avènement  au  trône,  Georges  I"  changea 
\c  ministè]'c  de  la  reine  Anne,  et  convoqua  un 
nouveau  Parlement.  L'ancien  ministère  fut  accusé, 
et  l'acte  d'accusation  adopté  par  la  ChaniLre  des 
Communes,  en  lyiS,  contre  lord  Oxford  et  ses 
collègues  au  ministère,  contient  vingt-deux  chefs. 
Le  seizième  est  ainsi  couru  :  Accusé  d'avoir  en- 
freint les  droits  et  l'honneur  des  seigneurs,  en 
faisant  créer  douze  pairs-  pour  s'en  servir  à  ses 
fins. 

L'accusai  ion  fut  recUe  à  la  ChamLre-IIautc;  le 
vicomte  Boiiingbroke  se  saiiva  en  France,  ainsi 
cpie  le  duc  d'Ormond  ,  et  le  comte  d'Oxford  fut 
vais  à  la  Tour  de  Londres.  Le  vicomte  de  BoUing- 
Lroke  et  le  duc  d'Ormond  furent  condamnés  à 
]a  dé:jradation  et  à  la  confiscation  de  leurs  biens. 
Telle  fut  la  suite  d'un  procès  où  le  seizième  chef 
d'accusation  porte  sur  une  mesure  c£ui  a  de  la 
.similitude  avec  celle  que  vient  de  prendre  le  mi- 
nistère ,  toutes  proportions  gardées  5  car  en  An- 
gleterre Je  ministère  ne  fit  nommer  que  douze 
pairs ,  et  en  France  il  en  fait  nommer  soixante. 

Dès  ([u'un  acte  de  cette  nature  a  paru  suffire, 
dans  un  gouvernement  représentatif,  pour  faire  un 
elief  d'accusation  dans  un  procès  où  il  y  a  eu  con- 
damnât ion  contre  le  ministère  ^  nous  pouvons,  je 


(  o^o  ) 
suppose,  en  France  ,  eu  faii-e  un  sujet  d'examen,  et 
«lire  que  le  conseil  qui  a  dicté  l'ordonnaace  rovale, 
nous  paroîttendreà  déconsidérer  In  pairie^puisque 
sa  conséquence  seroit  de  ne  rendre  la  première  di- 
gnité de  l'Etat,  notreseule  institution  vraiment  mo- 
narchique,qu'une  misérable  machine  ministérielle, 
sans  force  pour  la  monarchie ,  et  sans  Aoixpour  les 
libertés  publiques.  Il  nous  paroît  détruire  l'équi- 
libre nécessaire  des  pouvoirs,  car  il  est  dans  la  nature 
du  gouvernement  représentatif  que  la  Chambre  des 
Députés  soit  plus  nombreuse  que  celle  des  Paii's  ; 
or,  la  Chambre  des  Députés  a  un  nombre  de  mem- 
bres déterminé  par  la  Charte.  De  quelque  ma- 
nière qu'on  l'interprète,  ce  nombre  sera  fixe; 
tandis  qu'au  moyen  de  l'abus  ,  la  Chambre  des 
Pairs  pourroit  ne  se  compter  que  d'après  le  caprice 
ou  les  craintes  d'un  ministère. 

Il  nous  paroît  destructif  de  toute  responsabilité 
ministérielle 5  car,  du  moment  où.  un  ministère 
seroit  accusé  parla  Chambre  des  Députés  ,  (ju('lf[ne 
coupable  qu'il  fût ,  il  sortiroit  blanc  comme  neige 
de  la  Chambre  des  Pairs,  aumojen  d'une  création 
ad  hoc. 

Il  nous  paroît  subversif  de  toutes  les  libertés 
publiques;  car  elles  n'ont  plus  de  garantie  toutes 
les  fois  qu'il  est  au  pouvoir  d'un  ministère  d'en 
éiouffor  la  voix  dans  la  Chambre  des  Paiî  s. 

Il  nous  paroît  funeste  à  notre  pays,  en  fournis- 
sant, dans  une  hypothèse  possible ,  celle  oîi  le  prince 
seroit  trompé,  le  inoyen  de  perpétuer  et  d'accom- 
plir, en  brisant  toute  opposition  monarchique ,  un 
système  qui  tendroit  à  la  perte  de  la  monarchie. 

Il  nous  paroît  destructif  des  droits  accordes  par 
la  Charte  àLa  Chambre  des  Députés,  en  pai-alrsant 
parle  fait  toutes  les  réclamations,  toutes  les  réso- 
lutions qui  pourroient  en  sortir  dans  1  intérêt  du 
bien  public. 

Il    nous   paroit    destructif  de  la  Charte  elle- 


(  H^  ) 

mômo,  clans  les  ijar.inties  qu'elle  donne  au  peuple; 
car,  par  l'art.  i3  les  ministres  s()i)t  responsaliles; 
par  l'art.  56  ils  peuvent  êtie  accusés  ;  par  l'art.  5  j 
ils  peiivent  être  jn^és  ;  et  il  a'y  a  ni  responsahililé, 
ni  accusation  ,  ni  jnf:f<;ment  ]iossiblr,  là  où  il  seroit 
au  pouvoir  d'un  niinislèrc  de  tout  annuler,  en  op- 
posant à  la  vérilahle  opinion  pvdj]i(|ueune  ojn'nion 
créée  par  lui ,  et  à  des  accusateurs  courageux  et 
loyaux  des  juges  et  des  consciences  dont  la  paiiie 
seroit  le  prix. 

Du  reste,  quel  a  été  l'événement,  quel  a  été, 
dans  le  rovaume,  le  trouble  qui  a  nécessité  cette 
grande  mesure?  Un  ministère  à  peine  formé,  se 
montrant  avide  de  recueillir  un  héritage  de  fautes , 
et  repoussant  les  leçons  de  l'expérience  ,  a  vu  se 
prononcer  contre  son  système  une  majorité  ef- 
frayée de  lavenir.  Les  hommes  les  plus  calmes, 
les  plus  éclairés,  un  vieillard  vertueux  dont  les 
cheveux  blaBchirent  dans  Fcxil ,  ont  osé  lui  dire  : 
Vous  nous  pei'dez;  il  en  est  temps  encore  ,  évitez 
à  la  France  les  conséquences  d'une  loi  qui  peut 
détruire  la  monarchie,  et  souffrez  que  nous  ap- 
])elions  AOti'e  attention  sur  cette  loi.  Cette  audace, 
il  faut  en  convenir,  étoit  grande  5  douter  de  la 
prescience  ministérielle!  un  tel  acte  ne  pouvoit  se 
passer.  Peut-être  cepejidanteût-ileté  plus  sage  à  ces 
ministres  de  ne  pas  se  croire  exclusivement  les  seuls 
hommes  d'Etat  en  France  ;  peut-être  eût-il  été  plus 
Français  à  ewx  d'abandonner  d'eux-mêmes  les  rênes 
de  l'administration,  plutôt  que  de  prendri'  ainsi  ab 
iî'ato  une  de  ces  grandes  mesures  qui  fatiguent  tou- 
joui's  les  empires.  Il  y  auroit  eu,  je  le  répète,  il  y 
auroit  eu  du  Français  dans  ce  noble  dêsint«'rcs- 
sement.  On  n'eût  peut-être  pas  voté  aux  ministres 
une  récompense  nationale,  mais  leurs  successeurs 
les  auroient  fait  juger;  et,  si  l'opinion  publique 
avoit  été  réellemeïit  pour  leur  système,  cette  même 
opinion  eût  été  les  cliercher  dans  leur  h()«orai>îe 


(  540 , 

retraite,  leur  confier  de  nouveau  les  intérêts  de  Ia 
France^  et  certes  c'eut  l^ieii  été  là,  je  pense,  la 
plus  belle  réconipense  nationale.  Ils  ne  l'ont  pas 
enviée;  l'avenir  pèsera  tout  entier  sur  eux.  Aux 
mouveniens  politiques  c[ue  je  viens  de  signaler,  lîi 
mesure  prise  en  réunit  un  peut-être  plus  fâcheux 
pour  les  ministres,  c  est  sa  «Jaucberie.  Le  carac- 
1ère  distinctif  des  Français  n'est  pas  la  servitude. 
Afficher  cpi'ou  compte  sur  cette  disposition  est 
une  maladresse.  Le  Français  n'aime  pas  ce  (jni 
flétrit ,  et  le  ministère  pourrott  se  tromper  s'il  n'a 
pas  d'aiitre  raison  pour  croire  que  les  paij-s  nou- 
vellement nommés  seront  de  son  avis. 

La  Correspondance  privie  du  Times  ,  des  2j  et 
'i'-j  iévricr,  nous  apprend  que  le  ministère  étoit 
déterminé  d'avance  à  ne  rien  accorder  à  l'opinion 
puLliqne  manifestée  par  celle  des  Chambres,  et  à 
ïairt;  ainsi  à  tout  prix  prévaloir  son  système  sur 
toute  autre  considération,  pour  rester  en  place 
Les  mensonges  familiers  à  la  Correspondance 
pri i'ée  sont  répétés  dans  ces  ai'ticles,  trop  longs 
pour  pouvoir  être  traduits  j  mais  on  y  retrace  cette 
préleudue  exaspération  populaire,  cette  inquié- 
tude au  sujet  de  la  pro])Osition  de  M.  Bartliélemy, 
mensonges  de  toute  impudence 5  car,  nous  le 
a-épélons,  tout  a  été  calme,  tranquille,  personne 
ne  s'est  ému;  et,  quant  aux  pétitions,  on  sait  en 
France  qui  les  a  faites,  qui  en  a  envoyé  de  Paris 
à  Rouen,  à  Châlons,  etc.  etc.;  on  sait  aussi 
qu'en  révolution  les  pétitions  sont  un  moyeu  usé. 
(.)n  voit  encore,  dans  cette  Correspondance  ,  un 
grand.élogedupamphlctdeM.BcnjaminConstant. 

Cela  ne  nous  a   pas  étonnés  ;  il  est  tout  sinqjle 
que   les   articles   de   la   Correspondance  pri%'ce , 

louent  en  Angleterre  ceux  dont  on  suit  en  France 

o 

les  volontés. 

Mais  ce  qui  nous  étonne  ,  c'est  la  niaiserie  de 
ces  mêmes  articles.  Les  rédacteuis  n  en  sout  pas 


(  o4>^  ) 

forts,  et  qnaTifl  on  paie  on  clevroit  être  n^ienK 
servi.  Est-ii  Lion  spirilnc],  par  exemple,  de  tlire 
qu'une  augmentation  de  la-  Cliambre  tics  Pairs 
es/,  une  mesure  violente ^  mais  que  c'est pent-elre 
ht  seule  que  puisse  adopter  le  minùt'/re  pour 
p.ESTER  EN  pr^ACE?  Une  telle  bonln)mie  n'esfc- 
elle  pas  aussi  mal  adroite,  qu'il  est  petit  de  iaii*e 
vanter,  comme  nous  Tavous  vu,  l'ordonnance  du 
5  septembre  et  la  loi  des  élections  dans  Matliieii 
l.ansberg  ?  Est-il  Lien  convenable  de  se  prévaloir 
d'une  prétendue  existence  de  la  démociatie  dans 
les  esprits,  pour  dire  qu'on  veut  la  fonder  dans 
une  monarchie  sur  des  institutions  stables  ?  jMes- 
sieurs  les  rédacteurs  devroient  nous  dire  ce  que 
c'est  qu'une  monarchie  démocrate. 

INous  n'avions  pas  besoin  de  ces  aveux  ingénus 
pour  savoir  que  les  résolutions  ministérielles 
étoient  de  destituer  tout  ce  qui  étoit  rovaliste;  et 
on  dit  même  aujourd'hui  que  les  hommes  employés 
dans  le  ressort  de  l'administration  d'un  certain 
ministère,  contractent,  en  y  entrant ,  l'obligatioi?. 
d  agir  aveuglément  sur  les  ùistructions  données  , 
et  de  se  regarder  comme  démissionnaires,  si  le 
ministre  se  retiroit.  11  nous  parvient  de  tous 
côtés  des  regrets  de  tous  les  amis  de  la  monar- 
chie pour  les  toncLionnaircs  que  le  uiiaislèrc  des- 
titue. Il  nous  est  impossible  de  les  signaler  tous 
ici  ,  mais  leur  mémoire  reste  chère  à  leurs  admi- 
lustrés.  iM.  de  Glioiscul,  préfet  du  Loiret,  y  laisse 
d'honorables  souvenirs.  Les  vertus  de  sa  lemme  v" 
turent,  tant  qu'elle  vécut,  la  consolation  de  iin- 
fortuné.  Honnête  homme,  et  bon  administrateur, 
jM.  de  Choiseul  a  été  destitué  ;  dans  d'autres  temps 
on  s'étonneroit  que  ces  titres  ne  parussent  nas  sui- 
lisans  ,  pour  une  préTecture,  à  un  niiuistie  de  l'inté- 
rieur. On  continue  à  parler  de  la  dissolution  de 
1a  Chambre  des  Députés.  Craindroit-on  que  la 
proposition  de  M.  Barthélémy  n'y  eût  quelques 


(  ^^^  ) 

succès?  On  scioit  tenté  de  le  soupçonner  à  la 
manière  dont  on  travaille  l'opinion.  Du  reste,  la 
Alifierve,  le  j\oifvel  Jloninie  Gris  ,  cl  autres  pam- 
phlets .'ionl  si  posiiîl's  pour  la  dissolution,  qu'elle 
ne  nousétonneroit  nullement.  Il  faut  que  le  minis- 
tère conserve  ses  amis  ,  il  n'en  a  pas  assez  pour  se 
brouiller  avec  eux.  Castelbajac. 


Une  nouvelle  t'dilion ,  revue  et  rorrigi'e ,  des  Jîèflexinns  sur 
la  Réi'olulion  Française ,  p.ir  Kdnnind  tJurke,  est  en  ce  moment 
sous  presse,  et  doit  paroilre  incessaumient  chez  A.  Kpron, 
iiîiprimeur  de  S-  A.  R.  M^*^  Ducd' Anijoulème  ,  rue  des  Noyers, 
ji"  07.  Nous  nous  empressons  d'annoncer  cet  excellent  ouvrage 
à  nos  lecteurs. 

Aoui'eau  Dictionnaiiv  Français ,  par  M.  le  Comte  de  Fortia- 
Pilns  .  ancien  olfitier  au  régiment  du  Roi.  Cliez  Porthmanii, 
rne  Sainte-Anne,  n''  4^1  et  thez  Pe'iicier  et  Dentu,  libraires  au 
Palais-Royal,  Vn\  :  lo  fr. ,  et  12  fr.  par  la  poste. 

Cet  ouvrage  se  distingue  par  un  grand  amour  de  la  ve'rité  et 
àf^  piincipes  conservateurs  des  Ktal».  C'esi  un  Dictionnaire 
politique,  moral  et  auccdotique  ou  l'autc.ir  traite  à  son  gre',  et 
Jans  l'ordre  aipiiaiiétiqiie,  les  sujets  qui  lui  convieiment.  Il  offre 
«ine  varit'lé  de  sujets  et  de  tons  tort  piquante.  On  y  reconnoit 
l'observateur,  l'iiomme  du  mondtt  ,  et,  ce  qui  vaut  mieux ,  le 
sujet  liJele  et  siaceie. 

Ouuragcs  de  M.  Fiét'ce  cjtii  se  trouvent  chez  le  Normant ,  rue  de 
Seine,  n"  S,  et  quai  de  «  o/iti ,  n°  5. 

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se  vend  séparément  2.  fr.  5o  cent. .  et  3  fr.  par  la  poste. 
Idem  y  douziense  partie.  Prix  :  2  fr.  5o  c. ,  et  3  fr.  par  la  poète. 
tdcin ,  treizième  iiariie  :  2  fr.  5o  cent. ,  et  3  fr 
Idem ,  cpiaiorzicme  partie  :   2  fr.  5o  cent.  .  et  3  fr. 
Ji:em  .  (piinziome  partie  :  2  fr.  5o  cent, .  et  3  fr. 
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I.a  on.'/ième  partie  ne  peut  être  aniioucc'e. 


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Tome  II. 


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1 


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Et  chez  les  Libraires  des  DéparJemens ,  ci  dessous  désignés  : 


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eauvais ,     <  r»     .'     ,. 

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Besançon,  GirarJ. 

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Caen,  ÏManoiiry  aîné. 

Cambrai,  BertouÇ. 

Chàions-sur-Saône ,  Dejussieu. 

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Cbarires,  Hervé. 

Clermont-Ferrand  ,    Thibault- 

T.andriot. 

Dijon  .  Coquet. 

Dou.ii.  Tarlier. 

Grenoble.  Durand, 

Laval,    Grandpré. 

Lille,  \anacknre. 

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Lons-le-Saulnier,  Jiallaud. 

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[  Lieb; 
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Au  Mans, 

Marseille, 

I\îf1z ,  chez 
IMoiilauban. 

ÎVlontpellier , 


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I  Pesrhe. 

Camoin  frères. 

iMasvert. 

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Deviliy. 

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(  V^Durville. 

Naiici,  Ve  Bonloux. 

•»T      ,  \  Bus.--euil  aîné. 

INantes.     '.    ,,  -i  ■ 

/  J>usseiiil  jeune. 

Nimts.  Gaude  fils. 

Niort ,  M'n'=  F..  Orillat. 

Ni  pes,  Ltielquiond. 

Orle'.ins  .  Moiireau. 

Perpignan,  Alzine. 

Poitiers,  Barbier. 

Quiinper,  Chapalain. 

Mll«  Blotiel. 

Rennes.  {  M™=  v*^  Frout. 


f    i>l'"-  lilOtl 

s.  {  M™":  v*^  F 
'  M"=  Vala 


La  Rochelle,  Pavie. 

Rudez,  Carrère. 

T>  \  Frère  aîné. 

Rouen  ,    ^,  r>  i, 

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Saumur,  Degoiiy  aine. 

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M'"'=  C  de  M***.  Vol.  in-  ".  Prix  :  5  !r. .  >;l  6  li'  5o  r.  pu-  la-poste. 
A  Paris,  chez  l'Auteur,  rii^du  Paon,  11°  i  ;  le  Normant,  rue  de  Seine, 
n"  8,  et  qu.ii  de  Conli,  n"  .5. 

De  la  Liberté  des  Cultes  selon  la  Charte,  avec  quelques  R('flv.xions 
sur  la  Doctrine  de  M.  de  Pradt,  et  sur  ies  fjipnfnits  du  (Christianisme. 
Par  M.  l'abbé  Harr.mde  de  Bri  ;es,  snppli  aut  en  la  Faculté  de  théolo- 
gie de  Paris.  Un  vo!.  in-iS".  l'rx  :  2  fr. ,  et  2  fr.  5o  r.  par  la  poste. 
A  Paris,  chez  le  Norninnt  ,  rue  de  Seine  .  n"  8,  et  quai  de  (>onli  , 
n°  5;  le  Cleri.,quai  des  Auguslinsy  n"  35;  Beaucé-liusand  ,  rue  de 
l'Abhaye  ,  n"  3. 

£xfJOsition  du  Sens  primitij' des  Psaumes,  totalement  conservé  dans 
le  Latin  de  ;a  Vul^a.e  ,  et  dans  une  traduction  française  mise  en  regard 
du  texte  1 1  at-compai;née  de  notes  :  ce  sens  rendu  reconnois.iahle .  soit 
par  le  Modi-  nriiuitif  d'exécution,  de  distinction  ,  etc  ,  reproduit  tel 
qu'il  exisloil  dans  le  Temple  de  J  riisalem  .  soit  par  d'autres  Ciefs  réu- 
nies aux  aiiciLiines ,  pour  faire  connc)i!re  li^s  divers  genres  de  beautés 
de  ces  Cantiiiues,  et  en  éclaire  ir  les  endroits  obscurs.  Par  M.  \'***. 
Seconde  édition,  revue,  a-néliorée  ,  et  considérablement  augmentée. 
Tome  II.  In-8°  de  27  feuilles  d'impression.  Prix  :  4  f^'  ^J  c. ,  et 
5  fr.  85  c  par  la  postf.  Les  deux  vol.,  df  54  feuil'es  d'impression, 
9  tr. .  et  II  fr.  70  c.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  l'Auteur  rue  Pérou, 
n°  20;  et  chez  Demonville,  imprimeur-libraire,  rue  Christine,  n»  2. 

Les  Femmes,  leur  condition,  et  leur  influen.-e  dans  l'ordre  social 
chez  différens  peuples  anciens  et  modernes.  Par  M.  le  ■sicomte  J.  A.  de 
Ségur.  Avec  cette  épigraphe  : 

Les  hommes  foni  les  lois, 
les  Icraracs  fonl  les  mœurs. 

Trois  vol.  in-» 2,  fig.  Prix  :  9  fr. ,  et  11  fr.  franc  de  port;  pnpîer  vélin, 
douille.  A  Paris,  chez  Raymond,  librnire,  rue  de  la  Bibliothèque, 
n"  4>  pri'S  le  Louvre;  (Chaumerot,  au  Palais- Royal. 

Manuel  des  Jardiniers ,  ou  Guide  des  travaux  à  faire  dans  les  jardins 
pendant  le  cours  d->  l'année;  contenant  la  culture,  tant  sur  couches 
qu'en  pleine  terre,  de  tous  les  légumes  connus;  celle  des  arbres  frui- 
tiers; la  manière  de  les  tai  1er,  conduire  et  gieffer;  celle  des  arbrisseaux 
et  des  plantes  qui  peav<*nl  cikt  uii  p.r.lerre  et  composer  l'oringerie 
d'un  curieux.  Par  un  .\;'->  '''' '^*'-^- "vcUe  édition  ,  augmentée  de  près 
de  moitié  et  entier,'  -.^^s  huit  premiers JlJlïl^^  540  pages,  bien 
imprimé.  Prix  :  2  fr.  ùj  r. ,  e,'  .5  li.  ,^J,,^„„  __/oort.  A  Paris,  chez 
Ancelle,  1  braire,  rue  de  la  Harpe,  n^'^"'"^    ^J 

Cet  ouvrage,   dans  un  cadre  étroit,  contn..     iout  ce  qu'il  est  indij- 

Sensabi»'  de  savoir  pour  la  culture  des  léj^umes,  des  arbres,  arbustes  ei; 
es  plantes;  l'ornem-nt  de:»  "ardin*  et  la  compn>liion  d'une  belle  oran- 
gerie. La  multiplication  ,  la  terre  et  l'expo. ilion  qui  convienn  Mit  .1 
cha.iue  p'ante,  sont  iiidif|uées  à  son  article.  Nous  croyons  ce  Manuel 
indispensable  a  tout>-s  les  personnes  qui ,  par  état  ou  p.ir  goût ,  s'occupeuf. 
de  la  culture  de  leurs  jardins,  ou  qui  désirent  en  diriger  et  surveiller  les 
tr.tvaux. 

Ces  différens  ouvrages  se  trouvent  aussi  chez  le  Normant,  et  quai  de 
Conti ,  n     5. 

Journal  des  Vora^es  ,  D-'cnm'ertes  ,  etc.  Quatrième  Livraison  ,  ornée 
d'une  gravure.  Ce;  Cahier  renferme  l'extrait  d'un  Mémoire  dii  M-  Val- 
kenaer  sur  les  Progrès  des  Décnu  'ertes  géogrup'iques  dans  le  monde  ma- 
ritime ,  etc.;  VAnahse  d\ia  f^ovage  à  Tripoli:  le  /Yaufrage  de  l'Ot^wcno 
sur  la  cote  de  Barbarie  ;  une  Votice  sur  l'espi'Ci^  de  Ck'ei^res  dont  le  poil 
sert  àjabricjuer  les  Cachemires  ,  et  plusieurs  autres  articles  non  moins 
intéressans.  —  Le  prix  de  l'abonnement,  pour  douze  Cahiers,  dont  il 
en  paroit  un  tous  les  mois,  esl  de  33  fr.  pour  les  départemens,  et  de 
3o  fr.  pour  Pans,  ou  l'on  souscrit  chez  Colnet,  libraire ,  quai  Maia- 
quais,  n°  9. 


^  /foar   u?t,    c/cax;    Ofi    a^ua/rc    ^'ouMnef,   conyi.ckJCj    c/faaf/t 

1    ^/f  r.  Âour  un  vofUf?f< 
f     âo  /.  jj    ^la/re    ut. 


S/-eJ  acma/u/di   eâ  e?ii'OU   -f-eùxû/^/    a    ceé   ouv^'f/oe^ 
f/oùve?2â  e/re    aar^AJcJj  /rMtio  (le  //or/,    au    ^aj'eci/i    (m 


K 


1  ouloi"        '. 


^h  /'^??i/iriffu^ne  c/e    S:^e   ^fyaf^?na7,'/ 


^^VWV^VW  A%  VV%  VWWV  « VV  wVV VWXWVW  v'\.\  WVvVVVW  , W W\\  vV%  WVs>W\'W\W\-W  iWVW vx-^ 


LE  CONSERVATEUR. 


AVIS. 

Les  Personnes  dont  la  Souscription  finit 
avec  le  tome  second  (26^  Livraison),  et  qui 
sont  dans  Vintention  de  souscrire  pour  le 
troisième  volume^  sont  invitées  à  vouloir  bien 
faire  parvenir  leur  renouvellement  dans  le 
courant  de  mars,  si  elles  veulent  éviter  tout 
retard  dans  l'envoi  de  leurs  Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  déparlemens  sont 
aussi  priés,  pour  prévenir  toute  erreur, 
d'écrire  leurs  noms  et  leurs  adresses  bien  li- 
siblement ,  et  surtout  de  ne  pas  oublier,  comme 
cela  est  arrii^é plusieurs  fois,  d'indiquer  le  lieu 
de  poste  par  lequel  ils  sjont  servis. 

Ou  ne  peut  souscrire  que  du  commencement 
d'un  volume. 

La  premier' e  ï^iv raison  du  troisième  volume 
par^oïtra  dans  les  huit  pr'emier^s  jour's  d'avril. 

Le  pr^ix  du  tr'oisième  volume  est  de  ^^fr. 
pour  la  souscription. 

Les  lettres  et  l  argent  doivent  être  adressés , 
franc  de  ptiii ,  à  AI.  Le  Normant,  fds.  Editeur 
du  Gonéervateur,  rue  de  Seine ,  7**»  8,  F.  S.  G. 


DES  MISSIONS. 

Quand  Jésus-Christ  apparut  dans  le  inonde ,  il 
ouvrit  une  grande  mission,  qui,   continuée  pen- 
dant dix-huit  siècles^  souvent  entravée,  toujours 
Tome  H.  —  a5«  I.iyr-Aiso>i,  S5 


(  ^^^  ) 

triompliaiite,  ne  finira  qu'avec  le  genre  linmain, 
La  parole  descendue  du  ciel  sauva  tout  en  renou- 
velant tout,  doctrines,  mœurs,  institutions j  lois 
même 5  et,  si  l'Europe  doit  être  une  seconde  fois 
sauvée,  elle  ne  le  sera  encore  que  par  celte  parole. 
rSous  l'avons  entendue  parmi  nous,  et  de  même 
qii'à  l'oiigine,  elle  a  inspiré  un  eliroi  profond  à 
certains  Irommes  liaLitués  à  appeler  mal  ce  qui  est. 
bien,  et  bien  ce  qui  est  mal ,  et  qui  redoutent  la 
vérité  comme  une  vengeance.  Ils  ont  vu  les  inimi- 
tiés s'apaiser,  la  concorde  renaître  avec  la  foi  ,  le 
désordre  etTimpiété  fuir  devant  quelquespj'êtres  , 
et  ils  ont  frémi.  Menaces  de  la  lumière,  et  trem- 
blans  pour  leurs  œuvres,  ils  ont  aussitôt  couru  à 
leurs  armes  ordinaires,  le  mensonge,  la  calomnie, 
les  délations,  les  secrètes  intrigues,  alin  de  trom- 
per l'autorité,  et  de  la  rendre,  s'il  se  pouvoit  ,* 
leur  complice.  Egarée  ])ar  eux,  elle  a  mis  des 
obstacles  aux  missions ,  et  cela  sans  aucun  droit, 
ou  plutôt  en  violant  tous  les  droits.  Leur  audace 
s  est  accrue  de  ce  ])remier  succès;  elle  ne  connoU 
plus  de  bornes.  Ils  demandent  la  suj)pressioii  en- 
tière des  missions,  et  se  flallent  de  faire  proclamer, 
au  nom  de  l'Etat,  la  déiènse  de  préclieria  religion 
de  l'Etat. 

ISous  ne  craignons  rien  de  semblable.  Avant 
qu'on  se  porte  à  un  tel  excès  ,  il  faut  que  les  lois  , 
il  faut  que  la  Cliaite  elle-même  périsse.  Jusque-là 
nous  savons  comment  nous  déiendre  ,  jusque-là  on 
n'osera  même  pas  nous  attaquer  ouvertement.  Si 
la  persécution  a  son  attrait,  elle  a  aussi  son  dan- 
ger. Mais  commençons  par  examiner  les  prétextes 
qu'on  nous  oppose. 

Je  ne  perdrai  pas  le  tcmjis  à  réfuter  les  ridicules 
impostures  dont  quelques  écrivains  libéraux,  pour 
n'oublier  aucun  des  leurs,  nourrissent  cha<[ue 
jour  la  crédulité  des  simples  d'esprit.  Je  passe  ù 
do'i  reprocbes  qu'on  doit  juger  plus  graves,  puis-- 


(  547  ) 
qu'ils  ont  relenli  dans  Ja  Chambre  des  Députés. 
Oii  a  demandé  si  la  France  ctoit  donc  peuplée 
d'idolâtres,  pour  qu'il  tût  nécessaire  d'envoyer  de 
ville  en  ville  des  juissionuaires  annoncer  la  foi? 
Celui  qui  a  fait  cette  question  auroit  pu  y  répondre 
mieux  que  personne.  11  sait  que  la  France  renferme 
en  son  sein  une  race  d'iiommes  qui,  rejetant  avec 
mépris  la  religion  des  ancêtres,  ou  la  tenant  dans 
l'indiiiérence ,  se  croient  sages  parce   quiis  clou- 
tent,  ou  éclairés  ])arce  qu'ils  nient.  Il  sait  que, 
parmi  ces  hommes,  il  eu  est  qui  languissent  dans 
une  indigence  intellectuelle  si  profonde ,  qu'on 
chercheroit  en   vain   dans    leur   entendement   la 
vérité  première  d'oii  dérivent  toutes  les  autres  5 
esprits  ruinés  qui  ont  perdu  Dieu!  Certes,  si  l'on 
ne  s'étonne  pas  que  le  zèle  conduise  les  mission- 
naires au-delà  des  mers  pour  convertir  quelques 
idolâtres,  on  doit  encore  moins  être  surpris  qu'ils 
s'occupent  parmi    nous   de   soulager   une  mi-,ère 
plus  eKtrême  et  plus  déplorable.  Chose  étran£>"e! 
on  répète  sans  cess-e  que  le  christianisme  est  mort, 
qu'on  ne  le  ranimera  jamais  ;  et,  dès  qu'un  prêtre 
ouvre  la  bouche  pour  l'annoncer  au  peuple,  on 
s'écrie  :  A  quoi  bon?  11  n'y  a  que  des  chrétiens. 
Au  reste ,  peu  m'importe  à  laquelle  de  ces  deux 
assertions  on  s'arrête  :  s'il   n'y  a   pins  de  christia- 
nisme ,  il  faut  des  missions  pour  le  renouveler  5 
car   jusqu'ici   on    n'a  pas,    que    je   sache,    donné 
d'autre  religion  à  la  société,  ni  trouvé  le  moyen 
de  fonder  une  société  sans  religion.  Si  le  peuple 
est  chrétien,  il  faut  des-jn^issi eus  pour  empêcher 
qu'il  cesse  de  l'être  ,  pouï^l'alFermir  dans  sa  reli- 
gion ^pour   instruire   les   ignorans,    soutenir  les 
foibles,  l'emuer  lésâmes  engourdies,  reformer  les 
mœurs,  qui,   par  leur  pente  naturelle,  tendent 
toujours  au  relâchement  :^  il  faut  des  missions^, 
parce  qu'il  faut  un  Dieu,  un  culte,  un  ordte  mo- 


ral ^  des  vertus. 


35. 


(^4S  ) 

Mais  les  missions  portent  atteinte  à  la  liberté 
religieuse  des  pi'Oteslans^  elles  les  inquiètent,  et 
l'on  doit  respecter  leurs  craintes 7«e/«(i  exagérées. 
Qui  le  dit  ?  Des  protestans  ?  jN  on ,  mais  des  hommes 
étrangers  à  toute  religion ,  des  hommes  que  le 
christianisme  ijiquiete  sans  doute ,  et  qui  cherchent 
contre  lui  des  auxiliaires  dans  son  propre  sein. 
Les  vrais  protestans  craignent ,  comme  nous,  l'im- 
piété,  l'athéisme,  une  philosophie  qui  rompt  tous 
les  liens;  ils  ne  cjaignent  pas  \qs  catholiques;  et, 
quand  ils  les  craindroient,  ne  s'agit-il  que  de 
s'alarmer  des  droits  des  autres  pour  être  autorisé 
aies  en  priver?  Et  si  les  juifs  s'avisoient  aussi  de 
concevoir  des  alarmes  exagérées ,  il  faudroit  donc 
aiiolir  le  christianisme  pour  les  calmer?  Singulière 
prétention  ,  de  ravir  à  vingt-cinq  millions  de  ci- 
toyens la  liberté  religieuse,  pour  assurer  à  un  pe- 
tit nombre  celte  liberté  que  personne  n'attaque. 
Elle  est  égale  pour  tous,  et  la  religion  de  l'Etat 
n'a,  sous  ce  rapport,  en  France,  aucun  privilège. 
Que  peuvent  désirer  déplus  les  protestans?  Et  ne 
sauroieut-ils  être  libres  que  nous  ne  soyons  enchaî- 
nés ?  Interdira-t-ou  aux  catholiques,  dans  une 
contrée  catholique,  ce  qu'on  leur  permet  en 
Chine,  toutes  les  fois  qu'il  n'y  a  pas  persécution ?^ 
Et  nos  philosophes  indépendans  seront-ils  moins 
tolérans  y)our  la  religion  de  leur  pays  (jue  ne  le 
sont  des  idolâti'es  pour  un  culte  o])posé  à  la  reli- 
gion nationale  ? 

On  parle  des  passions,  ou  feint  d'appréhender 
que  les  missions  ne  les  agiteat.  Ehl  c'est  parce 
qu'il  y  a  des  passions  (ju'il  faut  une  religion  pour 
les  calmer,  et  c'est  parce  qu'elle  les  calme  eu  eflTct 
qu'on  l'accuse  de  les  agiter.  Ceux  qui , 'pour  par- 
venir à  leurs  fins,  auroient  encore  besoiu  de  tem- 
pêtes, s'irritent  quand  ils  voient  dans  le  ciel  des 
signes  de  sérénité.  Et  que  veulent-ils  donc?  Un 
naufrage  ,  atiu  de  se  partager  encore  des  débri*;. 


(  %  )^ 

J'en  appelle  atix  faits  :  cfu'on  nomme  les  lieux 
où  l'ordre  public  a  été  troublé  par  les  missions. 
Quelles  sont  les  révoltes  qu'elles  ont  excitées?-  Ou 
en  a.  vu  depuis  trois  ans  éclater  plusienrs  :  étoit-ce 
des  missionnaires  qui  cohduisoient  les  rebelles  ? 
Est-ce  au  nom  de  la  religion  qu'ils  s'étoient  ar- 
més? Pour  quelles  doctrines  combattoient-ils?  A 
qxielie  cause  ont-ils  été  sacrifiés?  Apprenez-le  par 
leur  cri  de  guerre,  que  je  ne  répète  qu'en  frémis- 
sant :  A  bas  Dieu!  five  l'en  fer!  A]-poremment 
ce  ne  sont  pas  là  les  refrains  de  nos  hymnes.  Les 
malheureux  qui  proiéroient  ces  horribles  blas- 
phèmes avoient  assisté  à  d'autres  missions  que  les 
nôtres;  celles-ci  les  auroient  sauvés.  Et  si  Ton  ne 
prétend  pas  que  les  missions  doivent  être  à  jamaî.t 
proscrites,  si  l'on  désire  seulement  qu'on  les  5n!=,- 
pende ,  à  cause  des  passions  ,  on  se  flatte  donc  qu'il 
viendra  un  temps  où  il  n'y  aura  jîlus  de  passions?' 
En  vérité,  l'on  dcvroit  y^n^  d'égards  au  bon  sens. 

Les  missionnaires  ,  ajoute-t-on  ,  troublent  les 
consciences.  D'abord,  ils  ne  peuvent  troubler  la 
conscience  que  de  ceux  qui  viennent  les  écouter, 
et  personne  assurément  n'est  forcé  d'y  venir.  INul 
donc  n'a  Je  droit  de  se  plaindre  que  sa  conscience 
flit  été  troublée.  Et  comment  troublent- ils  les 
consciences?  En  préchant  la  justice,  le  pardon 
des  injures,  le  respect  des  devoirs,  l'obéissance  à 
l'autorité,  en  rappelant  les  cœurs  à  Dieu  et  à  la 
vertu.  Voudroit-on,  par  hasard,  que  les  hommes 
se  tranquillisassent  dans  des  senlimons  et  des  ha- 
bitudes contraires,  dans  i'impiélé,  dans  la  haine^ 
dans  les  désirs  de  vengeauci; ,  dans  le  vice  et  dan» 
le  crime?  Voudroit-ou  que  le  brigand  jouît  en 
paix  de  la  déj)onille  de  sa  victime,  que  le  sommeil 
de  Fussassin  fût  calme?  Si  on  le  veut,  l'ordre  ne 
le  veut  pas ,  et  l'ordre  c'est  Dieu  même.  Oui,  \(is 
missionnaire.s  troublent  les  consciences,  et  il  faut 
ieuv  en  rendre  grâces  au  nom  de  la  société,  qui 


(  55o  ) 
ne  retrouvera  de  repos  que  lorscfue  plus  de  cons- 
cieijccs  encore  auront  été  troublées  de  la  sorte. 
Et  les  tribunaux  aussi  troul)leut  les  conscieuces  ; 
ils  ôtent  au  méchant  sa  sécurité,  et  touie  la  dillé- 
rence  esl  que  la  justice  humiiine  le  trouble  pour 
punir,  et  la  religion  pour  pardonner. 

x\u  reste,  que  les  ennemis  des  missions  disent 
et  pensent  ce  qu'il  leur  plaira:  la  loi  existe,  eHe 
garantit  le  libre  exercice  de  la  relijrion  catholique  . 
et  la  prédication  en  forme  une  des  parties  les  plus 
essentielles.  Les  missionnaires  n'ont  besoin  de 
Tautorisation  de  personne  que  de  Tévêque  dont 
ils  vont  évanîïéliser  le  diocèse.  La  permission  du 
gouvernement  n'est  pas  plus  néc(\ssaire  ])our  prê- 
cher cpio  pour  conlcsserj  il  ne  pcvit  pas  plus  in- 
terdire Vvn.  que  l'autre.  Les  chaires  chrétiennes 
ne  lui  appariiennent  pas.  il  en  est  d  autres  qui 
dépendcjit  d«;  lui,  et  nous  savons  tous  ce  qu'on  y 
enseigne.  Or,  il  seroit  aussi  trop  élranf^e,  quand 
les  doctrines  anti-sociales  ont  partout  des  organes, 
que  le  christianisme  seul  iût  contraint  d'être  muet. 
Il  ne  le  sera  pas,  je  le  cii«  sans  crainte  5  et,  le  re- 
poussât-on  de  nouveau  dans  les  catacombes  ,  là 
encore  il  trouveroit  des  voûtes  pour  y  l'aire  reten- 
tir sa  voix,  et  des  lidèles  pour  l'écouter. 

L'abbé  F.  De  La  Menkais. 


Sur  fes  Goin-ernemeus. 

Si  l'oîi  vouloit  donner  une  idée  juste,  complète 
et  pourtant  familière  de  ce  qu'on  entend  dans  les 
divers  Etats  par  Gouvernement,  on  poui'roit  dire 
que  c'est  une  giande  compagnie  d'assurance  poui- 
tous  les  intérêts  légitimes. 

il  faut  bien  prendre  garde  que  l'objet  de  cetle 
compagnied'aÀSurance'^oiiXi^nc  n'est  pas  plus  que 


(  5Ji   ) 
«K'iui  des  compagnies  lï assurances  rnaritimes  on. 
urbaines,   la  sûreté  des  chosics  assurées,  mais  îa 
sécurité  de  leurs  possesseurs. 

Eu  elFet ,  V  assurance  maritime  nempi^clu"  pas 
le  hèLiioient assuré  de  couler  à  toud  ou  d'être  cap- 
turé par  les  pirates  ,  pas  plus  que  Vassuranco. 
contre  les  incendies  ne  î^avantit  les  maisons  du 
ieu^  mais  le  propriétaire  sait  qu'au  nioven  d'une' 
prime  convenue  la  compagnie  lui  rendra,  en  cas 
de  perte ,  le  prix  de  soiïbâtiment,  de  ses  marchan- 
dises, de  sa  maison,  de  ses  meubles,  et  cette  certi- 
tude suffit  à  sa  sécurité, 

iS assurance  politique  c^wo  nous  demandons  au. 
govivernemcnt  est  tout-à-iait  du  même  genre.  Le 
gouvernement  ne  peut  pas  me  mettre  eu  sûreté 
contre  une  injuste  agression  à  mon  honneur,  à  mes 
biens,  à  ma  vie,  à  mon  pays,  la  première  de  mes 
propriétés  ;  mais  je  sais  qu'il  maintient  dans  l'Etal 
une  religion^  une  morale,  un  système  d'éducation 
qui  prévient  l'injustice  et  le  crime  5  je  sais  qu'il  a 
ijistitué  des  tribunaux  pour  les  juger  et  les  punir, 
et  qu'il  lève  des  Iroupt-s  pour  îa  défense  intérieure 
et  extérieure  de  l'Etat  5  et  je  vis  dans  une  sécu-^ 
rite  qui  me  laisse  la  libre  disposition  démon  esprit 
et  de  mon  corps,  me  permet  de  vaquer  à  mes  de- 
voirs, à  mes  ahaires,  à  mes  plaisirs  ,  et  même  d'en- 
ti'eprendr^;  des  travaux  utiles  à  moi  et  aux  autres. 

Un  gouvernenient,  attentif  à  toutet  vigilant  sur 
tout,  me  donne  la  se'curité  nrêuie  sur  des  accidens 
personnels  5  il  veille  ,  par  ses  lois  et  ses  moyens  de 
police  ,  à  la  sûreté  des  routes ,  à  la  salubrité  de 
l'air;  et  comme  je  sais  que  des  régi  cm  cîî  s  de  voirie 
ordonnent  de  démolir,  sur  la  voie  publique  ,  les 
édifices.  (;fui  menacent  ruine  ,  ;je  vais  dans  les  rues 
sai:)s-  craindrp  d'être  écrasé  par  la  chute  d'une 
maison.  •  «• 

.Cette  sécurité  qui  vient,  sans  qu'on  y  pense, 
d'un  ensenibJo  de  lois  et  de  mesures,  qui ,  même 


(  5j5  y 

sans  être  aperçues,  préviennent  les  clt^sorclrcs  pii- 
hlics  et  jiarticuliers  ,  est  tout-à-fait  semh]al)le  à 
celle  que  nous  inspire  la  régularité  constante  des 
lois  de  la  nature,  qui  faitqiie  j'attends  pour  l'anne'e 
suivante  la  récolte  du  blé  et  du  vin  qui  doit  nie 
nourrir,  l'eau  qui  doit  arroser  mes  champs  ,  et  la 
succession  annuelle  des  saisons  ,  nécessaire  à  la 
santé  des  corps  et  à  la  fertilité  de  la  terre. 

Et  remarque/  que  Vassurance  politique  est  en- 
tièrement semblable  à  l'assurance  commerciale. 
Dans  celle-ci ,  les  assurés  donnent  à  la  compagnie 
d'assurance  une  y^^mne plus  ou  moins  forte,  suivant 
les  circonstances, ^r/me  qui  est  à  la  fois  un  dédom- 
magement pour  les  risques  qu'elle  court,  et  un 
sacrifice  que  font  les  asstncs  pour  acheter  leur  sé- 
curité. Les  peuples  donnent  aussi  aux  gouverne- 
niens  des  impôts  et  des  hommes,  comme  une  prime 
destinée  à  payer  les  moyens  de  tout  genre  employés 
pour  maintenir  l'ordre  ,  et  par  conséquent  la  sé- 
curité générale. 

La  compagnie  d'nssvràjice  politique  ,  où  nous 
sommes  tous  assurés,  doit  nous  rendre,  comme 
l'assurance  commerciale,  le  prix  de  ce  que  nous 
avons  perdu,  parce  que  l'homme  en  société  ne  peut 
rien  perdre  de  ce  que  le  gouvernement  doit  ga- 
rantir, ou  d\x  moins  ne  peut  le  perdre  sans  uh 
dédommagement,   une   restitution  ou  une  com- 

Fensation  dont  le  gouvernement  est  l'arbitre  par 
organe  de  ses  tribunaux. 
Mais  si  la  justice  privée  ou  distribntive  peut 
ordonner  la  compensation  des  pertes  ou  des  mal- 
heurs que  le  particulier  a  essuyés  ,  comment  et 
avec  quoi  le  gouvernement,  fjui  est  la  justice  pu- 
blique ,  pourr'oit-il  compenser  les  pertes  et  les 
malheurs  que  la  société  elle-même  peut  soufïVir 
d'une  révolution,  de  ce  terrible  état  d  un  peuple 
où  il  faut  que  tous  soient  malheureux,  parce  que 
«JUelqnes  uns  ont  été  coupables? 


C  553  ) 
Ainsi ,  la  sécurité  de  l'homme  de   bien  est  le 
premier,  et,  aie  bien  prendre,  le  seul  devoir  du 

Êouvernement  envers  ses  sujets  ;  elle  est  le  s^rand 
ientait  d(î  l'état  social;  et  même  l'unique  raison 
de  son  c'cistence.  Si  l'état  habituel  de  guerre  et 
d'alanne  où  vivaient  les  familles  avant  l'établisse- 
ment desso<:iétés  publiques,  n'avoitpas  été  insup- 
portable et  aussi  contraire  à  la  nature  de  l'homme 
qu'aux  volontés  de  sou  auteur,  jamais  la  famille 
naturellement  indépendante  n'aui'oit  songé  à  se 
donner  iin  maître  ou  n'auroit  pu  le  supporter.  Le 
noble  Polonais  dont  le  jugement  étoit  faussé  par 
la  constitution  désordonnée  de  son  pays,  pouvoit 
s'écrier  :  A/n/o  periculosam  libertatem ,  quàm 
trauqiiillain  scrvitutcm.  «  Je  préfère  une  liberté' 
»  orageuse  à  une  servi  tude  ti'anquille,  »  parce  qu'il 
prenoit  pour  la  liberté  le  droit  d'élire  ses  rois  , 
sans  prévoir  quel  honteux  esclavage  il  réservoit  à 
sa  patrie  ;  mais  la  raison  dit  au  contraire  que  c'est 
la  servitude  qui  est  orageuse  et  la  liberté  qui  est 
tranquille  ,  parce  que  la  liberté  est  l'état  de  force  , 
et  que  la  tranquillité  n'est  que  la  force  en  repos; 
au  lieu  que  l'état  d  alarme  et  de  crainte  estle  sen- 
timent de  la  faiblesse  ,  et  par  conséquent  de  la 
dépendance  et  de  la  servitude. 

Ainsi ,  si  je  veuxconuoître  le  gouvernement  qui 
remplit  le  mieux  ses  devoirs,  le  gouvernement  qui 
gouverne  le  mieux,  je  ne  m'informe  pas  si  le  pays 
a  toute  la  population  qu'il  peut  nouinùr;  de  po- 
pulation, il  y  en  a  toujours  assez  pour  la  surveil- 
lance des  gouvernemens,  et  souvent  trop  pour  leur 
ti'anquiliité  ;  je  ne  m'inquiète  pas  de  savoir  si  le 
pavs  es-tbien  ou  mal  cultivé  ;  c'est  l'affaire  de  la  fa- 
mille libre  de  travailler  eu  de  se  reposer,  de  se 
donner  des  jouissances  lOu  de  s'imposer  des  pri- 
vations, et  qui  cultive  tîssez  pour  elle  lorsqu'elle 
senoui'rit,  et  assez  pour  l'Etat  quand  elle  acquitte 
l'impôt;  et  d'ailleurs ,  les  peuples  et  les  hommes 


(  ^-'4  ) 

](!S  ]>]ij.s  iiKllfirvc7i5  à  leur  bicn-rli'C  physique,  ne 
«ioiit  pas  lis  plus  mavivais.  Je  ne  domancle  pas  si 
les  arts  y  ont  fait  de  grands  progrès^  ils  n'en  t'ont 
jvamais  qu'aux  dépens  de  choses  plus  iinportanlcs ,, 
et  il  y  a  toujours  assez  d'arts  utiles,  et  t-oujoiu-s 
trop  d'arts  sviperflus.  J(^  ne  m'inlonu<>  pas  s'il  v  a 
des  académies  et  des  théâtres,  des  banques  et  des 
emprunts  ,  des  élections  et  la  conscription  ,  des 
journaux  et  des  loteries,  pas  ir.ême  si  la  presse  y 
est  libre  ou  soumise  à  la  censure.  Ce  "qu'il  y  a  de 
véritablement  u:ile,  dans  tout  ce  matériel  de  la 
société,  naît  de  lui-même  et  sans  illort  dans  une 
société  bien  ordonnée  j  c'est  Tf^pplication  à  l'état 
social  de  ce  niot  proiond  de  i'Lvangile  :  «  Clier- 
»  chez  premièrement  l'ordre  et  la  justice  ,  et  tout 
»  le  reste  viendra  de  lui-même.»  Et  en  vérité, 
rien  de  tout  cela  ne  garantit  un  peuple  contre  les 
révolutions;  et  ne  fait  trop  souvent  <jue  hâter  les 
changemens  qui  \gs  préparent.  iSiais  je  demande 
ou  plutôt  je  regarde  s'il  y  a  sécurité  entière  pour 
tous  les  intérêts  le'gitimes  ,  car  tout  ce  qui  est  mau- 
vais et  illégitime  dans  les  hommes  et  dans  les 
choses,  ne  doit  avoir  ni  sûreté- ni  sécurité-  je  re- 
garde s^il  y  a  sécurité  pour  le  particulier,  pour  sa 
vie  ,  son  honneur,  ses  biens  ,  ses  vertus  ,  la  consi- 
dération dont  ii  doit  jouir;  sécurité  pour  le  public, 
pour  les  lois,  la  religion,  la  morale  ;  sécurité  , 
enfin,  contre  les  révolutions,  premier  objet  de 
l'assurance  politiijue  5  sécurité,  par  conséquent, 
qui  (  mbrasse  le  présent  et  l'avenir,  car  c'est  le 
propre  de  cette  disposition  de  Tàme  de  nous  laire 
espérer,  dans  le  bonheur  d'un  jour,  celui  de  toute 
la  vie,  et  même  le  bonheur  de  ceux  qui  sont  des- 
tinés à  nous  survivre. 

Et  quand  je  dis  (jue  je  regarde  s'il  y  a  sécurité ^ 
je  prends  ce  mot  aupro])re  et  non  aujci^vré,  parce 
que  ce  senliincnt  de  sécurité  générale  , s  aperçoit 
dans  les    habitudes  extérieures    des   peuples,    et 


*  (  5oj  ) 

donne  à  leurs  nianûn-es,  et  même  à  leur  figure, 
une  exDi'os.sion  de  Lonlieur,  et  par  conséquent  de 
bouté  et  de  bienveillance. 

Tous  les  peuples  républicains,  sauf  peut-être 
les  Athéniens ,  qui  étoient  un  peuple  d'entans,  ont 
été  et  sont  encore  sérieux  ou  plutôt  sombres , 
tristes,  moroses,  peu  communicatils,  parce  que 
leurs  o^ouvernemeus  ,  toujours  à  la  veiile  ou  au 
lendemain  d'une  révolution,  ne  peuvent  leur 
donner  une  sécurité  dont  iis  manquent  pour  eux- 
mêmes  ;  et  Hume  remarque  avec  raison  qu'en  An- 
gletei're,  depuis  sa  dernièi'c  révolution ,' Tiiidé- 
pendance  et  la  liberté  j)ubliques  ,  d'où  naît  la  sécu- 
rité individuelle,  sont  plus  incertaines  et  plus 
précaires.  Au  contraire,  les  peuples  monarch'ques, 
tels  surtout  que  les  Français,  tenoient,  de  la  torte 
constitution  de  leur  gouvernement,  une  confiance 
et  une  sorte  d'insouciance  de  l'avenir,  qui  sepei- 
r;noient  dansleur  caractère  etleux's  manières,  don- 
noient  de  la  grâce  à  leurs  vertus  et  môme  à  leurs 
vices  5  et  ils  ne  s'arrétoient  qu'à  l'écorce,  ces  étran- 
gers qui  prenoient  pour  de  la  légèreté  d'esprit  et 
de  la  frivolité  de  goûts,  ce  qui  n'étoit  au  fond 
que  le  sentiment  et  l'expression  de  la  sécurité 
générale. 

Ainsi,  siiafortune,  la  considération  et  la  santé 
même  sont  le  fruit  de  notre  industrie  personnelle 
et  d'une  conduite  sage  et  réglée,  la  certitude  d'en 
jouir,  ou  la  sécurité  qui  double  la  valeur  de  tous 
ces  biens,  ne  peut  nous  venir  que  du  gouverne- 
ment ;  il  n'est  gouvernement  que  pour  ce  seul  ob- 
jet, et  nous  avons  tous  le  droit  de  l'exiger  de  lai, 
puisqu'il  exige  de  nous  la  prime  de  cette  assu- 
rance, et  que  nous  la  lui  payons  de  ce  que  nous 
avons  déplus  cher,  de  nos  biens  et  de  no^  enfans  j 
et,  sous  ce  dernier  rayjport,  le  gouvernement  s'est 
imposé  des  devoirs  bien  rigoureux  ,  lorsqu'il  nous 
a  soumis  au  recrutement  forcé,  mesure  qui  ne  se- 


(  556  ) 

rolt  qu'une  insupportable    tyrannie,    si  elle  ne 
tournoit  pas  à  notre  entière  sécuiité. 

Est-ce  donc  tiop  lorsque  les  familles  placent 
dans  la  compagnie  d'assurance  et  le  sang  de  leiirs 
enlans  pour  le  service  militaire,  et  la  partie  la  plus 
disponible  de  leur  fortune  pour  l'acquiltcmeut 
des  charges  publiques  5  est-ce  trop  de  demander 
AUX  gouverneraens  de  les  laisser  jouir  en  paiv  de 
ce  qui  leur  reste,  d'assurer  leur  frêle  bâtiment  sur 
cette  mer  ora<jeuse  de  la  vie  où  se  rencontrent 
tant  d  autres  écueils,  de  l'assurer  et  contre  ces  as- 
soci<'.s  inlidèles  qui  ibnt  tourner  à  leur  seul  profit 
les  fonds  de  l'assurance,  et,  en  voulant  toute  sû- 
reté pour  eux-mêmes,  ne  laissent  aux  autres  au- 
cune se'curité,  et  contre  le  feu  des  discordes  civiles, 
et  contre  les  corsaires  qui  ,  sous  le  pavillon  men- 
teur de  la  liberté,  infestent  tous  les  parages  de  la 
sociétés  pillent  la  fortune  publique,  et  menacent 
toutes  les  fortunes  particulières? 

Ainsi ,  gouvcrnans  et  gouvernés,  voulons-nous 
savoir  n  nos  gouvernemens  sont  ou  ne  sotit  pas  ce 
qu'ils  doivent  être  pour  x'emplir leur  desliuation, 
sans  nous  livrer  à  d'oiseuses  recherches  d'écono-* 
niie  politique  et  de  statistique  qu'on  seroit  tenté 
d'apjjelcr  imgœ  flif/ici/cs ,  lorsque  l'on  voit  le  peu 
de  fruit  cju'en  retirent  les  peuples,  et  le  peu  de 
stabilité  qu'y  trouvent  les  gouverneniens  ^  inter- 
rogeons-nous nous-mêmes,  et  demandons -nous 
s'il  y  a  de  la  sécurité  :  c'est  la  pierre  de  touche 
des  gouvernemens,  c'est  le  véritable  pouls  des 
nations  qui  indique  au  médecin  l'état  de  leur 
santé  ou  le  genre  de  leurs  maladies. 

Mais  cette  sécurité,  le  premier  bien  des  hommes 
en  socie'té,  la  première  condition  de  Tétat  social  , 
cette  se'curité  que,  dans  certains  temps,  les  fautes 
et  les  revers  des  gouvernemevjS  ne  peuvent  ébran- 
ler, s'alarme  «le  tout  dans  d'autres  temps.  liCS  na- 
tions, comme  les  hommes  ,  coiilraclcnt  dnnçlcnr^. 


(557) 
maladies  une  extrême  irritabilité  qui  n't.st  qu'une 
.exagération  de  la  sensibilité,  et  qui  les  dispose  à 
recevoir  toutes  les  impi'essions  de  douleur,  même 
les  plus  fugitives  ,  et  à  pressentir  les  maux  qui  ne 
sont  pas  encore,  comme  elles  ressentiroient  des 
maux  réels  et  connus. 

La  religion  a  d(;s  mystères  et  n'a  point  de  se- 
crets j  les  gouvernemens,  au  contraire,  qui  peu- 
vent avoir  des  secrets  d'administration,  ne  doivent 
point  avoir  des  mystères  dans  les  motifs  de  leur 
législation  5  et  si  l'une  peut  quebpiefois  donner  à 
deviner,  l'autre  doit  toujours  se  laisser  compren- 
dre :  et,  en  vérité  ,  1  homme  \c  plus  habile  ,  et  je 
ne  vois  d'habileté  que  dans  la  raison,  ne  comprend, 
plus  rien  à  la  conduite  des  gouvernemens. 

L'homme  instruit  et  attaché  à  ses  devoii's,  qui  a 
moins  besoin  qu'un  autre  de  cette  sécurité  exté- 
rieiu'e,  parce  qu'il  en  trouve  une  au  fond  de  ^a 
conscience  que  le  gouvernement  ne  peut  ni  lui 
donner  nilui  ôter,  observe  cependant  avec  inquié- 
tude les  svniptômes  des  maladies  des  nations  dont 
les  plus  graves  sans  doute  et  les  plus  irrémédiables 
sont  les  erreurs  de  leurs  gouveruemensj  il  s'étonne 
de  la  marche  foible  ou  violente,  incertaine  ou 
systématique  des  gouvernemens  européens,  qui 
empruntent  au  peuple  de  la  force  ,  et  lui  don- 
nent le  pouvoir  en  nantissement.  Il  contemple 
avec  terreur  et  pitié  le  culte  qu'ils  rendent  et 
les  sacrifices  nu'iis  oiîrent  à  celte  divinité  noii- 
velle  (pi'ils  aj)pellent  Vesprit  du  siccle  ,  idole 
aveugle  et  sonrde ,  qui  a  détrôné  en  Europe 
la  raison  de  tous  les  siècles,  et  celle  de  Dieu 
même. 

Cependant  jamais  les  principes  religieux  et  po- 
litiques de  la  société  n'ont  été  mieux  connus  et 
plus  hautemcïjl  proclamés;  jamais  une  expérience 
plus  vaste  et  plus  décisive  n'a  coniîrmé  sur  ce  point 
la  vérité  ou  l'erreur  des  doctrines;  et  les  gouver- 
nemens, qui  ferment  l'oreille  à  la  raison  et  les 


i  S5S  ) 
yeuK  à  l*expévlonce,  clioxhaiit  ;"i  lâtous  des  hommes 
qui  fassent  aller  un  système,  au  lieu  de  rétaLlir 
les  principes  ([ui  puissent  gouverner  les  hommes  , 
compromettent  leur  esisteuce  et  le  repos  de  la 
société,  en  exposant  les  hommes  qu'ils  emploient  à 
la  moLiiité  du  système,  ouïe  système  qvi'ils  sui- 
vent à  la  ioiblesse  des  hommes. 

C'est  une  remarque  singulière  qu^à  toutes  les 
époques  de  notre  histoire  révolutionnaire,  à  com- 
mencer dès  l'Assemblée  constituante,  il  y  a  eu  en 
France  un  homme  qui ,  par  la  seule  force  de  sa 
position  et  des  circonstances,  très-incléptndam- 
mentdc  ses  moyens  persojinels,  a  pu  sauver  l'Etat, 
et  ne  l'a  pas  voulu.  Ce  n'est  pas  que  le  courage  ou 
l'intention  lui  aient  manqué  5  mais  il  n'avoit  pas 
de  principes  fixes  de  conduite j  il  savoit  ce  qu'il 
ne  vonloit  pas,  et  ne  savoit  pas  ce  qu'il  ^ouloil;  et 
il  est  resté  immobile  parce  quil  n'a  su  quelle 
route  prendre.  11  craignoit  les  hommes  qui^fai- 
soient  le  mal ,  et  appuyoit  les  doctrines  qui  fai- 
soient  les  hommes  mauvais;  et  cette  erreur,  trop 
long-temps  prolongée,  a  perdu  la  France  et  la 
pcidu  ivii-niênie  5  car  on  n'est  pas  impunément 
chargé  d'im  pareil  fardeau  :  il  laut  le  porter  ou 
eu  être  écrasé. 

Partout  où  il  existe  un  homme  que  les  circons- 
tances semblent  appeler  à  uue  si  belle  destinée  ,  il 
manque  à  cette  sublime  vocation,  s'il  se  laisse  ai- 
grir par  de  petits  i-essentimens ,  intimider  par  de 
petites  cvaiiites ,' détourner  par  de  petites  intri- 
gues, imposer  par  de  petits  homnws  ,  éblouir  par 
de  petits  svsièmes,  égarer  par  de  petits  intéaéts; 
car  que  sont  toutes  ces  petitesses  près  de  cette 
haute  mission -dont  Thonneur  ne  seroit  pas  trop 
pavé  n>ême  du  sacrifice  de  la  vie? 

A  toutes  les  époques  de  ]U)tre  révolution,  il  a 
paru  des  écrits  sons  ce  titre  :  Ou  auons-Jioiis  P  Ou 
se  le  demande  encore,  et  celte  question  ,  si  sou- 
vent répétée ,   accuse  le   gouvernement  ;    ou  ne 


(  ^;|9  ) 

risque  rien  cle  répondre  :  A  la  monnrcliie ,  car 
tous  les  peuj)les  y  vont,  même  ceux  qui  passent 
par  la  république.  INIais  si  l'on  insistoit  ,  et  qu'on 
clemanclât  quel  chemin  prenons-nous?  il  seroit 
plus  difficile  de  répondre  :  car,  sans  décider  si 
nous  suivons  le  plus  long  ou  le  plus  court ,  il  est 
certain  du  moins  que  nous  avons  pris  le  plus 
périlleux. 

De  Bonaluv 


Sur  un  oi(vra;;e  de  M.  Je  comte  de  Boissy-d^ An- 
glas ,  itllitiilê  :  EsSAI  SUR  LA  VIE,  LES  ÉCRITS 
ET   OPINIONS   DE   M,    DE  JMaLESHERBES. 

L'esprit  philosopln'que  qui  a  dénaturé  notre  lit- 
térature a  surtout  corrompu  notre  histoire  5  pre- 
nant les  mœurs  pour  des  préjugés  ,  il  a  substitué 
des  maximes  à  des  peintures  ,  une  raison  absolue 
à  cette  raison  relative  qui  sort  de  la  nature  des 
choses  ,  et  qui  iorme  le  génie  des  siècles. 

Ce  même  esprit ,  en  examinant  les  hommes  , 
ne  les  mesure  que  d'après  ses  règles  :  il  les  juge 
moins  d'après  leurs  actions  que  d'après  leurs  opi- 
nions. 11  y  a  tels  personnages  auxquels  il  ne  par- 
donne leurs  vertus  qu'en  considération  de  leurs 
erreurs. 

Ces  réflexions  ne  s'ont  point  applicables  à  l'au- 
teur de  V Essai  sur  la  ane  de  M.  de  Malesherhes . 
M.  le  comte  de  Boissy-d'Anglas  se  conuoît  en 
courage  et  en  sentimens  généreux  :  il  seroit  pour- 
tant à  désii'er  qu'il  eût  commencé  son  ouvrage 
par  un  morceau  moins  propre  à  réveiller  l'esprit 
de  parti.  Pourquoi  tous  ces  détails  sur  les  souf- 
frances des  proteslans  ?  Si  c'est  une  instruction 
paternelle  que  \  auteur  adresse  à  ses  enfaiis  ,  elle 
est  trop  longue  5  si  c'est  un  traité  histoviq;je  ^  il 
est  trop  coiirt.  L'histoire  veut  surtout  qu'on  ne 
dissimule  rien  ,  et  qu'une  partie   du  tableau   ne 


(  506  ) 
soit  pas  plongée  dans  l'omhrc ,  tandis  (juc  I.autif: 
ve«;oit  exclusivement  la  lumière.  M.  le  comte  de 
Boissy -d'Anj^las  gémit  sur  les  proscriptions  des 
Calvinistes  et  les  lois  cruelles  dont  ils  lurent  frap- 
pés. Il  n'y  a  pas  un  honnête  homme  qui  îje  partage 
i>on  indignation  ;  mais  pourquoi  ne  dit-il  pas  que 
les  protestans  de  JNîmes  avoient  égorge  deux  lois 
les  catholiques,  une  première  fois  en  i56^,  et 
une  seconde  l'ois  en  1 56g ,  avant  que  les  catho- 
liqueseussoiit,cn  i5y2,massacréles  pi'olestans  (i)? 
11  s'élève  contre  i'apoloi^ie  de  Louis  Al  f^  sur  la 
révocation  de  ledit  de  JSaittes ;  mais  ceile apf>logic 
est  pourtant  un  excellent  morceau  de  critique 
historique.  Si  l'abbé  de  Caveyrac  soutient  que  la 
journée  delaSainl-Barthélemi  lut  moins  sanglante 
qu'on  ne  l'a  cru  ,  c'est  qu'heureusement  ce  lait  est 
prouvé.  Lorsque  la  bibliothèque  du. \aticau  étoit 
à  Paris  (trésor  inappréciable  auquel  presque  per- 
sonne ne  songeoit)  j'ai  lait  faire  des  recherches  5 
j'ai  trouvé  sur  la  journée  de  la  Saint-Barthélemiles 
documens  les  plus  précieux.  Si  la  vérité  doit  se 
rencontrer  quelque  part ,  c'est  sans  doute  dans  des 
lettres  écrites  en  chit'iies  aux  souverains  pontifes  , 
et  qui  étoient  condamnées  à  un  secret  éternel.  11 
résulte  positivement  de  ces  lettres  que  la  Saint- 
Barthélemi  ne  fut  point  préméditée  ;  qu'elle  ne  fut 
que  la  conséquence  soudaine  de  la  blessure  de 
l'amiral  ,  et  qu'elle  n'enveloppa  qu'un  nombje 
de  victimes ,  toujours  beaucoup  trop  grand  sans 
doute,  mais  au-dessous  des  supputations  de 
quelques  historiens  passionnés.  M.  le  comte  de 
Boissy-d'Angîas  montre  partout  une  sincère  hor- 
reur pour  les  excès  révolutionnaires  :  cependant , 
si  son  apinion  étoit  que  l'on  a  exagéré  le  nombn' 
des  personnes  sacriliées  ,   ne  seroit-il   pas  souve- 

(i)  Les  protestans  île  Nimcs  avoient  e'gorgc  deux  fois  les  ca- 
tholiques, et,  à  la  Saint-Barlhelemi,  les  catholiques  de  la  même 
ville  refusèrent  de  massacrer  les  protestans.  Je  pourrois  en  dire 
davantage,  si  je  voulois  parier  du  commencement  de  la  révolu- 
tion. 


(  56i  )^ 
rainement  injuste  de  due  qu'il  fait  l'apologie  du 
meurtre  et  du  cTime  ? 

Quaut  aux  lois  qui  pesoient  sur  les  protestans 
en  France,  étoient-elles  plus  rigoureuses  que  ces 
fameuses  lois  de  découverte  (  Laws  ofdiscovçry) 
qu'  frappent  encore  aujourd'hui  les  catholiques 
eu  Irlande?.  Par  ces  lois,  les  catlioliques  sont  en- 
tièrement désai-més.  Ils  sont  incapables  d'acquérir 
des  terres.  Si  un  enfant  abjure  la  religion  catlio- 
lique,  il  hérite  de  tout  le  bien,  quoiquii  soit  le 
plus  jeune.  Si  le  fils  abjure  sa  religion  ,  le  père  n'a 
aucun  pouvoir  sur  son  propre  bien  ,  mais  il  perçoit 
une  pensîï'^n  sur  ce  bien  qui  passe  à  son  fils.  Au- 
cun catholique  ne  peut  faire  un  bail  pour  plus  de 
trente-un  ans.  Les  prêtres  qui  célébreront  la  messe 
seront  déportés  ,  et  s'ils  reviennent ,  jjcndus.  Si  un 
«catholique  possède  un  clieval  valant  plus  de  cinq 
livres  sterling,  il  sera  coniisqué  au  profit  du  dé- 
nonciateur. 

Que  conclure  de  ces  déplorables  exemples?  Que 
partout  on  abuse  de  la  force  ,  que  partout ,  catho- 
liques et  protestans  ,  lorsque  les  passions  les 
animent,  peuvent  se  servir  des  motifs  les  plus 
sacrés  pour  les  ^ctes  les  plus  impies  5  qu'enhn,la 
religion  et  la  philosopiiie  ne  sont  pas  toujours 
pratiquées  par  des  saints  et  par  des  sages. 

Au  reste,  ne  jugeons  point  les  hommes  sur  ce 
qu'ils  ont  dit»  mais  d'après  ce  q-ii'ils  ont  i/jit  : 
vovons  M,  de/SIal eshcrb.es  sortir  4e  sa  re'raite  à 
rage  de  soi't^tc^douze  lïUf^ ,  pour  venir  oifrir  à 
l'ancien  maif-e  dont  ii  étoi^  presqi.c  oublié,  l'au- 
torité de  ses  Cheveux  blancs  et  le  vénérable  appui 
de  sa  vieillesse.  «  Lorsque  la  pompe  et  la  spien- 
»  deur  de  Versailles,  dit  éIoquejn,mcnt  M.  d^e 
))  Boissy-d'Anglas,  étoient  remplacées  p.ar  ^obsc,u- 
))  rite  de  la  tour  du  Temple  ,  M.  de  lualesherbes 
))  put  devenir,  pour  la  troisième  fois,  le  conseil 
Myde  celui  qui-  étoit  sans  couronne  et  dans  les 
Tome  II.  —  25e  LiYaAiSQK.  36. 


(    5^2    ) 

j)  fers,  de  celui  qui  ne  pouvoit  offrir  à  personne 
»  que  la  {gloire  de  iinir  ses  joui's  sur  le  même 
»  échafaud  que  lui.   » 

M.  de  Malcshevbes  écrivit  au  prcsidenl  de  la 
Convention ,  pourlui  proposer  de  défendre  le  Roi. 

«  Je  ne  vous  demande  point,  lui  dit-il  dans  sa 
»  lettre  ,  de  faire  part  à  la  Convention  de  mon 
ï)  offre,  car  je  suis  Lien  éloig;ué  de  me  croire  un 
»  personna^^e  assez  important  pour  qu'elle  s'oc- 
»  cupe  de  moi  5  mais  j'ai  été  appelé  deux  fui^  au 
»  conseil  de  celui  qui  fut  mon  maître  dans  le 
))  temps  où  cette  fonction  étoit  ambitionnée  de 
))  tout  le  monde  :  je  lui  dois  le  même  service, 
»  lorsque'  c'est  une  fonction  que  bien  des  gens 
»  trouvent  dangereuse.  » 

Pîutarque  ne  nous  a  rien  transmis  d'un  îicroïsme 
plus  simple.  Dans  les  âmes  faites  pour  la  vertu ^ 
la  vertu  est  une  action  naturelle  qui  s'^accomplit 
sans  effort  ,  comme  les  autres  mouvemens  de  la 
vie. 

Louis  XVI  parut  à  la  barre  de  la  Convention 
le  26  décembre.  ]>!.  deSèze  termina  son  piaidover 
par  ces  mots  ,  qui  sont  restés  dans  la  mémoire  des 
nommes  :  «  Louis  vint  au-devant  des  désirs  du 
»  peuple  par  des  sacrifices  personnels  sans  nombre, 
»  et  cependant  c'est  au  nom  de  ce  même  peuple 

i)  qu'on  demande   aujourd'hui Citoyens,   je 

»  n'achève  pas  ;  je  m'arrête  devant  l'histoire.  » 

Ils  ne  se  sont  pas  arrêtés  devant  l'histoire  !  Ils 
l'ont  bravée  !  Auroienl-ils  pressenti  qu  elle  leur 
■réservoit  la  miséricorde  de  Louis  XVIII? 

M.  de  IVIalesherbes  vint  à  la  Convention  avec 
]M^I.deSèzoetTronchet,pourappuverlademande 
d'un  sursis,  d'un  appel  a;i  peuple,  et  pour  réclamer 
contre  la  manière  dont  les  votes  avoiont  été  comp- 
tés. Il  ne  put  prononcer  que  quelques  paroles 
e:i'r'^coupé''s  de  sanglots.  Il'  avoit  sollicité  le 
saciidccj  tout  le  poids  du  sacrifice  retomba  sur 


(  563  ) 
ïui.  11  fut  chargé  d'annoncer  au  Roi  l'ariét  fatal. 
Ecoutons-le  lui-même  raconter  celte  scène  dans 
la  prison  à  M.  Hue  :  «  Je  vois  encore  le  Hoi  (c'est 
>•  M.  de  Malesherbes  qui  parle);  il  avoit  le  dos 
'»  tourné  vers  la  porte,  les  coudes  appuyés  sur 
»  une  table,  et  le  visage  couvert  de  sa  miaiu.  Au 
«  bruit  que  je  fis  en  entrant ,  il  se  leva  :  Depuis 
"  deux  heures ,  me  dit-il,  je  recherche  en  ma 
31  mémoire  si j,  durant  le  cours  de  mon  résine,  j'ai 
»  donné  ^volontairement  à  mes  sujets  quelque  juste 
»  sujet  de  plainte  contre  moi;  je  "vous  le  jure 
)»  en  toute  sincérité,  je  ne  mérite  de  la  part  des 
«   Français  aucun  reproche.  » 

]\I,  de  Malesherbes  tomba  aux  pieds  de  son 
maître,  et  voulut  lui  annoncer  son  sort.  «  Il  étoit 
^^  étouffé  par  ses  sanglots,  dit  Cléry,  et  il  fut 
»  plusieurs  momens  sans  pouvoir  parler.  Le  Roi 
»  le  releva  et  le  serra  contre  son  .sein  avec  allec- 
»  tiou.  M.  de  Malesherbes  lui  apj)rit  le  décret  de 
»  condaranatK)n  à  la  mort;  le  Roi  ne  lit  aucun 
j>  mouvement  qui  annonçât  de  la  surprise  ou  de 
»  rémotion  :  il  ne  parut  affecté  que  de  la  douleur 
»  de  ce  respectable  <^ieillard,  et  chercha  même  à 
»  le  consoler.  » 

Les  hommes  vulg-îiires  tombent  et  ne  se  re- 
lèvent plus  sous  le  poids  du  malheur;  les  grands 
hommes,  tout  chargés  qu'ils  sont  d'adversités, 
marchent  encore  :  de  forts  soldats  portent  légère- 
ment une  pesante  armure.  Après  l'accomplisse- 
ment du  crime  ,  le  vénérable  défenseur  du  Roi 
se  retira  à  Malesherbes:  les  bourreaux  vinrent  bien- 
tôt l'y  chercher.  Il  fut  enfermé  dans  la  prison  de 
Port-Royal  avec  presque  tous  les  siens  (i).  Son 
vertueux  gendi-e,  M.  de  Rosanbo,  périt  le  pre- 
mier. Ensuite ,  le  plus  intègre  des  magistrats  parut 


(i)  M'"^  de  Rosanbo  et  son  fils,  M.  et  M^^^  de  Chateaubriand, 
M.  et  M'"^  de  Tocqueville ,  M.  Le  Pelletier  d'Aunay. 

36. 


(  564  ) 
'lui-même  devant  les  plus  iniques  des  juges,  avec 
5a  fille,  M™  de  Rosnnbo  ,  sa  petite-fille.  M"'  de 
Chateaubriand,  femme  de  mon  frère  aîné  qui  eut 
aussi  les  mêmes  juges  et  le  même  écliafaud  :  qu'on 
mo  pardonne  cette  vanité  de  famille  :  M.  de  Mal  es- 
herbes  est  qualifié  dans  son  interrogatoire  </e  dé- 
fenseur officieux  de  celui  qui  a  récité  sous  le  nom 
de  Louis  XJ'I.  On  lui  demanda  si  quelqu'un 
«étoit  chargé  de  plaider  sa  cause  ^  il  répondit  par 
un  seul  mot  :  INon.  Le  tribunal  lui  nomma  d'office 
un  défenseur  appelé  Duchâteau.  Ainsi  celui  qui 
avoit  défendu  volontairement  Louis  XVI  ne  trouva 
point  de  défenseur  volontaire  1  Dans  ces  temps 
où  tout  innocent  étoit  coupable  ,  les  avocats  recu- 
lèrent devant  cinquante  années  de  vertus  ,  comme 
dans  les  jours  de  juslice  ils  refusent  quelquefois 
de  prêter  leur  ministère  à  de  trop  grands  crimes. 
JM.  de  Boissy-d'Anglas  dit  que  1  épouvante  avoit 
glacé  tous  les  cœurs  :  tous  sans  doute  ,  excepté 
<:eux  des  victimes. 

L'homme  de  bien  reçut  son  arrêt  avec  le  calme 
le  plus  profond  :  on  eût  dit  qu'il  ne  l'avoit  pas 
entendu  tant  il  v  parut  insensible,  mais  il  s'atten- 
drit sur  ^izs  enfans  que  frappoit  la  même  sentence. 
11  sortit  de  la  prison  pour  aller  à  la  mort ,  appuyé 
sur  sa  fille  M"""  de  Rosanbo  ,  qui  étoit  elle-même 
suivie  de  sa  fille  et  de  son  gendre.  Au  moment  od 
ce  lugubre  cortège  alloit  francliirle  guichet,  M""  de 
Pvosanbo  aperçut  iNl"^  de  Sombreuil ,  si  fameuse 
par  sa  piété  filiale.  «  Mademoiselle  j  lui  dit-elle, 
»  vous  avez  eu  le  bonheur  de  sauver  la  vie  à  votre 
»   père  :  je  vais  avoir  celui  de  mourir  avec  le  mien.  » 

«  ]M.  de  iMalesherbes  »  (  je  ne  saurois  mieux  faire 
que  de  transcrire  ici  un  passage  de  l'ouvrage  de 
M.  de  Boissv-d"Anglas)((  M.  de  Malesherbcs  avoit 
».  vécu  comme  Socrate  ,  il  devoit  mourir  comme 
»  lui.  Mais  sa  mort  fut  plus  douloureuse,  puis- 
M  qu'avant  de  cesser  de  vivre ,  il  eut  sous  les  yeuX 


(  565  ) 

h  Taffrcux  spectacle  de  la  mort  d'une  partie  de  sa 
»  fatnille,  et  qu'on  différa  son  supplice  pour  en 
»  augmenter  la  cruauté. 

»  Ainsi  finit  de  servir  sa  patrie  ,  en  même  temps 
»  qTi'il  cessa  de  vivre ,  l'un  des  hommes  les  plus 
»  dignes  de  l'estime  et  de  la  vénération  de  ses  con  — 
»  temporains  et  de  l'avenir.  On  peut  dire  qu'il 
>)  honora  l'espèce  humaine  par  ses  hautes  et  con- 
»  stantes  vertus,  en  même  temps  qu'il  la  fit  aimer 
M   parle  charme  de  son  caractère.»" 

L'éloge  de  M.  de  Malesherbes  ne  seroit  pas 
complet,  si  on  n'y  ajoutoit  les  paroles  du  Testa- 
ment de  Louis  XVI  : 

«  Je  prie  MM.  de  Malesherbes ,  Tronchet  et  de 
»  Sèze ,  de  recevoir  ici  tous  mes  remerciemens 
»)  et  l'expression  de  ma  sensibilité,  pour  tous  Irs- 
»  soins  et  les  peines  qu'ils  se  sont  d&nnés  pour 
»  moi.  » 

Pourquoi  M,  le  comte  de  Boissv-d'Anglas ,  qui 
a  loué  si  dignement  M.  de  Malesherbes,  s'efTorce- 
t-il  de  nier  le  changement  qui  s'étoit  opéi'é  dans 
quelques-unes  des  opinions  de  cet  homme  illustre?' 
Quelle  si  grande  importance  met-il  à  prouver  que 
l'ami  et  le  protecteur  de  Jean-Jacques  Rousseau 
ne  s'est  jamais  accusé  d'avoir  cc^'lribué ,  par  ses 
idées,  au  malheur  de  la  révolution?  Cet  aveu 
rendroit-il  à  ses  yeux:  l'homme  moins  grantl ,  ou 
la  révolutiwn  plus  petite  ?  Pourquoi  rcjeltc-t-il  les 
faits  avancés  par  M.  de  Molleviile  et  par  ^L  Hue? 
Pourquoi  veut-il  balancer,  par  son  opinion  étran- 
gère, des  traditions  de  famille?  J  ai  moi-même  en- 
tendu M.  de  Malesherbes,  déplorant  ses  anciennes 
liaisons  avec  Condorcet,  s'expli![U'er  sur  le  compte 
de  ce  pliilosophe  avec  une  véhémence  qui  m'em- 
pêche de  répéter  ici  ses  propres  paroles.  M.  de 
Tocqneviile  ,  quia  épouse  une  avitre  petite-liik; 
de  M.  de  Malesherbes  ,  m'a  raconté  que  cet  homme 
vlmirable,la  vciilc  de  sa  mort  j  lui  dit  :  «  Mou- 


(  566  ) 

î>  ami ,  si  vona  avez  des  enfaus,  elcvez-les  pour  en 
»    faire  des  chrétiens;  il  n'y  a  que  cela  de  bon.  » 

Ainsi,  ce  fidj'île  serviteur  avoit  profilé  de  la 
leçon  de  son  auguste  iTiaîlre.  Le  Roi  captif,  e^n  lé 
chargeant  d'aller  lui  chercher  un  prêtre  non  asser- 
menté ,  lui  avoit  dit  :  «  Mon  ami ,  la  religion  con- 
»   sole  Jout  autrement  que  la  philosophie.  » 

M.  de  Malesherbes  ne  manqua  pas  de  consola- 
tions religieuses  à  ses  derniers  moinens.  Il  y  avoit 
(juelques  prêtres,  condamnés  comme  lui  ,  sur  le 
tombereau  qui  le  conduisit  au  lieu  de  l'exécution. 
La  tolérance  philanthropique  avoit  trouvé  ce 
moyen  de  donner  des  confesseurs  aux  chrétiens 
qu'elle  eixvoyoit  au  supplice. 

Mettons  d'accord  les  deux  opinions  :  que  la 
philosophie  réclame  la  première  partie  de  la  vie 
de  M.  d«  Malesherbes;  la  religion  se  contentera 
de  la  dernière. 

Quand  M.  le  comte  de  Boissy-d'Angîas  affirme 
encore  que  M.  de  Malesberbes  eût  approuvé  la  loi 
des  élections,  cela  paroît  un  peu  extraordinaire  : 
la  loi  des  élections  navoit  que  faire  ici.  M.  de 
Malesherbes  est  mort  victime  des  opinions  démo- 
cratiques :  fouiller  dans  son  tombeau  pour  y  dé- 
couvrir un  suffrage  favorable  à  ces  opinions,  ce 
n'est  peut-être  pas  là  qu'on  pouvoit  espérer  le 
trouver.  S'il  n'étoit  oiseux  de  rechercher  ce  qu'eût 
été  M.  de  Malesherbes,  en  supposant  qu'd  eût 
vécu  jusqu'à  la  restauration,  j'aurois  sur  ce  point 
<\cs  idées  bien  difïérentes  de  celles  de  M.  de  Boissy- 
d'Anglas.  Il  y  a  deux  modérations  :  l'une  est  de 
limpuissance  ,  l'autre  est  de  la  force  :  avec  la  pre- 
mière on  ne  peut  marriier;  avec  la  seconde  on 
s  arrête  quand  on  veut  :  avec  l'une  tout  fait  peur  j 
avec  l'autre  on  est  sans  crainte.  M.  de  ^Malesherbes 
possédoit  cette  dernière  et  précieuse  modération. 
j1  n'anroit  jamais  été  retenu  par  le  cri  éternel  dts 
laédiocres  et  des  pusillanimes  ;   «  ^'ous  allez  trop 


(  56;  ) 

»>  foin.  ))  II  eut  donc  été  un  ardent  et  zélé  roya- 
liste. 11  eût  voté  ,  comme  son  collègue  M.  de 
Sèze  ,  contre  la  loi  des  élections  ,  les  principes 
ministériels  lui  auroient  paru  funestes,  étrange 
par  cette  raison  dans  la  classe  des  exclusifs  ,  il 
eiit  grossi  la  liste  des  destitués  pour  services 
rendus  à  la  cause  royale. 

M,  de  MaleslierLes  fiit  un  homme  à  part  au  mi- 
lieu de  son  siècle.  Ce  siècle,  précédé  des  grandeurs 
de  Louis  XIV,  et  suivi  des  crimes  de  la  révolu- 
tion, disparoît  comme  écrasé  entre  ses  pères  et  ses 
fils.  Le  règne  de  Louis  XV  est  l'époque  la  plus 
misérable  de  notre  histoire  :  quand  on  en  cherche 
les  personnages,  on  est  réduit  à  fouiller  les  anti- 
chambres de  M.  le  duc  de  Clioiscul ,  ou  les  salons 
de  M'^'^  d'Epinay  et  de  M""^  Gcolîrin.  La  société 
entière  se  décomposoit  :  les  hommes  d'Etat  dcve- 
noient  des  gens  de  lettres,  les  gens  de  lettres  des 
hommes  d'Etat,  les  grands  seigneurs  des  ban- 
quiers, et  les  fermiers  généraux  de  grands  sei- 
gneurs. Les  modes  étoient  aussi  ridicules  que  les 
arts  étoient  de  mauvais  goût;  et  l'on  peignoit  des 
bergères  eu  paniers  dans  les  salons  où  les  colonels 
brodolent  au  tambour.  Et  comme  pourtant  ce 
peuple  français  ne  peut  jamais  être  tout-à-fait 
obscur,  il  gagnoit  encore  la  bataille  de  Foutenoy, 
pour  empocher  la  prescription  contre  la  gloire,  et 
Montesquieu,  Voltaire,  Bulîbn  et  Rousseau  écri- 
voient  pour  maintenir  nos  droits  au  génie. 

Notre  célébrité  se  réfugia  particulièrement  dans 
les  lettres;  mais  il  en  résulta  un  autre  mal.  Les 
auteurs  pullulèrent;  on  devint  fameux  avec  un 
gros  dictionnaire  ou  avec  un  quatrain  dans  Wdlina,- 
nacli  des  Muses  ;  Dorât  et  Diderot  curent  leur 
culte.  Les  poètes  chantoientle  temps  des  cinq  maî~ 
tî'csses  ,  et  détruisoient  les  mœurs;  les  philosophes 
bâtissoient  VEncyclopcdie ,  et  démolissoient  la 
France. 


(  568  ) 

Toiilefois  fies  figures  respectables  se  montroient 
dans  les  aiTièie-plans  du  tableau.  Elles  apparte- 
nuieut  presque  toutes  à  raucienne  magistrature. 
Quelques  uues  Je  nos  familles  de  robe  retraroicnt, 
par  la  naïveté  de  leurs  mœurs,  ces  temps  où 
Henri  m,  venant  visiter  le  président  de  ïhou  , 
s'asseyoit,  faute  de  chaise ,  sur  un  coffre.  M.  do 
]\Ialesberbes  conservoit  la  science,  la  probité,  la 
l>onhoinie  et  la  bonne  humeur  des  anciens  jours. 
On  raconte  mille  traits  de  sa  distraction  et  de 
sa  simplicité.  Il  rioit  souvent  :  son  visage  étoit  aussi 
gai  que  sa  conscience  étoit  sereine.  Au  pi'emier 
abord,  on  auroit  pu  le  prendre  pour  un  homme 
commun  ,  mais  on  découvroit  bientôt  en  lui  une 
haute  distinction  :  la  vertu  porte  écrite  sur  son 
front  la  noblesse  de  sa  race.  Ce  qui  pjrouve  le 
charme  et  la  supériorité  de  M.  de  INIalesherbes , 
c'est  qu'il  conserva  ses  amis  dans  les  jours  de  ses 
succès.  Or,  le  plus  grand  effort  de  l'amitié  n'est  pas 
de  partager  nos  infortunes,  c'est  de  nous  pardon- 
ner nos  prospérités.  Si  M.  de  Malesherbes  ne  fit 
que  passer  dans  les  affaires,  c'est  qu'on  ne  parvient 
point  au  pouvoir  avec  une  réputation  faite,  ou 
que  du  moins  on  n'y  reste  pas  long-temps.  Il  n'v 
a  que  la  médiocrité  ou  le  méiite  inconnu  qui 
puissent  monter  et  rester  aux  premières  places. 

Deux  mots  échappés  k  M.  de  Malesherbes  pei- 
gnent admirablement  sa  magnanimité.  Lorsque 
le  iloi  fut  conduit  à  la  Convention,  M.  de  Males- 
herbes ne  lui  parloit  qu'en  l'appelant  Sire  et  Potre 
Majesté.  Treilhard  l'entendit,  et  s'écria  furieux  : 
Qui  i^oiis  rend  si  hardi  de  prononcer  ici  des  mots 
ijue  la  Cofiweniion  a  proscrits  ?  — J/ofi  mépris  pour 
Toi'S  et  pour  la  lue  ,  r<']iondit  M.  de  Malesherbes. 

Le  Roi  demandoit  un  jour  à  son  vieil  ami  com- 
ment il  pouvoit  récompenser  MM.  de  Sèze  et 
Tronchet.''  J'ai  sorigé  à  leur  faire  un  legs,  disoit 
i  iuiortuné  mouaique,  mais  le  paicroit-ou  ?  —  // 


(  ^'69  ) 
est  payé ,    Sire,   répondit  M.    de   Malesherbes, 
volts  les  ai'cz  choisis  pour  dcfetiseurs. 

Dans  ma  jeunesse,  j'avois  formé  le  projet  de 
découvrir  par  terre  ,  au  nord  de  l'Amérique  sep- 
tentrionale ,  le  passage  qui  établit  la  communica- 
tion entre  le  détroit  de  Bcrliing  et  les  mers  du 
Groenland.  JM.  de  Maleslierbes,  confident  de  ce 
projet,  l'adoptoit  avec  toute  la  chaleur  de  son 
caractère.  Je  me  souviens  encore  de  nos  longues 
dissertations  géographiques.  Que  de  choses  il  me 
recommandoit  !  que  de  plantes  je  devois  lui  rap- 
porter pour  son  jardin  de  Malesherbes  !  Je  n'ai 
pas  eu  le  bonheur  de  l'orner  ce  jardin,  où  Ton 
voyoit  : 

Un  vieillard  tout  semblable  au  vieillard  de  Virgile, 
Homme  égalant  les  Rois  ,  homme  approchant  des  Dieux, 
Et,  comme  ces  derniers ,  satisfait  et  tranquille. 

Mais  les  beaux  cèdres  que  ce  vieillard  a  planté;, 
et  qui  ont  grandi  comme  sa  renommée,  sont  au- 
jourd'hui religieusement  cultivés  par  mon  neveu  , 
sou  filleul  et  son  arrière-petit-fils.  C'est  avec  un 
plaisir  mêlé  d'un  juste  oi'gueil  que  je  trouve  ainsi 
mon  nom  uni,  dans  la  retraite  d'un  sage,  au  nom 
de  ^ï.  de  Malesherbes.  Si ,  comme  ce  nom  immor- 
tel,  le  mien  ne  représente  pas  la  gloire,  comme 
ce  même  nom  du  moins,  i\  rappellera  la  fidélité. 
Le  Vicomte  de  Chateaubriand  (*). 


MARS  i8o4,   i8i4,   i8i5,   1819. 

C'est  une  chose  assez  remarquable  que  le  rap- 
prochement possible  à  frâre  des  nombreux  et  im- 
portans  événeraens  dont  nous  avons  été  témoins 

(*)  On  a  répété  ?vec  une  sorte  d'affectation,  dans  quelques 
1^  journaux,  que  je  n'enverrois  plus  rien  au  Conserx'oleur  :  ma 

signature  dément  assez  ce  bruit  dénué  de  tout  fondement. 


(  ^70  ) 
(àcpnîs  peu  de  temps,  cl  qui  se  sont  passés  à  peu 
■yvcF  à  la  même  époque  de  lannér.  ?ie  si'inl)le-t-il 
piis,  en  edt  t,  que  maint'  nanl  la  révolution  aime  à 
placer  ses  ides  au  mois  de  mars,  comme  la  lépu- 
hlîquc  de  1798  les  plaroit  au  mois  de  septembre? 
Ne  diroit-on  pas  que  ce  mois,  qui  voit  renaître  le 
printemps,  ne  prépare  que  des  orages  pf»'.ir  la 
France,  el  que  la  Providence  l'attend  pour  livier 
notre  pays  aux  tempêtes?  Je  n'irai  pas  ^  pour  le 
prouver,  détaillei*  tour  à  tour  les  événcmens  du 
mois  de  mars  de  chaque  année.  Hélas  1  qui  de  nous 
n'a  pas  dans  ce  mois  quelque  funeste  anniversaire  ? 
Qui  de  nous  n'a  vu  srs  malheurs  particuliers  se 
joindre  aux  calamités  publiques?  Je  citerai  seule- 
ment les  événcmens  marquans  de  quelques  unes 
de  ces  époques.  Il  me  semble  que,  parmi  toutes, 
je  ne  puis  choisir,  pour  la  citer  la  première,  une 
époque  plus  douloui'eusetuent  célèbre  que  celle 
du  21  mars  i8o4-  Funeste  21  mars,  qui  ravit  à  la 
France  un  Coudé  ,  aux  gnerriers  un  ami ,  aux  hé- 
ros un  m-odèle  !  Ce  21  mars  où  le  dernier  rejeton 
d'une  noble  tige  tomba  sur  la  terre,  inopinément 
frappé  par  la  ioudre. 

5lais  un  autre  mois  devmars  devoit  le  A^oir  ven- 
f^er,  bien  que  la  Pro\idcuce  ait  laissé,  long-temps 
impuni  le  meurtre  de  \inccnnes.  Sa  terrible 
équité  n'accorcle  que  des  triomphes  passagers. 
Aman  périt  à  ia  potence  prépare'e  pour  INlardo- 
chée. 

Le  corps  du  prince  guerrier  fut  la  première 
marche  dont  se  servit  l'usurpateur,  ivre  du  sang 
d'an  Bourbon,  pour  gi-avir  au  trône  de  ses  maîtres  : 

il  régna  I Une  nation  belliqueuse  entendit  les 

clairons,  et. d'immenses  armées  coururent  sur  les 
traces  d'un  capitaine  qui  les  entraînoit  aux  dan- 
gers~  à  la  conquête.  Bientôt  l'Atlila  du  Midi  dé- 
vasta le  iNoi"d  comme  jadis  rAlliia  du  >ord  avoit 
dévasté  le  Midi  :  les  rovaumes  lointains  furent 


(  571  ) 
conquis,  et  le  malheur  du  Monde  fut  appelé  de  la 
gloire. 

C'étoit  alors  pourtant  que  l'invisible  Providence 
préparoit  sa  juste  vengeance;  car  il  est  dur  au 
victorieux  de  voir  la  victoire  le  délaisser;  il  est 
dur  au  conquérant  d'être  ramené  dans  ses  foyers  j 
il  est  dur  à  l'usurpateur  de  descendre  du  trône,  et 
ce  fut  un  autre  raois  de  mars  qui  vit  se  consommer 
la  vengeance  de  Dieu. 

Le  Génie  guerrier  de  la  France  avoit  fourni  de 
nouvelles  armées  à  celui  qui  lâchement  abandonna 
les  débris  de  la  sienne  aux  rives  de  la  Tîérézina.  En 
vain  une  sanglante  lutte  se  prolongeoit  :  l'heure 
étoi  t  sonnée.  iJouze  cent  mille  hommes  se  batloient 
en  France  ;  l'ange  exterminateur  s'étoit  mis  cette 
fois  à  la  tête  des  bataillons  alliés,  et  la  France  fut 
occupée.  Il  fallut  céder  à  la  main  vengeresse,  et 
mars  i8i4  fut  le  terme  du  pouvoir  usurpé. 

La  main  de  la  Providence  avoit  frappé  :  son  ins- 
piration dicta  un  nom  que  l'on  ne  pronouroitplus 
sans  le  payer  de  sa  téte^  un  nom  chéri  auquel  se 
rattachoient  tous  les  antiques  souvenirs. 

Cent  mille  voix  appelèrent  les  Bourbons;  Paris 
d'abord,  puis  la  France  entière  répétèrent  l'accla- 
mation si  chère  :  les  Bourbons  fui-ent  rendus  à  la 
patrie;  le  drapeau  blanc  flotta  sur  nos  cités,  et 
l'usurpateur  s'en  fut. 

Tous  s'empressèrent  de  rendre  un  légitime 
hommage  à  des  princes  qui  revcnoient  après  tant 
d'infortunes,  et  dont  le  premier  qui  loucha  le 
seuil  du  palais  des  rois  ses  aïeux  s'écria  :  «  Rien 
»  n'est  changé  en  France;  il  n'v  a  qu'un  Franrais 
))  de  plus.  »  Le  retour  de  1  auguste  lamille  fut 
celui  de  la  paix,  detoutesles  espérances,  C'étoient 
des  Français  retrouvaïitle  foyer  paternel;  c'étoient 
les  tils  de  Henri  IV  revenant  près  de  son  berceau  ; 
le  bonheur  étoit  rentré  àleur  suite;  aussi  lenthou- 
.'iasme  fut  vrai,  fut  lovai,  fut  universel  :  chacun 


(  ^r-  ) 

réprouva;  et  si  l'on  avoll  banni  plus  loin  de  J,i 
France  l'horame  dontlc souffle  dangereux  pouvoit 
encore  y  parvenir,  la  France  florissante,  pacifiée 
sous  la  paternelle  domination  de  ses  anciens  maî- 
tres ,  n'aiiroit  pas  eu  de  nouveaux  crimes  à  pleurer, 
et  n'auroit  pas  à  gémir  eucore  sur  les  jours  qui 
suiviient  mars  i8i5. 

A  celte  fatale  époque,  le  Corse  échappe  de  l'île 
où  la  clémence  imprévovante  de  l'Europe  l'avoit 
laissé.,  et  dès  lors  va  se  développer  la  plus  infjime 
trahison. 

Les  tempêtes  vomissent  à  Cannes  l'homme  de 
l'île  d'Elbe.  Escorté  de  ses  séides,  il  s'avance  au 
travers  de  la  France  stupéfaite  5  immobile  d'effroi, 
elle  voit  passer  son  char  en  silence,  et  les  amis  de 
l'usurpateur  sortir  des  rangs  des  troupes  de  son 
Roi. 

Le  i"  mars  1810,  Buonaparte  avoit  touché  le 
sol  français;  le  5  mars  1810  l'effrovable  nouvelle 
retentit  à  Paris;  alors  se  déclare  la  plus  épouvan- 
table défection  ,  et  le  siècle  des  cent-jours  com- 
mence. 

Je  m'arrête  :  le  respect  me  défend  d'éci'ire  ce 
que  ma  mémoire  me  dicteroit ,  ce  que  ma  liaison 
]ii'inspire,  en  lisant  une  ordonnance  contresignée 
d'un  ministre   responsable,   et  datée  aussi   du  5 

niars  ! 1819. 

Le  Comte  Humbert  de  SesûlusonS. 


Lettre  de  M.  M.,  ci-devant  curé  consLitutiovve! , 
il  M.  Â.-C.j  directeur  de  rinstruction  pub/ique, 
et  cïetera, 

Monseîgjicur , 
Si  je  ne  craignois  de  vous  ennuyer,  en  vous 
rc  jiétant  la  même  chose  tous  les  malins  depuis 
qi.iue  jours ,  je  vovis  dirois  que  je  viens  de  rcce- 


(  573  ) 
roir  encore  plus  de  deux  cents  coups  de  pied  dans 
la  région  abdominale  !  C'est  une  contrariété  à  la- 
quelle je  ne  m'habituerai  jamais  ,  et  surtout  de  la 
part  de  mes  écoliers.  D'ailleurs,  j'ai  la  poitiine 
délicate,  et  ce  n'est  pas  sans  raison  que  monsieur 
votre  frère  a  redit  l'autre  jour,  après  l'école  de 
Salerne  et  Jean  de  Milan  :  Dcbile  pcctits  piigiilo 
do  le  t. 

Si  je  pouvois  douter  de  votre  bon  vouloir  et  de 
votre  pouvoir  sur  la  matière  studieuse, ,  je  renou- 
cerois  bien  vite  à  professer  les  belles-lettres  j  j'i- 
rois  travailler  à  la  rédaction  du  Journal  des  Maires^ 
et  je  crois  connoîti'e  assez  M.  de  M....1  pour  oser 
me  flatter  de  n'être  pas  roué  de  coups  dans  son 
cabinet  ;  il  n'en  pourroit  trouver  le  plus  lég^cr  pré- 
texte, même  en  botanique;  car  nous  avons  gardé 
constamment  la  même  opinion  sur  les  crucifères 
et  les  liliacées,  et  sifuiles  similibus gaudent. 

Vous  rappeler  ici  le  beau  vers  de  notre  Martial, 
tîoii  vivere ,  sed  'valere  vita  ,  ne  seroit-ce  pas  me- 
connoîti'e  en  vous  et  l'universalité'  du  savoir  et 
l'infinité  de  la  mémoire?  Mais  qu'ai -je  dit?  et 
parvenu,  comme  vous  l'êtes,  au  trône  universi- 
taire; assis  au  faîte  des  lettres  humaines,  un  soup- 
çon pourroit-il  s'élever  jusqu'à  vous  ?  Non  vii^ere, 
sed  imlere  inta!  Je  le  dirai  sans  crainte  et  sans 
ménagement;  mais  je  laisserai  du  moins  à  votre 
ingénieuse  philanthropie  le  soin  de  m'en  faire 
l'application.  Passons  au  récit  de  notre  dernière 
émeute,  dont  j'aui'ai  l'attention  d'abréger  pour 
vous  les  détails. 

Nos  e'tudians  ont  adopté  par  acclamations  la 
Charte  rédigée  i^ar  des  écoliers  de  Louis-le-Grand. 
(^Que  ce  collège  soit  indigne  du  nom  qu'il  porte  , 
ou  que  ce  soit  l'opposé,  je  vous  laisserai  déclarer 
votre  opinion  avant  de  publier  la  mienne  ,  et  vous 
méritez ,  Monseigneur,  autant  de  coiiliencc  que 
de' déférence.) 


(  %4  ) 

Vo'là  cloue  une  Charte  adoptée  ,  juice ,  procla- 
mée dans  nos  trois  cbiu-s,  et  sans  la  moindre  con^ 
cession  d'aucun  ;  égcnt.  Il  y  a  dans  tout  cela  quelque 
chose  àedoctriiiairj.  Je  ne  me  pi-ononce  pas  contre 
la  le'gitiialté  de  riustitutiou  ;  mais  ,  pour  vous  bien 
démontrer  en  elle  un  vice  radical ,  je  vous  en  dirai 
la  substance  et  les  six  articles  fondamentaux. 

Primo,  le  rappel  des  bannis.  C'est  de  toute  jus- 
tice, et  cela  va  sans  dire  aujourd'hui.  Le  renvoi 
d'un  rcpctiteur.  Il  sera  chassé,  puisqu'il  déplaît  à 
messieurs  de  la  classe  de  sixième.  Ne  jamais  aller 
à  'véprcs.  A  la  bonne  heure.  Ne  plus  aller  à  la 
messe.  C'est  comme  il  vous  plaira,  Messieurs.  Se 
yrom,'^ner  au  Palais-Royal .  Accordé;  mais  jusqu'à 
minuit  seulement.  ()°.  Ne  plus  manger  du  miroton. 
J  ai  prissur^moi  de  répondre  à  ces  messieurs  qu  ils 
pourroieut  manger  simplement  du  pain  les  jours 
impairs,  mais  qu'il  falloit  absolument  se  laisser 
diriger,  eu  cela,  par  la  direction  générale ,  que  l'on 
n'oseroit  jamais  ,  sans  votre  permission  ,  faire  ré- 
chauffer du  bouilli  dans  de  l'eau  claire  5  enfin,  que 
j'espérois  obtenir  de  vous  cette  faveur-là,  et  que 
ce  seroit  une  grande  économie  pour  les  ognons 
de  rLniver.5ite'. 

Vous  voyez  que  ma  proposition  <}l  amendement 
n'avoit  rien  de  provocateur  ;  mais  c'éloit  la  seule 
observation  que  j'eusse  faite,  et  ces  messieurs  en 
ont  mal  auguré  de  mes  dispositions  pour  Venstm- 
hle  de  la  loi  ;  ils  m'ont  supposé  contraire  aux  in- 
térêts de  leur  révolution  5  il  s'est  élevé  des  cris,  des 
m.enaces  et  des  huées.  J'avois  prévu  l'orage  j  et  le 
sixième  article  de  la  petite  Charte  est  venu  m'of- 
frir  une  occasion  d'affronter  le  danger.  Il  s'agissoit 
de  ne  plus  souffrir  les  salades  de  indches.  Je  me 
suis  récrié  ,  comme  vous  le  pouvez  croire,  et  vous 
partagerez  assurément  la  violence  de  mon  émo- 
tion. J'ai  déclaré  cette  clause  intempestive, inexécu- 
table etsa  tentative  inconstitutionnelle^  en  ce  qu'elle 


(  ^1^  ) 

attaquoit  la  prcrogatiwe  du  directeur  généi'al  ;  j'ai 
dit  que  les  sufades  de  mâches  étoieiit  la  pierre  an- 
gulaire de  toutes  les  réfections  collégiales  5  que  la 
verdure  éloit  singulièrement  agréaLle  en  hiver, 
ne  la  vîl-on  que  dans  un  saladier;  que  ces  inno- 
cens  végétaux  formoient  un  aliment  classique  , 
un  mets  Ijucoliqne  estimé  des  Laconiens  ,  »^i  l'a- 
voient  suriommé  pa(r:>£ta:  enfin  ,  que  l'amour  des 
mâches  étoit  pour  vous  un  culte  de  famille;  que 
monsieur  votre  frère  en  conseilloit  l'usage  à  tous 
ses  malades  en  toute  occasion  ,  et  que  vous  ne 
consentiriez  jamais  surtout  a  vous  laisser  dépouil- 
ler de  Vnii'fiali^c  ,  à  qui  vous  devez  un  si  prodi- 
,gieux  succès  à  la  Cliambre  des  Députés. 

O  néant  de  l'éloquence!  désastre  de  l'épenthère 
et  vanité   d{;   l'amjjlifîcation  !   Ewit  ur  gaour   en 

dc'y's  Greith  aiiczd Imaginez  que  tout  l'effet 

de  ma  renioiitrance  a  été  de  me  faire  traiter  par 
ces  humanistes,  aLsoiunient  comme  si  j'eusse  été 
la  cruche  du  réfectoire  ou  la  lauterne  du  dortoir. 
Ah!  si  la  frayeur  qu'ils  m'ont  causée  n'e'toit  pas 
venue  promptement  à  mon  secours  ,  en  se  mani- 
lestant  ex  abrupto  ,  î^s  nr'auroient  infailliblement 
pulvérisé. 

Parmi  tant  d'outrages ,  il  en  est  un  qui  m'a 
semblé  le  plus  cruel  et  le  moins  mérité;  tous  les 
écoliers  m'ont  appelé  calotin ;  et  ceci  devroit  être 
assimilé,  dans  les  collèges,  au  crime  de  réaction. 
Cette  malice  étoit  d'autant  plus  noire  ,  qu'il  n'est 
pas  uu  de  ces  jeunes  citoyens  qui  ne  m'ait  entendu 
parler  de  mon  épouse ,  et  que  nos  trois  demoiselles- 
sont  assez  souvent  uu  sujet  de  propos  légers  pour 
messieurs  les  rhétorîciens.  Je  croyois  assurément 
m'étre  bien  mis  à  couvert  d'une  épitliète  aussi  flé- 
trissante ;  si  j'y  puis  espérer  quelque  adoucisse- 
luent ,  c'est  pour  avoir  entendu  proférer  par  les 
révoltés  des  interjections  doctrinaires ,  et  princi- 
palement vivat  R.-C.-    Puissent-ils  i  à  défaut  de 


(  ^7«  ) 
soumission,  déférer  à  vos  apophtliegmes,  et  me 
traitci- à  l'avenir  avec  moins  de  vivacité! 

Nous  évaluons  à  7,841  fi*.  7^  c.  la  restauration 
de  la  crédencc  et  le  rachat  des  effets  brisés  pen- 
dant la  troisième  insurrection.  Je  crois  que  celle- 
ci  aura  des  résultats  plus  dispendieux;  car  nous 
n'avon*  pas  une  vitre  intacte,  et  nous  avons  eu 
des  jambes  fracturées. 

L'on  aura  besoin  de  tout  votre  crédit  pour  faire 
augmenter  cette  année  le  budget  de  l'Université. 
Vous  obtiendrez  facilement  pour  cela  quelques 
centimes  additionnels;  mais,  avant  tout,  IMon- 
seigneur,  il  est  urgeiit  de  nous  débarrasser  de 
quelques  ultra.  Souvenez-vous  des  promesses  que 
vous  avez  faites,  et  donnez-nous  enfin  M,  G....t 
pour  proviseur!  ]Sous  ne  pouvons  consentir  à  nous 

passer  plus  long- temps  de  M.  G t ,  et  je  ne  con- 

rois  pas  ce  qui  peut  vous  arrêter.  ]M.  G....t  est  un 
objet  purement  scolastique  ,  dont  vous  devriez 
hornir  l'usage  à  1  instruction  élémentaire  ;  c'est  un 
arbuste  indigène  au  collège,  et  la  politique  en  a 
dénaturé  les  fruits  en  nous  larvacliant.  Il  seroit 
peut-être  devxniu  le  Berquin  des  lih cran. v.  Scspre- 
micrs  ouvrages  étoieuL  d'une^uérilité  délectable, 
et,  dans  nos  classes  de  s<'ptième,  il  auroitpu  comp- 
ter autant  d'enlhousiasles  oue  de  lecteurs  ! 

Pourquoi  fait-il  imjirimer  aujourd'hui  des  in-8" 
«t  des  journaux  métapolitiqucs?  Quels  sont  les  cn- 
fiins  qui  voudroient  les  lire?  Où  sojit  les  parcns 
qui  les  achètejiti'  Lt  pourquoi  les  ministres  nous 
refuseroient-ils  l'assistance  de  iNl.  G....t,  qui  par- 
tout ailleurs  que  chez  nous  ,  ne  peut  leur  être  utile 
à  rien?  Il  y  a  l.î-dessous  quelque  chose  de  si  inys  > 
lérieux,  que  nous  l'attribuons  à  l'influence  d'une 
association  sccrèfe ,  elles  royalistes  auront  cous- 
pire  pour  empêcher  à  la  fois  la  spi'cialiié  de  s'éta- 
blir dans  les  collèges,  en  empêchant  IM.  G  —  t  de 
paroltrç  à  son  ayajitage.  Ou  ^e  peut  trop  se  coulier 


à  VOUS  pour  tous  les  calculs  de  proLabilité  pos> 
isible,  et  la  solution  de  ce  problème  vous  appartient 
certain ementjf«7i.s  et  facti. 

Continuez,  Monseigneur,  à  vous' justifier  de  vos 
emplois  par  voire  viij^ilance,  de  votre  importance 
par  votre  gravité,  et  de  votre  éloq^uence  par  votre 
modestie.  Je  ne  vous  laisserai  désormais  rien  igno- 
rer sur  la  génération,  studieuse,  que  l'on  verra 
s'élever,  j  espère,  à  lahri  de  votre  discrétion.  Je 
me  borne  à  vous  signaler,  pour  aujourd'hui,  les 

cficls  et  l'inconvénient  d'une  énergie  prématurée, 
T'    •  l'i  1..  or 

J  ai  1  iiouneur  detre,  etc. 


Paris,  le  i8  mars  i8ig. 

L'antiquité  trouvoit  que  l'homme  de  bien  aux  prises 
avec  l'adversité ,  étoit  un  .spectacle  digne  de  fixer  les  regards 
des  Dieux.  Il  est  vin  spectacle  plus  intéressant  encore, 
c'est  celui  d'une  nation  qui  ne  veut  que  le  repos  dans 
une  sage  liberté,  bittant  contre  les  fautes  de  ceux  oui  la 
dirij^^nt,  opposant  la  vérité  dont  elle  a  la  sensalion  aux 
sophisnics  avec  lesquels  on  prétend  la  séduire,  le  calme 
qui  naît  du  sentiment  de  sa  force  aux  passsions  des  mi- 
nistres, et  ses  connoissancés  en  politique  à  leur  inconce- 
vable ignorance.  On  a  regardé  trop  long  temps  \\  soumis- 
sion profonde  que  le  nom  sacré  du  Roi  uispiroit.  aux 
hommes  monarchiques,  comme  un  signe  de  servitude. 
Nulle  parr  cepen<lant  le  nom  du  monarque  n'est  plus  res- 
pecté qu'en  Angleierrcj  nulle  part  aussi  on  ne  comprend 
mieux  la  d  stinclion  fondamentale  entre  ce  qui  est  l'œuvre 
de  la  royauté,  et  ce  qui  est  l'œuvre  du  ministère.  Il  auroit 
fallu  plus  d'élévation  dans  lame,  plus  de  connoissance  de 
noire  histoire  ,  que  n  en  ont  ceux  qui  nous  administrent , 
pour  deviner  que  c'est  parmi  les  rojalistes  qu'existent  les 
véritables  idées  d'indépendance,  qu'ils  faisoient  un  sacri- 
fice personnel  à  l'intérêt  général,  en  se  jetant  toujours  liu 
côlé  du  pouvoir  ro_yal  plus  affoibli  encore  par  les  doctrines 
que  par  les  etfets  de  la  révolution 3  mais  que,  partisans 
sincères  des  libertés  publiques  dont  ils  ont  plus  besoin  pour 
Tome  II.  —  25*^  I.ivR.AiiON.  87 


conserver  que  ceux  qui  sont  avides  d'acquérir,  lo  jour  où 
l'auforilé  1ns  repousseroit ,  ils  Irotiveroient  en  eux-mêmes 
une  puissance  insurmontable.  Portant  vers  la  liberté  cette 
force  que  donne  Tamour  de  tout  ce  qui  est  bon,  utile  et 
honnête,  il  étolf  facile  de  prévoir  qu'ils  meltroient  Popi- 
nion  publique  de  leur  côté.  Le  premier  essai  qu'ils  ont  fait 
a  été  justifié  par  un  succès  qui  n  étonne  que  ceux  qui  ne 
savent  rien  d'avance.  Déjà /c  Cunseivafeur  obùen\  en  Europe 
le  même  crédit  qu  en  France,  parce  que  l'unilé  de  ses  prin- 
cipes inspire  la  confiance  ;  et ,  au  milieu  de  1 1  confusion  de 
toutes  les  idées  et  de  tous  les  sjstèines,  ce  que  les  hommes 
de  bien  demandent  par- dessus  tout,  c'est  la  vérité. 

En  effet,  dès  que  l'on  compare  la  fixité  des  principes 
que  soutiennent  les  hommes  monarchiques  à  la  vers.itilité 
des  doctrines  révolutionnaires,  peut-on  douter  de  quel 
côté  se  trouvent  les  lumières  et  la  sincérité?  I^e  contraste 
est  bien  plus  frappant  lorsque,  réfléchissant  sur  l'union 
étranf^e  formée  entre  le  ministère  et  les  factieux,  on  rap- 
proche ce  qu'ils  écrivent  sur  le  même  sujet  pour  y  ap- 
prendre du  moins  jusqu'à  quel  point  ils  sont  d'accord. 
Loin  d'être  ef.rayé  de  leur  union,  on  s'aperçoit  alors  qu'ils 
s'affoiblissent  réciproquement  ■  et,  pour  l'observateur  at- 
tentif, ils  en  sont  déjà  au  ridicule. 

Nous  allons  en  offrir  la  preuve,  en  donnant  une  ana- 
lyse exacte  de  ce  que  les  deux  partis  coalisés  ont  écrit  jus- 
qu'à ce  jour  au  sujet  de  la  proposition  faite  par  M.  Bar- 
thélémy : 

«  L'agitation  violente  ,  qui  marchoit  de  Paris  sur  tes 
»  départemens,  en  exaspérant  l'esprit  du  peuple,  a  donné 
»  à  la  nation  une  attitude  calme  qui  a  pour  jamais  renversé 
n  l'aristocratie,  conformément  à  l'ordonnance  du  5  mars 
»  qui  a  appelé,  dans  la  Chambre  des  Pairs,  tous  les  hommes 
»  jouissant  d'une  haute  réputation  et  d'une  grande  for- 
w  tune,  afin  de  donner  plus  de  force  et  d'éclat  au  pouvoir 
w    aristocratique.  » 

Qu'on  dissémine  ces  contradictions  et  ces  absurf^ifés  en 
mille  pag;es,  ou  qu'on  les  réunisse  en  quelques  lignes ,  l'effet 
est  absolument  le"  même  pour  les  honunes  éclairés;  et 
seuls  ils  fixent  l'opinion  publique.  Pauvres  successeurs  des 
apôtres  de  la  révolution  !  vous  nous  aviez  menacés  d'agi- 
tations violentes,  et  c'est  à  la  tribune  d'un  corps  politique 


(  -^79  ) 

tini  sanroit  délibérer  sans  crainte  au  milieu  des  poignards 
des  factieux ,  que  vous  osiez  monlrer  la  France  s'insur<i;e;int 
pour  faire  reculer  la  raison.  Nous  avons  souri  de  pitié  ; 
lesdépartemensont  aplani  les  routes  pour  ne  pas  relarder 
la  marche  de  cette  agitation  violente  qui  accouroit  vers 
eux  ',  ils  l'attendent  encore ,  et  n'ont  vu  passer  que  quelques 
intrigans  politiques,  courant  nuit  et  jour,  et  payant  les 
£;uides  comme  s'il  s'aglssoit  des  élections.  Ce  n'est  qu'à 
leur  passage  dans  les  villes  ,  qu'à  leur  descente  aux  hôtels 
de  préfecture  que  les  départemens  ont  appris  qu'ils  avoient 
un  besoin  extrême  de  faire  des  pétitions,  et  qu'on  leur  en 
apportoit  de  toutes  faites  ,  pour  qu'ils  n'en  doutassent  pas. 

Nous,  royalistes,  que  vous  accusez  de  n'embrasser  la 
Charte  que  pour  l'étouffer,  et  qui  cependant  avons  seuls 
établi  les  doctrines  qui  peuvent  lui  donner  la  vie,  nous 
qui  avons  créé  la  langue  qui  lui  convient ,  langue  si  vraie 
que  vous  1  adoptez  sans  même  vous  apercevoir  qu'elle 
vous  enchaîne  dans  le  cercle  constitutionnel,  nous  avons 
examiné  le  droit  et  l'effet  moral  des  pétitions  collectives, 
et  tout  voire  échafaudage  d'intrigues  s'est  écroulé  de- 
vant le  bon  sens  ,  comme  votr(>  agitation  parisienne  et  dé- 
partementale s'étoil  dissipée  devant  le  sourire  du  mépris. 
Avant  même  d'avoir  été  produites  à  la  tribune ,  vos  péti- 
tions sont  comme  non  avenues  ;  et  il  ne  vous  reste  plus 
qu'à  divertir  la  France,  en  les  défendant  avec  la  même 
chaleur  que  si  vous  ne  saviez  pas  qui  les  a  provoquées  et 
qui  les  a  faites.  Vous  jouez  devant  des  spectateurs  qui  .sont 
tous  dans  le  secret  des  coulisses  ;   l'illusion  est  détruite. 

Vous  avez  déjà  reculé  du  peuple  qui  s'agite  à  la  nation 
dont  l'attitude  est  imposante  ;  cela  est  contre  les  règles  de 
la  progression  dramatique.  Nous  en  convenons,  l'altitude 
de  la  nation  est  très-imposante  pour  les  factieux,  très-im- 
posante pour  ceux  qui  crojoienl  tout  entraîner  par  la  peur, 
très-iiaposante  pour  un  ministre  qui ,  dans  une  question 
politique  soumise  à  la  discussion  des  pouvoirs  de  la  société 
a  osé  faire  intervenir  les  passions  populaires.  Il  a  oublié  ,  et 
nous  l'enremercions  bien  sincèrement, quel'Europel'écou- 
toit,  et  qu'il  alloit  perdre  à  jamais  toute  influence  auprèsdes 
cabinets  étrangers  pour  les  diverses  manières  sous  lesquelles 
il  lui  plairoit  dorénavant  de  montrer  la  France.  Le  temps 
des  duperies  politiques  est  passé  :  ce  n'est  pas  l'agitatioa 

37. 


(  ô8o  ) 

<}ui  marche,  c'est  la  vérité;  et  déjà  le  discours  de  M.  le 
président  du  gouvernement  du  Pvoi  a  été  jugf;  au  dehors 
comme  en  France.  C'est  l'effet  d'un  prodigieux  mérite  que 
de  réunir  ainsi  l'opinion  européenne.  Pour  l'honneur  de 
notre  patrie,  nous  desirons  que  le  ministère  ait  sans  cesse 
présent  à  la  pensée  que  les  gouvernemens  représentatifs 
s'établissent  sur  plusieurs  points  de  l'Europe,  que  les  na- 
tions s'éclairent  réciproquement,  qu'il  y  a  des  juges  par- 
tout, parce  que  partout  il  y  a  des  intéressés,  et  qu'on  ne 
peut  plus  agir  ni  tromper  comme  à  l'époque  où  le  monde, 
tout  entier  sous  les  armes,  ne  connoissoit  d'erreur  qu'une 
défaiie  ,  et  de  vérité  que  la  victoire. 

La  nation  française  n'a  point  pris  d'attitude  nouvelle  au 
sujet  d'une  proposition  appujée  par  la  majorité  de  la 
Chambre  des  Pairs,  et  qui  ne  peut  devenir  une  action 
publique  que  par  l'accord  des  trois  pouvoirs  de  la  société. 
La  nation  est  restée  confiante  dans  la  bonté  de  ses  institu- 
tions ;  elle  n'a  pas  plus  demandé  qu'on  brisât  la  majo- 
rité de  la  Chambre  Haute  par  radjonclion  de  soixante  pairs, 
qu'elle  n'a'oit  demandé  qu'on  diminuât  le  nombre  de  ses 
députés  par  l'ordonnance  du  5  septembre.  La  nation  croit 
que  des  modifications  dans  la  manière  d'exercer  ses  droits 
constitutionnels  seroient  excellentes  si  elles  éloignoient  à 
la  fois  1  inlluence  trop  directe  du  ministère  ,  et  l'influence 
dangereuse  d'une  faction  qui  annonce  trop  hautement 
le  désir  de  s'emparer  exclusivement  du  pouvoir,  pour  que 
ses  iMientions  ne  soient  pas  suspectes.  Si  là  nation  étoit 
trompée  dans  ses  espérances,  elle  ne  s'agiteroil  pas  encore  ; 
elle  saii  qu'ajant  plus  de  lumières  que  ceux  qui  l'admi- 
nistrent ,  il  lui  suffira  de  profiler  de  leurs  fautes  pour  les 
renverser,  et  assurer  les  libertés  que  la  Charte  lui  a  garanties. 
Tout  ceci  est  une  affaire  de  raison  ;  le  tumulte  ne  feroit 
que  donner  à  ceux  qui  ont  embrouillé  les  choses,  un  moyen 
de  sortir  d'une  fausse  position  ;  c'est  ce  que  nous  ne  vou- 
lons pas 

l'.n  tant  que  le  peuple  auroit  pu  intervenir  par  de  l'agi- 
tation, et  la  nation  par  un  calme  imposant,  tout  reste 
donc  ,  à  l'égard  de  la  proposition  faite  par  M.  Barthé- 
lemv,  comme  s'il  n'avoif  jamais  été  question  du  peuple, 
de  la  nation  et  des  pétitions.  Ceux  qui  ont  (ait  les  frais 
de  tous  ces  discours  et  de  toutes  ces  intrigues  en  seront 


(  58i  ) 
pour  leurs  avances.  Nous  pourrions  donc  attendre  tran- 
quillement la  discussion  qui  va  s'ouvrir  sur  ce  sujet  dans 
la  Chambre  des  Députés,  si  nous  ne  trouvions  nécessaire 
de  saisir  Toccasion  de  montrer  à  la  France  que,  ses  des- 
tinées étant  renfermées  dans  l'action  des  pouvoirs  de  la 
société ,  les  élections  sont  l'affaire  la  plus  importante 
de  tout  peuple  qui  a  besoin  de  liberté,  et  qui  ne  peut 
trouver  le  repos  que  dans  rexécutiony/ancZ/e  de  ses  lois 
fondamentales. 

Tout  le  monde  convient  que  la  loi  des  élections  est  dé- 
fectueuse ,  au  moins  en  ce  sens  qu'elle  n'a  donné  aucun 
moyen  de  prévenir  les  abus  qui  se  sont  introduits  dans 
la  manière  de  la  comprendre  et  de  l'exécuter.  Les  faits  sont 
si  notoires  que  le  ministère  ne  les  nie  pas  ^  pressé  même 
par  la  vérité,  il  vient  de  les  avouer,  et  un  député  au- 
torisé par  le  ministère ,  prôné  par  les  journaux  soumis  à 
la  police  ci-devant  ostensible,  a  imprimé  des  aveux  qui 
ne  laissent  rien  à  désirer. 

Où  donc  commence  la  division  sur  la  nécessité  de  revi- 
ser la  loi  ? 

Le  ministère  prétend  que  les  abus  peuvent  facilement 
être  réformés  par  le  secours  seul  de  l'administration, 
c'est-à-dire  par  le  ministère  ;  que  les  pouvoirs  ^e  la  so- 
ciété n'ont  pas  besoin  d'intervenir,  et  que  les  Français 
doivent  s'en  rapporter  au  Roi,  c'est-à-dire  toujours  au 
ministère.  De  sorte  que  l'influence  trop  directe  du  minis- 
tère ,  qui  est  de  tous  les  abus  le  plus  dangereux  pour 
les  libertés  publiques,  ne  seroit  soumise  qu'à  la  réforme 
que  voudroit  en  faire  le  ministère  j  prétention  qui  n'est 
pas   supportable. 

Les  royalistes,  avec  l'expérience  des  siècles  passés  et 
l'expérience  vivante  de  l'Angleterre  ,  disent  que  tout  abus 
dans  une  loi  constitutive  d'un  des  pouvoirs  de  la  société 
ne  peut  être  réprimé  que  par  l'accord  des  pouvoirs  de  la 
société  ;  qu'il  est  indifférent  d'examiner  quel  est  le  pouvoir 
qui,  le  premier,  appelle  l'attention  des  autres,  puisqu'ils 
sont  tous  solidaires  ;  qu'on  ne  pourroit  affoiblir  l'un  sans  les 
affoiblir  tous,  puisque  la  plénitude  de  leur  action  est 
également  nécessaire  à  la  marche  du  gouvernement  repré- 
sentatif, et  que  laisser  faire  par  des  règlemens  d'admi- 
nistration publique  ce  qui  ne  peut  s'opérer  avec  loyauté 


(  58.  ) 

que  par  des  lois  discutées  entre  les  trois  pouvoirs  de  la 
société,  seroit  une  folie  si  complète  que  la  nation  qui 
périroil  pour  s'j  être  livrée,  n'ins[)ireroit  pas  même  de 
la  pitié  dans  les  maliieurs  qu'elle  auroit  attirés  sur  elle. 

Les  indépendans  ne  disent  rien  de  positif  j  formant 
une  faction,  ayant  toutes  les  forces  et  toutes  les  ressources 
d'une  faction,  ils  n'ont  rien  à  disputer  au  ministère  qu'un 
Iroisième  succès  qui  leur  paroi;  assuré;  maîtres  alors  de 
de  faire  ce  qu'ils  voudront  ,  i's  ne  consulteront  qu'eux 
pour  faire  tous  les  changemens  qui  leur  paroitront  com- 
modes. 

Les  royalistes  constitutionnels  sont  donc  entre  les  pré- 
tentions malheureuses  du  ministère  et  la  possession  acquise 
des  indépendans. 

La  question  ne  seroit  pas  douteuse  s'il  n'y  avoit,  dans 
la  Chambre  ,  que  des  royalistes  et  des  indépendans ,  car  la 
majorité  est  ici  aux  royalistes.  Cela  pourroit-il  être  autre- 
ment dans  une  monarchie,  de  quelque  manière  qu'elle  ait 
été  conduite  depuis  quatre  ans':'  Mais,  outre  les  royalistes 
et  les  indépendans,  il  y  a  ce  qu'on  appelle  le  centre  ou 
le  ventre,  c'est-à-dire  les  hommes  qui  ae  sont  jamais 
remués  par  de  grands  intérêts,  et  qui  sont  toujours  décidés 
par  de  petites  considérations.  Les  petites  considérations 
sont  de  leur  nature  personnelles.  Et  comment  croire  qu'on 
ne  doive  pas  se  ranger  du  côté  d'un  ministère  qui  peut 
tant  pour  1  agrément  des  individus'::'  C'est  donc  cuire  trente 
voi.\  tout  au  plus  que  flotte  aujourd'hui  la  inajonlé  ;  et  les 
choses  en  sont  au  point  que  trente  voix,  avec  ou  sans 
conscience  et  sans  lumières  ,  vont  disposer  du  sort  de  la 
royauté.  Que  ne  rnériteroit-on  pas  pour  avoir  mis  la  France 
dans  cette  cruelle  alternative  ? 

De  tous  les  hommes  qui  ont  envie  de  rester  députés, 
ceux  pour  qui  cette  envie  est  une  véritable  passion  sont 
surtout  les  hommes  qui  ne  sont  députés  que  pour  eux 
et  leur  famille.  Si  une  place  dans  la  Chambre  venoit  à 
leur  manquer,  il  semble  qu'ils  ne  sauroient  plus  où  se 
reposer.  On  les  remue  doue  par  la  crainte  de  n'être  plus 
députés,  en  leur  disant  que  si  la  proposition  de  M.  Bar- 
thélémy obtient  la  majorité,  le  ministère  cassera  la  Chambre, 

iSfi  sentent-ils  pas  que  la  Chambre  est  cassée  de  fait, 
que  le  ministère  en  est  au  désespoir,  parce  qu'il  ne  re- 


(  58.1  ) 

doute  rien  tant  que  les  élections?  11  en  a  donné  cent 
preuves,  sans  compter  celle  des  pairs  qui  ont  leur  nomi- 
nation en  poche,  et  qu'on  ne  déclare  pas,  parce  qu'il  tau- 
droit  convoquer  de  suite  les  collèges  électoraux  des  dépar- 
temens  pour  lesquels  ils  représentent  à  la  Chambre  des 
Députés. 

H  seroit  difficile  de  comprendre  comment  un  ministère, 
qui  craint  les  élections,  a  cassé  de  fait  la  Chambre  des 
Députés,  si  on  ne  savoit  depuis  long-temps  que,  faisant 
toules  choses  une  à  une,  sans  idée  d'avenir,  toujours 
poussé  par  la  passion  du  moment,  il  n'aperçoit  que  par 
réflexions  qu'il  s'est  engagé  dans  un  mauvais  sentier.  Il 
hésite  d'abord  à  revenir  ;  mais  la  (action  le  pousse  ',  il 
avance  sans  cesse  ;  et  il  a  fait  tant  de  chemin  aujourd'hui , 
que  tout  retour  est  impossible.  Jl  faut  qu'il  marche  jusqu'à 
ce  qu'il  tombe.  Ceux  qui  consentent  à  lui  tendre  la  mair», 
ne  veulent  qu'avancer  sa  chute ,  les  autres  la  relireroicnt 
quand  on  imploreroit  leur  assistance.  Nous  avons  acquis 
la  conviction  que  nous  sommes  plus  forts  sans  le  ministère 
que  nous  le  serions  avec  lui  :  du  moins  ne  sommes-nous 
pas  réduits  à  voter  des  lois  d'exception. 

Le  ministère  a  cassé  de  fait  la  Chambre  des  Députés  en 
augmentant  le  nombre  des  pairs  avec  si  peu  de  mesure, 
qu'il  surpasse  maintenant  le  nombre  dos  députés.  Cela  ne 
peut  resjer  ainsi.  11  est  hors  de  nature  qu'il  y  ait  des  libertés 
possibles  et  de  la  stabilité  dans  un  pavs  o)i  le  pouvoir  aris- 
tocraliqiie  seroit  plus  nombreux  ([ue  le  pouvoir  démocra- 
tique. Celte  question  est  irrévocablement  jugée. 

Comment  le  ministère  augmenti  ra-t-Ll  le  nombre  des 
députés  ;*  (Vest  à  coup  sur  ce  qu'il  ignore;  c'est  la  der- 
nière combinaison  dans  laquelle  il  s'engloutira, 

Prendra-t-il  la  voie  des  ordonnances i*  Outre  qu'on  est 
bien  las  des  ordonnances  qui  ont  augmenté,  diuiinué,  et 
qui  augmentcroient  encore  le  nombre  des  députés  y  outre 
qu'il  est  maintenant  de  doctrine  publique  dans  tous  les 
];artis  qu'on  ne  peut  dér;u7ger  les  proportions  d'un  des 
pouvoirs  do  la  société  [>ar  des  ordonnances,  il  s'élève  au- 
jourd'hui une  nouvolhî  difliculté.  J-,e  tableau  des  députés 
que  doit  fournir  chaque  département,  ftiit  partie  de  la  loi 
des  élections;  on  no  p-ut  le  cliangor  sans  attaquer  la  loi  ; 
ainsi  cette  loi  des  élections  qu'on  a  l'air  de  défendre  avec 


(  584  ; 

tant  de  chaleur  contre  unn  proposition  adoptée  par  la 
majorité  de  la  Chambre  des  Pairs,  seroit  renvetsee  par  une 
simple  ordonnanre  !  Cela  est  impossible.  Le  ministère  qui 
l'oseroit  seroit  mis  en  accrsition  parla  première  Chambre 
qui  s'assembleroit  j  la  liberté  de  la  presse  suifiroit  pour 
forcer  les  députés  à  venger  enfin  les  libertés  publiques  , 
s'ils  hésiloient  un  moment  à  s'en  montrer  les  défenseurs. 
Le  centre  ou  le  ventre  n'a  donc  plus  rien  à  gagner  au— 
j.ourd'hui  à  suivre  le  ministère,  plus  rien  à  perdre  à  voter 
en  conscience.  Si  celte  partie  de  l'assemblée  se  compose 
particulièrement  de  fonctionnaires  publics,  ils  doivent  bien 
savoir  que  la  doctrine  des  indépendans  e-t  qu'on  n» 
nomme  plus  de  fonctionnaires  publics,  et  que  cette  doc- 
trine, justifiée  dans  celte  circonstance  importante,  devien- 
droit  générale.  Aucun  des  deux  partis  ne  veut  aujourd'hui 
Je  ministériels,  et  i!  nV  a  pas  de  troisième  parti  aux  élec- 
tions. C  est  donc  le  dernier  moment  qui  reste  au  centre 
pour  ne  voter  que  dans  un  intérêt  général,  et  se  rattacher 
à  un  parti  actif. 

Cette  réflexion  sérieuse  s'applique  aux  élections  qui  vont 
se  faire  dans  quelques  départemens.  Pour  aucun  motif, 
les  royalistes  ne  doivent  vo'er  en  faveur  des  candidats  du 
min. stère,  et  comme  les  présidens  sont  les  candidats  spé- 
ciaux du  ministère,  ils  doivent  être  exclus  les  premiers. 
Les  ministiriels  ont  perdu  la  France,  en  endormant  même 
les  royalistes.  C^e  n'est  que  depuis  que  les  dernières  élections 
ont  enfin  révélé  aux  plus  engourdis  qu'il  s  agissoit  d  être 
ou  de  ne  pas  être,  que  la  France  s'est  réveillée  5  et  nous 
pouvons  aifirmer  que  nous  n'avons  pins  rien  à  craindre 
si  nous  ne  retombons  pas  dans  «es  f;.des  espérances  plus 
fatales  à  une  nation  que  la  nécessité  de  chercher  en  elle- 
méuie  des  ressources  contre  linrapacité  des  ministres 
et  les  complaisances  de  leurs  serviteurs.  Que  les  royalistes 
se  tiennent  fermes  afux  élections,  et  qu'ils  sentent  enfin 
qu'un  calcul  hardi  vaut  mieux  qu'une  condescendance  sans 
profil  possible. 

Et  sur  quoi  s'appuieroit-on  pour  avoir  la  moindre  con- 
fiance dans  le  ministère  i*  Suivons -le  dans  ses  projets 
depi;is  ibi5,  et,  s'il  en  a  réalisé  un  seul,  s'il  n'a  pas 
constamment  obtenu  le  contraire  de  ce  qu'il  vouloit,  que 


(  585  ) 

la  France  se  fasse  minislérielle  ;  loin  de  la  blâmer,  nous 
suivrons  son  exemple. 

Les  mains  suppliantes  et  la  fureur  dans  la  bouche,  le 
niinis;ère  a  demandé  la  proscription  des  révolutionnaires. 
Quehjues  mois  après,  ses  incoliséquences  l'ont  réduit  à 
les  appeler  à  son  secours  j  il  a  contracté  avec  eux,  et  a 
fmi  par  tomber  scjus  leur  direction. 

Le  ministère  a  demandé  une  loi  pour  avilir  les  esprits 
et  faire  faire  les  doctrines  politiques ^ar  des  tribunaux  de 
police  correctionnelle.  Les  esprils  se  sont  élevés  ;  Topi- 
nion  publique  a  fait  les  jugemens,  et  on  n'ose  plus  juger 
aujourd'hui  les  écrits  factieux  pour  avoir  jugé  comme 
factieux  les  écrits  utiles. 

JwC  ministère  a  demandé  l'arbitraire  sur  la  presse.  Tout 
ce  qu'il  a  voulu  lui  a  été  accordé  j  et  la  liberté  de  la  presse 
triomphe  d'elle  même,  parce  que  l'arbitraire  a  été  si  gau- 
chement exercé,  que  l'amour  de  la  liberté  s'est  réveillé 
plus  fort  que  jamais  dans  tous  les  cœurs  généreux. 

Le  ministère  a  voulu  faire  un  concordat  pour  réparer 
les  maux  de  l'Eglise,  et  les  maux  de  l'Eglise  se  sont  accrus 
au  point  qu'on  ignore  même  siTEglise  de  France  est  cons- 
tiîuée. 

Le  ministère  a  fait  une  loi  des  élections  contre  les  roya- 
lis'ics ,  afin  de  peupler  la  Chambre  de  ses  serviteurs  ;  il  a 
été  réduit  à  appeler  contre  les  indépendans  les  royalistes 
de  tous  les  temps  et  de  toutes  les  couleurs;  et  les  indépen- 
dans sont  restés   mailres  des  élections. 

Le  ministère  a  vouhi  faire  de  la  police  une  dictature  qui 
s'élevât  au-dessus  de  la  constitution,  et  la  police  a  été 
réduite  à  aller  cacher  ses  allures  bafouées  dans  l'admi- 
nistration de  l'intérieur,  où  elle  périra  en  entraînant  dans 
sa  chute  le  système  d'administi'ation  qu'elle  veut  mainte- 
nir contre  le  vœu  de  la  France. 

Le  ministère  a  osé  compromettre  le  pouvpir  immense  et 
constitutionnel  du  Roi,  sur  la  folle  espérance  cTe  mener 
toutes  choses  par  le  pouvoir  absolu.  L'avenir  s^approche, 
et  ce  fatal  système  sera,  comme  les  autres  projets  du  mi— 
riistère,  jugé  par  révénement. 

Députés  qui  vous  croyez  quittes  envers  votre  patrie  en 
suivant  pas  à  pas  le  ministère  ,  qu'espérez-vous  ?  Rappelez- 
vous  avec  quelle  confiance  il  vous  prometioit  les  plus  heu- 


.^  (  586  ) 
reiix  effets  des  lois  qu'il  vous  engageoit  à  voter;  consultez 
vos  craintes  personnelles  si  vous  n'osez  interroger  ni  vos 
lumières,  ni  votre  conscience-  dites  si  aujourd'hui  vous 
voteriez  de  mêrn-î  pour  les  mêmes  lois  ;  et  la  réponse  que 
vous  vous  lerez  prescrira  votre  vote  dans  la  circonstance 
la  plus  importante  de  celte  session,  et  de  celles  qui  l'ont 
précédée. 

Les  malhc-urs,  les  crimes  même  d'une  révolution  ins- 
pirent de  la  pilié  pour  le  peuple  qui  s'y  livre  j  peut- on 
connoitre  le  cœur  humain,  et  ne  pas  compatir  aux  erreurs 
qui  naissent  des  passions?  Mais  les  erreurs  de  l'autorité 
seroient  la  condamnation  d'une  nation  qui  s'y  montreroit 
insensible  ;  et  tout  représentant  pour  les  intérêts  généraux, 
tout  écrivain  politique  doit  se  séparer  hautement  d'un 
ministère  au  moment  où  il  commet  des  fautes  qui  sont  sans 
excuse,  parce  qu'elles  compromettent  l'avenir,  et  ne  don- 
nent aucune  certitude  qu'elles  produiront  dans  le  moment 
l'effet  qu'on  en  attendoit.  C'est  ainsi  que  l'Europe  entière 
jugera  l'augmentation  en  masse  de  !a  Chambre  des  Pairs. 
31  y  a  dans  toule  l'Europe  des  corps  constitués  dans  l'in- 
térêt de  l'ordre  social ,  et  nulle  part  l'autorité  ne  se  per- 
inetfroil  de  déranger  violemment  leurs  combinaisons. 
Lorscyuc,  dans  son  Journal  des  Déôn/s,  le  ministère  nous 
dit  (jtiiî  nous  étions  libres  de  parler  avant  que  la  mesure 
fût  accomplie  ,  mais  que  nous  .sommes  imprudens  de  la 
bb'rrier  quand  elle  est  comblée  ,  il  déraisonne  cumme  à  son 
ordinaire.  Nous  ne  sommes  pas  les  conseillers  du  minis- 
tère; nous  laissons  cet  emploi  à  la  Minerve;  mais  nous 
proclamons  la  vérilé  dans  l'intérêt  de  la  France^  nous 
protestons  pour  qu'elle  ne  perde  pas  sa  considération  aux 
jeux  de  PKiirope  éclairée  ,  parce  que  la  considération  que 
mérite  la  France  nous  est  personnelle  à  titre  de  Français. 
C'est  ce  sentiment  qui  nous  attachoit  toujours  à  la  gloire 
de  nos  armées^,  même  quand  nous  n'approuvions  pas  les 
projets  de  son  chef.  Pour  le  ministère,  nous  ne  pensons 
pas  à  lui,  même  en  le  blâmant,  tant  nous  sommes  con- 
vaiiK  us  qu'il  e>t  aussi  sourd  à  la  vérité  que  nous  sommes 
iiisensines  aux  injures  qu'il  nous  fait  prodiguer  à  cause 
des  fautes  qu'il  fait  et  que  nous  expliquons,  afin  du  moins 
qu'elles  profilent  à  quelqu'un. 

l.a  création  des  soixante  pairs  a  produit  dans  l'esprit 


(  ^'^7  ) 

des  Anglais  une  commotion  plus  grande  encore  qu'en 
Fijince,  et  cela  devoit  être,  parce  qu'on  sait  mieux  en 
Aiij:;leterre  qu'en  France  qiielles  sont  les  conditions  des 
pouvoirs  de  la  société.  Tous  les  journaux  se  sont  accordés 
pour  crier  au  scandale;  les  articles  sont  si  virulens  que 
nous  ne  pourrions  nous  décider  à  les  citer.  Nous  serons 
inéHie  obligés  d'adoucir  l'article  du  Courrier  du  8  ,  et  de 
garderie  silence  sur  l'article  du  ii,  quoique  ce  journal 
soit  en  Angleterre  ce  qu'est  en  France  le  Moniteur  dans 
sa  partie  non  officielle.  Nous  nous  sommes  expliqués  sur 
les  nouveaux  pairs,  dont  nous  espérons  toute  autre  chose 
que  ce  qu'en  attend  le  ininiâtère ,  et  nous  en  connoissons 
un  assez  grand  nombre  pour  pouvoir  affirmer  qu'ils  ne 
seront  pas  souples  aux  caprices  d'un  ministère  sans  prin- 
cipes fixes,  sans  autre  système  arrêté  que  celui  de  se 
perpétuer  dans  une  seule  personne  j  mais  il  n'en  est  pas 
de  même  chez  l'étranger;  on  n'y  connoit  pas  les  hommes  ; 
on  n'y  connoit  que  les  faits  et  les  réputations;  il  n  est 
donc  pas  étonnant  qu'on  juge  avec  moins  de  réserve. 

«  Le  Moniteur^  dit  le  Courrier^  contient  enfin  l'ordon- 
»  nance  royale  qui  ajoute  cinquante  -  neuf  nouveaux 
j)  membres  à  la  Chambre  des  Pairs.  On  ne  voit  pas,  à  la 
»  vérité,  sur  celte  liste  les  traîtres  qui  ont  été  exilés,  mais 
»  on  y  trouve  des  noms  qu'il  est  pénible  de  voir.  Il  seroit 
»  alarmant  de  supposer  que  la  monarchie  française  soit 
«  dans  une  position  qui  rende  nécessaire  d'appeler  de  tels 
»  aides  à  son  secours.  Us  n'ont  pas  été  jusqu'à  présent  ses 
»  amis  ;  ils  ne  l'ont  pas  été  au  jour  de  la  nécessité.  Où 
»  sont  donc  les  preuves  de  leur  conversion?  Peut -on 
»  croire  que  des  hommes  qui  ont  déserté  la  cause  royale 
»   en  i8i5,  soient  attachés  à  la  monarchie  en  iSig? 

»  C'est  un  spectacle  affligeant  que  de  voir  la  monarchie 
»  des  Bourbons  cherchant  sa  protection  dans  le  sein  de  la 
»  révolution,  et  reconnoissant  par  un  tel  acte  que  la 
p  royauté  légitime  est  réduite  à  la  dure  nécessité  d'implo- 
))  rer  le  soutien  de  ses  ennemis. 

«  Il  est  actuellement  bien  prouvé,  nous  le  craignons, 
»   que  c'est  la  révolution  qui  a  triomphé.  Le  Roi  (i)  osoit 

(i)  Nos  lecleiirs  ne  doivent  pas  oublier  qu'en  Angleterre  on 
«lii  toujours  le  Kui  et  non  le  ministère  ,  posilivenieut  parce  qu'il 


(  588  ) 

»  naf;uère  manifesler  sa  juste  indignation  contre  \^fuct!on 
»  qui  le  trahit  en  i8i5;  maintenant,  non-seulement  il 
»  révoque  sa  censure,  non-seulement  il  tolère  ce  qu'il 
»  avoit  condamné,  mais  il  récompense,  il  comble  de  digni- 
»  tés  ceux  qui  s'étoient  attiré  sa  disgrâce  :  il  les  appelle 
»  pour  aviser  avec  lui  aux  moyens  de  consolider  son  pou- 
J)  voir.  Pourquoi  donc  a  t  on  condamné,  fusillé  le  maréchal 
M  Ney  et  Labédojère?  Pourquoi  a  -t-on  prononcé  la  con- 
»  damnation  de  Lavalette? 

»  iSious  vivons  dans  un  temps  merveilleiîx.  Qui  auroit 
j>  dit,  il  y  a  six  ans ,  que  ïiuonaparte  seroit  captif  dans  nos 
»  mains ,  et  que  Louis  XVIII  seroit  sur  1-e  Irone  de  France  ! 
»  Qui  auroit  prédit ,  il  y  a  quatre  ans ,  que  les  plus  chauds 
»  partisans  des  cent-jo\irs  seroient  appelés  autour  de  la 
«  personne  royale  ,  comme  le  moyen  de  prévenir  quelque 
»  grand  danger?  Nous  voudrions  faire  une  troisième  qucs- 
»  lion  sur  l'avenir,  mais  nous  nous  arrêtons  dans  la  crainte 
»  de  rencontrer  une  conséquence  inévitable,  là  où  il  n'y 
»   a  peut-être  qu'un  triste  pressentiment. 

»  Quant  à  la  mesure  considérée  d'une  manière  abs- 
>«  traite,  nous  doutons  fort  de  son  efficacité.  Nous  ne 
»  pensons  pas  que  la  proposition  de  modifier  la  loi  des 
»  élections  nécessitât  l'adoption  d'un  si  dangereux  pré— 
o  cèdent.  On  nous  dit  que  toute  la  France  est  agitée  sur 
»  la  supposition  d'un  changement  quelconque  à  cette  loi. 
»  Quelle  folie  !  Trente  millions  de  personnes  agitées  au 
»  sujet  d'une  question  dans  laquelle  si  peu  de  Français 
»  ont  un  intérêt  direct,  c'est  une  singulière  hyperbole. 
«  Mais  peul-on  réduire  ainsi  une  majorité  formée  dans  la 
w  Chambre  des  Pairs  contre  le  ministère  ?  Les  nouvelles 
5»  recrues  s'uniront  probablement  bientôt  avec  ceux  aux- 
»  quels  on  a  prétendu  les  oppt>ser  dans  ce  moment.  Le 
>»  gouvernement  emploiera-t-ii  toujours  celte  manière 
3)  abrégée  d'emporter  une  question  dans  la  Chambre  des 
5>  Pairs?  Il  seroit  difficile  d'imaginer  où  on  s'arrêtera, 
«  après  l'extension  qu'on  vient  de  donner  dans  cette  occa- 
»  sion  à  la  Chambre  des  Pairs. 

est  de  doctrine  politique  dans  ce  pays  que  le  Roi  n'a  jamais  tort , 
et  que  le  mini&tère  est  responsable  de  tout  acte  du  gouverne- 1 
me  lit. 


(  589  )    ^ 

»  Quiconque  réfléchit  sur  ce  qui  raraclérise  la  pairie 
»  doit  voir  avec  une  émotion  mêlée  (V effroi  et  de  ridicule 
j)  cette  manière  par  laquelle  cinquante  neuf  pairs  ont  élé 
j)  ajoutés  à  l'aristocratie  législative  de  la  France.  Nous 
j)  desirons  être  démentis  par  l'expérience  ;  mais  nous  dis- 
w  simulerions  notre  opinion  si  nous  ajoutions  qu'il  nous 
»  reste  le  moindre  espoir.  >» 

Quelle  élrange  chose  !  M.  le  président  du  conseil  des 
ministres  avoit  prédit  que  la  proposition  appujée  par  la 
majorité  de  la  Chambre  des  Pairs  produirolt  de  Tagitatiou 
en  France  ;  et  la  France  est  restée  d'une  immobilité  com- 
plète. Mais  la  mesure ,  prise  par  le  ministère  pour  empêcher 
cette  agitation,  produit  en  Angleterre ,  dit  le  Courrier^ 
une  émotion  mêlée  d'effroi^  et  qui  n'est  tempérée  que  par 
le  ridicule.  Nous  le  répétons ,  <;'est  qu'il  n'j  a  pas  en  Lu- 
rope  un  seul  Etat  sans  pouvoir  ou  sans  corps  politique 
constitués  ,  et  qu'un  tel  exemple  fait  naître  de  sérieuses 
et  pénibles  réflexions.  On  nous  assure,  mais  sans  nous  en 
fournir  la  prouve,  que  la  ville  de  Londres  n'est  occupée 
que  de  la  hn  extraordinaire  du  baronnet  L***,  qui  est 
mort  dans  des  ris  convulsifs  et  continuels,  trois  heures 
après  avoir  appris  qu'un  ministère  ti-devant  bourgeois 
pouvoit  créer  soixante  pairs  d'un  seul  coup.  Le  pauvre 
baronnet  ne  pouvoit  prononcer  que  des  paroles  entre- 
coupées parmi  lesquelles  on  distinguoit  ;  m  Etrange  na- 
»  tion  !  rien  de  sérieux  pour  elle.  »  Et  il  rioit.  On  dit  que 
ce  spectacle  étoit  effrayant. 

11  paroit  cependant  que  la  destinée  n'abandonneroit  pas 
tout-à-fait  le  ministère,  si  l'intolérable  Conseivateum'ètoit 
pas  là  pour  arrêter  les  fictions  avant  qu'elles  aient  eu  le 
temps  de  prendre  un  air  de  réalité.  Sans  avoir  établi  aucune 
correspondance ,  nous  sommes  servis  comme  si  nous  avions 
des  télégraphes  et  des  estafettes  à  notre  disposition,  tant 
il  est  vrai  que  la  conformité  des  principes  fait  seule  les 
unions  durables  et  profitables.  Le  système  ministériel , 
depuis  l'alliance  formée  avec  les  factieux,  est  si  a  décou- 
vert ,  qu'à  cent  lieues  de  la  capitale  comme  au  sein  de 
Paris  même,  tout  le  monde  devine  le  parti  que  1  allianca 
voudra  tirer  de  l'événement  le  plus  étranger  aux  disr.us- 
sif^ns  publiq'ies  ;  et  les  lettres  que  nous  recevons  sont 
accompagnées  de  rédexions  si  prévoyantes ,  que  nou» 
n'avons  rien  à  y  ajouter. 

Les  journaux  soumis  à  la  police  ci- devant  ostensible 


'     ÔÇ)0     ) 

ont  annoncé  qu  il  y  avoit  eu  du  tumulte  à  Nîmes,  et  n'ont 
lias  oublié  ,  en  attendant  les  commentaires ,  d'insinuer  que^ 
sans  la  proposition  de  M.  Barthélémy,  la  tranquillité  de 
cette  ville  n'auroit  pas  été  troublée.  Des  lettres  que  nous 
avons  reçues  de  Nimes ,  nous  communiquerons  à  nos 
lecteurs  celle  qui  explique  le  mieux  le  fait  et  ses  causes. 

Nimes,  le  f»  mars,  lundi. 

«  11  vient  de  se  passer  dans  cette  ville  un  de  ces  évé- 
ncmens  qui  partout  ailleurs  scroit  moins  que  rien,  et 
dont  on  ne  parleroit  même  pas  dans  la  ville,  si  l'esprit 
de  parti  qui  règne  ici  et  les  mauvaises  intentions  de 
ceux  qui  veulent  le  trouble  et  qui  calominient,nerendoit 
nécessaire  que  vous  en  sovez  instruit. 

»  M.  Huct,  l'un  des  premiers  acteurs  du  théâtre 
Pevdcau ,  est  en  tournée  de  recette  dans  nos  contrées  : 
)l  a  joué  avec  beaucoup  de  succès  à  Montpellier.  On 
assure  que  M.  Huet  est  un  des  premiers  taleiis  exislans 
dans  son  rôle;  mais  M.  Huet  a  le  malheur  de  passer 
pour  royaliste.  On  l'accuse  d'avoir  fait  le  voyage  senti- 
mental deGand,  et,  qui  plus  est,  d'avoir  précédé  la  voi- 
ture du  Roi  à  sa  rentrée  à  Paris  en  i8i5,  portant  un 
drapeau  blanc  avec  celte  inscription  :  Et  ton  reoieni 
toujours  à  ses  premiers  amours.  Celte  anecdote,  qui  passe 
ici  pour  constante  (i),  a  mérité  à  M.  Huet  le  juste 
courroux  des  ministériels  de  Nîmes.  Aussi ,  à  peine 
parla-t-on  de  son  arrivée  dans  cette  ville,  qu'ils  formè- 
rent une  cabale  pour  l'en  empêcher.  .Mercredi  dernier, 
lorsqu'on  annonça  au  théâtre  le  début  de  M.  Huet, 
grande  rumeur  au  parterre  parmi  les  frères  et  amis, 
qui  s'y  étoient  rendus  en  force.  Un  orateur  s'écria  (on 
dit  que  c'est  31.  T.  père,  vétéran  de  la  révolution) 
qu'on  ne  pouvolt  donner  de  représentation  en  abon- 
nemens  suspendus ,  sans  préjudicier  aux  droits  des 
abonnés.  Le  jacobm  Nîmois  fut  vivement  soutenu  et 
aoplnudi  par  les  libéraux.  M.  Huet,  qui  devoil  jouer  le 
lendemain  jeudi,  fut  annoncé  comme  indisposé,  par 
une  affiche  ,  au  bas  de  laquelle  le  directeur  du  théâtre 
prévcnoit  MM.  les  abonnes  qu'il  avoit  fait  déposer  nu 
théâtre  le   répertoire   des  représentations  qui  avoient 

(i)  L'nnecdole  est  vraie. 


(  >>9i   ) 
éio.  données ,  et  qu'on  y  trouvcroit  la  preuve  qu'il  a\ mt 
déjà  satisfait  à  ses  engagemens. 

»  Cotte  petite  discussion  répandit  fjuelqu'agilalii'ii 
paniii  le  peuple  monarchique  cpii  troii\a  mauvais  qu'on 
voulût  le  priver  d'entendre  cet  acteur  parce  qu'il  étoit 
accusé  d'aimer  le  Roi  :  il  observolt  (piil  avoit  assisté  et 
applaudi  au  talent  de  M.  Talma  pendant  dix  représen- 
tations, sans  s'inquiéter  de  ce  que  M.  J'alma  pnssoil  pour 
ultra-libéral.  Il  décida  qu'il  iroit  aux  représenlaiions 
de  M.  Huet  ,  très- disposé  à  ne  pas  le  laisser  siffler 
comme  royaliste.  D'autre  part,  on  disoit  qu'on  ne  le 
laisserait  pas  jouer,  et  qu'on  le  siffleroit.  On  s'asti- 
cota ainsi  le  vendredi  et  le  samedi ,  sur  les  prom'  nailes 
publiques  ,  dans  les  cafés  et  même  dans  les  cabarets  ;  en- 
lîn,  le  dimanche,  Huet  fut  annoncé.  Le  parterre  étoit 
plein  :  mais  la  majorité  fut  là  dans  la  proportion  des 
opinions  qui  divisent  la  population.  Les  Huélistes  y 
éloient  un  peu  plus  des  trois  quarts,  sans  cannes  ni 
même  de  badines  (ils  en  étoiont  convenus  '  ;  les  Tal- 
raalisles  formoienl  l'autre  quart ,  tous  armés  de  cannes 
et  de  bâtons.  L'âutorité  avoit  pris  ses  mesures-  Les 
tapageurs  ne  se  trouvant  pas  en  force,  le  spectacle  fut 
tranquille  et  décent,  et  les  applaudissomens  passèrent 
sans  contradiction.  l>e  temps  étoit  très-doux  ,  la  lune 
brillante.  Une  population  immense  inondoit  les  bou- 
levards et  faisoif  le  tour  de  la  ville,  passoit  et  rrpassoit 
devant  la  Comédie.  Souvent  les  bandes  de  prome- 
neurs saluoient  Huet  du  cri  de  wW  /e  Boi  !  Un 
gendarme  pris  de  vin  fit  assembler  quelques  uns  de 
ces  coureurs  ;  il  dit  :  Taisez  -  vous ,  canaille!  Lq 
foule  s'arrête  ,  et  bientôt  il  y  a  deux  à  trois  cenis 
personnes,  c'étoit  le  moment  où  une  pièce  venoit  de 
finir  ;  le  parterre  sortit  dans  cet  intervalle  ,  et  bientôt  il 
y  eut  devant  la  salle,  un  grand  rassemblement  où  Ton 
crioit  vioe  le  Roi!  Un  commissaire  de  policé  traverse  les 
groupes  avec  une  patrouille,  invitant  à  se  séparer  et  à 
faire  silence  ;  il  approche  d'un  jeune  homme  de  iG  ans, 
qui  lui  répond  :  oui ,  vive  le  Ptoi ,  les  Bombons  ou  ta  moj-tf 
Le  commissaire  arrête  l'adolescent .  et  le  conduit  au 
corps-de-gards  qui  est  vis-à-vis  la  Comédie  ;  la  foule 
s'en  approche ,  et  dit  que  ce  jeune  homme  n'a  commis 
aucun  crime,  et  cpje  Ton  ne  doit  point  l'arrêter;  la  po- 
lice prend  son  nom,  et  le  relâche.  Beaucoup  dépeuple 


(  59^^  ) 
s'étoit  assemblé  dans  cet  Inlervalle ,  il  continue  Je  se 
promener,  crie  vive  h  /{oi/ chante  une  chanson  dont  le 
refrain  est  weat  les  Bourbons  !  he  spectacle  se  termine 
tranquillemenl,  et  petit  à  petit  chacun  s'en  va  coucher. 
»  On  tlit  aujourdhui,  et  l'on  ne  manquera  pas  d'é- 
crire que  les  Protestans  ont  eu  peur,  qu'on  vouloit  les 
tuer,  etc.  etc.  etc.  On  assure  que  quelques  personnes 
se  disent  personnellement  insultées,  que  trois  disent 
avoir  été  frappées;  c'est  ce  qui  s'éclaircira.  Voilà  un  beau 

chapitre  pour  la  Mincroe.  On  assure  que  M\l eu 

ont  fourni  le  texte  dans  des  propos  virulens  qu'ils  ont, 
à  ce  qu'on  assure,  tenus  au  Palais.  Aujourd'hui,  on  ajoute 
que  M.  T.  père,  est  parti  en  poste  pour  Paris,  à  l'effet 
de  faire  de  tout  ceci  une  grande  affaire.  Vous  pouvez 
Compter  sur  l'exactilude  des  faits  publiés.  » 

Tel  est  l'événement  sur  lequel  les  journaux  do  la  faction 
vont  avoir  des  amplifications  à  faire.  11  ne  seroit  pas  im- 
possible qu'il  prît  en  effet  une  tournure  plus  sérieuse;  car 
s'il  falloir  de  véritables  as;itations  pour  appuyer  une  opi- 
nion, comme  il  a  fallu  quelquefois  des  conspirations  pour 
motiver  des  arrestations  et  espérer  des  jugemens ,  on  ne 
voit  pas  pourquoi  il  n'y  auroit  pas  des  agitations  par  les 
mêmes  moyens  qui  ont  fait  des  conspirations.  Où  toui  cela 
inène-t-il?  JNous  le  dirons  quelques  jours  avant  !a  (hule 
du  ministère.  Mais  nous  avons  plusieurs  choses  à  expliquer 
d'abord  ,  pour  qu'on  nous  coniprenne  mieux  quand  le 
moment  sera  venu  de  tout  mettre  à  découvert.  Que  les 
royalistes  soient  confians.  Il  faut  pour  perdre  la  France, 
plus  de  talens  que  n'en  ont  ceux  qui  s'en  mO.lent. 

J.    FlÉVÉE. 

P.  S.  Le  biidget  est  enfin  présente.  Il  s'élève  à  pri-s  de  neuf 
cents  milUaiis  pour  une  année  qui  n'a  qiie  douze  mois  ,  quoi- 
qu'elle soit  terriblement  financière.  Nous  examinerons  le  rap- 
port du  ministre,  mpport  dont  \<i  vide  de  toute  ule'o  n'est  pus 
couvert  par  l'éléj^ance  des  expressions.  On  ci'  >iroil  que  c  est 
l'ouvrage  d'un  heinme  qui  ne  con.s  fi-re  les  assein))!ées  tlplii)é- 
rantesf|ue  comuie  des  machines  propres  à  pressurer  les  peuples. 
ÎNÏ.  l'abbé  Louis  est  convenu  que  les  impois  éloient  bien  lour.ls 
pour  les  malheureux  propriétaires,  mais  il  leur  a  conseillé  de 
s'en  dédouunagcr  en  achetant  de  la  ren'e  ;  ce  qui  a  rappelé  !a 
profonde  observation  de  iNl.  Vautour,  afiirmaut  «jue  <lès  (pu'on 
n'a  pas  le  moyen  de  payer  le  loyer  de  l'appaJlenicnt  qu'on 
occupe ,  il  faut  avoir  une  maison  à  soi. 


Vingt-sixième  Livraison . 


^'f  Le  Roi ,  la  Charte  et  les  Honnêtes  Gens. 


Mars  1819. 


au  ^ccreaiC'  au  yûO?îJe/'i^a^ear^ 


ON  SOUSCRIT  : 


A  Paris,  chez  LE  NORMAIST  fiïs  ,  Editeur,  rue  de  Seine,  n°  8  ; 
Et  chez  les  Libraires  des  Départemens,  ci-dessous  désignés  : 


Ans« 


Abbeville,  chez  Grare. 

AgCli,  NdllbrI. 

Alençon,  Boiivoust. 

\  Fourrier-Mame. 
''     (  Pavie. 
Argenlan,  I.errpsne. 
Auxerre,  Fr.  Foiirnîer. 
Avignon  ,  Secuin  aiiié. 
Bayeiix,  Groult. 

Bi  Bonzom. 
avonne,     {  ^ 
■'  I  (.ïosst;.- 

Bi  Por(iuier. 
eauvais,     <  ,«     .'     ,. 

'     I  lJes):irdins. 

Besançon,  Girard. 

Bj  S  ^  ^  Berçeret. 

ordeaux,   '  r^      ■   P 
I  «jassioi, 

Brest    ^  I-eroin  nier  etDespcriers. 

'  (  iNlicIiel. 
Caen,  Manoury  aîné. 
Canihrai,  liertonf. 
Châ!ons-sur-Saône,  Dej'  ssieu. 
Chnrleville  .   Ch.  liaucourt. 
Chartres,  Hervé. 
Clerniont-Ferrand  ,   Tbîbaull- 

I.andriot. 
Dijon,  (^-><)ne^. 
Douai  ,  Tariier. 
Grenol)le,  Durand. 
Laval ,  (irnndpre. 
Lille .  Vaunckere. 
Limofifs,  Bnihou-Desrourières. 
Lons-le-S''''ln'er,  Ballaud. 
Li 


Lyon 


/  i>iebnux. 
\  Maire. 
,      \  Périsse  frères. 
1  Busnnd 
\  Boliaire 


Au  Blans, 


\  Belon. 
(  Peso  h  e. 
Camoin  frères. 
IVKirseille,     <  Masverl. 


r  Lamoii 
•^  Masvei 
I  Cliaix. 


aine. 
Lisseuil  jeune. 


Melz,  chez  Devilly. 
Montauban.  La  Forgue. 

M.     Il-         4   Seguin, 
onfpeliier,    <   \re  i\       -n» 
'  '   ^   V*^  DurviHe. 

Nanci,  V*^  Bontoux. 

Nantes,    j  IJ"^^^""'' 
'    I  bus 

Nimes.  Gaude  fils. 

Niort .  M""^  E    OrlUat. 

Nîmes,  Melquiond. 

Orléans,  ÎNIonreau, 

Perpignan,  AIzine. 

Poiliers  ,  Bnrb'er. 

Quiniper,  Chapjlain. 

.  Ml''^  Blouet. 
Rennes,    \  Mme  ye  Frout. 

'  M"e  Vatar. 

La  Rochelle,  Pavie. 

Rodez ,  Carrére. 

T,  \  Fr(  rc  aîné, 

llouen,    {  T>  u 

'    I  Kenault. 

Saumur  ,  Degouy  aine. 

e.       ,  S  l-evrault. 

Strasbourg.  jp^^.,.j^.^ 

Saint-Brieuc.  Prudboniiue. 

ÎSenac. 
Prunet. 
Manavit. 
Fr,  Vieusseux. 
Tours,  Maine. 
Valence,  INlarc-Aurel. 
Versailles,  Ange. 
Villeneuve-sur-Lotj  Crosilhes. 


Libraires  dans  les  Pays  étrangers 


Berlin.  Schlesinger. 
Bruxe  les.  Lecharlier. 
Gand,    lloudin, 
Genève,  Piischoud. 
iJruxclics,  Ilcrj^nics  Renier. 


IMons  ,  Leroux, 
Londres,  Dulau  et  Comp. 
Naples,  Borel. 
Turin,  iJocca. 


AVIS  DE  L'EDITEUR. 

Les  Personnes  dont  la  Souscription  finit  avec  le 
tome  second  (26'"  Livraison),  et  qui  sont  dans 
l'intention  de  souscrire  pour  le  troisième  volume , 
sont  invitées  à  vouloir  bienjaii'e  parvenir  leur  re- 
nouvellement dans  le  courant  de  mars  ^  si  elles 
veulent  éviter  tout  retaid  dans  l'envoi  de  leurs 
Livraisons. 

Les  Souscripteurs  des  départemens  sont  aussi 
priés  ,  pow  prévenir  toute  erreur ,  d'écrire  leurs 
noms  et  leurs  adresses  bien  lisiblement,  et  surtout 
de  ne  pas  oublier,  comme  cela  est  arrivé  plusieurs 
fois,  d indiquer  le  lieu  de  poste  par  lequel  ils  sont 
sei'vis. 

On  ne  peut  souscrire  que  du  commencemeîit  d  un 
volume. 

La  première  Livraison  du  troisième  volume  pa- 
raîtra dans  les  Jiuit  premiers  jours  d'avril. 

Le  prix  du  troisième  volume  est  de  \l\fr.  pour  la 
souscription. 

Les  lettres  et  l'argent  doivent  être  adressés  ,  franc 
de  port,  à  M.  Le  Normant,fds,  Editeur  du  Con- 
servateur ,  rue  de  Seine ,  /^"^  8 ,  F.  S.  G. 


LIVRES  ÎSOUYEAUX. 

Essai  sur  V Instruction  publique .  et  paiiicutièrement  sur  l  rnstructinii 
primaire,  où  l'on  prouve  que  la  Méthode  des  hcoles  rhiéticniie»  est  le 
principe  et  le  morèle  de  la  Méthode  de  l'Enseignemetit  mutuel.  Par 
M.  Ambroise  Rendu,  substitut  du  procureur-général  du  Roi  près  la 
Cour  royale  de  Paris  ,  et  inspectcui -général  de  l'Université  de  France. 
Avec  cette  e'pigraphe  :  «  Je  s;iis  comment  vous  instruisez  la  j'eunesse  : 
>>  continuez,  et  sojez  assuré  de  ma  protection.  »  (Varioles  de  S.  M.  aux 
Frères  des  Eco'es  clirétii  nnes.  )  «  Je  sais  le  bien  que  l'Université  a  <ait , 
»  et  celui  qu'elle  peut  faire....  Qu'elle  continue  à  répandre  les  lumières 
»  avec  le  même  zèle.  »  (Paroles  de  S.  M.  au  Grand-M.iilre  de  l'Uni- 
versité.)—  Tome  111.  Prix  :  4  f r  .  et  5  (r.  lo  c.  par  la  poste.  A  Paris, 
chez  A.  Egron,  iniprinieur-iibraiie,  rue  des  INojers,  n"  Sy;  H.  Ni- 
colie,  libiaire,  rue  de  Seine,  n°  12;  Colas,  rue  Dauphine,  n°  82; 
et  le  formant,  rue  de  Seine,  n°  8,  et  quai  de  Conli,  n°  5. 

De  la  licspoiisabilile  graduelle  des  yigens  du  pouvoir  exécutif.  Par 
.L  Naudet.  Prix  ;  1  fr. ,  et  i  fr  i5  c.  par  la  poste.  A  Paris,  chez  A. 
Kgron  ,  et  le  Normant. 

Sous  Presse-  ivl    ■ 

Conciones  Poeticœ ,  ou  Discours  choisis  des  Poètes  Latins  anciens; 

avec  l'argument  en  latin,  l'analyse  ou  proposition  simple  en  français; 

la  meilleure  traduction  ou  imitation,  en  vers,  d'un  cerlain  nombre  de 

de  ces  discours  ;des  modèles  d'exercice  de  Roilin  ,  La  Rue,  Binet ,  etc. 

,Par  MlVi,  Noël  et  de  La  Place.  — Gros  vol.  îa-i3. 


9'f/e   r/e    théine ^    ^yô  "  Sy 
eâ  cAf'z    /<H/J   ccj  //rificf/iMùv   .:^w}'ai?'r.j    c/e  .  ty'ra^ice  eâ 


naa/^fc      ici. 


^GJ    cuu?/cf??a<cj   eâ  e/wo^    re/aZ/Zd  «   ceâ  auvtyfçej 


^  o   /  -yjjyu'iy/ic/'ie  ae   l^c   tyèofMajiâ 


*^VVV\-VVVVVVV\\'VVVVVVV\/VVVVV\'\*VVVVVVV*VVVVVVV\%VVVVVVVVVVVVVVVV^ 


LE  CONSERVATEUR. 


Ou  en  soinnies-îioiis  ,  et  où  allons-nous  ? 

Nojis  en  sommes  à  regrettei*  d'avoir  trop  d'esprit, 
trop  de  principes  divers,  trop  de  doctrines  oppo" 
sées,  trop  de  théories  sublimes.  ÎSous  avons  aban- 
donné le  positif  pour  nous  jeter,  et  les  intérêts 
de  la  société  avec  nous,  dans  les  idées  spéculatives 
\es  plus  désordonnées  et  les  plus  incohérentes.  La 
vie  n'est  plus  que  dans  quehjues  controverses  qui 
s'établissent  à  la  tribune  ou  dans  quelques  ouvrages 
polémiques.  La  conversation  seule  est  animée, 
mais  la  langueur,  le  marasme  se  sont  emparés  du 
corps  social  et  le  menacent  d'une  paralysie  géné- 
rale jusque  dans  ses  moindres  ramifications,  à 
moins  qu'une  crise  salutaire  ne  lui  rende  sa  force 
et  sa  vigueur.  Chacun  souhaite  cette  crise  et  fait 
des  vœux,  à  la  vérité  bien  différens',  pour  qu'elle 
s'opère;  mais  il  y  a  unanimité  pour  reconnoître 
(£vie  l'état  dans  lequel  nous^ sommes  étant  le  plus 
funeste  et  le  plus  déplorable  de  tous ,  il  ne  peut 
durer. 

Ou  allons-nous?  Qui  le  sait,  qui  peut  le  savoir? 
quel  est  celui  de  nos  coryphées  de  révolution  qui 
a  jamais  prévu  où  il  entrainoit  avec  lui  ceux  qui 
le  suivoient?  C'est  une  lemarque  aussi  vraie 
qu'effrayante,  que  chacun  d'eux  a  péri  victime  de 
s(;s  propres  fureurs  :  l'avenir  le  plus  prochain  a 
trompé  leurs  espérances  et  leurs  calculs.  Certes, 
M,  de  Cazes  et  ses  collègues  consentiroient  à  paver 
iort  cher  la  garantie  qu'ils  seront  encore  ministres 
dans  trois  mois.  Mais  comme  personne  en  France 
n'est  assez  puissant,  ainsi  que  M.  le  marquis  de 
Tome  II.  —  26^  Livraison.  38 


(  594  ) 
Chauvclinra  fort  Lien  observe,  pour  leur  donnev 
la  nioinclre  assurance  de  ia  durée  de  leur  pouvoir, 
ils  s'évertuent  à  se  donner  des  garanties,  et  ils  en 
prenneïit  partout  où  ils  croient  en  trouver.  Pour 
peu  tju'ils  en  imaginent  encore  une  aussi  bien  cal- 
culée que  celle  qu'ils  ont  cru  saisir  en  faisant  tout 
d'une  volée  soix^aîite  paii's  de  France,  ilsseront  trop 
heureux  de  n'être  plus  que  de  très-simples  parti- 
culiers. Les  événemens  poussent  les  ministres,- 
leur  foible  autorité  est  insuffisante  pour  en  arrêter 
le  cours.  Encore  quelques  concessions  faites  par 
la  couronne,  ou  quelquje  modification,  seulement 
proposée,  à  l'existence  politique  de  la  Chambre 
des  DéDulés,  et  l'équilibre  sera  tellement  rompu  , 
entre  l;s  trois  branches  de  la  puissance  législative, 
l'haiTionie  entre  les  pouvoirs  de  la  société  aura  si 
comp'étement  disparu,  les  ministres  seront  si 
honteux,  si  déconsidérés  pour  n'avoir  de  majorité 
ni  dans  les  Chambres ,  ni  hors  des  Chambres ,  qu'il 
faudra  avouer  que  nous  ne  somines  pas  plus  avan- 
cés, après  cinq  ans  ,  que  nous  ne  l'étions  la  veille 
du  jour  où  le  Pvoi  nous  a  donné  la  Charte. 

Chacun  cherche  la  cause  de  tant  d'oscillations 
et  de  tant  de  maux.  La  moins  contestable  est  qu'il 
ne  suffit  pas,  pour  que  la  France  soit  gouvernée  , 
qu'il  y  ait  une  Charte,  des  ministres  et  deux 
Chamba'Cà,  il  faut  encore  que  ces  élémens  d'un 
gouvernement  soient  tous  en  harmonie  entre  eux, 
et  que  chacun  d'eux  soit  fixé  dans  des  limites  di- 
versement circonscrites,  mais  certaines  et  iiiva- 
riabies.  Si  c'est  le  contraire,  toute  l'économie  du 
système  est  dérangée,  les  ressorts  du  gouverne- 
ment s^embarrassent  de  plus  en  plus,  l'action 
Blême  du  gouvernement  est  bientôt  paralysée; 
Exauiinons  comment  nous  arrivons  si  iacilement 
à  ce  comble  de  la  confusion  et  du  désordre. 

Quoique  nous  n'ayons  pas  un  système  rejii'ésen- 
tatif  complet,  ce  qui  n'est  pas  contestable,  puisque 


(  ^93  ) 
nos  lois  organiques  les  plus  essentielles  sont  les 
unes  à  faire  et  les  autres  à  refaire,  nous  le  prati- 
quons à  l'aventure.  Chemin  laisant,  nous  sommes 
arrivés  à  vine  époque  remarquable  •  c'est  celle  où 
les  ministres  ont  un  intérêt  différent  de  celui  du 
Boi  et  de  la  monarchie,  et  oii  la  volonté  ministé- 
rielle est  en  opposition  avec  ce  qu'est  en  effet  la 
volonté  royale.  Cette  situation  n'est  pas  sans 
exemple  5  mais  elle  est  si  périlleuse  .  que  l'auteur 
de  VEsjjiit  des  Lois  a  cru  devoir  la  signaler.  i>ous 
le  citerons  plus  tard.  Pour  procéder  avec  plus 
d'oi'dre ,  disons  quelque  chose  de  la  situation  du 
ïninistère  à  l'égard  des  Chambres.  Pour  Fapprécier 
ce  qu'elle  est,  il  faudroit  peut-être  donner  les 
principaux  traits  qui  caractérisent  chacun  des  per- 
sonnages qui  composent  le  ministère  5  mais  ce  soin 
a  été  déjà  ])ris  dans  le  Coîiscrvateur.  Il  n'en  coûte 
pas  beaucoup,  d'ailleurs,  d'admettre  pour  un  mo- 
ment qu'ils  se  trompent  de  bonne  foi.  Certes,  la 
monarchie  seroit  dans  le  plus  grand  péril ,  si  parmi 
les  ministres  il  s'en  trouvoit  un  seul,  tellement 
avide  de  pouvoir,  que  ce  fat  pour  lui  une  résolu- 
tion prise  de  le  conserver  à  tout  pri^.  La  jjerfidie 
qui  trompe  les  princes  est  aussi  criminelle  que 
celle  qui  les  détrône.  Il  n'y  a  pas  loin  de  la  dissi- 
îniilation  de  l'ambitieux  à  celle  du  rebelle.  Espé- 
rons que  ces  traits  ne  conviennent  et  ne  convien- 
dront jamais  à  aucun  des  ministres  du  lloij  ne  les 
considérons  tous  que  comme  une  uniiéj  car  il  est 
assez  probable  que  le  danger  qui  les  menace  les 
réunit  maintenant  aux  mêmes  vues  politiques. 

L'action  du  gouvernement  e.st  inévitablement 
paialysée  dans  le  système  représentatif,  quand  le 
ministère  n'a  pas  une  majorité  yb/fo  et  invariable 
dans  les  deux  Chambres.  Or,  le  ministère  actuel 
ne  l'a  pas  et  ne  peut  plus  désoruiais  la  conquérir, 
quoi  quil  fasse.  Les  faits  dont  nous  venons  d'être 
témoins  ont  assez  prouvé  qu'il  ne  l'avoit  pas  dans 

38. 


(  596  ) 
la  Chambre;  des  Pairs  5  et  comme  les  mesures  vio- 
lentes ne  produisent  jamais  de  bons  résultats  ,  l'é- 
mission de  soixante  nobles  pairs  a  mécontenté 
toute  la  France  ,  tous  les  partis,  hors  les  soixante 
élus.  Encore  chacun  d'eux  auroit-il  préféré  être 
nommé  tout  seul,  et  voiries  deux  battans  de  la 
Chambre-Haute  ne  s'ouvrir  que  pour  lui  ,  comme 
récompense  des  grands  et  éminens  services  qu'il  a 
rendus  au  Roi  et  à  la  monarchie.  Les  ministres 
eux-mêmes,  ce  ne  sera  pas  le  plus  grand  mal,  fini- 
ront par  se  repentir  d'avoir  détruit  l'harmonie 
numérique, entre  les  deux  Chambres  ;  car  il  va  en 
résulter  un  embarras  inextricable  pour  eux.  Une 
minorité  a  fait  le  ministère,  et  une  minorité  ne 
peut  le  soutenir  que  par  des  coups  d'Etat  trop  mul- 
tipliés, pour  qu'ils  soient  employés,  surtout  quand 
le  premier  n'a  pas  réussi.  Or,  il  est  évident  que 
parmi  les  nobles  pairs  dont  la  liste  vient  d  être 
publiée,  il  en  est  un  grand  nombre  qui  ne  vote- 
ront pas  comme  la  minorité  ,  sur  laquelle  le  mi- 
nistère s'est  appuvé  dajis  les  deux  Chajubi'cs.  Il  en 
résultera  qu'en  peu  de  temps  la  majorité  se  trou- 
vera la  même  dans  la  Cliambie-llaule,  et  que, 
dans  l'autre,  elle  se  fixera  dans  le  même  sens. 

L'impossibilité  d'avoir  la  majorité  dans  les 
Chambres  ,  a  pour  cause  l'origine  môme  de  ce 
ministère,  et  la  situation  politique  au  milieu  de 
laquelle  sa  formation  a  eu  lieu.  Cette  situation  est 
décrite  par  Montesquieu,  dans  le  chap.  XXVII 
du  livre  XIX  : 

«  Comme  chaque  particulier  toujours  indépen- 
»  dant  suivroit  ses  caprices- et  ses  fantaisies,  on 
))  chanueroit  souvent  de  parti ,  et  on  en  abandon- 
»  neroit  un  ou  on  laisseroit  tous  ses  amis,  pour  se 
»  lier  à  un  autre  dans  lequel  on  ti'ouveroit  tous 
»  SCS  ennemis.  Souvent,  dans  cette  nation,  on 
);  pourroit  oublier  les  lois  de  l'amitié  et  celles  de 
<i  la  haine.  >♦ 


Comme  cliaque particulier  toujours  iiidcpcTidant 
(jM.  de  Gazes,  après  sa  démission),  sui\'roit  ses 
caprices  el  ses  fantaisies ,  on  changeroit  soui>ent 
départi  (  M.  de  Gazes  pour  empêcher  la  formation 
du  minislèie  Piiclielicu)  ,  et  on  en  ahandonncroit 
un  oit  on  laisserait  tous  ses  amis  (W.  de  Gazes 
abandonnant  jM.  le  duc  de  Riclieiieu,  auquel  il 
devoit  son  élévation,  M.  Laine,  qui  Invoit  sou- 
vent si  noblement,  si  éloquemnicnt  déiei  du), 
pour  se  lier  à  un  autre  dans  lequel  on  tiouveroit 
tous  ses  ennemis.  (  ]NÏ.  d(;  Gazes  obligé  de  se  lallier, 
dans  la  Ghambre  des  Députés,  à  dos  lioniiues  qu'il 
a  vivement  combattus,  et  parmi  lesquels  il  eu 
est  plusieurs  qii  il  a  signalés  comme  indignes  des 
suffi'ages  des  collèges).  Souvent,  dans  cette  nation, 
on  pourroit  oublier  les  lois  de  l'amitié  (M.  de 
Gazes,  non  seulement  envers  M.  de  Piichclicu  et 
M.  Laine  ^  mais  envers  tous  les  royalistes  qui 
avoient  consenti  à  lui  prêter  leur  appui,  et  qu'il 
menace  ou  qu'il  destitue  aujourd'hui)  et  celles  de 
la  haine.  (G'est  encore  ]\L  de  Gazes,  oubliant  les 
injures  que  la  Minerve  et  les  autres  écrits  ultra- 
libéraux lui  ont  prodiguées,  pour  suivre  l'impul- 
sion qu'il  en  reçoit  aujourd'hui,  et  protéger  leurs 
amis.) 

Gc  n'est  pas  J\L  de  Gazes  seul  qui  se  trouve  dans 
cette  position  fausse  et  si  mal  assurée  vis-à-vis  des 
Ghambres,  c'est  le  ministère  entier.  Les  ministres 
du  Pvoi  sont  forcés ,  de  temps  en  temps ,  de  parler 
de  fidélité,  d'énoncer  des  principes  monarchic^uesj 
alorsle  parti  qui  les  soutient,  et  sans  lequel  il  cher- 
cheroit  en  vain  des  amis  dans  les  Chambres ,  té- 
moigne son  mécontentement  et  ciie  à  la  trahison. 
M.  de  Serre  croit  devoir,  à  la  tribune  des  députés, 
rendre  hommage  aux  talens  d'un  homme  monar- 
chique qui  venoit  de  terminer,  par  la  pHissance 
des  principes ,  une  discussion  dans  laquelle  M.  le 
gai'de   des   sceaux  s'étoit  fort  embarrassé;   et  les 


(  598  ) 
amis  de  M.  de  Serre  en  Jl^ant  froncé  le  sourcil, 
le  ministre  se  crut  oLligr  ,  avant  la  iiu  de  la  séance, 
de  faire  une  nouvelle  et  ridicule  déclaration  de 
guerre  aux  royalistes  du  côté  droit.  Dans  les  actes 
de  son  administration  le  ministère,  pour  se  sou- 
tenir, est  condamné  à  exclure  des  places  ce  c[u'il 
appelle  des  exclusifs:,  ,  qu'il  accuse  de  résister  au 
pouvcrnenient  du  Koi ,  auoique  dans  la  vérité 
aucun  lait  de  résistance  ne  soit  ni  prouve,  m 
même  articulé.  Combien  ,  au  contraire  ,  ne  pour- 
roit-ôn  pas  articuler  de  faits  incontestables  qui 
prouvcroient  que  parmi  ceux  qu'on  app-elle  au 
pouvoir,  aux  grandes  places,  aux  dignités,  aux 
commandemcns^  importans  ,  il  en  est  un  très- 
graiîd  nombre  qui  ont  résislé  au  gouvernement 
du  Roi  \qs  armes  à  la  main  ,  qui  l'ont  renversé, 
qui  ont  été  les  fauteurs  de  l'usurpation  et  les 
plus  ardens  complices  de  l'usurpateur.  Quand 
un  ministère  est  obligé,  sous  peine  de  cheoir,  de 
recourir  à  de  tels  auxiliaires,  n'est-il  pas  aisé  de 
prouver  «{ue  sou  intéiêt  et  celui  du  Roi  et  de  la 
monarchie  sont,  comme  je  l'ai  avancé,  absolument 
difTéreus  ? 

L'intérêt  du  Roi  est  que  les  institutions  qu'il  a 
créées  conservent  leur  essence  ,  leur  dignité  ,  leur 
inviolabiiilé.  Une  modification  essentielle  et  ha- 
sardée les  tiénature  et  aftbibiit  les  garanties  cons- 
titulionnellesque  la  Cliarteavoildonnées  au  trône. 
L'intérêt  des  ministces  est  d'avoir  à  tout  prix,  et 
le  plus  vite  possible,  la  majorité  dans  la  Chambre- 
Haute  ,  et  en  vingt-quatre  heures  ils.  ti^vivent 
soixante  nol)}es pairs  qu'où  dispense  des  formalités 
usitées.  Persuadés  de  la  reconnoissance  des  élus, 
\e.s  ministres  ont  oublié  ce  que  disoit  Mazarin , 
que  quand  il  donnoit  une  place  il  fuisoit  dix  mé- 
contens  et  un  ingrat.  Le  compte  de  soixante  s'est 
trouvé  dès  le  premier  jour  un  mécompte,  qu'il 
faudra  tacher  de  rectifier  par  une  émission  nouvelle. 


(  599  ) 

L'Intérêt  du  Roi  étoit  d'attendre,  pour  aug- 
menter le  nombre  des  pairs,  que  celui  des  députés 
le  fût  dans  un  tiers  ou  du  double  5  car  si  cette  aug- 
mentation de  députés  étoit  refusée  par  les  deux 
Chambres  ,  ou  seulement  ])ar  l'une  d'elles  ,  il  n'y 
auroit  plus  moyen  de  faire  que  l'aristocratie  ne 
fût  plus  représentée  que  la  démocratie,  ce  qui  est 
absurde.  L'intérêt  du  ministère  n'est  pas  d'agir 
avec  circonspection ,  mais  de  tout  sacrifier  à  sa 
fantaisie  ,  de  ne  considérer  jamais  et  pour  rien  le 
sort  de  la  monarcliie  ,  mais  uniquement  ses  vues 
politiques  d'un  moment. 

Les  intérêts  du  Roi  et  de  la  monarchie  ne  sont 
pas  seulement  en  opposition  avec  les  intérêts  du 
ministère ,  mais  c'est  la  volonté  du  Roi  qui  se 
trouve  en  opposition  avec  celle  de  ses  ministres, 
et  eii  voici  la  preuve  la  moins  contestable. 

Il  est  de  la  nature  du  gouvernement  qui  résuite 
delà  Charte,  que  le  Roi  ait  deux  volontés  bien 
distinctes  :  l'une  de  propre  mouvement^  l'autre  de 
simple  accession  ou  d'acquiescement.  La  volonté 
de  propre  mouvement  se  manifeste  par  les  actes 
qui  deviennent  publics  ,  sans  être  contresignés 
par  les  ministres  5  et  l'autre  résulte  de  tous  les 
actes  contresignés.  Cette  distinction  est  dans  la 
nature  comme  dans  l'état  des  choses.  Le  Roi  ne 
se  fait  pas  un  devoir  de  consulter  ses  ministres 
dans  les  discours  qu^il  prononce.  Mais  dans  les 
actes  qu'iis  contresignent,  non  seulement  le  Roi 
les  consulte,  mais  par  cela  même  qu'ils  sont  res- 

Î>onsables  et  que  la  personne  du  Roi  est  inviolable, 
a  plus  grande  latitude  de  volonté  reste  au  nrinis- 
tèi'e  ;  le  Roi  ne  conserve  qu'une  volonté  d'acquies- 
cement. Pour  reconnoîtrc  quelle  est  la  volonté 
personnelle  du  Roi,  et  combien  elle  est  en  oppo- 
sition avec  le  système  ministériel ,  il  suffit  de  te 
reporter  à  la  dernière  séance  royale,  et  on  se  rap- 
pellera cette  phrase  si  consolante  pour  les  amis  de 


(  6oo  ) 

la  monarcliie  et  d'une  sage  liberté,  cette  phrase 
qui  fit  pâlir  d'effroi  ceux  que  les  ministres  comp- 
tent au  noml)re  de  leurs  plus  indispensables  par- 
tisans :  «  Je  compte,  a  dit  le  Koi ,  sur  votre  con- 
;>  cours  pour  repousser  les  principes  pernicieux 
5)  qui,  sous  le  masque  de  la  liberlé,  attaquent 
>»  l'ordre  social ,  et  conduisent  par  l'anarchie  au 
)>  pouvoir  absolu,  et  dont  \v.s  FUNESTES  SUCCÈS  ont 
"»  coûté  au  monde  tant  de  san^  et  de  larmes.  » 
Voilà  la  volonté  royale  j)ositivement  connue,  la 
sage  politiqxie  du  Monarque  se  trouve  révélée  à  la 
face  de  la  France  et  de  l'Europe.  Les  ministres 
actuels  contresigneroient-ils  une  ordonnance  dont 
le  préambule  contiendroit  l'expression  de  ces  sen- 
timens?  Hélas!  je  le  souhaite,  mais  la  vérité  est 
que  je  ne  le  crois  pas. 

C'est  le  lo  décembre  que  Sa  Majesté  adressoit 
ce  discours  paternel  aux  deux  Chambres.  Chacune 
d'elles  fit  une  adresse  de  rcnaercîmens.  Qu'on  lise 
les  réponses  du  floi ,  et  on  verra  c|ue  Sa  Majesté 
persiste  dans  les  mêmes  sentimens  et  la  même  vo- 
lonté. Si,  aux  discours  prononcés  par  Sa  Majesté 
on  veut  ajouter  un  rapprochement  des  faits  qui  se 
succédèrent  imraédiatenient ,  on  verra  la  sagesse 
et  la  niv-me  volonté  du  souverain  se  manifester  par 
les  témoignages  les  plus  notoires  et  les  moins  con- 
testables. 

Le  ministère  se  trouvoit  alors  divisé  d'opinions 
sur  le  système  qu'il  convenoit  de  suivre.  M.  le 
duc  de  Piichelieu  et  M-  Laine  vouloient  surtout 
faire  modilier  la  loi  sur  Ifi  élections,  source  de 
tous  nos  maux,  et  qui  peut  être  si  féconde  en  ré- 
sultats désastreux.  Le  Koi,  dès  le  premier  mo- 
ment ,  voulut  ce  que  désiroient  ces  deux  ministres  : 
les  autres  donnèrent  leur  démission.  M.  de  Cazes 
fut  destiné  à  l'ambassade  de  Knssie,  M.  de  Riche- 
lieu fut  chargé  de  lormer  un  minislèrf.-.  Mais  M.  Iq 
duc,  brave  et  lovai  chevalier  français,  bien  ca- 


(  6oi  ) 
paLle  ,  au  jour  du  danger,  de  compromettre  et  de 
sacrifier  sa  vie  pour  détendre  la  monarchie,  n'a  pas 
reçu  du  ciel^,  il  faut  le  dire  ,  ce  courage  politique 
si  nécessaire  a  Thomme  d'Etat,  et  sans  lequel  il  ne 
peut  vaincre  les  obstacles  et  déjouer  les  intrigues, 
iM.de  Gazes  aimoitmieu>:  gouverner  en  France  que 
de  représenter  le  Roi  à  Saiut-Pélersbourg.  Près 
d'une  semaine  s'étoit  écoulée  saus  que  M.  le  duc  de 
Richelieu  lûtparveuu  à  former  un  minislère.  Cette 
irrésolution,  cette  timidité  de  vues  doubloient  les 
forces  morales  de  ses  antagonistes.  Ils  profitèrent 
habilement  d'une  circonstance  en  elle-même  peu 
importante  (la  légère  indisposition  de  M.  de 
Richelieu),  et  réussirent  à  placer  le  Roi  dans  une  de 
ces  situations  politiques  qu'amène  quelquefois  le 
système  représentatif,  et  qui  se  trouve  rapportée 
dans  VEsyriL  des  Lois  précisément  à  l'alinéa  qui 
suit  celui  déjà  cité.  «  Le  monarque  seroit  dans  le 
»  cas  des  particuliers;  et,  contre  les  maximes  or- 
))  dinaires  de  la  prudence,  il  seroit  obligé  de 
»  donner  sa  confiance  à  ceux  qui  l'auroient  le  plus 
))  choqué,  et  de  disgracier  ceux  qui  l'auroient  le 
»  mieux  servi,  faisant  par  nécessité  ce  que  les 
»    autres  princes  font  par  choix.  » 

Ainsi  le  Roi ,  sans  renoncer  aux  principes  et  à  la 
volonté  personnelle  que  les  faits  les  plus  récens  et. 
ses  derniers  discours  avoient  si  clairement  mani- 
festés ,  a  pu  consentir  à  ce  que  ses  ministres  fussent 
pris  parmi  les  membres  ou  les  pai'tisans  de  la  mi- 
norité de  gauche,  et  à  éloigner  M.  Laine,  dont 
le  dévouement  est  antérieur  a  la  restauration,  et 
M,  de  Richelieu,  qui ,  indépendamment  de  ses  an- 
ciens services,  venoit  d'acquérir,  par  le  succès 
d'une  importante  négociation,  de  nouveaux  droits 
à  l'estime  de  Sa  Majesté. 

Cette  combinaison,  qui  ne  pourroit  se  rencon- 
trer dans  aucune  autre  espèce  de  gouvernement, 
prouve  combien  de  coullance  inspire  au  souverain 


(    602     ) 

la  garantie  que  lui  offre  la  responsabilité  de  ses 
ministres,  et  avertit  ceux-ci  combien  sont  graves 
les  conséquences  de  cette  responsabilité,  llssesout 
placés  entre  la  volonté  personnelle  du  Roi  qu'il 
ne  leur  est  pas  plus  possible  qu'à  nous  d'ignorer^ 
et  les  vues  politiques  du  parti  qui  les  a  porlés  au 
timon  des  affaires,  ISe  pouvant  obéir  à  deux  im- 
pulsions si  contraires,  il  falloit  opter.  De  quelle 
immense  majorité  n'auroieut-ils  pas  été  environnés 
dans  les  Chambres  s'ils  avoient  voulu  ce  que  vou- 
loient  si  consciencieusement  ceux  qu  ils  avoient 
sunplantés  l  Je  n'examine  pas  si  c'est  un  tort  de 
probité  politique  que  d'éloigner  des  hommes  re- 
commandables,  seulement  parce  qu'on  ne  peut 
conserver  le  pouvoir  avec  eux;  mais  cela  a  été 
évidemment  une  erreur  dont  de  jictits  esprits  sont 
seuls  capables,  que  de  faiie  leprocès  àleur  système. 
Il  falloit  au  contraire,  puisqu'il  étoit  salutaire,  s  en 
emparer,  se  l'approprier,  et  tout  Ihonneur  en  se- 
roit  resté  à  ceux  qui  Tauroient  fait  prévaloir.  Les 
passions  raisonnent  mal,  même  dans  leur  intérêt. 
Les  nouveaux  ministres  se  sont  crus  obligés  de 
faire  précisément  tout  le  contraire  de  ce  que  pro- 
jetoient  imu's  prédécesseurs.  A  l'instant,  c'est-à- 
dire,  dès  les  premières  discussions,  on  a  vu  s'éloi- 
gner d'eux  les  votans  des  deux  Chambres  qui 
respectent  la  volonté  personnelle  du  Roi.  Bientôt 
aussi  tous  ceux  que  des  nuances  d'opinion  distin- 
guoient  dans  les  précédentes  sessions  ont  serré  et 
coufondu  leurs  rangs  ])our  s'opposer  à  tout  ce  qui 
peut  être  nuisible  à  l'intérêt  de  Ja  n)onaichie.  Si 
nous  pratiquions,  quelque  peu  seulement ,  le  sys- 
tème représentatif,  les  six  ministres  dévoient  se 
retirer  5  nvais  ce  n'est  pas  la  monarchie  représen- 
tative qu'ils  chérissent  et  qu'ils  veulent  défendre, 
c'est  leurs  places  et  leur  pouvoir.  Bouleverser  nos 
institutions  cjuand  les  partis  sont  plus  animés  que 
jamais,   leur  paroît  la  cliose  la  plus  sijnple  s'ils 


(  6o3  ) 
peuvent  seulement  rester  au  ministère  quelques 
semaines  de  plus. 

Chacun  se  demande  ce  qui  peut  résulter  d'une 
situation  si  déplorable.  On  peut  répondre  ,  à 
l'éjïard  des  ministres,  que  la  mesure  exorbitante 
qu'ils  avoient  considérée  comme  moyen  de  salut 

f)Our  eux,  n'a^-ant  pas  rendu  leur  condition  meil- 
eure;  par  cela  même  elle  est  devenue  plus  cri- 
tique. Une  nouvelle  émission  de  pairs  ne  produi- 
roit  phis  d'autre  effet  que  d'ajouter  le  ridicule  à 
l'extra vagance.  Mais  qu'importe  ce  que  devien- 
dront six  individus?  c'est  le  sort  de  la  monarchie 
confiée  à  leurs  mains  qu'il  faut  surtout  considérer. 
Deux  ,  chances  plus  ou  moins  désastreuses 
menacent  les  droits  delà  couronne  et  la  tranquil- 
lité de  l'Etat,  tranquillité  qui,  pour  le  dire  en 
passaîit,  n'est  pas  de  la  sécurité  ,  mais  le  calme  de 
la  stupeur.  L'une  de  ces  chances  est  c[u'une  mino- 
rité audacieuse,  qui  réclame  chaque  jour  contre 
les  privilégiés  quand  il  n'y  en  a  plus,  pour  s'arro- 
ger plus  aisément  le  privilège  unique  de  posséder 
seule  le  gouvernement  de  la  France,  ne  combine 
une  insurrection,  un  mouvement  soldé  sur  un 
point  qu'elle  sauroit  bien  choisir.  Si  ce  jour  de 
danger  apparoissoit  de  nouveau,  le  Roi  cherche- 
roit  autour  de  lui  ses  amis.  Il  en  trouveroit  un 
grand  nombre  sans  doute  toujours  fidèles,  tou- 
jours ])rêtsà  mourir  pour  le  défendre,  mais  main- 
tenant sans  force  réelle,  sans  autorité,  sans  com- 
mandement. Que  feroient  des  individus  dévoués 
qui  ont  pu  avertir,  mais  qui  n'ont  pu  surveiller  et 
])révenir,  contre  une  force  organisée  et  dirigée 
par  des  hommes  qui,  au  nom  de  l'égalité,  veulent 
rester  sans  égaux  ;  qui ,  au  nom  de  l'indépendance , 
Veulent  s'emparer  seuls  de  tous  les  pouvoirs?  La 
résistance  feroit  d'illustres  victimes;  mais  bientôt 
la  famille  régnante  seroit  à  la  discrétion  des  fac- 
tieux. Cette  chance  est  la  moins  probable;  elle 


(  6o4  ) 
suppose  un  chef,  et  il  n'y  en  a  pfas;  de  plus,  le 
gouvernement  monarchique  étant  le  seul  qui 
couvieune  à  la  France,  il  y  a  impossILilité  d'en 
substituer  un  autre  qui  puisse  inspirer  la  moindre 
confiance,  et  durer  quelques  mois.  Enfin,  il 
faudroit  appeler  la  classe  la  plus  vile  du  peuple, 
s'environner  de  ce  qu'il  nous  reste  de  ces  hommes 
de  sanjT  qui  déshonorent  leur  parti;  il  faudroit 
recourir  aux:  moyens,  aux  excès,  aux  hommes  ré- 
volutionnaires; et  les  sentimens  d'horreur  qu'ils 
ont  inspirés  à  toute  la  France  se  sont  toujours _ 
réveillés  au  moment  où  cette  chance  a  été  rendue 
possible.  C'est  un  fait  bien  avéré  que  l'opinion  est 
devenue  meilleure,  que  le  royalisme  s'est  pro- 
pagé, que  les  nuances  qui  distinguoient  les  amis 
de-la  monarchie  se  sont  fondues  en  une  seule  le 
jour  où  tous  les  départemens  ont  commencé  à 
redouter  une  si  épouvantable  catastrophe. 

La  seconde  chance  est  infiniment  plus  probable , 
et  peut  amener  aussi  de  fort  tristes  résultats ,  ef- 
irayans  surtout  parce  qu'ils  continueroient  long- 
temps encore  cet  état  de  langueur  si  vague  et  si 
incertain  dans  lequel  doit  languir  le  corps  social  , 
tant  qu'il  n'y  aura  pas  d'institutions  qui  le  ras- 
surent, tant  que  le  trône  sera  isolé  des  garanties 
nécessaires  pour  l'ailermir.  Cette  chance  est  la 
dislocation  de  notre  système  actuel.  Les  ministres, 
dans  leur  aveugle  colère,  n'ont  pas  vu  qu'ils  ne 
pouvoient  modifier  un  des  trois  pouvoirs  sans  les 
ébranler  tous.  L'équilibre  est  désormais  rompu 
entre  les  trois  bi'anches  de  la  puissance  législali\e. 
Dire  que  la  Charte  porte  que  le  nombre  des  pairs 
est  illimité  ne  seroit  pas  une  réponse  :  ce  seroit 
invoquer  un- droit  que  personne  ne  conteste  au 
souverain.  Dieu,  qui  est  le  souverain  par  excel- 
lence,  pourroit  interposer  d'autres  mondes  entre 
notre  planète  et  le  soleil.  Il  en  a  bien  la  préroga- 
tive comme  la  toute-puissance:  mais  alors  le  sys- 


(  6o5  ) 
tème  actuel  cesscroit  d'être  le  inême,  et  il  pour- 
roit  arriver  de  cette  comLinaison  nouvelle  que  la 
terre  fut  privée  de  chaleur  et  de  lumière.  Heureu- 
sement cette  inconstance  dans  les  plans  du  Créa- 
teur n'est  pas  à  redouter-  ses  desseins  comme  sa 
volonté  sont  immuables.  Il  ne  s'agit  pas,  dans  les 
choses  humaines,  et  surtout  en  politique,  de  savoir 
si  on  peut  faire  tout  ce  qu'on  veut  au  moment  où 
on  le  veut,  mais  si  les  conséquences  ne  seroient 
pas  de  borner,  pour  l'avenir,  la  puissance  de  celui 
qui  s'abandonncroit  à  son  premier  mouvement. 
Si  le  Pioi  portoit  à  mille  le  nombre  des  pairs  qui 
représentent  l'aristocratie,  il  laudroit  alors  aug- 
menter le  nombre  des  représentés,  ce  qui  n'estpas 
aussi  facile  que  de  faire  des  pairs  par  centaine.  Il 
faudroit  en  outre  augmenter  et  porter  au  moins  à 
deux  millele  nombre  des  rc^re^e«?rt?/^  qui  stipulent 
les  intérêts  de  la  démocratie.  Quelle  influence  en 
cfFet  pourroit  avoir  sur  l'opinion  une  Chambre- 
Basse  de  deux  cents  cinquante-six  membres,  si  la 
Chambre-Haute  étoit  portée  à  mille?  Cette  marche 
seroit  inévitable  si  on  vouloit  être  conséquent. 
Qu'on  réduise  cette  hypothèse  forcée  à  ce  qui  est 
aujourd'hui  ;  la  vérité  sera  toujours,  dans  des  pro- 
portions différentes,  que  les  deux  Chambres  dé- 
libérantes ont  perdu ,  lune  à  l'égard  de  l'autre, 
la  différence  de  nombre  qu'elles  dévoient  conser- 
ver, et  qu'il  faudra  leur  rendi'e  si  on  veut  main- 
tenir le  système  représentatif  que  la  Charte  a' 
établi. 

Dans  celte  situation,  de  deux  choses  l'une  :  ou 
le  ministère  maintiendra  la  Chambre  des  Députés 
dans  l'état  numérique  où  elle  se  trouve;  alors,  et 
incessamment ,  l'expérience  (nous  en  faisons  en 
France  de  nouvelles  tous  les  ans)  apprendra  que 
les  proportions  de  représentation  étant  mécon- 
nces,  ou  sciemment  violées,  tout  le  système  repré- 
scutatif  lui-Biéiue  est  bouleversé.  Il  faudra  le  l'e- 


(  Go6  ) 
composer  de  nouveau,  ou  lui  substituer  un  autre 
mode  de  gouvernement.  Si  au  contraire  le  ministre 
propose  une  loi  pouj-  augmenter  le  nombre  des 
députés  (l'ordonnance  du  5  septembre  reconnois- 
sant  que  le  nombre  actuel  des  députés  étant  celui 
que  la  Cbarte  prescrit,  ne  permet  pas  de  douter 
qu'une  loiàcet  égard  ne  soit  indispensable),  alors 
il  acceptera  le  reproche  de  précipitation  colérique 
et  d'imprévoyance  que  nous  lui  avons  fait;  car  son 
projet  anra  à  courir  la  chance  du  rejet,  ^iais  c'est 
surtout  la  cliance  des  amendemens  et  leur  impor- 
tance qui  ouvrira  les  yeux  des  six  ministres.  Par 
le  lait  qu'il  s'agira  d'élire  un  plus  grand  nombre 
de  députe's,  la  voie  est  ouverte  pour  examiner  si 
tous  les  intérêts  seront  exactement  représentés , 
et  si  aucun  ne  se  trouve  exclu.. Or,  s'il  est  démon- 
tré que  la  propriété  et  le  commerce  le  sont  infini- 
ment moins  que  ceux  dont  la  fortune  est  variable 
comme  le  cours  de  toutes  les  bourses  de  l'Europe, 
et  que  les  chances  d'éligibilité  sont  toutes  pour 
les  benjamins  de  la  démocratie  ;  s'il  est  prouvé  que 
les  petits  patentés  ,  n'ayant  pour  la  plupart  rien  à 
perdre  à  une  révolution ,  et  tout  à  espérer  s'il  en 
éclatoit  une  nouvelle,  ont  préféré  et  préféreront 
des  agitateurs  à  des  négocianS;  si  les  faits  bien 
rappelés  démontrent  qu'à  Paris  il  a  fallu  que  les 
électeurs  royalistes  se  réunissent  à  ceux  qu'on 
désignoit  alors  comme  ministériels,  pour  faire 
nommer  JM.  Ternaux  quand  les  petits  patenté* 
po,rtoieut  M.  Constant,  qui  n'est  ni  grand  pro- 
priétaire ni  grand  commerçant;  qu'à  Lvoii,  Aiile 
si  commerçante  ,  ce  n'est  pas  un  conrmerçant  qu'on 
a  nommé ,  et  que  ,  dans  la  Vendée  et  le  Finistère  , 
M.  Manuel,  qu'on  croyoit  grand  orateur,  a  été 
préféré  à  des  armateurs  et  à  des  manufacturiers, 
il  en  résultera  que  le  but  que  se  proj)osoit  la  loi 
existante  n'est  pas  rempli,  et  on  cherchera  un 
mode  électoral  qui  donne  la  garantie  que  tous  les 


(  6o7  ) 
e^raiids  intei'êls  dont  la  société  se  eomposc  sont 
également  repvésentés.  Si  cette  cîisciisïion  recom- 
mence, ce  qui  nous  paroît  inévitable,  alors,  soit 
que  les  passions  s'agitent  ou  se  calment,  tous  les 
partis  reconnoîtront  que  l'oligarchie  ministérielle 
a  seule  gagné  sa  cause,  puisque  le  refus  de  toutes 
modifîcalions  laisse  au  ministère  la  faculté  légale, 
dont  il  peut  si  largement  user,  de  faire  des  élec- 
teur.-» à  son  gi'é  pour  avoir  des  députés  à  sa  guise. 
C'est  le  comble  de  la  déraison  que  de  s  affection- 
ner pour  une  loi  qui  couvre  de  son  égide  ceux 
contre  qui  les  précautions  doivent  être  grandes 
et  minutieuses,  et  dont  l'effet  démontré  esf  de 
laisser  sans  juges,  puisqu'elle  laisse  sans  accusa- 
teurs, les  agens  responsables  de  l'autorité  execu- 
tive. Si  le  langage  du  bon  sens  et  des  principes  de- 
voitseulprévaloir,lesministresnepourroieritsortir 
du  cercle  vicieux  dans  lequel  ils  se  sont  eux-mêmes 
enfermés,  La  loi  est  trop  démocratique  pour  ne  pas 
les  perdre  si  elle  est  exécutée  sans  fraude  ■  si  au  con- 
traire des  électeurs  iictif.s  dominent  les  véritables 
électeurs,  le  système  représentatif  est  anéanti. 

Le  triomphe  qu'obtient  aujourd'hui  la  démo- 
cratie sera  passager.  Liipuissante  pour  se  fixer  et 
s'établir,  elle  n'a  de  moyens  que  pour  tout  ren- 
verser et  se  détruire  eile-mé;Tie  ,  elle  n'en  a  aucun 
pour  conserver.  Ce  qui  est  vicient  ne  peut  durer. 
Mais  que  deviendra  la  monarchie  dans  toutes  ces 
chances?  Oa  en  sommes-nous?  où  allons-nous  ? 

F.  A.  D. 


LITHOGRAPHIE  (i). 
Tout  le  monde   en*  Fi  an  ce  ne  sait   pas  encore 


(i)  Il  se  peut  (jne,  dans  ccUe  revue  lithographique,  nous 
citions  quelque  cstainpe  gravide  d'après  l'ancien  procède  •.  nous 
ne  tenons  pas  une  observation  si  ininulieuse,  si  nous  n'avions 
•flaire  à  gens  si  pointilleux. 


(  6oS  ) 

lîi'e,  et  cela  est  fricheuxj  car  on  a  beau  rendre  la 
sagesse  du  siècle  aussi  compacte  que  possible,  dé- 
biter/a Pjicelle  de  Voltaire  pour  douze  sous,  Jes 
vers  obscènes  de  Piron  pour  six,  et  distribuer  la 
Minerve  pour  rien ,  c'est  avantageux  sans  doute 
aux  personnes  qui  aiment  à  former  leur  cœur  et 
leur  esprit  sans  se  mettre  en  dépense  5  mais  de  si 
utiles  productioïis  n'en  demeurent  pas  moins  lettres 
closes  pour  ceux  que  leurs  pères  et  mères  ont  eu 
la  barbarie  de  priver  de  ces  premières  lumières 
qui  ouvrent  les  yeux  à  toutes  les  autres.  Il  est  vrai 
qu'avec  le  temps,  l'aitle  de  Dieu  et  de  l'Univer-- 
site,  l'enseignement  mutuel  dissipera  ces  ténèbres. 
INiais,  en  attendant,  la  perfectibilité  languit,  la 
plùlosopliie  s'impatiente,  et  beaucoup  d  liomines 
vivent  ignorans  et  heux'eux  ,  et  meurent  chrétiens 
et  illétrés  :  le  péril  est  immineïit. 

C'étoit  donc  une  chose  tout-à-fait  urgente  que 
la  découverte  de  la  lithographie,  ou,  pour  mieux 
dire,  que  la  prestesse  de  la  secte  enseignante  à 
s'en  emparer  au  profit  de  la  classe  ignorante. 
Combien  1  inventeur  de  ce  procédé  étoit  loin  de 
pressentir  toute  sa  gloire!  Il  ci>oyoit  ne  travailler 
que  dans  l'intérêt  de  quelques  écoliers,  et  déjà  les 
précepteurs  du  geni-e  liumaiti  guettoient  la  ])ubli- 
cation  d'un  moven  si  rapide  et  si  peu  dispendieux 
d<î  faire  descendre  les  lumières  jusque  dans  les 
plus  sombres  profondeurs  de  l'ignorance  5  car  per- 
sonne n'apprécie  comme  ces  Messieurs  les  moyens 
qui  vont  \ite,  et  qui  ne  coûtent  guère. 

Sous  leur  dii*ection  ,  qui  a  quelque  rapport  avec 
celle  de  la  librairie,  la  lithographie  fut  donc  ex- 
ploitée; et,  pour  éclairer  pln^  sûrement  tous  les 
esprits,  on  l'appliqua  à  tous  1rs  genres  de  littéra- 
ture visuelle.  Parlngéc  entre  de  nombreux  redac- 
teiirs-peinfres,  leur  zèle  compléta  ])ientôt,  et  en- 
richit chaque  jour  encore  cette  encyclopédie  des 
yeux,  exposée  sur  les  boulevards  et  les  quais,  à 


(  6o9  ) 
Vusagc  des  lecteurs  qui  ne  savent  pas  lire,  et  qui 
fout  leurs  études  en  se  promenant. 

D'abord  oii  s'est  occupé  des  mœurs,  base  de 
toute  inslructionç  ctbiontôtla  \eunesse pe77 santé, 
réfléchissante  et  agissante  a  pu  se  procurer  la  col- 
lection entière  des  Contes  de  La  Fontaine  'repré- 
sentés au  moment  les  plus  intéressans  (i),  et  pu- 
bliés avant  ses  Fables,  comme  plus  urgeus  pour 
la  morale  publique.  CeUx  de  Grécourtparoîtront, 
dit-on  ,  vers  lès  iêtes  de  Pâques  5  et  j  en  attendant , 
voici  pom-  le  carême  une  jolie  caricature-satire 
*ur  les  missions,  figurées  par  un  troupeau  d'oies 
et  de  dindons  écoutant^  le  bec  béant,  un  singe 
vêtu  en  religieux,  qui  les  sermone  du  haut  dun 
arbre  auquel  est  attachée  une  hotte  en  forme  de 
chaire  à  prêcher.  L'ingénieuse  allégorie  !  Et 
comme,  dans  cette  scène  pastorale,  la  naïveté  des 
personnages  et  m-ême  des  accessoires  caractérise 
bien  ces  prêtres,  qui,  ayant  vu  les  villes  briser  et 
fondre  les  croix  d'or,  s'en  sont  allés  aux  champs 
planter  une  croix  de  bois  ,  afin  qu'elle  échappât, 
sinon  à  la  haine,  du  moins  à  la  cupidité.  Le  Lutrin 
de  'Village  peut  servir  d'agréable  pendant  5  car  le 
curé,  le  chantre  et  l'enfant  de  chœuiv,  sans  être 
pi-écîsém^eiit  des  oisons  et  des  sapajous,  ont  ce- 
pendant des  figui-es  bien  grotesques ,  bien  i-isibles, 
comme  cela  arrive  toujours  à  ceux  qui  chantent 
le  Deprofiuidis^  le  Dies  irœ,  ou  le  Domine  salvum 
fac  Regem.  En  somme ,  cela  fa,it  deux  jolis  mor- 
ceaux de  lithographie  sacrée. 

A  côté  de  la  religion  et  de  la  morale  figure  la 
gloire,  ou  pour  mieux  dire,  une  macédoine  de 

(  I  )  C  'est  exactement  en  ces  termes  que  ce  recueil  est  annoncé. 
Et  qu'on  ne  croye  pas  que  c'est  là  un  vain  propos  de  marchand. 
L'exe'culion  tient  tout  ce  que  l'annonce  promet  :  et  l'amateur  lo 
plus  exjgfiant  avouera  qu'il  étoit  impossible  de  mieux  discerner, 
dans  chaqne  conte ,  le  plus  haut  point, . .  .d'intérêt,  et  de  le  re- 
produire plus  en  conscience. 

TeME  U,  —  a6«  Liybaisos»  89 


^îloiros  de  tous  genres,  de  toutes  couleurs;  gloires 
d'après  nature  ou  de  fantaisie;  gloire^s  impercep- 
tibles ou  colossales;  depuis  le  portrait  d'un  mi- 
nistre de  la  guerre  jusqu'aux  faits  d'armes  les  plus 
éclatans.  Mai§  c'est  ici  qu'il  faut  avant  tout  faire 
une  importante  distinction,  et  séparer  soigneuse- 
ment,"dans  cette  galerie,  ces  nombreux:  tableaux 
qui  rappellent  des  traits  de  valeur,  d'humanité, 
de  dévouement,  vraie  gloire  de  la  France  ,  d'autres 
tableaux  qui ,  sous  la  même  apparence ,  en  seroient 
la  honte  s'ils  n'en  étoientla  risée.  Or,  quelquefois 
même  on  est  parvenu  à  confondre  le  bien  et  le 
mal  jusque  dans  le  même  sujet. 

Par  exemple,  qu'on  nous  montre  trois  soldats 
français,  dont  deux  blessés  et  hors  de  combat, 
attaqués  devant  et  derrière  par  deux  régiraens,  et 
se  disposant  à  la  défense  ,  malgré  l'immense  supé- 
riorité des  ennemis;  jusqu'alors  tout  est  bien, 
tout  est  français  :  on  sait  que  nos  braves  ne  comp- 
tent leurs  adversaires  qu'après  le  combat;  mai,?, 
à  travers  cette  scène  d'intrépidité  ,  si  on  voit  une 
jeune  fille  se  précipiter  entre  les  combattans,  et 
implorer  de  l'un  des  trois  soldats  grâce  et  merci 
pour  l'un  des  deux  régi  mens  ,  on  demeure  stupé- 
fait; on  se  croit  transporté  au  Cirque  de  Fran- 
coni,  si  riche  aussi  en  gloire  niaise,  ou  bien  à  la 
représentation  de  M.  de  Crac,  et  l'œil  cherche 
involontairement  la  Garonne  dans  un  coin  da 
tableau.  iNovis  pourrions  citer  bien  d'autres  chefs- 
d'œuvre;  mais  nous  indiquerons  plutôt  aux  ama- 
teurs de  l'héroïque,  l'estampe  faite  à  propos  de  ce 
mot  :  La  Garde  meurt  et  .ne  se  rend  pas.  Mot 
admirable  ,  mot  sublime  !  dont  heureusement 
l'auteur  n'est  pas  mort,  ce  qui  fait  espéi^rque  ce 
n'est  pas  là  son  dernier  mot  (i). 

(0  Dernièrement,  un    journal  qui  n'a  pas  été'  de'menti ,   a 
déclaré  que  ce  propos  n'a  jamais  été  tenu  par  te  général  auqusl 


(  6m   ) 

A  pro|K»s  de  cette  même  bataille,  on  remarque 
depuis  quelques  jours  la  surprise  du  public  à  la 
vue  de  deux  nouvelles  gravures  intitulées  Fonte^ 
noy  pour  faire  pendant  à  Waterloo ,  et  Waterloo 
pour  faire  pendant  à  Fonienoy.  Il  est  même  de 
ces  honnêtes  badauds  Parisiens  que  cet  accouple- 
ment scandalise.  Eh!  pourquoi  dont;  cet  étontie- 
ment?  Pendant  n'implique  aucune  ressemblance 
d'aclions  ou  de  personnages:  il  signifie  seulement 
parité  de  dimension,  d'exécution.  Rien  ne  s'op- 
pose donc  ,  par  exemple,  à  ce  que  le  même  burin 
renferme  dans  le  même  nombre  de  pouces  carrés 
Christophe  Colomb  et  M.  de  Pradt,  Molière  et 
M.  Etienne,  Burcke  et  M.  Benjamin-Constant, 
et  par  conséquent  Fontenoy  et  Waterloo. 

Voici  d'autres  sujets  où  la  gloire  brille  encore  j' 
plus  simple,  il  est  vrai,  et  comme  en  négligé, 
mais  embellie  d'une  aimablcsensibilité.  Au-dessus 
de  cette  inscription  modeste  :  Les  lauriers  seuls  y 
cj'ortront  sans  culture,  on  voit  une  foule  de  héros 
laboureurs  ,  de  modernes  Cincinnàtus  fendant  du 
Lois,  ou  faisant  ^cs  fagots  (fagots  de  lauriers  as- 
surément), et  l'on  reconnoît  avec  émotion  cette 
république  d'un  jour,  ce  Champ-d'Asile  ,  mieux 
nommé  Champ-dc-Passage,  puisqu'il  duras!  peu, 
malgré  Tordes  souscripteurs,  et  l'obstination  phi- 
lanthropique de  la  Minerve  à  le  recevoir.  Plus 
loin,  se  retrouvent  encore  ces  mêmes  volontaires- 
proscrits,  ces  bannis -amateurs  ,  trinquant  en- 
semble mélancoliquement  <n  buvant  nn  verre 
d'eau  (lu  T('\as  ,  à  ia  sr>ulé  delà  France  (i);  toast 

on  l'avoil  attribué  L'invention  en  arjpat  lient  donc, à,  l'un  de 
ces  peintres  en  bulletins  i\w,  sans  doute,  ignore  qu'à  la  guerre- le 
corps  le  plus  intrépide  n'est  pas  toujours  maître  de  mourir  et 
de  ne  pr.s  se  rendre,  et  cjue  c'est  pour(|iioi  "on  yesfime  autant 
la  bravouri'  du  prisonnier  qui  a  long-t  nips  combattu,  qu'on  y 
regrette  celle  du  soldat  tué  en  comb.ittarit. 

(i)  Si  tant  est  f|u'il  y  ail  uni'  riviff-  au  Texas,  problème 
géographique  que  M.  l'archevêque  de  Malines  n'a  pas  encore 
résolu. 

3û. 


(    6X2    ) 

d'autant  plus  touchant  que  l'un  des  buveurs  esi 
coiffé  d'une  cocarde  tricolore,  el son  camarade  d'un 
bonnet  de  police  orné  d'un  ar^le.  En  vérité,  il 
faudroit  être  ultra-insensible  pour  ne  pas  s'atten- 
drir au  souhait  de  braves  gens  qui  portent  tant 
d'intérêt  à  leur  patrie,  et  tant  de  belles  choses  à 
leur  chapeau. 

De  petites  souffrances  européennes  servent  de 
vignettes  aux  grandes  infortunes  d'Amérique.  Des 
groupes  de  soldais  blessés,  à  demi  nus,  dévorés 
de  misèi'G  et  de  désespoir,  et  dont  les  douleurs 
portent  souvent  la  date  de  iSi5,  comme  pour  leur 
donner  un  air  de  vraisemblance  historique, 
prouvent  au  moins  combien  l'imaginalioii  créa- 
trice de  nos  lithographes  est  habile  à  revêtir  des 
fantômes  de  formes  humaines.  Qui  ne  diroit,  en- 
effet  ,  à  la  vue  de  tant  diraages  sensées  d'après 
nature,  que  les  rues  et  les  chemins  sont  encom- 
brés de  braves  Bélisaires  sollicitant  de  la  charité 
des  passans  les  secours  que  la  barbarie  du  gouver- 
nement refuse  au  courage  trompé  et  malheureux? 
Mais  ,  Dieu  merci  ,  ces  victimes  d'inuciitioii  ne 
souffrent  que  sur  le  papier  qui  souffre  tout;  et 
c'est  mêmie  une  chose  à  rem.arqucr  que  les  colpor- 
teurs de  cesim.agcs,  chargés  d'en  inonder  Paris, 
ont  senti  tout  à  coup  le  courage  de  la  calomnie 
leur  manquer  en  approchant  de  l'hôtel  des  Inva- 
lides. Un  reste  de  pudeur  les  a  arrêtés  là;  et  ils 
n'ont  pas  osé  envoyer  le  mensonge  au-devant  du 
démenti. 

Parmi  les  porti'aits,  dont  le  nombre  augmente 
à  chaque  fournée  de  grands  hommes  qui  paroissent 
ou  reparoissent,  on  a  montré  une  grande  j'védi- 
lection  pour  la  figure  du  feu  prince  Poniato^^■ski. 
IN  ous  possédons  le  bi\oi^c  de  Pouiato\vski,]a  mort 
de  Pouiatowski,  une  espèce  d'apothéose  de  Ponia- 
towski,  sans  compter  les  Pouiatowski  en  profil, 
epface  et  en  trois  quarts.  Or,  nous  nous  étonnions 


(6.3) 

"(Tiu'îios  artistes,  qui  onlsous  les  yeux  tant  de  braves 

guerriers,  consacrassent  de  préférence  leurs  crayons 

à  un  général  étranger,  bien  qu'une  grande  valeur 

ait  aussi  honoré  sa  vie  ;  quand  dernièrement^  aux 

Variétés,  un  couplet  redemandé  nous  a  appris  : 

Qu'être  Polonais, 
C'est  être  Français. 

Et  nous  avons  compris  alors  comment  le  peintre 
ordinaire  du  prince  Poniatowski ,  qui  est  peut- 
être  mi  habitué  du  lustre  du  théâtre  de  Brunet, 
avoit  dû  croire,  sur  une  pareille  autorité,  qu'il 
n'etoit  pas  en  France  de  figure  plus  indigène  que 
celle  d'un  prince  de  Pologne  naturalisé  par  un 
distique. 

Aux  souvenirs,  les  marchands  mêlent  des  espé- 
rances. Ainsi,  près  du  portrait  d'un  enfant  espiègle 
comme  un  démon  ,  mis  comme  un  petit  roi,  et  qui 
joue  sous  les  yeux  maternels,  dans  le  jardin  des 
Tuileries,  avec  une  aisance  de  liberté  qui  ferpit 
supposer  qu'il  se  croit  chez  lui,  ourenconti-e  deux 
portraits  qui  se  ressemblent  étonnamment.  L'un 
est  celui  de  jVL  le  marquis  DE  La  Fayette  5  l'autre 
celui  du  général  La  Fayette.  Tous  deux  sont  fort 
agréables  ,  quoique  en  buste  5  mais  bien  inférieurs 
pourtant  à  un  porti-ait  plus  aucien,  mais  plus  rt/«^/t', 
à  un  portrait  équestre  d'après  le  même  original  ! 
Et  qu'ici  la  comparaison  fait  vivement  sentir  com- 
bien, daftsles  nouvelles  copies  en  buste,  le  cheval 
manque  à  l'expression  de  la  physionomie  du  gé- 
néral et  de  monsieur  le  Marquis! 

îsous  indiquerons  aussi  aux  curieux  les  portraits 
de  personnes  naguère  bannies,  et  dont  le  retour 
ôtera  peut-être  un  peu  de  prix  à  leurs  images. 
Mais  elles  remplaceront  bientôt  l'intérêt  qui  nais- 
soit  de  l'absence  malheureuse  par  l'intérêt  qui  suit 
la  grandeur  présente.  Déjà  niêmc  on  croit  que  les 
graveurs  s'occupent  de  substituer  dans  leui's  traits 
l'expression  de  la  fierté  ù  l'abattement  de  la  me- 


(  ^i4  ) 

lancolie,  et  au  costume  modrslo  de  VeKÏÏ  des  hahit? 
brodés  de  fleurs  delis.  On  ne  dltpas  si  elles  seront 
d'or  ou  d'argent. 

INousne  parlerions  pps  des  caricatures  qui  con- 
cernent les  liomnies  monarchiques,  par  la  mê)ne 
raison  qui  lait  que  nous  ne  répondons  jamais  aux 
journaux  jacobins  ,  si  dausla  foule  il  n'en  étoitune 
qui  réclame  un  mot  de  gratitude.  Le  Consers^ciieur 
y  est  personnifié  :  il  paroît  enveloppe  du  manteau 
religieux  et  monté  surlerecupil  des  œuvres  de  M. le 
vicomte  de  Chateaubriand.  Nous  tous,  partagefint 
les  opinions  de  l'auteur  du  Génie  du  Christia- 
nisme et  associés  à  ses  travaux,  nous  acceptons  do 
grand  cœur  ce  haut  piédestal ,  et  nous  remercions 
du  manteau  :  si  celui-là  du  moins  a  pu  être  teint 
de  sang,  il  n'a  jamais  été  couvert  de  boue. 

Le  Comte  O'MahonY. 


M.  le  comte  deCasteîlaneavoitfaitàla  Chambre 
des  Pa:irs  uxïe  proposition  tendante  à  supplier  Sa 
Majesté  de  proposer  une  loi  portant  révocation 
de  celle  du  9  novembre  1810  sur  les  cris  et  écrits 
séditieux.  La  Chambre  des  Pairs  ,  dans  sa  séance 
du  23  de  ce  mois  ,  a  ajourné  la  discussion  de 
la  proposition  de  INI.  le  comte  de  Castellane.  Voici 
le  discours  que  M.  le  vicomte  de  Chateaubriand 
avoit  préparé  sur  cette  matière,  et  qui  n'a  pu  être 
prononcé  eu  raison  de  l'ajournement. 

Messieurs , 

Si  la  loi  des  cris  et  écrits  séditieux  rappelle  une 
époque  mémorable  pour  la  France,  me  sera-t-il 
permis  de  dire  qu'elle  réveille  en  moi  des  souve- 
nirs honorables  et  pénibles  :  honorables,  parce 
que  c'est  à  propos  de  cette  loi  que  j'ai  paru  poui- 
la  première  fois  à  celte  tribune  j  pénibles,  parco 


(  6i5  ) 

que  cVst  aussi  à  propos  de  cette  même  loi ,  que 
j'ai  eu  le  malheur  de  me  trouver  pour  la  première 
fois,  en  opposition aveclesministi'es  de  Sa  Majesté. 
Le  temps  n'ayant  point  cliangé  mon  opinion ,  il 
est  tout  naturel  que  je  vienne  aujoura'hui  sou- 
tenir la  proposition  qu'un  noble  comte  vous  a 
faite. 

Le  rapporteur  de  votre  commission  (i  )  a  déduit, 
avec  autant  de  talent  que  de  clarté,  les  raisons 
générales  qui  motivent  la  demande  de  l'abrogation 
de  la  loi  sur  les  cris  et  écrits  séditieux.  Je  me  con- 
tenterai donc  de  vous  montrer,  par  quelques  dé- 
tails, la  nécessité  de  faire  cesser  le  plus  tôt  pos- 
sible, les  effets  de  cette  loi  d'exception. 

Dans  les  six  derniers  mois  de  1816,  cent  vingt 
jours  d'audience,  à  Paris,  ont  produit  cent  trente- 
sept  jugemens  en  police  correctionnelle,  la  plu- 
part rendus  en  vertu  de  l'article  8  de  la  loi  des 
cris  séditieux-  article  qui  établit  ce  que,  dans 
l'examen  de  cette  loi,  j'avois  appelé  une  sorte  de 
crime  de  gazette.  Les  personnages  condamnés  sont 
des  marchands  de  vin  ,  des  paysans  ,  des  naarons  , 
des  porteurs  d'eau  ,  des  domestiques,  des  ferblan- 
tiers, des  cochers,  des  perruquiers,  des  cordon- 
niers. Le  3  juillet  1816,  Bouquier,  fileur,  débite 
dansla  bouti([ue  d'un  épicier,  de  fausses  nouvelles  : 
six  mois  d'emprisonnement,  trois  ans  de  surveil- 
lance, 00  fr,  d'amende,  200  fr.  de  cautionnement 
punissent  son  indiscrétion,  IManguier,  menuisier, 
tient  des  propos  équi\:oquesj  il  est  condamné  à 
dix  mois  de  prison  et  à  deux  ans  de  surveillance. 
Un  nommé  Pienaud^  dans  un  état  d'ivresse,  la 
femme  Sénéchal ,  pareillement  prise  de  vin  ,  une 
marchande  de  vieux  souliers,  une  fille  publique, 
alarment  les  çitayens  sur  le  maintien  de  l'autorité 


(i)  Le   vicomte  de  Chateaubriand    éfoit  membre  de  relie, 
commission.  ',' 


(6i6  ) 
royale  j  et  toujoiirs  six,  dix  et  treize  mois^de  pi  i_ 
son,  plusieurs  années  de  surveillance,  des  amendes 
et  des  cautionuemens  viennent  punir  ces  commé- 
rages qui  sont  souvent  la  seule  distracliou  et  la 
seule  consolation  de  la  misère. 

Il  faudroit  gémir,  Messieurs,  sur  la  foiLlesse 
de  nos  nouvelles  institutions,,  si  elles  pouvoient 
ê*re  renversées  par  de  pareils  délits.  Si  l'on  pu- 
nissoitd'ailleur.s  tous  ceux  qui  répandent  de  fausses 
nouvelles,  ou  n'eu  fîniroit  pas.  Dans  tous  les  temps 
et  dans  tous  les  ran^s  de  la  société  ,  il  s'est  ti'ouvé 
l)ien  des  coupables  de  cette  espèce.  Lorsque  le 
duc  de  ^Mayenne  fut  tatlu  à  Arques,  et  ensuite  à 
Ivry,  il  fit  publier  dans  Paris  que  le  Béarnais 
avoit  été  pris  ou  tué.  On  broda,  dans  la  rue  des 
Lombards,  de  faux  étendards  royaux,  que  l'on 
montra  comme  des  trophées  à  la  populace  :  ces 
nouvelles  ne  nuisirent  point  à  la  cause  du  héros 
légitime.  ^  ous  avez  entendu  naguère  à  cette  tri- 
Jjune  un  ministre  vous  annoncer  une  agitation 
qui  marchoit  dans  les  départemens;  un  autre  noble 
pair  vous  a  parlé  de  cocardes  vertes  et  d'un  grand 
royaume  s'établissant  incognito  dans  la  petite 
Bretagne  :  si  je  ne  me  trompe,  ce  sont  là  des  nou- 
velles tendantes  à  a/armer-  les  citoyeris ,  cas  prévu 
par  ce  fameux  article  8  qui  établit  le  crime  de 
gazette.  J'espère  donc  que  mes  nobles  collègues 
se  joindront  à  moi,  dans  l'intérêt  de  leur  sûreté 

Sersonnelle,  pour  demander  l'abrogation  de  la  loi 
es  cris  séditieux. 
L'article  9,  principalemeut  l'clalif  à  la  provo- 
cation indirecte,  est  touf-à-fait  intolérable:  «  Sont 
w  encore  déclarés  séditieux,  dit  cet  article,  les 
»  discours  et  écrits  mentionnés  dans  Tarlicle  5  de 
))  la  présente  loi,  soit  qu'ils  ne  contiennent  que 
»  des  provocations  indirectes,  f,oil(\ni\  s  donnent 
■»  à  croire  quii  les  délits  do  celte  nature  seront 
:^,»  commis.  )j  Voilà,  Messieurs,  comme  j'eus l'hoii-^ 


(6i7) 
neur  de  vous  le  dire  en  i8i5,  de  quoi  punii-  une 
pensée,  une  parole  ,  un  soupir. 

Ce  sont  des  déûnilions  aussi  vagues  qui  ont 
produit  les  arrêts  divers  dont  la  France  a  re- 
tenti. Je  vais  vous  montrer,  par  des  exemples, 
quelles  conclusions  opposées ,  quelles  sentences 
contradictoires  peuvent  donner  les  avocats  les 
plus  instruits,  peuvent  porter  les  juges  les  plus 
intègres  ,  lorsque  la  loi  ,  ne  spécifiant  pas  le  délit, 
abandonne  le  magistrat  à. la  toiblesse  de  la  raison 
humaine. 

Lorsque,  le  i  mai  1818,  le  tribunal  de  police 
correctionnelle  eut  condamné  l'auteur  d'un  écrit 
remarquable,  et  ([ue  cette  sentence  eut  été  confir- 
mée le  3o  juin  de  la  même  année,  le  ministère 
public  s'exprima  de  la  sorte  :  «  INous  regrettons  , 
»  dit-il ,  que  la  loi  ne  nous  accorde  pas  le  pouvoir 
»  discrétionnaire  ,  qui  nous  eût  permis,  s-.  Ion  les 
M  circonstances,  de  l'éduire  cette  peine  à  unemo- 
))  dique  amende,  ou  même  à  la  simple  suppression 
»  de  l'ouvrage.  Au  moyen  de  cette  loyale  modi^ 
1}  fication  (continue  le  ministère  public,  en  s'a- 
»  di-essant  aux  juges)  ,  vous  ne  seriez  pas  aujour- 
»  d'iiui  dans  l'altei'native  de  condamner  à  trois 
»  mois  de  prison  et  à  5o  fr.  d'amende,  un  homme 
»  que  la  nature  de  son  caractère  et  de  ses  opinions 
»  serabloit  devoir  préserver  d'une  pareille  cou- 
'»  damnation,  ou d  absoudre  son  écrit  qui  est  ré- 
»  prouvé  par  une  loi  que  vous  devez  appliquer, 
»  parce  que  c'est  une  loi ,  et  que  vous  êtes  ma- 
))  gistrats.  » 

Tel  fut ,  Messieurs ,  le  jugement  prononcé ,  et 
tels  furent  \*:s  motifs  de  ce  jugement.  Or,  mainte- 
nant, écoutez  bien  ceci  :  le  même  3o  juin  1818, 
fut  commencé  à  la  police  correctionnelle  l'affaire 
relative  à  Ja  gravure  intitulée  F  Enfant  du  Jiégi- 
fnent.  L'avocat  de  l'accusé,  après  avoir  écarté  de 
son  cli'nî  toute  inîcotion  volontaire  d'avoir  fait 


l 


(  6i8  ) 

allusion  au  fils  de  ru.surpat'^ur,  convint  que  Ja 
eravure,  innocente  en  elle-même,  pouvoit  cepen- 
danl  présenter  quelques  dangers.  Il  consentit,  au 
nom  de  soncliifit,  à  ce  que  la  gravure  lût  détruite. 
D'après  cette;  ollVe,  le  ministère  public,  qui  avoit 
conclu  contre  le  graveur  à  trois  mois  de  prison  et 
à  200  fr.  d'amende,  s'en  rapporta  à  la  discrétion 
des  juges.  Le  tribunal  ordonna  la  suppression  de 
la  planche  ainsi  que  des  exemplaires  saisis,  et  ren- 
voya de  la  plainte  tous  les  prévenu^ 

Vous  voyez  ici  clairement,  Messieurs,  la  diffi- 
culté d'expliquer  la  provocation  indirecte  5  le  mi- 
nistère public  l'a  reconnue,  et  ne  l'a  pas  reconnue 
le  même  jour  dans  les  deux  cas  d'un  écrit  &t  d'une 
gravure.  Il  regrette,  d'un  côté,  de  ne  pouvoir  pas 
demander  la  simple  suppression  de  l'écrit,  de  ne 
ouvoir  faire  ainsi,  par  cette  suppression,  une 
oya/e  modification  aux  trois  mois  de  prison  et  aux 
5o  fr.  d'amende  5  il  affirme  que  les  juges  doivent 
appliquer  la  loi,  parce  que  c'est  une  loi.  D'un 
autre  côté,  il  s'en  rapporte  à  la  discrétion  des  juges 
pour  la  gravure  :  une  loyale  modification  est  faite 
aux  trois  mois  d'emprisonnement  et  aux  200  fr. 
d'amende  5  et  les  portes  de  la  même  prison  s'ou- 
vrent pour  laisser  entrer  l'auteur  etsorlir  l'artiste. 

Dans  une  autre  occasion,  le  17  juillet  1818, 
un  autre  auteur,  accusé  d'écrits  séditieux,  e^t 
condamné  à  200  francs  d'amende,  sans  emprison- 
nement ;  le  tribunal,  usant  de  la  faculté  à  lui 
donnée  par  l'art.  4^3  du  Code  pénal ,  de  modérer 
la  peine  prononcée  par  l'art.  30^  ,  c'est-à-dire,  la 
faculté  d  appliquer  à  l'auteur  la  loi  contre  les  écrits 
calomnieux,  au  lieu  de  la  loi  contre  les  cris  et 
écrits  séditieux. 

Pourquoi  le  tiibunal  n'auroit-il  pas  usé  de  la 
même  faculté  en  faveur  du  premier  auteur  dont 
le  ministère  public  lui-même  avoit  loué  les  inten-, 
lions  et  les  principes?  Tout  cela  vient  encore  une 


C  6î0  )  _  \ 

fois  clu  vague  rie  la  prcivocalion  indirecte.  Joî- 
gnez-y  les  articles  du  Code  pénal  qui ,  se  mêlant 
aux  articles  de  la  loi  des  cris  séditieux,  laissent 
aux  juges  la  faculté  de  choisir  entre  deux  lois, 
et  d'appliquer  deux  peines  did'érentes  à  des  délits 
de  même  nature,  vous  sentirez.  Messieurs,  corn-' 
bien  il  est  vugent  de  faire  cesser  une  pareille  con- 
fusion. 

Il  est  arrivé  d'ailleurs  ce  qui  arrive  toujours  « 
une  mauvaise  loi  :  le  ministère  public,  chargé  de 
la  faire  exécuter,  les  tribunaux  convaincus  des 
dangers  qu'elle  olTroit  dans  son  application ,  se 
sont  vus  forcés  de  reculer  devant  elle.  On  a  d'a- 
bord presque  tout  jugé;  aujonrd'lini  on  ne  juge 
presque  plus  rien.  Par  exemple,  Messieurs,  on 
porte  dans  Paris  des  cannes  fort  curieuses.  Elles 
renferment,  dans  la  pomme  qui  s'ouvre  à  volonté  , 
une  petite  statue  cfe  Buona]>arte.  Pourquoi  la 
police  n'a-t^elle  pas  saisi  ces  cannes?  Pourquoi  les 
ti'ibunaux  n'ont-ils  pas  jugé  ceux  qui  les  portenf  ^ 
Parce  que  la  petite  statue  de  Buonaparte  a  pu  être 
faite  sans  malice,  comme  le  portrait  de  V Enfant 
du  Résinient.  On  peut  trouver  aussi  qu'elle  ne 
ressemble  pas  parfaitement  au  modèle  :  tous  les 
yeux  ne  voient  pas  de  la  même  manière.  Voilà  , 
Messieurs,  ce  que  c'est  que  la  provocation  indi- 
recte :  au  moyen  de  cette  provocation  tout  peut 
être  blanc  ou  noir.  Le  magistrat  qui ,  ne  voyant 
point  le  délit  spécifié ,  est  obligé  de  chercher 
la  règle  de  son  jugement  dans  sa  conscience, 
finit  par  s'épouvanter  de  cette  efFravante  respon- 
sabilité: dans  la  crainte  de  punir  l'innocence,  il 
^aimemieux absoudre  le  crime,  ou  plutôt  il  pré- 
fère "ne  pas  appliquer  ia  loi. 

Je  dois  maintenant  pai'ler  des  deux  opinions 
<{ui  se  sont  manifestées  dans  la  Chambre,  et  qui 
ont  également  divisé  la  commission.  Personne,  du 
iQqiiis  jusqu'ici,  n'a  demandé  le  rejet  absolu  de 


(    G20    ) 

la  projtosltion  du  noLle  comle  ;  mais  ceux  qui  ne 
«e  cîçcicîeiit  pas  pour  l'adoption  pure  et  simple, 
sq  retranchant  dans  l'ajournement. 

On  cîierclieparliculièrementle  motif  de  l'ajour- 
nement dans  le  projet  de  loi  présenté  à  la  Chambre 
des  Députés  ,  Sur  la  Réparation  des  crimes  et 
délits  commis  par  la  i^oie  de  la  presse^  etc.  Ce 
projet  de  loi  l'apporte  la  loi  sur  les  cris  et  écrits 
séditieux;  d'où  l'on  conclut  que  la  proposition 
/qui  nous  occupe  devient  inutile. 

Le  noble  rapporteur  de  votre  commission  avoit 
répondu  d'avance  à  cette  obj(îction  :  «Le  nou- 
t)  veau  projet  de  loi,  vous  a-t-il  dit,  peut  être 
;»  long-temps  discuté  dans  les  Chambres.  Des  obs- 
w  tacles  qu'on  ne  prévoit  pas  peuvent  même  en- 
V  traver  ou  suspendre  cette  discussion;  et  enfin, 
)'  il  pourroit  résulter  de  celte  discussion  même 
»  que  loi  ne  seroit  pas  adoptée,  et  qu'ainsi  la  ré- 
î)  vocation  de  celle  du  f)  novembre  qu'elle  ren- 
»  fermoit  se  trouveroit  ne  pas  exister.    » 

La  publication  du  nouveau  projet  de  loi  donne, 
Messieurs,  à  ce  raisonnement  une  force  invincible. 
Tout  porte  à  croire  rpie  ce  projet  ne  passera  pas 
dans  les  deux  Chambr<;s  ,  sans  éprouver  de  nom- 
breux amonderaens.  Sous  les  apparences  de  la 
plus  grande  libéralité  ,  il  cache  une  espèce  d'arbi- 
traire légal  le  plus  raenarant  :  on  y  reconnoît  ce 
méîan<'e  de  iiccncft  et  de  police,  de  démocratie  et 
de  despotisme ,  qui  caractérise  1  esprit  du  moment. 

Mais  comment  vient-on  nous  dire  que  ce  projet 
de  loi  rapporte  la  loi  des  cris  et  écrits  séditieux, 
iorsque  au  contraire  il  con.sacrc  cette  loi,  lorsqu'il 
la  reprend,  l'aggrave  et  s'incorpore,  pour  ainsi 
dire,  avec  elle?  Kcmarquez  surtout,  jViessieurs, 
que  la  provocation  indirecte  (sujette  à  de  si  énormes 
abus)  n'est  point  du  tout  détruite  par  le  nouveau 
projet  de  loi;  ou  y  trouve  le  mot  provocation, 
employé  saus  spécification  :  par  cell<!  équivoque 


s 


(  6»'   ) 

eu  (ligue  ue  J a  sincérité  d'une  loi,   on  évite  <ïe 

ire  ce  qu'on  ne  veut  pas  avouer,  et  on  laisse  au 
minîslère  public ,  aux  jurés ,  aux  ji:ges  la  faculté  de 
rendre  la  provocation /^trec^e  ou  indirecte,  selon 
les  choses,  les  hommes  et  les  temps. 

Tandis  que  le  jury  sera  constitué  tel  qu'il  l'est 
aujourd'hui ,  que  le  choix  des  membres  de  ce  tri- 
bunal appartiendra  exclusivement  aux  autorités 
adminini.stratives,  on  pourra  toujours  craindie 
que  toute  loi  relative  à  la  presse,  ne  soit  plu*  au 
profit  des  ministres  que  des  écrivains. 

Mais,  dira-t-on,  il  est  dqnc  inutile  de  deman- 
der l'abrogation  de  la  loi  sur  les  cris  séditieux, 
puisque  ,  selon  vous,  elle  se  retrouve  dans  le  nou- 
veau projet  de  loi  ?  Inutile,  Messieurs  !  Et  depuis 
quand  est-il  inutile  de  demander  ce  qui  est  juste  , 
bon  et  honorable,  lors  même  qu'on  n'obtiendroit 
^ucun  résultat  positif?  La  manifestation  des  prin- 
cipes d'équité  et  des  opinions  généreuses  est  tou- 
jours utile  :  c'est  semer  pour  1  avenir. 

Ceux  donc  qui  veulent  ajourner  la  proposition 
du  noble  comte,  parce  que  le  nouveau  projet  de 
loi  rapporte  la  loi  des  cris  séditieux,  né  peuvent 
plus  vouloir  cet  ajoui'nenient,  s'il  est  vrai  que  la 
loi  des  cris  séditieux  entre,  en  grande  partie, 
dans  la  nouvelle  loi  ;  car  alors  ils  voient  revenir, 
sous  une  autre  forme,  une  loi  qu'ils  condamnent; 
et  ils  doivent,  en  adoptantla  proposition,  protes- 
ter contre  cette  dangereuse  métamorphose. 

Ceux  qui  désirent  l'ajournement,  pai'ce  qu'ils 
craignent  de  désarmer  le  gouvernement,  peu- 
vent, de  leur  côté,  voter  sans  scrupule  pour  la 
proposition,  puisque  la  loi  qui  leur  semble  en 
partie  nécessaire,  se  reproduit  dans  le  nouveau 
projet  de  lui.  Je  dirai  même  à  ceux-ci ,  pour  ache- 
ver de  les  tranquilliser,  que,  dans  le  cas  où  le 
nouveau  projet  de  loi  fût  rejeté,  et  la  pi-oposition 
adoptée ,  il  n'y  auroit  encore  rien  à  craindre  j  car 


(    (322     ) 

la  proposition  parvenue  dans  les  portefeuilles  des 
ministres  pourroit  y  rester,  et  nous  cnnserv^rionk 
dans  toute  sa  i>Tii été  la  loi  des  cris  séditieux. 

Les  motifs  d'ajournement  lires  du  nouveau  pro-j 
jet  de  loi  me  semblent  donc  peu  concluans.  Si  on' 
c\.amiue  les  raisons  qui  peuvent  être  indépen- 
dantes de  ce  nouveau  projet ,  elles  nenieparoisseut 
guère  plus  décisives. 

On  vous  a  dit ,  et  on  vous  dira  peut-ètie  encore  , 
(jue  si  l'on  aLvoge  la  loi  des  cris  et  ccritj  sédi- 
lieux,  il  se  formera  une  lacune  dans  votre  légis- 
lation. Jetez  les  yeux  sur  les  articles  du  Code 
pénal  rapportés  par  le  noble  auteur  de  la  propo  - 
sition  ,  et  vous  verrez  que  tous  les  cas  de  sédition 
sont  prévus.  Un  noble  pair,  membre  de  la  com- 
mission ,  a  oi-u  qu'il  faudroit  faire  quelque  chose 
pour  remplacer  Fart.  H  en  ce  qui  concerne  les 
biens  nationaux.  Le  noble  pair  ne  s'est  pas  sou- 
venu de  la  loi  du  "j  pluviôse  an  IX,  qui  met  tout 
en  sûreté  à  cet  égard,  sans  parler  d'un  article 
formel  de  la  Charte.  «  Les  menaces,  excès  et  voies 
«de  fait,  dit  cette  loi  du  7  pluviôse,  exercés 
w  contre  les  acquéreurs  de  biens  nationaux  ,  se- 
it  ront  punis  de  la  peine  d'emprisonnement,  la- 
r>  quelle  ne  pourra  excéder  trois  ans,  ni  être  au- 
»  dessous  de  six  mois.  »  On  dit  encore  que  le  Code 
ne  punit  pas  le  délit  ou  le  crime  résultant  de 
l'érection  d'un  drapeau  qui  ne  seroit  pas  celui  de 
ia  France.  ?dais  en  vérité,  Messieurs  ,  si  nous  en 
étions  à  voir  arborer  des  coulçurs  séditieuses  ,  si 
l'on  s'attroupoit  autour  de  ces  couleurs,  disons-le 
franchement,  ce  seroit  là  une  guerre  civile.  Il 
s'agiroit  bien  de  la  loi  des  cris  et  écrits  séditieux  ! 
Dans  ce  cas  extrême,  vous  tomberiez  sous  les 
lois  militaires  ,  et  vous  seriez  régis  par  le  quator- 
zième article  de  la  Charte  ,  qui  donne  au  Roi  le 
pouvoir  de  faire  les  réglemens  et  ordonnances 
nécessaires  pour  la  sûreté  de  l'Etat. 


(  6a3  ) 

Que  si  vous  supposez  que  saus  ti'OuLle  et  sans 
rébellion  ,  un  homme  seul  s'amuse  à  pioinener 
dans  les  rues  de  nos  cités  des  couleurs  séditieuses  , 
tli  bien  !  il  y  a  une  police  contre  les  fous  ^  et  des 
places  à  Charenton. 

Il  n'est  pas  rigoureusement  vrai  d'ailleurs , 
qu'il  n'v  ait  aucune  peine  p'rononcée  contre  l'é- 
rection d'un  drapeau.  Il  existe  des  lois  contre  les 
emblèmes,  contre  les  attroupemens  ,  contre  tout 
ce  qui  fait  naître  des  alarmes ,  et  excite  à  la  sédi- 
tion. Dans  tous  les  cas,  il  faut  bien  hasarder 
quelque  chose  :  si  nous  ne  voulons  jamais  mar- 
cher sans  lisière  dans  le  gouvernement  représen- 
tatif, s'il  nous  faut  toujours  des  lois  d'exception 
pour  garder  nos  libertés ,  nous  deviendrons 
comme  ces  esclaves  qui  perdent  l'usage  de  leurs 
membres  pour  avoir  porté  trop  long-temps  des 
chaînes. 

Une  loi  d'exception  introduite  dans  une  cons- 
titution libre,  est  toujoui'S  une  loi  dangereuse. 
Prétendons-nous  exister  comme  nation?  Hâtons- 
nousde  nous  réfugier  dans  des  institutions  lixes  qui 
nous  servent  d'abri  contre  les  passions  etTincurie 
des  hommes.  Que  nous  resteroit  il,  si  nous  ne 
gardions  p-as  soigneusement  la  Charte?  Que  pour- 
rions-nous mettre  entre  nous  et  le  pouvoir?  INe 
nous  dissiniulons  pas  que  notre  génie  nous  porte 
vers  le  despotisme  militaire.  Quand  on  promet  à 
l'autorité  de  la  rendre  absolue,  elle  se  laisse  natu- 
rellement tenter.  Alors  elle  profite  de  tout  ce  qui 
peut  discréditer  des  institutions  qui  l'arrêtent.  Or, 
que  faisons-nous  depuis  cinq  ans?  Conabien  de 
fois  avons-nous  manié  et  remanié  ces  institutions? 
Tous  les  pouvoirs  de  la  société  ont  été  pétris  et 
repétris  par  nos  mains.  La  Chambre  des  FJéputés, 
augmentée  en  i8i5,  est  redevenue  en  iBi(J  ce 
qu'elle  étoit  en  j8i4)  et  va  peut-être  remonter  en 
1 819  au  poHibre  qu'elle  avoit  obtenu  en  181 5.  La 


(  6^4  ) 
pairie  a  subi  de  nombreuses  modifications  5  la  cou- 
ronne a  cédé  une  partie  de  ses  prérogatives  5  les  lois 
ont  rappelé  des  lois;  les  ordonnances  ont  contrarié 
les  ordonnances.  Même  mobilité  dans  les  hommes 

3ue  dans  les  choses;  à  chaque  instant  et  partout, 
estitutions  sur  destitutions  :  les  dcstituans  ont 
passé  comme  les  dcs-tilués,  et  les  ministres  eux- 
mêmes  se  sont  succédé  comme  des  ombres. 

Les  lois  d'exception  ont  ajouté  leur  mal  à  cej) 
maux,  et  c'est  pour  cela  que  nous  devons  deman- 
der l'abrogation  de  celle  d'entre  ces  lois  qui  a  le 
plus  pesé  sur  nous.  Puissent  désormais  les  hommes 
qui  \eulent  également  la  monai'chie  et  la  liberté, 
sentir  qu'il  est  plus  que  temps  de  se  réunir  poui* 
se  sauver  eux,  le  Roi  et  la  France! 
-Te  vote  pour  la  proposition. 


MELANGES. 

Depuis  que  le  budget  a  été  présenté,  on  peut 
employer  un  moyen  fort  simple  pour  satisfaire 
ceux  qui  sollicitent  le  dégrèvement  de  leurs  con- 
tributions) soit  à  cause  des  surtaxes,  soit  par 
suite  d'incendie  ou  autres  fléaux;  on  leui'  conseil- 
lera d'acheter  de  la  rente.  Le  conseil  ira  bientôt 
jusqu'à  ceux  qui  demandent  l'aumône.  En  effet , 
si  les  contribuables  ruinés,  si  les  mendians  ache- 
toient  de  la  rente,  ceux-là  paieroient  leurs  con- 
tributions avec  facilité;  ceux-ci  ne  seroient  plus 
réduits  à  demander  l'aumône.  C'est  pourtant 
M.  l'abbé  .Louis  qui  a  trouvé  cette  ressource  ad- 
mirable; personne  n'y  pensoit. 

Les  petits  gfands-l ivres  qui  doivent  faire  mar- 
cher l'agiotage  delà  Bourse  de  Paris  sur  les  dépai'- 
temens,  paroîssent  destinés  à  ne  faire  pas  mieuk 


(  6i5  ) 

leur  chemin  que  l'agitation  violente  qu'avoit  en- 
fantée l'iinae^ination  de  M.  le  président  du  gou- 
vernement du  Roi.  Jusqu'ici  l'annonce  de  cette 
mesure  n'a  ins)3iré  qu'une  crainte  assez  singulière. 
M.  l'abbé  Louis  avant  avoué  qu'il  y  avoit  sur  la 
place  de  Paris  un  encombrement  de  5o  millions 
de  rentes,  les  dépavtemens  redoutent  de  s'en  char- 
ger par  l'idée  qu'on  pourroit  melti-e  un  jour  le 
paiement  de  l'inscription  départementale  à  la 
charge  des  centimes  additionnels  de  chaque  dé- 
partement, comme  on  y  a  uiis  successivement  le 
traitement  des  préfets,  des  sous-préfets,  des  con- 
seillers de  préfecture,  l'entretien  des  cours  royales, 
des  hôtels  et  du  mobilier  des  préfecturevS,  l'enti'e- 
tlen  des  routes  qu'on  s'est  amuse  à  appeler  dépar- 
tementales, etc.,  etc.  Cette  crainte  n'est  pas  plus 
fondée  que  l'appréheusiou  de  ceux  qui  voient  dans 
cette  mesure  une  pointe  de  fédéralisme ,  comme 
s'il  y  avoit  le  moindre  rapport  entre  l'unité  de  la 
lîionarchie  et  l'unité  du  grand-livre.  On  peut  le 
diviser  eu  autant  de  fractions  qu'on  voudra  ,  il 
n'en  sera  ni  plus  ni  moins.  Le  bon  sens  des  pro- 
vinces ne  concevra  pas  uu  crédit  fondé  sur  des 
promesses  séduisantes  quand  on  veut  attirer  l'ai'- 
geiit  au  Trésor,  mais  qui  ne  se  réalisent  jamais  lors- 
qu'il faut  avoir  pitié  des  malheureux  contribuables. 
On  s'étoit  engagé  foi'uiellèment,  l'année  dernière, 
à  présenter  aux  Chambres  une  nouvelle  répartition 
de  l'impôt  entre  les  départemens,  aiinde  soulager 
du  moins  ceux  qui  sont  trop  écrasés.  En  apporta^nt 
le  budget,  M.  l'abbé  Louis  a  déclaré  que  cette 
nouvelle  répartition  n'auroit  pas  lieu,  parce  qu'on 
s'est  avisé  de  découvrir  pour  la  première  fois ,  en 
1819,  qu'elle  ne  pouvoit  s'opérer  que  ^ar  dégrès^e- 
ment,  et  qu'il  est  impossible  de  rien  dégx'ever 
quand  ouest  assez  lieureux  pour  n'avoir  à  deman- 
der à  la  France  que  889  millions,  sans  compter 
les  frais  de  perception  et  les  impositions  locales. 
Tome  II.  — 26e  Livraison.  4® 


(  6.6  ) 

On  s'étoit  de  même  engagé  formellement  à  faire 
cesser  la  retenue  sur  le  traitement  des  commis  à 
l'époque  où  la  France  retrouveroit  l'indépendance 
de  son  territoire  j  et  INI.  l'abbé  Louis  a  compté 
cette  retenue  dans  ses  ressources  fiscales  de  l'an- 
née 1H19.  C'est  ainsi  qu'il  est  parvenu  à  prou a' M* 
que  VéquiUhre  desfinauci's  existe.  Il  faut  toujours 
qu'il  y  ait  quelque  chose  en  équilibre  dans  ce 
pays. 

En  ajournant  le  soidageraent  des  contribuables 
et  la  justice  promise  aux  commis  ,  il  n'y  aura  pas 
d'emprunt  cette  année  5  M,  labbé  Louis  en  prend 
l'engagement  positif.  Mais  ici  se  présente  un  nou- 
veau tour  d'équilibre  financier.  M.  l'abbé  Louis 
sollicite  la  permission  d'émettre  pour  4^  millions 
de  bons  de  la  Trésorerie,  pour  la  garantie  desquels 
il  donnera  5  millions  180  mille  francs  de  rentes  à 
des  préteurs  5  et  lesdits  prêteurs  pourront  vendre 
ces  rentes,  siles  engageinrns  contractésaveceuvpar 
la  Trésorerie  ne  sont  pas  scrupuleusement  remplis. 
De  plus  fort  en  plus  fort.  Quelques  pages  plus  loin, 
on  voit  que  cet  emprunt  de  4^  millions  pourra 
s'élever  jusqu'à  ^2  millions,  parce  qu'ozi  a  découy 
vert  un  capital  équivalent  cpi'il  est  juste  de  man- 
ger. Aloi's  nous  aurons  une  dette  flottante  qui  s'é- 
lèvera à  près  de  100  millions.  Ce  n'est  rien  dans 
une  année  où  la  paix  de  l'Europe  et  la  pi'ospcrité 
intérieure  permettent  de  ne  pas  emprunter,  et  où 
la  dette  fondée  est  de  a.'îa  millions  de  rentes. 

—  Le  budget  a  d'autant  pi  us  étonné  les  esprits  , 
qu'on  l'a  fait  atteiadre  deux  mois.  On  crovoit  ([u'on 
y  trouveroit  de  nouveaux  moyens  et  de  nouvelles 
'î'Oi'e^.  Le  bruit  s'étoit  en  effet  répandu  que  M.  l'abbé 
Louis  avoit  employé  un  mois  à  en  inventer;  mais 
on  a  dit  depuis  qu'il  avoit  employé  un  mois  à 
les  détruire;  de  sorte  qu'après  des  efforts  d'ima- 
gination incroyables,  le  budget  s'est  relrouvé  tel 
que  l'avoit  laissé  M.  Corvetto.   Ce  qui  appartient 


(  627  ) 
exclusivement  à  M.  l'abbé  Louis ,  c'est  Je  style  du 
rapport  fait  aux  Chambi-es,  le  décousu  des  idées 
qui  fait  mieux  ressortir  les  contradictions,  et 
l'odieuse  habitude  d'appeler  tributs  les  imposi- 
tions consenties  par  un  peuple  libre.  Cette  ex- 
pression est  d'une  inconvenance  révoltante  dans 
un  gouvernement  représentatif  :  nos  Kois  ne  se  la 
permetloient  pas  lorsqu'ils  déterminoient  seuls  le 
montant  des  contributions.  Il  est  vrai  qu'alors  les 
ministres  ne  se  croyoient  pas  le  gouvernement  et 
les  régulateurs  absolus  de  nos  biens  et  de  nosliber- 
tés.  On  espère  que  la  Cliambie,  pourTlionneur  de 
noti'e  patrie,  demandera  qu'il  v  ait  toujours  à 
l'Académie  Française  une  place  pour  le  ininistre 
des  finances,  afin  qu  il  puisse  y  apprendre  la  va- 
leur des  mots  aussi  facilement  que  les  proprié- 
taires apprécient  la  valeur  de  ses  promesses  et  de 
ses  bons. 

—  Il  reste  à  payer,  sur  les  quatre  budgets  anté- 
rieurs à  l'année  1 8 1 9 ,  la  légère  somme  de  i  ^6  mil- 
lions ,  en  vertu  de  l'usage  où  l'on  est  de  tenir  cons- 
tamment ouverts  les  budgets  passés,  et  d'y  ajouter 
chaque  année  quelques  trentaines  de  millions, 
afin  d'appi-endrc  «à  la  Chambre  des  Députés  que 
c'est  seulement  pour  l'honneur  de  la  représenta- 
tion qu'on  lui  permet  de  faire  de  longs  discours  , 
et  de  régler  quelques  petites  économies.  L'art  de 
compliquer  les  comptes  est  le  véritable  équilibre 
des  finances,  et  l'équilibre  de  nos  finances  est 
prouvé,  a  dit  Son  Excellence.  M.  l'abbé  Louis  n'a 
pas  oublié  d'affirmer  que  la  Trésorerie  avoit  des 
ressources  pour  combler  ce  déficit.  Parmi  les  res- 
sources indiquées  se  trouvent  des  capitaux  faciles 
à  dévorer,  et  une  adroite  confusion  d'une  somme 
de  137  millions  qui  reste  à  recouvrer.  On  loue 
beaucoup  la  constance  avec  laquelle  les  proprié- 
taires paient  des  impôts  qu'on  reconnoît  au-des- 
sus de  leurs  facultés,  et  dont  l'effet  inévitable  est 

40, 


(  61.8  ) 

iVarrêter  les  développemens  de  l'agriculture.  Les 
millions  qui  reslent  à  faire  rentrer  ne  proviennent 
pas  des  impôts  indirects,  puisque  la  somme  qu'on 
en  attend  dépend  des  consommations  ,  et  n'est  ja- 
mais fixée  positivement  5  c'est  donc  la  propriété 
foncière  qui  est  en  arrière  des  tributs  aux(jueis  elle 
est  soumise,  et  chaque  aunée  cet  arriéré  augmente, 
tjuoiqueonleportetoujoursau  nombre  desi'ecettes 
à  faire.  Il  seroit  du  devoir  de  Ja  Chambre  d'avoir 
et  de  faire  donner  à  la  France  une  explication 
nette  à  ce  sujet 5  car  si  l'arriéré  de  la  contribution 
foncière  s'accroît  chaque  année  ,  il  est  hors  de 
doute  que  l'agriculture  souffre  en  France,  et  que 
chaque  année  un  certain  nombre  de  propriétés  se 
détériorent.  Où  et  quand  cela  s'arrêtera-t-il  ?  Si 
lesrenseignemens  demandés  sur  ce  sujet  si  impor- 
tant n'amènent  aucun  résultat  dans  la  fixation  du 
budget,  pour  qu'ils  ne  soient  pas  perdus,  on  pourra 
les  renvoyer  à  la  commission  d'agriculture  que 
M.  le  ministre  de  l'intérieur  a  établie  au  centre 
d.e  Paris,  et  qui  est  en  grande  i^artie  composée  de 
membres  de  l'Institut.  On  lui  donneroit  pour  pre- 
mier problème  à  résoudre  :  «  Trouver  les  moyens 
))  de  développer  les  richesses  territoriales  par  la 
»  pesanteur  des  impôts  mis  sur  la  propriété  au 
»  profit  de  l'agiotage.  » 

—  On  parle  beaucoup  dans  le  monde  de  nou- 
veaux pairs  qui  doivent  être  ajoutés  aux  soixante 
pairs  déjà  vieux  de  trois  semaines.  La  facilité  de 
parvenir  éveillant  naturellementles  espérances,  il 
y  a  aujourd'hui  autant  de  concurrens  pour  la  pai- 
rie ,  qu'il  y  en  avoit  naguère  pour  le  sénat  conser- 
vateur. On  remarque  cependant  une  dillerence 
nui  .ble  dans  l'espiit  de  ces  deux  institutions  :  un 
sénateur  ne  j)Ouvoit  occuper  aucune  place  secon- 
daire de  l'administration,  parce  qu'il  est  contre  Iç 
bon  sens  tiu'onsoil  indépendant  par  sa  position, 
et  deslituable  par  son  ejuploi  5  qu'on  règle  sans 


(  ^29  )  ^ 

responsabilité  les  destinées  d'un  Etat,  et  qu'on 
soit  responsable  devant  des  ministres  qu'on  est 
appelé  à  condamner.  C'est  pourtant  ce  que  nous 
sommes  destinés  à  voir  dans  la  nouvelle  Chambre 
des  Pairs,  où  les  nobles  calculs  du  ministère  pous- 
sent des  hommes  qui  liennentà  la  patrie  par  amour 
de  la  gloire,  et  aux  places  soldées  et  subordonnées 
qu'ils  occupent  par  amour  de  l'argent.  Union  et 
oubli  :  union  des  honneurs  et  du  gain,  oubli  des 
convenances  qui  sont  des  lois  sacrées  dans  une 
monarchie.  Cela  est  si  vrai,  que  l'oubli 'des  con- 
venances dans  ceux  qui  sont  élevés  Unit  toujours 
par  afloiblir  le  respect  des  peuples  pour  leurs  ins- 
titutions. Etle  ministère  s'est  vanté  d'avoir  donné 
plus  de  considération  à  la  Chambre  des  Pairs!  On 
assure  que  les  directeurs-généraux ,  préfets  et  dé- 
putés obéissans  seront  tous  créés  pairs 5  d'autres 
affirment  que  les  membres  de  l'Institut  ont  la 
même  espérance.  Au  fait,  dans  toutes  ces  créations 
accomplies  ou  annoncées,  on  n'a  encore  rien  tait 
pour  les  gens  d'esprit,  pour  ces  dotii  que  les  hom- 
mes qui  marchent  au  despotisme  aiment  à  transfor- 
mer eu  grands  personnages  ,  afin  de  les  annuler. 
Qu'il  y  ait  encore  de  nouveanx  pairs  ou  qu'il  n'y 
en  ait  pas,  cela  ne  fait  absolument  lien  ,  jusqu'à 
ce  que  la  Chambre  des  Pairs  soit  bien  convaincue 
qu'une  assemblée  délibérante  ne  devient  un  pou- 
voir politique,  qu'autant  qu'elle  trouve  en  elle- 
même  les  moyens  de  s'assurer  à  jamais  contre  ce 
qui  peut  déranger  les  conditions  de  son  existence. 
Une  fournée  de  mille  pairs  n'ajouteroit  rien  au- 
jourd'hui aux  conséquences  d'une  création  de 
soixante  pairs.  La  politique  du  moins  n'y  est  plus 
intéressée. 

—  Les  journaux,  qui  sont  obligés  deregarderles 
volontés  des  ministres  comme  des  lois,  et  les  lois 
consenties  par  les  trois  pouvoirs  delà  société  comme 
soumises  à  la  révision  des  ministres ,  ont  donné  au 


(  63©  ) 
public  l'organisation  desLureaux  du  ministère  de 
l'intérieur  et  du  ministère  delapr)iice/'é-'i////,y.  C'est 
l'acte  additionnel  aux  constitutions  de  l'empire  de 
qui  de  droit.  Nous  ne  connoissons  aucune  loi,  au- 
cune ordonnance  qui  ait  réuni  le  ministère  de  la 
police  au  ministère  de  l'intérieur,  et  fait  deux  mi- 
nistres d'un  seul  homme.  Nous  nous  rappelons,  au 
contraire,  qu'on  nous  avoit  formellement  annoncé 
que  le  ministère  de  la  police  éloit  supprimé ,  ce 
qui  ne  voudroit  pas  dire  réuni,  même  en  admet- 
tant les  interprétations  pour  la  ])olice  comme  pour 
la  riiarte.  v Cite  cjuestion  ,  (jui  touche  à  toutes  nos 
libertés,  sera  traitée  et  décidée  au  budget.  Jusque- 
là,  nous  sommes  convaincus  que  M.  le  ministre  de 
1  intérieur  ne  peut  faire  aucune  dépense  à  titre  de 
minisîre  de  la  police,  sans  s'exposer  à  être  pour- 
suivi comme  concussionnaire ,  selon  les  termes 
précis  de  la  Charte  ;  et  comme  la  discussion  sur  la 
proposition  de  M.  Barthélémy  est  le  dernier  terme 
d'ailiance  possible  entre  lui  et  les  indépendans,  il 
doit  y  prendre  garde.  D'ailleurs,  nous  n'admettons 
pas  la  réunion  indéfinie  des  ministères,  dans  un 
gouvernement  où  les  ministres  forment  un  corps 
responsable.  Nous  nous  rappelons  le  temps  où  il 
y  avoit  huit  ministres  5  il  n'y  en  a  plus  que  six  j 
mais  \cs  directions  générales  aTigmentent.  De  réu- 
nion eu  réunion  ,  nous  pourrions  finir  par  n'avoir 
qu'un  ministre  de  droit  et  de  fait  j  et  probablement 
encore  il  nous  accuseroit  d'être  exclusifs.  On  est 
si  heureux  en  plaisanteries  quand  on  triomphe  ! 

—  M.  de  Cazes  ,  comme  ministre  de  l'intérieur, 
vient  de  faire  imprimer,  dans  les  journaux,  une 
circulaire  par  lui  adressée  aux  préfets,  pour  les 
inviter  à  suspendre  ,  pendant  un  mois,  les  pour- 
suites qu'ils  pôurroient  avoir  exercées  contre  les 
écoles  des  Frères  de  la  Doctrine  chrétienne.  Celte 
publicité  a  prouvé,  à  ceux  qui  ne  pouvoient  le 
croire,  que  les  préfets  du  Roi  avoient  été  réduits,. 


(  63i  ) 
parle  ministère,  à  poursuivre  les  véritables  et  seuls 
instituteurs  des  classes  indigentes;  et  cet  aveu  in- 
génu expliquera  en  même  temps  la  destitution  de 
plusieui's  préfets.  L'histoire  en  tiendra  compte. 
L'histoire  saura  mieux  que  M.  le  comte  de  Cazes 
les  maximes  de  la  monarchie  ,  les  principes  du 
droit  public  et  d'une  saine  politique  sur  lesquels 
le  ministre  s'appuie  pour  motiver  les  rigueurs 
exercées  depuis  long-temps  et  suspendues  pour 
un  mois.  L'histoire  examinera  ce  que  le  ministre 
appelle  la  législation  actuelle  de  linstj'uclion  pu- 
blique ,  et  fera  rire  la  postérité  de  ceux  qui  ont  cru 
et  qui  croient  qu^on  peut  faire  une  législation  spé- 
ciale pour  l'instruction.  Cette  législation  perroit 
des  impôts,  nomme  des  employés  ,  paie  des  trai- 
temens,  et  empêche  ;  son  pouvoir  ne  va  pas  plus 
loin.  Il  est  matériel  comme  la  législation  des  droits 
réunis.  Est-ce  là  instruire?  Cette  législation  de 
l'instruction  publique  repose  sur  un  décret  de 
Buonaparte  ,  décret  condamné  et  réhabilité  par 
des  ordonnances.  Est-ce  là  delà  législation?  M.  le 
comte  de  Cazes  connoît  mieux  que  nous ,  sans 
doute,  les  maximes  de  la  monarchie,  les  prin- 
cipes du  droit  public  et  d'une  saine  politique  5  il 
en  a  donné  mille  preuves  depuis  1810  qu'il  est  mi- 
nistre ;  et  la  France  est  toute  e'merveiliée  des  pro- 
grès qji'elle  a  faits  sous  la  direction  du  ministère 
de  la  police,  en  maximes  monarchiques,  en  prin- 
cipes du  droit  public  et  d'une  saine  politique,  sans 
même  compter  les  lois  d'exception  et  l'arbitraire 
légal.  Trop  ignoranspour(b"scutersurlesdoctrines, 
nous  nous  appuierons  sur  les  faits,  et  nous  deman- 
derons qu'on  nous  cite,  soit  dans  les  temps  an- 
ciens, soit  dans  les  temps  modernes,  une  monar- 
chie ou  une  république  qui  ait  eu  une  législation 
spéciale  de  l'instruction  publique,  "Voici  la  règle 
partout,  et  c'est  le  bon  sens  qui  l'a  faite.  Aucune 
insLitulion  enseignante  ne  peut  s'élablir  dans  uiz'' 


(  632  ) 
pays  sans  l'aveu  des  chefs  de  la  relij^ion  (car  jus- 
qu  ici  il  y  a  eu  partout  une  religion),  et  sans  l'ap- 
prûLation  des  corps  de  magistrature  chargés  de 
maintenir  l'esprit  général  de  la  législation  (car 
jusqu'ici  il  y  a  eu  partout  un  esprit  général  de  lé- 
gislation). ISe  rien  enseigner  qui  soit  contraire  à 
la  religion  de  l'Etat,  ce  dont  les  ministres  de  la 
religionsont  juges ,  ne  rien  enseigner  qui  soit  con- 
traire aux  doctx'ines  politiques  de  l'Etat,  ce  dont 
les  magistrats  conservateurs  des  lois  sont  juges  ; 
telles  sont  les  maximes,  les  principes  et  les  usages 
de  tous  les  peuples.  Il  n'y  a  que  dans  la  France 
révolutionnée  qu'on  ose  parler  d'une  lé^islalion 
actuelle  de  rinsljuciion  publique,  parce  qu'il  n'y 
a  qu'en  France,  et  depuis  la  révolution,  qu'où 
assemble  des  mots  auxquels  le  bon  sens  ne  peut 
attacher  aucune  idée  ,  à  moins  que  ce  ne  soil  une 
idée  de  despotisme  libéral  et  d'impuissance  en 
travail.  Il  paroît ,  au  reste,  que  la  vanité  doctri- 
naire ,  qui  alloit  au  renversement  d'une  institution 
laite  pour  confondre  la  philosophie  humaine,  a 
lini  par  ne  faire  de  cette  qucielle  iuij)rudeiite 
qu'une  affaire  déforme,  afin  d'avoir  l'air  de  s'en 
tirer  sans  être  battue,  et  tout  est  arrange.  Sauf  la 
circulaire,  ce-tte  conclusion  fait  honneur  à  M.  de 
Cazes,  la  querelle  n'ayant  pas  été  entamée  sous 
son  ministère  de  l'intérieur. 

—  Comment  trouver  des  expressions  pour  louer 
l'activité  d'un  ministère  qui  fait  marcher  six  cents 
iiommes  de  troupes  de  ligne  sur  une  ville,  qui  des- 
titue le  maire  de  cette  ville,  le  commissaire  de 
police  de  cette  ville  ,  parce  qu'un  acteur  de  la 
capitale  est  venu  dans  cette  ville  pour  y  jouer  des 
opéras  comiqîies,  et  qu'au  clair  delalunedes  jeunes 
gens  se  sont  promenés  sur  les  remparts  de  cette 
villeen  chantant  nnue  le  Boi/  Que  ne  feroit  pas 
ce  ministère,  si  des  insurrections  comme  celles  de 
Grenoble  et  de  Lyon  se  renouveloient?  si  ou  lai- 


(  633  ) 

soit  entendi-e  dos  cris  encore  plusscditiciix?  Qu'il 
y  auToit  de  destitués,  d'accusés,  de  condamue's, 
soit  pour  s'être  insurgés,  soit  pour  n'avoir  pas 
assez  ou  pour  avoir  trop  arrêté  rinsurrcction!  I^ 
maire  d'une  qraude  viilc  dans  laquelle  Talnia  doit 
jouer  pendant  le  congé'  qui  :ui  est  accordé,  nous 
écrit  pour  savoir  s'il  a  le  droit  de  fermer  le  théâtre 
aux  acteurs  qui  viennent  de  Paris,  afin  de  ne  pas 
exposer  la  ti-anquillité  de  ses  administrés  et  sa 
place.  INous  croyons  qu'il  a  ce  droit,  mais  qu'il 
ne  doit  en  user  qu'autant  (|u'il  aura  ia  certitude 
que  cette  précaution  n'excitera  pas  de  méconlen- 
temens;  car  il  sera  destitué  s'il  y  a  des  murmures. 
Le  ministère  s'en  est  réservé  le  privilège.  Au 
reste ,   on  nous  assure  que  les  précautions   sont 

f)nses  ,  et  que  six  cents  hommes  de  troupes  de 
igue  accompagneront  dorénavant  les  artistes  dra- 
matiques en  tournée  de  recettes.  C'est  peut-être 
pour  cela  que  le  budget  de  iSigprésente  des  aug- 
mentations de  dépenses  dans  tous  les  ministères. 

—  En  défendant  la  loi  des  élections,  les  abus  com- 
pris ,  M.  Martin  Gray  a  remarqué  que  les  améliora- 
tions qu'on  vonloit  faire  dans  les  moyens  d'exécuter 
cette  loi,  seroient  une  insulte  aus  députés  élus  depuis 
qu'elle  est  en  vigueur,  et  semblerolent  leur  dire  qu'ils 
n'inspirent  pas  une  confiance  absolue  D'après  cette 
observation  de  M.  Martin  Gray ,  le  ministère ,  en 
créant  d'un  seul  coup  soixante  pairs,  ne  sembleroit-il 
pas  avoir  dit  quelque  chose  d'équivalent  aux  anciens 
pairs  ?  De  quelque  manière  qu'on  s'y  prenne  ,  dans  les 
gouvernemens  représentatifs,  les  hommes  sont  toujours 
derrière  les  paroles  j  et  il  est  tout  simple  que  dans  un 
pays  où  il  y  a  des  partis,  les  partis  soient  en  état  de  dé- 
fiance réciproque.  Le  comble  du  talent  seroit  d'avoir 
tous  les  partis  contre  soi.  De  toutes  les  prétentions  du 
ministère,  c'est  la  seule  qu'il  réalisera,  même  avant  la 
fin  de  cette  session.  On  a  remarcjué,  dans  la  morne 
séance,  un  singulier  aveu  fait  par  M.  de  Saint  Aidaire. 
Ge  n'est  pas  lorsqu'il  est  convenu  qu'il  n'auroit  pas  été 


(  m  ) 

v\u  saiib  le  {^rand  caraclère  de  M.  le  préfet  du  Gard  ; 
on  sait  que  le  grand  caractère  des  préfets  a  partout 
une  grande  influence  sur  les  élections ,  et  c'est  ce  qui 
nous  rassure  singulièrement  sur  le  maintien  de  nos 
libertés  si  libéralement  prolégées  par  les  agens  soldés 
d'une  administration  créée  par  Buonaparte.  Ce  qui  a 
Irappé  dans  l'aveu  fait  par  M.  de  Saint-Aulaire ,  c'est 
lorsqu'il  a  ajouté  que  sa  nomination  avoit  tenu  surtout 
à  ce  que  M.  le  préfet  du  Gard  fit  arriver  en  foule  les 
ptotestans  dans  le  collège  électoral.  La  France  ignoroit 
que  M.  de  Sjin!-\ulaire  fût  chef  des  protestans  j  elle  ne 
peut  plus  concevoir  alors  pourquoi  il  lui  a  révélé  .avec 
tant  d'onction  les  secrets  de  son  baptême,  lorsqu'on 
lui  objecfoit  son  acte  de  naissance,  comme  laissant 
croire  qu'il  n'avoil  pas  l'âge  requis  pour  être  député. 
IM.  de  Saint-Aulaire  auroit-il  abjuré  ! 

—  Messieurs  du  gouvernement  du  Roi  ont  apporté, 
le  22  de  ce  mois,  à  la  Chambre  des  Députés,  une  lé- 
gislation complète  de  tous  les  crimes  et  délits  qu'on 
peut  commettre  avec  la  pensée  ,  la  plume,  l'imprime,- 
lic,  le  crayon  et  le  burin.  Celte  législation  se  compose 
de  trois  projets  de  loi.  La  Chambre,  alors  occupée 
<iCS  pensées  sérieuses  que  fait  naître  la  proposition  de 
M.  Jîaithélemy ,  n'a  ri  qu'à  ravanl-dcrnier  article  du 
troisième  projet. 

Trois  détails  ont  choqué  à  la  première  lecture. 

1°.  Messieurs  du  gouvernement  du  Roi  ont  mis  dans 
un  des  projets  ,  probablement  écrit  en  français ,  la 
incralilé  d  un  homme.  Les  iaits ,  les  récils,  les  actions 
ont  une  mmûlité }  les  hommes  ont  des  mœurs  et  non  d<'s 
rnorali/rs.luÇ  bon  sens  et  le  Dictionnaire  de  rAcadémic 
sont  d  accord  sur  ce  point.  Il  n'y  a  d'autorité  contraire 
qu'au  théâtre  de  Biunet  ,  où  Potier  plaçoit  si  plaisam- 
ment :  «  Ma  moralité  m'oblige  de  vous  dire.  »  Celte 
observation  nous  paroît  importante  à  une  époque  où 
on  n'entend  parler  que  d'institutions  nationales,  de 
lois  nationales,  d'intentions  nationales,  de  discours 
nalionau\.  JSous  sommes  persuadés  qu'on  ne  veut 
nous  donner  ni  institutions  iroquoises  ,  ni  lois  lin- 
ronftes  ,  qu'on  n'a  pas  des  intentions  chinoises,  et  cpie 
les  paroles  nu'on  ri^as  adresse  ne  sont  pas  hotlcnloles. 


(  635  ) 

Mais  quand  il  y  auroit  un  peu  de  français  dans  tout 
cela,  la  nation  n'y  perdroit  rien. 

2".  On  a  trouvé  étrange  (jue  les  Chambres  fussent 
obligées  de  s'adresser  au  Roi  pour  le  *M^/?//er  d'ordon- 
ner à  son  piocureur  général  de  poursuivre  les  atteintes 
portées  à  leur  dignité.  Tout  pouvoir  doit  être  exécutif 
pour  repousser  les  injures,  autrement  il  n'est  pas  un 
pouvoir.  On  ne  trouveroit  dans  aucun  pays  un  exemple 
contraire.  Dès  que  la  législation  rcconnoît  que  la  diffa- 
mation et  l'injure  envers  les  Chambres  sont  crime  ou 
délit,  il  n'appartient  qu'aux  Cfiambres  de  fixer,  par 
leur  règlement,  comment  elles  poursuivront,  en  ce  qui 
les  concerne,  la  réparation  de  l'injure  et  de  la  diffama- 
tion. Le  projet  de  loi  reconnoît  ce  droit  aux  tribunaux 
et  autres  corps  constitués.  Est-ce  que  les  Ciiambrcs  sont 
moins  que  des  corps  constitués?  On  avoit  déjà  remar- 
qué, pour  l'inslruclion  de  Messieurs  du  gouvernement 
du  Roi,  que  les  Chambres  peuvent  dire  elles  mêmes 
(ju'elles  supplieront  le  Roi  ;  cela  est  dans  les  conve- 
nances du  caractère  françaisj  mais  un  projet  de  lui, 
présenté  au  nom  du  Roi,  ne  peut  pas  dire  que  les 
(Chambres  supplieront  le  Roi.  Cela  est  contre  les  con- 
venances, et  rappelle  un  de  ces  monarques  que  nous 
avons  vu  faire  impromptu  ,  et  qui  disoit  en  parlant  de 
lui-même  :  Ma  Majesté ,  parce  que  ceux  qui  le  corn— 
plimentoient  lui  disoient  :  k  olie  Majesté.  Celte  seule 
observation  suffiroit  pour  prouver  que  le  projet  de  loi 
ne  peut  décider  la  conduite  à  tenir  par  b  s  Chambres 
dans  ce  qui  concerne  le  maintien  de  leur  dignité  3  ce 
soin  n'appartient  qu'a  elles. 

3".  On  s'est  demandé  s  il  étoit  national  ou  anii  natio- 
nal que  les  journaux,  désormais  soumis  à  un  caution- 
nement, ne  pussent  le  faire  qu'en  rentes.  Est-ce  que  la 
propriété  en  France  n'est  plus  la  garantie  de  rien  ?  Elle 
répond  bien  du  paiement  de  la  dette  publique,  et  de 
toutes  les  fautes  que  font  en  finances  Messieurs  du 
gouvernement  du  Roi  ,•  pour(|uoi  ne  répondioit-elle 
pas  de  tout  ce  que  peut  encourir  un  journal  ?  Les  cou- 
séquences  de  ceci  sont  étranges  ,  car  elles  réduiroierit 
les  propriétaires  ,  écrasés  d'impôts,  réduits  à  chercher 
dans  une  industrie  quelconque  des  moyi^ns  d'existence 


(  (m  ) 

que  le  fisc  ne  leur  laisse  plus ,  à  ne  pouvoir  exercer  la 
plus  noble  des  industries,  à  moins  qu  ils  ne  commen- 
çassent par  acheter  des  rentes.  Pour  avoir  le  droit  de 
gagner  de  l'argent  avec  des  journaux,  qui  sont  du  pa- 
pier, il  faudra  acquérir  et  déposer  dix  mille  livres  de 
renies  qui  sont  aussi  du  papier.  Une  propriété  de  deux 
cent  mille  francs,  offerte  pour  cautionnement,  n'y  ser- 
vira de  rien.  C'est  le  beau  idéal  de  ce  qu'on  appelle  le 
crétiit  public  ,  c'est-à-dire  de  l'arl  d'annuler  les  valeurs 
réelles  au  profit  des  valeurs  fictives.  On  espère  que  la 
Chambre  vengera  la  propriété  de  celte  injure  inconce- 
vable. Les  auteurs  du  projet  de  loi  ont  parle  des  jour- 
naux publiés  dans  les  chefs-lieux  de  préfecture  et 
même  de  sous-préfecture  ;  nous  pensions  qu'ils  les 
avoient  oubliés,  puisqu'ils  exigent  caution  de  dix 
mille  livres  Je  rentes  pour  tout  journal  quotidien  ,  sans 
distinction  dg  lieu.  Il  n'y  a  pas,  en  province,  un 
journal  dont  les  bénéfices  possibles  méritent  qu'on 
fasse  un  tel  cautionnement  ;  et  cei>endant  les  journaux 
ont  leur  utilité.  Si  la  loi  les  supprime  de  fait ,  où  encen- 
sera-t-on  le  préfet  du  jour? 

—  Les  journaux  de  cette  semain'^  nous  ont  donné 
le  récit  d'une  nouvelle  gucne  éle^te  dans  une  ville 
d'Allemagne  entre  les  étudians  de  l'université  et 
des  conducteurs  de  moutons.  Ce  que  les  journaux 
n'ont  pas  dit ,  c'est  que  ce  tumulte  est  arrivé  par 
suite  de  la  proposition  de  M.  le  marquis  Barthé- 
lémy. Les  conducteurs  de  moutons  étoient  contre 
la  proposition.  Ce  que  c'est  que  l'habitude  de 
commander  1 

—  On  assure  que  M.  le  duc  de  Richelieu  va  être 
nommé  grand-veneur.  Le  Dictionnaire  de  l'Aca- 
démie dit  que  le  grand-veneur  est  celui  qui  com- 
mande à  toute  la  vénerie  du  Roi  5  c'est-à-dire  qui 
met  tout  en  mouvement  cfuand  il  s'agit  de  faire  la 
chasse  aux  bêtes.  On  ne  s'attendoit  pas,  dans  ce 
moment,  à  voir  confier  cette  charge  importante  à 
M.  le  duc  de  Richelieu. 

J.  F. 


(  637  ) 

Paris,  26  mars  i8ig.' 

On  nous  écrit  de  tous  rptés  pour  démentir  les  bruîls 
que  les  pamphlets  jacobins  répandent  sur  la  prétendue 
agitation  qu'auroit  causée  la  proposition  de  M.  le  marquis 
Barthëlem)  p  et  il  faudroit  plus  d  espace  que  nous  n'en 
avons  pour  citer  les  lettres  qui  nous  arrivent.  Le  résultat 
qu'elles  ofi'rent  est  à  peu  près  le  mêrne  partout  quant 
au  calme  avec  lequel  la  nouvelle  de  la  proposition  a  été 
généralement  reçue,  et  quant  aux  efforts  qu'on  a  faits 
pour  donner  à  l'opinion  une  direction  contraire.  Le  fait 
est  que  certains  hommes  ont  cru  voir  dans  cette  proposi- 
tion une  atteinte  portée  à  la  démocratie,  -et  les  rojalisies 
Un  retour  aux  principes  monarchiques.  De  là  les  cris  d'une 
coterie  et  le  repos  de  la  masse.  En  vain  la  coterie  a-t-elle 
parlé  de  dîme,  de  féodalité-  en  vain  a-t-elle  renouvelé  et 
rappelé  toutes  ces  balivernes  révolutionnaires  :  malheu- 
reusement le  peuple  est  devenu  un  peu  familier  avec  tous 
ces  vieux  contes  ;  il  commence  à  ne  plus  y  croire,  et  n'a 
pas  jugé,  dans  cette  circonstance,  devoir  se  mêler  d'une 
discussion  dans  laquelle,  de  fait,  il  n'est  pour  rien,  et  de 
s'agiter  pour  une  loi  qui  ne  lui  dotme  aucun  droit,  au- 
cune action.  Le  temps  des  jongleurs  politiques  est  passé  j 
et  il  faudroit  aujourd'hui  pour  séduire  ,  que  nos  révolu- 
tionnaires inventassent  du  nouveau.  Toutefois  il  nous 
paroit  bon  de  faire  connoitre  à  nos  lecteurs  les  moyens 
employés  pour  obtenir  les  pétitions  dont  les  journaux  ja- 
cobins ont  tant  parlé. 

On  nous  écrit  de  G.  que,  dès  que  la  proposition  de 
M.  le  marquis  Barthélémy  y  l'ut  connue,  il  y  eut  inquié- 
tude chez  certains  intrigans  ;  mais  que  ce  fut  en  vain  qu'ils 
se  remuèrent  en  tout  sens  pour  la  faire  partager  au  peuple. 
Arriva  alors  un  certain  pamphlet  sonnant  l'alarme.  Im- 
primé sur-le-champ  au  nombre  de  cinq  à  six  mille  exem- 
plaires, il  fut  distribué  le  lendemain  à  domicde ,  répandu 
dans  les  cafés,  et  jusque  dans  les  ateliers  et  les  boutiques. 
\}n  comité  jacobin  s'assembla,  on  délibéra  sur  la  marche 
à  suivre,  et  on  arrêta  de  faire  une  pétition  calquée  sur  le 
pamphlet;  on  afficha,  dans  certains  cercles  et  cafés,  une 
invitation  à  tous  les  amis  de  l'indépendance  pour  aller 
signer  ceife  pétition  déposée  chez  un  notaire  et  chez  un 


(  6^6   ) 

libraire.  Cei  appel  n'ajant  pas  fourni,  on  fit  un  nouveau 
plan  pour  le  lendemain ,  et  des  commissaires  furent  char- 
gés d'aller  de  porte  en  porle  mendier  des  signatures.  En 
conséquence,  ils  s'armèrent  <^e  longues  feuilles  de  papier 
de  même  format  que  la  pétition,  et  furent  suppliant, 
pérorant  et  s'agitant  partout.  Comme  on  s'aperçut  que 
le  motif  réel  n'a^issoit  pas  beaucoup  sur  le  vulgaire,  on 
crut  devoir  le  déguiser;  et,  pour  engager  à  signer,  on 
s  écrioit  :  «  11  s'agit  de  défendre  notre  liberté  qu'on  at- 
3)  taque ,  d'empêcher  qu'on  ne  nous  vexe  et  qu'on  ne  nous 
»  persécute,  de  signer,  en  un  mol,  le  salut  de  la  France.  » 
Malgré  toutes  ces  belles  paroles,  malgré  les  signatures  des 
gros  colliers  de  Tordre  révolutionnaire,  en  dépit  de  celle 
de  quelques  personnages  qu'on  vouloit  faire  passer  pour 
plus  marquans  qu'ils  ne  sont,  les  commissaires  supplians 
eurent  peu  de  succès  j  alors,  dans  un  désespoir  vraiment 
patriotique,  on  s'adressa  aux  femmes,  aux  filles  et  aux 
enfans;  on  convia  les  biirgnes  et  les  boiteux,  et  on  s'é— 
crioit  :  Allons  signer  la  liberté;  à  bas  les  féodaux^  ihqc  la 
nation.  Une  invifaticn  fut  faite  à  l'Ecole  de  droit  j  on  j 
placarda  une  affiche  pour  signer  une  pétition  qui  devait 
sauQcr  la  patrie ,  et  tous  ces  eiforts  ont ,  en  dernière  ana- 
lyse, produit  si  peu  que,  s'il  faut  en  croire  ce  que  rou 
nous  écrit,  plus  d'une  main  libérale  est  soupçonnée  d'a- 
voir, par  un  dévouement  particulier,  suppléé  à  l'insuffi- 
sance des  signataires,  et  con'ectionné  ainsi  le  volume  des 
listes. 

Des  élèves  de  l'Ecole  de  droit  de  Paris  nous  ont  adressé 
les  observations  suivantes  : 

«  Plusieurs  ioiirnaux  ont  diversement  rendu  compte  de  c-e  qui 
yi  vient  de  se  passer  à  l'Ecole  de  Droit.  D'ai  cord  avec  un  ^raiid 
»  nombre  de  nos  camarades,  tenioins  comme  nous  de  la  plu— 
»  part  des  faits,  nous  croyons  devoir  les  rétablir  dans  toute 
»  leur  exactitude. 

»  Une  pétition  tendant  au  maintien  de  la  loi  des  élections  fut 
>-  dépobéi- ,  au  commencement  de  ce  mois,  chez  le  poiîicrde 
»  l'Lcole,  d'où,  pur  prudence ,  les  auteurs  jugèrent  convenable 
>»   de  la  traiispoi'ter  chez  un  llLraiie.  Le  1 1 ,  elle  devoit  être  rc- 

»>   mise  à  M.  de ,  lors(|ue,  le  lO  au  soir,  elie  fut  en- 

>>  levée  par  </r«x- ou  <roM  pcrsoimes  seulement.  Le  lendemain, 
«  nouvelle  pétition,  mais  plus  mesurée  que  la  premièi'e;  car  un 
»  grand  nombre  d  éludians,  sentant  toute  l'inconvenance  d'une 
>•■  démarche,  qui  faisoit  iuleivenir  ainsi  dans  les  aliaircs  poli- 
»>  tiques  des  jeunes  gens  que  leur  âge  sembloit  devoir  en  éloigner 


(  639  ) 

5)  encore,  avoîent  signe  une  protestation  contre  toute  espi'îce  d«i 
»  pétition  faite  au  nom  de  l'Ecole  :  dès  ce  moment,  nul  ne  son- 
«  gea  à  inquie'ter  les  pe'tilionnaires;  rien  ne  les  empêcha  de  ma- 
i>  nifester  leur  opinion  individuelle.  On  eut  beau  répëlor  que 
»  des  avocats  stagiaires  et  même  des  ëtudians  en  m^-decine 
»  avoient  cru  devoir  enrichir  cette  liste  patriotique  :  nous  ne 
»)  cherchâmes  pas  même  à  nous  assurer  de  cette  irrégularité'. 

«L'ordre  n'a  pas  été  un  seul  instant  troublé.  Quelquesémis- 
»  saires  envoyés  du  del»ors  ne  furent  pas  écoutés;  on  rejeta 
»)  leurs  insinuations  avec  indifférence,  et  leurs  menaces  avec 
»  mépris.  En  vain  voulurent-ils  parler  d\imour  de  la  patrie , 
»  de  sang  français,  de  gloire  nationale  :  l'Ecole  de  Druif  a  su 
»  prouver  à  une  fatale  époque  quels  étoienl  ses  sentiniens.  Si, 
>»  dans  ces  circonstances,  quelques  uns  se  sont  engagés  dans 
»  une  démarche  désapprouvée  par  le  plus  grand  nombre,  que 
»  des  jours  mauvais  reparoissent  encore ,  et  nous  nous  retrou- 
»  verons  tous  réunis  autour  de  ce  drapeau  qui  revint  de  Gand 
»  avec  les  volontaires  de  notre  Ecole  ,  drapeau  qui  flotte  dans  la 
»  salle  de  nos  cours,  et  qui  fait,  avec  le  compliment  flatteur  que 
>»  daigna  nous  adresser  une  bouche  auguste,  notre  récompense 
»  et  notre  éloge.   » 

Quels  pauvres  moyens  pour  des  gens  qui  se  clisenl  fort'; , 
et  qui  proclament  sans  cesse  leur  parti  le  parti  national! 

Une  proposition  que  le  Roi  étolt  toujours  le  maître 
de  laisser  sans  résultat ,  se  délibéroit  tranquillement  dans 
le  sanctuaire  des  lois.  Les  hommes  dont  elle  énonce 
l'opinion  attendoient  avec  calrne  la  décision  des  pouvoirs  ; 
et  le  parti  qui  se  dit  le  fort,  le  puissant,  crie,  s'agite  en 
tout  sens,  cherche  à  remuer  toutes  les  passions,  à  exciter 
contre  les  hommes  qui  veulent  en  conscience  s'opposer  à 
ce  qui  leur  paroit  devoir  entraîner  la  ruine  de  leur  pays  ; 
il  les  signale  dans  ses  pamphlets  ,  ies  injurie  dans  ses  jour- 
naux ,  oubliant  apparemment  qu'il  y  a  des  injures  qui 
sont  des  éloges,  et  des  éloges  qui  fléirissenf.  Il  tâche  de 
porter  le  trouble  chez  unc;  population  tranquille,  de  lui 
faire  partager  les  craintes  dont  il  ne  troive  le  principe 
que  dans  la  conscience  de  sa  propre  nullité ,  effrayé  qu'il 
est  de  son  néant  le  jour  où  il  ne  sera  ni  soutenu  ni  pro- 
tégé; et  malgré  tout  cela  la  France  reste  calme  et  pai- 
sible. Pauvres  gens,  misérable  parti,  aussi  dénué  de 
moyens  qu'il  l'est  de  puissance  réelle,  et  dont  la  tactique 
furibonde,  mais  usée ,  voit  ses  ressources  impuissantes 
même  pour  faire  le  mal.  La  confiance,  l'esp  nr  des  roya- 
listes l'exaspèrent,'  et  il  ne  s'aperçoit  pas  qu'il  y  a  encore 


(  64o  ) 

en  France  plus  tle  monarchie  que  ne  peuvent  en  détruire 
ceux  fjiii  y  travaillent. 

La  proposilion  faite  par  M.  Barthélémy  a  été  portée  à 
la  Chambif  des  Députés,  et  trois  jours  ont  suffi  pour  le 
renouvellement  de  ses  bureaux,  pour  la  discussion  qui  a 
dû  y  avoir  lieu,  pour  la  nomination  de  la  commission, 
pour  l'examen  par  elle  de  la  proposition,  et  pour  le  rap- 
port fait  en  son  nom  à  la  Chambre  tics  Députés.  Les  per- 
sonnes qui  Irouveroient  un  peu  de  précipitation  dans  ce 
mode,  seront  rassurées  en  entendant  M.  le  comte  Beu^not 
dire,  dans  son  rapport,  que  la  commission  a  examiné 
m^ec  trop  de  délai/  peut-être  la  proposilion  adoptée  par  la 
Chambre  des  Pairs,  quoique  les  discours  de  MAL  de  Dou- 
deauville,  de  Fontanes  et  de  Clermont-Tonnerre,  méri- 
toient  peut-être  bien  l'attention  particulière  de  M.  le 
comte  Beugnot. 

Le  rapport  de  M.  Beugnot  scroit  bien  susceptible  aussi 
d'être  examiné  en  détail  j  mais  l'intérêt  de  la  délibération 
a  déjà  éloigné  tout  celui  qu'on  pourroit  trouver  à  faire 
ressortir  la  bizarre  contexture  de  ce  rapport,  qugnt  au 
fond  des  idées,  et  quant  à  la  forme  vis-à-vis  de  la 
ChâKibre  des  Pairs.  ISous  nous  contenterons  simplement 
de  faire  observer  à  M.  le  comte  Beugnot  qu'il  disoit ,  le 
27  févi  icr  1816,  dans  une  opinion  sur  la  loi  des  élections  : 
Sans  doute  il  est  regrettable  que  la  C  harte  ait  déjà  subi 
des  modifications ,  et  qu'elle  les  ait  subies  avant  même 
qu'on  eût  établi  les  formes  qu'on  y  deooit  euployer.  Toute^ 
fois  il  est  difficile  de  revenir  sur  le  changement  déjà  apporté 
par  le  fait  à  f  article  3G,  relatif  au  nombre  des  députés. 
Quoiqu'il  n'y  ait  point  en  cette  matière  de  règle  positive- 
ment applicable ,  il  faut  cependant  reconnaître  que  la 
proportion  admise  par  r ordonnance  du  i3  juillet  étoit 
indiquée  par .  'exemple  des  Etals  qui  ont  des  institutions 
analogues  aux  nôtres;  par  le  souvenir  des  assemblées  qui 
se  sont  succédé  depuis  vingt-ci.iq  ans  en  France  ;  par  le 
nombre  même  des  membres  qui  siègent  aujo-  rdliui  à  la 
Chambre  des  Pairs.  Une  sorte  d'assentiment  général  pré- 
vient ici  toutes  les  objections.  Or,  à  l'époque  où  M.  le 
comte  Beugnot  s'exprimoit  ainsi,  la  Chambre  des  Députés 
étoit  de  quatre  cent  soixante  nieaibres,celle  de-s  Pairs  n'étoit 
que  de  deux  cents  Aujourd  hui  la  Chambre  des  Pairs  est 
de  deux  cent  soixante-dix  membres,  celle  des  Députés 


I 


r  r>4i  ) 

n'i'sl  j)lus  que  de  deux  cent  cinquante,  et  la  proportion 
rétiaiiiée  alors  par  rasserifirruMit,  e;énéral ,  d'après  M.  !e 
coniie  Bcuf^nol ,  se  trouveroif  aujourd'hui ,  auss»  d  après 
RJ.  le  comte  Bengnot,  repoussée  par  Topinion  p'.iblique, 
car  il  dil  :  La  loi  des  éh^clvo}is  est  i  hère  a  la  nation  ,  et  on 
n'y  touchera  plus  s^iiis  du  figer.  UopirtionpuLliqi  e  la  place 
sur  la  même  ligne  (jne  la  Charte.  11  y  a  donc  trois  ;:ns  que 
l'assentiment  général  vouloit  que  le  nombre  des  flé[)uté3 
fût  lo  double  de  celui  des  pairs  ;  aujourd'hui  on  ne  pour- 
toit  ,  sans  danger  et  sans  aller  contre  l'opinion  publique  , 
faire  que  la  Chambre  des  Pairs  ne  fût  pas  plus  considé- 
rable que  celle  des  Députés.  Qui  a  donc  raison,  ou  l'as- 
sentiment général  d'il  y  a  trois  ans,  ou  l'opinion  publique 
d'aujourd  hui  ? 

rSous  avons  exprimé  notre  opinion  sur  la  nominalioa 
des  pairs.  Ce  calcul  ministériel  a  ele  vu  de  même  en  An- 
gleterre, et  nous  avons  donné  un  exirait  de  ce  q  i  en 
disent  les  journaux.  Les  correspondances  privées,  qu<î 
tious  avons  sous  les  yeux,  cherchent  seules  à  le  sou- 
tenir. En  Angleterre,  on  les  estime  ce  qu'elles  valent  ;  et 
en  France,  elles  n'ont  de  valeur  que  pour  ceux  qui  les 
paient.  Les  nouvelles  que  nous  recevons  des  provinces 
nous  apprennent  qu'on  y  a  vu  avec  une  véritable  douleur 
que  le  ministère  a  déiruit,  par  celte  mesure,  l'équilibre 
nécessaire  des  pouvoirs;  et  brisé  l'indépendance  de  la 
Chambre  des  Pairs. 

Chacun  se  demande  alors  quelle  est  la  girantie  du  sys- 
tème représentatif,  où  est  sa  force,  s  il  dépend  du  mi- 
nistère d'employer  à  détruire  par  l'abus  ce  qui  a  élé  créé 
pour  conserver.  M.  de  la  Bourdonnaye  a  traité  cette 
question,  dans  le  comité  secret  du  2.0  mars,  avec  cette 
force  de  logique  qui  caractérise  tous  ses  discours.  Après 
avoir  démontré  qu'il  est  telle  influence  suf  le  choix  des 
députés,  qui  est  non  seulement  un  abus  de  la  loi,  mais 
ime  violation  manifeste  des  droits  nationaux,  une  atteinte 
à  l'indépendance  de  la  Chambre  des  Députés,  il  passe  aux 
atteintes  portées  à  celle  de  la  Chambre  des  Pairs. 

.•••'. ' "  Sans  Joute , 

>  a  -  t  -  il  dit .  et  personn»-  ne  le  conteste  ,  le  l\oi  insti- 
»  tue  (les  pairs  à  vie  ou  hf'redilaires  à  son  choix;  il  les  institue 
«  en  tel  nomlire  ef  à  telle  époque  qu'il  veut  ;  mais  il  les  institue 
»  dans  l'intérêt  de  son  pouvoir,  dans  l'inte'rèt  de  la  monarchie 
ToMB  il.  —  26=  LivaAisoîî.  4ï 


(  64-^  ) 

»  constitutionnelle,  et  les  ministres  qui  conlresi^^nent  les  or- 
«  donnances  qui  perlent  création  de  pairs,  respon»r»blcs  de  ces 
«  actes,  sont  coupables  à  l'instant  où,  trahissant  les  inte'rèls  du 
■»  monar(iue  et  les  intérêts  du  gouverneiiient  représentatif,  ils 
>'  abusent  d'une  faculté  toute  royale  au  délrinienl  de  l'Etat  ou 
')  du    souverain  lui  même,  tt   leur  crime   devient  encore   plus 

V  odieux  ,  si  c'est  dans  leur  inlérèt  privé,  dans  l'intérêt  de  leur 
*  ambition  personnelle,  de  leur  unique  conservation  ,    qu'ils 

V  agissent. 

»  Ainsi,  lorsqu'au  milieu  d'une  session  où  le  ministère  se 
■»  trouve  dans  une  minorité  qui  l'tffraie  ;  lorsqu  au  milieu  d'une 
■»  discussion  importante  .  il  menace  la  chambre  haute  parla  pu- 
"»  blication  mystérii-use  d'une  liste  de  pairs  dont  le  nombre  dé- 
»  truit  tout  rapport  entre  les  deux  chambres,  et  suffiroit  pour 
»  changer  en  minorité  une  immense  majorité;  lorsque .  dé(jU 
«  dans  ses  espér.nnces,  il  effectue  cette  menace  et  brise  la  mnjo- 
■»  rite  ,  c'est  son  intérêt  qu'il  défend  ,  c'est  sa  conservation  qu'il 
">■>  assure,  et  non  une  prérogative  qu'il  exerce:  c'est  l'indépeii- 
■»  dance  d'un  des  pouvoirs  de  la  société  qu'il  détruit;  c  e>t  le 
>>  gouvernement  représentatif  qu'il  renverie ,  c'est  le  pouvoir 
?>  royal  lui-même  qu'il  attaque. 

»    En  effet,  Messieurs,  si  le  ministère  a  pu  licitement,  par  la 

V  nomination  de  soixante  pairs  ,  changer  la  majorité  dans  la 
>>  chambre  haute,  tous  Ks  ministres  le  pourront  «tans  les  mêmes 
>>  circonstances;  et  condamnée  à  se  soumellre^lionleusenient 
»  à  tous  les  caprices  des  ministres  ,  ou  a  voir  flétrir  la  pairie  par 
»  une  agrégation  perpétuelle  de  nouveaux  membres,  la  pre- 
3>  mière  chambre  cesse  d'être  indépendante  ,  tt  le  gouvernemi  ni 
»   représentatif  ne  subsiste  plus  de  fait.  » 

11  est  difficile  de  démontrer  d'une  manière  plus  forte, 
plus  précise  ,  le.*;  graves  inconvéniens  d'une  mesure  qui 
toutefois,  si  Ton  en  croit  des  bruits  très  répandus,  n'a  pas 
atteint  son  complément,  et  doit  encore,  par  une  nomi- 
nation nouvelle,  consacrer  la  toute-puissance  ministé- 
rielle :  les  correspondances  privées  du  limes  le  font  même 
pressentir.  M.  Martin  de  Gray  s'est  fortement  prononcé 
contre  la  proposition  de  M.  le  marquis  Barthélémy  :  Jl 
voit,  dit-il,  la  f  Tance  en  péril  ;  il  éièi^e  la  l'oix  pour  la 
liberté  ;  il  a  eu  la  juste  croinfe  d'un  ministère  antl-natio- 
nal,  du  chanarement  de  la  loi  des  élections,  et  une  sorte 
d'interrègne  effrayant  a  troublé  tous  les  cœurs  français. 
J'avoue  qu'a  moins  que  ce  ne  soit  le" ministère  qui  règne, 
"je  ne  sais  pas  où  Ton  peut  trouver  un  interrègne  pendiint 

Îue  tel  ou  tel  changement  se  projette  dans  le  ministère, 
•e  Roi  est  ton  joins  sur  son  trône  ^  ce  n'est  pas,  heureu- 
sement, de  tçl  ou  tel  ministre  qu'il  dépend  de  l'en  cha>ser  j 


(  64:î  ) 

el  je  suis  convaincu  que  si  l'honorable  membre  avoit  fait 
celte  réflexion,  au  lieu  d'être  troublé,  il  auroit  partagé  la 
sécurité  de  beaucoup  de  cœurs  trè>français.  Toutefois 
son  inquiétude  avoit  bientôt  cessé,  et  l'établissement  d'ua 
ministère  constitutionnel  l'avoit  cntièremenl  rassuré,  lors- 
qu'il se  voit  de  nouveau  troublé  par  la  proposition  de 
M.  Barthélémy,  qu'il  appelle  un  brandon  de  discorde.  Il 
parle,  en  conséquence,  avec  beaucoup  de  force  pour  la 
faire  rejeter;  cela  est  naturel.  Ce  qui  nous  a  paru  un  peu 
nioinsà  propos,  c'est  au  sujet  d-une  proposition,  comme 
relie  qui  se  discutoit,  de  revenir  sur  toutes  les  déclama- 
lions  sans  cesse  rebattues  sur  ibi5.  S'il  y  a  eu  arbitraire 
sous  toutes  les  formes,  s'il  y  a  eu  bannissement,  s'il  y  a 
eu  proscriptions,  comme  le  dit  M.  Martin  de  Gray,  nous 
avcHis  prouvé  sans  qu'on  ait  pu  y  répondre  ,  dans  une  Li- 
vraison du  Conser\.'ateui\,  que  ce  n'étoit  pas  à  la  Chambr« 
de  j8i5  qu'on  pouvoit  s  en  prendre  ;  il  eût  peut-êlre  été 
plus  adroit,  dès  qu'on  a  été  forcé  de  se  taire  devant  la 
vérité,  de  ne  pas  renouveler  aujourd'hui  une  discussioo 
dont  tout  le  poids  ,  toute  la  responsabilité  doivent  se  por- 
ter sur  les  hommes  alors  investis  du  pouvoir,  et  qui  se 
trouvent  aujourd  hui  dans  les  langs  de  ce  ministère  cons^ 
titutionnel  qui  rassute  si  fortement  M.  Martin  de  Gray. 
Ce  que  nous  n'avions  pas  dit  et  ce  que  nous  dirons,  c'eat 
que  s'il  y  a  eu  des  mesiires  de  sûreté  prises  à  cette  époque, 
«lies  venoient  à  !a  suite  d  une  trahison  qui  avoit  coûté  à 
la  France,  dans  trois  mois,  cinquante  mille  Français  et 
deux  milliards.  L'expérience  étoil  assez  chère  pour  qu'on 
cherchât  à  éviter  de  la  voir  se  renouveler. 

M.  Martin  de  Gray  a  ajouté  :  <(  Mieux  vaudroit  mille 
»  fois  l'abolilion  entière  de  la  Charte,  que  le  changement 
»  de  la  loi  des  élections.  »  Je  ne  puis  parlaoer  l'opinion 
de  l'honorable  membre  :  car  je  ne  vois  la  Icgitimité  iiulle 
part  dans  la  loi  des  élections,  et  je  la  vois  ioulc  ent  ère 
dans  la  Charle  ,  par  le  fait  quelle  en  émane  direciement. 
Tant  que  la  Chai  le  nous  restera,  la  leo;itimite  sera  notre 
j^arantie;  et  je  crois  que  le  bonheur  de  la  France  est  alla- 
ché  plus  à  celle-là  qu'à  toute  autre.  M.  de  Villèle  a  sou^ 
tenu  la  p  oposition  avec  ce  calme  de  conscience  et  cette 
force  de  raisonnement  qui  lui  ont  acquis  une  si  grande 
supériorité  dans  les  discussions  j  il  a  combastu  ses  adver- 

4'- 


(  <>44  ) 

saires  par  (les  faits,  ef  il  a  obtenu  unJrioinplie  d'autaniplus 
pvij^cicux,  qu'il  l'a  dû  à  ceux  qui  venoient  repousser  ses 
ar^uinons.  En  énuiîiérarrt  les  vices  de  la  loi ,  il  avoit  avancé 
que,  dans  un  département,  un  officier  supérieur  avoit 
voté  comme  arpenleur;  et  M.  Guilhcm,  pour  contredire 
ce  fait,  est  monté  à  la  tribune,  et  a  déclaré  que,  comme 
au  moment  des  élections,  cet  officier  n'avoit  pu  justifier 
que  de  9jo  francs,  il  avoit  pris  une  patente  d  arpenteur 
pour  compléter  les  ooo  fr.  ."tî.  de  VilJèlo  avoit  dit  que, 
dans  un  an  Ire  département,  il  avoil  été  fait  des  réclama- 
tions au  piéfpt  contre  les  titres  d'un  f;rand  nombre  d'élec- 
teurs nouveaux  ,  et  que  ces  réclamations  avoient  été  sans 
succès.  M.  de  Saint-Aulaire  est  monté  à  la  tribune  pour 
dire  que,  quoiqu'il  ne  niât  pas  le  ;ait,  il  ne  oQuvoit  avoir 
rien  déterminé  pour  son  élection  et  celle  de  ses  collègues» 
parte  que,  élus  à  p'us  de  mille  suffrages,  trente  six  ou  qua- 
rante (lecteurs,  qui  auroient  illégalement  voté,  n'auroient 
rien  fait  pour  ses  concurrens  qui  n  avoient  eu  que  quatre 
cent  cinquante  voix  ;  comme  si  l'admission  délecteurs  qui 
ne  le  sont  pas,  le  nombre  en  fût -il  aussi  modique  que 
celui  avoué  par  îtl.  de  Saint-Aulaire,  ne  devoit  pas  frap-» 
per  de  nullité  toute  opération  élective! 

A  ce  sujet,  M.  de  Saint-Aulaire  a  l'ait  un  grand.  è\o2,c 
du  préfet,  M.  d  Argout,  et  a  parlé  de  la  confiance  qu'il 
avoit  acquise  dans  son  de-parlement,  de  linlluence  qu'il   a 
exercée  sur  les  élections  ,  ef  de  la  force  armée  dont  il  avoit 
promis  la  protection  aux  électeur^  pour  leur  garantir  la  li- 
berté des  suffrages,  lien  n'étant  plus  propre,  comme  chaciui 
le  sait,  à  garantir  la  liberté  des  votes  dans  les  collèges  élec- 
toraux comme  la  pré.sence  de  la  force  armée.  M.  de  Saint- 
Aulaire  a  dit  que ,  sans  Aï.  d'Argout,  les  élections  n'eussent 
pas  été   peut-être  les  mêmes  j  et  l'on  peut   elfectivement 
croire  que,  s;ins  une  influence  très-prononcée,   l'hono- 
rable membre  n^eùt  pas  été  préféré,  dans  un  département 
où  il  n'est  point  propriétaire  ,  à  des  propriétaires  du  pavs  , 
riches,  considérés,  et  honorés  deux  fois  de  suite  du  suf- 
frage de  tous  les  royalistes.  M.  de  Saint-Aulaire  a  ajoute 
que  ce  qui  avoit  rendu  le  collège  électoral  du  Gard  plus 
nombreux,  c  etoit  l'arrivée  d'électeurs  protestans  rassures 
par  les  mesures  prises  par  M.  d'Argout,  et  qui  n'avoicnt 
point  paru  à  deux  élections  successives,  intimidés  qu  ds 
étoient  par  l'assassinat  de  onze   protestans  égorgés  sans 


(  t^4--5  ) 

uéfonse  dans 'es  rues  de  Nîmes,  dans  les  journées  des  i8 
et  it)  août  i8i5.  Aucune  justice,  a  ajouté  ?»!.  de  Saint- 
Aulaire,  n'a  éîé  faite  de  ci^s  crimes,  ^ous  n'accorlons  ni 
ne  con'.estons  un  fait  que  nous  ne  connoissons  pas,-  loais , 
en  le  supposant  tel  que  i>î.  de  Saint- /vulaire  Ta  avancé, 
justice  auroit  dû  être  faite;  car  l'arlicle  G  do  la  ici  d'am- 
nistie excepte  de  celle  mêm2  amnistie  les  crimes  vu  (lélifs 
roiilre  les  particuliers  ^  à  cjuehjue  éfiOijuc  tjuils  aient  l'té 
commis.  Si  les  Foyaiisles,  sans  haines  comme  sans  souve- 
liirs,  n'ont  pas  invoqué  cet  article  de  la  loi  pour  les  atroces 
fureurs  dont  i's  furent  les  victimes  dans  les  cenl-jours  ; 
s'ils  se  sont  lus  j  s'ils  n'ont  point  réclamé  l'action  d<^  !a  loi 
dans  leur  propre  intérêt ,  ils  n'ont  jamais  doniande  quellci 
fût  silencieuse  dans  l'intcrèl  des  autres.  Le  ministère  éioit 
investi  du  droit  de  faire  rendre  justice;  il  avoit  des  ji!,2;es, 
des  tribunaux  :  ce  droit  étoit  pour  lui  un  devoir.  S';l  v.c 
Ta  pas  rempli,  son  acte  d'accusation  est  tout  entier  dans 
l'assertion  de  "Sï.  de  Saint-Atdaire. 

Dans  une  question  de  cette  nature,  lorsque  l'on  parle 
sans  cesse  d'union  et  d'oubli,  nous  pourrions  demander 
s'il  ne  seroit  peut-être  pas  plus  convenable  de  ne  plus 
Jracer  ces  tableaux  qui  réveillent  dans  tous  les  cœ-urs  d'an- 
ciennes haiiifis  et  do  cruelles  douleurs.  Tirer  un  rideau 
sur  le  passé  nous  paioilroil  plus  prudent  5  car  où  sariè- 
ferà-t-on,  la  lice  une  fois  ouverte?  Par  aiuour  de  Lipaix  ^ 
les  royalistes  se  t-iisenl  depiiis  \oi\^  temps,  et  leur  modé- 
raîion  est  ici  de  la  force  ^  car  i!a  ont  la  conscience  de  ce 
qu'ils  ont  souffert,  et  par  conséquent  de  ce  qu'ils  pour- 
roient  dire.  Si  l'on  veut  récrimuicr,  s-i  on  les.  pousse  à 
lx)ut,  ils  parleront,  ils  racoriteront  à  leur  tour  deiirihu- 
îations,  dts  pilUi^^es,  des  assassinats  impunis  ;  ils  rappelle- 
ront ce  qu'Us  ont  voilé  par  un  généreux  silence  j  et  heu- 
reux alors  ceux  qui  seroni  sans  crime  comme  sariS 
bassesse  ! 

Dans- le  comité  setre-t  du,  :i3-,  M.  de  La- Fayette  a  parle 
contre  la  proposition.  Il  a  rappelé  à  ce  sujettes  pétitions 
et  les  pétitionnaires  de  92.  Cette  époque,  qu-i  précéda  de 
si  peu  de  temps  celle  cù  fut  consommé  le  plai  grand  des. 
crimes,  nous  yaroit  peu  propre  à.  fournir  des  Icooni  on. 
i.)i^à  exemples.  M.  Cyrbiàra  a  réfuté,  awc  sori-.  talent 
ordinaire,  U-s  adversaires  de  la  proposition:  sa  logique  a 
i\i  ce-  trij'Q;!'î  est  toujun-Ss,  ucess-^e,^  suifltuelie  ;  il  a  pat-^ 


c  6.;6  } 

couru  tous  les  points  de  h  queslion  ,  ef  il  s'est  aMaché  ea 
o'.ilre  à  démontrer  qne  Timpunilé  de  crimes  qui  auroic-nt 
fie  commis  devoit  s'imputer  au  ministère  chargé  de  les 
reprimer,  et  qu'il  rloit  bizarre  qu'un  préfet,  qui  avnit  pu 
I^  ()uissance  de  faire  des  élections,  n'eût  pas  eu  celle  de 
faire  punir  des  assassins.  M.  de  Saint-Cricq  a  parlé  pour 
le  rejet  de  la  proposition:  Thonorable  membre  s'etant 
contenté  de  répeter  ce  que  d'autres  avoient  dit  avant  lui  , 
il  seroit  mutile  de  s'étendre  sur  sa  discussion.  M.  Barlhe- 
J^abastide  a  jeté  un  nouveau  jour  sur  la  question,  et  a 
présenté  des  motifs  qui  ont  p  ru  faire  impression  sur  l'as- 
semblée. M.  Bellarl  a  fait  insérer  dans  les  journaux  une 
opinion  en  faveur  de  la  proposition  ;  il  a  rappelé  les  vertus 
et  les  malheurs  du  noble  pair  qui  l'a  faite,  et  s'est  à  juste 
lilre  indij^ué  de  l'esprit  de  l'action  que  quelques  hommes 
liii  ont  attribué.  11  a  établi,  dans  une  logique  vive  et 
franche,  la  nécessité  d'apporter  des  modifications  à  la  loi 
des  élections;  et,  en  rappelant  qu'il  avoit  voté  pour  cette 
loi,  il  a  prouvé  qu'un  homme  public  peut  quelquefois  se 
fomper,  mais  qu'il  appartient  à  l'honnéti;  homme  de  re- 
venir noblement  et  sans  crainte,  quand  il  s  aperçoit  de 
son  erreur. 

M.  Hojer-CoUard  a  parlé  contre  la  proposition.  11  y  a 
trouvé  la  critique  de  toute  la  loi  des  élections,  et  a  assuré 
«  (juil  y  ai'^oit  une  iniquité  politique  à  metire  ainsi  une  lui 
5,  en  jugement  ;  que  la  rr solution  de  ta  Chunihre  des  Pairs 
î)  acoit  un  oice  irrémédiable  ;  que  les  spécifications  qu'on  y 
»  ferait ,  et  qui  étoient  écrites  d' avance  ,  comme  l'espèce 
a  dans  le  genre ,  n'auraient  d' autres  effrt.i  que  de  rendre 
3)  explirile  une  foible  partie  de  ce  qui  est  implicite  ,  et  se 
>)  résoudraient  en  pur  pléonasme  ;  qu'il  falluit  mettre  les 
yy  forces  en  commun  ,  former  des  masses^  dé:;a^er  l'elcc- 
^■>  teurdc  son  atmosphère  locale  et  agrandir  son  horiion.  n 
31  a  conclu  par  déplorer  le  sort  de  la  loi  des  élections  (et 
vraiment  il  v  a  tel  de  ses  défenseurs  qui  nous  (ait  partager 
l'opinion  de  M.  Royer-CoUard  ),  et  par  reconnoiire  que 
«  les  ministres  dérnonti oient  un  grand  courage  en  la  dé- 
3>  fendant.  »  M.  Laine  a  discuté  franchement  les  inconvé- 
niens  d'exécution  de  la  loi.  H  a  reproduit  avec  une  force 
puissante  les  developpemens  de  plusieurs  des  orateurs  qui 
l'âvoienl  précédé  3  il  a  éclairé  la  discussion  de  ses  propres 
lumières  :  il  s'est  fait  ainsi  la  pari  qui  revient  à    un  bon 


(  ^'54  7  ) 

esprit  el  à  une  conscionce  pure.  Sa  lojïiqiie  ,  forte  cl  pres- 
sante, s'est  terminée  |)ar  une  péroraison  qui  nous  paroit 
la  meilleure  défense  de  la  proposition  3  il  a  prouvé  qu'elle 
étoit  naturelle,  simple,  qu'elle  ne  pouvoir  cachi-r  de 
pièges  ,  qu'elle  éloit  surtout  respectueuse  envers  le  prince  , 
car  elle  se  réduisoit  envers  lui  à  la  seule  prière  qu'un  sage 
philosophe  conseilloil  d'adresser  aux  dieux  :  "  Accordez- 
»    nous  ce  que  vous  jugerez  nous  convenir.  » 

M.  le  garde  des  sceaux  a  succédé  à  M.  Laine  ;  et  après 
avoir  réc/amé  Je  la  Chambre  une  indulgence  plus  qu'ac- 
coutumée ,  et  dit  ijue  ses  pensées  se  prc'senteroient  avec 
moins  d'ordre ,  son  expression  avec  moins  de  mesure , 
parce  qu^il  se  hasurdoit  à  remplacer  satis  préparatiorir 
M.  Laine  ^  mais  que  la  franchise  de  son  opinion  serait 
très-marquée ,  il  a  effectivement  très-franchemenl  com- 
battu la  pr(»position,  ce  qui  n'a  étonné  personne,  vu, 
comme  nous  l'avons  dit ,  que  M.  de  Serre  n'est  garde  des 
sceaux  que  par  la  formation  d'un  ministère  en  opposition  à 
toute  modification  à  la  loi  des  élections.  En  fait  de  fran- 
chise, ce  qui  a  étonné  davantage,  c'est  l'aveu  naïf  de 
M.  de  Serre  sur  la  nomination  des  pairs,  qu'il  a  convenu 
i/avoir  été  faite  que  pour  que  le  ministère  conservât  sa 
place;  ce  qui  veut  dire  que  toutes  les  fois  que  six  ministres 
auront  autant  de  bonne  idée  d'eux-mêmes  et  d'amour  de 
leur  position  que  nos  ministres  actuels,  l'opinion  de  la 
majorité  de  la  Chambre  des  Pairs,  de  ce  qui  représente 
l'élite  de  la  nation:  celte  opinion,  dis-je,  dcAra  être  brisée 
dans  le  seul  intérêt  de  ces  ministres.  Et  si,  dans  un  jour  de 
danger,  cette  opinion  éloit  l'expression  de  l'opinion  pu- 
blique contre  un  ministère  prévaricateur  ,  six  hommes  se 
croiroient  donc  le  droit  et  la  possibilité  de  paralyser 
l'action  du  premier  corps  de  TEtat,  sous  prétexte  qu'ils 
sont  les  seuls  capables  d'en  tenir  les  rênes  ï" 

Il  y  a  quelque  temps  que  M.  Corbière  releva,  à  la 
tribune,  une  petite  erreur  de  droit  dans  un  discours  de 
M.  de  Serre.  Nous  relèverons  aujourd'hui  une  inexacti- 
tude historique  j  car  si  nous  croyons  qu'un  garde  des  sceaux 
doit  savoir  son  droit, nouspensons  aussi  qu'il  doit  connoitre 
l'histoire,  surtout  quand  il  la  cite.  Pour  trouver  un  appui 
à  la  mesure  prise  par  le  ministère,  M.  de  Serre  dit  que  le 
roi  d'Angleterre  avoit  fait  près  de  cent  pairs;  mais  c'est 
pendant  la  durée  d  un  règne  de  près  de  soixante  ans,  pour 


(  <^4^  "^ 

réfompenscr  des  services  rendus  ,  po)}r  quelque  f;ràce 
mériiét* ,  par  nominntions  pjrielies,  quand  différentes 
pairies  s'étoient  éteinles.  E(  certes,  les  ministre»  anglais 
avoient  trop  de  .^cns,  connuissoient  trop  bien  les  lois  de 
leur  pays  el  !a  ré.iiité  de  leur  responsabilité,  nour  se  per- 
mettre de  corr^oiller  au  roi  ilc  ncjinmer  des  pairs  par  soixan- 
îaine.  La  discussion  a  été  foiinée  après  ie  discours dcM.  de 
Serre,  et  laproposiiion  rejelée.  1!  y  a  eu  i5o  voîx  contre, 
c;t  04  pour.  A  juger  du  résultai  de  la  proposition,  d'après 
?a  discussion,  on  eût  pu  le  croire  différent.  En  rappro- 
chant le  nombre  des  votans  de  la  Chambre  des  Pairs  du 
nombre  des  votans  de  la  Chambre  des  Députés,  on  trouve 
le  rapport  suivant  : 

1°.  Chambre  des  Pairs ]  00 

ii<*.  Chambre  des  Députés .    2.!,^^ 

397 

Majorité  abàclije jgij 

Pour  la  pi'opi^sition  : 

1".   Cîiambre   des^  Pa"rs C)8 

2.°,   Chaïubrc  dos  Députés. <j4 


19-, 
Ma'f:rê  tout  ce   que  l'on  a  dit   sur  le    vœu  géijéraî , 

conlrf  toute  modification,  ce  n'est  donc  qu'à  une  majorité 
de  sepf  voix  qu'a  été  repoussée  une  proposition  de  laquelle, 
peut  dé|}pndrc  le  sort  de  la  monarchie!  El  si,  comme  le 
disent  les  (  crrespontiani  es  prhées  ,  des  députés  venoient, 
après  la  session ,  à  être  élevés  à  la  pairie,  ne  seroit-on 
pas  fondé  à  croire  que  tous  les  voles  n'auroient  pas 
été  desintéresses? 

Les  ministres  se  féllci'ent-ils  de  leur  succès?  Encore 
ouelques  mois,  el  ils  le  déploreront  avec  toute  la  France, 

Si  le  ministère  a  laissé  trois  mois  les  Chambres  sans  rien 
faire,  il  paroi;  qu'il  v;-ut  réparer  îe  lem.ps  jerdu-,  et  ilya 
apporléji  la  fois  trois  projets  do  loi  sur  les  cris  séditieux 
et  sur  la  presse. 

En  attendant  que  les  lois  se  discutent,  les  destitutions 
se  continuent  dans  les  diverses  adminisiraîions,  et  pour 
cela  ilya  accord  parfait  :  mais  le  Moniteur  ne  fournissant 
plus  à  cet  égard  de  documeus ,  o^est  dans  les  correspon- 
dances particulières  «ju'il  faut  chercher  les  changeme;:s  qui 


(  G49  ) 
s'npcrent  :  elles  nous  apprennent  que  le  ministère  de  l'in- 
teriour  ne  se  ralentit  point  dans  son  épuration  de  roya- 
listes. Le  nombre  des  sous-préfels  destituées  se  multiplie 
chaque  jour ,  et  on  les  remplace  par  des  hommes  d'opi- 
nion contraire.    Nous  tâcherons   d  en  donner  les   listes. 
Celui  d'Ancenis  a  été  remplacé  par  le   sous-préfet  des 
cent-jours  :   plusieurs  autres,  dit-on,  sont  dans  le  même 
cas.  On  assure  qu'au  ministère  de  la  guerre,  il  y  a  eu  de- 
puis peu  de  temps  trois  cent  vingt-et-un  officiers  mis  à  la 
réforme  ,  sans  autre  me  tll'que  la  volonté  ministérielle.  On 
a  trouvé ,  dit-on,   un  nouveau  ii.ode  de  destitution  ,    ce 
seroit  d'écri-ro   à  un  brave  officier  :  Votre   démission   est 
acceptée  ^  lorsqu'il  n'a  jamais  songé  à  la  donner.    Dans  l'a 
partie  de  la  gendarmerie  ,   quatre  colonels  ont  été  réfor- 
mes ,  IMM.  Clément,    à    P^ris;  de  Charlus  ,  à  Versailles  j 
de  Penhouel,  à  Besançon  5  et  Roycrs,  à  Ârras.  Plusieurs 
autres  changemens  ont  eu  lieu  dans  ce  c<n-ps.  L'organisa- 
tion de  la  gendarmerie  réunissoit  les  suffrages  de  tous  les 
Français  attachés  au  maint'en  de  l'ordre  comme  à  la  sta- 
bilité du  trône.   On  aimoit  à  voir,  à  la  tête  de  ce  corps  si 
important,    des  hommes  qui  donnoient  des  garanties  pai' 
leur  moralité,  ot  surtout  par  leur  attachement  à  la  maisoti 
de  Bourbon.  Sur  qui  sont  tombées  les  réformes?  Sur  quatre 
colonels,  dont  le  premier,  par  une  conduite  digne  de  ser- 
vir de  modèle,  s'éloit  concilié  l'estime  de  toiis  les  parus; 
le  second  a  prouvé  son  altaihemenl  à  la  monarchie  par  de 
longs  services  dans  l'armée  de' Condé  3   le  troisième  ,    paf 
des  services  distingues  dans  l'armée  royale  de  Bretagne, 
avoit  obtenu  un  emploi  dans  lequel  il  n'a  cessé  de  donner 
de  nouvelles  preuves  de  son  dévouement  au  maintien  du 
bon  ordre  et  de  la  monarchie  ',  ce  qu'on  a  surtout  remar- 
qué lorsqu'il  avoit  commandé  la  légion  de  gendarmerie  du 
département  du  Rhône  ;  enfin,  le  quatrième  étoit  recom- 
raandable  .par  des  services  signalés  qu'il  avoit  rendus  à 
Bordeau.\-.    Tels  sont  les  quatre  colonels  de  gendarmerie 
que  l'on  met  à  la  réforme  avec  un  modique  traitement. 
Une  ordonnance  de  ifcS  i5,  portoit  qu'après  quatre  ans  de 
service  dans  un  grade,  on  éîoit  susceptible  d  avancement. 
Renvoyer  les  hommes  sans  motif  au  bout  de  trois  ans  et 
demi  de  jtiVMte  ,  est  un  sur  moyen  de  n'avoir  jam^ais  de 
leur  part  d.  réi  lam.ations  fondées  d'après  Tordonnanoe. 
C'est  ainsi  que  tout  s'accorde  et  que  tout  inar;he  pour 


(  65o  \ 

qn'ilne  resfe  bientôt  plus  aucun  moyen  entre  les  mains 
de  ceux  qui  soutinrent  ou  déCendirent  la  monarchie. 

Le  système  déplorable  du  ministère  est  dépeint  d'un.o" 
manière  très-forie  dans  une  petite  brochure  qui  a  pour 
titre  :  Cest  trop  fort.  Nous  engap;eons  nos  lecteurs  à  la 
lire  j  ils  y  verront  qu'au  temps  où  l'Etal  vous  recontiois- 
soit  encore  bon  à  quelque  chose,  malgré  cinquanîe-cinq 
ans  d'âge,  il  se  trouvoit  un  Montmorenci ,  âgé  de  quatre- 
vingt-un  ans  et  couvert  de  neuf  blessures ,  qui  soutenoit 
à  Saint-Denis  l'honneur  de  son  vieux  nom  français  ;  que 
Grillon  étoit ,  à  soixante  quinze  ans,  le  chevalier  sans 
peur,  et  qu'au  même  âge,  Vauban  renversoit  les  places 
de  nos  ennemis  ,  et  élevoii  des  Corleresses  sur  nos  fron- 
tières. M.  de  Saint-Chamans  a  publié  dernièrement  un  ou- 
vrage sur  la  loi  des  élections  (i);  nous  regrettons  que  l'es^ 
pace  nous  manque  pour  en  donner  une  analyse.  Nous  ne 
pouvons,  au  reste,  rien  dire  de  plus  juste  sur  cet  ouvrage, 
écrit  d'une  manière  claire  et  sans  prétention,  si  ce  n'est 
que  nous  n'avons  vu  personne  qui  l'ait  lu,  qui  ne  se  soit 
trouvé  du  même  avis  que  l'airteur.  Si  l'opinion  dos  roya- 
listes ne  l'emporte  pas,  toujours  est-il  eerlain  qu'ils  ont 
pour  eux  le  bon  sens;  ils  en  ont  assez  pour  ne  pas  avoir 
besoin  d'être  éclairés  sur  une  manœuvre  où  il  y  auroit  de 
la  per&die ,  s'il  n'y  avoit  encore  plus  de  maladresse. 

Sous  prétexte  de  compatira  ce  qu'ils  souffrent,  sous 
I  apparence  de  gémir  des  dégoûts  dont  on  les  abreuve, 
nous  savons  qu'il  est  des  hommes  qui  desireroient  porter 
les  royalistes  à  quelque  acte  da  désespoir.  Il  est  tel  partt 
qui  teroit  alors  au  comble  de  la  joie,  et  des  royalistes 
révoltés  seroient  pour  lui  le  plus  beau  triomphe.  Il  n'en 
sera  pas  ainsi  toutefois,  et  ce  calcul  sera  pauvre  de  ré- 
sultat, comme  il  est  atroce  de  conception.  Les  royalistes 
savent  non-seulement  qu'ils  peuvent,  mais  qu'ils  doivent, 
par  d'humbles  remontrances,  tâcher  d'éclairer  la  religion 
du  monarque  quand  ils  la  croient  surprise  j  lorsqu'il  leur 
paroitque  le$  agens  du  pouvoir  suivent  une  marche  funeste 
à  leur  pays,  ils  savent  qu'il  est  de  leur  devoir  de  le  dire 
811  Roi  avec  respect  comme  sans  crainte.  Eux,  qui  ne 
déshéritent  la  France  ni  de  son  ancienne  gloire ,  ni  de  ses 

(0  Brochure  in-S».  Prix  :  2.  fr.,  et  2  tr.  5o  c.  par  b  poste. 
A  Paris,  chez  Dclaunay,  et  le  Normanl. 


(  6:;i  ) 

anciennes  libertés ,  se  rappellent  ïes  franchises  qui  leur 
ont  été  transmises  par  leurs  pères  ;  ils  en  funt  usage  sans 
jamais  sortir  de  la  ligne  de  leurs  devoirs  ;  et  aussi  fiers  de 
leur  fidélité  que  jaloux  de  leurs  droits,  les  rovalisles 
souffrent  et  ne  se  révoltent  pas.  M.  C. 

On  nous  envoie  de  Brest  la  lettre  ci-jointe  :  nous  l'ins- 
crivons sans  aucun  commentaire  ,  en  observant  seulement 
que  nous  gardons  par-devers  nous  Timprimé  sur  lequel 
elle  est  copiée. 

Lettre  de  M.  le  comte  Lanjuinais  ,  pair  de  France  «  ttdresség 
à  M.  Duval,  avocctt  à  Brest. 

Paris  ,   8  mars  i8ig. 
«  Monsieur  et  cher  compatriote,^ 

»  \  oila  nos  rhers  Finisléiiens  convofjiie's  pour  remplacer 
»>  AI.  Manuel,  que  le  tle'partemenl  de  la  N  ende'e  nous  avoit  ravi 
»  en  nous  gagnant  de  vitesse. 

»  Mais  tout  a  liien  change'  depuis  le  mois  d'août  que  je  vous 
»  écrlvois  pour  ÎNI.  Manuel.  IMaintenanl  le  ministère  est  dans 
>>  le  sens  de  ia  constitution  et  des  constitiilioniiels.  Vos  députés 
»  et  m'\  sommes  convaincus  qu'il  faut  choisir  hors  du  dépar- 
»  lement,  pour  présenter  à  la  patrie  et  à  la  sage  hherté  un  de 
«  ses  plus  respectables  et  plus  célèbres  apôtres,  qui  ne  cède  en 
»  rien  à  M.  Manuel ,  et  qui  a  plus  de  science  encore  et  d'expé- 
»  rience  :  c'est  M.  Daunou  ,  pour  lequel  il  sera  publié  une 
»  notice  peu  nécessaire,  à  mon  avis.  MM.  vos  députés  et  moi 
»  avons  espéré  que  vous  auriez  une  seconde  fois  confiance  en 
»  nous,  dans  un  temps  surtout  où  les  ex-privilégiés  s'agitent  en 
»  m;mvais  sens  plus  que  jamais;  et  nous  avons  le  bonheur 
»  d'assurer  que  Je  ministre  de  l'intérieur  favorisera  l'élection 
»  de  M  Daunou;  car  c'est  un  homme  en  qui  l'on  a  de  toutes 
»  parts  la  plus  entière  confiance.  Les  sinci/res  patriotes  s'en- 
»  tendent  mieux  celte  lois  que  le  danger  a  éveillé  de  plus  en, 
»  plus  notre  zèle.  Nul  ne  sera  éiu  en  deux  départeiiiens  ;  nous 
»  prenons,  à  cet  égard,  des  précautions  qui  ne  peuvent  man- 
»  (|uer.  Faites  donc  porter  sur  M.  Daunou  les  suffrages  de  tous 
1)  vos  amis.  Son?noni  est  européen,  et  je  ne  connois  pas  de 
«  caractère  politique  et  moral  plus  digne  de  nos  Bretons,  ni  de 
»  talent  plus  éminemment  supérieur.  Les  ambitions  du  pays, 
»  seront  bientôt  satisfaites  :  l'augmentation  de  ia  Chambre  des 
>•  Pairs  nécessite  celle  de  ia  Chambre  des  Députés;  il  est  tres- 
»  jirobable  qu'elle  sera  portée  à  45o  ou  5oo.  Faisons  maintenant 
»  ce  qu'il  iaut  faire  pour  airiver  à  cette  heureuse  perspective  et 
»  à  toutes  les  améliorations  retardées  depuis  quatre  ans  :  choi- 
»  sissons  tout  ce  qni  existe  en  France  de  plus  distingué. 

^  »  Sahit  et  amitié  ;  signé,  comte  L.i^JOiN.MS. 

»  J'our  copie  conforme  :  signé,  Y.  Duv.vl-.   » 

A  Brest,  de  l'imprimerie  de  P.  Anner,  rue  Royale. 

Nous  avons  donné  une  lettre  de  Nîmes  dans  notre  der- 


C  '^-^^  ) 

Bître  Livraison  5  Texlrait  suivant  fera  connoitre  à  noi 
lecteurs  là  suite  des  évonemcrss.  Après  avoir  parlé  de  la 
wrène  relative  à  l'acteur  Huet,  le  correspondant  continue  : 

«  Le  lendemain,  fcs  protestans,  forfs  de  l'appui  qu'ils  ont 
«  aussi  du  ministère,  des  armes  sans  nomhre  dont  iis  se  soiij 
)j  pourvus,  et  confiant  dans  le  desarinemenf  des  catholifiu^'s  qui 
i)  vient  d'èîre  effectué  ,  se  livrèrent  à  l'espoir  d  e'cra.ser  leurs 
»  antagoiiis'es  :  ils  prévieunt-fit  de  suite  leurs  frerea  des  mon-. 
»  tagues  qui  envoient  une  de'putalion  pour  offiir  leurs  services  ; 
»  e'crivent  à  Paris  des  mensonges  sur  lesquels  ils  veulent  baser 
>'  leur  prochaine  sédition  ,  et  le  soir  mèuie  provoquent  fes  roya- 
»  listes  ,  qui  leur  répondent  par  drs  cris  de  lii/â  le  Hoi !  Le  9  ,' 
»  le  peuple  continue  ses  proinenailes  vers  le  spectacle:  diver>eî 
■>'  disputes  s'engagent,  les  ordres  lie  la  police  ramenèrent  tout  le- 
»  monde  au  devoir.  Le  lo  ,  liuet  partit  ,  et  l'on  vil  arriver 
>'a  Nîmes,  cinquante  honmics  à  clieval  et  cinquante  a  pied. 
><  Les  lètes  s'exaltèrent ,  et  le  peuple  continua  à  s'attrouper. 
"Le  II,  même  agitation  et  iTièmes  ioqulttudes.  Le  12.  lr<.is 
»  cents  hommes  de  la  légion ~da  ^'ar  vinrent  renfoicer  la  £;ar- 
>'  nison  j  un  vent  du  Nord,  violent  et  froid,  retint  les  prome-» 
>;  neurs  chez  eux.  Le  iS^  les  troupes  campèrent  sur  la  place  dç 
.)' la  Bou(juerie  ,  toute  la  nuit,  pour  surveiller  un  cabaret  dé^ 
•»  nommé  la  Xout'elLe  /sic  d'Llbe.  Cette  précaution  n'empècli^ 
»  pas  les  révolutionnaires  de  se  rassembler,  le  i4  •  au  nombre 
>'  environ  de  cinq  mille  ,  croyant  sans  doute  d'eu  imposer  à  la 
5'  garnison.  I.a  cavalerie  et  1  iuf'aisterie  furent  obligé>'S  de  les 
j)  charger  pour  les  faire  rentrer  dans  l'ordre.  \\  y  eut  nièniQ 
:-.  dans  .'a  foule  ijue'ipaes  coups  de  sabres  et  de  baïonnettes., 
:i  Le  i5,  le;  provocations  se  multiphereat ,  l'agitation  sçmbîoit 
j>  augmenter  ;  cependant  les  mesures  prises  par  li^s  autorités 
»  maintinrent  le  bon  ordre.  Le  i6,  la  lérnieulalion  conlinuoit; 
«diverses  disputes  ont  eu  lieu  dans  plusieurs  quartiers  (le  ^ 
»  ville.   On  aitend  avec  inipatiçnce  le  nouveau  préfet.  » 

Les  nouvelleç  des  18  et  19  no  parloienî  que  de  tran-i 
quillité. 

—  La  sixième  Livraison ,  terminaaî  le  premier  volume 
èe  la  Bibliuthècjue  Rova/îsle  vient  de  paroitre.  Elle  est 
remplie,  comme  les  précédentes,  de  faits  pjquans  et  cu- 
rieux ,  et  nous  ne  saurions  trop  engager  nos  lecteurs. à  s^ 
procurer  cet  excellent  ouvrage. 

Jf/on'imens  de  la  Jieconncù<:(uice  nationale ,  votés  en  France- 
au  mérite  éminenl,  depins  1789  jusqu'à  la  loi  du  2  février  iSip, 
relative  à  ^J.  le  duc  dJe  Kiclielieu;  avec  des  Keflesions  sur  ht 
retrate  des  étrangers  et  sur  l'invasion  des  pri4icines  du  jaci^bi— 
uisme,  qui  ont  eu  Tieu  dans  le  rnèine  uiinistfre.  Pir  l'auteur  du 
Génie  de  la  Réi/oliiUon  considéré  dans  l' J:i_ducidion.  Brovh.  in-S". 
Prix  :  2  fr.  5o  c. ,  et  3  fr.  par  la  poste  A  Paris,  chez  le  Nor-- 
niant,  rue  de  Seine,  u"  8.  et  qugj.  de  GoRti..,  a'^^5. 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTEiSUËS  DANS  CE  VOLUME. 


ExposiTiO!^  des  droits  de  l'Eglise  catholique ,  par 
M.  l'abbc  Fa)  et pag.   i 

Observations  sur  le  rt^fus  que  M  le  procureur- 
géuérnl  près  la  Cour  royale  de  Paris  a  fait  de  nommer 
les  dénoncialeurs  de  la  Conspùtil  ou  dite  Royaliste  ;  par 
M.  Kives  ,  avocat .    1 1 

Ucvue  d'Etrennes,  par  M,  le  comte  O'Mahony.  2a 
Du  Comieroatt'iir^  par  31.  le  vicomte  de  Casielbajac.  3r 

1"  Leitre  sur  Paris ,  par  /e  Conseivateur 87 

Sur  le  changenient  de  ministère,  par  M.  le  vicomte 
de  BonalJ 4^» 

Des  récoijipenses  nationales  c[ui  seroient  votées  par 

d£s  Chaml)res  législatives  à  des  ministres  congédiés, 

.  par  !\l.  \j.  F.  P.  de  Kergorlay 60 

P.  S.  Sur  le  projet  de  la  loi-Richelieu,  par  le 
fnême 6fj 

])e  la  maiciie  du  ministère,  et  de  la  Charte  dans  ses 
rapports  a\ec  la  révolution  et  les  droits  de  la  royauté, 
par  M.  le  vicomte  de  Suleau. 71 

Mélanges,  par  M.  le  vicomte  de  Castelbajac.  .  .    iio 

n=  Lettre  sur  Paris 87 

Le  Vingt-Un  Janvier,  par  IM.  le  comte  Humbert 
de  Scsmaisons 8 1 

Quelques  idées  sur  le  crédit,  par  M.  ie  marquis 
d'tferbouviUe 83 

M.  Dimanche,  par  BI.  de  Saint-MarceWin.  .  .    ii3 

Variétés.  Sur  le  jugement  rendu  par  le  tribunal  de 
police  correctionnelle  ,  concernant  ia  plainte  en  calom- 
nie portée  par  M.  le  lieutenant- général  Canuel  contre 
MM.  de  Sainneville  et  Fabvier lat 

—  Sur  les  scènes  de  désordre  qui  ont  eu  lieu  au 
collège  Louis-le-Grand I2fi 

lli'^^  Lettre  sur  Paris,  par  le  Conservateur i23 

Sur  la  prétention  de  l'autorvlé   civile    de  forcer  1« 


(  c:4  ) 

clergé  à  concourir  à  l'inhumation  Je  ceux  à  qui  les  lois 
de  l  Eglise  défendent  d'accorder  la  sépulture  ecclésias- 
tique, par  INI.  l'abbé  F.  de  La  Mennais 145; 

D'un  manifeste  des  doctrinaires,  par  M.  Ge- 
noude 1 5o 

De  la  formation  d'un  ministère  dans  un  gouverne- 
ment représentatif,  par  le  vicomte  Emmanuel  d'Har- 
court i5B 

Du  Champ  d'Asile,  par  M. le  comte  O'Mahony.  itj^ 

ÏV^  Lettre  sur  Paris,  par  M.  le  vicomte  de  Caslel- 
bajac 172 

De  la  Corresponda-ie  privée,  par  le  Conserva- 
teur     177 

De  l'Essai  sur  l'indifférence,  de  M.  l'abbé  de  La 
Mennais 5  par  M.  Gonoude 19^ 

Réclamation  de  l'Ordre  de  Malte  an  près  des  Puis- 
sances alliées 202 

Leitre  sur  la  mort  de  M.  labbé  Legris-Duval  et  de 
M.  Hue ,  par  M.  x\.  de  Frénilly 2o5 

Développement  des  principes  rovalistesau  20  janvier 
l8i6    1*^""  article),  par  M.  le  comte  de  Salaberry  .  .  210 

Comme  il  faut  être  royaliste,  par  M.  Fiévée.  . .    21  q 

V^  Lettre  sur  Paris,  par  M.  le  vicomte  de  Castel- 
bajac 227 

Mélanges,  par  M.  Fiévée 238 

Sur  les  Annales  littéraires,  ou  de  la  Lillci-titure  avant 
et  après  la  restauration,  par  M.  le  vicomte  de  Cha- 
teaubriand     2^1 

Extrait  des  Archives  politiques  '\\^'  article).  .  .  252 
La  manifestation  de  l'esprit  de  vérité,  par  M.  F.  289 
Sur  la  \S^  partie  de  la  Correspondance  politique  et 

administrative  de  M.  Fiévée 261 

Anecdote 2G5 

Examen  du  siècle,  par  M.  le  vicomte  de  La  Roche- 
foucauld       2()8 

Nécrologie.    Sur    la   mort   de    M.   de    Saint-Mar- 

cellin 272 

VI''  Lettre  sur  Paris,  par  M.  Fiévée 27I) 

Variétés.  Sur  l'indépendance s.^^ 

Odes  d'Horace ,  traduites  en  vers  français,  par  M,  de 
Wailly > 2Î]7 


(  Gjj  ) 

De  la  Chambre  de  i8i5,   par   M,  le   vicomie    de 

Castelbajac 29g 

Mélanges,  par  M.  Flévée 3io 

VII«  Lellie  sur  Paris,  par  te  Conservateur 3i5 

Suito  du  développement  des  principes  royalistes  au 
20  janvier  181 6  (11'  article,  par  M.  le  comle  de  Sala- 

Lerry 3^7 

De  quelle  manière  un  Etat  peut  périr,  par  M.  A. 

de  Frénilly 345 

La  Fille  d'Honneur,  comédie  en   cinq  actes  et  en 
vers,  de  M.  Duvalj  par  M.  le  comte  O'Mahony.  356 
Du  Conservateur ,  de  ta   Minerve  et  de    la  Corres- 
pondance privée  ,  par  M.  Z 36'8 

VIll^  Lettre  sur  Paris,  par  M.  Fiévée 073 

Sur   l'harmonie  sociale    considérée  relativement   à 

notre  situation,  par  M.  le  marquis  d'Herbouville.  385 

Sur  1  Enseignement  mutuel  et  les  Frères  des  Ecoles 

chrétiennes  ,  par  M.  le  vicomte  de  Bonald 3q«^ 

De  la  Philanthropie  ,  par  M.  E.  S 4^3 

Mélanges  ,  par  M.  Fiévée /^2^ 

IX^  Lettre  sur  Paris,  par  M.  le  vicomte  de  Castel- 
bajac    4^5 

Sur  la  proposition  de  M.  le  marquis  Barthélémy, 

par  M.  Fiévée 4^7 

Des  Antilles,  par  M.  le  comte  Je  Bruges 449 

De  la  marche  du  iTiinislère  ,  et  de  la  Charte  dans  ses 
rapports  avec  la  révolution  et  les  droits  de  la  royauté, 

par  M.  de  Suleau 4^0 

Lettre  sur  la  véritable  situation  de  l'Espagne,  par 

M.  M.  B 470 

X'  Lettre  sur  Paris ,  par  M.  Fiévée 4^4 

Mélanges  ,  par  le  même 4()'^ 

Extrait  des  Archives  politiques  (  II*^  article) .  .  ,    497 

Suite  du  développement  des  principes  royalistes  au 

20  janvier  1616  i^lll*  article),  par  M.  le  comte  de  Sa- 

laberry 5o5 

Le  ibnd  des  choses,  par  M.  Fiévée 5 18 

Mélanges ,  par  le  m'orne 629 

XI^  Lettre  sur  Paris ,  par  M.  le  vicomte  de  Castel- 
bajac     S3ï 

Ui's  Missions,  par  M.  l'abbé  F.  de  La  Menaais.  5^^ 


(  6jG  ) 

Des  gouvernemens,  par  M.  de  Bonald &5<) 

Sur  1  ouvrage  de  M    le  comte  de  Boissy-ii  Anala- , 
intitulé  :  Essai  sur  la  Vie,  les  Eciits  et  les  0,  ,j  de 

M.  de  3IalesJierljes,  par  M.  le  vicomte  de  Cn.-«teau- 

Lriand 5Sr^ 

Mars    i8o4,    i-^i4i    iii5,  i8ig,  par  M.  le  comte 

Humbpft  de  Sesmaisons 5Gi.) 

Leilre  de  M.  31.,  ci-devant  curé  constitutionnel,  à 
M.  R.-C. ,  directeur  de  l'instruction  publique ,  etc.  672 

XÎI=  Lettre  sur  Paris,  par  M.  Fiévée 877 

Pust-scriptum  ,  par  le  même 5;)2 

Où    en    sommes-nous,    et    ou    allons-nous?    par 

M.  F.  A.  D 593 

Sur  la  Lithographie,  par  j\L!e  comte  OMahony.  H07 

Sur  la  révocation   de   la  loi  du  9  novembre  181 5 , 

contre  l^s  cris  et  écrits  séditieux,  par  M.  le  vicomte  dç 

Chateaubriand 6i4 

Mélanges,  par  >î.  .T.  Fiévée G24 

Xlll^  Lettre  sur  Paris,  par  M.  le  vicomte  de  Cis- 
lelbajac ,  .  687 


Fl>-   DE   LA  TABLE. 


J 


IMPRIMERIE  DE  LE  >'ORMAM",  RUE  DESEJM'..